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lundi 29 octobre 2018

BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC, de Doug Liman


Il est rare de voir un biopic traité sous la forme d'une comédie, et c'est pourquoi la démarche de Doug Liman pour raconter la vie de Barry Seal est étonnante et réjouissante (même si ça finit mal). Incroyable mais vrai (même si le scénario prend quelques libertés), ce récit permet aussi de retrouver Tom Cruise dans un registre où il excelle, mais où bien peu de cinéastes l'utilisent.

 Monty Schafer et Barry Seal (Domnhall Gleeson et Tom Cruise)

1978. Pilote de ligne pour la compagnie TWA, Barry Seal est recruté par l'agent de la CIA Monty Schafer qui sait qu'il fait passer en douce aux Etats-Unis des cigares cubains malgré l'embargo. La mission qu'il lui confie : effectuer des vols de reconnaissance au-dessus de Cuba et prendre des photos grâce à une caméra embarquée. Barry accepte mais le cache à sa femme, Lucy, en lui racontant qu'il a obtenu une promotion.

Schafer et Seal

Années 80. Schafer confie à Barry du courrier pour le général Noriega en Panama. Mais durant une de ses expéditions, Barry est capturé par le cartel de Medellin qui lui commande de livrer de la cocaïne en Louisiane à bord de son avion. La CIA ferme les yeux sur cette activité mais pas la DEA. Aussi pour protéger les Seal, Schafer les fait déménager à Mena dans l'Arkansas.

Barry Seal et les Contras nicaraguayens

Schafer demande à présent à Barry de livrer des armes aux Contras du Nicaragua basés au Honduras. Barry réalise vite que ces révolutionnaires ne prennent pas leur leur mission au sérieux, préférant s'enrichir rapidement grâce aux américains. Il leur propose un deal juteux consistant à revendre les armes au cartel de drogues en se partageant le butin. Pendant ce temps, la CIA installe à Mena une base d'entraînement pour les Contras mais la plupart s'en enfuit dès leur arrivée.

Barry et Lucy Seal (Tom Cruise et Sarah Wright)

Barry amasse très vite une telle fortune qu'il est obligé d'enterrer l'argent dans des valises au fond de son jardin. Il embauche d'autres pilotes pour l'accompagner en mission et commence à consommer de la cocaïne pour supporter les cadences infernales que lui imposent la CIA, les cartels et les Contras. Son beau-frère, un bon à rien, JB, surgit sur ces entrefaites et devine vite les manigances de Barry. Il se fait arrêter avec une valise pleine de billets par les shérif Downing de Mena. Barry le fait libérer sous caution et l'envoie à Bora Bora mais JB cherche à lui extorquer plus d'argent en menaçant de le dénoncer aux autorités. Il sera tué dans l'explosion de sa voiture sur ordre de Jorge Ochoa.
Barry et Schafer

Cet incident va sonner la fin des festivités. La CIA stoppe le programme et lâche Barry. Il est arrêté à la fois par la DEA, l'ATF et la police de l'Etat d'Arkansas. Pour échapper à un procès et à la prison, Barry conclut un arrangement avec le gouvernement qui veut des preuves photographiques du trafic de drogues des Sandinistes liés au cartel de Medellin. Les clichés servent à une propagande contre le Nicaragua et expose Barry publiquement. 

La DEA, l'ATF et la police d'Etat arrêtent Barry

SEal écope finalement d'une peine de mille heures de travaux d'intérêt général. Sa femme le quitte et il est obligé de dormir chaque nuit dans un motel différent. Cela n'empêchera pas des assassins envoyés par Pablo Escobar de le tuer. La CIA détruit tous les documents qui le relie à lui mais l'agence sera quand même éclaboussée par le scandale des révélations établissant les relations entre l'Iran et les Contras.

Tom Cruise et le vrai Barry Seal

Gary Spinelli a initié le projet de ce long métrage en découvrant l'existence de Barry Seal et ses rapports avec les autorités dans les années 70-80 : un sujet en or, tellement énorme et romanesque qu'il fournissait un matériau formidable pour un biopic qui est aussi un récit d'aventures, le portrait d'un pantin et une critique politique.

Mais le coup de génie du scénariste aura été de traiter cela sous la forme d'une comédie, un choix validé par le réalisateur Doug Liman. En cela, le résultat évoque les oeuvres de Billy Wilder par leur ironie mordante : on assiste au parcours du héros avec stupéfaction tout en s'amusant et en appréciant que personne ne soit épargné - ni le personnage principal qui passe de gentil gogo heureux d'échapper à une sanction à véritable escroc et complice en passant par ses multiples commanditaires et complices, sans oublier quelques contrariétés ponctuelles.

Soit donc la trajectoire météorique d'un pilote de ligne qui fait passer des cigares cubains en loucedé malgré l'embargo américain, repéré par la CIA qui lui offre l'impunité contre de menus services. Il s'agit à l'époque d'espionnage dans le contexte de la fin de la guerre froide mais aussi de tensions en Amérique centrale. Mine de rien, le contexte est complexe mais l'histoire est formidablement lisible, pas besoin de se plonger dans un cours magistral. Tout est narré du point de vue de Barry Seal qui découvre en même temps que nous l'entrelacs de réseaux entre authentiques barbouzes et révolutionnaires manipulés avec entre les deux des trafiquants de drogue qui, selon les circonstances, se tirent dans les pattes ou s'allient.

Tout le monde est donc renvoyé dos à dos : la CIA, les Contras (décrits comme de sombres crétins mais aussi de véritables anguilles qui, dès, qu'ils sont introduits aux Etats-Unis s'empressent de filer plutôt que de suivre leur entraînement), les dealers. Une ahurissante galerie de fripouilles aussi bêtes que méchantes, mais motivés par les dollars, l'argent facile, le profit. Le tableau dressé de ce capitalisme sauvage est à la fois glaçant et hilarant car au bout d'un moment on ne sait plus qui y laisse le plus de plumes. Les américains, vaniteux, sont convaincus de contrôler la situation ; les nicaraguayens, désinvoltes, en profitent ; les cartels incarnent des électrons libres et finalement plus dangereux que tous les autres. On devine vite qu'à l'heure des comptes, les floués se vengeront durement.

Jouet, acteur et victime de ce jeu de dominos, Barry Seal est une figure à la fois naïve, jouisseuse, et sacrificielle : il est heureux d'échapper à une condamnation pour les cigares cubains puis encouragé à participer activement à des livraisons d'armes, de cocaïne, grâce auxquelles il amasse un pactole monstrueux. A ce moment-là, le film bascule dans une farce tordante quand on voit le héros littéralement submergé par les narco-dollars qu'il est obligés de les enterrer dans son jardin tout en investissant dans la vie sociale et économique de Mena, Arkansas, dont il devient, en quelque sorte, le citoyen modèle (donnant du boulot aux habitants via des sociétés écrans, soudoyant grassement le shérif pour se débarrasser d'un encombrant beau-frère, embauchant un véritable escadron de pilotes pour le soutenir dans ses livraisons, gâtant sa femme qui se transforme en héroïne de soap avec des bijoux voyants). 

La chute, inévitable, sera dure et ressentie comme injuste par le spectateur qui avait sympathisé avec Barry Seal, à qui Tom Cruise donne un éclat jubilatoire. La star s'est visiblement beaucoup amusé à camper ce personnage extraordinaire et on redécouvre à quel point Cruise est un acteur de comédie fabuleux, même si on l'oublie parce qu'il enchaîne surtout des films d'action (avec, notamment, la franchise Mission : impossible). Ici, c'est le retour de Risky Business en quelque sorte, avec la vedette tout sourire, bondissant, culottée, irrésistible. Lorsque plusieurs organisations d'Etat lui passent les menottes et se disputent la priorité de le faire juger, il ne se départit pas de son assurance, sachant qu'il est l'homme qui en sait trop pour qu'on puisse le faire tomber pour tous autres. La scène est fantastique, surréaliste.

Mais, donc, l'histoire ne se termine pas bien et colore le film d'une teinte amère maline : Seal finira exécuté par les cartels, la CIA cherchera à effacer son nom de ses documents (sans échapper à un scandale annexe). Tout à coup, l'aspect le plus crapoteux, le plus sordide, de cette affaire se révèle et nous fait reconsidérer tous les faits avec un regard plus critique, sévère : Domnhall Gleeson, qui joue l'agent de la CIA responsable du recrutement de Seal et des opérations montés par l'agence, devient le visage à la fois si respectable et infâme d'un Etat qui broie des individus, manipule des pays, se joue des mouvements, en endossant les habits du gendarme mondial.

Par la "petite" aventure de Barry Seal : American Traffic se lit les dossiers les plus vils, encore actuels, des Etats-Unis. Ce divertissement devient alors une leçon, un rappel efficace et judicieux, exemplaire par sa capacité à nous instruire tout en nous distrayant.    

mardi 29 mars 2016

Critique 852 : COLLATERAL, de Michael Mann


COLLATERAL est un film réalisé par Michael Mann, sorti en salles en 2004.
Le scénario est écrit par Stuart Beattie. La photo est signée Dion Beebe et Paul Cameron. La musique est composée par James Newton Howard, avec la collaboration de Clay Duncan et Antonio Pinto.
Dans les rôles principaux, on trouve : Tom Cruise (Vincent), Jamie Foxx (Max), Jada Pinkett-Smith (Annie), Mark Ruffalo (Fanning), Javier Bardem (Felix).
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Max est un chauffeur de taxi à Los Angeles, véhiculant ses client la nuit. Il dépose devant le gratte-ciel où elle a son bureau une procureur, Annie, qui, séduite par la conversation échangée durant son transport, lui laisse sa carte de visite.
Vincent et Max
(Tom Cruise et Jamie Foxx)

Un homme, cheveux gris, costume anthracite, monte dans la voiture de Max et lui offre 600 $ pour qu'il le conduise à cinq rendez-vous professionnels durant la nuit. La somme est si importante qu'elle permettrait à Max de financer son rêve - ouvrir une agence de location de limousines - et il l'accepte.
Vincent et Max

Mais dès la première course, la situation dégénère : Max découvre que Vincent est, en vérité, un tueur professionnel, qui doit exécuter des contrats en supprimant plusieurs témoins à charge pour un procès impliquant son employeur. Le chauffeur n'a d'autre choix que de le convoyer sinon il sait qu'il sera également exécuté.

En laissant ses cadavres derrière lui, tous tués de la même manière (deux balles dans la poitrine, une dans le crâne), Vincent attire l'attention de l'inspecteur Fanning, chargé de la protection de sa première victime. Le policier est convaincu que c'est le même homme qui liquide les témoins et convainc son supérieur puis des agents du FBI, en planque devant l'établissement d'un mafieux, Felix, chez qui Max finira par entrer pour récupérer la liste des cibles de Vincent après avoir réussi à détruire le premier fichier électronique où il avait leurs adresses.
Vincent

Max, après une fusillade spectaculaire dans une discothèque où Fanning trouve la mort alors qu'il allait l'exfiltrer, pense que Vincent finira de toute manière par se débarrasser de lui à l'aube et envoie son taxi dans le décor en espérant s'en sortir tout en neutralisant son passager. Mais le tueur survit et part, seul, remplir son dernier contrat : Annie !
Max et Annie
(Jamie Foxx et Jada Pinkett-Smith)

Max part à sa poursuite, résolu à sauver la jeune femme et à affronter Vincent...

Rediffusé sur W9, donc sans rapport avec "le Printemps du Polar" sur Arte, Collateral aurait pu parfaitement faire partie du cycle de la chaîne franco-allemande. C'est en tout cas un authentique film noir, et même déjà un classique du genre.

Pourtant, comme nombre de grands films, la genèse de ce long métrage n'a pas été un long fleuve tranquille : son scénariste, Stuart Beattie, en rédige la première mouture alors qu'il est encore étudiant. Son script est quand même assez accompli pour attirer l'attention du studio DreamWorks SKG.

Les producteurs songent d'abord à en confier l'adaptation et la réalisation à deux cinéastes de second plan, Mimi Leder (ancienne réalisatrice de la série Urgences) puis Janusz Kaminski (ex-chef opérateur). Mais le projet va stagner de longues années avant que Michael Mann n'en hérite.

C'est parce que l'acteur Russel Crowe est attaché à l'histoire et qu'il a tourné sous la direction de Mann (dans Révélations) que l'affaire reprend forme. Pourtant Crowe se lasse vite car le casting met du temps à se former. Nous sommes alors en 2003 et Mann propose le rôle de Vincent à Tom Cruise qui l'accepte. Adam Sandler est approché pour jouer le rôle de Max, un cotre-emploi pour lui, mais les négociations n'aboutissent pas. Jamie Foxx décroche le job. De même, Val Kilmer, initalement pressenti pour camper l'agent Fanning, se désistera au profit de Mark Ruffalo.

Le scénario est remanié par Frank Darabont (non crédité au générique, il officie donc en qualité de script doctor) avec Beattie, déplaçant l'action de New York à Los Angeles. Mann ambitionne de tourner en une seule nuit, à la manière d'un reportage, en profitant des progrès techniques enregistrés pour une caméra haute définition, mais renoncera à cette idée. Toutefois, la résolution de l'image, testée en pré-production, convainc le metteur en scène qui sait qu'il pourra filmer des scènes nocturnes avec des éclairages réduits et une grande maniabilité pour les mouvements d'appareil.

L'histoire de Collateral séduit par sa simplicité et son ambiance : cette traversée de Los Angeles, la série de contrats de Vincent (culminant par la fusillade dans la discothèque, absolument extraordinaire), les rapports tendus entre le tueur et le chauffeur, les confidences que se font les deux hommes, l'enquête parallèle menée par Fanning (résumée au strict minimum pour ne pas parasiter la première piste narrative), est captivante. 

Tout The American (dont j'ai parlé récemment), l'ombre de Jean-Pierre Melville (une influence revendiquée par Mann) plane sur tout le film, avec son anti-héros, un tueur à gages impitoyable, extrêmement efficace, mais dont on devine l'usure, la lassitude, les failles. Dès son apparition, le spectateur a l'intuition que c'est un voyage sans retour, l'ultime mission de cet homme, qui va se perdre dans la nuit de la cité des anges comme le loup qu'il finira par croiser, lors d'une scène mémorable, surgissant de nulle part avant de retourner aux ténèbres.

Le charisme du personnage est tel, et son interprétation par Tom Cruise, magnétique, minéral, hanté, avec un look fascinant (les cheveux teints en gris, une barbe de trois jours, un costume anthracite élégant), qu'il éclipse celui de Jamie Foxx, dont la prestation, souvent cabotine, peine à donner le change, malgré sa nervosité, sa fébrilité. Difficile de dire si un autre (Adam Sandler, qui aurait été dans un contre-emploi total, ou qui que ce soit) aurait fait mieux, mais le comédien est vraiment exceptionnel, encore une fois (que ceux qui le raillent à cause de son appartenance à l'église de scientologie se rappellent que ses croyances loufoques dans cette secte n'ont rien à voir avec la qualité de son jeu et l'excellence de sa filmographie, sous la direction de très grands cinéastes).

La réalisation est elle aussi fabuleuse : Michael Mann tire le meilleur parti de la caméra HD dont il a disposé (et dont il a fait son instrument favori depuis). La façon dont il filme Los Angeles fait de la ville un personnage à part entière, plus important en fait que Mark Ruffalo (pourtant parfait), Jada Pinkett-Smith (interchangeable) ou Javier Bardem (dans une scène invraisemblable mais néanmoins décisive). La traque dans les bureaux du procureur, plongés dans le noir, est aussi un morceau de bravoure, auquel la photo de Don Beebe et Paul Cameron apportent une intensité affolante.

Ce voyage au bout de la nuit finit mal comme tout bon et vrai film noir, réflexion crépusculaire et sèche sur la fatalité, la mort à l'oeuvre et la chance. Un très grand film par un orfèvre du genre.

jeudi 13 août 2015

Critique 688 : MISSION : IMPOSSIBLE 5 - ROGUE NATION, de Christopher McQuarrie


MISSION : IMPOSSIBLE - ROGUE NATION est le 5ème film adapté de la série télé créée par Bruce Geller (après le 1 en 1996, le 2 en 2000, le 3 en 2006 et le 4 en 2011), produite par J. J. Abrams, Bryan Burk, Tom Cruise et David Ellison.
Christopher McQuarrie signe la réalisation et co-écrit le scénario avec Drew Pearce. La direction artistique est assurée par Andrew Bennett, Matthew Gray et Paul Inglis, avec la photographie de Robert Elswit, les costumes de Joanna Johnston et la musique de Joe Kramer (le thème principal reste celui composé par Lalo Schiffrin).
Le film est sorti en France le 12 Août 2015.
De gauche à droite : Jeremy Renner, Tom Cruise, Sean Harris,
Ving Rhames, Rebecca Ferguson, Alec Baldwin.

Dans les rôles principaux, on trouve : Tom Cruise (Ethan Hunt), Rebecca Ferguson (Ilsa Faust), Jeremy Renner (William Brandt), Ving Rhames (Luther Stickell), Alec Baldwin (Alan Hunley), Sean Harris (Solomon Lane), Simon McBurney (Atlee).
*
ATTENTION ! SPOILERS !
Ethan Hunt
(Tom Cruise)

L'agent Ethan Hunt intercepte avec l'aide de ses collègues Benjamin Dunn et William Brandt une cargaison de gaz toxique à bord d'un avion militaire, destinée à être vendue à un groupe terroriste, le Syndicat. 
Ethan Hunt
(Tom Cruise)

Hunt est capturé dans un magasin de disques vinyles qui sert de relais à l'agence de la Force Mission : Impossible (IMF). Lorsqu'il reprend connaissance, il est prisonnier du criminel Janik Vinter sur le point de le torturer. Mais parmi la bande de ce dernier se trouve une agent double, Ilsa Faust, qui permet à Hunt de s'échapper.

Les méthodes de l'IMF déplaisent en haut lieu : le directeur de la CIA, Alan Hunley, réclame devant une commission sénatoriale sa dissolution tandis que William Brandt essaie, en vain, de gagner du temps.

Quand il reprend contact avec Brandt, Hunt refuse d'abandonner son enquête et prend le maquis. Pendant plusieurs mois, il réussit à tenir la CIA à distance. Mais, pour cela et pour parvenir à trouver le chef du Syndicat, Hunt bénéficie de la complicité de Benjamin Dunn, qu'il attire à Vienne où il pense que le Chancelier autrichien risque d'être assassiné.
Benjamin Dunn
(Simon Pegg)

Durant l'opération, Hunt retrouve sur sa route Ilsa Faust mais ne peut éviter la mort du Chancelier dans l'explosion de sa voiture. Ilsa convainc Hunt de la relâcher en lui promettant de l'aider le moment venu.
Ilsa Faust
(Rebecca Ferguson)

Pour sauver Hunt et Dunn que la CIA a reçu l'ordre d'abattre pour trahison, Brandt obtient le renfort de Luther Stickell. Les deux fugitifs sont au Maroc où leur a donné rendez-vous Ilsa avec laquelle ils se préparent un fichier convoité par le Syndicat, qu'elle a infiltré, et protégé dans un centre de haute sécurité.

Le vol du fichier réussit mais Ilsa trahit Hunt et Dunn en s'en emparant et en prenant la fuite au cours d'une course-poursuite dans les rues de la ville et ses environs. A nouveau, elle réussit à semer tout le monde. 
Ethan Hunt
(Tom Cruise)

Mais Dunn a eu le temps de faire une copie du fichier et en découvre, avec Brandt, Stickell et Hunt, le contenu : il s'agit d'une "boîte rouge", qui ne peut être ouverte que par le Premier ministre anglais.
William Brandt et Luther Stickell
(Jeremy Renner et Ving Rhames)

Ilsa est déjà à Londres où elle rencontre Atlee, son supérieur, qui lui ordonne, au risque de sa vie, de remettre le fichier à Solomon Lane, le chef du Syndicat. Mais, tandis qu'il la menace de la livrer à la CIA si elle refuse, il copie le fichier en vidant la clé usb dans laquelle il est contenu. 

Acculée, la jeune femme obéit mais Lane découvre que le fichier a été vidé et lui conseille de le récupérer. Ilsa s'en remet à Hunt à qui elle donne rendez-vous dans une gare bondée pour lui proposer une alliance contre tous ceux qui les veulent morts (la CIA, Atlee, Lane). 
Ilsa Faust
(Rebecca Ferguson)

Durant leur discussion, alors qu'ils sont surveillés par Brandt, Stickell et Dunn, ce ce dernier est enlevé par Vinter dont Lane se sert contre Hunt : il lui rendra son ami vivant contre une copie du fichier.
Solomon Lane
(Sean Harris)

Hunt convainc avec difficulté Brandt et Stickell de l'aider à kidnapper le Premier ministre anglais. Mais Brandt contacte aussi discrètement Hunley pour l'informer du plan de Hunt. Hunley se rend à Londres où il prévient aussitôt Atlee de la menace.
Atlee et Hunley
(Simon McBurney et Alec Baldwin)

Le premier ministre anglais, qui participe à une vente aux enchères caritative, s'absente pour rejoindre Atlee et Hunley. Hunt a usurpé l'identité de Atlee, grâce à un masque, et administre un sérum de vérité au ministre auquel il extirpe les informations nécessaires à la lecture du fichier, qu'ouvre à distance Stickell : il recèle des informations sur les origines et le financement du Syndicat, lancé pour neutraliser les ennemis à l'intérieur et à l'extérieur des services de renseignements britanniques avant d'échapper au contrôle d'Atlee. 
Ethan Hunt et William Brandt
(Tom Cruise et Jeremy Renner)

Ces révélations bouleversent Hunley qui accepte de laisser Hunt et son équipe boucler leur mission, au terme de laquelle ils seront réhabilités.

Hunt appelle Lane et convient d'un endroit pour procéder à l'échange du fichier avec Dunn. Mais Lane veut se débarrasser de Hunt et ses acolytes. Une course-poursuite dans Londres la nuit, entre les hommes du Syndicat et leurs adversaires, tourne à l'avantage de ces derniers jusqu'à la capture de Lane.
Ilsa Faust et Ethan Hunt
(Rebecca Ferguson et Tom Cruise)

Ilsa préfère s'en aller de son côté, tandis que de retour à Washington devant la commission sénatoriale, Hunley renonce, comme promis, à la dissolution de l'IMF.

Presque vingt ans après la première adaptation par Brian De Palma de la série télé créée par Bruce Geller, Mission : Impossible revient pour un cinquième film. Et il s'agit sans doute de l'épisode le plus réussi de la franchise, produite et interprétée par Tom Cruise.

Aux manettes, bien que Cruise ait, semble-t-il, voulu conserver Brad Bird (qui avait réalisé Mission : Impossible 4 - Protocole Fantôme en 2011), on trouve Christopher McQuarrie, un familier de la star puisqu'il l'avait déjà dirigé dans l'excellent Jack Reacher (conçu, là aussi, comme le premier volet d'une nouvelle franchise). Pour les cinéphiles, McQuarrie est aussi le scénariste du premier long métrage de Bryan Singer, le cultissime Usual Suspects.

On retrouve dans le script de McQuarrie, co-écrit avec Drew Pearce, le goût qu'a celui-ci pour les intrigues touffues, les personnages ambivalents, et le grand spectacle intelligent. Il est en effet question de héros pris pour des criminels en cavale, aux prises avec une affaire compliquée, un ennemi qui a le plus souvent une longueur d'avance, et pris dans ce tourbillon un individu dont on se demande pendant longtemps pour quel camp il joue. Mais il y a aussi une volonté de produire un divertissement très efficace, mené sur un rythme infernal, dans des décors spectaculaires, et bien entendu une fin ouverte (Mission : Impossible 6 est déjà annoncé, et confirmé depuis le triomphe de ce cinquième volet - le plus gros succès de Tom Cruise au box office américain depuis La Guerre des Mondes, réalisé par Steven Spielberg en 2005 !).

L'histoire est d'une grande densité mais reste toujours lisible, même si le spectateur comprend l'intrigue à la même vitesse que le héros : l'effet est garanti, on découvre l'ampleur de la menace, la réalité des dangers, la nature réelle de certains personnages, au fur et à mesure. La tension est constante tout du long des 127 minutes du film, et le scénario alterne à la perfection les scènes d'exposition (où les dialogues entre les protagonistes explicitent les situations qu'ils ont traversées) et d'action (où le récit s'emballe et rebondit jusqu'à l'étape suivante de l'intrigue).

En démarrant le film par une scène déjà anthologique, où Hunt/Cruise s'accroche à la porte d'embarquement d'un avion militaire en train de décoller, on pouvait craindre que McQuarrie n'ait plus rien d'équivalent ou de plus fort à proposer ensuite. Mais Mission : Impossible 5 comporte un lot de morceaux de bravoure suffisamment impressionnant pour ne pas décevoir les amateurs de sensations fortes : une plongée en apnée dans le réservoir hydraulique d'une centrale électrique et surtout une ahurissante poursuite à moto au Maroc en attestent. La séquence à moto en particulier est bluffante, surtout en ayant à l'esprit que ni Cruise ni Rebecca Ferguson n'ont été doublés !

Il y a également de superbes scènes de combat, comme celle dans la salle de torture au début ou, celle, fantastique, à la fin, dans les rues de Londres la nuit, digne d'un film noir des années 50. C'est juste assez too much pour qu'on les apprécie sans souffrir de l'exagération inhérente au cinéma d'action à grand spectacle hollywoodien. Hunt est effectivement un super espion, quasiment indestructible (à peine boîte-il après ses plus folles gamelles, et peu de coups l'entame physiquement, sans parler de sa volonté de fer), mais si on accepte cet irréalisme fantaisiste, alors rien ne viendra entamer le plaisir de suivre ses invraisemblables péripéties.

La réalisation est donc très solide : McQuarrie ne fait pas preuve d'une originalité particulière dans ce domaine (on est loin des plans sophistiqués d'un De Palma, mais aussi des effets ridicules d'un John Woo), mais le cahier des charges est largement rempli. De toute manière, dans ce type de production, où la star contrôle tout, le cinéaste est en service commandé : il n'est pas question d'essayer d'imposer une vision particulière, seul le script peut autoriser quelques audaces (même si McQuarrie suggérait plus d'ironie dans Jack Reacher en flirtant avec la parodie). 

L'intégration des effets spéciaux est tellement aboutie qu'on ne les remarque même plus, et comme le spectateur un peu informé sait que les cascades de Tom Cruise sont effectués par lui-même, sans filet, on est saisi par ce délicieux frisson d'un cinéma à la fois très moderne (par la technicité de ses conditions de tournage) et "à l'ancienne" (tout n'est pas truqué en post-production grâce à la magie numérique).

L'argent est sur l'écran, mais pas que : la photo est soigné, le montage nerveux sans être haché. Le film nous fait voyager (Washington, Londres, Cuba, le Maroc...), offrant diverses ambiances, dans des décors bien exploités. Le tout sur une formidable bande sonore où Joe Kraemer rend plusieurs fois un bel hommage au score originel de Lalo Schiffrin.

Enfin, le casting est impeccable : dans des seconds rôles bien taillés, on retrouve avec plaisir Jeremy Renner (un temps annoncé comme le successeur de Cruise à la tête de la franchise, avant que les financiers ne constatent que la star était encore bankable) et Ving Rhames (seul autre personnage présent dans tous les épisodes). Alec Baldwin et Simon McBurney (qui jouait déjà une fripouille dans Magic in the moonlight de Woody Allen) sont épatants en patrons rigides de leurs officines d'espions. Sean Harris campe un méchant bien glaçant, avec une bien vilaine tronche. Quant à Simon Pegg, il revient après l'épisode précédent et une présence sensiblement augmentée, apportant la note d'humour indispensable.

Tom Cruise est toujours irréprochable : regard d'acier, mâchoire serrée, son charisme naturel s'est épaissi avec l'âge, donnant à la saga une perspective dans le temps très troublante, qui a vu Ethan Hunt passer du disciple trahi de Jim Phelps à la tête brûlé à l'amoureux obligé de sacrifier sa vie de couple et maintenant chef de bande. Les performances physiques qu'il livre à 53 ans sont scotchantes, il paie vraiment de sa personne pour cette franchise. Mais surtout il compose avec toujours beaucoup de sobriété, ce qui confère un équilibre avec les délires spectaculaires de l'intrigue.

La révélation de cet épisode est Rebecca Ferguson, qui est de très loin la meilleure "Hunt's girl" de la série. McQuarrie y a, c'est évident, porté une attention spéciale en souhaitant en faire l'égale du héros et pas seulement un faire-valoir de charme. L'actrice a une séduction fascinante, c'est certain, mais elle joue divinement bien cet agent double (et même triple) déterminé et livré à elle-même. Elle mériterait de revenir pour la prochain Mission (mais ça semble bien improbable hélas !).

Blockbuster efficace en diable, mais qui donne du grain à moudre au spectateur, cette Rogue Nation est un opus majeur dans sa catégorie, assurément le sommet de la collection. En opposant l'IMF à des dissidents des services secrets britanniques, le film adresse un clin d'oeil savoureux, presque un défi à l'espion le plus célèbre de sa Majesté, qui fera son retour à la fin de l'année. Mais James Bond aura fort à faire pour égaler et même dépasser le brio de cette 5ème Mission : Impossible.