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samedi 22 juillet 2023

HARLEY QUINN : BLACK + WHITE + REDDER #1, de Chip Zdarsky et Kevin Maguire, Leah Williams et Natacha Bustos, Paul Scheer & Nick Giovannetti et Tom Reilly

 

Si je n'avais pas consacré de critiques à Harley Quinn : Black + White + Red, je vais me rattraper avec Harley Quinn : Black + White + Redder qui a débuté sa publication cette semaine. Il s'agit comme son titre l'indique d'histoires courtes dessinées uniquement en noir, blanc et rouge, réalisées par des équipes artistiques différentes, à raison de trois par numéro. Et DC a convoqué du beau monde, à commencer par une très chouette couverture de Bruno Redondo.



- THE MAN OF STEAL (Ecrit par Chip Zdarsky, dessiné par Kevin Maguire) -  Harley Quinn entraîne Poison Ivy jusqu'à la Forteresse de Solitude en l'absence de Superman, avec le projet de la cambrioler. Mais une fois dans la place, bien des surprises les attendent...


A elle seule, cette short story justifie l'achat de ce numéro puisque c'est rien moins que le génial et trop rare Kevin Maguire qui la dessine (actuellement, l'artiste finaliserait un creator-owned. A suivre.). Et son trait toujours aussi expressif ne peut que faire des merveilles avec un personnage aussi excentrique que Harley Quinn. Pour les fans de Maguire, c'est un régal, d'autant que Chip Zdarsky lui a écrit un script aux petits oignons. 

Le pitch est mince mais très drôle et cette visite de la Forteresse de Solitude réserve bien des surprises pour Harley et Ivy, notamment un robot majordome qui a l'apparence de Batman... le Dark Knight n'est pas invité aux parties de poker que la Justice League dispute dans l'antre du Man of Steel d'ailleurs ! On rit de bon coeur et le format court convient idéalement car Harley Quinn peut devenir très vite usante sur des épisodes entiers.


- PUSH THROUGH THE PAIN (Ecrit par Leah Williams, dessiné par Natacha Bustos) - D'où Harley Quinn tient-elle ses talents d'acrobate ? Réponse dans son adolescence passé dans le cours de gymnastique de la très sévère Mme Mardock...


Leah Williams est une scénariste que j'apprécie beaucoup et elle se penche ici sur une sorte d'origin story instructive car, à ma connaissance, peu visitée. En effet, Harley Quinn n'est pas qu'une anti-héroïne foldingue, c'est aussi depuis sa création (par Paul Dini et Bruce Timm) une acrobate redoutable. On trouve ici l'explication à ce talent dans un récit à la fois cruel pour elle et aussi pour son enseignante.

Natacha Bustos (qu'on retrouvera à la rentrée pour la série Fire & Ice) prouve une fois encore que Marvel a eu bien tort de la laisser filer (après l'avoir pourtant promue comme "stormbreaker). Son trait souple et ses découpages inventifs épousent à la perfection le récit et le caractère bondissant de Harley. Superbe.


- GET GAGGY (Ecrit par Paul Scheer et Nick Giovannetti, dessiné par Tom Reilly) - Interrogée par Harley Bullock au poste de police après un braquage au musée de Gotham, Harley raconte n'importe quoi pour mieux couvrir une vieille amie...


Tom Reilly, qui avait brillé sur la mini-série Ant-Man de Al Ewing, passe chez DC pour se faire remarquer avec ce troisième segment. Ecrit par par l'acteur Paul Scheer avec Nick Giovannetti, le scénario nous embarque dans une histoire de braquage farfelu commis par des bras cassés qui veulent tous prouver qu'ils peuvent devenir des cadors.

La personnalité de victime de Harley est habilement exploitée pour mieux aboutir à un twist final où le lecteur découvre qu'elle a davantage manipulé son monde qu'elle n'a été manipulée. Reilly s'empare de cet argument pour produire des planches très dynamiques où l'exubérance de Harley est bien soulignée mais aussi bien dosée. De la belle ouvrage. Avec en bonus Catwoman !

Le format anthologique est impeccable pour ce genre de projet et de personnage : je ne lirai pas Harley Quinn autrement, mais en plus avec des équipes artistiques d'aussi bon niveau, c'est exquis. Et le prochain numéro restera de haute voléé (avec entre autres Annie Wu et Kelly Thompson).

mercredi 31 mai 2023

POWER GIRL SPECIAL #1, de Leah Williams et Marguerite Sauvage, Joanne Starer et Natacha Bustos


Si vous avez lu les back-up stories dans Action Comics #1051-1053, alors vous avez pu apprécier Power Girl Reborn écrit par Leah Williams et dessiné par Marguerite Sauvage. Visiblement, cela a convaincu DC de produire ce one-shot d'une cinquantaine de pages avant de donner une série régulière à Karen Starr. En prime, on a un aperçu de l'autre future série Fire & Ice par Joanne Starer et Natacha Bustos, qui paraîtra cet automne.


Omen et Power Girl ont découvert que le responsable des troubles de leurs patients n'était autre que Johnny Sorrow. Mais celui-ci, avec quatre complices du Royaume Subtil, a lancé une attaque de grande ampleur et les deux femmes sont seules à se dresser contre lui.


Power Girl est l'objet de l'attention de Johnny Sorrow qui veut la convaincre de rallier la Terre-2 d'où ils viennent pour la refonder et la diriger. Et pour vaincre cet ennemi qu'elle repousse, Power Girl devra, contrairement à lui, accepter de tourner la page de ce passé et s'ouvrir aux autres comme jamais...


Même si j'ai laissé tomber la lecture d'Action Comics, j'avais pris rendez-vous pour ce Power Girl Special qui fait suite à Power Girl Reborn, que j'avais beaucoup aimé. Leah Williams, à qui on doit l'excellent X-Terminators (chez Marvel), a su s'approprier le personnage de Starr comme peu d'autres auteurs avant elle (hormis le duo Jimmy Palmiotti et Justin Gray, dans un run illustré par Amanda Conner, sur un registre entre comédie loufoque et action).

La scénariste a pour cela tiré profit de l'event Lazarus Planet dans lequel Power Girl, affectée par la tempête magique déclenché par le Diable Nezha, a communié avec la magicienne Omen (ex-membre de Titans). Power Girl Reborn montrait les deux amies ouvrir une sorte de cabinet de psychothérapie pour soigner les maux de super-héros. A la fin du dernier numéro, on comprenait qu'un méchant unique se cachait derrière les troubles des patients et qu'il s'agissait de Johnny Sorrow, un des adversaires de la JSA.

Ce one-shot est découpé en deux parties, dont la plus importante compte une quarantaine de pages qui conclut cette intrigue. On y découvre les motivations de Johnny Sorrow et comment Power Girl va tenter d'en venir à bout. Leah Williams se montre encore une fois inventive pour justifier les agressions du vilain et pourquoi il cible particulièrement Power Girl. Elle traite d'une relation toxique via le prisme super-héroïque en convoquant des figures du tarot, mais aussi des thèmes comme la séparation, le deuil, la famille. Tout ça est formidablement écrit, avec nuance et efficacité, loin de tout cliché, sans manichéisme.

A la fin de ce Special, les cartes sont rebattues pour Power Girl, son association avec Omen, ses liens avec la Super-famille, ses origines. Sur ce point Williams souligne le déracinement de Karen Starr qui vient de Terre-2 et qui dans sa dimension était l'équivalent de Supergirl, avec un rapport spécial avec le Superman de la JSA. Et on comprend pourquoi elle n'a jamais réussi à s'intégrer à la Super-famille sur la base de malentendus jamais formulés et purgés.

De même Johnny Sorrow devient un adversaire particulièrement singulier qui répète un schéma pervers (il avait déjà tenté de contraindre Stargirl par le passé), coincé dans une sorte de boucle narcissique (ancien acteur du muet que l'arrivée du cinéma parlant a ruiné, il veut renouer avec une existence fantasmée). Et tout le contraste repose sur la résilience dont fait preuve Power Girl, sa capacité à surmonter ses propres traumas exploités par Sorrow, ses regrets enfin  digérés.

Le script bénéficie en outre de la mise en images toujours aussi somptueuse de Marguerite Sauvage. Celle-ci assume dessin, ecnrage, et colorisation dans un découpage qui s'affranchit volontiers des cadres bien sages en vigueur dans les comics. Souvent l'artiste favorise l'esthétisme à la fluidité, l'illustration à la narration graphique, créant par ses images une sorte de couche supplémentaire au propos du scénario.

Cela commence dès la première page avec une fausse publicité pour un parfum créé par Johnny Sorrow qui serait capable d'envoûter Power Girl. Plus loin, il suffit d'une page à Sauvage pour résumer à la fois les origines de Power Girl (avec des vignettes occupant toute la largeur de la bande et qui reprennent les motifs de tous les survivants de Krypton) mais aussi pointer du doigt ce qui a distingué l'héroïne. Un admirable raccourci.

Les personnages sont expressifs sans exagération et chaque image correspond à une idée, chaque planche permet de faire progresser visuellement le récit. Et c'est en plus très beau. Quel dommage alors que la future série Power Girl (qui conservera la même scénariste) se passe de Marguerite Sauvage au profit d'Eduardo Pansica (un dessinateur solide mais inégal, et surtout infiniment moins élégant). Pourquoi ?!
 

- FIRE & ICE (Joanne Starer/Natacha Bustos) - Baltimore est sous la menace d'un raz-de-marée mais Fire et Ice interviennent pour sauver des civils. Pourtant, de peur d'être dépassée, Ice contacte Guy Gardner. Lorsqu'il arrive en renfort, la situation se règle, sauf pour Fire qui s'emporte contre le Green Lantern toujours aussi toxique envers Ice...


Cet automne, DC lancera une série (limitée ?) avec Fire et Ice en vedette. Et il est impossible de ne pas voir dans cette initiative la conséquence du regain de popularité de Ice suite à The Human Target de Tom King et Greg Smallwood (même si, comme la majorité des mini-séries publiées sous le DC Black Label, il s'agissait d'un "elseworld").

Joanne Starer (une auteur jusque-là ayant oeuvré dans des projets indés) introduit donc le duo d'héroïnes dans un schéma fidèle à celui de Justice League International et The Human Target : Ice est une jeune femme surpuissante mais timorée tandis que Fire a une personnalité enflammée comme son pouvoir. Entre elles deux, il y a Guy Gardner, qui fut longtemps le petit ami de Ice, mais qui est un parfait abruti possessif et vaniteux. Si Fire n'était pas attirée par les hommes, on pourrait facilement penser qu'elle est amoureuse de Ice - et, comble de l'ironie, aussi jalouse que Guy Gardner.

A la fin de ce petit épisode, Superman propose une solution pour que les deux filles fassent un break en les envoyant à Smallville. Bien entendu, à n'en pas douter, les ennuis vont les suivre. La dizaine de planches dessinée avec une fraîcheur jubilatoire par Natacha Bustos (qui, il n'y a pas si longtemps, était pourtant promue "stormbreaker" par Marvel sans que l'éditeur lui confie la moindre série) donnent très envie de donner sa chance à ce titre en devenir (dans lequel il y a fort à parier que d'autres membres de la JLI feront un tour).

La rentrée sera l'occasion de vérifier l'attrait de ces deux séries, même si, donc, je regrette que Marguerite Sauvage soit remplacée sur Power Girl, et que j'ai été très agréablement accroché par Fire & Ice dont je n'attendais vraiment rien.

vendredi 31 mars 2023

ACTION COMICS #1053, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


Ce mois-ci, Action Comics se déleste de sa première back-up story puisque c'est le dernier volet de Power Girl Reborn (qui reviendra dans un n° spécial) par Leah Williams et Marguerite Sauvage et qui sera remplacé le mois prochain par Steel Engineer of Tomorrow. La série-titre continue son intrigue sur un rythme toujours soutenu, tandis qu'on se régale surtout avec Lois & Clark 2 grâce au dessin de Lee Weeks.



- ACTION COMICS (Philip Kennedy Johnson/Rafa Sandoval) - John Henry Irons est attaqué par les nécro-drones de Metallo au siège de SteelWorks, mais l'un d'eux est capturé vivant après avoir blessé Supergirl. Metallo comprend, lui, que ce n'est pas sa soeur Tracy qui communique avec lui. Et Jon Kent doit composer avec Otho et Osul alors qu'une manif de Blue Earth a lieu...
 

On n'a pas le temps de s'ennuyer avec l'intrigue concoctée par Philip Kennedy Johnson, construite sur des scènes courtes et rapides, qui multiplient le problèmes pour Superman et sa super-famille, entre les assauts de Mentallo et ceux du mouvement Blue Earth. 

Toutefois, ce morcellement de l'histoire finit par devenir de plus en plus frustrant - est-ce parce que ce découpage rompt avec la tradition des épisodes de 20 pages/mois ? Sans doute. Mais aussi parce qu'on a l'impression d'assister un peu à une sorte de zapping où les personnages n'ont pas le temps d'être creusés, où les événements sont survolés. A surveiller.

En revanche, rien à redire concernant la partie graphique où Rafa Sandoval et son coloriste Matt Herms accomplissent un excellent boulot, très énergique, avec des scènes d'action très percutantes. Mais aussi des moments qui reposent davantage sur les ambiances (entre Metallo et "Tracy"), très intenses. 

C'est solide mais un chouia trop fragmenté.


- LOIS & CLARK 2 (Dan Jurgens/Lee Weeks) - Superman parti secourir Jon, revient en catastrophe à la ferme où Lois est surprise par Lloyd Crayton/Doombreaker. Jon, lui, a disparu avec la princesse Glyanna, reconduite sur P'luhnn par le robot lancé à ses trousses...

On ne va pas se le cacher : même si Lois & Clark 2 n'est pas désagréable à lire, c'est d'abord pour les dessins, somptueux, de Lee Weeks, superbement mis en couleurs par la géniale Elizabeth Breitweiser, qu'on lit ce titre. Encore une fois, la maîtrise de l'artiste pour la narration transcende un script très banal de Dan Jurgens.

L'idée même de revenir sur le séjour des Kent avec leur fils à la ferme (comme au tout début de l'ère Rebirth) donne le sentiment d'une histoire gadget, juste là pour nous rappeler l'adorable gamin que fut Jon Kent (avant que Bendis ne le fasse précocemment vieillir). Jurgens ajoute donc une historiette à cette période, en faisant référence à Doombreaker (créé à l'occasion des 30 de la parution de La Mort de Superman, écrite par... Jurgens - on n'est jamais mieux servi que par soi-même).

J'aurai préféré un exercice moins nostalgique et sentimental - surtout pour Weeks, dont je rêve que Tom King lui écrive une mini-série pour le DC Black Label.


- POWER GIRL REBORN (Leah Williams/Marguerite Sauvage) - Après avoir tenté de traiter Beast Boy et Supergirl, Omen a l'idée de faire appel à Jon Kent pour qu'elle et Power Girl sondent son cerveau. Elles vont y découvrir qui mène ses attaques contre leurs patients...

En revanche, j'aurai bien aimé que se poursuive Power Girl Reborn, modèle de back-up story fondée sur des personnages redéfinis de manière intelligente et une intrigue accrocheuse. Leah Williams a réussi en trois petits épisodes à me captiver avec le duo Omen-Power Girl reconvertis en thérapeutes pour super-héros. L'identité du méchant qui s'attaque à leurs patients pour atteindre PG fait son petit effet et renvoie aux meilleures aventures de la JSA.

Qui plus est, c'est toujours un plaisir de lire les planches merveilleusement belles de Marguerite Sauvage, qui représente les plongées dans l'esprit avec une imagination visuelle débridée et d'une élégance folle. Sauvage mérite vraiment plus de crédit, mais, je ne sais si c'est son choix de ne pas se fixer sur une ongoing ou un manque de confiance des editors qui la sollicitent, elle ne reste jamais suffisamment longtemps pour qu'on profite durablement de son talent.

Cette histoire se poursuivra dans un n° spécial Power Girl, par la même équipe créative, de 50 pages, à paraître fin Mai. Je serai au rendez-vous - en espérant que DC, Williams et Sauvage n'en resteront pas là.

dimanche 12 mars 2023

BARBARELLA/DEJAH THORIS, de Leah Williams et German Garcia


Ce dimanche, je vais vous parler d'une mini-série curieuse, typique de l'éditeur qui l'a publiée, Dynamite. Cette maison exploite des franchises aussi diverses que Red Sonja, Vampirella, Dejah Thoris ou, et c'est le plus étonnant, Barbarella. Leah Williams, la scénariste de X-Terminators, a ainsi imaginé, en 2019, la rencontre improbable entre l'héroïne de Jean-Claude Forest, et celle de Edgar Rice Burroughs, superbement mise en images par German Garcia.


L'extravagant Dr. Gitu est retrouvé mort dans son laboratoire par Barbarella, l'exploratrice du futur, dont il avait fait la connaissance sur un forum en ligne. Elle trouve sur place sa dernière invention, un miroir à la surface scintillante et fluide, et passe à travers. Sur Mars, dans un passé reculé, la princesse Dejah Thoris trouve le même objet et fait le même chemin que Barbarella.


Réunies, les deux femmes découvrent un monde en guerre entre une faune sous-marine et une armée spatiale qui veut épuiser les ressources de cette planète. Pour sauver les indigènes, elles atteignent un autre portail spatio-temporel qui leur permet de rencontrer le Dr. Gitu. Lequel a une solution radicale au conflit et une bonne raison pour avoir provoqué la rencontre entre Dejah et Barbarella...


C'est peu de dire que tous les comics produits par Dynamite sont de qualité égale à ce crossover entre Barbarella et Dejah Thoris. D'habitude cet éditeur mise tout sur des couvertures de floppies signées par des artistes aussi talentueux que Alex Ross ou Jae Lee, mais les pages intérieures sont rarement à la hauteur.


Pourtant, Dynamite possède un joli catalogue de propriétés et surtout n'hésite jamais à éditer des rencontres entre des personnages qui n'ont rien en commun. Vampirella partage des aventures avec Red Sonja ou des super-héros du golden age tombés dans le domaine public, parmi tant d'autres exemples.

Mais là, c'est différent parce que les noms de Leah Williams (scénario) et German Garcia (dessin) parleront aux amateurs de comics, la première ayant récemment écrit X-Terminators (dessiné par Carlos Gomez, pour Marvel), le second illustrant actuellement la série Briar (de Christopher Cantwell, chez Boom ! Studios). 

Barbarella, je ne sais comment, est désormais exploitée par Dynamite et ça fait quand même tout drôe de voir l'héroïne emblématique de la révolution sexuelle, créée en 1962 par le génial Jean-Claude Forest, être la propriété des américains. Sans doute les ayant-droits de Forest ont-ils reçu un généreux chèque pour léguer le belle aventurière, immortalisée par Jane Fonda au cinéma dans le film de Roger Vadim en 1968.

Dejah Thoris est le fruit de l'imagination prolifique d'Edgar Rice Burroughs qui l'a inventé en 1917 dans ses romans martiens, la princesse devenant la partenaire de John Carter. Leah Williams trouve un moyen astucieux de réunir Barbarella et Dejah pour les plonger dans une aventure mouvementée au coeur de laquelle se joue le destin de Mars.

Mais surtout on louera le talent de Williams qui sait respecter les voix de ses deux personnages. Barbarella reste cette exploratrice très intelligente autant que belle, à la langue bien pendue, et qui sait aussi écouter ses désirs. Toutefois l'histoire ne permet pas - à moins que ce ne soit de l'auto-censure de la part de la scénariste - de mettre en scène le tempérament sensuel de l'aventurière du futur (en dehors d'un très bref moment où elle a envie d'embrasser Dejah Thoris... Mais à la fin c'est cette dernière qui gratifera d'un baiser sa partenaire).

Dejah est elle aussi bien animée, Williams soulignant son allure de majesté, son caractère de guerrière, mais aussi sa désorientation quand elle voit dans quel environnement elle doit évoluer, passant d'une Mars asséchée à une planète submergée. Le duo que forment les deux femmes fournit son lot de scènes drôles, Barbarella qui affronte chaque situation avec sang-froid et trouve une solution rapide à tous les obstacles qui se dresse devant elle, tandis que Dejah est davantage dans l'action, la sensibilité, l'instinct, l'immédiateté. Ce sont un peu la tête et les jambes avec ces deux-là.

German Garcia nous enchante avec ses planches et on les savoure d'autant plus que l'artiste revenait alors d'un très long congé, alors que dans les années 90 il était un dessinateur promis à une carrière brillante. Depuis son style a beaucoup changé, en bien : il n'a plus rien à voir avec celui qu'on trouvait dans les pages de Superman ou X-Men.

Le trait s'est considérablement épuré et a gagné en élégance. La manière dont il croque les deux héroïnes est symbolique de cette évolution : Barbarella possède un charme sidérant, qu'aurait apprécié Forest, tandis que Dejah Thoris, dans son costume invraisemblable, qui ne laisse que peu de place à l'imagination tant elle est découverte, impose sa silhouette plus athlétique et sa peau de couleur plus mate.

Entre la blonde cérébrale mais épicurienne et la brune royale et peu farouche, on n'a pas le temps de s'ennuyer, d'autant moins que tout se tient en quatre épisodes rondement menés. Il y a une part de plaisir coupable dans ce comic-book tellement curieux, avec son tandem uni de manière opportuniste. Mais le rythme, l'esprit, et la beauté picturale du résultat compensent largement la bizarrerie du projet.

mercredi 1 mars 2023

ACTION COMICS #1052, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


Après un excellent début, la nouvelle formule d'Action Comics avec son collège d'auteurs et d'artistes confirme ses bonnes dispositions. L'ensemble des séries proposées est d'un très bon niveau, se lit tout seul, et s'avère un régal à regarder. Tout juste déplorera-t-on le côté un peu trop morcelé de la totalité...


- ACTION COMICS (Ecrit par Philip Kennedy Johnson, dessiné par Rafa Sandoval.) - Metallo vient de commettre son attentat contre le siège de SteelWorks, blessant au passage Connor Kent. Superman l'envoie dans l'espace. Mais qui détient vraiment la soeur de John Corben ?


Dans sa nouvelle formule, Action Comics accueille donc trois séries et celle qui porte le titre de la revue se taille bien entendu la part du lion. Philip Kennedy Johnson s'est embarqué dans une histoire qui a démarré pied au plancher, avec beaucoup de personnages à gérer. Sans doute trop car on peut déjà constater que la majorité de la Super-family fait de la figuration, s'exprimant peu, ayant peu de place pour agir. Superman, légitimement, occupe le devant de la scène.

Il faudra donc vérifier si le scénariste va rectifier cela sur la longueur, et si ce n'est pas le cas, sans doute le concept retenu risque de devoir être corrigé. Mais il n'empêche que c'est loin d'être désagréable à lire, car toujours mené avec beaucoup de tonus. L'intrigue tisse déjà des liens entre le mouvement Blue Earth (qui s'oppose aux aliens) et Metallo, et disculpe Luthor d'être derrière la détention de Tracy, la soeur de John Corben.

Au dessin, Rafa Sandoval fait un sans-faute. Son découpage est généreux et il est aussi à l'aise dans l'action que dans le dialogue. On distingue bien chaque personnage, et les couleurs de Matt Herms font le reste. C'est un comic-book qui a fière allure.
 

- LOIS & CLARK 2 (Ecrit par Dan Jurgens, dessiné par Lee Weeks.) - Jon Kent assiste à l'atterrissage de la princesse Glyanna de P'luhnn non loin de la ferme des Kent. Peu après surgit un exécuteur envoyé par le père de la princesse chargé de la ramener pour qu'elle soit jugée pour trahison...
 
Sans Lee Weeks et la coloriste Elizabeth Breitweiser, reconnaissons qu'on n'aurait pas de quoi s'émerveiller devant les quelques pages de Lois & Clark. Mais le dessinateur, si rare, nous régale avec son trait si élégant et sa collaboratrice habille chaque plan avec une palette d'une classe confondante.

Dan Jurgens nous sert un récit sympathique, qui n'est pas renversant avec sa princesse traquée. Mais le clifhanger final attise notre curiosité.


- POWER GIRL REBORN (Ecrit par Leah Williams, dessiné par Marguerite Sauvage.) - Omen et Power Girl reçoivent Supergirl qui a un trouble du langage. Le traitement va réveiller les tensions entre les deux Kara mais surtout l'origine de son mal..

J'aime le concept de cette deuxième back-up story et le nouveau cas traité par Omen et Power Girl ce mois-ci est savoureux puisqu'il implique Supergirl. Or, Kara Zor-L (PG) est en quelque sorte une variante de Kara Zor-El (Supergirl), et Leah Williams rappelle avec à-propos que Power Girl n'a jamais été vraiment admise dans la Super-family (puisqu'elle vient d'une Terre parallèle). In fine, on comprend surtout que quelqu'un cherche à s'en prendre à Power Girl via Supergirl et c'est accrocheur.

Marguerite Sauvage (tout comme Sandoval et Weeks) prouve que Action Comics est bien fourni en artistes de qualité puisque ses planches sont merveilleusement belles et entraînantes, avec une mise en couleurs qu'elle effectue elle-même et qui est absolument magique.

BIlan des courses : on aimerait que cette revue compte plus de pages pour que chaque série ait plus d'espace. C'est parfois frustrant, mais c'est aussi bon signe car lorsqu'on en veut plus, c'est que c'est bon. Et de ce point de vue, Action Comics confirme qu'elle est une excellente surprise, impeccablement pensée et éditée.

vendredi 27 janvier 2023

ACTION COMICS #1051, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


On dirait bien que Dawn of DC, le nouveau statu quo mis en place après l'event Dark Crisis (on Inifnite Earths), va d'abord profiter à Superman. Avant le relaunch de la série qui porte son nom (par Joshua Williamson et Jamal Campbell), Philip Kennedy Johnson, qui s'occupe déjà de la série depuis un moment, inagure avec ce n° 1051 une nouvelle formule. Et le résultat est enthousiasmant.


- ACTION COMICS (Ecrit par Philip Kennedy Johnson et dessiné par Rafa Sandoval). - Superman a rassemblé toute sa famille à Metropolis en pensant au futur de la ville. Un mouvement de protestation anti-alien, Blue Earth, fait pourtant part de son mécontentement à ce propos.


Et pour ne rien arranger, Lex Luthor, depuis sa cellule de prison, fait chanter Metallo pour qu'il commette un attentat contre le siège de SteelWorks...

Depuis Mars 2021 et le n° 1029, Philip Kennedy Johnson écrit Action Comics et le scénariste a tout de suite marqué les esprits en s'engageant dans une très longue saga dans l'espace confrontant Superman à Mongul sur le Warworld, et l'intégration à son récit de ce que Grant Morrison avait écrit dans sa mini Superman and the Authority.

Le mois dernier, alors que s'achevait 2022, Action Comics #1050 établissait un nouveau statu quo en restaurant l'identité secrète de Superman (révélée lors du run de Brian Michael Bendis - on voit que DC fait vraiment tout pour effacer ce que ce dernier a pu apporter...). Pour ceux qui n'ont pas suivi : Lex Luthor a kidnappé le magicien Manchester Black (qui avait aidé Superman sur le Warworld) pour effacer le souvenir de l'identité civile de Superman des esprits, mais pour ceux qui voudraient quand même tenter de percer ce secret, le sortilège peut les tuer. En l'apprenant, Superman affronte une énième fois Luthor et l'envoie derrière les barreaux, même si son adversaire lui a expliqué avoir fait ça pour lui rendre service.

Avant de se faire arrêter, Luthor avait offert une nouveau corps à John Corben alias Metallo en échange de ses services futurs. Superman, lui, réunit toute sa Super-famille à Metropolis pour des initiatives plus pro-actives et faire de la cité la vraie ville de demain (the city of tomorrow pour the man of tomorrow donc). Il est désormais entouré de Jon, son fils, Kon-El, Kenan Kong (le Superman chinois), Kara Zor-El (Supergirl), Natasha Irons et son père John (Steel), mais également deux orphelins adoptés sur le Warworld, Osul-Ra et Otho-Ra. Et bien sûr Lois Lane, son épouse.

L'arc qui s'ouvre s'appuie sur les dessins de Rafa Sandoval, et les couleurs de Matt Herms, ce qui explique qu'ils aient tous deux quitté si vite la mini-série Black Adam de Christopher Priest. Le résultat est superbe, confirmant les progrès de Sandoval, en qui DC place sa confiance car dessiner Superman est une vraie promotion. L'artiste régale le lecteur avec un découpage dynamique, une gestion parfaite d'un casting étoffé, et une aisance aussi bien dans les scènes calmes que mouvementées.

Kennedy Johnson accroche le lecteur avec une entame nerveuse et dense où le danger vient de toutes parts (le mouvement Blue Earth, Luthor, Metallo). C'est très engageant et le fait de mettre en scène toute la super-famille est une idée enthousiasmante, qui transforme la série en un team-book qui ne dit pas son nom. Je n'avais pas lu la saga du Warworld (seulement des résumés et critiques, applaudissant l'ambition sans cacher son inégalité). Mais là j'ai envie de voir ce que ça donne dans cette configuration.


- LOIS & CLARK 2 (Ecrit par Dan Jurgens et dessiné par Lee Weeks). - Dans le passé, après le combat de Superman contre Doombreaker, Lois et Clark repartent d'installer dans la ferme des Kent avec leur fils Jon.


Alors que Batman avertit Superman qu'un éclat de Doombreaker a disparu, il s'avère que c'est Jon qui l'a récupéré pour protéger son père...

D'une certaine manière, il s'agit là encore d'un pied-de-nez adressé au travail de Bendis dont une des décisions narratives les plus controversées a été de vieillir Jon Kent, que tant de lecteurs adoraient comme super-son, partenaire de Robin/Damian Wayne dans la série du même nom et le run de Peter J. Tomasi sur Superman.

Dan Jurgens, qui sait qu'il ne peut revenir sur cet état de fait, désormais exploité par d'autres auteurs (Tom Taylor le premier), situe donc la suite de sa mini-série Lois & Clark dans le passé. Il renoue avec Lee Weeks, qui signait déjà les dessins, et  rien que pour ça, on est heureux de lire ce qui suit.

Pour le trentième anniversaire de La Mort de Superman, DC a publié un one-shot dans lequel il confrontait le man of steel au successeur de Doomsday, le Doombreaker. Je n'ai pas lu ce one-shot, mais j'ai quand même compris cet épisode qui y fait référence à travers un éclat perdu par le monstre et dont Batman craint qu'il tombe entre de mauvaises mains - ignorant que c'est Jon qui l'a récupéré en toute discrétion pour protéger son père.

Toutefois, Jurgens et Weeks introduisent un nouvel élément pour nourrir leur intrigue. Visuellement, soutenues par les couleurs splendides d'Elizabeth Breitweiser, les planches de Weeks sont un enchantement et rappellent que cet artiste n'a pas le crédit qu'il mérite (même si désormais il se consacre aussi à l'enseignement de la narration graphique à la Joe Kubert School).

Quant à Jurgens, s'il est un dessinateur que je n'apprécie pas beaucoup, c'est un auteur bien meilleur et qui dispose d'une marge de liberté avec ce type de récit.
 

- POWER GIRL REBORN (Ecrit par Leah Williams et dessiné par Marguerite Sauvage). - Suite aux événements de Lazarus Planet, Power Girl et Omen sont psychiquement liées et décident de travailler ensemble pour aider des héros.


Leur premier patient est Beast Boy que son combat contre Deathstroke a traumatisé... 

Action Comics #1051 permet aussi à Power Girl de revenir sous le feu des projecteurs - et c'est heureux puisqu'elle ne fait visiblement pas partie de l'histoire imaginée par Geoff Johns pour sa nouvelle version de Justice Society of America. La plantureuse blonde a souvent été considérée comme la cinquième roue du carosse kryptonien et c'est dommage.

Leah Williams, dont j'ai adoré X-Terminators (qui s'est achevé cette semaine), est aux commandes de cette histoire annoncée en trois parties (visiblement Action Comics va alterner les back-up stories). Il y est question de Lazarus Planet, l'event en cours piloté par Mark Waid et Gene Luen Yang, mais là encore, pas besoin de suivre ça pour comprendre ce qui se passe ici. Il suffit juste de savoir, comme on nous l'explique, que Power Girl, affectée par la magie déployée, et Omen, une membre des Titans, ont noué un lien psychique inattendu qui leur inspire une collaboration.

Ensemble, elles deviennent donc des espèces de thérapeutes pour super-héros traumatisés, ce qui rappelle l'idée initiale (mais hélas ! mal exploitée par Tom King) de Heroes in Crisis. Omen trouve le problème, envoie Power Girl dans le plan astral pour le résoudre. C'est ingénieux, et très bien écrit, avec un premier cas touchant.

Marguerite Sauvage met cela en image avec son style exubérant et si beau. Pour l'occasion, elle a redesigné les costumes de Power Girl (très élégamment, même si je regrette la cape et le body-suit)) et Omen (super classe). C'est toujours un plaisir de lire les planches de Marguerite Sauvage, ça ne ressemble qu'à elle, et elle embellit tout ce qu'ele illustre.

Ce n° est king-size (une cinquantaine de pages), ce qui signifie que la pagination sera réduite ensuite. Mais le sommaire avec une série principale et deux back-ups, embrassant toute la super-famille, avec des équipes créatives d'excellent niveau, rend la proposition très attractive.

jeudi 26 janvier 2023

X-TERMINATORS #5, de Leah Williams et Carlos Gomez


Le moment tant redouté est arrivé : c'est la fin des aventures des X-Terminators, la mini-série mutante la plus drôle et décomplexée produite depuis la refondation des titres X. Un final que Leah Williams et Carlos Gomez ont réussi, avec toujours autant d'humour, de charme et d'action. A moins que... Ce ne soit pas vraiment la fin ?


Dazzler a obtenu du comte Dracula de se venger de Alex avant de le lui livrer. Elle réunit donc toutes les victimes de ce vampire et le surprend dans le bar où il les séduisait - bar que Dazzler a racheté et que ses complices détruisent. Pendant que Wolverine, Boom-Boom et Jubilé occupent le Collectionneur pour qu'il n'aide pas Alex à s'échapper...


Y a pas à dire, ces quatre filles auront fait souffler un air frais sur la franchise mutante avec leur aventure contre un charmeur vampire allié à Collectionneur. On a ri avec elle, il y a eu des explosions, de la baston, des coups tordus, des surprises, tout pour faire de X-Terminators une vraie curiosité.


Je ne crache pas dans la soupe : depuis House of X/Powers of X, j'ai repris plaisir à lire des récits avec les mutants. Je n'ai pas tout aimé (X-Force par exemple), mais Jonathan Hickman a accompli quelque chose d'unique avec "l'âge de Krakoa", entraînant dans son sillage des scénaristes qui ont joué le jeu et des artistes sur la même longueur d'ondes. Tout n'a pas ét parfait, la pandémie a contrarié les plans de grand architecte, mais le bilan est positif.


Il manquait juste une pointe d'humour. Une série distanciée avec le projet d'ensemble. Quelque chose qui, sans ironiser, ni se moquer, offre de la déconne au lecteur, avec des mutants qui vivent des péripéties loufoques, en marge du conseil de Krakoa.

Je n'attendais pas Leah Williams, dont Trial of Magneto m'était tombé des mains, sur ce terrain, et pourtant la scénariste a osé. Elle a surtout convaincu Jordan White, le rédacteur-en-chef de la gamme X, de donner le feu vert à cette mini-série qui se présentait comme le "Grindhouse" des X-Men, en l'occurrence une sorte d'équivalent des films de Russ Meyer (Faster Pussycat Kill Kill !), avec des filles super-sexy, de la bagarre, des machos et une sacrée dose de second degré.

D'habitude, je suis méfiant avec les mini-séries Marvel que je trouve trop courtes, au propos anecdotique. Comme si l'éditeur ne croyait pas à cette forme, refusait d'investir dans un vrai label dédié (comme le DC Black Label), et confiée à des auteurs de second rang. Les mini-séries Marvel donnent l'impression d'être des bouche-trous, publiés pour préparer des choses plus importantes ou occuper les étals des comics-shops.

Mais justement avec X-Terminators, Leah Williams a d'abord voulu conjurer ce signe indien et concevoir une histoire spécialement produite comme une sorte de "sleeper" que personne ne verrait venir et qui balaierait tout sur son passage. Chaque floppy s'ouvrait sur une page de mise en garde soulignant les gros mots, la violence, la sexualité, tout le mature reader content de la chose, pour ensuite mieux en rire. Il y avait quelque chose du produit de contrebande, de la fausse pub, du canular dans X-Terminators.

Les films d'exploitation ne brillaient pas par leur scénario sophistiqué, et de la même manière les cinq épisodes de cette mini-série ne resteront pas dans les annales pour leur intrigue originale. Des vampires, quatre filles sexy et enragées, de la baston, des explosions, des litres de sang. En revanche, lire ça entre X-Men : Red, Immortal X-Men, X-Men, et le reste, ça, c'était vraiment culotté, comme un pied de nez aux machinations diaboliques développées par Al Ewing, Kieron Gillen, Gerry Duggan et compagnie.

Ce dernier épisode ne déroge pas à la règle. Dazzler obtient de Dracula de se venger d'Alex, ce vampire séducteur qui l'a vendue, avec ses copines, au Collectionneur, après avoir tenté de la tuer. Mais Leah Williams déjoue nos attentes : on ne va pas assister à un réglement de comptes banal, ne serait-ce que parce que, après s'être vengée, Dazzler a promis à Dracula de lui livrer Alex. La toute dernière page de l'épisode suggère même que la collaboration entre les quatre filles et le comte ne s'arrête pas là...

Carlos Gomez a été le dessinateur parfait pour emballer tout ça. D'abord, c'est évident, parce qu'il adore dessiner des filles girondes et qu'il le fait bien. Cela le range dans la même catégorie que des Terry Dodson ou Frank Cho ou Adam Hughes. Certains trouveront ça un chouia vulgaire, voire sexiste. Mais il faudra juste rappeler aux grincheux que Gomez illustre le script d'une femme qui a voulu s'amuser avec les clichés du "good babe art" et n'a pas lésiné sur l'empowerment de ses héroïnes, soudées par les épreuves et plus féroces que bien des garçons.

Ensuite Gomez est un excellent narrateur. Il aurait pu partir dans tous les sens en s'alignant sur la loufoquerie de l'intrigue. Au contraire, il a compris qu'il fallait découper ces épisodes de la manière la plus simple et efficace. Du coup les gags, même les plus graveleux, et l'action sont toujours lisibles et X-Terminators est un vrai page-turner. C'est agréable à lire parce que suivre Dazzler, Jubilé, Boom-Boom et Wolverine sont irrésistibles comme jamais, mais surtout parce qu'on sait toujours où on est, c'est fluide et dynamique.

Maintenant que c'est terminé, et c'est le signe de sa réussite, X-Terminators nous manque déjà. Le fait que ça n'ait duré que cinq numéros était fait pour frustrer, et la mission est accomplie. Mais les retours ont été très favorables, beaucoup de lecteurs sur les réseaux sociaux ont exprimé leur jubilation et même réclamé que le titre devienne une ongoing.

Alors, je vais spoiler et vous révéler ce qu'indique la (véritable) toute dernière page (où l'on trouve le calendrier des sorties X du mois) et où est écrit que "X-Terminators will return". Quand ? On ne sait pas, mais pas avant quelques mois si Leah Williams veut continuer avec Carlos Gomez car l'artiste s'est engagé sur une nouvelle mini (Rogue & Gambit) à partir de Mars prochain (également en cinq n°). Mais savoir qu'on aura droit à une suite vaut bien qu'on attende un peu.

vendredi 30 décembre 2022

X-TERMINATORS #4, de Leah Williams et Carlos Gomez


C'est déjà (presque) la fin pour X-Terminators et on regrette déjà cette mini-série, véritable bulle d'air frais dans la franchise mutante, pépite impertinente, sexy et régressive. Leah Williams et Carlos Gomez s'amusent visiblement beaucoup et il est difficile de résister à ce qu'ils offrent avec cette histoire loufoque, toujours pied au plancher.


Livrées au Collectionneur à qui s'est associé Alex en échange du droit de pratiquer des expériences interdites par sa communauté vampire, Dazzler et ses amies jurent pourtant de s'échapper.


Wolverine, qui a passé le plus de temps dans la base du Collectionneur, informe Dazzler sur l'installation et Boom-Boom reçoit l'ordre de s'en prendre au système de canalisation et d'évacuation.
 

Gagnant la zone de transfert du vaisseau, les quatre mutantes et les autres prisonniers du Collectionneur resurgissent sur Krakoa au beau milieu d'un match de base-ball.


Mais leur aventure a créé un incident diplomatique avec les vampires. Jubilé explique à Dracula lui-même ce qu'a fait Alex et Dazzler obtient même de le faire payer après qu'il a été excommunié...

Au fond, la première qualité de X-Terminators s'aligne sur la première question que pose cette mini-série : depuis quand avez-vous lu un comic-book marrant ? Et cela sans qu(il s'agisse d'une parodie ou d'un pastiche. Les comics, de super-héros puisque c'est d'eux dont on parle, sont sérieux. Trop ?

Récemment, j'ai relu une interview de Carmine Infantino donné au magazine "Comic Box" en 2006 où il revenait sur sa riche carrière. Il y déplorait l'évolution des comics vers un lectorat quasi-exclusivement adulte et le ton dramatique des histoires proposées alors qu'il avait la conviction qu'il s'agissait d'un genre conçu pour les plus jeunes. Fabrice Sapolsky, qui l'interrogeait, lu faisait alors remarquer que les plus jeunes s'étaient désintéressaient des comics pour les mangas et les jeux vidéos, les comics devenant une niche pour des lecteurs adultes, souvent fans de longue date. Infantino répondait que c'était l'autre défaut des comics que de s'adresser à des connaisseurs en oubliant d'attirer des profanes.

Bien entendu, Infantino avait déjà 81 ans à l'époque et on peut juger ses opinions trop tranchées et décalées. Disons, en étant nuancé, qu'on peut regretter que beaucoup trop de comics ne fassent effectivement plus l'effort de séduire des lecteurs perdus au profit des mangas. On peut aussi abonder dans le sens d'Infantino en observant qu'effectivement les plus jeunes lecteurs sont pratiquement totalement oubliés par les éditeurs de comics. Et qu'il n'y a plus (plus assez) de comics reader's friendly, immédiatement accessibles.

Le poitn sur lequel je suis le plus d'accord avec Infantino concerne le sérieux des comics. La légèreté est désormais le plus souvent absente. Bien entendu, les comics de super-héros jouent sur une note majoritairement dramatique, mais le drame est souvent sinistre, violent, dénué de second degré. Beaucoup d'auteurs entraînent même les héros dans l'horreur.

Je ne dis pas qu'il faut condamner ce réalisme ou même ce sens du drame exacerbé. Mais alors que nous traversons une époque tourmentée, déjà étouffante à bien des titres, ce serait pas mal que éditeurs et auteurs n'oublient pas que les comics, de super-héros, sont aussi un divertissement. Et qu'on peut faire palpiter le lecteur sans oublier d'être léger, voire drôle.

X-Terminators, en considérant tout cela, me paraît une voie à suivre parce que, en assumant des éléments ouvertement régressifs et même politiquement incorrects, c'est une mini-série écrite avec irrévérence et bonne humeur. Leah Williams s'autorise bien des choses car elle est une femme et que son récit, s'il avait été signé apr un homme, aurait été taxé de sexiste et complaisant. Mais surtout la scénariste s'amuse et nous amuse avec une vigueur décomplexée qui fait un bien fou.

Les aventures de Dazzler, Jubilé, Boom-Boom et Wolverine sont souvent un sommet de wtf, c'est foutraque, gratuit, mais on n'est pas trompé sur la marchandise et surtout ça reste efficace et plein d'auto-dérision. Il y a une volonté de se moquer du sérieux de la franchise X sans pour autant se moquer de la qualité de sa refondation depuis Hickman. La manière dont, par exemple, Williams ressert le thème éculé des mutants persécutés (ici par un vampire) devient très drôle tout en respectant les canons du genre.

Le machisme qu'on n'aurait pas manqué de reprocher à un scénariste ici se retourne contre les grincheux car Williams fait de son quatuor de mutantes bien plus que de belles plantes : des filles qui prennent leur revanche et n'ont besoin d'aucun homme pour s'en sortir. Mieux : elles n'oublient pas de se vanner entre elles, pointant malicieusement ce dont on ne plaisanterait jamais avec des super-héros masculins (voir lres remarques sur l'odeur de Wolverine).

Carlos Gomez est sur la même longueur d'ondes que sa scénariste et peut en même temps se faire plaisir, lui qui adore croquer des héroïnes girondes et le fait avec un talent indéniable. On se dit alors que si Frank Cho ou Adam Hughes se mettaient au service d'auteurs féminines, ils ne se seraient pas embêtés apr les culs-serrés qui ne voient dans leur représentations du beau sexe que de la concupiscence.

Mais Gomez n'est pas qu'un dessinateur de belles filles, c'est aussi un narrateur énergique et complet. Dans cet épisode, notamment, il a à composer avec un figuration importante et ne rechigne pas à l'effort. Ses plans offrent des angles variés et dynamiques, ses personnages sont expressifs, avec des attitudes sexys sans être vulgaires. Et le tout est fluide, c'est un page-turner redoutable.

Je ne dis pas que X-Terminators est à mettre entre toutes les mains (même si, en la matière, je préférerai toujours qu'on tombe sur un bouquin avec de jolies nanas qui se fightent que sur un régiment de body-builders qui s'étripent). Mais l'humour et la santé qui animent cette mini-série sont inestimablement rafraîchissants. Et prouvent qu'on peut déjà commencer par écrire et dessiner des comics funs, puis penser à repenser à attirer de futurs fans plus jeunes. Le reste continuera d'avoir sa place. Mais surtout on aura plus de choix. Et donc plus de plaisir.

jeudi 1 décembre 2022

X-TERMINATORS #3, de Leah Williams et Carlos Gomez


Ce troisième épisode de X-Terminators ne déroge pas à la règle de cette mini-série : c'est toujours complètement déjanté et délicieusement idiot. Leah Williams et Carlos Gomez s'en donnent à coeur joie et nous amusent avec cette aventure qui part dans tous les sens, se moquant des bonnes manières. C'est donc jouissif mais aussi instructif...


Après avoir affronté leurs sosies dans le labyrinthe de glace, Dazzler, Jubilé, Boom-Boom et Wolverine doivent maintenant éliminer des vampires chasseurs envoyés dans l'arène par Alex.


Les quatre mutantes s'en débarrassent sans faire de quartier. Mais Dazzler a alors l'idée d'utiliser le volume sonore des clameurs du public pour faire exploser le labyrinthe de glace avec Boom-Boom.


Dazzler remarque alors que Alex observe la scène depuis sa tribune et se jette sur lui. Il disparaît mais Dazzler trouve dans la logue une créature de l'Outremonde utilisé pour créer les épreuves.


Wolverine entraîne Boom-Boom et Jubilé dans le puits sous le labyrinthe où elle sent une odeur familière. Rejointes par Dazzler et la créature, les filles comprennent qu'il s'agit d'un nouveau piège...

Il ne faut pas chercher à analyser raisonnablement X-Terminators pour l'apprécier. Cette mini-série est un sommet de wtf et ce troisième épisode le confirme : ça part dans tous les sens, les héroïnes réagissent après avoir subi mais continuent de se battre n'importe comment, improvisant en massacrant leurs adversaires et en faisant tout péter au passage.

Le rebondissement final qui révèle qui est le véritable cerveau de l'affaire depuis le début, à qui Alex livre Wolverine, Dazzler, Jubilé et Boom-Boom est une preuve de plus que ce récit n'obéit à aucune règle et donne au lecteur une suite de péripéties absurdes et hilrantes autant que sanguinolentes. Mais, en même temps, comme on l'a découvert dans le numéro précédent, on sait que notre quatuor de mutantes s'en sont tirées puisqu'elles expliquent leurs actions au conseil de Krakoa. Cependant, on s'interrogera quand même sur la manière dont elles y sont parvenues puisqu'elles comparaissent les mains liées dans le dos par Krakoa, ce qui veut dire qu'elles ont dû commettre de sacrées boulettes...

Le résumé ci-dessus ne donne qu'une vague idée de ce que raconte l'épisode proprement dit cr c'est difficile à retranscrire (et que j'ai voulu ne pas tout dire). On se tape dessus, on fait exploser des tas de trucs (y compris des vampires), on coupe, on lacère, et le sang gicle en quantité déraisonnable à chaque page. Leah Williams n'y va pas avec le dos de la cuiller.

Carlos Gomez lâche aussi les chevaux dans des pages à la dynamite. Comme pourraient le faire Terry Dodson ou Frank Cho, Gomez adore mettre en valeur la plastique avantageuse de ses héroïnes et il ne s'en prive pas, mais sans sombrer dans la vulgarité. Il faut dire qu'avec toute l'hémoglobine qui tâche ce qui leur reste de vêtements, l'érotisme est bien altéré et ce sont autant des pin-ups que des furies dont on suit les exploits.

Ceci étant dir, vous vous demandez certainement pourquoi j'ai jugé que c'était aussi une histoire instructive. Et c'est sur ce plan-là que X-Terminators est sûrement le plus audacieux, le plus original.

Il est fréquent de lire que Marvel est devenu (trop) "woke" avec la création de personnages issues des "minorités ethniques", comme Miles Morales/Spider-Man ou Kamala Kahn/Ms Marvel. Dans le MCU, c'est peut-être encore plus flagrant puisque même Namor est devenu un prince des mers méso-américains, ou que Valkyrie est interprétée par une afro-américaine comme Heimdall avant elle, sans parler des Eternels qu'on a vu incarner par des comédiens venant de partout dans le monde.

L'idéologie "woke" a mauvaise presse, et pour de bonnes raisons me semble-t-il puisqu'on a érigé cette façon de penser en une sorte de dogme pseudo-progressiste. Je n'en suis pas à dire qu'il faut rester entre blancs caucasiens, occidentaux, et ne pas s'ouvrir à la diversité. Mais les partisans du wokisme, sous prétexte d'être "éveillés", voient quand même le mal partout, accusant ceux-ci d'être des colonialistes, ceux-là des racistes systémiques, er d'autres encore d'être sexistes dès qu'on ne pense pas comme eux. Or on peut être progressistes sans être aveuglèment "woke".

Injecter de la diversité et de la tolérance n'est ni une faiblesse ni une force, c'est une volonté. Quand cette démarche est forcée par des courants qui réclament cela comme un dû, alors ça ne peut pas fonctionner car cela revient à imposer une volonté contre une autre. Sans oublier que toute l'idéologie "woke" est tout de même très lestée par une culpabilité quasi-religieuse, où on doit se repentir de fautes (réelles ou supposées) commises par nos aïeux. On ne corrige pas le passé en déboulonnant des statues ou en vandalisant des oeuvres d'art, on ne réécrit pas l'Histoire parce que cela froisse certaines susceptibilités modernes. Il faut assumer ce qui a été fait et faire en sorte que le pire ne se reproduise pas, pas faire comme si tout le monde était responsable, pas croire qu'il y a des bons et des méchants de façon manichéenne.

Ce qui me ramène à X-Terminators et à ses vertus instructives. Car si on lit cette mini-série sans faire attention, alors attention les yeux ! Dans cet épisode en particulier, Jubilé donne un coup dans la poitrine de Boom-Boom et en ricane, soulignant qu'elle a des seins si gros qu'il est impossible de les manquer. Puis ensuite Jubilé et Boom-Boom se mettent à plaisanter sur le gros derrière de Dazzler. Des propos parfaitement machistes, déplacés, graveleux. Sauf que...

Sauf que X-Terminators est écrit par une femme et ça change tout. Rédigé par un scénariste, ces dialogues seraient d'une beaufitude digne d'être dénoncés par des chiennes de garde. Qu'une femme assume ce genre de propos et cherche à faire rire avec autorise le lecteur à s'en amuser sans gêne. Et surtout dynamite le reproche fait à Marvel d'être "woke".

Leah Williams se fiche ouvertement de la bienséance. Elle choisit de rigoler de bon coeur sur les gros nichons de Tabitha Smith ou le gros cul de Alison Blaire tout en charcutant des vampires. Et bon sang, que ça fait du bien de lire ça ! De lire un comic-book aussi inconvenant ! De lire un comic-book mutant aussi peu sérieux ! Tout à coup, c'est comme si Leah Williams ouvrait grand les fenêtres de la déconne tout en faisant semblant d'avertir le lecteur que ce n'était pas pour tout public.

Ce faisant, la scénariste dédouane son dessinateur qui peut dès lors dessiner ces quatre filles girondes en train d'échanger des propos salaces tout en éclatant des vampires et en faisant couler le sang sans retenue. Carlos Gomez n'est jamais vulgaire, mais il ose tout ce que le script de sa partenaire lui fournit comme cette image cartoonesque où Boom-Boom montre sa poitrine en provoquant une explosion (en fait on ne voit donc pas ses seins mais le résultat est encore plus bidonnant).

Malgré tout, il s'en trouvera certainement pour pointer qu'il n'y ait pas par exemple de noirs dans cette histoire ou d'homosexuels, ou que tout cela est simplement bête à manger du foin, que ça n'est pas digne des publications de la franchise X ou de Marvel en général. Il y aura toujours quelque chose qui ne va pas car sans ça, comment vivraient les "woke" pour qui le déclinisme est une profession de foi et l'humanité un échec.

Mais si vous voulez lire un comic-book complètement barré, volontairement wtf, écrit sans aucune bride et dessiné avec vigueur, alors vous vous régalerez en compagnie des X-Terminators ! (Et il est même très possible que vous regrettiez que ça finisse dans deux mois.)