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mercredi 14 septembre 2022

SENSE8 (Finale) (Netflix)


Trois ans après ses débuts, Sense8 connaît son dénouement avec cet épisode final d'une durée exceptionnelle de 2h 40. Netflix n'avait pas renouvelé la série pour une troisième saison mais les fans s'étaient mobilisés et avaient convaincu la plateforme de streaming de produire un ultime chapitre pour conclure la saga imaginée par les Wachowskis et J. Michael Straczynski. Le résultat est assez bluffant compte tenu du défi à relever.


Tous les membres du cercle se retrouvent à Paris, laissant en plan leurs différentes activités : Capheus, en pleine campagne électorale : Lito sur le point de commencer le tournage de son film à Hollywood ; Sun recherchée par la police de Séoul... L'heure est grave : Wolfgang est aux mains du BPO et torturé pour révéler où se cachent ses amis. Mais le cercle tient Whispers et compte l'échanger contre Wolfgang. Riley est contactée par Hoy qui lui présente, à distance, River Al-Saadawi, la fille de Ruth Al-Saadawi, fondatrice du BPO qui lutte pour refaire de l'organisation une force de paix. Mais pour cela, elle demande au cercle d'éliminer Whispers. Impossible car cela reviendrait à sacrifier Wolfgang.


L'heure et le lieu de l'échange sont convenus par les deux parties. Tout va se dérouler dans une boîte de nuit parisienne, mais le cercle dispose d'un avantage car la propriétaire de l'endroit est une amie de Riley qui y a officié comme DJ. Le cercle compte faire d'une pied, deux coups en récupérant Wolfgang sans livrer Whispers Chacun se positionne mais Lila est également présente sur place avec sa garde rapprochée de sensitifs et l'échange dégénère. Si Wolfgang s'échappe comme prévu, c'est Lila qui enlève Whispers en éliminant les agents du BPO venus l'exfiltrer.


Frustré par la tournure des événements, le cercle est alors convoqué par la Mère de la Lacune, qui dirige le cercle le plus ancien encore en activité et vit dans un espace sécurisé, indétectable par les autres sensitifs et le BPO. Elle est aussi la mère de Whispers et révèle le plan de son fils qui en tuant les sensitifs et en voulant percer le secret de leur pouvoir compte accèder à l'immortalité. Elle permet au cercle de localiser Whispers aux mains de Lila Facchini qui veut négocier avec le BPO. Direction : Naples. Le Cercle élabore dans l'urgence une attaque contre le palais où Lila détient Whispers. Elle parvient encore une fois à filer avec son prisonnier mais Will, avec l'aide des autres, part à sa poursuite et finit par tuer le président du BPO, Whispers et Lila.



De retour à Paris, au sommet de la Tour Effeil, est célébré le mariage de Nomi et Amanita. L'occasion pour tout le cercle d'enfin profiter de la joie d'être ensemble, sans pression : Sun a été innocentée des charges qui pesaient contre elle, Kala observe avec plaisir la complicité entre Rajan et Wolfgang, Capheus reçoit Nakia, sa mère et son meilleur ami Jela, Lito embrasse Hernando et Daniela, Riley présente Will à son père. La nuit se prolonge dans une comunion sexuelle transcendentale entre les membres du cercle et leurs partenaires non sensifitfs.

Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu un épisode de série aussi long : 2h 40, c'est un sacré morceau et on peut dire que si Netflix n'a pas renouvelé Sense8 pour une troisième saison, la plateforme de streaming a donné les moyens à J. Michael Straczynski et Lana Wachowski de conclure en beauté la série avec l'équivalent de trois épisodes réunis en un seul.

Le défi pour les auteurs était de clore une saga devenue très dense et dont on devinait bien qu'elle était partie pour durer. On peut supposer par exemple que si l'affrontement entre Whispers et le cercle n'allait pas s'éterniser, en revanche une guerre entre plusieurs cercles aurait pu avoir lieu, notamment autour du projet de Lila Facchini de transformer Naples en un refuge pour les sensitifs après une négociation avec le BPO. Lila avait tout pour remplacer Whispers dans le rôle de l'adversaire des héros.

Mais plutôt que cela, la série avait mis en place un enjeu plus concentré : Wolfgang était capturé par le BPO et le cercle avait capturé Whispers. Tout allait se régler autour d'un échange classique, en surface, de prisonniers, mais avec l'envoie des deux côtés d'en découdre.

L'action se déplace donc à Paris. Si Lana Wachowski et J. Michael Straczynski ne résistent pas à quelques images d'épinal (la Tour Effeil) et quelques gros clichés (le béret, la baguette, éléments d'un déguisement de Lito), ils restent focus sur leur histoire. Il y a de la tension et elle ne retombera pas jusqu'au dénouement, explosif, de ce méga-épisode.

Mais les auteurs savent aussi que, pour clore leur saga, il leur faut faciliter la tâche de leurs héros, moins expérimentés que leurs adversaires. C'est donc ainsi qu'ils convoquent à deux reprises des personnages à peine évoqués jusqu'alors ou même carrément inédits. Dans le premier cas, on assiste à une sorte de réunion de crise entre Riley, Hoy et River Al-Saadawi, la fille de la fondatrice du BPO, qui refuse de soutenir les projets homicides de Whispers et de l'actuel président de l'organisation. Elle est prêt à les sacrifier, mais évidemment Riley refuse car cela signifierait la mort pour Wolfgang.

On constate à cet instant que toute cette partie, au sujet d'une faction plus humaniste, pacifiste, du BPO, a été le parent pauvre de la série. Parfois mentionnée, elle n'a jamais été développée, et c'est dommage parce que, par exemple, on aurait pu imaginer que Jona l'ait rejointe et présentée plus tôt au cercle. A l place, le scénaristes ont préféré jouer sur l'ambiguïté morale de Jonas et des rebondissements le concernant assez grotesques (capturé, torturé, sauvé in extremis d'une lobotomie, s'alliant avec Whispers sans tout à fait devenir son complice).

La longue séquence qui va aboutir à l'échange entre Whispers et Wolfgang renoue avec les meilleurs moments de la série. La mise en scène est extraordinaire et tire parti d'un décor et d'une figuration spectaculaire qui rend l'action palpitante. C'est particulièrement efficace tout en étant narrativement limpide. On n'est jamais perdu, on voit où les personnages vont, le montage est nerveux mais limpide. Et surtout, à la fin, les cartes sont à nouveau rebattues (c'est aussi à partir de là qu'on devine où aurait pu aller la série si elle avait continué, avec donc le rôle central occupé par Lila Facchini).

Sense8 a toujours aimé nous faire voyager, et d'ailleurs tout a été tourné sur place, en décors naturels. On ne déroge pas à la règle ici, puisque, après Paris, on se déplace à Naples, cadre du climax de cet épisode. A nouveau, Wachowski et Straczynski introduisent une force inédite avec la Lacune. On n'en avait jamais entendu parler avant et évidemment, son apparition paraît un peu forcée par les événements. Il s'agit d'un groupe de sensitifs capables d'être indétectables et qui est basé dans un endroit dont on ignore la situation, et même s'il est dans le même plan que celui des héros (j'ai envie de croire qu'il s'agit d'une sorte de plan astral, un équivalent de la Matrice pour les sensitifs tant la scène est éthérée).

L'élément le plus important reste que la Mère de la Lacune est aussi la mère de Whispers. Les motivations de ce dernier pour en vouloir autant aux sensitifs ont finalement été toujours assez nébuleuses. La série a joué sur un parallèle, un peu délicat, entre les juifs (les sensitifs) et les nazis (le BPO), donc Whispers serait une sorte de SS ou de Gestapiste. En vérité, il est aussi lui-même un sensitif mais avec une ambition qui se révèle assez convenue : percer le secret de l'immortalité en tuant le maximum de ses semblables.

J'avoue ne pas bien voir le rapport entre percer le secret des cercles et l'immortalité, et à tout prendre j'aurai préféré que Whispers soit resté un simple homo sapiens jalousant les sensitifs ou un sensitif moins puissant enviant les avantages que procure un cercle pour justifier sa croisade. Là, on a surtout le sentiment d'un fils à maman capricieux et mégalomane, et au bout du compte le personnage semble vraiment avoir été épuisé par les auteurs qui ont trouvé avec Lila Facchini une méchante plus charismatique, vicieuse, et avec un potentiel plus élevé (justement parce que son projet est plus politique et ses méthodes plus redoutables, plus directes).

Il y a une ressemblance impossible à dissimuler entre Sense8 et les X-Men : tous deux sont persécutés, forment une communauté, et possèdent en leur sein l'équivalent d'individus (Al-Saadawi, la Mère de la Lacune/Charles Xavier) cherchant la cohabitation paisible avec les homo sapiens et d'autres (Whispers, Lila Facchini, le BPO/Magneto) à imposer leur domination sur ces mêmes sapiens. Mais JMS et Lana Wachowski n'ont pas su imposer avec autant de clarté ces deux clans, sans doute parce qu'ils ont mené de front les arcs narratifs de chacun des membres du cercle et du cercle en tant que groupe. On en revient toujours à Lost qui, également, ne voulait pas choisir entre ses personnages et son intrigue générale.

Inspiré par le Cheval de Troie, l'attaque du cercle à Naples nous gratifie d'une séquence d'action jubilatoire, avec une fusillade spectaculaire et quelques intermèdes où on retient son souffle. Bon, on notera aussi que durant cette séquence, Lito ne sert strictement à rien - comme souvent (toujours ?) alors que c'était vraiment le moment culminant pour prouver à quel point le partage des compétences entre les membres du cercle se transmettent (Riley se sert d'un flingue avec adresse parce qu'elle est connectée à Will et Wolfgang). Une autre erreur aura sans doute d'avoir impliqué dans cette fusillade les non sensitifs amis du cercle : Rajan est un vrai boulet, comme Daniela et Hernando, alors que Mun a évidemment plus sa place étant donné son expérience des armes en tant que flic. On retient aussi son souffle quand Kala prend une balle.

Mais, au fond, il est clair que personne ne devait mourir au sein du cercle : les fans auraient été en colère et les auteurs eux-mêmes ne voulaient pas finir sur une note triste, ce qui justifie qu'ils passent tous à travers un feu nourri du gang de Lila sans être touchés - un vrai miracle. Seule donc Kala manque d'y passer. Tuer Kala aurait été injuste parce que le personnage a gagné en intérêt dans cette seconde saison et que ni ce nigaud de Rajan ni Wolfgang ne méritaient de la perdre.

La manière dont le sort de Whispers, Lila et le président du BPO est réglé sent le plus la contrainte de conclure en un épisode. Il fallait faire en sorte que plus rien ni personne ne vienne menacer le sensitifs et quoi de mieux qu'une bonne roquette lancée sur un hélico emportant les méchants loin de Naples ?

Enfin, la série se referme sur le mariage de Nomi et Amanita : les violons sont de sortie, tout le monde verse sa larme... Avant de s'offrir une orgie transcendentale ! Hé oui, ça se passe comme ça chez les sensitifs, qui ne sont pas égoïstes puisque même les non-sensitifs en profitent - Daniela, Hernandi se partagent Lito, Wolfgang initie Rajan au triolisme... C'est filmé avec fièvre mais sans vulgarité.

Tout est bien qui finit bien. On quitte Sense8 avec le sentiment du devoir accompli, même si tout n'est pas parfait (mais la perfection est chiante). On aurait aimé que ça continue, mais en l'état ça reste très convaincant. Comme pour The OA, Netflix a abandonné une série très originale, très prometteuse, et qui n'a pas eu d'héritière à ce jour. On dit adieu à cette chouette bande de héros, jouée par une troupe d'acteurs formidables (dominée par les femmes - Jamie Clayton, Tuppence Middleton, et la divine Doona Bee), avec un pincement au coeur. Mais il c'est parce qu'on regrette de les voir partir qu'on sait qu'on les a aimés.

mardi 13 septembre 2022

SENSE8 (Saison 2) (Netflix)

 

Cette seconde saison de Sense8 est donc la dernière de la série. Elle se découpe en deux parties puisque Netflix, sous la pression des fans, consentit en 2018 à financer un ultime épisode de 2h 40 qui donnerait une conclusion digne de ce nom à l'histoire imaginée par les Wachowskis et J. Michael Straczynski. J'ai donc choisi de consacrer une critique aux épisodes 1 à 11 puis une autre à l'épisode final, le 12.


Pour empêcher d'être localisé par Whispers, Will s'inejecte de l'héroïne sous le contrôle de Riley et Kala. Kala a épousé Rajan maisn pense toujours à Wolfgang. Wolfgang veille sur Felix convalescent tandis que le parrain Volker Bohm lui propose d'être son associé. Kabaka offre un nouvel autobus à Capheuns pour le remercier de l'avoir sauvé.. Les photos intimes de Lito sont diffusées par Joaquin mais Lito refuse désormais de cacher son homosexualité, au grand dam de son agent. Nomi et Amanita sont hébergées sur la péniche de Bug pour échapper à l'agent féddéral Bendix. Les membres du Cercle fête leur anniversaire.

Riley réussit à duper Whispers qui les croit, elle et Will, toujours cachés en Islande alors qu'ils se sont réfugiés à Amsterdam. Nomi, Amanita et Bug tentent de localiser Whispers. Lito d'un côté, Capheus de l'autre s'interrogent sur leur avenir alors que l'un voit sa carrière s'effondrer et l'autre sa popularité s'envoler. Wolfgang et Felix reçoivent une offre de Sebastian Fuchs, autre parrain de Berlin, pour devenir ses associés et Wolfgang fait la connaissance de Lila Facchini, la partenaire de Fuchs, qui est une sensitive. Après avoir assisté à une conférence du Pr. Kolovi, l'ex mentor de Whispers, Nomi et Amanita informent Will qu'il se trouve à Londres en négociations avec un cadre du BPO, Richard Croome.


Lito déménage avec Hernando et Daniela. Sun échappe à une tentative de meurtre en prison commanditée par son frère Joong-ki. Lila Facchini tente de séduire Wolfgang qui repousse ses avances alors qu'il partage un moment intime à distance avec Kala. Will organise un rendez-vous avec Croome qui lui révèle que depuis le 11 Septembre 2001, au sein du BPO, la méfiance contre les sensitifs a conduit à leur traque, mais qu'une faction des cadres de l'organistation souhaiterait revenir à ses fondamentaux humanistes. Croome est assassiné par une kamikaze contrôlé par Whispers.


Kala est témoin de vives tensions au sein du temple dont certains fidèles sont prêts à déclarer la guerre aux affairistes, comme son beau-père, qui veulent les empêcher de pratiquer leur culte. Sun s'évade de prison avec une autre détenue et va se cacher chez une amie de celle-ci. Capheus est interviewé par Nakia, une journaliste, au sujet de ses intentions pour son quartier alors que des élections approchent. Nomi découvre que Angelica a dupé Whispers en voulant saboter un programme de capture et de lobotimisation de sensitifs destinés à en faire des assassins kamikazes (comme celle qui a tué Croome). L'inspecteur Mun débusque Sun et l'affronte, reconnaissant la jeune fille avec laquelle il pratiquait adolescent les arts martiaux, mais elle réussit à le semer.


Capheus est approché par un parti politique qui voudrait en faire son candidat contre le sortant. Sun se réfugie chez son professeur d'arts martiaux à qui Mun rend visite pour expliquer qu'il souhaite aider la fugitive contre son frère, visé par une enquête du fisc. Toujours traqué par Bendix, Nomi entre en relation via Bug avec un membre du collectif Anonymous qui efface toute trace numérique à son sujet en échange d'un futur service à leur rendre. Lito reçoit une invitation pour être animer la Gay Pride de Sao Paulo. Kala découvre que la compagnie de Rajan exporte des médicaments frelatés en Afrique, notamment au Kenya chez Capheuns. Wolfgang dîne avec Lila mais refuse de s'allier à elle pour transformer Berlin en une ville réservée aux sensitifs. Une fusillade éclate et Wolfgang doit fuir. Riley donne un concert pour rallier de nouveaux sensitifs et défier le BPO.


Après le concert, Riley est contactée par Hoy, un des membres fondateurs du BPO et sensitif lui-même. Il lui communique l'adresse d'un rendez-vous avec une proche de Whispers mais disposée à le trahir, à Chicago, qu'elle devra rencontrer seule. Lito participe à la Gay Pride de Sao Paulo avec Hernando et Daniela et fait son coming-out.. Wolfgang en cavale se cache chez Felix qui pense que Lila va provoquer une guerre des gangs entre Bohm et Fuchs.


De retour du Brésil, Lito apprend que son agent ne désire plus le représenter. Capheus accepte d'être candidat aux élections pour défendre les plus démunis et combattre la corruption des élus en place. Kabaka lui fournit des gardes du corps. Sun est surprise en train de se recueillir sur la tombe de ses parents par Mun qui lui offre son aide contre son frère. Mais elle n'a pas confiance et s'échappe après avoir infligé une raclée au policier. Riley, à Chicago, est escortée par Diego, l'ancien aprtenaire de Will, jusqu'à l'informatrice recommandée par Hoy qui lui communique l'adresse personelle de Whispers. Mais une fois sur place, Riley et Diego le voient exfiltrer par des agents du BPO.


Avec l'aide de Will et Wolfgang, Riley force le coffre de Whispers et dérobe ses notes. Elles apprennent au Cercle que Whispers est soutenu dans sa chasse aux sensitifs par l'actuel directeur du BPO dont la rivale, River Al-Saadawi, plus humaniste, est la fille de la fondatrice de l'organisation. Nomi et Amanita aident Sun à approcher Joong-ki lors d'un gala qu'il va organiser afin de le confondre. Mais avant cela, Nomi doit se préparer pour un autre événement.


Nomi est en effet le demoiselle d'honneur au mariage de sa soeur Teagan. La cérémonie est troublée par l'agent Bendix venu arrêter Nomi. Mais quand il doit produire un mandat d'arrêt, celui-ci a disparu, effacé à son insu par le collectif Anonymous. Bendix doit se retirer et Nomi reste libre. Riley et Diego trouvent l'adresse de l'informatrice mais ils la découvrent, suididée, chez elle. Daniela remonte le moral de Lito en lui trouvant un script parfait et convainc un producteur hollywoodien de l'auditonner. Diego apprend que le père de Will est hospitalisé dans un état critique et il meurt auprès de Riley, à travers laquelle Will, effondré, assiste à la scène.


Capheuns prononce son premier discours de candidat devant une foule en délire. Mais il échappe de peu à une tentative d'assassinat commanditée par son rival. Kala met au point de bloqueurs pour empêcher Whispers de localiser les membres du Cercle et les expédie à chacun. Lito passe son audition avec succès et rencontre l'acteur oscarisé à qui il donnera la réplique lors d'une fête. Sun infiltre le personnel qui servira les invités du gala donné par Joong-ki.


Mun se présente au gala pour arrêter Joong-ki pour fraude fiscale, mais ce dernier ouvre le feu et créé un mouvement de panique parmi les invités pour prendre la fuite, Sun, avec l'aide des membres du Cercle, poursuit son frère dans la ville et réussit à le stopper, mais elle renonce in extremis à le tuer. La police arrive pour l'arrêter tandis qu'un ami ministre de Joong-ki l'exfiltre. Le Cercle aide alors Sun à s'évader puis transmet des infos compromettantes sur le minsitre et Joong-ki aux médias locaux. Traqué par Lila, Fuchs et Bohm, Wolfgang décide de quitter Berlin pour rejoindre Kala en Inde mais Whispers et le BPO le capturent. Kala avertit le cercle. Will déclare la guerre.

Comme on pouvait s'y attendre depuis la fin de la saison 1, Sense8 va développer dans ces nouveaux épisodes une intrigue sur deux niveaux : d'un côté, on continue de suivre les parcours des huit sensitifs du cercle engendré par Angelica ; de l'autre, on observe la progression du conflit entre le cercle et le BPO car Whispers est désormais lié à Will et le traque pour débusquer ses amis.

Cependant, on observe en premier que le show est désormais piloté par la seule Lana Wachowski (sa soeur lily ayant décidé d'arrêter l'écriture et la réalisation) et J. Michael Straczynski. Ponctuellement, la cinéaste céde sa place derrière la caméra à des amis, comme James McTeigue (le metteur en scène de V pour Vendetta, produit par les Wachowskis) pour les épisodes 4, 5 et 7, Dan Glass pour l'épisode 8 et Tom Tykwer (auteur de Cours, Lola, cours) pour l'épisode 11. Néanmoins, chacun respecte la charte graphique de la série, il n'y a pas de rupture de style.

Comme beaucoup de séries chorales, Sense8 ne va pas échapper à quelques défauts propres à ce genre de propositions narratives. L'intrigue principale (BPO vs le Cercle) souffre de longueurs, de baisses de rythme, de rebondissements et de révélations mécaniques. De nouveaux personnages viennent enrichir le propos mais sont souvent traités sommairement, de trop nombreux flashbacks polluent le récit sans qu'ils soient d'un intérêt réel, et le pire survient quand les auteurs veulent expliquer sérieusement, scientifiquement des éléments fantastiques à coups de termes ronflants (homo sensorium contre homo sapiens, psycecillium, assassins zombies, etc). C'est le syndrome Lost : à un moment, les showrunners souhaitent davantage contenter des fans hardcore qui théorisent à tout-va sur la mythologie de la série et ne font que se prendre les pieds dans un charabia  pseudo-scientifique mais surtout ridicule.

La seule addition notable et vraiment estimable est le personnage de Lila Facchini, jouée par Valerio Bilello, sexy et fatale à souhait, cette sensitive qui veut faire de Berlin puis de Naples un refuge pour son espèce, en n'hésitant ni à provoquer une guerre de gangs ni à pactiser avec le diable. On saisit à travers elle une ambition qui aurait certainement pu alimenter la série si elle avait été renouvelée avec plusieurs clans de sensitifs aux objectifs et aux méthodes diverses et qui auraient fait passer nos héros pour de sympathiques amateurs obligés de s'endurcir pour survivre.

Mais, en l'état, même si dans le finale de la série, cela produit des séquences spectaculaires, on demeure frustré car Sense8 n'aura jamais de saison 3 (et plus). Cela, c'est donc pour la partie story-driven du show, souvent maladroite, alambiquée, tortueuse, soit too much, soit pas assez.

Toutefois, il y a l'autre partie, character's driven, de Sense8 et c'est celle-ci qui, depuis le début, convainc le plus. Tout n'y est pas parfait non plus, mais c'est nettement plus intéressant et abouti. Lana Wachowski, lors de la promo de Matrix Resurrections, a expliqué que c'est en tournant cette saison 2, seule donc, sans sa soeur, qu'elle avait totalement changé sa manière de filmer, faisant confiance aux accidents, préférant désormais les prises de vue en décors réels, avec un minimum d'effets spéciaux rajoutés en post-production, au plus près des acteurs. Une révélation qu'on voit à l'écran avec de nombreuses scènes de foule, de fête, avec de la lumière naturelle, une exploitation des décors authentiques, des trucages ingénieux et simples, des mouvements d'appareils fluides mais moins sophistiqués.

J. Michael Straczynski a dû aussi peser davantage sur cet aspect plus proche des personnages, leurs relations, leurs interactions, comme il le fait souvent dans ses comics. Généralement, la caractérisation est formidable, avec des moments drôles, émouvants, poignants même, introspectifs, de vrais développements, une progression significative. Le scénario ménage pour chacun des huit héros de vrais arcs narratifs, conséquents, avec une dimension plus ambitieuse. Tout ne va jusqu'au bout, certains protagonistes sont mieux traités que d'autres, JMS et Wachowski sont diversement inspirés, c'est une évidence, et là encore une saison 3 aurait permis de conclure certainement quelques trajectoires. Mais l'ensemble est très honorable et constitue le meilleur de cette saison 2.

Des motifs se distinguent : l'enfermement et la fuite (Will et Riley, Sun), l'émancipation (Lito, Kala, Capheus), la confrontation (Nomi, Wolfgang). Will et Riley sont cloîtrés pendant un bon moment dans une église abandonnée à Amsterdam et à cet isolement se greffe delui, plus personnel, de Will qui, pour empêcher Whsipers de le localiser, doit s'injecter de l'héroïne, inhibant ses neuro-transmetteurs - du coup non seulement il évite Whispers mais il ne communique plus avec les autres sensitifs de son cercle que lorsqu'il est sobre. Dans le cas de Sun, elle est incarcérée et doit se protéger de tentatives d'assassinats commanditées par son frère.

Le thème de la confrontation concerne Nomi qui reste traquée par le FBI mais qui s'active pour sortir de cette situation, avec l'aide d'Amanita et de Bug (un second rôle haut en couleurs, qui apporte de l'humour à la série). Lors du mariage de sa soeur, elle affronte l'agent Bendix mais aussi les regards désapprobateurs de ses parents : si on peut trouver légère la manière dont la relation entre Nomi et sa mère est alors traitée (n'oublions pas que la seconde a voulu faire lobotomiser la première dans la précédente saison), on remarque la bascule que représente cette séquence à partir de laquelle Nomi reçoit le soutien de son père. Wolfgang a un parcours bien plus relevé, sans doute le plus intense du show dans cette saison 2, avec le rétablissement de Felix, les approches de Bohm et de Fuchs, les manigances de Lila, la guerre des gangs à laquelle il échappe, puis le piège tendu par Lila et Whispers. Wolfgang reste ce personnage qui avance avec détermination sur un chemin violent, au bord du précipice en permanence, y compris dans sa liaison à distance avec Kala.

Enfin, la notion d'émancipation est illustrée par Lito, qui assume désormais son homosexualité mais doit en payer le prix fort. L'évolution du personnage est intéressante mais malheureusement, comme dans la saison 1, Lito ne sert objectivemetn pas à grand-chose, voire même à rien, dès qu'il s'agit du partage de compétences entre membres du cercle, comme si les auteurs ne savaient pas comment l'intégrer. Les talents de Lito ne servent à rien et l'histoire qui se déploie ne l'impacte guère. Kala gagne par contre nettement en épaisseur : elle doit composer avec l'amour sincère qu'elle porte à Rajan et l'attirance qu'elle a pour Wolfgang, ses connaissances médicales sont utiles pour le groupe (avec les bloqueurs qu'elle confectionne), il n'y a guère que le volet de son histoire avec le temple, la religion, qui sont superflues. Enfin, Capheus s'avère un protagoniste étonnant : propulsé sur la scène politique, ce qui fait écho à son passé familial (et à la figure de son père), les scénaristes lui ont écrit un destin spectaculaire qu'il embrasse, un peu gauche, mais sans hésiter.

Tout converge dans l'épisode 11 avec la capture de Wolfgang, un choix judicieux car il est dur au mal et donc donnera du fil à retordre à Whispers, en même temps cela fait écho à l'arc de Riley dans la saison 1. La connection établie durant cette saison 2 avec Lila a du potentiel pour le final de la série. J'ai volontairement occulté dans mon résumé des pans entiers du récit, impliquant Jonas et Angelica, car je les ai trouvés encombrants, avec des péripéties lourdingues. Je pense que les auteurs auraient été inspirées de soulager la série de ce côté-ci, même s'ils pensaient certainement s'en servir dans l'optique du saison 3. Le cas de Jonas est particulièrement ennuyeux car dans le dernier tiers de la saison on joue sur son éventuelle duplicité (ayant été sauvé in extremis d'une lobotomie), donc engendrant la méfiance de Will. Une manoeuvre peu habile pour créer un suspense bien artificiel et surtout justifier des apparitions d'un personnage qui n'avait plus vraiment sa place dans un show déjà bien peuplé.

La distribution reste irréprochable, d'autant qu'on s'est désormais attaché aux héros et qu'on frémit pour eux, tout comme on déteste l'affreux Whispers qui les traque et fait preuve en plusieurs occasions d'un sadisme écoeurant (en particulier vis-à-vis de Will et de son père, culminant avec la mort de ce dernier - une scène bouleversante, pudiquement mise en scène).

Grosso modo, mon jugement sur les acteurs n'a pas trop varié du saison à l'autre, même si Miguel Angel Silvestre compose un Lito plus intéressant. Le personnage ne sert donc pas à grand-chose et sans lui ou avec un autre protagoniste aux talentss plus utiles, la série s'en serait mieux protée, mais on ne peut s'empêcher de le trouver sympathique, voire courageux - hélas ! breaucoup moins digne et ses jérémiades à chaque revers agacent fortement, même le plus patient des fans.

Les sept autres sensitifs du cercle sont formidablement campés. La surprise majeure vient du remplacement d'Amil Ameen par Toby Onwumere dans le rôle de Capheus : j'ignore les raisons de ce changement d'acteur d'autant que Ameen était excellent, mais Onwumere ne démérite pas, conservant à "Van Damn" une fraîcheur irrésistible, une sorte de candeur épatante. Brian J. Smith hérite d'une partition très riche pour jouer Will, aux côtés de Tuppence Middleton, formidable. Jamie Clayton est un peu plus en retrait dans ces nouveaux épisodes, cantonnée au rôle de super hackeuse.

Tina Desai incarne Kala avec plus de présence, même si son jeu paraît toujours aussi emprunté dans les moments de tension sexuelle que traverse son personnage, ce qui est regrettable. A l'inverse, Max Riemelt a un charisme insensé et fait de Wolfgang un des membres les plus emblématiques du cercle. Enfin, comme pour la saison 1, c'est Doona Bee qui domine le casting, d'ailleurs c'est Sun qui a certainement l'arc le plus riche sur les deux saisons de la série et la comédienne l'interprète avec une palette de nuances exceptionnelle.

Tout est en place pour ce final hors du commun, celui d'une série qui doit s'achever en ayant pensé durer plus longtemps, mais pour laquelle Netflix a consenti à offrir aux fans un épilogue digne de ce nom. On en reparle très vite, avant de dire adieu à cette bande si attachante.

mercredi 7 septembre 2022

SENSE8 (Saison 1) (Netflix)


J'ai essayé plusieurs fois de regarder Sense8, sans réussir à aller au-delà du premier épisode. Sept ans après sa mise en ligne sur Netflix, et quelques mois après la sortie de Matrix Resurrections (une grosse déception), je m'y suis enfin mis ces derniers jours. Et je n'ai vraiment pas été déçu du voyage proposé par J. Michael Straczynski et les Wachowskis - dont il s'agit sans doute de l'oeuvre la plus aboutie.
 

Sur le point d'être capturée par d'étranges individus, Angelica met fin à ses jours après avoir établi une connection entre huit individus qui ne se connaissent pas autour du monde. A Londres, Riley, DJ islandaise, survit à un deal qui dégénère entre son fiancée et son dealer dont elle dérobe l'argent et la drogue. A Séoul, Sun fait face au sexisme dans l'entreprise de son père qui lui préfère son frère. Capheus, chauffeur de busà Nairobi, a du mal à subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère, malade du Sida. A San Francisco, Nomi, une transexuelle, vit une idylle avec Amanita. A Bombay, Kala s'apprête à épouser Rajan bien qu'elle ne l'aime pas. A Chicago, Will, policier, tire sur un gangster et le transporte à l'hôpital. A Berlin, Wolfgang et son ami Felix volent des diamants à Steiner, un caïd. A Madrid, Lito repousse les avances de la comédienne avec laquelle il tourne.


Nomi s'évanouit lors de la Gay Pride. Lorsqu'elle reprend connaissance, elle est enfermée dans une chambre d'hôpital avec sa mère transphobe qui a payé le Dr. Metzger pour la lobotomiser. Will enquête sur la mort de Angelica et apprend qu'une équipe a enlevé son corps et que Jonas, l'amant de celle-ci, est recherché pour terrorisme. L'homosexulaité de Lito est découverte par Daniela qui jure de garder de le secret s'il l'héberge avec son compagnon Hernando car elle fuit Joaquin, son compagnon violent. Riley trouve refuge chez un ami.


Sun découvre que son frère Joong-ki détourne de l'argent de la compagnie de leur père, qui refuse de la croire. Frustrée, elle se défoule en participant à des combats clandestins où elle vainc ses adversaires. Amanita tente de retrouver Nomi dont l'opération approche et qui croit être victime d'hallucinations quand Jonas entre en contact avec elle. Capheus est agressé par des bandits mais il réussit à les corriger grâce à l'aide de Sun. Will localise Jonas qui tente de lui expliquer ce qu'a fait Angelica.


L'exploit de Capheus lui vaut d'être contacté par Kabaka, un homme d'affaires, qui veut en faire le garde du corps de sa fille leucémique, en échange de quoi il lui fournit un traitement pour sa mère. Kala rencontre au temple où elle prie Ganesh des fidèles qui lui expliquent que son futur beau-père veut raser l'endroit. Pour éviter que son frère n'aille en prison, Sun se dénonce aux autorités. Wolfgang et Felix vendent une partie des diamants qu'ils ont volé. Will livre Jonas aux fédéraux après qu'il lui ait expliqué le danger qui pèse sur Nomi et les autres individus avec lesquels ils sont liés.


Grâce à l'aide de Will et d'Amanita, Nomi réussit à s'évader in extremis avant de passer sur le billard. Lito profite de l'expérience de Will lors du tournage d'une scène d'action. Trahie par son ami qui l'a dénoncée au dealer, Riley, avec l'aide de Sun réussit à filer. Sun lui conseille de rentrer en Islande même si Riley redoute de devoir y faire face à de douloureux souvenirs. Nomi doit elle aussi filer, avec l'aide Capheus, quand "Whispers", l'ennemi de Jonas, avec des agents fédéraux frappent à la porte de Amanita. 


Will "rencontre" Riley et ils tombent immédiatement amoureux l'un de l'autre. Idem pour Kala et Wolfgang qui font connaissance alors qu'ils sont sortis en boîte chacun dans leur ville. Joaquin vient menacer Lito et Daniela, une bagarre éclate avec Hernando et Joaquin se retire en dérobant le téléphone de Daniela. Sun est incarcérée. 


Nomi retrouve Amanita et un ami hacker leur fournit du matériel informatique de pointe grâce auquel elles obtiennent des renseignements sur Metzger et ses patients. Joaquin fait chanter Lito grâce à des photos de lui et Hernando au lit prises par Daniela. Nomi et Will remontent la piste de Nyles Bolger, lobotomisé par Metzger, mais celui-ci ne peut les renseigner dans on état. Lito rend Daniela à Joaquin mais Hernando, choqué par la lâcheté de son mant, préfère rompre avec lui. Steiner a découvert qui avait volé ses diamants et tente d'abattre Felix. Nomi et Amanita pénètrent par effraction chez Metzger en son absence pour pirater son ordinateur. Metzger les surprend avant que Bolger ne tue le médecin puis se suicide.


Kala rend visite à Wolfgang au chevet de Felix et tente de le dissuader de le venger en lui jurant de ne pas épouser Rajan. Menacé par des rivaux de Kabaka qui veulent sa fille pour le piéger, Capheus la cache sans avertir son père. Will enquête sur le meurtre de Metzger et le suicide de Bolger avec Nomi qui découvre dans les dossiers du médecin son affiliation à la Biologic Preservation Organization (B.P.O.), qui détient Jonas, aux mains de Whispers, et dont la cible est Riley. Le père de Rajan rencontre Kala au temple pour annuler le mariage avant que des fidèles ne le poignardent sauvagement.


En Islande, la veille d'un concert que doit donner son père, Riley apprend que les 8 sont nés le même jour de la même année mais aussi que Whispers en croisant le regard de l'un d'eux peut accéder à tout ce que savent, voient et entendent les autres. Wolfgang déplace Felix dans une clinique privée et l'enegistre sous un faux nom et part affronter Steiner. Capheus affronte les rivaux de Kabaka qui ont enlevé ce dernier et, avec l'aide de Sun, les extermine. Grâce à Wolfgang, Lito retire Daniela de l'emprise de Joaquin et la ramène chez Hernando avec lequel il se réconcilie. Riley assiste au concert donné par son père mais fait un violent malaise en pleine représentation.


La situation de Riley est critique : enlevée par le BPO, elle est conduite dans une de leurs cliniques pour y être examinée par Whispers. Une course contre la montre débute pour la tirer de là : Nomi la localise et Will part pour l'Islande. Wolfgang élimine avec l'aide de Kala le gang de Steiner mais la sauvagerie dont il fait preuve effraie la jeune femme qui comprend que rien ne sera possible désormais entre eux. Sun apprend par Joong-ki que leur père a été retrouvé mort, suicidé, mais elle comprend que son frère l'a tué et jure de le lui fiare payer.


 Will arrive en Islande, une voiture de sport loué par Nomi l'attend. Parce qu'elle est inconsciente, Riley ne peut être opérée par Whispers qui ne peut accéder aux autres individus avec lesquels elle est connectée. Jonas refuse, même sous la torture, d'aider Whispers à réveiller Riley ni à attirer les autres dans un piège. Will réussit, grâce à un subterfuge, à pénétrer dans la base du BPO et les autres se tiennent prêts à l'aider à sauver Riley.


Grâce aux compétences de Wolfgang, Sun, Kala, Nomi, Lito, et Capheus, Will parvient à déjouer les contrôles de sécurité, à neutraliser les gardes et délivrer Riley Malheureusement, il croise par accident le regard de Whispers dans leur fuite et doit confier à Riley le soin de les conduire jusqu'à la côte. Mais Riley se souvient que sur ce trajet elle a eu un accident autrefois au cours duquel son mari a péri tandis qu'elle donna naissance à leur fille, Luna. Elle surmonte tout ça et rejoint Sven, un ami, qui les prend, elle et Will, à son bord. La péniche de Svenn s'éloigne avec, pour la première fois, les 8 réunis.

Même si on peut ne pas aimer certaines séries qui suscitent la curiosité du plus grand nombre, il se peut parfois qu'il faille plusieurs essais avant de rencontrer une oeuvre. On tourne autour, il y a des faux départs, et un jour, c'est la bonne. On est prêt à embarquer. Le voyage peut débuter.

Car Sense8 a tout d'un voyage. C'est une série chorale qui entraîne le téléspectateur aux quatre coins du globe et d'ailleurs elle a été tournée sur les lieux même où l'action se situe, comme un gage d'authenticité, pour embrasser la diversité de ses protagonistes et rendre compte des ambiances contrastées des lieux.

C'est aussi un voyage avec une arrivée pour les Wachowskis. C'est la dernière fois (à ce jour) que Lily et Lana ont collaboré ensemble sur un projet après avoir construit une filmographie qui a marqué les esprits, notamment grâce au succès de la trilogie Matrix (enrichie d'un quatrième volet en 2021, mais écrit et réalisé par la seule Lana). 

Pour le co-créateur et co-scénariste de Sense8, J. Michael Straczynski, c'est aussi une forme d'apothéose. Connu des fans de comics pour son long run sur Amazing Spider-Man et son passage éclair sur Thor, JMS a été aussi l'auteur de Babylon 5. Son association avec les Wachowskis est improbable mais a produit un chef d'oeuvre.

Vous le savez si vous êtes abonné à Netflix mais l'algorithme de la plateforme de streaming vous conseille régulièrement des séries et films en rapport avec ce que vous visionnez. Comme j'étais fan de The OA notamment, c'est ainsi qu'on m'a recommandé Sense8. Il y a effectivement une parenté entre les deux shows, mais chacun possède ses qualités propres, en vérité ils se complètent. Et il est pertinent de penser que ceux qui aiment the OA aimeront Sense8, qui emprunte au même fantastique romantique.

Si vous avez aimé le premier Matrix (ce qui n'est pas difficile car c'est le meilleur et qu'il a considérablement influencé la pop culture depuis sa sortie), alors vous vous souvenez de cette scène où Neo suit Morpheus dans un espace blanc au début de son entraînement. Soudain des rangées d'armes surgissent de nulle part et, comme pour les techniques de combat qu'il a apprises en un temps record, Neo maîtrise vite tout cet arsenal.

Sense8 est une extension stupéfiante de cette idée qu'on peut intégrer des talents, mais ici l'univers virtuel de la Matrice est remplacé par un cercle d'individus qui se découvrent leur connection après la mort d'Angelica, une "sensate' (une sensitive). Tout au long des douze épisodes qui composent cette première saison, à tour de rôle, chacun des huit membres du cercle ainsi formé va avoir à un moment ou un autre besoin des capacités d'un des autres ou de plusieurs d'entre eux. Parfois il s'agit d'une manière de se battre, de conduire, de hacker des systèmes informatiques, de concocter des explosifs avec les moyens du bord, de séduire une personne pour la duper, de soigner, etc. 

Cette espèce de Matrice collective et globale est un concept jubilatoire et produit des scènes irrésistibles. C'est aussi l'illustration de la solidarité entre des individus qui ne se connaissent pas, une image du village mondial, qui peut faire ricaner par son esthétique "united colors", mais qui invite aussi à aimer ce réseau d'humains élus par-delà les frontières, les distances. Regardez Sense8 avec un oeil cynique et vous passerez à côté de sa magie. Acceptez son ton et vous écouterez un choeur quasiment religieux, les dogmes et le fanatisme en moins.

Straczynski et les Wachowskis partagent une approche semblable vis-à-vis de la spiritualité, à savoir que croire est un choix et que si on choisit de croire, alors on accède à une sorte de transcendance. Les cinéastes ont nuancé leur propos depuis Matrix : Reloaded avec son imagerie messianique un peu grotesque. Désormais, la solution est dans l'union, l'union fait la force, il n'y a pas un sauveur. Sans doute faut-il lire là la contribution, essentielle, de JMS : dans la série, un personnage comme Will est clairement atteint du syndrome du sauveur, c'est chez lui quelque chose de viscéral d'aider autrui mais derrière ce côté protecteur se cache une blessure narcissique. Autrement dit, il s'agit autant d'aider l'autre que de savoir et faire savoir qu'on l'a aidé.

Cette attitude se retrouve chez Sun, dont le sacrifice pour son frère et son père, se mue en conversion : elle se fera reconnaître comme le sauveur de co-détenues dans la prison puis au sein du cercle en venant en aide notamment à Capheus lors d'actions spectaculaires. Wolfgang se rêve lui aussi en héros, sorte d'ange exterminateur, dévoré par sa propre sauvagerie, qui l'enferme dans un cercle vicieux, répétant les atrocités de son père et effrayant la douce Kala, déjà bien ébranlée par la tentative d'assassinat de son beau-père par des fidèles fantatiques convaincus qu'elle a attiré leur cible dans leur piège.

Toutes les relations des personnages de Sense8 ont une dimension toxique, ou à tout le moins moins angélique qu'on pourrait le croire de prime abord. Ainsi, Nomi compte sur Amanita pour la tirer des griffes d'une mère transphobe et d'un médecin fou et on peut déceler une forme de dépendance dans leur couple. Lito cache son homosexualité et cela aboutit à une action écoeurante de lâcheté de sa aprt quand il abandonne Daniela : pour se racheter, il devra compter sur la rage de Wolfgang. Capheus est un brave garçon débordant d'amour pour sa mère mais il sert un caïd sanguinaire et ne survit que grâce au renfort de Sun. Kala doit épouser un homme qu'elle n'aime pas sans se résoudre à le lui dire tout en visitant Wolfgang.

L'intrigue qui relie tous ces personnages, sur fond de captures de sensitifs par le sinistre Whispers, est presque accessoire car la série fournit déjà suffisamment de moments mémorables avec son cercle de héros reliés. Mais en son coeur bat le personnage le plus fascinant : Riley. A elle seule elle résume la série, ses développements, ses couleurs. DJ islandaise exilée à Londres, en cavale après un deal qui a dégénèré, amoureuse du flic Will, elle se pense maudite et pourtant c'est elle qui accepte le plus paisiblement la découverte du réseau formé par Angelica.

Pourtant, c'est en étant ciblée par Whispers à son retour sur ses terres natales qu'elle devient le centre de la série, celle qui va faire converger les efforts de tout le cercle. Et elle devra dépasser ses hantises pour sauver comme elle a été sauvée. Son passé est le plus richement fouillé avec un mix d'éros et thanatos, ayant perdu son mari et donné la vie à leur fille dans un tragique accident de voiture. Elle renaît dans le final de la saison après une scène de concert cathartique pour tous les sensitifs qui revivent leur mise au monde, dans une mise en scène virtuose et très crue.

Tout n'est pas parfait dans Sense8 : huit protagonistes, c'est beaucoup et tous n'ont visiblement pas inspiré également les auteurs. Lito, le comédien méxicain, homo honteux a du mal à s'imposer, d'autant plus que son interprète, Miguel Angel Silvestre, paraît souvent emprunté. Kala est aussi un peu transparente, et Tina Desai ressemble plus à une top model qu'à une laborantine (sans prétendre qu'une  laborantine est forcément un laideron). 

Parfois aussi, sur douze épisodes, certains manquent un peu de substance et les subplots se diluent un peu trop d'un personnage à l'autre. Les atermoiements pré-maritaux de la pauvre Kala ont du mal à passionner et le ménage à trois de Lito, Hernando et Daniela est trop artificiel. Le passé lugubre de Wolfgang est un poil trop chargé et les clins d'oeil à Conan un peu kitsch, tout comme les mentions répétitives à Jean-Claude Van Damme pour Capheus. 

Je suis partagé par le casting de Naveen Andrews dans le rôle de Jonas tant le comédien reste associé dans les mémoires comme un des rescapés de Lost, ce qui parasite notre empathie pour son personnage. Idem pour Darryl Hannah, même si sa présence à l'écran est très réduite.

Mais ces réserves ne suffisent pas à plomber suffisamment l'ensemble pour qu'on décroche. Au contraire, d'autres rôles sont tellement formidables qu'ils compensent. Will, joué par Brian J. Smith, est un type attachant avec une belle relation père-fils. Capheus est un être lumineux malgré le sang répandu durant son arc narratif et Amil Ameen est fabuleux (hélas ! il a quitté la série à l'issue de cette saison - on verra ce que vaut celui qui l'a remplacé). Max Riemelt est ombrageux et charmeur à souhait en Wolfgang.

Mais mes trois favoris sont des favorites, trois actrices extraordinaires. D'abord Tuppence Middleton qui interprète Riley avec une délicatesse poignante. Puis Doona Bee est absolument géniale dans la peau de Sun, un concentré de "badasserie" et de dignité. Enfin Jamie Clayton, comédienne transexuelle comme Nomi, est d'une beauté et d'une intensité magnétique.

La réalisation, si je ne l'ai pas déjà dit, est magnifique, avec des décors naturels souvent grandioses, servis par une photo renversante. Le travail sur le montage est prodigieux quand on songe justement à la quantité de scènes qui se répondent dans deux endroits différents et par la fluidité des transitions. L'aspect sériel voit ses curseurs poussés à fond pour un résultat bluffant.  

Sense8 connaîtra une seconde saison au terme de laquelle Netflix choisira d'arrêter les frais avant de se raviser, sous la pression des fans de la série, pour financer un épilogue king-size. Je suis très curieux de voir ce que ça donne et je vous en parlerai dès que j'aurai visionné tout ça.

samedi 30 avril 2022

THOR #24/750, de Donny Cates et Nic Klein, avec Walter Simonson, Dan Jurgens, J. Michael Straczynski et Olivier Coipel, Al Ewing et Lee Garbett, Jason Aaron et Das Pastoras


Je ne suis plus Thor depuis un bail, et le run de Donny Cates m'a vite découragé. Mais c'est un épisode spécial que celui-ci : ce numéro 24 est aussi le 750ème de Thor, si on prend en compte tous les volumes de ses séries. Donny Cates y fait équipe avec Nic Klein, mais partage l'affiche avec de prestigieux invités qui ont marqué l'histoire du dieu du tonnerre chez Marvel pour ses soixante ans de parution.
 

Thor prononce l'éloge funêbre de son père, Odin, récemment mort. L'ancien Père-de-tout et roi d'Asgard a droit à des funérailles de viking. Même si Thor partage sa peine avec son demi-frère, Loki...


- Prologue (Ecrit et dessiné par Walter Simonson.) - Comment Beta Ray Bill est devenu le guerrier légendaire qu'on connaît, après avoir été capturé et fait l'objet d'expériences...


- The Seduction (Ecrit et dessiné par Dan Jurgens.) - Muni d'armes qui corrompent son âme, Thor ne devra son salut qu'à l'intervention d'Odin et de son demi-frère, Balder le brave...


- Benedictions (Ecrit par J. Michael Straczynski et dessiné par Olivier Coipel.) - Thor convoque en Asgard un notaire humain pour qu'il rédige ses dernières volontés...
 

- What Comes Next (Ecrit par Al Ewing et dessiné par Lee Garbett.) - Loki surgit 14 milliards d'années dans le passé et prévient Taaia, la mère de Galactus, d'un grave danger imminent pour le Multivers...

- Who Wields Who ? (Ecrit par Jason Aaron et dessiné par Das Pastoras.) - Il y a un million d'années sur Midgard, Odin doit affronter des géants de glace sans l'aide de Mjolnir qui refuse de lui obéir...

Il est loin le temps où j'ai aimé lire Thor. Je doute, à l'allure où vont les choses, renouer un jour avec ce plaisir. Le long run de Jason Aaron ne m'a séduit que lorsque Jane Foster a été jugée digne de soulever Mjolnir, avec les dessins magnifiques du (depuis) trop rare Russell Dauterman. Lorsque Donny Cates a succédé à Aaron, j'espérai quelque chose qui ne s'est pas produit, assistant affligé à une reprise survendu, malgré là encore un artiste doué (Nic Klein). En vérité, il faut remonter au run, trop court, de J. Michael Straczynski et Olivier Coipel (en 2007 !) pour que je me rappelle d'une proposition intéressante pour le dieu du tonnerre...

Alors JMS avait accepté d'écrire la série initialement offerte à Neil Gaiman, en s'inspirant de thèmes et motifs chers à ce dernier (l'existence des dieux validée par la foi des humains). Avec Coipel, le scénariste fit de Thor un personnage revenu d'entre les morts et confronté aussi bien à sa mortalité qu'à la responsabilité de restaurer Asgard, de trouver une raison d'être au panthéon nordique, le tout dans le décor bien décalé d'une bourgade américaine.

Malheureusement, Marvel gâcha tout en précipitant Thor dans un event par ailleurs raté, Siege, écrit par Brian Michael Bendis et dessiné par... Coipel, qui venait de quitter la série. JMS, déçu qu'on interfère avec ses plans, claqua la porte de Marvel pour s'exiler chez DC. Matt Fraction tenta, encore avec Coipel, de relancer la machine, sans convaincre. Puis Jason Aaron s'installa sur le titre, avec Esad Ribic...

Aujourd'hui, Cates vient d'achever un arc dans lequel il a sacrifié, au terme d'une intrigue d'une rare bêtise, Odin. Marvel a fait ses calculs et compté que ce 24ème épisode coïncidait avec la 750ème aventure du dieu du tonnerre, tous volumes et titres solos confondus. Je n'ai pas vérifié l'exactitude de cette comptabilité, mais l'éditeur a mis les petits plats dans les grands en publiant une giant-size issue de plus de 60 pages.

L'épisode s'ouvre et se ferme avec les funérailles grandioses d'Odin. Enfin.. Supposément grandioses, car, mise à part une double-page au début effectivement impressionnante, le reste est plutôt cadré serré, intimiste, et n'impressionne guère. L'émotion fait cruellement défaut tant le discours prononcé par Thor manque de personnalité, parasité par une voix off envahissante et inutile. Cates est décidément incapable de produire autre chose que de l'épate-couillon, ce qui lui réussit dans ses creator-owned abîmant immanquablement ce qu'il produit pour Marvel. Quant au dessin de Nic Klein, je lui reconnais une technique certaine, mais par contre je n'aime pas du tout la manière dont il représente Thor, si loin de ce qu'un Kirby, un Buscema, un Romita Jr ou un Coipel en ont fait.

Plus là pour célébrer les soixante ans du dieu du tonnerre que pour accompagner le cortège désolant de Cates, les invités sont plus inspirés, c'est un comble. Que Walter Simonson, cette légende vivante qui a révolutionné le personnage, nous conte les origines de Beta Ray Bill et c'est une leçon humiliante pour Cates et Klein tant, en quelques pages, il donne un souffle plus épique que dans les 23 épisodes du run actuel.

Dan Jurgens se charge lui aussi du texte et des dessins de sa partie. On peut regretter que Marvel n'ait pas laissé John Romita Jr l'accompagner - ou pas si on se fie au dramatique niveau affiché par l'artiste sur le relaunch de The Amazing Spider-Man paru cette semaine. Ce segment, censé mettre en avant Balder le brave, loupe un peu le coche, et l'encrage de Klaus Janson est affreux.

Et puis, ô joie ! J. Michael Straczynski et Olivier Coipel entrent en scène et c'est le retour des enfants prodigues. C'est magnifique, subtil, et ça rappelle à quel point en une douzaine d'épisodes, ces deux-là ont redéfini Thor, mieux que tout ceux qui leur ont succédé. Ah si seulement Joe Quesada n'avait pas fourré son nez là-dedans il y 14 ans...

Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, voilà que Al Ewing et Lee Garbett se joignent à la fête. Le scénariste estimait, lui aussi, avoir été empêché d'écrire Loki, Agent of Asgard, comme bon lui semblait (son run ayant quand même été traversé par trois events !). Mais il a, de son propre aveu, accepté de rempiler, avec à la clé sa prochaine mini-série Defenders Beyond, où il renouera avec le Dieu de la Malice. Lee Garbett nous régale avec des planches à tomber.

Evidemment, Jason Aaron, le fossoyeur de Thor, se pointe pour une énième variation sur son obsession débile (Mjolnir et qui mérite de le brandir). C'est donc répétitif et assommant, mais les dessins de Das Pastoras ont un certain cachet.   

Je vous fais grâce du cliffhanger qui annonce le crossover Banner of War, avec le concours de qui a la plus grosse entre Thor et Hulk, concocté par Cates, et qui ne semble être là que pour confirmer pourquoi j'ai arrêté de croire que Marvel voulait que le dieu du tonnerre soit au coeur de bonnes histoires.

Un n° anniversaire peu digeste donc, mais avec quelques pépites qui raviront les fans d'une époque bien révolue.

mardi 26 avril 2011

Critique 223 : MARVEL : LES GRANDES SAGAS 1 - SPIDER-MAN, de J. Michael Straczynski et John Romita Jr

Alors que de nombreuses adaptations cinématographiques de comics Marvel vont sortir en salles (Thor, Captain America, X-Men : First Class, Avengers...) dans les prochains mois, Panini propose aux amateurs et aux connaisseurs une nouvelle collection de dix livres (assortis à chaque fois d'un fascicule reprenant la mini-série Marvels de Kurt Busiek et Alex Ross) en format softcover de 144 pages.
Le premier volume met évidemment en vedette Spider-Man, dont une nouvelle version filmée vient d'être tournée (réalisée par Marc Webb, avec Andrew Garfield, sortie prévue le 4 Juillet 2012), et reprenant les épisodes 57-58-500-501-502 du run de J. Michael Straczynski et John Romita Jr, datant d'Octobre 2003 à Février 2004.
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- Joyeux Anniversaire (1-3) est un récit se situant après la découverte de la double identité de Peter Parker par sa tante May. Assistant, une nuit d'orage, à l'invasion de New York par les sans-esprits (les lecteurs de Nextwave se souviendront de ces créatures auxquelles Ellis et Immonen faisaient subir un sort hilarant), Spider-Man rejoint dans la bataille les 4 Fantastiques, Iron Man, Thor, Cyclope et Dr Strange. Le sorcier suprême comprend qu'il s'agit d'une manoeuvre de Dormammu pour contrôler cette dimension, mais dans le feu du combat, Spidey trouble Strange et doit faire face à la fois à son passé et à son futur - l'occasion de croiser ses pires ennemis et de revivre des choix douloureux...

- Un samedi au parc avec May met en parallèle les doutes qui assaillent la tante de Peter Parker depuis qu'elle a appris qu'il était Spider-Man, tout en sachant qu'elle ne peut rien faire pour qu'il change de vie.

- Vous prendrez bien un pantalon avec ça ? présente la rencontre entre Spidey et le tailleur Leo Zelinsky qui travaille à la fois pour repriser les vêtements de super-héros et de super-vilains - rencontre dont le dénouement renvoie le Tisseur à une des scènes du futur qu'il a vue lors de son voyage dans le temps durant le combat entre Dormammu et Dr Strange.
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A ces 5 épisodes, s'ajoutent deux courts chapitres dispensables (Le fils de mon frère et Si j'étais Spider-Man), des back-ups du n° 600 de la série, dont on se demande ce qu'ils font là, si ce n'est complèter le sommaire pour que l'album compte 144 pages...
Les histoires du duo JMS-JR Jr ont marqué une étape dans la publication du titre puisque Marvel décida à l'époque de renuméroter la série en effaçant le volume 2 et en la reprenant au n°500 - ce qui donna lieu à un épisode exceptionnel de 30 pages (dont les quatre dernières dessinées par John Romita Sr).
Comme d'habitude avec JMS, l'histoire, même si elle n'est pas avare en action, fournit le prétexte à une réflexion subtile sur la condition de héros et la situation de Peter Parker. Auparavant, le scénariste avait osé ce qu'aucun avant lui n'avait écrit - May découvrant la double vie de son neveu - et cela allait impacter durablement la série, comme en témoigne Un samedi au parc avec May.
Mais Straczynski en profite aussi pour s'amuser avec la chronologie de la série, en revenant sur des séquences mémorables et en en montrant d'autres dans un des futurs possibles : on y voit un Tisseur vieilli, devenu fugitif, affrontant la police et même trouver la mort. Bien qu'il soit resté six ans sur le titre, ce genre d'anticipations prouvait que JMS avait des projets à très long terme pour le personnage - malheureusement, son run s'achèvera à cause d'un caprice d'éditeur (Joe Quesada ne supportant plus le mariage de Peter et MJ Watson) et depuis la série a perdu beaucoup de son intérêt.
Néanmoins, le choix de ces épisodes, pourtant agrèables, ne constitue pas le sommet de la période Straczynski et reste discutable pour initier de nouveaux lecteurs. Panini serait plus inspiré de rééditer tout ça dans une vraie collection consacrée au lieu de disséminer ça au gré de best-of désordonnés.
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John Romita Jr, parfaitement encré par Scott Hanna (un partenaire qui le met bien mieux en valeur que Klaus Janson) et mis en couleurs par Matt Milla (là aussi pour un bien meilleur résultat que Dean White), y livre des planches d'une énergie folle, qui donne un rythme infernal à ces épisodes. Et, au milieu de tout cela, il y a des double-pages proprement ahurissantes, sur lesquelles il faut s'attarder pour en profiter pleinement.
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Prochain album de ces "Grandes Sagas" : Thor par Dan Jurgens et (encore) Romita Jr. A suivre donc.

jeudi 14 octobre 2010

Critique 172 : TEAM-UPS OF THE BRAVE AND THE BOLD, de J. Michael Straczynski, Jesus Saiz, Chard Hardin, Justiniano et Cliff Chiang

Team-ups of the Brave and the Bold collecte les épisodes 27 à 33 de la série, publiés par DC Comics en 2009, écrits par J. Michael Straczynski et dessinés par Jesus Saiz (#27-30 & 32), Chard Hardin et Justiniano (#31) et Cliff Chiang (#32).
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La série anthologique The Brave and the Bold a été lancée en 1955 et a compté trois volumes depuis : c'est donc une institution de la firme DC Comics en même temps qu'une porte d'entrée commode pour faire connaissance avec ses personnages et son univers, si l'on ne suit ni ses séries régulières ni ses sagas. Le principe est simple : il s'agit d'aventures, brêves (un épisode le plus souvent, des arcs succincts autrement), entre deux personnages (voire deux groupes), l'un incarnant la bravoure (the Brave), l'autre l'intrépidité (the Bold). Mix de "buddy comics" et d'associations inattendues, on y rencontre à la fois une vedette et un partenaire moins célèbre.
Parti avec fracas de chez Marvel (suite à des désaccords éditoriaux sur ces trois dernières séries, Amazing Spider-Man, Fantastic Four et Thor), J. Michael Straczynski signe dans la foulé chez le concurrent et annonce plusieurs projets (le revamp des héros Archie Comics, The Mighty Crusaders ; Samaritan X sur un service hospitalier pour super-héros ; un graphic novel sur la jeunesse de Superman - Earth One - , puis les séries régulières Superman et Wonder Woman).
Finalement, ces épisodes de The Brave and the Bold sont le premier projet à être édité : pourtant, le résultat diffère du plan initial qui devait permettre au scénariste d'introduire progressivement les Mighty Crusaders dans le DCverse (ce sera fait via une mini-série, Red Circle, toujours pas éditée en album hélas !) et un teaser où figuraient The Shield, The Black Hood et The Fly avec Batman sera même diffusé.
Toutefois, JMS a su adapter ses projets et propose des tandems très originaux désormais rassemblés dans ce hardcover (en attendant les prochains épisodes), parmi lesquels Batman et Dial H for Hero ou Brother Power The Geek, Flash et les Blackhawks, Dr Fate et Green Lantern, Aquaman et Etrigan le démon, Atom et le Joker, ou le trio Wonder Woman, Zatanna et Batgirl. Ces récits font référence à la continuité mais sont compréhensibles sans qu'on connaisse les histoires auxquelles il est fait allusion (bien sûr, on les apprécie mieux en sachant à quoi ils se rattachent, en particulier Killing Joke d'Alan Moore et Brian Bolland et Justice League International volume 1 de Keith Giffen, J.M. DeMatteis et Kevin Maguire).
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- Death of a hero réunit Batman et Dial H for Hero (un cadran permettant à son détenteur de se transformer en super-héros de son choix). Cette histoire donne immédiatement le ton du recueil : il s'agit d'une fable où le cadran va donner l'occasion à un voyou de se racheter et à l'ado à qui il l'a volé de comprendre le sens et la valeur d'un acte héroïque.

Comme toute fable, l'histoire saisit par sa brièveté et sa morale que JMS délivre sans pesanteur, tout en subtilité. On retrouve toute la finesse des dialogues de l'auteur et son génie de la caractérisation, mais aussi sa volonté de dérouter en donnant finalement moins la vedette à Batman qu'à son partenaire dont le geste est plus spectaculaire et symbolique. C'est aussi l'occasion de mettre en scène pour la première fois et Batman et le Joker.

Les dessins de Jesus Saiz sont déjà impressionnants, d'une grande beauté, restituant à merveille les ambiances avec la complicité des couleurs de Trish Mulvihill. Pourtant, le meilleur reste à venir et ce premier round est presque modeste en comparaison avec ce qui suit.
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- Firing lines est en effet déjà un cran au-dessus, en termes de narration et d'illustrations.

Flash y est projeté, à la suite d'une expérience scientifique, en plein coeur de la seconde guerre mondiale, dans la Belgique occupée par les allemands. Il ne tarde pas à y trouver les aviateurs des Blackhawks, en mission dans les terres. Barry Allen doit alors tomber le masque et devenir soldat, en acceptant de tuer l'ennemi - ce qu'il ne fait jamais en temps normal.

JMS place le héros dans une situation où l'éthique le dispute au devoir : c'est une réflexion passionnante sur la différence entre le fait de rendre la justice derrière un masque, en respectant un code d'honneur, et le fait de se battre pour survivre et pour l'Histoire, contre des adversaires prêts à vous tuer.

Saiz réalise des planches magnifiques, synthétisant en une splash-page toute l'évolution de Flash, les épreuves qu'il traverse dans cette époque qui le force à changer d'attitude. La dernière image est saisissante et donne une puissance rare au récit. C'est fort. Et ce n'est pas fini !
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- Lost stories of yesterday, today and tomorrrow propose le duo le plus improbable du recueil avec Batman et un personnage obscur nommé Brother Power the Geek. Il s'agit à nouveau d'une variation sur le thème du sacrifice : la rencontre entre ces deux créatures de la nuit est pourtant un choc des cultures entre le dark knight qui est dérouté par ce revenant, apparemment immortel, dont les origines sont aussi nébuleuses que sa nature.

JMS écrit un récit déconcertant, échappant aux clichés du genre - pas de grandes batailles, de super-vilains en vue. Batman y est montré en train de sauver la vie de simples citoyens dans des circonstances somme toutes banales et Brother Power erre dans Gotham en tenant des propos étranges, renvoyant à son précédent séjour parmi les vivants dans les années 70. Il semble agir, se déplacer sans motif apparent, sinon celui de trouver la situation où sa condition lui permettra de retourner dans le sommeil dont il est inexplicablement sorti. C'est un récit très étrange, où JMS confronte moins deux personnages que deux époques et pointe les différences entre elles (très belle planche où sur 3 bandes de 2 vignettes chacune on compare des scènes quotidiennes à 35 ans d'écart et l'incommunicabilité qui s'est creusée entre les gens).

Maître-és ambiance nocturne depuis son passage sur la série Manhunter (de Marc Andreyko), Saiz signe des pages somptueuses, avec encore une fois une colorisation de première classe. C'est un épisode dont l'atmosphère prime sur l'histoire, à part dans cet album.
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- The Green and The Gold, soient Green Lantern et Dr Fate, ressemble à un autre exercice de style où le sens des mots, le choix des pseudonymes des deux héros conduisent presqu'à eux seuls le récit. D'abord, il y a le parallèle entre le titre de la série (brave/bold) et celui de l'épisode (green/gold), la rime de l'un avec l'autre, le fait que le talon d'Achille de Green Lantern soit la couleur jaune (dorée) qui est celle de Dr Fate, et enfin le jeu sur les vies multiples de ces deux héros (Green Lantern est le nom de plusieurs héros - Alan Scott de la JSA, Hal Jordan, Kyle Rayner, Guy Gardner, John Stewart - et Hal Jordan l'a été avant de devenir le maléfique Parallax puis de redevenir GL ; Dr Fate est l'hôte de Nabu et le heaume du magicien a été porté lui aussi par plusieurs hommes, Fate signifie destin en anglais et le destin ou plutôt la fatalité est au centre du scénario). Bref, JMS s'est amusé à dessein avec le background des deux personnages dont la réunion est placée sous le sceau des flashbacks et flashforwards : peut-on, autrement dit, convaincre dans le présent un ami de changer le cours de son existence dans le passé ?

L'histoire offre peu d'action, celle-ci apparaît comme un prétexte, mais le brio des dialogues compense largement et surtout l'habilité de la narration en fait un épisode à la fois malin et cruel. Avec deux personnages très puissants et spectaculaires, JMS déjoue les attentes et livre une fable intimiste et méditative (qui rappellera de bons souvenirs à ceux qui apprècient son Thor).

Saiz va faire une pause après cet épisode mais en profite pour nous gratifier d'un magnifique Dr Fate : il parvient à traduire le dilemme du personnage malgré son casque intégral. Son face-à-face avec Green Lantern, luttant pour infléchir le choix de son ami, a une belle intensité en même temps qu'il possède quelque chose d'éthéré.
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- Small problems est l'épisode qui triche le plus avec le principe de la série puisqu'il n'offre pas une association mais une authentique bataille entre ses deux protagonistes. Le titre est une allusion directe au pouvoir d'Atom en même temps qu'une manière d'ironiser sur les difficultés de sa mission.

Ray Palmer est en effet soumis à une situation délicate : il peut aider à soigner le Joker ! Sera-t-il à la fois assez brave pour cela, et assez intrépide pour visiter la psyché du criminel dément ?

En fait, Atom est à la fois le "Brave" et le "Bold" ici. Deux fois dans cet album, JMS va visiter le classique d'Alan Moore et Brian Bolland, Killing Joke : le mage britannique y avait établi les origines du Joker, dépeint en loser pathétique transformé à la suite d'un accident tout aussi imprévisible. Atom en visitant les souvenirs du vilain semble découvrir les germes d'une malfaisance plus profondes - à moins qu'il ne s'agisse de souvenirs altérés par la folie du Joker. JMS se garde bien de réécrire Moore et laisse le lecteur choisir quelle version est la plus probable. Les puristes hurleront certainement devant cette audace, la controverse est ouverte, mais en même temps quel risque y a-t-il qu'un simple épisode éclipse le chef-d'oeuvre de Moore ? Donc, autant relativiser.

Graphiquement non plus, Chard Hardin et Justiniano (qui illustre les scènes mentales) ne feront pas oublier Bolland. Après Saiz, il est évident que c'est là le segment le plus faible visuellement de ce recueil : sans être désagrèable, le travail des deux artistes n'a ni la beauté ni la force de leu confrère espagnol. C'est un fill-in honorable, mais sans plus : sans doute avec un autre artiste au style plus singulier, l'intermède aurait paru moins mineur.
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- Night gods relève nettement le niveau. Tout d'abord, le binôme Aquaman-Etrigan le démon est vraiment original et leur combat contre un monstre des abysses, entièrement relaté par un témoin simple humain dont la raison vacille depuis un terrible drame, n'est validé qu'à la toute dernière image. JMS s'emploie avec beaucoup d'adresse et d'efficacité à jouer avec la crédulité du lecteur, ce qui donne un vrai suspense, à la mesure de la menace mise en scène.

Mais cet épisode est surtout l'occasion pour Jesus Saiz de dessiner ses pages les plus impressionnantes : encore une fois, dans un décor ténébreux, il tire le maximum de ce que la situation et son environnment lui offrent. Le monstre est horrible à souhait et l'opposition que lui donnent Aquaman et, dans une moindre mesure, Etrigan (dont l'aspect se suffit presqu'à lui-même) est l'occasion d'images bluffantes (comme lorsque les sujets du souverain des mers entrent en scène). Difficile de ne pas être subjugué par le résultat.
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- Enfin, Ladies night où figurent non pas deux mais trois personnages - Wonder Woman, Zatanna et Barbara Gordon a.k.a. Batgirl - ferme la marche, et en beauté. L'intention de l'auteur est double : il s'agit encore une fois de visiter Killing Joke de Moore et Bolland et de s'affranchir des codes super-héroïques puisqu'aucune menace n'est au programme.

La magicienne Zatanna convainc l'amazone Wonder Woman d'offrir une sortie nocturne à leur amie Batgirl avant qu'elle ne soit définitivement (mais sans le savoir évidemment) mutilée par le Joker.

Cette issue demeure pour tous les lecteurs de DC un des plus grands chocs de ces vingt dernières années, un des souvenirs de lectures les plus poignants. En retournant sur la "scène du crime", JMS a fait preuve de courage mais s'en tire avec beaucoup de souplesse et boucle son histoire sur une note vraiment émouvante. Entretemps, il s'amuse avec une scène fantasmatique où Zatanna et Wonder Woman seraient amantes, et même si, in fine, il semble désamorcer cette piste par un bref flashback explicatif, il n'occulte pas réellement cette éventualité : le découpage, l'angle choisi pour la représenter (avec l'accord du dessinateur ?), laissent le champ libre à l'interprétation.

Pour cet épilogue, Cliff Chiang a pris la place de Saiz et le choix est idéal tant l'artiste excelle à dessiner les femmes : il sait donner à Wonder Woman, Zatanna et Batgirl une allure distincte (la majesté, la malice, la maladresse) tout en leur conservant un charme irrésistible. Chiang est peut-être celui qui, depuis Paul Smith, dessine les plus belles héroïnes de comics : c'est un enchantement.
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Voilà un des meilleurs albums mainstream de l'année : une collection d'histoires abordable par tous, aux pitchs singuliers, à l'écriture ciselée et aux dessins éblouissants.