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vendredi 28 juillet 2023

BATMAN : THE BRAVE AND THE BOLD #3, de Dennis Culver et Otto Schmidt, Ed Brisson et Jeff Spokes, Christopher Cantwell et Javier Rodriguez, Jackson Lanzing & Collin Kelly et Jorge Molina


Le n°3 de Batman : The Brave and the Bold voit un changement dans son sommaire puisque l'histoire principale  a pris du retard et est remplacé par un récit complet. Le reste est intact et de très bonne facture. Cette anthologie est un vrai plaisir.


- BATMAN : MR. BASEBALL (Ecrit par Dennis Culver, dessiné par Otto Schmidt) - Batman doit protéger le caïd Victor Grande de Mr. Baseball, un voleur qui l'a dépouillé et qu'il a défiguré en représailles...
 

Dennis Culver et Otto Schmidt ont été chargés de réaliser en vitesse ce récit complet sur la vengeance d'un voleur surdoué et défiguré qui contraint Batman à protéger une fripouille. Tout ça est sympathique, mais demeure très anecdotique. Le vilain et sa passion du baseball, défiguré (comme Harvey Dent/Double-Face mais en moins spectaculaire), n'est pas un antagoniste susceptible de faire trembler Batman et encore moins convaincre le lecteur qu'il incarne une menace sérieuse.

Dennis Culver se repose beaucoup sur Otto Schmidt qui livre des planches nerveuses mais parfois un peu à l'arrache. Très vite lu, et oublié.
 

- STORMWATCH : DOWN WITH THE KINGS (Pt. 3) (Ecrit par Ed Brisson, dessiné par Jeff Spokes avec Trevor Hairsine) - L'équipe de Stormwatch infiltre le building de Halo Corporations pour saboter ses serveurs avec un logiciel malveillant particulièrement féroce. Cependant, le directeur Bones collectionne des armes capables de neutraliser la Justice League...
  

Ed Brisson tient la baraque depuis le début de la parution de cette anthologie avec sa mini-série Stormwatch, et il serait bien récompensé si DC lui donnait l'opportunité de continuer avec une série régulière. La caractérisation est certes un peu sommaire, par manque de place, mais les intrigues de cette équipe de black ops sont toujours captivantes, avec des dangers singuliers. Par ailleurs le scénariste développe un subplot accrocheur où Bones, à la manière d'Amanda Waller, recueille des armes susceptibles de neutraliser la Justice League.

Jeff Spokes dessine la quasi-intégralité de cet épisode avec sa classe coutumière. Mention spéciale quand il représente Shado, l'archer, ex de Green Arrow, avec une présence magnétique égale à celle de Ravager (c'est bien la première fois que la fille de Deathstroke m'intéresse autant). Les dernières pages sont signées par Trevor Hairsine, qui bizarrement n'est pas crédité dans la table des matières mais dont le style est reconnaissable entre mille.


- SUPERMAN : ORDER OF THE BLACK LAMP (Pt. 3) (Ecrit par Christopher Cantwell, dessiné par Javier Rodriguez) - Superman a retrouvé Hop Harrigan mais tous deux sont piégés par le Dr. Anthelme qui entend bien faire en sorte que tout le monde oublie le kryptonien comme cela a été le cas pour l'aventurier...
 

C'est la conclusion de cette histoire écrite par Christopher Cantwell. A moins que... En effet, un "The End ?" interrogatif dans la dernière case laisse espérer une suite pour ce récit qui conviendrait parfaitement pour le DC Black Label. En tout cas, tel quel, ce triptyque a été passionnant à suivre, avec un ton rétro tout à fait maîtrisé.

Javier Rodriguez aura été pour beaucoup dans cette réussite et ses planches sont une nouvelle fois somptueuses. Il a brillé pour sa première prestation chez DC avec la lourde tâche d'animer Superman dont il a donné sa version, très élégante comme toujours, soutenue par une colorisation quatre étoiles. 

Encore !


- BATMAN : BLACK & WHITE - CITY OF MONSTERS (Ecrit par Jackson Lanzing & Collin Kelly, dessiné par Jorge Molina) - Dans une version alternative de Gotham, un jeune Batman affronte Man-Bat qui, avec sa horde de vampires, a tué ses parents...  

Comme d'habitude, on termine avec un court récit Batman : Black & White. Cette fois c'est le binôme Jackson Lanzing & Collin Kelly qui s'y colle en imaginant une variation vampirique des origines de Batman. Rien de révolutionnaire, mais c'est plaisant et très rythmé.

Cimme d'habitude (bis), c'est surtout l'occasion d'admirer de magnifiques planches par un artiste qui donne tout : Jorge Molina n'a pas fait que dessiner ce segment, il en a donné l'idée et a travaillé les designs depuis longtemps sans savoir quand il pourrait les utiliser. C'est absolument renversant de beauté gothique et son Batman juvénile, arrogant et svelte est inoubliable.

Encore un excellent numéro même si on espère vite le retour de King et Gerads à leur poste respectif pour que le sommaire retrouve toute sa superbe.

mercredi 17 février 2021

FUTURE STATE : CATWOMAN #2, de Ram V et Otto Schmidt

 

Ce second épisode de Future State : Catwoman est intéressant à plus d'un titre. D'abord parce qu'il confirme que Ram V est décidément le scénariste le plus intéressant à suivre chez DC actuellement : son écriture rythmée, inventive et sensible fait des merveilles. Ensuite parce que Otto Schmidt dessine cette histoire avec beaucoup de vivacité. Enfin, parce que l'intrigue, en plus de composer habilement avec un trio de personnages emblématiques, prouve que le projet Future State aurait pu avoir bien d'allure si, comme ici, les mini-séries s'étaient davantage adressées aux autres.


2025/ Gotham. Dans le train où elle s'est introduite pour sauver des déportés du quartier de Alleytown, Catwoman a affronté des gardes et a subi une blessure sérieuse. Le chef du convoi ordonne qu'on la gaze avec des sédatifs pour la capturer pendant que ses complices s'emploient à ralentir le train et évacuer ses détenus.


De son côté, quelques wagons plus loin, Talia Al Ghul, qui se cachait sous l'identité de Mme Canorus, représentante du Magistrat, a libéré Bruce Wayne, fait prisonnier. Mais alors qu'il s'apprête à quitter le train avec elle, il voit Catwoman en difficulté sur un écran de contrôle.


Alors qu'elle est capturée apr le chef du train, Catwoman est sauvée d'une exécution sommaire par l'intervention de Talia et Bruce. Les retrouvailles de Bat et Cat sont de courte durée car Bruce a promis, en échange de l'aide de Talia, de rejoindre la Résistance au Magistrat.


Et il refuse que Catwoman les suive car cela ferait d'elle une cible du Magistrat. Ils se séparent donc mais en convenant d'une astuce pour se revoir en cas de besoin...

J'aime décidément beaucoupce que produit Ram V et il est difficile de résister à la manière dont il anime Catwoman, quelle que soit l'époque où se situent ses aventures. De toutes les mini-séries Future State, Catwoman a été, avec Dark Detective, celle que j'ai trouvée la plus aboutie, celle qui a le mieux tiré parti des contraintes du format et du contexte, ce qui n'est pas un mince exploit avec seulement deux épisodes.

Cette attaque de train est digne des meilleurs heist stories : il y a de l'action, de rythme, des péripéties, des rebondissements, une excellente caractérisation, du romanesque. Ram V réussit à faire tenir tout ça en deux fois vingt pages, sans jamais sembler compressé par le peu d'espace mis à sa disposition - c'est encourageant pour la reprise de Justice League Dark le mois prochain où il ne disposera que de dix pages par mois (puisque que le titre sera une back-up story à la Justice League de Bendis).

On voit que le scénariste a d'abord veillé à structurer son histoire en deux actes : le précédent numéro s'achevait sur la révélation de l'identité de Mme Canorus, la déléguée du Magistrat à bord du train, et la présence dans une cellule aménagée d'un prisonnier fameux, respectivement Talia Al Ghul et Batman. 

Ram V inscrit son récit précisément dans la continuité tortueuse de Future State : tout se passe après que Bruce Wayne ait été blessé par le Gardien de la Paix 01 dans Dark Detective. Il a donc été capturé suite à cela et embarqué dans ce train qui passe dans le quartier de Alleytown, d'où sont déportés des habitants. Talia organise son évasion pour qu'il intègre la Résistance au Magistrat dont elle est la chef temporaire. Et Mariko Tamaki raconte donc dans Dark Detective où cela a mené Batman, en 2027 : la Résistance a dû être vaincue ou dispersée, Bruce est seul dans Gotham, aux abois, réfugié chez Noah, et il mène son enquête sur le système de surveillance du Magistrat.

Si Future State avait été mieux édité, il aurait ainsi gagné en densité et en cohésion car le lecteur qui suit ces deux séries (et même plusieurs autres) n'aurait pas eu à deviner les liens effectifs entre l'intrigue de Catwoman et celle de Dark Detective, qui sont donc pourtant organiquement liées. Idem pour The Next Batman, qu'on a subrepticement vu dans Dark Detective #3 mais qui y apparaît un peu comme un cheveu dans la soupe (sans parler du fait que ce nouveau Batman n'a rien de remarquable : pour le coup, c'est vraiment l'exemple type du personnage survendu, juste parce qu'il y a un homme noir derrière le masque).

Ram V répond aussi à la question de savoir si Catwoman et Talia agissaient de manière unie et il est évident que non. Cette énorme coïncidence est le seul bémol de ces deux épisodes et sans doute l'ensemble aurait gagné à montrer que les deux maîtresses de Batman étaient de mêche dans cette attaque du train, même avec des objectifs divers (libérer Batman pour Talia, les habitants de Alleytown pour Catwoman). Néanmoins, les dernières pages, où Batman et Catwoman sont obligés de se séparer à peine après s'être retrouvés, sont magnifiques, à la fois poignantes et pleines de malice (quand Batman explique à Catwoman comment elle pourra le contacter).

Visuellement, Otto Schmidt aura aussi participé au succès de ces deux épisodes. La vivacité de son trait, qui conserve ainsi la fraîcheur d'une esquisse, convient parfaitement à cette aventure qui file à toute vitesse. Parfois on peut reprocher à cet artiste de ne pas davantage peaufiner ses images, surtout quand on sait à quel point il peut produire des pin-up autrement ouvragées, mais cela fait partie du charme de ce graphisme.

Car ce qu'on perd en détail, on le gagne en énergie. Schmidt, quand il ne dessine pas des comics, collabore à des films d'animation (comme le futur Justice Society : World War II), en qualité de storyboarder ou character designer. Et cela se sent dans la façon dont il découpe les scènes, comme il compose ses planches. Il a le sens du cadre, de l'angle de vue. Il va à l'essentiel et transforme le récit en un vrai page-turner où la page importe plus que les cases qui la forment. C'est cela, au fond, le style de Schmidt : imposer une narration d'ensemble, tout en enchaînements, qui va emporter le lecteur, ne pas lui laisser le temps de souffler, de s'attarder. Et c'est bigrement efficace.

J'ignore comment, le moment venu, Urban Comics publiera les différentes mini-séries Future State mais il faut espérer que l'éditeur français de DC fera un effort pour organiser les titres dans leur chronologie confuse et surtout pour les distribuer en fonction de leur location (avec un pack Gotham conséquent). C'est à cette condition-là que les fans de vf pourront apprécier pleinement le projet. 

vendredi 29 janvier 2021

FUTURE STATE : CATWOMAN #1, de Ram V et Otto Schmidt


Avec Ram V et Otto Schmidt aux manettes de ce Future State : Catwoman, peu de risque de tomber sur une mauvaise surprise. Et c'est effectivement un plaisir à lire. Bien que cette mini-série ne bouleverse pas les habitudes prises pour cet événement, on n'en veut pas aux auteurs qui maîtrisent parfaitement leur sujet. C'est parti pour la première partie d'une aventure mouvementée.


2025. Gotham. Les habitants du quartier de Alleytown sont déportés sur ordre du Magistrat car considérés comme potentiellement dangereux. En effet, dans cette zone de la ville, on croit encore que Batman est en vie et certains se révoltent jusqu'au bout contre ce déplacement.


Mais dans le train qui embarque ces passagers cette nuit-là se trouve quelque chose que convoîte Catwoman, qui continue d'agir dans la clandestinité. Elle s'appuie sur deux complices et, en moto, via un tremplin, elle atterrit sur le toit du véhicule, dans lequel elle pénètre en neutralisant deux gardiens.


Grâce à des comparses à l'intérieur, elle peut progresser vers un compartiment mais doit affronter plusieurs autres gardes, dont elle a peu de mal à se défaire. Elle libère un détenu qui l'aide à repousser d'autres vigiles. Mais désormais sa présence est repérée par le responsable du convoi.


Ce dernier, qui a laissé Mme Canorus, déléguée par le Magistrat pour superviser ce convoi, envoie des renforts pour intercepter Catwoman. Celle-ci ignore que Canorus cherche la même chose qu'elle et est une vieille connaissance de Batman...

C'est dur de ne pas spoiler l'identité réelle de Mme Canorus, mais je me retiens car la surprise vaut la peine d'être préservée. Ce qu'on peut dire, en revanche, c'est que Ram V accomplit une fois encore un sans-faute avec cet épisode.

Depuis qu'il a pris en main la destinée de Catwoman dans sa série normale, le scénariste a fait rapidement la preuve qu'il était l'homme de la situation. Malgré tout, on pouvait s'interroger sur sa faculté à conserver son inspiration dans le contexte futuriste imposé par Future State.

Parce qu'on ne change pas une formule qui gagne, Ram V va droit au but. Pour la plupart des titres de cet event, l'exercice d'écriture s'apparente à celui d'une nouvelle, tout doit être dit en deux, voire quatre épisodes, donc il ne faut pas traîner mais quand même élaborer une intrigue qui captivera les lecteurs et les surprendra parce que l'époque à laquelle elle se déroule modifie la perspective.

Le pitch est simple et c'est un classique du genre : on est dans une heist story, un braquage en bonne et due forme, mais l'originalité ici réside dans le fait que Catwoman ne va pas attaquer un train avec un butin mais avec un passager bien précis. C'est donc aussi une opération de sauvetage. Pour coller à la période, l'héroïne est désormais habillée d'une combinaison gadgetisée adaptée au défi qu'elle s'est lancé. Toutefois, les fondamentaux sont respectés et ce sont surtout ses talents d'acrobate et de combattante qui vont permettre à la féline de briller.

Il y a quelque chose de grisant dans la manière dont Ram V écrit Catwoman, il ne force jamais le trait et réussit à faire en sorte que l'héroïne soit naturellement féminine, séduisante mais aussi efficace, dominant son sujet. Comme quoi, contrairement à cette mode stupide qui pousse les éditeurs à confier des héros noirs à des auteurs noirs, des héroïnes à des scénaristes féminines, etc, Ram V démontre qu'il s'agit surtout de bien comprendre son personnage pour le traiter à sa juste valeur. Ce n'est pas une question de sexe mais de compétence narrative.

On peut dire la même chose à propos d'Otto Schmidt. Pour le fan que je suis, qui suis son travail sur Twitter et qui se régale de chacun de ses dessins, Schmidt figure parmi les tout meilleurs artistes du moment, en particulier quand il s'agit d'animer un personnage féminin. Le dessinateur sait, avec une facilité déconcertante, les représenter avec ce qu'il faut de classe et de malice, de force et de grace, grâce à un trait léger, aérien, incroyablement fluide et spontané.

Les images de Schmidt ont la fraîcheur des esquisses mais la solidité d'une narration graphique éprouvée. Il est capable de poser un décor en un plan d'ensemble et une ambiance puissante. La vision de ces habitants du quartier d'Alleytown qu'on pousse dans des wagons de train est glaçante car elle renvoie aux convois de déportés. L'ambiance est posée.

Mais, parce qu'on reste dans du divertissement, au lieu de sombrer dans une noirceur complaisante, suivant le script, Schmidt évolue ensuite dans un registre bondissant qu'il adore. Les pirouettes et les corrections qu'administre Catwoman aux méchants gardiens du train sont chorégraphiées à merveille, sans effort apparent. On progresse avec Selina Kyle dans les couloirs du véhicule sans savoir ce qu'on va y croiser ni ce qu'elle cherche. Quand, enfin, on découvre que Mme Canorus touche au but avant Catwoman, on saisit ce que les deux femmes ciblent - mais sans être sûr de savoir si elles travaillent ensemble, ce qui donne envie de lire la suite.

Bref, on se régale. Et on se dit aussi que les plus belles réussites de Future State sont certainement ces titres en marge de l'event, excentrés, qui jouent la carte du divertissement pur ou du hors sujet. L'ombre du Magistrat plane dessus sans les écraser et laisse ainsi les auteurs plus libres.

vendredi 3 juillet 2020

HAWKEYE : FREEFALL #6, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Cette fois, c'est la bonne : ce sixième épisode est la conclusion de la mini-série Hawkeye : Freefall. Un dénouement curieux puisque l'histoire de Matthew Rosenberg achève sa carrière directement en publication numérique et sur une note très plombante. Même Otto Schmidt ne peut rien faire pour atténuer ce sentiment de gâchis.


Clint Barton trouve Bryce, le hacker de the Hood, criblé de flèches par Bullseye. Lequel a usurpé son identité de Ronin et, surpris par Captain America, l'a gravement blessé; Clint conduit Bryce chez Linda Carter, mais elle échoue à la sauver.


La situation est catastrophique pour Hawkeye : ses amis super-héros le cherchent car il le croit coupable d'avoir blessé Captain America, the Hood triomphe, sa petite amie l'a largué. Il décide de règler ses comptes en abandonnant les bonnes manières...


Lorsque Hawkeye : Freefall a débuté, c'était une bouffée d'air frais : Matthew Rosenberg choisissait de traiter son histoire de manière ouvertement humoristique en opposant Clint Barton à Parker Robbins. Les quiproquos s'enchaînaient, on rigolait volontiers, et les dessins d'Otto Schmidt participaient à cette bonne humeur.


Puis, insensiblement, alors que la série voyait sa parution perturbée par la crise sanitaire, le ton devint plus grave, amère, et c'est comme si Rosenberg sabordait tout ce qu'il avait brillamment mis en place. Toute chose qui se confirme dans cet ultime chapitre.

Depuis le run de Matt Fraction et David Aja, qui a révolutionné le personnage de Hawkeye en en faisant un sympathique loser mais doté d'une détemination implacable, deux tendances s'affrontent : des fans regrettent la version antérieure de l'archer, son costume initial, la différence entre son incarnation au cinéma et dans les comics ; et les autres (comme moi) se réjouissent de cette évolution qui situent Clint Barton comme un street-level hero, une sorte d'outsider au sein des Avengers (même s'il ne fait plus partie de l'équipe principal et que son destin a été davantage associé à celui de son émule, Kate Bishop).

Mais ce qu'inflige Rosenberg au héros est autrement plus rude et on peut s'interroger sur ce que les prochains scénaristes qui utiliseront Hawkeye en conserveront. La chute de cette mini-série semble dire que Barton à renoncé à ses principes (il défenestre carrément Parker Robbins après l'avoir privé de ses pouvoirs, les autres héros le croient responsable d'avoir blessé Captain America, Bryce - le hacker qu'il avait débauché de la bande de the Hood - est mort, et son couple avec l'Infirmière de Nuit est brisé). L'addition est salée. Trop sans doute. D'autant que, comme le rappelle l'épisode, ces dernières années, après le run de Fraction, Hawkeye s'est aussi "distingué" en tuant Bruce Banner (dans Civil War II - mais Banner et donc Hulk sont revenus). Le personnage est tout de même sacrément abîmé.

Je n'ai guère goûté à cette fin, qui me paraît trop accablante, et dont le ton tranche trop avec celui du début. Je ne comprends pas la démarche de Rosenberg - et plus généralement de ces scénaristes (spécialement chez Marvel) qui, aujourd'hui, ne semblent rien avoir à faire de mieux qu'à s'emparer d'un héros pour le démolir moralement et physiquement sans lui offrir de salut. Est-ce que les auteurs aiment vraiment les super-héros ?

Quant à Otto Schmidt, il me semble qu'il est exploité ici à contre-emploi. Certes, s'il a accepté de dessiner cette histoire, on ne peut accabler personne. Mais son style est plus efficace dans une tonalité plus légère. La dernière partie de l'épisode avec un Hawkeye qui en prend plein la tronche, au point d'être quasiment défiguré, maculé de sang, est même pénible, le trait brouillon, la colorisation dérangeante. On doit avoir mal pour e personnage, de ce point de vue c'est réussi. Mais c'est tout de même douloureux de voir Clint dans cet état.

Ce qui semble certain, c'est qu'avec Hawkeye : Freefall, Marvel a atteint une sorte de limite avec le personnage. Soit l'éditeur va continuer sur cette lancée et complètement massacrer Clint Barton (en le renvoyant à sa situation de vilain - comme à ses tout débuts). Soit on oublie cette aventure et Clint hérite d'un auteur plus aimable avec lui. 

jeudi 21 mai 2020

HAWKEYE : FREEFALL #5, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Le précédent numéro de Hawkeye : Freefall était sorti le 11 Mars. Marvel a décidé d'achever sa publication uniquement sur les plateformes numériques (tout comme DC va terminer certains titres comme Supergirl ou The Terrifics). Un enterrement de première classe en somme (car les lecteurs sur ce support restent minoritaires). Dommage car l'histoire de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt méritaient mieux... Même si la mini-série prévue en cinq épisodes ne s'achève pas avec ce chapitre...


Clint (sous le masque de Ronin) rencontre le Caïd pour neutraliser the Hood. Mais Wilson Fisk préfére déléguer cette tâche et assure à Clint le soutien du Comte Nefaria, l'ex-beau-père de Parker Robbins. Malgré ses réticences, Clint accepte cette collaboration.


Clint/Ronin s'emploie alors à ruiner le business de the Hood et à obliger ses divers complices (y compris dans la police) à l'abandonner. Parker Robbins enrage, impuissant. Mais il trouve encore le moyen de contrarier Ronin lorsque celui-ci s'en prend à un de ses "fight clubs" clandestins en misant sur lui (et donc en diminuant ce qui lui rapportent ses victoires).


Clint ne se décourage pas. Grâce à Bryce, il apprend que the Hood fête bientôt son anniversaire dans un restaurant qu'il privatise. Il loue l'établissement à sa place. Parker Robbins menace Clint mais doit renoncer à l'exécuter quand il découvre que Wesley Welch, l'assistant du Caïd, est présent aussi.


Ce succès a son revers car Clint a oublié le dîner auquel l'avait invité Linda Carter. Il doit aussi s'expliquer à Captain America, averti par Spider-Man. Mais l'infirmière de nuit lui sauve la mise en reprochant aux deux héros de ne pas faire confiance à Clint.


Toutefois, c'est la dernière fois que Linda rend service à Clint car elle rompt ensuite avec lui. De retour à son domicile, l'archer écoute un message sur son répondeur laissé par Bullseye qui s'en est pris à Bryce. Il donne rendez-vous à Clint pour une discussion avec the Hood.

Tout d'abord, il faut revenir sur les circonstances de la sortie de cet épisode. Evidemment, du temps a passé depuis le quatrième chapitre, paru en Mars dernier. Mais deux choses interpèlent : d'abord Marvel a choisi de terminer la publication de Hawkeye : Freefall en la proposant uniquement sur les plateformes numériques et non plus en version physique. Cela ressemble furieusement à une façon de boucler la série en catimini et c'est assez indigne.

Ensuite, encore plus bizarrement, alors que le titre était prévu pour cinq numéros, on découvre à la dernière page de cet épisode que l'histoire n'est pas achevée. Le to be continued indique même que le sixième volet ne sera pas la conclusion. Cela rend encore plus étonnante la décision d'arrêter la version papier, même si je doute que Hawkeye : Freefall se transforme en ongoing.

Dans ces conditions, la lecture prend une dimension nouvelle. Le format change et l'issue du récit est incertaine. Après un quatrième épisode trop bancal, abusant d'absurdités, Matthew Rosenberg resserre les vis avec bonheur. Le ton est même un peu plus grave - seule une scène joue vraiment la carte de la comédie (irrésistible moment où Linda Carter sermonne Captain America et Spider-Man).

Le scénariste introduit dans son intrigue le Comte Nefaria et rappelle utilement qu'il fut le (quasi) beau-père de the Hood quand Parker Robbins sortait avec Mme Masque (la fille de Nefaria). On comprend donc facilement qu'il ait envie de calmer the Hood et donc d'aider Ronin à cette fin. De même, l'entrée en scène de Nefaria justifie la position du Caïd qui admet que les actions de the Hood sont devenues emabarrassantes pour lui mais sans qu'il veuille se mêler de sa neutralisation (Wilson Fisk est, rappelons-le, maire de New York, il ne peut risquer de voir son nom publiquement lié à celui d'un gangster comme the Hood).

Cette base permet de redéployer les agissements de Clint Barton sous le masque de Ronin. Il peut désormais, avec l'appui de Nefaria, attaquer frontalement Parker Robbins en ruinant son business et en retournant ses nombreux complices (y compris dans la police). Mais the Hood est un adversaire coriace et trouve un moyen de contrarier Clint quand il croit l'avoir affaibli.

La scène du restaurant, en présence de Wesley Welch, est une pépite : pour la première fois, Clint a enfin le dessus sur the Hood, et cela sans perdre son temps à faire le coup de poing contre lui (par contre les gardes du corps du gangster prennent cher). J'avais trouvé que Rosenberg abusait un peu sur le côté loser de Hawkeye et il corrige cela avec efficacité.

Tout le plaisir qu'on tire de cette lecture doit aussi beaucoup à ses dessins et Otto Schmidt fait des étincelles. On est un peu surpris de sa représentation du Caïd, qui, sous son crayon, a perdu son légendaire embonpoint, mais c'est un détail.

L'artiste dynamise très agréablement son découpage, notamment lors d'une superbe double page où on suit en parallèle les efforts de Ronin pour détruire le business de the Hood et la frustration croissante de ce dernier en découvrant les résultats du héros.

Pourtant, c'est quand il a l'occasion de se poser que Schmidt est encore meilleur. Lorsqu'il met en scène un dialogue entre Bryce et Clint ou orchestre le fameux sermon de Linda Carter contre Captain America et Spider-Man, son trait vif et expressif fait des étincelles. Voir Captain America repartir tout penaud après qu'on lui ait fait la leçon est un régal, d'autant plus qu'on sait que Clint a quand même trompé le chef des Avengers.

Outre son aisance dans le registre comique, Schmidt est aussi habile quand il faut suggérer une ambiance inquiétante comme en témoigne la dernière scène de l'épisode où Clint, rentrant chez lui, découvre le message audio de Bullseye tout en suivant des traces de sang menant au sous-sol de son repaire (surnommé "Fortress of the solid dudes", un clin d'oeil à la Forteresse de Solitude de Superman) et à Bryce, blessé par le tueur à gages. La disposition des cases, le jeu sur les ombres et lumières, l'enchaînement des plans sont excellents.

Si on peut donc déplorer que Marvel prive la série de sa version physique, le fait qu'elle se poursuive encore au moins un épisode garantit encore de beaux moments. Toujours ça de pris en ces temps incertains.

vendredi 20 mars 2020

HAWKEYE : FREEFALL #4, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Il ne faut vraiment pas juger un livre à sa couverture (qu'est-ce qui a pris à Marvel de donner des visuels aussi moches à cette série ?!) parce que, une fois encore, pour son pénultième épisode, Hawkeye : Freefall est un régal. On peut tout juste reprocher à Matthe Rosenberg d'en faire un chouia trop (pour souligner le côté pathétique de Clint Barton et dans l'accumulation de quiproquos). En revanche, Otto Schmidt nous gratifie de planches parfaitement irrésistibles.


Surpris par Daredevil après avoir découvert plusieurs membres de la Maggia assassinés par the Hood, Clint (déguisé en Ronin) doit le convaincre n'être pour rien dans ce massacre. DD le croit et lui explique avoir réuni plusieurs héros pour capturer Ronin, avant de s'occuper de the Hood.


Mais le lendemain soir, quand Clint (en tenue de Hawkeye) rejoint ce groupe, DD est absent. Il entre le premier dans le bâtiment où the Hood se trouve et où Ronin doit intervenir. Parker Robbins inflige une raclée à Clint avant de détaller quand les autres héros interviennent.


Grâce à Bryce, Clint met la main sur un fichier du SWORD et retrouve un Skrull qu'il oblige à se faire passer pour lui (car son gadget temporel ne fonctionne plus pour être Hawkeye et Ronin, et que son LMD n'est pas fiable).


Clint/Hawkeye retrouve le Soldat de l'Hiver et le Faucon auxquels se sont joints Mockingbird, D-Man et USAgent pour tenter une nouvelle capture de Ronin sur les docks. Ils se séparent binômes et Clint en profite pour neutraliser USAgent avec qui il patrouille.


Le skrull, en habit de Ronin, rejoint Clint à qui il reproche de faire n'importe quoi. La situation devient encore plus critique quand le LMD de Clint rapplique. Il s'en débarrasse puis enfile le costume de Ronin (et le skrull celui de Hawkeye). Seul, Clint/Ronin tombe alors sur Bullseye...

Si on n'est pas bien disposé, on peut facilement dire que cet épisode part dans tous les sens et que Matthew Rosenberg, à trop tirer sur le fil de la déconne, se vautre en multipliant les quiproquos sans faire progresser son intrigue. 

Ces reproches sont valides, de fait ce quatrième et avant-dernier chapitre de la mini-série est le plus faible du lot. Le scénariste a clairement préféré (sur)jouer la carte de l'humour au détriment de l'histoire. Il convoque beaucoup de personnages sans en faire quoi que ce soit (qu'il s'agisse de Daredevil, ou pire de Night Trasher), en invite d'autres (le skrull) qui ne font que compliquer les choses (déjà bien alambiquées), au seul profit du gag pour le gag.

Alors certes, on rit franchement en plusieurs occasions : Clint se demandant si Daredevil est aveugle, Clint imposant un plan d'attaque débile au Faucon, au Soldat de l'Hiver et à Night Trasher, Clint et le skrull surpris par le LMD, autant de moments vraiment hilarants. On a parfois le sentiment de lire une parodie.

Mais cela joue contre la série en fin de compte car, comme je l'ai dit plus haut, l'histoire n'avance pas (plus). Les personnages se liguent pour piéger Ronin (en ignorant bien entendu que Clint les a abusés) tout en se désintéressant de the Hood, qui devrait quand même les préoccuper autant (sinon plus). Les héros qui assistent Hawkeye pour cela sont traités comme des B-Leaguers grotesques, ce qui revient à considérer Bucky Barnes, le Faucon ou Mockingbird comme des tocards équivalents à D-Man ou même à USAgent. Quant à l'apparition de Bullseye à la dernière page, elle sort de nulle part.

De fait, Rosenberg oblige le lecteur à choisir son camp : soit il accepte son délire et apprécie l'épisode pour ce qu'il est (une enfilade de situations comiques jusqu'au non-sens), soit il n'adhère pas à cette proposition et comptabilise tout ce que ce parti-pris entraîne contre la série elle-même et son intrigue.

Je suis donc un peu gêné car si je trouve que Rosenberg a fait trop, à mauvais escient, je dois aussi reconnaître m'être bien amusé. C'est du grand n'importe quoi et même si je doute que le scénario assume d'aller jusqu'au bout de cette direction dans le prochain et dernier épisode, c'est assez audacieux. Toutefois, je crois aussi que le prochain auteur à animer Clint Barton aurait tout intérêt à lever un peu le pied sur ce qu'a initié Matt Fraction : Hawkeye ne peut être réduit à loser pitoyable, un gentil couillon, un bouffon, cela finit par détruire le personnage et impacter son entourage (qui réagit de manière trop agressive face à sa bêtise, soit de manière trop indulgente au point de passer eux aussi pour des imbéciles heureux).

Dans ce cas de figure, évidemment, Otto Schmidt est le dessinateur parfait car son style, à la fois élégant et cartoon, convient on ne peut mieux au registre choisi par Rosenberg. Il n'a pas besoin de souligner les effets du script, il lui suffit de les accompagner et on lui saura gré de le faire avec plus de mesure que le scénariste. 

Grâce à Schmidt, le série conserve une sorte de classe, de distinction qui l'empêche de sombrer dans la farce. Schmidt s'amuse du héros sans le rabaisser, avec une sorte d'attachement complice, et découpe l'action de manière à ne jamais forcer le trait, ce qui fait qu'on compatit au sort de Hawkeye, prisonnier de ses manoeuvres, victime de ses maladresses et de son impulsivité. C'est juste dommage qu'il ne puisse pas oeuvrer plus longtemps que cinq épisodes, parce qu'il a tout bien en mains, et que, visuellement, ça change très agréablement du tout-venant.

Hawkeye : Freefall, ce mois-ci, résume en vérité le piège des mini-séries : leur format autorise une certaine radicalité, mais au risque de certains excès. Avec un seul épisode à venir pour tout conclure, ce sera difficile pour Matthew Rosenberg de renouer avec l'excellence du début, mais il pourra compter, comme le lecteur, sur Otto Schmidt pour emballer ça avec allure.

dimanche 23 février 2020

HAWKEYE : FREEFALL #3, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Alors qu'elle arrive à mi-parcours, la mini-série écrite par Matthew Rosenberg et dessinée par Otto Schmidt garde le cap et ne lève pas le pied. Mieux : elle réussit à mixer humour et action avec la même qualité depuis le départ. Surtout qu'après le cliffhanger du précédent épisode, on pouvait se demander comment les auteurs rebondiraient. Mais pas à dire : Hawkeye : Freefall a du ressort.


Clint a ramené chez lui Bryce, le hacker de the Hood, pour qu'il l'aide à coincer ce dernier. Il lui explique au passage comment, grâce à un gadget temporel volé à Kang, il a pu se faire passer pour Ronin sans qu'on le soupçonne - même si le véritable imposteur court toujours.


Linda Carter débarque sur ces entrefaites et devine, en découvrant Bryce, que Clint s'est engagé dans une nouvelle aventure foireuse. Lassée, elle claque la porte. Pendant ce temps, the Hood est à la recherche de Bryce.


Cette même nuit, Hawkeye part en patrouille pour continuer à leurrer ses proches et tombe sur Black Widow. Celle-ci regrette presque qu'il ne soit pas redevenu Ronin car la virilité qu'il affichait sous le masque l'excitait.


Justement, sous le masque de Ronin, Clint s'introduit dans une base du SHIELD et y dérobe un LMD - une réplique robotique de lui-même - qui va lui permettre de continuer à mener ses deux existences de front (puisque le gadget de Kang est cassé). Linda Carter le découvre et re-claque la porte, excédée.


Grâce aux infos de Bryce, Clint/Ronin inspecte une planque de la Maggia. The Hood y a exterminé tous les malfrats pour remonter la piste de Ronin. Clint est terrifié par cette sauvagerie, mais doit rendre des comptes à un autre héros présent sur place : Daredevil.

C'est vraiment dommage que Marvel n'ait rien prévu pour donner une suite à cette mini-série (en la transformant en ongoing par exemple) car le matériel a un excellent potentiel - peut-être le meilleur depuis le run de Fraction-Aja avec le personnage de Hawkeye. C'était déjà le cas avec la mini consacrée au Winter Soldier, il y a quelques mois (par Higgins et Reis).

On peut comprendre la prudence de l'éditeur dans un marché saturé. Mais cette situation est provoquée par Marvel lui-même qui inonde ledit marché avec des dizaines de publications mensuelles chaque mois (voir la rapidité avec laquelle, suite au succès de "Dawn of X", de nouvelles séries mutantes sont désormais programmées).

En même temps, j'aurai mauvaise grâce à dénoncer le principe de la mini-série car je l'apprécie. C'est un format qui exige des auteurs une concision plus très fréquente et permet d'extraire la substantifique moëlle d'une histoire qui perdrait en intensité si elle était excessivement prolongée. C'est un exercice de style qui ne force en outre pas la main au lecteur s'il veut investir de l'argent sans se ruiner sur des mois.

Et Hawkeye : Freefall, en dehors de ses mochissimes couvertures signées par Kim Jacinto (de vrais repoussoirs), est un vrai régal, renouvelé de numéro en numéro. Matthew Rosenberg avait conclu le précédent épisode sur un étonnant cliffhanger mais il rebondit dessus avec une belle adresse (Clint explique comment il a pu être là Ronin tout en étant ailleurs, au même moment, Hawkeye). Et surtout le faux Ronin est toujours dans la nature.

Cela conduit le récit à la démonstration d'exactions de plus en spectaculaires et violentes de the Hood, et à cet égard, l'avant-dernière page est vraiment glaçante. Mais avant cela, l'humour domine, notamment grâce à un running gag désopilant, tout droit issu d'une screwball comedy, d'un vaudeville.

Les multiples crises de nerfs de Linda Carter face aux manoeuvres maladroites de Clint déclenchent le rire de manière imparable, surtout quand elle découvre le LMD (Life Model Decoy). Un autre grand moment a lieu lors du dialogue entre Clint et Black Widow : tout en se battant avec des ninjas dans Central Park, les deux anciens amants devisent sur Ronin pour aboutir au constat que Natasha Romanoff est presque déçue que Barton n'ait pas à nouveau assumé cet alias car elle le trouvait plus sexy. Ces guests sont de vraies pépites depuis le début, donnant lieu à des échanges savoureux et des situations parfaitement absurdes.

Pour les mettre en image, on ne peut rêver mieux qu'Otto Schmidt dont le trait léger et expressif fait des merveilles encore une fois. Il tire l'histoire vers la comédie loufoque sans forcer en soignant ses compositions, toujours à bonne distance du gag ou du quiproquo.

Mais l'artiste se montre aussi très à son aise dans l'action qu'il rend très dynamique, sans sacrifier les personnages. Car Hawkeye : Freefall, malgré une intrigue solide et palpitante, est avant tout character-driven, et Schmidt l'a bien compris. Son traitement de la couleur souligne cela en privilégiant toujours des nuances claires pour les scènes d'intérieur (où tout doit toujours être immédiatement lisible et efficace). Quand le soir tombe, il veille à demeurer limpide mais soigne les ambiances (encore une fois, l'avant-dernière page est terrible).

Même si ça signifie que la fin approche, on attend avec impatience la suite.

samedi 1 février 2020

HAWKEYE : FREEFALL #2, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Si ce n'était ses couvertures hideuses (signées Kim Jacinto), cette mini-série serait un sans-faute. Car ce deuxième chapitre de Hawkeye : Freefall réussit l'exploit d'être encore meilleur que le précédent : plus drôle, plus énergique, avec une chute irrésistible. Matthew Rosenberg se lâche complètement pour notre plus grand plaisir tandis qu'Otto Schmidt met tout ça en images de manière hilarante.


Pour épater sa nouvelle copine, Linda Carter l'infirmière de nuit, Clint Barton la traîne à une soirée caritative. Mais il lui a caché qu'il en était le principal donner tandis qu'elle est draguée par Tony Stark et qu'elle fait la connaissance de Peter Parker, venu photographier l'événement.


Ce dernier doit s'absenter quand il est prévenu d'une attaque en ville. Spider-Man surprend Ronin qui vient de braquer une planque de the Hood. Contre toute attente, le tisseur se fait surprendre par son vis-à-vis qui lui échappe avec son butin.


Le lendemain, alors qu'il déjeunait dehors, Clint Barton surprend un cambriolage par un vilain de bas étage. Luke Cage l'aide à le maîtriser tout en l'interrogeant sur Ronin. Clint nie à nouveau avoir repris cet alias.


Les actions de ce mystérieux Ronin nuisent au business de the Hood qui capture un de ses rivaux pour l'interroger sur l'identité du personnage. Pendant ce temps, Clint confie une grosse somme d'argent à un directeur d'hôpital et au dirigeant d'un laboratoire pharmaceutique pour ouvrir un centre de désintoxication gratuit.


Le soir venu, Ronin surgit dans une nouvelle planque de the Hood. Il neutralise facilement les gardes et menace Bryce, un informaticien, pour accéder au coffre. Mais Bryce affirme avoir découvert son identité en comparant des vidéos de surveillance. Ronin se démasque : c'est Clint !

Croyez-moi si je vous dis que Hawkeye : Freefall est le comic-book Marvel le plus drôle que vous lirez cette année. Si cela ne vous convainc pas de donner sa chance à cette mini-série (qui pourrait très bien devenir une ongoing si les pontes de Marvel étaient inspirés), alors tant pis pour vous, vous passez vraiment à côté d'une pépite.

Le plaisir de la lecture est renforcé par le fait qu'on n'en attendait pas tant de la part de Matthew Rosenberg et que Marvel a lancé le projet sans faire d'efforts promotionnels. C'est dommage car Clint Barton est devenu, depuis le run de Fraction/Aja, un personnage auquel nombre de lecteurs se sont attachés, appréciant qu'il en était fait un sympathique loser plus qu'un Avenger courant après les succès spectaculaires de ses collègues.

D'ailleurs, l'épisode joue là-dessus dans une scène d'ouverture tordante où les bons mots fusent et appuient sur le décalage entre Barton et la situation qu'il affronte (pour impressionner sa nouvelle copine, il dame le pion à Tony Stark lors d'une soirée caritative, sans oublier de se ridiculiser en croyant qu'on va lui remettre une récompense).

Le dessin d'Otto Schmidt est délectable car, avec son trait vif, très expressif, l'artiste fuit tout réalisme pour mieux souligner les mimiques cabotines et grotesques du héros dont sont témoins des guests (comme Stark Linda Carter, May et Peter Parker, puis Luke Cage). L'aspect volontiers cartoon du dessin de Schmidt produit un effet imparable en complément du script enlevé de Rosenberg.

Quand on atteint ce niveau de complicité entre un auteur et un artiste, le récit ne peut qu'en profiter. Mais attention, derrière les vannes et les clins d'oeil, le produit est joliment emballé comme en témoigne le découpage rigoureux, composé pour valoriser les effets comiques ou l'action.

Ainsi Rosenberg et Schmidt n'hésitent-ils pas à en passer par des pages en "gaufrier" pour des dialogues avant de dynamiter ces moments par des pleines pages explosives ou une succession de bandes horizontales ne montrant que les conséquences d'un tir nourri (par le mal-nommé Human Bomb) contre Hawkeye et Luke Cage.

Hawkeye : Freefall joue sur deux tableaux : un décalage quasi-parodique quand on est en présence de Clint, puis des scènes plus directes quand the Hood et Ronin sont au premier plan. Le premier tue ainsi d'une balle en pleine tête un rival dont le témoignage ne sert à rien. Le second blesse au sabre des dealers à la manière dont le ferait un Punisher.

C'est un procédé habile car d'une part il définit bien qui sont les méchants des gentils, et ensuite parce qu'il permet aux deux aspects de l'histoire de cohabiter sans se marcher dessus - on rigole avec Clint, on est glacé par Ronin et the Hood.

Lorsque intervient la surprise finale, le lecteur est dérouté. Bien entendu, Clint n'est pas le Ronin qui commet des exactions contre des gangsters affiliés à the Hood, tout cela est un stratagème pour confondre le vrai coupable. Mais le plan de Barton est tordu à souhait, sauf pour un regard aiguisé (comme celui de l'informaticien Bryce).

C'est la promesse de nouvelles péripéties très prometteuses, tant que Rosenberg conservera cet équilibre entre humour et action. Grâce à Schmidt, il ne devrait pas déraper.

dimanche 5 janvier 2020

HAWKEYE : FREEFALL #1, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Hawkeye est de retour pour une mini-série (qui, sait-on jamais, en cas de succès, ouvrira la porte à une ongoing). Il ne faut pas vous fier à a couverture (horrible) de Kim Jacinto, l'intérieur par Otto Schmidt (récent transfuge de DC) est bien meilleur. L'autre excellente surprise vient de l'écriture de Matthew Rosenberg, bien plus inspiré ici qu'avec Uncanny X-Men.


Hawkeye infiltre une bande d'hommes car the Hood cherche de la main d'oeuvre pour ses nouveaux projets criminels. Il réussit à le faire arrêter avec le concours d'une brigade de police. Ses comparses sont jugés à la chaîne en comparution immédiate.
  

Mais Clint Barton apprend que le maire (Wilson Fisk) a interféré pour que Parker Robbins (the Hood) échappe au juge. Il le rattrape dans sa limousine et le gangster s'amuse de la ténacité de Hawkeye dans un combat perdu d'avance pour lui, faute de soutien haut placé.


La même nuit, un individu vêtu du costume de Ronin attaque d'anciens agents du SHIELD et leur dérobe une mallette. Au matin, alors qu'il prend son petit-déjeuner, Clint est abordé par le Faucon et le Soldat de L'Hiver qui désirent connaître son emploi du temps de la nuit.


Parce qu'il a été un temps sous le masque de Ronin, Clint est suspect mais il nie toute implication dans l'attaque. Pour le prouver, il entraîne le Faucon et le Soldat de l'Hiver dans une de ses missions au cours de laquelle il compte sur eux pour confondre the Hood.


Mais Ronin surgit et agit violemment contre les sbires du malfrat. Les trois héros s'interposent mais leur intervention désordonnée tourne à l'avantage de leur adversaire qui leur flanque une correction avant de s'éclipser. Clint est blanchi mais l'histoire ne fait que débuter...

Depuis le run de Matt Fraction et David Aja, Hawkeye est devenu plus que l'archer occasionnel des Avengers, c'est désormais un héros qui bénéficie d'une côte d'amour à part dans le coeur des fans. Malheureusement, personne depuis n'a été en mesure de reproduire l'exploit de Fraction et Aja en lui consacrant une série durable. Le personnage est retombé dans une sorte de purgatoire, attendant qu'on l'exploite à nouveau à sa juste mesure.

C'est le pari que tente Matthew Rosenberg, un fan de l'archer, qui, lui aussi, tente de se refaire une santé. En effet, avant la révolution House of X-Powers of X, il a été le scénariste de la série Uncanny X-Men, dans laquelle il a fait tout et n'importe quoi, tuant des personnages à tour de bras (depuis ramenés à la vie par Hickman) et rédigeant une saga impossible - et d'ailleurs effacée des tablettes.

Marvel, prudent, ne lui a accordé qu'une mini-série en cinq parties pour animer Hawkeye. Vu le résultat et les bonnes critiques mais aussi des ventes encourageantes (un deuxième tirage est annoncé), on peut rêver que l'aventure se prolonge même si l'éditeur multiplie les minis sans lendemain.

Rosenberg ne perd pas de temps pour lancer son intrigue, convoquant the Hood et surtout un nouveau Ronin, qui entache la réputation de Clint Barton, qui revêtit un temps l'habit de ce justicier (après Echo et avant Blade). C'est donc un whodunnit ?, mais mené à toute allure, avec beaucoup de dérision.

Et c'est bien cela qui emporte l'adhésion du lecteur. Rosenberg a compris que la meilleure façon d'écrire Hawkeye, c'était de le faire sans être trop sérieux, en revenant à la source du run de Fraction, avec un Clint Barton un peu loser mais irrésistiblement sympa. C'est particulièrement savoureux, surtout quand Clint est au lit avec Linda Carter, l'Infirmière de Nuit (sa nouvelle copine), à qui il vient de promettre des galipettes mais qui, obsédé par l'impunité de the Hood, ruine tout en décidant de se confier.

Drôle aussi l'échange entre le Faucon, le Soldat de l'Hiver et Barton avec le rappel aux autres Ronin. On oublie presque au passage que les deux personnages qui interrogent Clint ne sont pas un choix de Rosenberg mais une contrainte imposée par Marvel qui prépare la sortie d'une autre mini-série intitulée The Falcon and the Winter Soldier. Et tout ça avant des séries télé sur Disney + sur Hawkeye et les deux larrons (respectivement en 2021 et 2020). Synergie médiatique, quand tu nous tiens...

Pour dessiner cela, Otto Schmidt est un autre bon choix. L'artiste s'est illustré chez DC en participant activement au Green Arrow écrit par Benjamin Percy et le retrouver avec l'archer de Marvel est amusant. Mais plus que ça, c'est le style de Schmidt qui fait la différence.

En effet, dans la pléthorique collection de séries Marvel, il y a peu de place pour le dessin non réaliste et même hyper réaliste. On assiste à une sorte d'uniformisation graphique assez lassante où tout se ressemble visuellement. Les plus doués sortent leur épingle du jeu, mais en définitive on reste dans un registre unique.

Schmidt, lui, dessine, s'encre et colorise avec des références qui se détachent du tout-venant. Ses images ont la fraîcheur de l'esquisse, ses personnages flirtent avec le cartoon, l'expressivité est maximale jusqu'à flirter avec la caricature. L'artiste ne se prive d'ailleurs pas de souligner les effets narratifs de Rosenberg, comme quand Clint adresse un clin d'oeil au lecteur en même temps qu'en voix off il nous confirme que c'est bien lui, là, parmi les hommes de main de the Hood.

Cette vivacité dans le trait pourra sans doute paraître bâclée à certains. Mais quelle pêche ! Quel sens du mouvement ! Et quelle jolie malice dans le découpage quand l'artiste aligne trois cases noires avec des onomatopées suggestives alors que la voix off de Clint raconte le contraire (il est en pleine séance de câlins avec la Night Nurse mais n'arrête pas de penser à the Hood).

C'est un démarrage canon, qui laisse augurer du meilleur. Et ça fait tout simplement du bien de retrouver Hawkeye entre de si bonnes mains.