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mercredi 22 août 2018

PENTAGON PAPERS, de Steven Spielberg


Avec Woody Allen, je tiens Steven Spielberg comme le plus grand cinéaste américain en activité. Ce jeune cinéaste de soixante-dix ans enchaîne les longs métrages avec un appétit intact et une vitalité impressionnante comme en témoigne Pentagon Papers, sorti fin 2017 et tourné durant la post-production de Reader Player One (sorti ce Printemps) ! Héritier du cinéma classique, hommage à la liberté de la presse, charge anti-Trump, c'est un saisissant concentré de ce que le Spielberg "sérieux" peut produire de plus inspiré.

 L'analyste Daniel Ellsberg (Matthew Rhys)

1966. L'analyste militaire Daniel Ellsberg accompagne un régiment de G.I. au Vietnam et assiste à la débâcle américaine sur le terrain. Dans l'avion qui le ramène aux Etats-Unis, il est sollicité par le Secrétaire à la Défense Robert McNamara pour donner son avis sur les chances de succès de l'armée et il répond franchement. Pourtant, une fois à l'aéroport, Ellsberg entend McNamara affirmer aux médias qui l'attendent sur le tarmac que le conflit est en bonne voie d'être remporté par l'Amérique. Ce double discours décide Ellsberg à réagir contre ce qu'il estime être un mensonge d'Etat.

Le rédacteur en chef, Ben Bradlee, et la directrice, Kay Graham, du "Washington Post"
(Tom Hanks et Meryl Streep)

1971. Ellsberg a photocopié discrètement pendant des années des documents top secrets sur l'engagement des forces américaines en Indochine et au Vietnam, accablant les présidents successifs dans la chaîne de commandement, depuis Truman jusqu'à Nixon en passant par Eisenhower et JFK. Aujourd'hui conseiller tactique pour la RAND Corporation, il communique ces archives à un reporter du "New York Times". La rumeur bruisse que le journal tient un scoop et parvient jusqu'aux oreilles de Ben Bradlee, le rédacteur en chef du "Washington Post". 

Ben Bagdikian (Bob Odenkirk)

La publication des "Pentagon Papers" par le "NY Times" provoque un énorme scandale et la révolte de l'opinion publique contre l'administration Nixon. Le Président lui-même réagit immédiatement en ordonnant des poursuites judiciaires contre le journal. Bradlee au "Post" envoie Ben Bagdikian à la recherche de la source car ce dernier pense qu'il s'agit d'Ellsberg. Lorsqu'il le retrouve, il découvre qu'il a conservé la majorité des documents, près de trois milles pages !

Kay Graham au sein du conseil d'administration 100% du "Post" (Meryl Streep)

Cependant, Kay Graham, qui a hérité de la direction du "Post" suite à la mort de son père, Eugene Meyer, et du suicide de son mari, Phil, doit préparer l'introduction en Bourse du titre et rassurer les investisseurs sur la profitabilité de son journal. Entourée au conseil d'administration d'hommes qui la considèrent avec dédain, elle veut avant tout protéger l'institution, ses employés, la qualité de l'information - et c'est pourquoi elle hésite, comme le lui demande Bradlee, à publier la suite des "Pentagon Papers", par peur de poursuites judiciaires.
  
Kay Graham et l'ancien Secrétaire à la Défense Robert McNamara (Meryl Streep et Bruce Greenwood)

Depuis toujours proche du pouvoir, Kay rend visite à l'ancien Secrétaire à la Défense Robert McNamara qui lui explique que la décision de prolonger les combats au Vietnam était la stratégie la moins risquée, quand bien même elle a coûté la vie à des milliers de soldats et continue à le faire. La justice saisie par Nixon rend une injonction contre le "NY Times" lui imposant de suspendre provisoirement la publication des "Pentagon Papers".

Ben Bagdikian, Meg Greenfield et Ben Bradlee (Bob Odenkirk, Carrie Coon et Tom Hanks)

Bradlee et une équipe réduite de ses meilleurs journalistes épluchent les trois milles pages remis à Bagdikian par Ellsberg et doit en tirer une synthèse en un temps record pour la publier avant la fin de la suspension imposée au "NY Times". Les documents sont explosifs, les résumer est une charge colossale. Il reste à convaincre Kay Graham et le conseil d'administration du "Post" de les imprimer.

Faut-il publier les "Pentagon Papers" ?

Une réunion de crise a lieu où seul contre les administrateurs, les avocats et sa patronne, Bradlee défend la liberté de la presse et le devoir d'informer les gouvernés plutôt que de servir les gouvernants. Un élément soulevé par un juriste menace tout : si la justice découvre que Ellsberg est la source du "NY Times" et du "Post", il y aura collusion et risque de prison ferme pour Kay Graham et Ben Bradlee.  

La rédaction du "Post" dans l'attente du verdict de la Cour Suprême

Pourtant, Kay décide que le "Post" publiera les "Pentagon Papers". La Cour Suprême est saisie aussitôt le journal livré avec ces nouvelles révélations. Les avocats vont plaider en s'appuyant sur le Premier Amendement de la Constitution américaine. Les juges se retirent pour trancher. La rédaction du journal et sa patronne attendent avec inquiétude leur verdict, même si, à travers tout le pays, plusieurs autres journaux ont repris leurs articles et les soutiennent.  

Kay Graham et Ben Bradlee (Meryl Streep et Tom Hanks)

Au nom de la liberté d'informer, la Cour Suprême autorise la reprise des publications. En guise de représailles, Nixon interdit alors aux reporters du "Post" l'accès à la Maison-Blanche. Un an plus tard, l'agent de sécurité Frank Wills signale un cambriolage en cours dans l'immeuble du Watergate...

Fascinant Spielberg... Le cinéaste qui représente plus que tout autre ce que fut la révolution du "Nouvel Hollywood" dans les années 70 en inspirant aux critiques le terme de "blockbuster" pour désigner un énorme succès au box office et qui, ce faisant, a profondément modifié la production des longs métrages grand public en poussant les grands studios à investir toujours plus d'argent pour dominer le marché, est devenu aujourd'hui un réalisateur "classique". Parce qu'il a tourné des oeuvres marquantes pour la postérité, connut de fabuleux cartons, influencé la culture pop, mais aussi parce qu'il a progressivement opéré sa mue en devenant à la fois un visionnaire et un héritier des metteurs en scène qui lui donnèrent la vocation.

Il est intéressant à cet égard de constater qu'à quelques mois d'intervalles les deux Spielberg se sont illustrés en sortant Pentagon Papers, histoire ancrée dans le passé (proche) mais terriblement d'actualité, qui montre l'aspect le plus sérieux de son cinéma, puis Ready Player One, grosse machine rutilante et débridée située dans un futur (proche), qui perpétue son goût pour le divertissement de masse. Mieux : il a tourné le premier pendant que des techniciens s'occupaient de la post-production du second. Loin de se reposer sur ses lauriers, Spielberg est mu par un sentiment d'urgence alors qu'en franchissant sa septième décennie d'existence il pourrait lever le pied. Un vrai pied-de-nez à tous ses confrères qui hésitent des années entre deux opus.

Comme le métronomique Woody Allen, Spielberg est donc agit par le cinéma, sa soif de raconter des histoires, d'adapter son style à tous les genres qu'il veut aborder, dépasse les contraintes de temps, d'argent, de forme physique. 

Si on poursuit ce raisonnement, il est amusant de souligner que Pentagon Papers est donc un film sur la presse, et si on retient ce dernier mot, on en perçoit tous les sens appliqués à Spielberg, le cinéaste pressé, sous pression (la pression de défier sa propre légende), qui presse son public de réagir (contre un Président - Trump - qui voudrait museler la presse comme Nixon et insulte les médias quand ils le critiquent à coups de soi-disant "fake news").

La structure du scénario de Liz Hannah et Josh Singer (déjà auteur du script de Spotlight sur l'enquête menée par des journalistes de Boston contre les prêtres pédophiles) traduit aussi ce train lancé à toute allure : un rapide prologue avec Dan Ellsberg, puis la publication vite stoppée des documents par le "NY Times", le relais par le "Post" au coeur d'une tempête à la tête de son conseil d'administration, et le dénouement suivant le rendu du jugement de la Cour Suprême (avec en bonus une ultime scène sur le cambriolage du Watergate). Le film ne perd pas de temps et nous plonge au coeur de l'action, filant tout droit avec des pics de tension mémorables.

Qui l'emportera, de la pragmatique Kay Graham, qui veut d'abord protéger son journal, ses reporters, et son entrée en Bourse, ou du passionné Ben Bradlee, qui défend le droit d'informer les gouvernés plutôt que de servir les gouvernants et qui voit dans ce scoop l'opportunité justement de donner une autre dimension au "Post" ? Ces deux protagonistes charismatiques avaient besoin de deux stars pour les incarner et le duo que forment Meryl Streep (dans un de ses numéros favoris, avec accent, coiffure, maquillage appuyés) et Tom Hanks (plus James Stewart que jamais en honnête homme, joueur et pugnace) ne déçoit pas : c'est presque un film dans le film de les voir se donner la réplique, deux Stradivarius parfaitement accordés, complémentaires, dans la force de l'âge, rompus à l'exercice, en osmose avec leur réalisateur et le sujet qu'ils défendent.

Il ne faudrait cependant pas oublier quelques-uns des seconds rôles qui réussissent à exister dans leurs ombres imposantes comme Bob Odenkirk (extra en vieux de la vieille qui récupère les documents et assure avec aplomb à un avocat du journal qu'il y a simplement beaucoup de risques que le "Post" ait la même source que le "NY Times"), Carrie Coon (qui hérite de la scène la plus attendue du film quand la Cour Suprême rend son verdict et qu'elle le répète à la rédaction en direct) ou Matthew Rhys (dans le rôle clé de Ellsberg, la source) - trois acteurs issus de la télé (dans les séries Fargo pour les deux premiers, The Americans pour le dernier), témoignant aussi de la curiosité et du flair de Spielberg.

L'autre aspect de l'histoire que n'omet pas le cinéaste et qu'il montre avec un intérêt égal que les reporters, ce sont les "petites mains" d'un journal, les ouvriers de l'imprimerie, les correcteurs, les livreurs, toute cette chaîne de fabrication, cette armée de l'ombre, avec l'imposante machinerie de l'époque, les rotatives, les camions chargés d'exemplaires de l'édition du jour. Une sorte de ballet qui prolonge celui de la rédaction. La caméra suit les uns et les autres avec une fluidité électrisante, sur un rythme affolant, si bien qu'on ne voit pas passer les 115 minutes du film.

Un récit intelligent et grisant, une mise en scène virtuose, des acteurs de premier ordre, que demander de plus ? 

mardi 21 août 2018

FARGO (Saison 1) (FX)


Alors que la production de la saison 4 va commencer (pour une diffusion l'an prochain), je me suis enfin résolu à regarder les dix premiers épisodes de Fargo, datant de 2014. Je ne sais pas pourquoi j'ai tant attendu, mais maintenant je crois que je redoutais que ce soit moins bon. Et c'est effectivement le cas, le showrunner Noah Hawley accouchant d'une intrigue vraiment trop tirée par les cheveux et parfois menant à des impasses...

Lorne Malvo (Billy Bob Thornton)

Minnesota. 2006. Lorne Malvo est un tueur à gages transportant dans le coffre d'une voiture volée un homme qu'il a enlevé, lorsqu'il percute un cerf et perd le contrôle de son véhicule. Légèrement blessé au front, Malvo observe son otage s'enfuir, nu, dans la plaine enneigé sans chercher à le stopper. Non loin de là, dans la bourgade de Bemidji, Malvo fait connaissance avec Lester Nygaard, un agent d'assurances, qui a le nez cassé après une altercation avec Sam Hess, qui le martyrise depuis l'enfance, dans la salle d'attente de l'hôpital. En engageant la conversation, Malvo propose à Lester d'éliminer Hess pour lui mais Lester est appelé par une infirmière. Le shérif Vern Thurman et son adjointe Molly Solverson enquêtent sur la découverte du cadavre de l'otage de Malvo, mort de froid, tandis que la brigade scientifique inspecte la voiture abandonnée. Malvo, sorti des urgences, se rend à l'entreprise de Hess et apprend qu'il est dans un strip-club. Il le trouve en compagnie d'une prostituée et le tue sans être vu. Humilié par sa femme à propos de son nez cassé et de son échec à réparer leur machine à laver, Lester perd ses nerfs et la tue. Le shérif arrive alors et surprend Lester maculé de sang. Comme il le met en joue, Malvo tue Thurman avec un fusilde chasse et disparaît. Lester descend à la buanderie et s'assomme littéralement pour faire croire à l'adjointe Molly qu'il n'est pas l'auteur des deux meurtres.   

Stravos Milos (Oliver Platt)

Deux tueurs en provenance de Fargo, Mr. Numbers et Mr. Wrench, arrivent à Bemidji pour trouver l'assassin de Sam Hess, qui était en affaires avec leur patron, un cadre de la pègre. Bill Oswalt remplace Thurman au poste de shérif mais, ami d'enfance de Lester, il refuse de croire comme Molly qu'il ment au sujet des meurtres commis chez lui et de l'assassinat de Hess, dont une infirmière l'a entendu parler avec un inconnu dans la salle d'attente de l'hôpital. Pendant ce temps, dans la ville voisine de Duluth, Malvo accepte de retrouver le maître-chanteur qui réclame de l'argent à Stravos Milos, propriétaire d'un supermarché. Peu après, Malvo est arrêté par l'agent de police Gus Grimly pour excès de vitesse mais repart après l'avoir menacé de mort.  

Lester Nygaard (Martin Freeman

Molly apprend que l'homme mort de froid a été enlevé deux jours auparavant sur son lieu de travail et grâce à une caméra de surveillanc elle obtient un cliché de son ravisseur. Lester reprend son travail et est chargé de régler le dossier d'assurance de la veuve Hess, Gina. Les deux tueurs de Farfo la surveillent et repérent Lester qu'ils suivent ensuite. Molly, à l'agence de Nygaard, lui montre la photo du ravisseur mais il il jure ne pas le reconnaître alors que l'infirmière de l'hôpital a confirmé qu'il lui a parlé dans la salle d'attente.. Pendant ce temps, Malvo confond facilement le maître-chanteur de Milos en questionnant sa femme et son coach - celui-ci utilise de la crème auto-bronzante comme celle qui tâche le verso de la feuille de demande de rançon. Mais plutôt que le tuer, Malvo le convainc de s'associer.

Gus Grimly (Colin Hanks)

Molly se rend à Duluth après avoir été contacté par Gus Grimly qui a entendu parler des meurtres de Bemidji et pense avoir laissé filer le tueur en n'ayant pas arrêté Malvo l'autre soir. Il confirme que c'est bien son homme en l'identifiant sur la photo que lui montre Solverson. Cependant, les deux tueurs de Fargo kidnappent Lester pour savoir s'il est l'assassin de Hess mais il réussit à leur échapper. Frappant un agent en patrouille, il se fait enfermer dans une cellule du poste de police de Bemidji où les deux tueurs ne tardent pas à le rejoindre après avoir fait exprès de se faire arrêter en se battant dans un bar. Molly découvre en détaillant la liste des appels téléphoniques passés par Lester le soir de la mort de sa femme et de Thurman qu'il a contacté le client d'un hôtel, Lorne Malvo. De retour au poste, elle apprend par Bill Oswalt que Lester est en cellule.

Mr. Numbers, Lester et Mr. Wrench (Adam Goldberg, Martin Freeman et Russell Harvard)

Lester dénonce Malvo aux tueurs de Fargo juste avant que Bill Oswalt et Molly ne viennent le chercher, mal en point. Il est conduit à l'hôpital avec une forte fièvre. Les deux tueurs sont relâchés peu après. Malvo tente de soutirer anonymement plus d'argent à Milos qui décide de payer sous la menace et parce qu'il culpabilise sur l'origine de sa fortune. Molly patiente à l'hôpital où le docteur qui a pris en charge Lester lui révèle qu'il a trouvé dans la main de dernier un plomb de chevrotine ayant causé une infection - Solverson comprend que ce plomb provient du fusil qui a tué Thurman. Au lieu de déposer la somme réclamée par Malvo à l'endroit convenu, Milos la cache où il avait vingt ans plus tôt trouvé une mallette pleine d'argent, sous la neige en bord de route. Malvo, ne voyant pas Milos, rentre à Bemidji tandis qu'une tempête de neige s'annonce. 

Chaz Nygaard (Joshua Cole)

Les deux tueurs de Fargo sortent à leur tour du poste de police et reconnaissent Malvo dans sa voiture qui rentre à Bemidji. La tempête de neige s'intensifie. Lester se réveille à l'hôpital et en sort. Il rentre chez lui, prend le marteau avec lequel il a tué sa femme et des photos d'elle en petite tenue, puis va chez son frère cadet, Chaz, qui l'a toujours méprisé et y cache l'arme du crime et les clichés, puis cache un revolver dans le sac à dos de son neveu. Puis il rentre à l'hôpital ni vu ni connu. Gus donne rendez-vous à Molly au bar-restaurant que tient le père de cette dernière lorsqu'ils sont alertés par des détonations dehors. Les deux tueurs de Fargo poursuivent Malvo mais progressent à l'aveugle dans un épais brouillard neigeux. Malvo tue Mr. Numbers qui lui livre le nom de son patron. Molly blesse Mr. Wrench. Et Gus tire accidentellement sur Molly après avoir trouvé le corps de Numbers.

Lester et Gina Hess (Martin Freeman et Kate Walsh)

Malvo se rend à Fargo et pénètre incognito dans l'immeuble qui sert de repaire à la pègre locale pour y commettre un massacre contre les associés de Hess. Deux agents du F.B.I., Budge et Pepper, en planque à cet endroit, assistent à la scène impuissants. Après avoir trouvé le revolver dans le sac à dos du neveu de Lester, son école appelle Bill Oswalt qui se rend chez les parents. Une perquisition permet à la police de trouver dans les affaires de Chaz Nygaard le marteau et les photos de la femme de son frère. A l'hôpital, Lester reçoit son bon de sortie tandis que Molly se remet en compagnie de Gus à son chevet. Bill vient les informer de l'arrestation de Chaz pour le meurtre de la femme de Lester et de Thurman. De retour au travail, Lester reçoit la visite de Gina Hess, furieuse d'apprendre qu'elle ne touchera aucune indemnité, mais il lui explique que c'est la faute de Sam qui ne payait plus ses cotisations. Linda, la collègue de Lester, est impressionné par la manière dont il a réglé ce contentieux. 

Lester et le shérif Bill Oswalt (Martin Freeman et Bob Odenkirk)

Lester répond à la convocation de Bill au poste de police au sujet de son frère et il en profite pour le charger en racontant qu'il avait découvert qu'il avait une liaison avec sa défunte femme puis avait surpris une dispute entre eux, conclue par le meurtre de cette dernière. Lester a d'abord voulu couvrir son frère mais ensuite il explique que celui-ci a tué Thurman. Chaz va donc être inculpé pour les deux meurtres et son frère ne sera plus inquiété. Les agents Pepper et Budge sont sanctionnés pour le massacre de Fargo et rétrogradés aux archives du F.B.I.. Mais ils commencent alors à chercher des infos concernant le tueur dont ils ont obtenu une photo grâce à une caméra de surveillance de l'immeuble où a eu lieu la tuerie. 

Le shérif adjoint Molly Solverson (Allison Tolman)

2007. Un an s'est écoulé et bien des choses ont changé. Molly est enceinte de Gus avec qui elle vit mais qui a quitté la police pour devenir facteur. Lester s'est remarié avec Linda et reçoit à Las Vegas le prix du meilleur agent d'assurances de l'année. Après la cérémonie, tandis que Linda va se coucher, il s'offre un dernier verre au bar de l'hôtel. Et il reconnaît à quelques tables du comptoir Malvo, malgré ses cheveux décolorés, en train de discuter avec un couple. Pour en avoir le coeur net, il l'aborde mais Malvo fait comme s'il ignorait qui il est et s'éloigne avec le couple. Lester hésite puis se glisse dans l'ascenseur qu'ils prennent. Malvo, agacé, abat alors le couple et ordonne à Lester de l'aider à se débarrasser des deux corps. Mais il préfère s'enfuir et réveiller Linda pour rentrer aussitôt à Bemidji. Toujours consignés aux archives, les agents Pepper et Budge apprennent par un collègue le double meurtre de Las Vegas et comparent la photo du suspect prise par une caméra de surveillance et celle qu'ils ont gardée du massacre de Fargo : c'est le même homme. Mieux : c'est aussi celui signalé il y a un an dans des homicides commis à Bemidji. 

Lester, les agents Pepper et Budge, Molly et Bob
(Martin Freeman, Jordan Peele, Keegan-Michael Key, Allison Tolman et Bob Odenkirk)

Pepper et Budge rencontrent Molly et tous les trois prouvent à Bill que c'est le même homme qui est mêlé aux meurtres de Fargo, Las Vegas et Bemidji. Lester annonce à Linda qu'il l'emmène en lune de miel à Acapulco dès ce soir. Elle boucle leurs bagages puis ils passent à l'agence pour qu'elle prenne de l'argent et leurs passeports. Lester voit alors Malvo abattre la jeune femme et comprendre qu'il s'est trompé en croyant le tuer. Lester passe un coup de fil anonyme pour prévenir la police puis va au bar-restaurant du père de Molly. Peu après, il reçoit un appel le prévenant de la mort de Linda. Au poste de police en présence de Budge, Pepper et Bill, Molly cherche à l'intimider en lui expliquant que le tueur de Bemidji, Fargo et Las Vegas est à ses trousses. Il est reconduit chez lui, escorté par les deux agents du FBI. Ayant appris par son beau-père que Malvo est de retour, Gus part rejoindre Molly au poste et, en route, croise la voiture de Lester, celle des agents du FBI et celle de Malvo. Il repère une cabane et s'y arrête puis y entre avant de découvrir des armes de Malvo. Ce dernier tue Pepper et Budge qui montaient la garde devant chez Lester puis affronte ce dernier qui le blesse à une jambe et le force à battre en retraite. De retour à sa cabane, Malvo est abattu par Gus qui prévient Molly. Deux semaines plus tard, Lester est retrouvé par la police mais il fuit en direction d'un lac gelé. La glace rompt sous son poids et il se noie.

En ayant regardé les trois premières saisons de Fargo à rebours, en commençant par la dernière (et la plus réussie), j'ai pu apprécier la progression constante de l'écriture des histoires tordues concoctées par Noah Hawley inspirées par le film de Joel et Ethan Coen.

Arrivé au début de l'aventure, le constat se confirme : la série est partie correctement pour atteindre des sommets, mais l'écart qualitatif entre les saisons 1 et 3 souligne à la fois la maîtrise du scénariste aujourd'hui et ses débuts besogneux.

Qu'on ne s'y trompe pas : Fargo an 1 est loin d'être mauvais, mais il le doit essentiellement à ce qui a toujours fait sa force, c'est-à-dire son prodigieux casting. Ici, on trouve déjà des pointures comme Bob Odenkirk (Breaking bad/Better call Saul), Kate Walsh (Grey's anatomy/Private practice) et Martin Freeman (Sherlock), tous trois parfaits dans les rôles d'un shérif idiot, d'une veuve joyeuse et d'un brave couillon à la perversité en sommeil. Toutefois, c'est Billy Bob Thornton (Un faux mouvement, Bad Santa) qui domine l'ensemble : coiffé d'un invraisemblable toupet, il est irrésistible en tueur implacable, impassible et susceptible.

Mais sorti de ça, l'intrigue est trop brouillonne et capillotractée pour convaincre et distraire. Hawley est bien connu pour son génie certain à inventer des récits à tiroirs, mais là il en abuse au point d'aller parfois tout droit dans des impasses. 

L'exemple le plus frappant concerne l'histoire secondaire avec le chantage dont fait l'objet Stravos Milos (joué par Oliver Platt). Le maître-chanteur est vite identifié par Lorne Malvo, le tueur campé par Thornton, mais la suite est piètrement développée. Finalement, la rançon ne sera jamais versée, le maître-chanteur est liquidé au terme de rebondissements inracontables, et Malvo qui avait pris la relève pour vider les poches du riche "roi des supermarchés" s'en retourne à ses basses oeuvres comme si lui aussi s'était rendu compte que ça ne rimait à rien.

Hawley n'échappe pas non plus à un comique de répétitions plus lassant que drôle en faisant de Lester la proie de Molly Solverson (incarnée par Allison Tolman, qui ne réussit jamais à faire oublier le personnage de flic pleine de bon sens qu'était Gloria Burgle dans la saison 3, génialement jouée par Carrie Coon) et qui tente à plusieurs reprises de le confondre (chez lui, sur son lieu de travail, au poste de police). Aussi mollassonne que têtue, l'adjointe du shérif semble ne jamais savoir sur quel pied danser, refusant de brusquer ce coupable évident sans jamais braver le règlement ou dire ses quatre vérités à son supérieur, un parfait abruti conscient qu'il ne doit sa place qu'à son ancienneté.

Quant à la romance entre Gus Grimly et Molly, elle est menée trop prévisiblement dès le début pour satisfaire. Le couple Allison Tolman-Colin Hanks (fils de Tom) manque cruellement de charisme au point qu'on se fiche un peu d'eux au lieu de trembler pour eux. Malvo n'a pas de mal à à avoir toujours un coup d'avance sur ces pieds-tendres. Et c'est delà que surgit le malaise...

En effet, la série Fargo, comme le film dont elle s'inspire, a pour héros de gentils ploucs et de méchants culs-terreux. Souvent un corps étranger et citadin s'immisce entre eux et déséquilibre leurs rapports et bien entendu, c'est cet élément importé qui est le plus malin, le plus vicieux, le plus dangereux. Dans les saisons suivantes, la conduite du récit épargne les innocents campagnards du sarcasme. Ici, Hawley les couve d'un regard plus hautain, condescendant, voire dédaigneux, qui devient gênant, non pas moralement (le grand méchant loup, Malvo, sera dûment châtié) mais humainement. Il les observe et les filme comme des ploucs pugnaces mais aussi chanceux. 

On espère presque à la fin qu'une dose de malice relève un peu le plat mais même Lester connaît une fin minable, qui achève de faire de cette saison 1 la plus faible de la collection, la plus ennuyeuse, la plus tarabiscotée. On retiendra davantage la présence du tueur sourd et muet qui figure également dans la saison 3.

Bref, c'est une déception et il est inutile de s'y attarder. Depuis, Fargo est devenue bien meilleure et j'attends avec impatience sa saison 4, avec Chris Rock dans le premier rôle pour une histoire que Noah Hawley aurait imaginée en relisant la saga du Quatrième Monde de Jack Kirby !