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jeudi 8 juin 2023

THE AMBASSADORS #6, de Mark Millar et Matteo Scalera


Et c'est avec ce sixième épisode (à la pagination augmentée) que s'achève The Ambassadors. Ou plus exactement le Volume 1 de ce titre comme on l'apprend à la dernière page. Le projet de Mark Millar ne m'aura guère convaincu et son dénouement (provisoire), s'il est plus satisfaisant, ne rattrape pas vraiment les erreurs du scénariste (et de sa méthode). Matteo Scalera produit, comme d'habitude, de pages fabuleuses, s'élevant sans difficultés au-dessus du lot.



Les Ambassaodrs sont appelés sur une zone menacée par un tsunami et Choon-He Chung interrompt une discussion avec son assistante Oksana Petrov pour assister son équipe. Mais il s'agit d'un piège tendu par son ex-mari, Jin-Sung, qui a rassemblé autour de lui son propre groupe de surhommes...


Si, comme moi, vous êtes abonnés à la newsletter de Mark Millar, alors vous avez reçu dans votre boîte mail la dernière en date hier pour promouvoir les sorties de The Magic Order 4 #5 et de The Ambassadors #6, disponibles cett semaine. C'est aussi l'occasion pour l'auteur de revenir sur la parution, le mois prochain du premier numéro de Big Game, premier crossover du MillarWorld, dessiné par Pepe Larraz, dans lequel on retrouvera notamment les Ambassadors.
 

Mais, outre la promo de ses publications comics (et aussi de sa chaîne YouTube, de la série The Chosen One sur Netflix dans quelque temps, et quelques mots sur le film The Flash), ce qui est intéressant dans ce courriel, c'est ce que dit Millar à propos de sa manière d'écrire depuis une dizaine d'années.


On a peu d'opportunités de lire la méthode d'un auteur pour produire ses scripts, imaginer ses histoires, dont c'est intéressant, quoiqu'on pense de Mark Millar. En l'occurrence, c'est particulièrement intéressant de lire ce qu'il dit à ce sujet avant ou après avoir lu The Ambassadors #6.


Il faut préciser que, comme il en a l'habitude désormais, ce numéro compte une pagination augmentée (une quarantaine de pages), et que cela a été possible grâce au dessinateur Matteo Scalera, un collaborateur fidèle de Millar (Space Bandits, King of Spies), qui, contrairement à tous les autres artistes ayant oeuvré sur ce titre, est très rapide et a bouclé cet épisode sans exploser les délais.

Le format de l'épisode permet à Millar de consacrer en ouverture plusieurs pages à un dialogue entre Choon-He Chung et son assistante Oksana Petrov au cours duquel elle évoque le premier prix en sciences qu'elle a gagné très jeune, battant celui qui allait devenir son mari, Jin-Sung, puis leurs noces, et leur séparation, puis les accusations qui lui ont valu d'être incarcéré à la place de son époux, puis sa revanche avec la création du projet Ambassadors.

Le reste tranche avec cette scène rétrospective et calme et donne à Millar et Scalera l'opportunité de produire un épisode très spectaculaire, bourré d'action, parfois très violent, avant une conclusion plus tranquille. Du classique, rondement mené, par deux professionnels, sûrs de leur coup et de leur talent. C'est d'ailleurs agréable à lire, plus que la moyenne de la série jusqu'à présent, car, enfin, on sort du moule de la présentation d'un candidat au projet Ambassadors, de l'acquisition de ses pouvoirs, de sa première mission, de sa rencontre avec les autres recrues. Pour la première fois, on lit ce à quoi la série aurait dû ressembler si Millar n'avait pas choisi de décompresser autant en consacrant un numéro pour chaque personnage et en développant à peine, en tout cas paresseusement, un subplot sans relief.

Mais revenons à la méthode Millar, telle qu'il l'explique dans sa newsletter. Il raconte que depuis une dizaine d'années, il a pris l'habitude de commencer à concevoir ses histoires en partant de la fin, afin d'y mettre de quoi combler le lecteur, avec des coups de théâtre, de l'action, du grand spectacle. Une fois qu'il a établi où son récit allait aboutir, il remonte le cours des événements et s'assure que tout tient debout, en créant des protagonistes haut en couleurs, des situations inattendues, un pitch à la fois simple et efficace.

Si l'on considère cela, on peut se demander quelle mouche a piqué Millar de construire The Ambassadors en livrant tous les quinze jours un épisode qui n'offrait rien de plus que l'introduction d'un personnage intégrant une équipe. Compte tenu de la relative originalité des profils de ces héros, il aurait pu soit corriger cela en leur inventant des parcours plus toniques et singuliers, soit composer l'équipe plus vite. Mais la vérité, c'est que Millar s'est enfermé tout seul dans son concept, qui se situe hors du champ narratif stricto sensu.

Millar a voulu se faire plaisir et épater la galerie en écrivant une mini-série dont les vrais super-héros seraient en fait les artistes conviés à la dessiner, et comme il a réuni une formation digne des Avengers des dessinateurs de comics avec Frank Quitely, Karl Kerschl, Travis Charest, Olivier Coipel, Matteo Buffagni et Matteo Scalera, il avait une main gagnante. Rien que pour avoir réussi à faire dessiner vingt pages par Charest, ça vaut le détour, vu que ce dernier ne l'avait plus fait depuis vingt ans.

Mais c'est un beau gâchis car donner un machin aussi quelconque, générique à de telles virtuoses, n'a rien qui puisse combler ni les fans de Millar, ni ceux des dessinateurs concernés, ni mêmes ceux des comics en général. Et pourtant, cette idée, toute bête mais accrocheuse, d'une équipe de super-héros ambassadeurs, intervenant comme des secouristes et non comme des justiciers, était séduisante. Sauf que le casting n'a pas été à la hauteur. Car ces Ambassadors ne sont rien d'autre qu'une bande de Néo dans Matrix puisant dans une banque de super-pouvoirs pour remplir leurs missions, missions qui n'ont rien de palpitant.

Il aura fallu attendre le dernier épisode pour avoir enfin droit à quelque chose de digne de Millar, de Scalera, du concept, de l'attente générée par tout ça, avec l'affrontement entre le groupe de Choon-He et Jin-Sung Chung. La baston tient ses promesses et Matteo Scalera nous en met plein les mirettes, avec des pages explosives, aux cases généreuses, avec une colorisation splendide de Lee Loughridge (qui a peint directement sur les dessins de Scalera). On a droit à des twists, à du sang, des boyaux, l'issue est incertaine jusqu'au bout. Millar fait du Millar, mais il le fait bien, stimulé par ce que son dessinateur va en tirer et Scalera est prodigieux sur ce plan-là.

Oh, il n'y a guère de surprise sur le nom du vainqueur, mais même dans l'épilogue Millar glisse quelques ultimes surprises qui nous font saisir que les Ambassadors sont loin d'être une équipe parfaite, que certains de ses membres sont susceptibles de la faire imploser, que sa fondatrice est loin d'avoir achevé son projet. 

Reste à savoir maintenant comment cela évoluera, dans le fond comme dans la forme. Les Ambassadors vont donc participer à l'event Big Game dès Juillet. Et ils auront droit à un Volume 2, mais qui ressemblera à quoi ? Millar va-t-il réunir une nouvelle équipe de super-artistes pour chaque épisode (on imagine mal qu'il fasse à nouveau appel à Quitely ou Charest sauf si ce vol. 2 sort dans cinq ans) ? Dans sa newsletter, le scénariste n'en dit rien, sauf pour assurer ses fans qu'il achève l'écriture des séries MillarWorld à venir en 2024 (et j'espère qu'on aura enfin droit à la suite de Empress) - et ça, c'est sans compter avec son projet Superman qu'il va livrer à DC...

vendredi 26 mai 2023

THE AMBASSADORS #5, de Mark Milar et Matteo Buffagni


C'est déjà le pénultième épisode de The Ambassadors et même si on retrouvera ces héros dans le crossover festival Big Game, il subsistera quelque chose de frustrant dans ce projet de Mark Millar. Tout ça ne ressemble qu'à un vaste prologue pour la suite. Cette fois, c'est au tour de Matteo Buffagni (Prodigy : The Icarus Society) de se charger de la partie graphique, et c'est donc encore une fois très beau et efficace.


"Big" Boy Taylor, contrairement aux précédentes recrues de Choon-He Chung, candidate spontanément pour intégrer l'équipe. Très malade, il veut une seconde chance après une carrière sportive comme rugbyman et politique comme premier ministre de l'Australie. Mais des déclarations racistes et homophobes de sa part pourraient compromettre ses chances. Sauf qu'il a un atout dans sa manche...


Imaginons un peu comment The Ambassadors aurait pu être moins frustrant. C'est assez simple mais c'est un jeu auquel je m'adonne parfois en me rappelant que j'ai également écrit des scénarios dans une autre vie. Il n'est bien sûr pas question de prétendre donner des leçons à quiconque, Mark Millar est un auteur expérimenté, qui n'a pas besoin de moi. Mais amusons-nous quand même.


Le principe de cette série, c'est qu'à chaque épisode on fait la connaissance d'un individu sélectionné par une scientifique géniale qui a décrypté le "super code" et peut donc doter de super-pouvoirs ceux qu'elle estime en mesure de faire le bien. Et chaque chapitre est illustré par un grand dessinateur.


Millar a aussi pensé son histoire en voulant démontrer que les super-héros ne sont pas l'exclusivité de l'Amérique du Nord et puisqu'il travaille pour Netflix qui produit et fournit des programmes pour le monde entier, il sait aussi qu'il peut être judicieux de gagner des lecteurs en s'adressant à des publics que les comics ignorent souvent.

L'inconvénient de cette construction, c'est que l'intrigue ne progresse pas suffisamment. Millar prend son temps pour caractériser ses Ambassadors et ne consacre que une ou deux pages par épisode pour traiter d'une menace qui compromettrait le projet de Choon-He Chung, leur fondatrice - menace d'ailleurs sommaire, peu originale : l'ex-mari de Choon-He, Jin-Sung, copie ses travaux et monte une équipe concurrente.

Si on voulait dynamiser cela, faire progresser l'intrigue sans sacrifier les personnages, leur présentation, le recrutement, Millar aurait pu commencer par leur consacrer moins de pages, ce qui dans certains cas aurait abouti à des épisodes plus nerveux. Trop souvent Millar a traîné pour le simple plaisir d'un twist de dernière minute (le nombre d'années passées dans le coma pour le candidat coréen, le nombre d'opérations menées par la mère et son fils français, le retournement de situation au profit de la recrue brésilienne).

Cela n'aurait pas empêché Quitely, Kerschl, Charest et Coipel de signer un épisode entier, mais cela leur aurait surtout permis de signer chacun un épisode bien plus dense et tonique. Ôtez par exemple le trop long prologue du premier épisode (avec la description de la propagande américaine pour faire croire aux russes qu'un super-héros U.S. existait) et franchement ça fonctionnait aussi bien. Parfois, le hors champ est même plus fort : ainsi les origines du héros coréen délestées de l'attentat dans lequel il s'est sacrifié pour sauver celle qu'il aimait auraient pu être relatées en moins de pages, voire uniquement dans un dialogue sans perdre de sa force. Idem pour l'intro de l'épisode parisien quand la mère révèle à son fils avoir été choisie comme membre des Ambassadors.

Parfois aussi, ce n'est pas le début qui a alourdi l'épisode mais la fin, comme dans le n°4 où l'Ambassador brésilien se venge sur trop de pages juste parce qu'on devine que Millar a voulu offrir un morceau de bravoure à Olivier Coipel. La série n'est pas mauvaise ni mal écrite, mais mal équilibrée dans sa construction, dans la structure de chacun de ses épisodes.

Et on le remarque d'autant plus avec ce cinquième épisode qui, comme par magie, au moment où on n'en attendait plus rien, se révèle une belle mécanique, bien huilée, parfaitement dosée. Encore une fois Millar fait preuve d'originalité dans le profil du nouvel Ambassador : ex-rugbyman, ex-Premier Ministre, "Big" Bob Taylor est un personnage charismatique, hors du commun, avant même de posséder des super pouvoirs. Il n'est pas non plus irréprochable (et on notera d'ailleurs une rupture depuis l'épisode 4 car la première moitié de la série présentait des individus sympathiques, puis beaucoup moins).

Mais il est plein de ressources et surtout pressé car mourant. Il trouve le moyen de convaincre Choon-He Chung de le choisir et fait ses preuves sur une mission de sauvetage en montagne qui est rondement menée. Matteo Buffagni est peut-être de tous les artistes engagés sur la série le moins célèbre, le moins fameux (il faut dire qu'il passe après des poids lourds et avant Matteo Scalera, qui se pose aussi là). Mais ça ne signifie pas qu'il mérite moins d'attention que ses collègues ou que son travail est moins abouti. Au contraire.

Le découpage est très rythmé et d'une lisibilité impeccable. Buffagni excelle dans la composition d'images spectaculaires mais toujours proche des personnages, personnages qui ont une carrure, un charisme immédiat. "Big" Bob Taylor est aussi mémorable par son aspect qui tranche avec le reste du casting puisqu'il s'agit d'un homme âgé, d'abord diminué par la maladie puis ragaillardi par les ressources auxquelles il a accès (tous les Ambassadors sont comme Néo dans Matrix, disposant d'une batterie de pouvoirs, mais ne pouvant en utiliser qu'un à la fois).

Au cours de sa mission, Taylor va croiser la route d'un autre surhomme et déjà c'est un premier indice, placé plus tôt que d'habitude sur l'existence d'autres individus dotés de pouvoirs et qui n'appartiennent à aucun camp connu. Puis ensuite l'épisode se conclut avec Jin-Sung Chung, l'ex-mari de Choon-He, et là aussi on voit plus clairement ce qu'il a mis en marche, de façon impressionnante, avec la confirmation de ce qu'on supposait déjà (il a un espion au sein des Ambassadors).

Millar réussit cette fois ce qu''il a trop traîné à faire précédemment, en accordant plus de pages à ce qui menace les Ambassadors, à (au moins) un autre surhomme indépendant. Que cela se produise seulement un épisode avant la fin de la série, c'est vraiment dommage. Mais bon, mon hypothèse, c'est que Jin-Sung va faire partie de la clique des méchants de Big Game (avec Wesley Gibson, la Fraternité, Nemesis) et que donc les Ambassadors seront dans le viseur avec tous les autres héros du MillarWorld...

Rendez-vous pour la fin dans quinze jours, avec Matteo Scalera au dessin cette fois.

jeudi 11 mai 2023

THE AMBASSADORS #4, de Mark Millar et Olivier Coipel


Bonne nouvelle : ce quatrième épisode de The Ambassadors est le meilleur, en tout cas le moins convenu. Mauvaise nouvelle : Mark Millar ne change pas de formule, seulement une nouvelle fois de décor. Olivier Coipel, lui, est plutôt dans un bon jour.


Rio de Janeiro, Brésil. Un prêtre s'oppose avec virulence contre les forces de police corrompues qui ne font rien pour ramener l'ordre et la paix dans les favelas. Ses ouailles le recommandent à Choon-He Chung pour intégrer les Ambassadors. Mais Zee, une policière à la solde du capitaine Lobo, s'en mêle...


Sauf miracle, improbable donc, The Ambassadors sera une énorme occasion ratée. Quand on voit les talents que Mark Millar a réussis à fédérer autour de ce projet, on attendait, légitimement une mini-série exceptionnelle. Ce ne sera pas le cas, et c'est la faute du scénariste écossais.


Plus on met la barre haut, plus on s'expose à décevoir les lecteurs et Millar, peut-être trop sûr de lui, a failli à convaincre. Depuis le début The Ambassadors propose l'histoire d'un recrutement par Choon-He Chung, cette scientifique géniale et fortunée, qui veut assembler une équipe de super-héros pour porter secours aux plus démunis. Mais à part ça, que raconte cette série ? Où veut en venir Millar ?


Millar a expliqué qu'il comptait faire de The Ambassadors une saga aussi ambitieuse que Jupiter's Legacy ou The Magic Order et que donc ces six premiers épisodes n'étaient que le premier étage de sa fusée. Dans cette perspective, on serait enclin à l'indulgence sauf qu'on voit mal comment il parviendra à agréger à la suite un tel casting que pour ce premier acte. Et c'est bien là que le bât blesse.

Car si Millar avait construit The Ambassadors autour de ses prestigieux artistes en développant une intrigue avec un début, un milieu et une fin (comme le premier tome de The Magic Order, qui se suffisait à lui-même) ou alors était en mesure de composer un diptyque comme Jupiter's Legacy avec douze dessinateurs haut de gamme pour autant de numéros, là, oui, ç'aurait été énorme.

Au lieu de ça, chaque épisode se suit et se ressemble, trop pour ne pas lasser, et décourager même le plus fervent  de ses fans. Surtout, on n'a pas vraiment eu l'impression jusqu'à présent que Frank Quitely, Karl Kerschl ou cette fois Olivier Coipel étaient à fond pour produire leurs planches. C'est certes excellent, mais on a vu mieux de leur part. Le seul à avoir comblé les attentes, c'est Travis Charest, qui a ébloui comme on l'espérait après sa longue absence.

Toutefois, Olivier Coipel est plutôt dans un bon jour. Le français nous a habitués au pire comme au meilleur. Parfois, quand il doit aligner les épisodes, il fatigue nettement sur la fin, sacrifiant les décors, et comme il s'entête à s'encrer, de façon toujours aussi inégale, la qualité est aléatoire. Cette fois il livre une trentaine de pages de bonne facture, ni éblouissante, ni médiocre, dans la bonne moyenne. Les décors sont le plus souvent davantage évoqués que détaillés, mais les personnages ont cette expressivité surjouée qu'il maîtrise parfaitement, le découpage est un peu brouillon mais avec quelques plans superbes, et les couleurs de Giovanna Niro sont superbes, valorisant le travail de l'artiste.

Autre bon point : Millar réussit à prendre le lecteur à contrepied en lui faisant croire à l'identité du nouvel Ambassador pour mieux nous entraîner sur une fausse piste et un twist final malin et efficace.

Mais sorti de ces deux éléments, que dire ? Millar alimente très paresseusement un pseudo-subplot avec la mir de Choon-He Chung, qui tient sur deux-trois pages à la toute fin et c'est tout. Le reste est entièrement consacré autour du recrutement de l'Ambassador du Brésil. On sait gré au scénariste d'imaginer à chaque fois un personnage qui sort de l'ordinaire et de nous faire voyager pour expliquer qu'il peut y avoir des super-héros coréen, français, brésilien et pas seulement nord-américain.

Mais l'histoire ne progresse absolument pas. On va arriver à ce train-là au sixième épisode avec l'équipe au complet mais sans l'avoir vu à l'oeuvre, et il faudra donc attendre, certainement un bon moment, avant une suite. C'est tout de même très laborieux, trop décompressé. Si, comme c'est prévu, The Ambassadors devient aussi une série télé sur Netflix, alors il faudra réécrire énormément pour donner de la substance aux épisodes filmés - sauf s'ils ont une durée de 30' chacun.

Au fond, c'est le peut-être le vrai problème de cette entreprise : En vendant son MillarWorld à Netflix, Millar a vendu des créations destinées à être déclinées en plusieurs formats. Et aujourd'hui, on voit avec The Ambassadors les limites de ce process. Surtout que, en réalité, ces adaptations ne sont pas légion : il y a eu le pitoyable Jupiter's Legacy, annulé après une saison (et qui a coûté une blinde), l'anime Super Crooks, il va y avoir American Jesus (The Chosen), dont le tournage a été le théâtre d'une catastrophe terrible (avec la mort de six membres de l'équipe et du casting dans un accident), et apparemment The Magic Order est toujours dans les tuyaux.

Quand il se concentre sur l'aspect purement comics de ses projets, Millar peut sortir des trucs très sympas et même brillants (Starlight, Chrononauts, King of Spies...) mais dès qu'il écrit en pensant déjà au film ou à la série qu'il va en tirer, ça ne fonctionne plus aussi bien. Qu'il se recentre donc et laisse Netflix adapter ce qu'ils veulent dans son catalogue : ça fera de meilleurs comics et peut-être aussi de bonnes adaptations.

jeudi 27 avril 2023

THE AMBASSADORS #3, de Mark Millar et Travis Charest


De l'art de souffler le chaud et le froid : c'est, en substance, ce qu'on ressent à la lecture de The Ambassadors, dont le troisième numéro paraît cette semaine. Pour le bon point, on assiste au grand retour de l'immense Travis Charest, le meilleur des dessinateurs de l'école Image dans les années 1990. Pour le mois bon, on constate que Mark Millar semble avoir photocopié ses épisodes sans avoir bâti une intrigue.


Yasmine Gauvin est la mère célibataire de son fils Jean-Luc depuis son divorce. Inquiète du comportement de son rejeton, elle postule pour intégrer les Ambassadeurs de Choon-He Chung. Une aventure où elle ne sera pas la seule retenue...


C'est un bien curieux projet que The Ambassadors. Sur le papier, Mark Millar promettait beaucoup, fort d'une liste d'artistes de première classe dont on savait qu'ils allaient transformer ce comic-book en nouveau succès. Mais après ce troisième numéro, force est de reconnaître que cette série se limite un peu à un beau livre d'images sans vraie intrigue.


Il est dur d'admettre être déçu quand on tient, comme cette semaine, un fascicule dessiné par Travis Charest. Cet artiste, qui reste le meilleur graphiste révélé par Image Comics à sa création, loin devant tous les autres, a connu une carrière météorique avant de se crasher en plein vol.


Reconnu par ses pairs, la critique et le public, Charest s'engage pour dessiner un album de Métabarons, écrit par Alejandro Jodorowsky, et part carrément s'installer à Paris pour y travailler, au plus proche de l'auteur et de l'éditeur. Enthousiaste à l'idée d'oeuvrer sur ce projet, il se met en tête de l'illustrer en couleurs directes alors qu'il est déjà réputé pour sa lenteur.

Charest, qui est franco-canadien, n'achèvera jamais ce graphic-novel, excédant l'éditeur par ses retards, et lui-même conviendra plus tard avoir sous-estimé la charge de travail dans laquelle il s'était engagé. Le retour à la surface, après ce que tout le monde considérera comme un échec, sera long et douloureux. Charest se réinvente en cover-artist (une discipline où nul ne songe à discuter ses compétences), notamment pour des titres Star Wars, et produit en parallèle un comic-strip, Space Girl. Il signera également quelques rares planches pour un épisode intermédiaire entre le run de Mark Millar et Bryan Hitch et celui de Jeph Loeb et Joe Madureira sur Ultimates. Récemment, il a livré des variant covers sur Batman/Catwoman de Tom King et Clay Mann.

C'est donc la première fois depuis une éternité qu'on peut lire un épisode entier dessiné et encré par Charest. Cela, seul Millar pouvait y arriver car, comme avec Frank Quitely, grâce à son partenariat avec Netflix, propriétaire du MillarWorld, il donne le temps qu'il leur faut à ses artistes pour produire ce qu'il leur écrit.

Et franchement, on oublie cela en contemplant les planches de Charest car elles sont réellement époustouflantes de beauté, surpassant déjà celles de Quitely - et on souhaite bien du plaisir à Coipel, Buffagni et Scalera qui passeront après. Charest n'a rien perdu de son génie de narrateur, son trait est d'une précision ahurissante, les détails d'une méticulosité maniaque. Dave Stewart s'est chargé de la colorisation et on sent qu'il a tout fait pour mettre en valeur le dessin de Charest, mais on rêve de voir les planches en noir et blanc.

Plaisir des yeux donc. Mais quel gâchis malgré tout que l'épisode, comme les deux précédents, soit si creux. Je ne comprends pas ce que veut raconter Millar car il ne raconte rien, ou en tout cas pas grand-chose. Chaque numéro semble être un décalque du précédent avec la présentation d'un(e) nouvel(lle) candidat(e) pour intégrer les Ambassadeurs, et guère plus.

Ici, on a donc une mère de famille célibataire qui s'inquiète du comportement de son fils. Elle postule auprès de Choon-He Chung en jouant sur la corde sensible, soulignant que toutes deux savent ce que c'est d'avoir raté leur vie de couple et de devoir assumer des responsabilités. La voilà dotée de pouvoirs, pas davantage originaux (elle peut acquérir des dons divers en fonction de la situation de crise qu'elle doit gérer, un peu l'équivalent de Néo dans Matrix). Mais surprise, elle en a obtenu pour son fils, Jean-Luc.

Mark Millar nous donne donc un dynamic duo clairement inspiré de Batman et Robin à Paris, qui vont, pendant une nuit, arrêter des voleurs de bijoux, sauver des innocents d'un incendie et stopper un train fou. Le scénariste évite les clichés (sauf sur la couverture, mais c'est plus un clin d'oeil qu'une pique), au point de rédiger des dialogues dans la langue de Molière qui sont corrects (bien loin des expressions impossibles qu'écrivent bien des scénaristes anglo-saxons). C'est tonique. Mais complètement anecdotique.

Et c'est pour cela que c'est du gâchis. Parce que Millar peut beaucoup mieux faire. Que le concept de sa série promettait bien mieux. Parce que, quand on Charest pour dessiner un script, on se sort les doigts ! Comment, avec de tels partenaires, Millar a pu aussi peu se fouler ? C'est lamentable. C'est rageant.

Dans quinze jours, ce sera donc au tour de Olivier Coipel de montrer ce qu'il a dans le ventre. Il serait temps que Millar donne davantage, en souhaitant que le dessinateur français soit dans un bon jour (car, avec Coipel, c'est toujours hit or miss). Mais, disons-le tout net : The Ambassadors est lancée dans une vraie course contre la montre pour prouver qu'elle n'est pas une énorme déception sur toute la ligne.

vendredi 14 avril 2023

THE AMBASSADORS #2, de Mark Millar et Karl Kerschl


J'étais complètement passé à côté du fait que The Ambassadors, la nouvelle production de Mark Millar, était bimensuelle. Donc, voilà, seulement quinze jours après le premier épisode, que sort le deuxième numéro (sur six) de ce titre. J'avais apprécié le début, avec le dessin de Frank Quitely, et comme le scénariste écossais s'est entouré de grands talents, il a convaincu Karl Kerschl de participer à l'aventure cette fois. C'est donc très beau, c'est prenant, mais ça fait aussi un peu du surplace...


Choon-He Chung commence à recruter les membres de son équipe en cherchant ceux qui méritent le plus de l'intégrer. Elle jette son dévoulu sur Binnu Nathia, un jeune homme de New Delhi, qui a fait preuve d'un héroïsme incroyable lors d'un attentat en sauvant la fille qu'il aimait en secret... Et qui va découvrir le prix terrible de son sacrifice...


On va tout de suite aborder le cas Karl Kerschl car l'artiste fait ici son grand retour. Il y a trois ans, la série qu'il co-écrivait avec Brendan Fletcher et dessinait, Isola, s'interrompait au bout de deux arcs, sur un cliffhanger très frustrant. Et depuis, plus rien. Quand on l'interroge sur Twitter (comme je l'ai fait) sur le retour de ce titre, il répond vaguement que ça fait toujours partie de sa (je cite) "to-do list"...


Je ne suis pas du genre à m'énerver après les artistes quand il accuse de gros retards dans leurs projets, surtout quand il s'agit de creator-owned, puisqu'ils sont les maîtres des horloges dans ce type de production. Et puis à vrai dire, on s'emporte souvent sans savoir si, dans leur vie privée, des événements (maladie, problèmes personnels...) ne les empêchent pas aussi de continuer ce sur quoi il travaillait. Mais j'avoue que dans le cas de Kerschl, j'étais quand même un poil irrité.


Parce que notre homme n'était visiblement pas empêché, vu qu'il a repris son projet The Abominable Charles Christopher, a collaboré au nouveau volume de Batman : Black & White, et a récemment lancé une campagne de financement participatif pour une nouvelle création (Death Transit Teenager, qu'il écrit et dessine). Donc, pour moi, jusqu'à preuve du contraire, il a purement et simplement abandonné Isola et ses lecteurs sans les avertir franchement ni être clair sur une date de reprise (si la série revient un jour).

Autant dire, pour en revenir à The Ambassadors, que j'étais sérieusement agacé de le voir prendre le temps de signer un épisode, une preuve de plus que Isola était le cadet de ses soucis. En même temps, j'étais aussi intrigué car l'association Mark Millar-Karl Kerschl, franchement, je ne l'avais pas vue venir. Les deux hommes me semblaient évoluer dans des sphères tellement éloignées que les imaginer travailler ensemble me paraissait inconcevable.

Millar, d'habitude, drague des stars chez les "big two" et mise sur leur notoriété pour organiser une large part de la publicité de son nouveau comic-book. Kerschl, sans être irrespectueux, ne fait pas vraiment partie des artistes les plus fameux de l'industrie, même si, par ailleurs, c'est un auteur complet respecté et très talentueux. Qui plus est, pour The Ambassadors, il se trouve à dessiner un épisode entre celui de Quitely et celui de Travis Charest, deux monstres sacrés (dont le deuxième qui refait parler de lui après une éternité).

Mais le résultat est là et ne s'embarrasse pas des déceptions entretenues par l'arrêt de Isola : Karl Kerschl livre une épisode digne de ce qu'on lui connaît, d'une beauté renversante, avec une science du découpage extraordinaire, ce trait toujours immédiatement identifiable, où l'influence des mangas est parfaitement digérée. Il y a des pages sur lesquelles on s'arrête pour le simple plaisir de les admirer, et donc il ne dépareille sûrement pas à côté de virtuoses comme Quitely, Charest.

Cet épisode est donc un régal pour les yeux. Mais alors qu'est-ce qui coince ? Pourquoi ne prend-on pas davantage de plaisir ? Pourquoi a-t-on l'impression que ça aurait pu/dû être tellement mieux ? Peut-être parce que, effectivement, les styles de Millar et de Kerschl ne se marient pas si bien que ça. L'épisode s'ouvre sur une séquence très violente et cruelle, où le héros perd la vie. C'est du pur Millar, très rentre-dedans, très efficace : le scénariste nous fait saisir toute l'injustice du sort infligé à Binnu (et y revient sur la fin en révélant ce qu'il a vraiment perdu dans ce drame). Pas très subtil, mais imparable.

Sauf que Kerschl a du mal à illustrer ce passage aussi fortement, intensément qu'espéré. C'est mis en images avec maestria, mais l'émotion ne vient pas du dessin, ce n'est pas assez "in your face" comme l'exigerait tout bon Millar. Peut-être aussi le lecteur de Millar s'est-il habitué à une certaine manière de voir ses scripts illustrés et que le choc thermique ici est trop fort. Mais c'est vrai aussi que Kerschl, c'est de la dentelle quand cette séquence n'en est pas. Donc, ça ne fonctionne pas, tout simplement.

En revanche, si le reste ne convainc pas beaucoup plus, c'est uniquement de la faute de Millar qui, à l'exception d'un twist à la fin, ne convertit pas ses bonnes intentions en un récit plus expressif. En réalité, c'est trop décompressé, l'histoire ne progresse pas suffisamment. Si The Ambassadors se limite à un épisode/une recrue, quelle que soit l'astuce déployée par l'auteur, ça ne suffira pas. Et le procédé qui anime le projet (un artiste différent pour chaque épisode) tournera vite à du simple marketing.

Enfin, j'attendais plus d'originalité concernant les pouvoirs dont Choon-He Chung dote ses ambassadeurs. Déjà, on n'identifie pas très bien ceux qu'elle-même possède (en dehors d'une intelligence hors du commun et qu'elle s'est clonée), mais Codename India (alias Binnu) n'est guère mieux loti avec des pouvoirs sur la gravité, autrement dit une banale télékinésie. C'est du vu et revu et je crois qu'on pouvait légitimement espérer mieux, plus audacieux.

Bref, je suis déçu. Mais pas abattu. Parce que dans quinze jours, on va assister au grand come-back de Travis Charest et ça, c'est quand même bigrement excitant. Parce que, aussi, je reste confiant dans la capacité de Millar à m'étonner positivement. Mais ce sera du quitte ou double.

jeudi 30 mars 2023

THE AMBASSADORS #1, de Mark Millar et Frank Quitely


C'est déjà un énorme carton puisque, à peine sorti, le premier épisode de The Ambassadors est déjà sold out ! Mark Millar a encore fait parler la poudre avec son nouveau projet, une mini-série en six épisodes, avec à chaque fois un artiste de premier plan différent au dessin. A commencer par Frank Quitely, de retour après six ans d'absence (dont deux rien que pour compléter ce chapitre !).


Le gouvernement américain avait développé durant la guerre froide un programme pour créer un Superman, d'abord pour la propagande, puis plus sérieusement, pour intimider les russes. Aujourd'hui, une chercheuse sud-coréenne, Choon-En Chung, a décrypté le super-génome et acquis des super-pouvoirs, mais elle ne veut pas partager sa découverte avec une armée, préférant assembler sa propre équipe, avec des membres qui le méritent...


2023 sera une grosse année pour le Millarworld, avec dans le viseur le premier event/crossover indépendant du scénariste, Big Game (qui sera dessiné par Pepe Larraz et sera publié cet été). Avant cela, le quatrième volume de The Magic Order sera achevé, et depuis hier débute The Ambassadors.


En vendant ses créations passées et à venir à Netflix, Mark Millar explique qu'il a pu se mettre à l'abri financièrement tout en continuant à développer des concepts pour la plateforme de streaming. En analysant le marché de son employeur, il a compris qu'il y avait des territoires à conquérir, des lecteurs à séduire, des histoires différentes à concevoir. C'est la base de The Ambassadors.


Ainsi les Etats-Unis ne sont plus devenus qu'une partie comme les autres du monde, et Millar a saisi qu'il y avait un lectorat considérablement négligé par les comics, dans les pays d'Asie, d'Afrique, d'Amérique du Sud, d'Europe. En termes plus concrets, cela signifie que les héros de ses histoires n'ont plus besoin d'être seulement nord-américains. Et c'est tout un nouveau champ des possibles qui doit être exploité.

Exposé ainsi, on se dit qu'il ne s'agit plus vraiment d'art, de BD, mais de commerce. Mais on peut rétorquer que les comics n'ont jamais distingué le lecteur du consommateur, et que les mangas doivent leur succès croissant et écrasant à ce refus de différencier les deux catégories. Millar, qui avoue lire désormais plus de mangas que de comics, l'a intégré et en fait la matrice de The Ambassadors.

Ainsi on peut envisager que si, aujourd'hui, les super-héros devenaient une réalité, ils n'apparaîtraient pas forcément aux Etats-Unis, mais plutôt en Asie, plus exactement en Corée du Sud comme c'est le cas ici, grâce aux ressources colossales d'une femme d'affaires et chercheuse qui aurait décrypté un super-génome, comme l'héroïne Choon-En Chung.

Lorsque celle-ci révèle sa découverte au monde, cela intervient après un flashback qui ouvre l'épisode où on plonge dans des documents datant de la guerre froide quand les américains fabriquaient une propagande pour impressionner les russes en faisant croire à la naissance d'un Superman, puis ensuite quand un programme scientifique tenta de créer un authentique surhomme. Aujourd'hui, la rumeur court que ce rêve est en passe de devenir réalité et qu'une base secrète abriterait cet achèvement.

Mais le plus surprenant reste à venir quand Choon-En Sung explique qu'elle n'entend pas partager ses pouvoirs avec une armée ou un pays : son projet, c'est de recruter cinq individus dans le monde en les jugeant sur leur mérite à recevoir des super-pouvoirs et à aider leur prochain...

Maître dans l'art de la formule marketing, Millar a présenté The Ambassadors en disant que c'était Willy Wonka (le héros de Charlie et la chocolaterie, le roman de Roald Dahl) chez les super-héros. Et c'est littéralement ça, tel qu'écrit dans un dialogue. L'approche est savoureuse, roublarde et efficace en diable. L'épisode se lit sans temps mort, on est immédiatement accroché, c'est un concentré de tout ce qu'on aime (ou déteste) chez Millar. Mais reconnaissons-lui au moins une chose : le bonhomme sait vendre ses histoires. Et il sait aussi les écrire.

Millar, c'est aussi un formidable aimant à artistes. Qui n'a-t-il pas séduit, avec ses avantageux contrats (qui garantissent à chacun la moitié des bénéfices) et ses pitchs imparables ? La liste des six dessinateurs attachés à cette mini-série a de quoi impressionner : Karl Kerschl, Travis Charest, Olivier Coipel, Matteo Buffagni et Matteo Scalera. Et pour commencer en force : Frank Quitely !

Depuis six ans (et la fin du deuxième volume de Jupiter's Children), le génial Quitely se faisait très (tgrop) discret, ne gratifiant ses fans que de quelques variant covers par-ci, par-là. Pourquoi en faire plus quand on a, grâce à Millar, de quoi voir venir ? Le scénariste travaille sur ce projet depuis 2018 et il a suivi toutes étapes, en donnant le temps nécessaire à chacun de ses collaborateurs pour travailler leur épisode, réécrivant des scènes au besoin (chose qu'il ne fait d'habitude jamais).

Quitely a révélé avoir commencé à dessiner ce numéro durant le premier confinement en 2020, et, lui aussi, pour la première fois, a pu profiter du luxe de recommencer des planches entières quand il n'était pas satisfait à 100%, en assumant l'encrage et même la colorisation (avec son fils Vincent). 

N'en doutez pas : le résultat est à la hauteur. On retrouve tout ce qu'on adore et admire chez ce génial dessinateur, ses compositions de plans incroyablement chiadées, ce découpage au cordeau, les personnages expressifs jusque dans les moindres nuances, des designs d'une méticulosité maniaque. Mais même en s'y attendant, on reste bluffé, comme, par exemple, par l'art incroyable de Quitely à suggérer le mouvement, les impacts, sans aucun trait de vitesse. Par la finesse ahurissante du trait, qui se lit dans les décors, les véhicules, les figures. C'est franchement à tomber à la renverse.

Il est toujours délicat à la fois de crier au chef d'oeuvre seulement après un épisode et aussi parce que Millar ne prétend jamais réinventer la roue (mais plutôt délivrer le divertissement ultime). N'empêche, The Ambassadors démarre puissamment, et vu ce que promet la suite, avec les artistes qui vont défiler, difficile de ne pas s'emballer.