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jeudi 3 août 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #5, de Geoff Johns, Mikel Janin et Jerry Ordway


Trois mois après le précédent n°, Justice Society of America revient enfin. Pour ce cinquième épisode (rappelons qu'il en reste sept !), Geoff Johns est en grande forme, si grande qu'il devrait s'arrêter là (ou à la rigueur au prochain chapitre, histoire de régler le problème d'un personnage). Mikel Janin dessine cette fois la quasi-intégralité des planches, n'en laissant qu'une à Jerry Ordway, tous deux impeccables.
 

C'est l'heure du face-à-face entre la JSA et Per Degaton - ou plutôt Per Degaton et ses variants issus du passé, du présent, du futur. La clé pour les héros tient dans la boule à neige quantique de Huntress et une relique de leur ennemi. 


C'est, sans problème, le meilleur épisode qu'a écrit Geoff Johns pour ce retour de Justice Society of America. Il n'est d'ailleurs pas difficile de faire son choix puisque, jusqu'à présent, son retour sur le titre n'a guère été étincelant, tant le rythme manquait et l'inspiration patinait.


Bien des scénaristes n'aiment pas revenir sur des séries avec lesquelles ils ont connu la gloire, c'est un peu comme remettre les pieds sur le lieu du crime et s'exposer aux critiques qui ne manqueront pas d'épingler un défaut d'imagination. Geoff Johns, qui, à deux reprises, a écrit des runs consistants de Justice Society of America auraient dû se méfier.


Sauf que le scénariste, autrefois grand architecte en chef du DCU, a fait de ce troisième passage sur le titre une suite à d'autres projets comme Flashpoint et Flashpoint Beyond dont il reprend des éléments fétiches et qu'il vaut mieux avoir lu auparavant.

La boule à neige quantique est un de ces fétiches et devient la clé de ce cinquième épisode puisqu'elle représente une arme dans les mains de la JSA contre Per Degaton. On avait quitté les héros sur un cliffhanger puisque Huntress faussait compagnie à la Justice Society of America pour se rendre à Gotham voir son père, Batman.

L'épisode s'ouvre sur leurs retrouvailles et Geoff Johns utilise la voix-off de Huntress pour résumer leur échange dans lequel elle explique d'où elle vient, comment Batman va trouver la mort, comment Catwoman s'est sacrifiée pour elle. Toujours plus pragmatique que sentimental, Batman considère d'abord le paradoxe temporel créé par sa "fille" en lui racontant tout cela.

Sur ces entrefaites, la JSA débarque, accompagnée de Madame Xanadu, le Detective Chimp et Deadman. Puis c'est au tour de Per Degaton et ses variants d'entrer en scène pour affronter ses ennemis réunis au même endroit. La bataille qui suit tient toutes ses promesses.

En premier lieu parce que Mikel Janin la met en scène remarquablement. L'artiste, jusqu'ici un peu emprunté dans ce récit tortueux, donne tout ce qu'il a et se rappelle à notre bon souvenir quand il mettait en images Grayson puis Batman sous la direction de Tom King. Depuis son étoile a pali, errant de série en série sans jamais s'installer durablement, comme s'il peinait à trouver son second souffle ou que DC ne lui accordait plus sa confiance.

Geoff Johns, lui, remet au goût du jour un vieux projet abandonné en faisant apparaître au milieu du combat ce qu'on pourrait appeler la Justice Society Infinity. Recontextualisons : à la fin de son deuxième run sur Justice Society of America, Johns évoquait le projet d'une série très ambitieuse avec un casting digne de Avengers de Jonathan Hickman, affichant les membres des JSA d'hier, d'aujourd'hui et de demain, une sorte de culmination de la notion d'héritage au centre de ses histoires.

Finalement, cela ne verra jamais le jour et Johns passera le relais à Bill Willingham et Matthew Sturges pour deux titres (qui découlaient de son run), Justice Society of America et JSA All-Stars. Nul n'a jamais su pourquoi Johns, alors au sommet de sa gloire, abandonna sa grande idée et n'y revint jamais, s'en privant même complètement quand il lança les New 52 (où la JSA n'exista jamais avec une chronologie revisitée).

L'issue de la bataille entre la JSA et Per Degaton est plus que satisfaisante : elle est à la fois spectaculaire et maline. Janin déploie tout son talent pour l'illustrer et le lecteur jubile. Mission accomplie. Normalement, après ça, un auteur raisonnable et aussi expérimenté que Johns comprendrait qu'il faut mieux s'en tenir là.

Mais il reste un personnage dans une situation compliquée et on peut comprendre qu'un épisode supplémentaire soit nécessaire à régler ça. Justice Society of America #6 doit sortir début Septembre, mais qui est assez naïf pour croire qu'une série, qui connait des retards depuis le début de sa parution (sans qu'on sache si cela est imputable à son auteur ou ses artistes - sans doute les deux), respectera cette date. Pas moi.

Et surtout rien n'indique que Johns et DC ne raccourcissent la série de douze à six numéros. Pourtant, ce serait approprié parce que je ne vois vraiment pas ce qui va être raconté de passionnant pendant encore sept épisodes, et surtout combien de temps cela va prendre (à ce train-là, on y sera encore en 2025). J'hésite franchement à continuer et à le procurer le prochain n° (quand il sortira). J'ai déjà précédemment hésité à poursuivre tant je trouvais le déroulement laborieux et le projet incertain, mais si encore la qualité était au rendez-vous, je composerai avec cette attente.

Là, en l'état, je ne retire pas assez de plaisir, de satisfaction à lire cette histoire pour dépenser de l'argent à acheter chaque issue et me replonger dedans en devant me rappeler où ça en était plusieurs mois auparavant. Déjà Flashpoint Beyond ne m'avait pas franchement emballé et j'étais allé jusqu'au bout par curiosité. Mais ma patience est épuisée. Peut-être (je dis bien : peut-être, je ne promets rien) écrirai-je une critique sur les sept derniers épisodes quand la série sera achevée.

mercredi 24 mai 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #4, de Geoff Johns, Mikel Janin et Jerry Ordway

 

Deux mois ont passé depuis la parution du précédent numéro de Justice Society of America, mais (normalement), on devrait lire le n°5 le mois prochain (et le 6 en Juillet). Il faut vraiment espérer que la périodicité de la série soit plus ponctuelle car cela rendrait sa lecture plus agréable. Geoff Johns réussit sans doute son meilleur épisode, même s'il est frustrant. Mikel Janin s'acquitte lui de (presque) toutes les planches, à l'exception de deux qui sont signées par Jerry Ordway, toujours irréprochables.
  


Le détective Chimp et Deadman ont abouti le globe quantique de Huntress à Madame Xanadu pour qu'elle tente d'y lire l'avenir. Cependant, au QG de la JSA, Per Degaton affronte l'équipe sans réussir à neutraliser Huntress et Doctor Fate. Mme Xanadu, Deadman et Chimp arrivent ensuite mais Power Girl interrompt la réunion de crise...


Je ne crois pas me mouiller beaucoup en annonçant, après avoir lu ce quatrième épisode de Justice Society of America, et donc avoir atteint le premier tiers de l'histoire, que Geoff Johns ne fera pas mieux que ses deux précédents passages sur le titre. Et les raisons ne manquent pas pour être aussi affirmatif.


Cela ne signifie pourtant pas que le scénariste, qui fut autrefois le grand architecte du DCU, fasse du mauvais boulot. Mais ça ne suffit pas non plus pour dire qu'il aboutit à quelque chose de concluant. En fait, le souci qu'on a avec ce projet ressemble à celui qu'on avait en lisant Flashpoint Beyond : où situer cette mini-série ? Comment l'appréhender ? Et la critiquer, justement ?


En parlant du dernier épisode de Batman - Superman : World's Finest, j'expliquai en quoi, selon moi, ce que Mark Waid et Dan Mora faisaient résumait ce que propose Dawn of DC, le nouveau statu quo mis en place après l'event Dark Crisis (on Infinite Earths) : cette volonté de l'éditeur de donner aux fans des héros plus positifs et surtout à nouveau accessibles, sans se débarrasser de la continuité mais sans non plus écraser quiconque avec.

Tout cela est contredit par Justice Society of America, pur produit "Johnesque" où l'intrigue repose sur un vilain qui se déplace dans le temps pour éliminer la première équipe de super-héros du DCU. Les épisodes sont traversés d'éclairs de violence, d'images brutales, en rupture avec la tonalité plus lumineuse de beaucoup de titres actuels chez DC. C'est comme si Geoff Johns écrivait à contre-courant, mais sans qu'on sache si c'est pour se distinguer ou par provocation ou par passéisme.

En tout cas, l'impression qui s'en dégage est suffisamment curieuse pour qu'elle interroge sur la situation de cette mini-série qui semble hors-continuité, tel un "elseworld" ou une production DC Black Label, tout en voulant malgré tout s'inscrire dans le grand tout du DCU. Ainsi Johns a ajouté des éléments divers (nouveaux personnages, rétro-continuité, voyages temporels) comme autant de façons d'imprimer encore sa marque sur un ensemble dont il n'est plus le chef d'orchestre.

On peut donc légitimement douter que quiconque prenne en compte ce qu'il ajoute. Mais on peut aussi se poser la question, plus importante, de savoir à qui Johns s'adresse. Mon sentiment, c'est que son destinataire est le fan de Geoff Johns plus que le lecteur lambda, car si vous n'avez pas lu Flashpoint, Flashpoint Beyond, Doomsday Clock (et moi-même je n'ai pas lu tout cela), alors plusieurs points vous laisseront sur le bas-côté. 

Dans ces conditions, ne serait-il pas plus avisé pour Johns de développer son propre pré carré, comme Sean Murphy avec ses titres estampillés White Knight, un bac à sable privé où il peut réécrire l'histoire, les personnages à sa guise, plutôt que d'enrichir une mythologie déjà bien peuplée et qui échappe au commun des lecteurs ?

Comme je l'écris plus haut, Justice Society of America #4 est sans doute le meilleur épisode depuis le début de cette mini-série. On a tout ce qu'on peut venir y chercher : des interactions dynamiques entre les personnages, de la baston, de nouvelles pistes narratives, un cliffhanger efficace... Mais c'est plutôt la façon dont Johns distribue ses cartes qui trouble. En effet, la seule scène d'action, opposant la JSA actuelle avec Per Degaton dans le QG des héros, ne dure que huit pages. Elles sont proprement animées par le dessin de Mikel Janin qui nous gratifie d'une double page et d'une pleine page et d'un découpage tonique. La manière dont Degaton neutralise la plupart de ses adversaires est maline et bien mis en valeur à l'image tout comme la réplique des deux seuls héros qui échappent à ses assauts.

On peut être frustré par la brièveté de ce combat qui aurait pu (dû ?) être plus long, plus spectaculaire, plus épique, car teasé depuis quasiment le début. Mais il faut s'en contenter et le brio visuel de Janin est satisfaisant malgré tout. Tout comme il l'est quand il illustre l'ouverture de l'épisode chez Mme Xanadu avec de fort beaux cadrages chantournés, ou plus tard avec cette courte scène entre Power Girl et Huntress sur fond de soleil couchant, ou encore avec la scène finale qui prépare à une rencontre accrocheuse...

Jerry Ordway doit se contenter de deux pages : une splash assez lugubre et sanglante et une autre dispensable, soulignant ce que tout le monde comprend tout seul. Mais Ordway est impeccable quelle que soit la place dont il dispose.

On a aussi le fin mot du plan de Degaton enfin révélé. Et à ce sujet, s'il faut encore huit épisodes pour savoir s'il l'accomplira ou comment la JSA (quelle que soit la formation, quelle que soit l'époque) l'en empêchera, ça risque d'être un peu longuet quand même. Johns agrémente ce programme déjà improbable de secrets concernant Dr. Mid-Nite (Elizabeth Chapel) et Wildcat II (Yolanda Montez) en relation avec les conséquences de Lazarus Planet (et là, j'avoue avoir été complétement paumé). Toujours cette impression d'une série le cul entre deux chaises, avec Johns qui, d'un côté, joue avec des noms que lui seul connaît (the Witch Girl) et des faits qu'il emprunte à un event récent. C'est... Compliqué.

Je doutais il y a deux mois d'aller au-delà de ce quatrième épisode, envisageant de rédiger une critique globale de la mini-série une fois qu'elle sera achevée. Mais finalement je vais persévérer en espérant que les prochains numéros sortiront à l'heure et en souhaitant que Johns me prouve que son histoire en vaille la peine. Croisons les doigts.

mercredi 15 mars 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #3, de Geoff Johns, Mikel Janin et Jerry Ordway


En Janvier dernier, lors de la parution du précédent n° de Justice Society of America, j'exprimai mes doutes sur le projet de Geoff Johns, et ce troisième épisode ne les a pas levés. Pourtant, il s'agit bien du chapitre qui m'a le plus plu, mais ça ne signifie pas qu'il est sans défaut, loin de là. Mikel Janin dessine les 3/4 des pages intérieures, laissant les premières à Jerry Ordway, ce qui flatte le regard à défaut de contenter l'esprit.



1944. Le Soldat Inconnu indique au Sergent Rock et sa Easy Company l'adresse d'un laboratoire nazi où Per Degaton mène des expériences, mais il s'échappe en atteignant 1947. De nos jours, Huntress rencontre Khalid Nassour/Doctor Fate en compagnie de Deadman et le détective Chimp. Fate l'introduit auprès de l'incarnation actuelle de la JSA pendant que les deux autres emmeènent la boule à neige quantique à Madame Xanadu...
 

Dans le milieu des comics, aussi bien de la part des professionnels, des critiques que des fans, il y a toujours une méfiance certaine quand un auteur qui a marqué de son empreinte un titre y revient, comme s'il était improbable qu'il ait autant de succès la deuxième fois. Alors imaginez quand il y retourne pour une troisième fois...


Est-ce que Geoff Johns sait cela ? Sans aucun doute. Cela le préoccupe-t-il ? Visiblement pas. Et même si cette fois, il n'a signé que pour un run de douze épisodes, ce doute persiste car l'aura du scénariste n'est plus du tout la même qu'auparvant. La première fois qu'il a écrit JSA, il succédait au tandem David Goyer-James Robinson, la deuxième il relançait la série tout seul, fort d'un run acclamé, puis accompagné par Alex Ross.


Qu'est-ce qui a motivé Geoff Johns à s'y recoller ? Certainement une sincère affection pour ces personnages, absents depuis longtemps (ils avaient été effacé de la continuité DC durant la période des New 52 et n'ont reparu que tardivement depuis Rebirth). Mais cela suffit-il ?

Johns n'écrit plus pour DC des séries régulières depuis un moment (depuis Justice League durant les New 52 si je ne m'abuse). Sa réputation a été entâchée par les déclarations incendiaires de l'acteur Ray Fisher qui l'a accusé d'avoir eu un comportement limite durant al production du film Justice League commencé par Zack Snyder et achevé par Joss Whedon avant d'avoir droit à un director's cut par Snyder.

Johns a conservé malgré tout une place à part chez DC, développant des projets ambitieux (la trilogie Batman : Earth One) mais polémiques (comme Doomsday Clock, Three Jokers), semblant réserver son énergie à des titres indépendants (Geiger, Junkyard Joe, chez Image Comics). Etrange destin de celui qui fut le grand architecte du DCU, garant de la tradition tout en voulant moderniser la marque, et aujourd'hui oeuvrant dans son coin, quasiment comme un rescapé d'une époque révolue.

Le parallèle avec les héros de la JSA devient alors troublant puisque, eux aussi ont été écartés du DCU avant d'y revenir par la petite porte, mais grâce principalement à Johns, lié à eux comme un père à ses enfants mal-aimés. Et l'intrigue de The New Golden Age prolonge cette direction puisque l'héroïne est Huntress, la fille de Batman et Catwoman, envoyée à divers époques dans le passé pour prévenir le massacre de son équipe des mains d'un criminel temporel, Per Degaton.

Pourtant il faut bien avouer que Johns peine à convaincre. La répétition du cliffhanger, la présence très discrète de Per Degaton pourtant censé être la grande menace du récit, le manque de substance des personnages (dûe au peu de scènes qu'ils ont pour exister), tout cela donne un produit confus, au rythme flottant, dans une ambiance vaporeuse, qui plus est perturbé par une publication irrégulière.

Cet épisode m'a pourtant plu, il est dynamique, il y a de l'action, Mikel Janin y dessine plus de pages, et Jerry Ordway est excellent. Visuellement, c'est un beau comic-book, on serait très ingrat de ne pas le reconnaître, et d'ailleurs Janin et Ordway ont beaucoup compté dans mon choix d'investir dans cette mini-série. Sur ce plan-là, aucun regret.

Le prologue, situé en 1944, illustré par Ordway, est superbe, et prouve encore une fois que Johns connaît l'Histoire de DC comme sa poche, convoquant le personnage du Soldat Inconnu mais aussi la Easy Company du Sgt Rock, et les mentionnant comme d'authentiques héros de l'âge d'or.

La suite est aussi soignée. Revoir Bobo le détective chimpanzé et Deadman aux côtés de Doctor Fate/Khalid Nassour fait plaisir, juste avant d'assister à une scène de baston avec la JSA (composée d'Alan Scott, Jay Garrick, Power Girl, Doctor Mid-Nite II, Stargirl, Wildcat II, Jakeem Thunderbolt et le génie Yz, et mentionnant ensuite Ted Grant et Hourman) mise en scène avec efficacité.

Mais d'où vient alors qu'on reste frustré ? La narration est très décompressée, il ne passe objectivement pas grand-chose, on a l'impression que Johns gagne du temps, joue la montre - un comble pour une histoire où l'horloge tourne contre les héros. Par exemple, la scène de bataille avec la JSA que je mentionne est tout de même très longue - trop ! Ce qu'affronte l'équipe (une invasion de Bizarro provoquée par Angle Man) n'est pas suffisant pour justifier qu'elle ne règle pas ça plus vite, ça ressemble à un prétexte pour délayer la sauce et respecter une sorte de quota de baston que le lecteur ne réclame même pas.

Et, en vérité, c'est comme ça depuis le début. Tout semble se traîner, tarder à exploser. Quand on ressent ça au bout de seulement trois épisodes, donc avec encore neuf à lire, ce n'est pas encourageant ni stimulant. C'est comme consulter sa montre quand on regarde un film, ce n'est pas bon signe. La seule chose qui fait espérer que ça va bouger un peu, c'est le cliffhanger final, qui change de celui vu auapravant. Mais pas non plus de quoi s'enflammer.

Parce que, honnêtement, Per Degaton est un vilain vu et revu et on peut légitimement s'interroger sur la pertinence à l'utiliser encore. Ce qui aurait été bienvenu, ça aurait de suprendre le lecteur avec un adversaire moins familier, ou à tout le moins avec un Per Degaton en possession d'une arme, d'un atout inédit. Et puis, franchement, retrouver la JSA aurait été certainement plus jubilatoire si c'était l'équipe qu'on aime, qu'on connait, et pas une importation de celle de la série télé Stargirl... Ecrite par Geoff Johns.

C'est tout le paradoxe (temporel) de cette mini-série : elle aurait gagné à être rafraîchie, peut-être avec un autre auteur, tout en ne cherchant pas à dérouter le fan là où il aime le moins l'être (donc sans lui imposer des personnages prolongeant une série télé annulée). Johns tente davantage ostensiblement de recycler des idées qu'il avait pour son show télé que de réellement proposer un troisième volume de Justice Society of America digne de ce nom.

Et se pose enfin LA question, un peu dérangeante mais évidente : et si Geoff Johns avait fait son temps chez DC (et qu'il lui fallait mieux tirer sa révérence, pour uniquement écrire ses creator-owned ou re-tenter sa chance chez Marvel) ?

Je ne sais sincèrement pas quoi faire. D'un côté, j'ai envie de lire la suite. De l'autre, je n'ai pas envie d'écrire dessus sans être pleinement motivé. Peut-être que je vais sagement attendre la fin et rédiger, quand elle sera venue, une critique globale sur les épisodes 4 à 12. Ce serait certainement la plus sage des options.

mercredi 25 janvier 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #2, de Geoff Johns et Mikel Janin, avec Jerry Ordway et Scott Kolins


A la lecture de ce deuxième épisode de Justice Society of America, on sent bien que l'histoire conconctée par Geoff Johns ne sera pas de tout repos. Entre voyages dans le temps, allusion à des personnages inédits placés rétroactivement dans la continuité DC et récit initiatique, il s'agit d'un puzzle pour lequel il faudra être patient.


Envoyée en Novembre 1940 par la boule à neige de Batman, Huntress, sa fille, reprend connaissance dans le quartier général de la Justice Society of America de l'époque. Elle explique que son équipe est morte et qu'elle a besoin du Doctor Fate. Mais celui-ci est pris d'un violent malaise à proximité de la jeune femme...


Peut-être que la seule vraie question à se poser au sujet de ce retour de Justice Society of America, qui plus est (non pas comme je le pensais  comme série régulière mais) sous la forme d'une mini-série en douze épisodes, est : pourquoi DC ne l'a pas publié au sein de son Black Label ?


Car tout, absolument tout, dans le projet de Geoff Johns fait penser à ce qui se produit dans cette collection. Certes le scénariste a contextualisé son histoire dans le one-shot The New Golden Age en affirmant que les éléments narratifs s'inscrivaient dans une continuité réécrite, mais ce qu'on lit ressemble davantage à quelque chose d'alternatif.


Je ne reviendrai pas sur le fait que l'héroïne est Huntress, alias Helena Wayne, fille de Batman et Catwoman, alors qu'il existe une autre Huntress en activité actuellement (et qui n'est pas la fille de), ni que Johns, pour avoir les coudées plus franches, a situé le début de son récit dans un futur proche, ou encore donc qu'il a pris soin d'introduire des personnages inédits dans le passé pour servir son propos (sans qu'on sache encore précisément à quel point).

Mais surtout quand il y a cette volonté affirmée d'écrire une histoire qui ne veut pas dépendre de ce qui agite actuellement le DCU, alors le Black Label est fait pour ça. Et, comme je l'ai déjà dit, les autres auteurs de l'éditeur ne semblent pas intéressés par les additions de Johns pour leurs propres séries. Bref, Johns tient d'un côté à s'inscrire dans la continuité et, de l'autre, à jouer sans avoir à composer avec ce que font ses collègues.

A défaut de Black Label, le plus simple ne serait-il pas alors de créer une sorte de Johns-verse comme il existe le Murphy-verse de Sean Gordon Murphy (avec ses mini-séries estampillées White Knight), où l'auteur pourrait à loisir s'amuser avec ses personnages, ses lubies (narratives et esthétiques), au fil de one-shots et mini-séries inspirés par mais pas attachés au DCU ?

Si j'insiste là-dessus, c'est parce que, après avoir lu ce deuxième épisode de Justice Society of America, j'ai été perplexe. La lecture est déjà curieuse et ce qu'on en retire l'est encore davantage. L'épisode se déroule en Novembre 1940 après que Hintress y ait atterri, propulsée là par la boule à neige de son père (celle-là qu'on voyait dans Flashpoint Beyond et qui contenait l'univers Flashpoint, sauvé des Time Masters qui voulaient le détruire). Elle y rencontre la JSA originelle, ce club de garçons avec Jay Garrick (le premier Flash), Alan Scott (le premeir Green Lantern), Hourman (Rex Tyler), le Spectre, Atom (Al Pratt), Johnny Thunder et le génie Thunderbolt, Sandman (Wesley Dodds), Hawkman et surtout Doctor Fate (kent Nelson) à qui elle demande son aide.

Puis tout déraille très vite : alors qu'elle s'approche du magicien, celui-ci est pris d'un violent malaise et transporté un an dans le futur, dans le marais de Gotham où il croise successivement Salem le sorcière (un des personnages inédits de Johns), puis Mister Miracle (Thaddeus Brown) et Salomon Grundy, à proximité duquel il est renvoyé en 1940 !

On ne sait absolument pas à quoi rime tout ça, sauf qu'on devine que Huntress en ayant été déplacée dans le temps l'a gravement perturbé (c'est le risque quand on interagit avec des éléments avec lesquels on n'est pas censé proche) et que ce n'est que le début. Selon un principe bien connu de la science-fiction, vouloir modifier le futur en allant dans le passé n'est pas une bonne idée et n'arrange rien, au contraire - même quand on a aux trousses un adversaire dont c'est la spécialité (de voyager dans le temps). C'est l'effet papillon.

La constante, c'est Doctor Fate, ses multiples incarnations, là-dessus Johns insiste beaucoup. Le souci, c'est que si toute la série (ou trop d'épisodes du moins) continuent ce zapping temporel, ça risque de devenir un poil lassant car on survolera des situations sans les creuser. C'est parfois l'écueil des histoires de Johns de secouer le lecteur pendant des épisodes avant de finir en force (et souvent sur une note qui annonce une autre histoire à venir - cf. Blackest Night - Brightest Day, Flashpoint - Flashpoint Beyond, et toutes les variations autour d'Alan Moore avec Three Jokers, Doomsday Clock...).

C'est donc frustrant parce qu'on se réjouit d'abord d'un épisode avec les vétérans de la JSA, mais on les voit peu, et c'est parasité par des scènes dont on a aucune idée de pourquoi elles sont là (Fate dans le Slaughter Swamp) ou de l'utilité de ces personnages inédits (même si Thaddeus Brown a effectivement été Mister Miracle avant Scott Free. Par contre à quoi sert Salem the witch girl ?).

C'est aussi rageant parce que visuellement c'est vraiment chouette. Mikel Janin est très en forme, son trait n'a rien perdu de son élégance et il réussit à remuer le lecteur sans forcer. Jordie Bellaire aux couleurs a eu la riche idée d'utiliser des trames pour imiter les impressions chromatiques des vieux comics, mais sans en abuser.

Lorsque Jerry Ordway se substitue à Janin sur les pages 9 à 12 (pour la scène dans le marais de Gotham), on peut constater que le vétéran est toujours aussi impeccable. Son trait précis, son découpage classique, tout est classe (j'ai toujours aimé Ordway, comme dessinateur et/ou encreur, et je trouve qu'il n'a pas la considération qu'il mérite).

Je serai plus réservé avec Scott Kolins, vieux complice de Johns, mais heureusement il ne signe que les pages 14, 17 et une partie de la double apge 19-20 (à moitié avec Ordway).

En fait la crainte que j'ai, c'est que Justice Society of America s'apprécie mieux en le lisant d'une traite que mensuellement. Si vraiment le mois prochain cela se vérifie avec un nouvel épisode trop elliptique, alors je me garde le droit d'interrompre les critiques sur ce titre pour en rédiger une sur la totalité du récit une fois qu'il sera achevé.

samedi 12 novembre 2022

THE NEW GOLDEN AGE #1, de Geoff Johns et Diego Olortegui, Jerry Ordway, Steve Lieber, Todd Nauck, Scott Kolins, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Gary Frank


The New Golden Age est une one-shot qui fait la liaison entre la fin de Flashpoint Beyond et le début de la relance de Justice Society of America (le 29 Novembre prochain). L'architecte de tout ça est Geoff Johns et DC Comics semble lui avoir réservé un coin du DCU pour développer ce qu'il a en tête. Du coup, ce New Golden Age fait office de gros teaser, plein de questions en suspens et d'indices à décrypter.
N.B. : J'ai décidé de rédiger un résumé qui remet toutes les scènes dans l'ordre chronologique afin de mieux saisir la progression du récit.


12 Avril 1848. Corky Baxter annonce à John Wilkes Booth, le futur assassin d'Abraham Lincoln (soit trois jours avant les faits), qu'il deviendra célèbre. Les Maîtres du Temps surgisssent et grondent Corky puis l'embarquent pour reprendre leur traque des 13 héros réintégrés dans les années 1940.


22 Novembre 1940. La Justice Society of America se réunit pour la première fois. Doctor Fate (Kent Nelson) a une vision dramatique du futur où un étranger tue des enfants qui ont repris le flambeau des membres de la JSA. A la "une" des journaux, il est question du héros russe Vladimir Sokov alias Red Lantern qui a coulé un navire de l'armée américaine.


31 Octobre 1951. La JSA comparaît devant la commision parlementaire aux activités anti-américaines mais ses membres refusent de se démasquer pour prouver leur loyauté aux Etats-Unis.


22 Novembre 1976. Doctor Fate (Kent Nelson) est examiné par Doctor Mid-Nite (Charles McNider) au sujet de ses visions du futur. Ils sont interrompus par Power Girl et Star-Spangled Kid qui reprochent à la JSA de ne pas donner leur chance aux femmes et aux jeunes. Fate leur rappelle que Wonder Woman a été dans l'équipe pendant des décennies et que, le moment venu, les jeunes prendront la relève des vétérans.


Il y a 13 ans. Catwoman dérobe dans un musée l'Anneau maudit de Hauet malgré la mise en garde de Doctor fate (Kent Nelson). Un rayon d'energie surgit de l'Anneau et tue Fate. Il succombe en prévenant Catwoman que sa fille (qui n'est pas encore née) intégrera la JSA mais sera tuée par l'étranger.


Maintenant. Doctor Fate (Khalid Nassour) retrouve le détective Chimp et Deadman pour qu'ils l'aident à exociser son casque infecté par l'energie de l'Anneau de Hauet. C'est alors que Fate a une vision tragique de son successeur en 3022.


Dix ans dans le futur, 22 Novembre. Helena Wayne, âgée de dix ans, poignarde Batman en le prenant pour un cambrioleur. Il se démasque et l'entraîne dans sa Batcave où se trouve, entre autres reliques, la boule contenant l'univers Flashpoint. Selina Kyle surgit et reproche à Bruce de vouloir faire de leur fille une justicière, quitte à ce qu'elle connaisse le même sort, funeste, que ses Robins.


18 ans dans le futur. La JSA annonce à Selina que Batman a été assassiné, alors qu'il lui a vait promis de se retirer. Helena jure de venger son père et devient Huntress.


22 Novembre 3022. Une nouvelle incarnation de la JSA, composée de nouveaux Green Lantern, Atom et Doctor Fate (une nommée Sophie), pénètrent dans le Q.G. de l'équipe, dévasté, laissé à l'abandon. L'étranger surgit et tue Fate puis efface le reste du groupe avec le casque de Fate.

Il y a aussi une scène avec Nostalgia, cette fan d'Ozymandias à la recherche du Watchmen, en compagnie de Mime et Marionnette, mais elle n'est pas située dans le temps.

Et tout ça tient en un cinquantaine de pages ! C'est donc très dense, et pour ne pas faciliter la tâche au lecteur, Geoff Johns raconte àa dans le désordre. J'ai lu The New Golden Age deux fois pour réussir à rédiger ce résumé chronologique et tenter de déchiffrer ce que le scénariste voulait raconter. Même comme ça, ce n'est pas clair.

Alors sans doute le meilleur moyen d'apprécier The New Golden Age est de le lire comme un énorme teaser pour ce que Johns entreprend d'écrire dans les prochains moins (années). Dans deux semaines, le scénariste va relancer la série Justice Society of America et il signera aussi une mini-série Stargirl : The Lost Children (à partir du 15 Novembre) dans lesquels il a promis que tout serait exploité et explicité.

Bien que dans l'event, actuellement en cours de publication, Dark Crisis (on Infinite Earths), Joshua Williamson a utilisé la Justice Society of America, Johns va certainement raconter quelque chose de différent, sans tenir compte de ce qu'a fait son collègue. The New Golden Age plonge dans le passé mais se projette aussi dans le futur pour redéfinir la JSA et DC a visiblement accordé au scénariste un coin de son univers pour qu'il ait les mains libres.

Ce one-shot se divise en trois parties : la plus importante se déroule dans le passé (cinq segments), une dans le présent, trois dans le futur. Deux personnages attirent notre attention : un individu mystérieux, l'Etranger, hante ces trois périodes, tandis que Helena Wayne, fille de Batman et Catwoman, sert de guide en quelque sorte. Toute la problématique du projet de Johns ici est de savoir de qui et de quand on parle.

De qui : actuellement, dans la continuité, Batman et Catwoman ne sont plus en couple (depuis la fin du run de Tom King sur la série Batman. La mini-série Batman/Catwoman qu'il a écrite ensuite paraît être hors continuité, comme la majorité des projets édités sous le Black Label). Il existe une Huntress, qu'on a croisé dans Nightwing puis Detective Comics, mais ce n'est visiblement pas la même que celle qu'introduit (ou plus exactement réintroduit) Johns ici. La Huntress de Johns, qui est donc la fille de Bruce Wayne et Selina Kyle, le devient 18 ans dans le futur, après l'assassinat de Batman (encore une différence avec la mort de Batman imaginée par King, qui établissait qu'il s'était éteint d'une longue maladie dûe à un combat contre le Dr. Phosphorus), pour venger son père.

Quand : le temps dans les comics, et particulièrement le présent, est un concept fluctuant. Le temps ne s'écoule pas comme dans la réalité sinon des personnages seraient en vérité centenaires au bas mot. Dans les comics, on vit, comme l'écrivait Patrick Modiano, dans une sorte de "présent éternel". Aussi quand un carton indique "Now" ("Maintenant"), c'est très relatif. Cela semble indiquer que ce "Now" se situe au moment où nous lisons l'histoire, mais en vérité, c'était déjà valable l'année dernière ou ça le sera encore l'année prochaine. Plutôt que "maintenant", il serait plus pratique de dire "de nos jours".

Et donc cela situe, par exemple, le vol de l'Anneau de Hauet par Catwoman 13 ans avant "de nos jours". Le costume qu'elle porte à cette occasion est celui qu'elle a dans Batman : Year One, donc elle est au tout début de sa carrière de voleuse costumée. Doctor Fate lui annonce qu'elle aura une fille, qui deviendra une justicière mais mourra des mains de l'Etranger. Cela fait rire Catwoman qui répond à Fate qu'elle n'a pas prévu d'avoir d'enfant.

Mais 10 après "de nos jours", Selina Kyle et Bruce Wayne sont parents d'Helena, qui découvrent la double identité de son père. Et 18 ans après "de nos jours", Helena devient Huntress après l'assassinat de Batman. Comme la future série Justice Society of America a pour premier rôle Huntress, faut-il en déduire qu'elle se déroule 18 ans après "de nos jours" ? Ou bien Helena Wayne aura-t-elle trouvé un moyen de remonter le temps pour empêcher l'assassinat de Batman (mais ausi en existant à la même époque que l'autre Huntress vue dans Detective Comics) ?

Résumons : nous avons une cosntante - l'Etranger, qui s'en prend à la JSA à travers les âges, en l'ayant observé puis en l'attaquant - , nous avons Huntress et sa quête de vengeance dans le futur. Mais qui est vraiment le personnage intermédiaire entre l'Etranger et Huntress ?

Il s'agit de Doctor Fate, que Geoff Johns semble envisager comme un mix du magicien classique, héritier des pouvoirs de Nabu, gardien de l'Ordre, mais aussi une sorte de version de Dr. Who, avec plusieurs personnages qui héritent du titre. Celui qui a été Fate le plus longtemps est Kent Nelson : il est là dès la première réunion de la JSA en 1940 au cours de laquelle il a la première de ses visions dramatiques sur le futur macabre de l'équipe et ses héritiers. Il est encore là en 1976 quand Dr. Mid-Nite l'examine avant que Power Girl et Star-Spangled Kid n'interrompent leur échange. Et il est toujours là 13 ans avant "de nos jours" lorsqu'il surprend Catwoman en train de voler l'Anneau de Hauet et le tue accidentellement. De nos jours, Fate est incarné apr Khalid Nassour. Et en 3022, c'est une fille, Sophie, qui a hérité du casque du Doctor.

Fate est donc partout, tout le temps. Mais c'est le contrepoint tragique de l'Etranger. Car on sait très vite que Kent Nelson va mourir et sa mort déclenche une progression dans la narration. Kent Nelson mort, c'est Khalid Nassour qui hérite du rôle. Khalid Nassour disparu, c'est Sophie qui est la (dernière ?) Dr. Fate. Tout cela desssine quelque chose de familier, d'obsessionnel chez Johns : la notion d'héritage, de transmission. La JSA n'est pas seulement la première super-équipe de DC, c'est aussi celle qui va inspirer et former les générations suivantes de super-héros. La JSA, c'est l'Histoire de DC, l'incarnation du temps dans le DCU. Et Johns a choisi cette fois de faire de Dr. Fate l'emblême vivant de cette incarnation. Ce qui tombe en fait sous le sens puisque Fate signifie destin.

Johns, avec l'ambition qui ne l'a jamais quitté de configurer le DCU en un grand tout cohérent, malgré les relaunchs, les reboots, les Crisis, place la JSA au-dessus de tout. Sans elle, rien n'existe, rien ne se construit. C'est la colonne vertébrale de son grand plan. Il intègre des épisodes comme celui dans les années 50 la JSA refuse de se démasquer devant la commission parlementaire aux activités anti-américaines pour prouver leur loyauté envers les Etats-Unis (épisode repris dans le Elseworlds JSA : The Golden Age de James Robinson et Paul Smith mais aussi dans DC : The New Frontier de Darwyn Cooke). Et bien qu'il ait été un des architectes des New 52, Johns n'en fait pas mention ici puisque durant cette période éditoriale la JSA n'avait plus de série et son existence avait d'ailleurs été effacée.

Johns incorpore par contre deux éléments plus récents qu'il a écrits. La première, c'est le retour en force des Maîtres du Temps (Time Masters) de Rip Hunter, intervenus lors de Flashpoint Beyond, mais auparavant dans Infinite Crisis : 52. Dans la première scène chronologiquement, Corky Baxter motive presque John Wilkes Booth à tuer Abraham Lincoln avant d'être réprimandé et de repartir avec les Maîtres du Temps. Leur mission : vérifier que les 13 héros cités à la fin de Flashpoint Beyond (tout en ayant en tête qu'ils s'agissaient de 13 personnages n'ayant jamais existé auparavant, entièrement créés par Johns) ont bien réintégrés les années 40. A la fin de The New Golden Age, on a droit aux 13 fiches signalétiques de ces personnages, avec un luxe de détails biographiques complètement fou pour justifier leur création rétroactive. Et durant la scène du 31 Octobre 1951, en "une" des journaux, il est fait mention du Red Lantern, le plus puissant héros russe de l'époque qui a coulé un navire de l'armée américaine (ce Red Lantern tient-il son pouvoir du corps des Red Lanterns ? Ou d'une version alternative du du Starheart comme le Green Lantern Alan Scott ?). En tout cas, Johns semble bel et bien avoir des plans pour ces 13 héros, certainement pour la série Justice Society of America.

L'autre incorporation d'un récit de Johns concerne Doomsday Clock visant à intégrer Watchmen dans la continuité du DCU. A la fin de Flashpoint Beyond, on découvrait une jeune femme, Nostalgia, dans l'ancienne forteresse de Ozymandias au Pôle Nord, et qui cherchait le Watchman (et non les Watchmen). On la retrouve ici avec Mime et Marionnette (deux personnages introduits dans Doomsday Clock). Par contre impossible de savoir à quand se déroule cette scène, très brève, c'est la seule qui n'est pas datée. Là aussi, tout indique que Johns n'en a pas fini avec l'oeuvre de Moore (et je cache pas que ça me soûle).

Vous l'aurez compris : je ne fais pas à proprement parler une critique de The New Godlen Age. Pour moi, il s'agit plus d'une feuille de route présentée par Johns, et encore c'est une feuille de route pleine de trous, d'interrogations. C'est à la fois confus, frustrant et excitant, prometteur. Johns revient en tout cas très en forme, plein de projets. En cas de succès de Justice Society of America, il pourrait signer un run aussi consistant que le premeir qu'il a écrit sur JSA (à la suite de James Robinson et David Goyer). Il paraît surtout évident qu'il développe ce projet ambitieux en marge des autres séries, dans une sorte de pré carré, sans doute avec la possibilité pour d'autres auteurs d'y faire référence, mais en conservant la main sur ces références. Personnellement, je ne pense pas que beaucoup de scénaristes vont embêter, parasiter Johns, chaque auteur vedette de DC a déjà fort à faire avec leur propre série et Joshua Williamson (que je persiste à voir comme le futur scénariste de Justice League) ne me semble pas menacé dans son rôle d'architecte principal du DCU.

Johns a tenté par le passé (notamment avant et pendant les New 52) d'être ce grand architecte du DCU. Mais les polémiques autour du film Justice League et ses projets chez Image Comics (avec Geiger et son univers) ont diminué son influence chez l'éditeur. J'ai le sentiment qu'il a encore de l'ambition pour le DCU, mais en ayant obtenu qu'on lui donne un secteur, sans avoir l'obligation d'interagir avec les autres auteurs, les autres séries. C'est presque comme s'il avait son propre label (chose qu'a eu Bendis en arrivant chez DC, ou comme le Black Label, mais de manière plus circonscrite).

Cela confère à Johns une position à part, un statut singulier. Plus vraiment central, essentiel, mais encore star, enfant prodige. Dès lors, The New Golden Age, c'est d'abord et surtout Johns. Les huit dessinateurs qui illustrent ce one-shot sont ses hommes de main, de différentes renommées : si Gary Frank, Scott Kolins, Todd Nauck, Jerry Ordway sont des habitués, Diego Olortegui, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Steve Lieber ne déméritent pas mais ont été visiblement conviés pour soulager leurs collègues. L'ensemble est esthétiquement très déparaillé et inégal, mais globalement de belle facture.

Pour résumer, ça m'a plutôt donné l'eau à la bouche (exception faite de la scène découlant de Doomsday Clock). J'attends donc avec gourmandise le retour de Justice Society of America, qui plus est parce que Mikel Janin en sera l'artiste. Et je croise les doigts pour que Johns soit bien inspiré.

mercredi 7 septembre 2022

FLASHPOINT BEYOND #5, de Geoff Johns, Jeremy Adams, Tim Sheridan, Xermanico et Mikel Janin


Après un quatrième épisode calamiteux, Flashpoint Beyond se reprend un peu pour son pénultième chapitre. Mais tout n'est pas réparé et le script de Geoff Johns, Jeremy Adams et Tim Sheridan doit expliquer dans l'urgence de nombreux points, tout en en laissant d'autres de côtés. Mikel Janin a plus de pages à dessiner et Xermanico complète les siennes avec beaucoup de talent.
 

Interviewé à la télé sur le retour de la Justice League et le concept d'Omnivers, Mr. Terrific est interrompu par Bonnie Baxter qui préfère insister sur la notion d'Hypertemps pour la dernière Crise.


Cependant, Flashpoint Batman débarque à Arkham alors que sa femme, Martha, menace Dexter Dent. Tandis que le couple s'affronte, Gilda se dérobe avec son fils.


La sécurité de l'asile intervient mais Thomas s'enferme dans la cellule de Gilda avec Martha. Elle l'entraîne dans les entrailles de l'établissement en justifiant ses crimes signés du Tueur de l'Horloge.


Thomas découvre la machine construite par Martha à partir des infos qu'elle a soutirées à ses victimes et avec laquelle elle compte réécrire leur passé, quitte à sacrifier leur univers...

Depuis la sortie du précédent épisode, des annonces de DC Comics donnent à l'intrigue de Flashpoint Beyond une autre envergure. D'abord, on sait que Geoff Johns va se servir de cette histoire comme rampe de lancement pour son relaunch, attendu de longue date, de la série Justice Society of America (que dessinera Mikel Janin), à partir de Novembre. L'avenir nous dira à quel point le dénouement de Flashpoint Beyond influence ce prochain projet.

La JSA a refait parler d'elle dans le troisième épisode de l'event Dark Crisis (de Joshua Williamson et Daniel Sampere, actuellement en cours de publication). Et c'est un drôle de manège entre les deux titres car Flashpoint Beyond spoile carrément la fin de Dark Crisis dès le début de ce n°5 ! Enfin... Spoiler est un bien grand mot, car qui a cru Williamson quand il jurait ses grands dieux que, si, si, sérieusement, à la fin de Justice League #75, les héros étaient vraiment morts (ou du moins qu'ils ne reviendraient pas avant longtemps) ?

Maintenant,, de manière très prévisible et confirmée ici, on sait que Superman, Batman, Wonder Woman, John Stewart, Hawkgirl, Aquaman, sont encore vivants, en forme et bientôt de retour (en revanche, les situations de Zatanna, Black Canary, Green Arrow et Flash sont plus nébuleuses).

Reste que c'est assez surprenant de voir DC laisser Flashpoint Beyond révèler ainsi le comeback de la JL. Pour un peu, mais peut-être vais-je trop loi, on jurerait que Geoff Johns est à nouveau en train de vouloir organiser le DCU en sous-marin (comme il avait voulu le faire durant les New 52), alors que l'éditeur semblait vouloir faire de Williamson son nouvel grand architecte...

Revenons à Flashpoint Beyond #5. L'épisode du mois dernier était passablement ruiné par une grotesque séquence avec Dexter Dent mais également par des points importants de l'histoire condamnés à rester irrésolus ou inexploités (en particulier l'invasion des kryptoniens). Sur ce dernier point, il paraît clair que ça restera une grande idée sans suite. Concernant Dexter Dent, il est exfiltré avec sa mère pendant le combat qui oppose Thomas à Martha Wayne - celle-ci n'était donc pas morte et a survécu miraculeusement avant de tuer plusieurs personnages capables de manipuler le temps.

Avec leurs connaissances (qu'elle a acquises vraisemblablement en les torturant avant de les assassiner), elle a réussi à construire dans les sous-sols de l'asile d'Arkham une machine lui donnant accès à l'Hypertemps, et donc lui permettant de modifier le passé et/ou le futur. Son projet est de réécrire le passé afin que que leur fils survive et qu'elle et Thomas meurent dans Crime Alley, conformément aux origines du Batman que l'on connaît. Et ce, même si l'opération risque de détruire tout leur univers...

Passons, au risque d'en ricaner, sur la crédibilité d'une femme complètement folle, psychopathe et délirante qui parvient à construire une telle machine sans avoir aucune notion préalable d'ingénierie et sans aucune considération sur les risques des voyages temporels. Et voyons plutôt comment Johns, Tim Sheridan et Jeremy Adams raccrochent acrobatiquement les éléments avec ce qui ouvre et ferme l'épisode. Deux scènes diversement compréhensibles.

Dans la première, Mr. Terrific se fait publiquement moucher par Bonnie Baxter, une partenaire des Time Hunters, quand elle explique que les différentes Crisis ne sont pas seulement d'origine cosmique mais temporelle. On en revient au Divine Continuum composé de l'Omnivers et de l'Hypertemps, le premier étant conceptuel, l'autre émotionnel. Or, il semble bien qu'on ait sous-estimé les conséquences des crises hypertemporelles qui provoquent l'effet Mandela, c'est-à-dire une fausse croyance ou des faux souvenirs collectifs - seuls certains individus auraient conscience des véritables altérations de la réalité (comme le Pyscho-Pirate).

Question (laissée - pour l'instant ? - sans réponse) : les Time Hunters aggraveraient-ils ou amoindriraient-ils cet effet Mandela ? Bonnie Baxter disparaît subitement avant de le dire. On devine où elle est partie à la fin de l'épisode, même si avant cela, on assiste à la résurrection de Ra's Al Ghul (dans son look originel), surpris par Batman (Bruce Wayne) à son manoir et connaissant quelqu'un au sein de l'équipe de la Justice Incarnée (les gardiens de l'Omnivers, créés par Grant Morrison dans The Multiversity).

A la fin de l'épisode donc, Batman et Corky Baxter voient débarquer dans la Batcave Rip Hunter, le chef des Time Hunters, résolu à empêcher Bruce d'utiliser sa propre machine hypertemporelle avec laquelle il compte sauver son père, Thomas.... Pfiou ! Tout ça fait beaucoup à assimiler entre l'intrigue principale (dans l'univers Flashpoint) et ce que trament les Time Hunters et Bruce Wayne. Malgré tout, les deux lignes narratives sont parallèles et ont un objectif semblable : sauver Bruce dans l'univers Flashpoint, sauver Thomas dans l'univers Flashpoint. Sauf que sauver Thomas ne permettra pas de sauver Bruce et vice-versa. (Voyez pourquoi il était inutile d'ajouter ce subplot avec l'invasion kryptonienne, ou alors il aurait fallu une mini-série de douze épisodes).

Flashpoint Beyond a deux dessinateurs de grand talent et dans cet épisode, chacun a de la place pour s'exprimer. Mikel Janin dessine toujours les deux pages finales mais s'acquitte aussi des cinq premières. Il a du mérite car il se tape les planches les plus explicatives, mais son trait fin et précis rend tout ça très digeste. En attendant, je suis surtout content à la perspective de lire plus de Janin prochainement avec le retour de Justice Society of America.

Xermanico reste, lui, sur sa bonne lancée. Il livre une copie impeccable depuis le début et donne beaucoup de puissance à ses pages, alternant facilement entre moments dialogués et d'autres plus mouvementés (le combat Thomas-martha est intense). Son découpage est fluide, ses deux doubles pages sont bluffantes. Lui aussi, je le souhaite, aura un titre à sa hauteur dans la futur.

Plus qu'un épisode pour conclure. La tension sera au rendez-vous, même si elle ne comblera certainement pas une certaine frustration vis-à-vis d'idées prometteuses mais inexploitées.

vendredi 15 avril 2022

FLASHPOINT BEYOND #0, de Geoff Johns et Eduardo Risso


Et c'est parti pour Flashpoint Beyond ! Cet event, un peu à la marge, marque le grand retour de Geoff Johns, qui s'est fait discret chez DC (au profit de ses creator-owned chez Image Comics). Le scénariste revisite, onze ans après, Flashpoint, qu'il avait déjà écrit, fidèle à ses lubies de structurer le DCU, mais désormais dans son coin. Pour ce numéro 0, en forme de prologue, il collabore pour la première fois avec Eduardo Risso. Un début accrocheur, mais qui nécessite d'avoir révisé.


En compagnie du Mime et de Marionnette, Batman s'introduit dans le repaire abandonné de Rip Hunter où il dérobe une boule à neige. Il s'apprête à bouleverser la continuité, malgré les mises en garde de ses paertenaires.


Thomas Wayne se réveille à son bureau. Harvey Dent le menace de l'envoyer derrière les barreaux s'il ne va pas parler à sa femme, enfermée à l'asile d'Arkham. Wayne ne comprend comment il peut être de retour dans son monde qui a été détruit.


Pour tenter de réparer cette anomalie, il va voir Barry Allen et lui raconte comment, en tant que Flash, il avait fait irruption dans cette réalité pour sauver sa mère. Il doit à nouveau intervenir. Mais Allen le prend pour un fou.
 

Déguisé en Batman, Wayne transporte Allen sur le toit du plus haut immeuble de Gotham avec le projet de répéter l'accident qui conféra ses pouvoirs à Flash. Mais l'opération est sabotée et coûte la vie à Allen.


Au même moment, Harvey Dent est victime d'un attentat. Batman sauve son fils et se lance à la poursuite de l'agresseur, un atlante, qui sait ce que tente de faire le justicier...

D'abord, revenons sur Flashpoint, édité en 2011, écrit par Geoff Johns et dessiné par Andy Kubert : cet event a donné naissance à l'ère DC New 52, sorte de reboot de la continuité avant les corrections effectués cinq plus tard lors de DC Rebirth. Mais que racontait Flashpoint déjà ?

On peut rapprocher cet event de Age of Apocalypse chez Marvel : un beau matin, Barry Allen (Flash) se réveille dans un monde bien différent de celui dans lequel il vivait et où la Force Véloce (la source de ses pouvoirs) n'existe plus. La Terre est le théâtre d'une guerre entre amazones et atlantes (donc entre Wonder Woman et Aquaman) qui a ravagé l'Europe. Allen va tout faire pour corriger les choses en retrouvant ses camarades de la Justice League, à commencer par Batman... Qui, dans cette réalité, est Thomas Wayne (Bruce a été assassiné à la place de ses parents dans Crime Alley et Martha Wayne est devenue le Joker). Personne ne se rappelle de Flash qui, lui-même, risque de perdre la mémoire. Mais d'autres héros se souviennent d'avant...

Dans cette saga, Johns faisait feu de tout bois, même si, entre le moment où il avait teasé son histoire (dans la série Flash) et la parution de Flashpoint, un an s'écoula au cours duquel le staff éditorial de DC réfléchit à refonder sa continuité, obligeant le scénariste à adapter son intrigue pour permettre ce tournant. Il n'empêche, même avec ces changements, Flashpoint fut un succès, d'abord parce que c'était une histoiré étonnamment abordable (malgré des références parfois pointues - comme la guerre entre amazones et atlantes, inspirée par un arc de Wonder Woman en 1974).

Pourquoi Geoff Johns revient-il aujourd'hui dans le monde de Flashpoint ? En vérité la bonne question à se poser serait plutôt : pourquoi n'y est-il pas revenu plus tôt ? En onze ans, l'étoile de l'ex-grand architecte du DCU a pâli. Il a tenté lors des New 52 de réconcilier l'ancien et le nouveau monde, sans vraiment y arriver, et même promu au sein de la hiérarchie éditoriale de DC, il a dû composer entre Dan Didio et Jim Lee, qui prenaient les décisions finales. Ajoutez à cela la polémique autour du film Justice League, enflée par les déclarations incendiaires de Ray Fisher accusant Johns de racisme. Lorsqu'on est passé à l'ère DC Rebirth, Johns a comme laissé tomber et fini par se tourner vers Image pour créer son propre univers de poche à partir de la série Geiger (dessinée par son complice Gary Frank), ne revenant à la maison que pour des récits par ailleurs controversées (3 Jokers, Doomsday Clock), où il apparaissait comme obsédé par l'héritage d'Alan Moore et la volonté d'intégrer ce qu'avait écrit ce dernier hors continuité à l'ensemble dont, lui, rêvait.

Peut-être que l'émergence du Black Label n'est pas étrangère à la décision de Johns de ranimer le monde de Flashpoint, quand bien même Flashpoint Beyond n'est pas édité au sein de ce label. Mais le scénariste a dû comprendre que ses confrères qui l'avaient investi pouvaient y raconter des histoires sans s'astreindre à la marche des séries mensuelles régulières. Dans ces conditions, réécrire du Flashpoint, c'était s'inscrire dans ce mouvement, à la marge tout en rappelant que ce fut le point de départ de la révolution entamée par DC.

Enfin, Flahspoint a essaimé sans Johns comme en témoigne le crossover Batman/Flash : The Button par exemple. Et surtout, ironiquement, Flashpoint a existé avant Johns puisqu'en 1999 il y a eut un récit "Elseworlds" du même titre (avec une intrigue certes différente). Qouiqu'il en soit Johns av ait voulu grâce à Flashpoint donner à Flash l'équvalent de ce qu'il avait réussi à produire pour Green Lantern : un point culminant, rappelant l'importance historique du speedster.

Beyond démarre de la même manière que Flashpoint : Thomas Wayne se réveille dans un monde qu'il croyait détruit. Seul lui se souvient de la fin de cette réalité et il part en quête d'une solution pour réparer cette anomalie. Il commet tout de suite des choix hasardeux, précipités, tout en renouant avec un contexte familier (la guerre amazones-atlantes, les héros officiels, sa femme devenue folle comme celle de Harvey Dent, le deuil impossible de son fils). Encadré par un prologue et un épilogue avec "notre" Batman qui pille le repaire de Rip Hunter et est mis en garde par un des Maîtres du Temps, le récit accroche facilement et rapidement. Tout en proposant des idées "Johnsiennes" uniques.

Car, au fond, le scénariste n'a pas encore tout à fait renoncé à structurer le DCU. S'il ne peut le faire directement (après Scott Snyder et maintenant Joshua Williamson, en passant par Grant Morrison), il cartographie son éternel projet comme s'il souhaitait que ses successeurs s'en inspirent. Parce que Johns a un remarquable esprit de synthèse et une culture encyclopédique ainsi qu'un amour profond pour cet univers.

Dans les premières pages de Flashpoint Beyond, on voit Batman (Bruce Wayne) examiner un tableau qui fait évidemment penser à celui découvert par Booster Gold dans 52, avec des inscriptions propres à faire phosphorer n'importe quel fan et à alimenter les fantasmes d'un DCU résumé. Et ça commence par les initiales DC que Johns traduit par Divine Continuum. De là découlent l'Omnivers, d'un côté (soit l'espace géographique du DCU) et l'Hypertemps (la dimension temporelle du DCU). L'Omnivers débouche sur le Multivers, le Dark Multivers et la Sphère des Dieux. Tandis que l'Hypertemps se divise entre le Vanishing Point et les Lîmbes. Même si tout ça vous semble nébuleux, ou même vous échappe ou vous semblent inutile, dîtes-vous simplement qu'il s'agit d'une sorte de meubles à tiroirs contenant les outils organisant le DCU et donc expliquant les Terres parallèles, donc le monde de Flashpoint. En une image, Johns concentre ce que Joshua Williamson, Scott Snyder et Grant Morrison ont voulu établir dans Infinite Frontier, Metal/Death Metal et Final Crisis : une sorte de document de synthèse, de rapport quasi-officiel qui mettraient des mots sur des concepts permettant d'apprécier le joyeux bordel du DCU depuis les années 50 et l'avènement du Silver Age.

Tout ça m'a fait penser aux data pages dans House of X/Powers of X de Hickman et je me suis dit que si Johns avait eu l'ambition plus modeste, il aurait dû faire pareil chez DC avec quelque chose d'aussi dense, et c'est sans doute ce qu'il a(vait ?) en tête avec son projet de reprise de Justice Society (avec Bryan Hitch), sorte de troisième acte après JSA et Justice Society of America.

Pour en revenir à nos moutons, il faut aussi parler d'Eduardo Risso, un artiste avec lequel Johns comptait travailler depuis longtemps et qui, lui aussi, revient à l'univers de Flashpoint. En effet, en 2011, il avait signé les dessins de Flashpoint : Batman Knight of Vengeance, écrit par son fidèle compère Brian Azzarello, un des meilleurs tie-in de l'event.

Risso renoue donc avec Thomas Wayne comme s'il l'avait littéralement quitté hier (alors que depuis le personnage a fait du chemin, dans le Batman de Tom King et Justice League Incarnate de Joshua Williamson). Ses planches sont formidables, d'un expressionnisme sensuel et élégamment inquiétant. Certes, il est parfois léger sur les décors qu'il aime engloutir dans des à-plats noirs profonds, comme seul lui sait en produire, avec cette influence Frank Miller.

Mais Risso est un narrateur graphique exceptionnel, capable d'organiser des pages avec une sensibilité unique, enrichi par ses productions indépéndantes (avec Azzarello toujours), et au contact d'artistes européens (comme Christian Rossi, qui l'a souvent aidé pour ses couleurs). C'est un faiseur d'images mémorables, un créateur d'ambiances fabuleux, dont la complicité avec la coloriste Trish Mulvihill est exceptionnelle. Celle-ci travaille encore à l'ancienne, avec de l'aquarelle, et cela apporte une luminosité et des textures sublimes. On ne voit vraiment pas ça souvent.

La suite promet d'être tout aussi jolie puisque Xermanico dessinera les six prochains numéros, avec Romulo Fajardo aux couleurs. Sans qu'on sache très bien quelle importance auront leurs contributions, Jeremy Adams et Tim Sheridan assisteront Johns à l'écriture de ce qui promet d'être un event passionnant. En tout cas, ce n° 0 donne envie - bien plus, pour ma part, que le prochain Dark Crisis... A vous de faire votre choix.