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vendredi 4 février 2022

DARK KNIGHTS OF STEEL #4, de Tom Taylor et Bengal


Dark Knights of Steel arrive au terme du premier tiers de son histoire et Tom Taylor a choisi ce moment stratégique pour proposer une sorte d'origin story. Une pause en somme dans un récit échevelé. Mais ne croyez pas que le scénariste profite de cela pour faire du remplissage avant de passer à la suite... Yasmine Putri se contente de signer la couverture du numéro, laissant à Bengal le soin de dessiner les planches.


Dans le cratère formé par le crash du météore dans les terres du seigneur Magnus, Alfred raconte à Bruce comment tout a commencé. Témoin de l'arrivée de El, l'écuyer a observé le couple s'installer d'abord à l'écart. Mais un volcan voisin du château Wayne menaçait d'entrer en éruption...


Jor El communiqua au conseiller des Wayne, Lex Luthor, un message pour expliquer comment protéger leur château. Luthor ignora cela et quand le volcan se manifesta, Jor El surgit à la cour pour l'alerter. Avec sa femme Lara, il contint l'éruption, sauvant des vies, et devenant un héros.


Par la suite, adulé par la reine Martha, Jor apprit que Thomas ne pouvait lui donner d'enfant. Une nuit suffit. Et neuf mois plus tard naquit Bruce. Thomas pardonna à sa femme comme Lara à Jor. Et Kal-El devint le meilleur ami de l'héritier du trône.


Mais ce bonheur fut brisé par l'attaque vengeresse de l'Homme Vert qui tua Thomas et Martha Wayne, laquelle confia Bruce à Lara et Jor El, qui devinrent les nouveaux maîtres du royaume... Aujourd'hui, Bruce et Alfred repartent traquer l'Homme Vert.

Les mini-séries en douze parties (mais peu importe le nombre d'épisodes en vérité) se doivent d'être bien structurées pour apporter au lecteur du plaisir. Si le récit n'est pas bien bâti et rythmé, non seulement on le remarque assez vite mais surtout c'est irrécupérable.

Certains auteurs découpent donc leur narration en blocs, qui sont limitésà chaque quart ou tiers ou moitié de la mini-série. Ce sont autant d'étapes pour développer l'intrigue et pour que le lecteur les apprécie. Il s'agit moins de marquer des temps d'arrêt que de faire respirer l'ensemble. Ce n'est pas un sprint qu'on gagne en allant plus vite que la musique mais une course de fond où il faut savoir ménager ses effets et le fan.

Tom Taylor sait tout cela et parce qu'il est parfaitement dans son élément dans le cadre d'une histoire telle que Dark Knights of Steel, on sent qu'il a bien préparé son coup. On sent que ce quatrième épisode arrive pile au moment où il avait prévu de le dévoiler, après trois premiers chapitres survoltés. Il peut se permettre, en confiance, de lâcher un peu de leste, sans renoncer à quelques suprises.

Nous apprenons donc les origines de Bruce Wayne dans ce cadre médiéval et fantastique. Nous savions déjà qu'il était un bâtard, demi-frère de Kal-El, fils de Jor El. Mais comment cela s'était-il passé ? En vérité, ce secret explique plus largement là où on en est au temps présent de l'histoire puisque, par la voix d'Alfred, l'écuyer de Bruce, on découvre comment les El sont arrivés sur Terre, vivant d'abord à l'écart de tout et élevant leur fils avec amour.

Taylor invente une menace naturelle un peu grossière, en tout cas pas très subtile, pour justifier que les El sauvent les Wayne et leur peuple. Cette action d'éclat va produire deux réactions : l'une positive avec le rapprochement des deux familles, l'autre négative avec ce qui aboutira à la naissance de l'Homme Vert (je ne vous spoilerai pas son identité véritable, mais c'est une idée très efficace, un mash-up audacieux et terrifiant).

Avec cette manoeuvre, Taylor fait donc d'une pierre deux coups. On reconnaît une habilité épatante, mais surtout un sens du tempo éprouvé : c'est la force de ce scénariste qui n'est pas génial mais un conteur aguerri et qui profite à fond de la liberté que lui offre ce type de "Elseworlds". Surtout, il est évident que déplacer les codes du récit super-héroïque et ses personnages emblématiques dans un cadre incongru n'est pas le seul intérêt, un peu exotique en somme, du projet. En pouvant mixer des éléments impossibles dans la continuité, Taylor joue avec excellence sur le renouvellement des menaces et donc réinjecte de l'imprévu dans un genre où on croit toujours avoir tout lu, tout vu.

Yasmine Putri profite de cet interlude pour souffler, elle ne réalise que la couverture. Bengal la remplace pour les pages intérieures et c'est un choix agréable, bien que ce soit un artiste inégal, parfois un peu léger. D'abord parce que la nature même de l'épisode rend tolérable qu'un autre le dessine, mais aussi par que Bengal a un style qui ne jure pas avec celui de Putri. Enfin, il rend une copie très aboutie, qui prouve son investissement dans une mission ingrate par définition (suppléer une artiste de qualité supérieure dans une série où on ne fait que passer).

N'empêche, DC serait bien avisé de refaire appel à Bengal si, comme c'est prévisible, Putri a encore besoin de refaire une pause et a fortiori dans un numéro adapté (qui révélerait d'autres secrets du passé). C'est un fill-in de qualité.

Surtout Arif Prianto continue d'assurer les couleurs et conserve une cohérence esthétique à la série, ce qui est appréciable, parce que la palette employée est belle mais participe vraiment à l'attractivité visuelle de Dark Knights of Steel.

C'est du tout bon, et ça fait du bien. On pouvait craindre que ce quatrième épisode ne tienne pas les belles promesses affichées depuis le début, mais le savoir-faire de Taylor et le professionnalisme de Bengal rassurent pleinement.  

mardi 19 octobre 2021

BATMAN #115, de James Tynion Iv, Bengal et Jorge Jimenez - FEAR STATE

 

Oula ! C'est pas bon du tout ! Ce que je craignais se réalise dans ce Batman #115, nouveau chapitre de Fear State : l'histoire écrite par James Tynion IV est en train de se barrer en sucette, cet épisode est vraiment médiocre. Inutile de faire durer le suspense. Pour ne rien arranger, Jorge Jimenez est quasiment aux abonnés absents, ne signant qu'une poignée de pages, laissant Bengal assurer le reste, sans grand talent. Va falloir que tout ce beau monde se retrousse les manches pour la prochaine étape.



Peacemaker X mort, Simon Saint est aux abois car Sean Mahoney est introuvable. C'est alors qu'un de ses techniciens l'aborde pour lui signaler que Queen Ivy s'est réfugiée dans les sous-sols de Gotham, et qu'elle pourrait à tout moment provoquer l'effondrement de la ville.


Sean Mahoney fuit les Gardiens de la Paix à ses trousses en passant par les égouts. C'est ce moment-là que choisit l'Epouvantail pour enfin aborder l'ancien Gardien de la Paix 01 et lui proposer d'accomplir sa mission en acceptant de se prêter à une expérience...


Cependant, Molly Miracle entraîne Batman jusqu'au repaire du Collectif Insensé. Là se trouve une machine conçue par Maître Wyze, le leader du Collectif Insensé, et qu'elle a perfectionnée. Malheureusement, l'Epouvantail s'en est emparé mais Molly pense pouvoir la localiser.


Dans les sous-sols de Gotham, Maître Wyze révèle à Queen Ivy l'avoir connu lorsqu'ils étaient tous deux internés à Arkham. Il y avait dessiné les plans de sa machine à effacer la mémoire avec le Châpelier Fou. Mais la conversation est interrompue lorsque Ivy sent les troupes de Saint arriver...

L'introduction à cette critique peut paraître alarmiste mais il faut dresser un constat lucide de cet épisode et en conclure honnêtement qu'il déçoit beaucoup. C'est en vérité comme si James Tynion IV était rattrapé par ses excès et c'est visible dès la première scène. Détaillons cela.

Tout commence dans la forteresse volante de Simon Saint qui vient d'assister, par écran interposé, à la mort de son Gardien de la Paix X au terme de son affrontement avec Sean Mahoney, qui est sous l'emprise de l'Epouvantail. La réaction du milliardaire est tellement hystérique qu'elle donne en quelque sorte le la à ce qui va suivre : un enchaînement ininterrompu de scènes souvent grotesques, qui fatigue mais surtout nuise au récit jusqu'à le plomber. Définitivement ? On le saura vite, dans deux semaines, en lisant Batman #116.

Avant cela, il faut donc en passer par un chapitre complètement foiré où James Tynion IV semble souvent dépassé par ce qu'il a mis en scène. Tout d'abord, comme j'ai déjà eu l'occasion de le relever, la série s'est trouvée doté sous sa direction d'un casting de supporting characters important, voire excessif. Il y avait là une volonté évidente de réformer/reformer une Bat-family, mais en l'élargissant avec des éléments inédits (Ghost-Maker) ou inattendus (Harley Quinn). Pourquoi pas après tout ?

Reste que dans une intrigue déjà bien dense comme celle de Fear State, à laquelle il a fallu tout un arc (The Cowardly Lot) pour se mettre en ordre de marche, le trop est franchement l'ennemi du bien, et il est impossible en l'état de faire de la place pour tout le monde, quand bien même les personnages ont de quoi faire avec la menace qui s'est abattue sur Gotham (on le voit au détour d'une double page).

Comme il est désormais évident que les scénaristes des séries attachées à l'event n'ont pas eu leur mot à dire sur l'intrigue principale conçue par Tynion, tous les personnages dont il n'a pas la charge directe suivent à pas forcé une histoire où leurs actions impactent peu, voire pas du tout, ce qui se passe dans Batman. Et donc, la Bat-family étendue qu'a voulue Tynion se trouve déconnectée de Batman : un comble.

Résultat : dans cet épisode, Batman passe son temps avec Molly Miracle, et tous ses alliés sont absents alors qu'en toute logique ils devraient l'aider. C'est a minima le rôle dévolu à Ghost-Maker, mais ne le cherchez pas, vous le verrez pas dans cet épisode alors qu'il a contribué à la progression du récit de manière décisive dans le précédent numéro !

D'un autre côté, si on veut quand même tirer du positif de tout cela, on peut dire que le paysage s'en trouve nettement dégagé et le parcours des personnages dans cet épisode est plus simple à suivre. Vous avez Simon Saint qui perd ses nerfs dans sa soucoupe au-dessus de Gotham, vous avez Sean Mahoney qui est récupéré par l'Epouvantail, vous avez Batman et Molly Miracle qui tentent de récupérer une machine qui contrerait l'Epouvantail (mais pas de bol, il a déjà la main dessus), et vous avez Queen Ivy dans son sous-sol qui s'apprête à affronter les Gardiens de la Paix envoyés par Saint. Six protagonistes.

Le rythme est bon, mais ça, Tynion maîtrise depuis le début. Malheureusement, on garde ce sentiment tenace depuis deux-trois épisodes que, même si ça va vite, les épisodes pourraient être plus resserrés, moins éparpillés, que des scènes pourraient être coupées au montage sans que cela ne gêne personne. Par exemple, ici, on a droit à une bagarre entre Batman et un membre du Collectif Insensé contrôlé par l'Epouvantail qui ne sert à rien, absolument à rien, sinon à assurer le quota de baston. Mais quand on comprend qu'en vérité le vrai thème de Fear State, c'est le contrôle mental, bon, une scène de baston en moins, ce serait un service à rendre à toute l'histoire.

Au coeur de l'épisode, en fait, ce qui embarrasse, c'est la grossiéreté du procédé de Tynion : cette machine à effacer les traumas inventée par Maître Wyze et perfectionnée par Molly Miracle arrive trop à point nommé pour préparer la conclusion de l'event et justifier la victoire de Batman (même si elle s'accompagnera certainement d'une casse notable puisque, on le sait, DC ayant spoilé allègrement, Batman quittera Gotham au terme de cette aventure). Idem pour Sean Mahoney qui passe des mains d'un vilain (Saint) à celles d'un autre (l'Epouvantail) comme un pantin pathétique, sans qu'on n'en ait plus rien à faire : il s'agit moins d'un personnage que d'un outil narratif, d'un élément dramatique que d'un être. Les ficelles sont grosses comme des cables à présent et cela nuit énormément à l'intérêt qu'on éprouve pour ce qu'on lit. Tout devient trop mécanique, évident, outrancier, mais surtout sans âme. Dommage.

Pour ne rien arranger donc, Jorge Jimenez, qui montrait des signes de fatigue évident sur les deux derniers chapitres, passe quasiment le relais à Bengal sur les 3/4 de l'épisode. Pour faire simple, Jimenez ne dessine que les deux scènes avec l'Epouvantail et Mahoney.

Bengal n'est pas un mauvais artiste mais il n'a pas le niveau de Jimenez, même en petite forme, son style est bien moins fouillé, énergique, puissant. Du coup, le contraste est violent mais le résultat, lui, manque singulièrement de relief, d'épaisseur. On a même l'impression que Bengal a été appelé en catastrophe sur l'épisode tant le niveau de finitions laisse à désirer. Il ne fait pas l'effort de soigner ses planches ou, sans doute, n'en a-t-il pas eu de tout façon le temps (et l'envie ? L'énergie ?). Ce qui faisait le sel graphique des précédents numéros est alors dilué dans un trait et un découpage beaucoup moins intenses, tout comme la colorisation qui est infiniment plus fade (Tomeu Morey affadissant incompréhensiblement sa palette sur les pages de Bengal).

La périodicité accélérée de l'event a fini par le desservir, empêchant Jimenez d'assurer tout l'arc, mais aussi soulignant les excès comme les manques de l'intrigue de Tynion. Il faudra donc au scénariste un sacré coup de fouet pour regagner la confiance du lecteur. Mais en l'état, on ne voit pas comment il pourrait réussir cet exploit. 

jeudi 20 septembre 2018

DEATH OR GLORY #5, de Rick Remender et Bengal


Je m'étais posé deux conditions avant de lire ce cinquième épisode, qui clôt le premier arc narratif de Death or Glory : la première était que Rick Remender et Bengal se ressaisissent ; la seconde était que le dénouement de ce premier acte soit assez accrocheur pour poursuivre. La mission est globalement remplie...


Glory, Pablo et sa nièce Isabelle s'arrêtent à une station-service. L'occasion de faire le point après leurs aventures mouvementées : le bon point est qu'ils disposent d'un rein provenant d'un donneur universel donc capable de convenir à une greffe pour Red (le père de Glory) ; le mauvais est que la jeune femme est désormais recherchée par la police et sans connaissance d'un médecin pouvant pratiquer une telle opération.


Ils rentrent ensemble à Yuma. Glory prépare un repas pour Isabelle pendant que Pablo va aux toilettes. C'est alors que surgit Toby (l'ex de Glory), pistolet au poing. Il est pourtant disposé à lui pardonner le remue-ménage qu'elle a provoqué si elle accepte de revenir vivre avec lui.


Pablo revient des W.C. et Toby va l'abattre lorsque Glory empoigne une poêle et lui en assène un violent coup à l'arrière du crâne. Pablo lui flanque un coup de pied au visage puis se jette sur lui. Les deux hommes se disputent le pistolet que reprend Toby. Il est désarmé par un tir de Winston, à qui Glory, avant son départ, avait confié la garde Red.


Toby détale mais dehors le shérif et les mexicains du cartel attendent et ouvrent le feu. Glory, Pablo, Isabelle, Winston et Red fuient de leur côté. Les mexicains les prennent en chasse en leur tirant dessus. Glory réussit à atteindre la route lorsqu'un camion surgit par un côté.


Heureusement, il s'agit des renforts : Winston a averti Cindy et ses amis de venir leur prêter main forte. Les camions emboutissent la voiture des mexicains puis forment une escorte pour Glory. Direction : Mexico où Cindy connaît un médecin capable d'opérer Red.

C'était moins une ! A l'image de l'héroïne et ses alliés qui se sortent (au moins pour un temps) d'un sale guêpier, Rick Remender a trouvé les ressources pour redresser le cap d'une histoire qui piquait dangereusement du nez en se vautrant dans le glauque - alors qu'elle avait si bien démarré en mixant drame familial et braquage foireux sur fond de poursuite en bagnole.

Le scénariste avait entre temps entraîné Glory et compagnie dans une sous-intrigue de trafic d'organes humains et d'immigrés clandestins en multipliant les intermédiaires (Toby, Korean Joe, le shérif Dillard, les mexicains masqués). Assez complaisamment, l'intrigue sombrait dans un registre provoquant des sentiments de dégoût mais perdait sa ligne directrice - les efforts désespérés parce que maladroits d'une fille désirant sauver son père sur le dos de son ex.

Il fallait conclure ce premier arc en bouclant cet écart et opérer une synthèse, pour mieux aller ailleurs. Bien entendu, et c'est la limite de l'épisode, rien n'est vraiment soldé dans ce chapitre : les mexicains masqués réclament vengeance (et la petite Isabelle semble avoir reconnu leur chef), comme l'action se déplace à Mexico (pour l'opération de Red) ils vont coller aux basques de Glory.

Toby ne va certainement pas en rester là non plus, mais le shérif Dillard va sûrement quitter la partie (qui ne se jouera plus dans sa juridiction). Quid de Korean Joe, ou plutôt de son organisation (puisque lui est mort) ? Je parie que les diaboliques soeurs jumelles Dutch vont remontrer leurs cornettes. Il reste donc du monde. Mais disons que Remender en déportant l'action et ses enjeux avec (il ne s'agit plus de trouver de l'argent ou un remède, mais un médecin) donne un peu d'air frais à son projet.

A l'évidence, l'auteur a senti que son histoire piétinait puisque ce "final" file à toute allure et les dessins de Bengal ont retrouvé leur tonicité. L'artiste n'est jamais meilleur que dans le mouvement, voire l'agitation, la vitesse. Son style, qui emprunte à l'énergie des mangas en forçant un peu les expressions et en adaptant le découpage selon le tempo des scènes, reprend des couleurs.

Passé un prologue dialogué et calme, la suite enchaîne sans temps mort les pics de tension, et on sent bien cela entre Glory et Toby, puis, surtout, lors de la folle cavale avec les mexicains et l'arrivée digne de la cavalerie dans un western des camions de Cindy. Là, Bengal régale le lecteur avec des angles de vue percutants, une succession de plans fulgurants, un montage frénétique (certaines cases ressemblent à des photogrammes sans mise au point). C'est grisant.

Death or Glory n'est pas à l'abri d'une rechute. Remender est un auteur que je préfère quand même dans le registre des super-héros, mais s'il est plus rigoureux, avec le dessinateur donc il dispose, sa série peut devenir un divertissement trépidant et jubilatoire, à condition d'abandonner des éléments écoeurants.  

vendredi 10 août 2018

DEATH OR GLORY #4, de Rick Remender et Bengal


Pour ce pénultième numéro avant la fin du premier arc de Death or Glory, Rick Remender et Bengal devaient impérativement redresser la barre au risque que leur histoire pique définitivement du nez. Il y a du mieux, mais le redressement n'est pas total, comme s'il était déjà trop tard, que la magie s'était envolée...


Glory et Pablo sont encore dans les arrières-salles de la boucherie de Korean Joe et ils ont découvert, chacun de leur côté, qu'il revendait des organes humains à sa clientèle, prélevés sur des immigrés clandestins qu'il fait passer en Amérique avec la complicité de Toby (l'ex-mari de Glory) et d'un cartel mexicain.


Glory réussit à s'enfuir avec Isabelle, la nièce de Pablo, en essuyant les tirs d'une des jumelles Dutch, les adjointes de Korean Joe, et du tueur au nitrogène. Elles montent dans la voiture de la jeune femme et reviennent devant le commerce.


Pablo en sort par l'entrée en tenant une boîte réfrigérée, coursé par Korean Joe qui lui tire dessus sans l'atteindre. Pablo ordonne à Glory de redémarrer tandis qu'il s'accroche sous la voiture.


Glory fonce pied au plancher lorsque la voiture du shérif Dillard la percute. Elle réussit néanmoins à la dépasser mais la course-poursuite ne fait que commencer. En liaison radio avec Toby, Dillard nomme Glory comme celle qu'il course et Toby comprend qu'elle est mêlée à ça pour tenter de sauver son père, Red.


Trois hommes du cartel mexicain ont déroulé une planche à clous pour stopper Glory à l'entrée d'un tunnel. Elle braque pour l'éviter mais Dillard derrière elle fonce dessus. Ayant semé le policier et ses complices, Glory peut enfin s'arrêter et permettre à Pablo de monter : il lui révèle alors le contenu de la boîte réfrigérée et il s'agit d'un rein volé chez Korean Joe appartenant à un donneur universel, parfait pour Red !

Il est très compliqué de retrouver le plaisir pris au début d'une série quand, au milieu de son premier arc, l'histoire a emprunté une direction décevante ou s'est développée de manière incongrue. C'est ce qui s'est précisément passé avec Death or Glory dans le précédent numéro où l'intrigue sombrait dans le sordide avec ce trafic d'organes issus d'immigrés clandestins et vendus dans une boucherie.

Rick Remender n'a certes jamais été un auteur très délicat et quand il s'agit de violence, la suggestion n'est pas son fort. Toutefois, là, on touche carrément au glauque alors que le début de la série promettait un récit plutôt axé sur un vol d'argent sale et de poursuites en bagnoles avec une héroïne au caractère bien trempé.

Ce quatrième épisode, l'avant-dernier du premier arc narratif, renoue avec les éléments initiaux de Death or Glory, soit beaucoup d'action sur un rythme soutenu. Mais quelque chose s'est grippé, cassé même entre temps. Je l'avoue, j'ai de plus en plus de mal à rentrer dans cette histoire, à adhérer à son propos, à m'attacher à ses personnages.

Le dessin de Bengal, qui participait à la jubilation des débuts, me semble au diapason de l'égarement du titre : l'expressivité a cédé la place aux grimaces, le découpage inspiré est plus lâche, la tension peine à se maintenir. Trop de digressions (comme ce flash-back éclair et inutile sur la rencontre entre les jumelles Dutch et Korean Joe), trop de rebondissements somme toute convenus (le tueur au nitrogène ne sert vraiment plus à rien), un manque de lisibilité même parfois (la confusion règne dans la fuite de la boucherie) et en fin de compte pas grand-chose à raconter (à part une course-poursuite occupant les 2/3, voire les 3/4 de l'épisode, que nous dit-on ?).

C'est extrêmement décevant. Mais la progression d'une série est redoutable quand son argument n'est pas suffisant : plus on avance, plus ce qui ne fonctionne pas (comme la situation de Pablo durant tout l'épisode), plus ce qui manque comme chair au récit se révèlent. Death or Glory est une BD qu'on aimerait aimer davantage mais qui ne passe, littéralement, jamais la vitesse supérieure, échoue à gagner en densité, en suspense. Et ce n'est pas ce coup de théâtre final (avec le contenu de la boîte réfrigéré) qui change quoi que ce soit.

Je n'aime pas charger la mule en accablant une production car je respecte les efforts que cela exige de la part de ceux qui la réalisent, mais je lirai encore le prochain épisode, la conclusion de ce premier acte, et, sauf spectaculaire rétablissement, ce sera tout pour moi. 

jeudi 5 juillet 2018

DEATH OR GLORY #3, de Rick Remender et Bengal


On dit qu'il ne faut jamais juger un livre à sa couverture, et cela se vérifie avec ce troisième épisode de Death or Glory pour lequel Bengal s'est inspiré de l'affiche de Bullitt (Peter Yates, 1968). Malheureusement, en effet, Rick Remender ne nous entraîne pas dans un récit aussi captivant que celui du capitaine incarné par Steve McQueen. Au point qu'on commence à se demander sérieusement si la série n'est pas en train de faire "Pschitt !"...


Glory résume son passé à Pablo, l'immigré clandestin qu'elle aide à retrouver sa famille en échange de son aide pour dévaliser un trafiquant d'esclaves : sa mère, sur le point de quitter Red, accaparé par son travail, convainquit ce dernier de changer de vie. Mais leur bonheur fut de courte durée car elle fut tuée par un voleur qu'elle surprit.
  

Red éleva seul sa fille puis décrocha une place de mécano dans une écurie automobile où Glory devint pilote. Elle y rencontra aussi Toby qu'elle épousa contre l'avis de son père, avant de déchanter en découvrant ses activités de dealer. De retour auprès de Red, la jeune femme apprit en même temps que lui qu'il avait un cancer du foie pour lequel seule une greffe, coûteuse, pourrait le sauver.


Aujourd'hui, Pablo et Glory vident le coffre-fort de Joe le boucher, qui se sert des immigrés clandestins pour en faire de la viande à consommer, tandis que l'inspection des services d'hygiène débarque. Nos deux héros découvrent Isabelle, la nièce de Pablo, dans une cellule et le jeune homme la confie à Glory pendant qu'il part à la recherche de sa soeur et son beau-frère.


Il trouve à la place dans une chambre froide les restes humains destinés à être vendus tandis que Glory tombe à nouveau sur le tueur à la bouteille de nitrogène qui faillit la tuer après avoir dérobé l'argent de Toby. Elle se réfugie in extremis dans une pièce plongée dans le noir avec Isabelle, la nièce de Pablo.


Avançant à tâtons vers une possible sortie, Glory aboutit dans la salle d'équarrissage de la boucherie de Joe...

Death or Glory n'aura-t-elle été la série que d'un épisode, son "pilote" de 40 pages aussi alerte que prometteur ? Je suis de plus en plus enclin à le croire tant Rick Remender peine depuis à combler les attentes qu'il a suscitées en s'enfonçant dans une intrigue souvent écoeurante et surjouée, dont le rythme est cruellement absent et les personnages de moins en moins intéressants.

Que se passe-t-il ? On avait embarqué pour une aventure trépidante où l'héroïne planifiait un braquage audacieux contre son ex-mari malhonnête avant que tout ne foire et qu'elle soit impliquée dans un trafic d'immigrés clandestins promis à un funeste sort puisqu'un boucher vendait leur chair à ses clients ! Rien qu'en résumant cela, on est quand même sidéré par l'abracadabrantesque tournure du scénario qui a démarré à toute allure comme un thriller pour verser dans l'épouvante.

En soi, pourquoi pas ? On a vu des virages déjà aussi étonnants, et Remender n'est pas franchement un poète délicat qui raconte des fables pour les enfants. L'auteur, même quand il oeuvrait chez Marvel, donc pour des productions mainstream, ne lésinait pas sur le gore et les rebondissements les plus cavaliers (souvenons-nous, en particulier, de son ahurissant Franken-Castle avec le Punisher littéralement reconstruit en hommage au monstre de Mary Shelley).

La différence, c'est que, jusqu'à présent, dans ce que j'ai lu et aimé de Remender, il y avait un allant, un élan, un souffle, qui m'entraînait suffisamment efficacement pour accepter ses tendances à en faire parfois trop. Death or Glory piétine, s'essouffle, et on n'en est qu'au troisième épisode : ce n'est pas bon signe...

Je vais encore donner un peu de temps au titre, qui peut rebondir, mais j'ai tout de même l'impression d'avoir été trompé sur la marchandise : parti pour une cavalcade tonique, me voilà dans une histoire horrifique aux protagonistes sommaires. Je suis déçu, impossible de le cacher.

Et Bengal, qui m'avait fait si forte impression, ne s'en sort pas mieux : son dessin, si énergique et expressif, verse de plus en plus dans une narration type manga avec des personnages grimaçants plus souvent qu'à leur tour, amplifiant les émotions au lieu de les doser, et, victime collatérale des errances du scénario, échoue à donner une plus-value au récit.

Il y a bien, de ci, de là, quelques idées astucieuses, dans le découpage, la valeur des plans, les angles de vue, mais, à l'image du flash-back narré en voix-off au début de l'épisode (et qui en occupe un bon quart, peut-être même un tiers, ce qui est trop), tout cela est noyé dans des facilités (du texte en marge d'illustrations, ou des scènes parallèles qui manquent de tension).

Image Comics a l'habitude de publier un premier recueil d'une série au bout des cinq premiers chapitres, donc j'irai jusque-là pour m'assurer d'un progrès notable de Death or Glory. Faute de quoi, j'arrêterai les frais avec cette série qui avait pourtant si bien débuté.   

mercredi 13 juin 2018

DEATH OR GLORY #2, de Rick Remender et Bengal


Le premier épisode de Death or Glory avait été une des très bonnes surprises du mois dernier en provenance d'Image Comics. Avec un début aussi constant (40 pages d'un coup) et enlevé, se présentait un sacré défi pour Rick Remender et Bengal : faire aussi bien tout en développant leur intrigue. Pari à moitié relevé...

Glory Owens a découvert que le camion qu'elle avait volé pour fuir était rempli d'immigrés clandestins et non de drogue comme elle le soupçonnait. Elle paie à ces malheureux un ticket de bus chacun pour Phoenix mais se retrouve toujours sans le sou pour les soins de son père et souffre de quelques blessures. Seul reste avec elle un des passagers, Pablo, brésilien à la recherche de sa soeur, de sa nièce et de son beau-frère.

Il la soigne puis elle vole la voiture d'un homme à une station-service pour filer avec son nouvel acolyte. Pendant ce temps, Toby, l'ex-mari de Glory, tente de calmer Korean Joe à propos de la livraison de clandestins qu'il lui avait promis contre de la drogue tout en ignorant que le deal a été gâché par Glory.

Korean Joe menace Toby de représailles par son cartel si l'affaire n'est pas rapidement réglée et ce dernier en informe aussitôt après les deux flics qu'il soudoie. Les deux policiers savent, eux, que Glory est le problème mais également que Toby ne voudra jamais la sacrifier car il espère la reconquérir. Aussi décident-ils de la retrouver et de la liquider pour s'éviter d'être tués par le cartel.


Pour retrouver ses proches, Pablo convainc Glory de l'aider car elle pourrait alors voler soit ceux qui les vendent, soit ceux qui les achètent. Pour remonter leur piste, il a subtilisé sur le camion qui les transportait le GPS.


Mais de nouveaux acteurs mécontents de la tournure des événements sont sur le pied de guerre en la personne des vendeurs d'immigrés dont le chef a récupéré un téléphone - celui de Glory - qui va lui permettre de mettre la main sur qui a fait capoter l'opération. Ignorant tout cela, Glory et Pablo découvrent à qui était destiné les clandestins : une boucherie, "Chop Joe", appartenant à Korean Joe, qui sert à ses clients de la chair humaine à leur insu !

Dissipons tout de suite tout malentendu : la lecture de ce deuxième épisode reste très agréable et la complicité entre l'écriture nerveuse de Rick Remender et le dessin expressif de Bengal est jubilatoire, mais ça ne suffit pas à égaler le plaisir pris sur le précédent numéro. Expliquons ça.

Death or Glory nous a tout de suite beaucoup donné : une pagination double, beaucoup d'action, des péripéties en pagaille, des personnages mémorables. Bref, un démarrage canon. On pouvait presque prédire qu'on allait être déçu après ça, et c'est ce qui se passe ici : l'héroïne est moins présente, les rebondissements sont encore spectaculaires mais moins nombreux, le rythme moins effréné. Et le scénario s'égare dans quelques facilités ou excentricités curieuses.

Remender est parti sur une base simple mais qui avait le grand mérite d'être immédiatement séduisant, avec une narration très directe, mouvementée. Il lui fallait ensuite se poser un peu pour éclaircir certains points et cela impose au récit un tempo moins alerte, une relation plus morcelée. On passe de Glory à Toby à Korean Joe en passant par de curieux mexicains masqués comme des catcheurs (dont on devine plus le rôle qu'on en est certain : j'ai écrit dans mon résumé qui je pensais qu'ils étaient mais peut-être me suis-je trompé. A vérifier le mois prochain).

Le scénariste réussit très bien certaines scènes et nous perd avec d'autres. Dans le premier cas de figure, l'alliance entre le clandestin brésilien Pablo et Glory est fructueuse car cela permet à l'héroïne d'interagir avec quelqu'un (et pour le lecteur de ne pas avoir un dialogue intérieur avec la voix-off de la jeune femme). Qui plus est, Pablo est un personnage pour qui on éprouve une sympathie immédiate car il est attachant, sa quête est juste et sa débrouillardise savoureuse. Dans le second cas, on a donc des personnages surgis de nulle part, tardivement, dont on ne sait trop qui ils sont (les fameux mexicains masqués) et, auparavant, une scène vraiment improbable, qui va diviser les lecteurs, entre les deux flics corrompus à la botte de Toby, au terme de laquelle vous ne verrez plus jamais de la même manière un piment rouge - un moment d'une gratuité absolue, qui veut bêtement choquer mais qui navre surtout.

Au centre de l'épisode, on découvre ce que fait Korean Joe des immigrés et Remender met en scène une scène terrible, renvoyant à ce qu'il faisait déjà dans des comics mainstream et pour lesquels j'ai toujours été partagé. Néanmoins le découpage de Bengal est assez malin pour nous épargner l'horreur réelle de ce qui se passe et quand on apprend l'issue finale de tout ça dans les deux dernières pages, cela relève d'un humour macabre digne de L'Auberge rouge (Claude Autant-Lara, 1951) que de l'anticipation épouvantable de Soleil vert (Richard Flesicher, 1973).

Bengal sauve vraiment les meubles et évite bien des reproches à Remender pour l'occasion car le dessinateur réussit à animer le récit avec des images très expressifs. L'influence manga de son style se fait plus prononcé parfois sans hérisser ceux qui (comme moi) n'en sont pas friands. Le découpage est très habile, alternant entre des cases occupant la largeur entière de la bande ou des "gaufriers" de six vignettes. Tout est fait pour que les dialogues, plus fournis, soient le plus vifs possibles et que les émotions des personnages soient intenses, quitte à frôler la grimace.

Et l'artiste use d'une palette de couleurs douces qui atténuent la violence figurée ou suggérée du numéro : c'est l'avantage d'avoir un seul individu qui assure le dessin, l'encrage et la colorisation, il maîtrise tout le graphisme et peut donc souligner ici, alléger là, ce qui, dans un script, est sans doute trop prononcé.

Après un n°1 pétaradant, ce n°2 est donc indubitablement moins abouti, mais il serait injuste d'en rester là. Au contraire, c'est maintenant que tout se joue pour Remender et Bengal : s'ils savent rebondir et produire un bon mix de ces deux chapitres, Death or Glory retombera naturellement sur ses pattes et nous emballera à nouveau. Une affaire de dosage en somme.    

mardi 8 mai 2018

DEATH OR GLORY #1, de Rick Remender et Bengal


Il y a des previews de comics qui vous tapent immédiatement dans l'oeil. Mais, comme une bande-annonce ne garantit pas la réussite d'un film tout entier, il faut savoir être prudent, surtout quand la promesse comporte des ingrédients alléchants - ici, une héroïne, des poursuites autos : d'une certaine manière, on est proche de ce que vendait le surestimé Baby Driver d'Edgar Wright. Alors Rick Remender et Bengal (pour la première fois au volant d'une série US avec un scénariste aussi côté) allaient-ils nous emballer avec leur road trip ? Réponse avec ce numéro 1 de Death or Glory, riche de 40 pages !


Glory Owen veille sur son père, atteint d'un cancer pour lequel elle n'a pas davantage que lui les moyens financiers pour payer les soins médicaux. Aussi décide-t-elle de s'engager dans une opération risquée, dont elle sait que Red Owen la désapprouverait, mais parce qu'elle a la conviction que c'est à son tour de veiller sur lui.


Le plan de Glory passe par une customisation de sa voiture et l'enregistrement sur un dictaphone de ce qu'elle a l'intention de faire, et pourquoi, si cela venait à mal tourner. Elle remet ce dictaphone à son amie Sandy, barmaid au "Rowdy Rooster" où elle trouve aussi Winston à qui elle demande de veiller sur Red en son absence.


Avant de partir, Glory apprend par Sandy que son ex-mari, Toby, cherche à la contacter depuis plusieurs jours - aucun problème, répond-elle : elle a l'intention de lui adresser un message très clair. En vérité, la jeune femme sait que son ancien conjoint est mêlé à un deal de drogue important avec Kobra Joe et, pour obtenir la came, il charge deux policiers ripoux, Virgil et Darren, de livrer une mallette d'argent à son interlocuteur.


Alors qu'ils quittent la propriété de Toby, Virgil se dispute avec Darren qui souhaiterait doubler Toby en gardant l'argent pour eux. Mais leur échange est interrompu quand une voiture leur fait un tête-à-queue puis cherche à provoquer leur sortie de route. Leur agresseur n'est autre que Glory, casquée pour assurer son anonymat.
  

Quand elle a réussi à stopper les deux flics, sous la menace d'un pistolet, elle arrache la mallette des mains de Darren et retourne à sa voiture. Mais Virgil en profite alors pour lui tirer dans le dos. Heureusement, elle porte une protection sous sa combinaison et n'est pas blessée. Mais elle est cependant obligée de fuir à pied en direction d'un hangar proche.


Glory y est surprise par un troisième homme qui s'apprête à la tuer avec un pistolet relié à une bonbonne de nitrogène liquide, responsable quelques jours auparavant de plusieurs meurtres dans un dinner. Elle se débat suffisamment pour retourner l'arme contre lui mais la mallette et les billets à l'intérieur sont alors glacés.
  

Virgil s'approche et tire à nouveau dans la direction de Glory qui, ayant perdu son casque, est identifiée par le policier. Elle parvient à le semer en prenant le volant d'un camion garé pas loin et s'éloigne à vive allure.  

Mais lorsque des coups sourds retentissent depuis l'arrière du véhicule, elle sursaute et s'arrête. Son pistolet en main, elle va ouvrir le chargement du camion et découvre, horrifiée, des migrants à bord, demandant son aide...

La première qualité qui saute aux yeux est le rythme, effréné, de ces quarante pages. La situation est rapidement posée, après un prologue intriguant (un mystérieux tueur commet un massacre dans un snack après avoir passé une extravagante commande juste avant la fermeture), puis les scènes s'enchaînent pour culminer dans une longue et jubilatoire course-poursuite assortie d'un braquage foireux, et un dénouement sidérant.

La volonté de Rick Remender est claire : ne pas nous laisser souffler, juste nous livrer les informations nécessaires à la compréhension de ce qui se passe. Mais, si le divertissement est solidement assuré, Death or Glory n'est pas qu'une production futile destinée à nous donner ce qu'elle nous promet. Encore une fois, on est saisi par le thème qui parcourt cette série et qui semble actuellement travailler plusieurs auteurs, chacun à leur façon, sans concertation : il s'agit de la famille et plus précisément de la paternité ou de la filiation, en tout cas du rapport particulier qui unit un parent à son enfant et vice-versa (voir Doctor Star... de Lemire, Captain America de Waid, et bientôt je vous parlerai aussi de la nouvelle version d'Avengers par Aaron).

Ce qui distingue sans doute Remender de ses collègues par rapport à ce thème est que, chez lui, c'est une véritable obsession, la clé de voûte de la majorité de ses oeuvres aussi bien indépendantes que pour les majors. Dans Uncanny X-Force puis Uncanny Avengers, puis Black Science, Low, et avant tout cela dans Fear Agent, il est toujours question d'enfants et de parents, de leurs relations difficiles, des fautes dont ils héritent, des événements avec lesquels ils doivent composer, avec une nette dominante pour la notion de sacrifice (pour le bien de sa descendance, même si cela n'est pas toujours compris par l'intéressée).

Glory Owen est la dernière version en date de ces histoires de passation. Comme dans Low, c'est une héroïne qui fait des choix discutables et qu'elle paie rapidement cher, mais auxquels elle va devoir faire rapidement face. Le programme de la série est donc prometteur quand on compte tout ce que la jeune femme laisse derrière elle à la fin de ce premier épisode - un mari dangereux, des flics corrompus, un tueur cinglé, un père agonisant... En fait Glory gagne notre sympathie moins pour ce qu'elle décide de faire (elle fait de mauvais choix) que pour les raisons pour lesquels elle fait ce qu'elle fait (tenter de sauver son père en lui fournissant des soins) et parce qu'elle est seule.

Bengal a tenté tant bien que mal de creuser son trou aux Etats-Unis ces dernières années en acceptant du work for hire pour les "Big Two" (Marvel et surtout DC - par exemple en fill-in artist sur Batgirl version "New 52"). Mais curieusement, il n'a pas réussi à percer alors qu'il tenait les délais et que son talent charmait le public et les editors. Une injustice.

Par ailleurs, son envie de travailler avec Remender remontait à plusieurs années et était réciproque, mais tardait à se concrétiser à cause des nombreux titres animés par le scénariste (qui, chez Image Comics depuis son départ de Marvel, produit comme jamais). La faute aussi peut-être à la désillusion de l'auteur connue avec Paul Renaud (leur série Devolution a tourné court et a été finalement réalisée par un autre dessinateur, sans connaître le retentissement espéré)...

Mais tout vient à point à qui sait attendre et Death or Glory devait être ce qui scellerait leur partenariat tant la série apparaît taillée sur mesure pour Bengal. Il coche toutes les cases requises pour accomplir ce que le titre réclamait : savoir représenter des voitures, une héroïne (dont les mensurations sont réalistes), composer des décors (majoritairement extérieurs et naturels), rendre les personnages expressifs, le découpage nerveux mais lisible. L'artiste s'occupe, pour maîtriser tout le processus visuel, du dessin, de l'encrage et de la mise en couleurs : ce qu'on voit est donc à 100% de sa main et le résultat est dynamique, vivant, très abouti. Le plaisir pris par Bengal est communicatif et ajoute une légèreté bienvenue à l'intrigue (on sait que Remender est plutôt un scénariste attiré par les ambiances sombres et violentes, on le redécouvre plus trépidant et ludique).

Comme je le disais en ouverture, il faut se méfier des pages mises à disposition des lecteurs pour les inciter à se jeter sur un comic-book, mais quand on atteint un tel taux de satisfaction à l'arrivée (l'épisode bénéficie déjà d'un deuxième tirage, une semaine après sa sortie), alors il garantit un développement très alléchant, solide, durable (Bengal aurait déjà achevé seize épisodes !). Pas de doute, on reparlera de Glory Owen.