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vendredi 9 décembre 2022

DO A POWERBOMB ! #7, de Daniel Warren Johnson


C'est la fin du tournoi pour Do a Powerbomb ! de Daniel Warren Johnson. Cette mini-série ne m'aura pas autant conquis que Murder Falcon du même auteur, mais il faut reconnaître qu'on ne lit pas une chose pareil tous les mois. Et la conclusion, à défaut d'être parfaite, est tout de même touchante, entre deux mandales.


Comme je le fais souvent, je ne vais pas résumer ce dernier épisode pour vous laisser la surprise. Disons alors juste que Willard Necroton a avoué à Lona Steerose et son père, Cobrasun, qu'il n'était pas suffisamment puissant pour ressuciter Yua Steelrose, la mère et la femme de l'un et l'autre.
  

Pour les apaiser, il les conduit chez son supérieur : Dieu lui-même, aussi fervent amateur de catch que lui, et qui défie le père et sa fille dans un ultime combat au terme duquel, s'ils gagnent, il s'engage à exaucer leur voeu - retrouver Yua Steelrose. Mais peut-on vaincre Dieu ?


Daniel Warren Johnson signe à la fin de ce numéro une postface où, comme c'est l'usage, il remercie son coloriste, Mike Spicer, mais aussi son épouse (qui est sa première lectrice et critique) ainsi que l'équipe éditoriale d'Image Comics et du label Skybound de Robert Kirkman.


Surtout Johnson confie à quel point c'est difficile pour lui de terminer une BD, malgré les efforts, l'investissement que cela représente. Il ajoute que le temps fils trop vite, qu'il a l'impression d'avoir démarré Do a Powerbomb ! la veille et que, grisé par sa propre fiction, il n'a pas vu les mois passer.

Ces confidences, outre qu'elles renvoient au sujet même de cette mini-série sur lequel je vais revenir, en disent long sur ce drôle de métier de faire des comics. Il faudrait remercier Daniel Warren Johnson comme il remercie ses lecteurs pour ne pas oublier que c'est une tâche ingrate - parce qu'on n'est jamais sûr que ce qu'on va proposer au public va fonctionner, parce qu'on y met toutes ses forces (pour peu qu'on fasse son boulot honnêtement).

A l'heure où l'Intelligence Artificielle prétend faire aussi bien que des artistes et que ce débat agite les réseaux sociaux, il est toujours bon de rappeler que les comics sont une aventure humaine entre un auteur et le lecteur, mais surtout pour le créateur qui imagine une histoire, qui l'écrit, la met en forme, la dessine, l'encre, la confie à un coloriste, un lettreur, un imprimeur. Qu'importe si on travaille encore "à l'ancienne" avec un craayon, une gomme, des plumes, des feutres, des pinceaux, ou sur des tablettes graphqiues : l'outil dont on se sert, c'est d'abord son propre corps, en étant assis à une table pendant des mois.

Cette patte humaine, rien ne la remplacera jamais, même le plus puissant des logiciels informatiques. Ecrire, dessiner des BD, c'est un exercice mental et physique qui ne se résume pas à des 0 et des 1. Ce sont des courbatures, des noeuds au cerveau, de l'anxiété, de l'euphorie, du découragement, une vie sociale souvent réduite. Et ceux qui en font métier le font avec le fol espoir que le public répondra présent en reconnaissant leurs efforts, leur engagement.

On peut facilement comprendre dès lors qu'il est difficile de se détacher d'un objet sur lequel on a besogné des mois durant, et Daniel Warren Johnson le dit simplement. Mais en définitive, cette griserie qui agrémente toute création artistique, cette invresse qui fait oublier les heures, les jours, les mois, rend le voyage plus important que le rendu. On arrive à la fin en étant souvent surpris à la fois d'y être et aussi vidé d'avoir réussi. La suite n'appartient plus vraiment au créateur, le lecteur va décider du succès de l'oeuvre et du mérite de l'auteur.

C'est aussi la morale, en somme, de Do a Powerbomb ! comme vous le découvrirez avec la fin de ce septième épisode où il n'est pas/plus question d'avoir ce qu'on était venu chercher en se battant dans un tournoi de catch dans une dimension parallèle. C'est plutôt le chemin parcouru durant ce tournoi, au fil des matchs, qui est devenu essentiel, qui a fait grandir.

A la fin de cette histoire, Lona et Cobrasun sont aussi vidés qu'a dû l'être Daniel Warren Johnson au terme de cet ultime épisode. Qu'ils gagnent ou perdent contre Dieu devient presque accessoire, ils ont remporté chaque partie jusqu'au dénouement, ils ont accompli leur odyssée. Ils ont littéralement fait ce qu'ils ont pu, ils ont éta u bout du bout.

Le récit écrit par Johnson m'a déconcerté rapidement, car j'estimais qu'il grillait des cartouches trop vite (en révélant surtout qui était Cobrasun très vite). Il y a eu aussi un sentiment de lassitude qui s'est installé car, malgré toute sa maestria visuelle, cette succession de combats délirants n'a pas compensé une certaine vacuité scénaristique. Sept épisodes, c'était trop pour cette histoire. La formidable énergie déployée par Johnson n'a pas suffi à m'éblouir et à me bouleverser autant que sur Murder Falcon, plus équilibré, plus poignant et tout aussi loufoque.

C'est quand, en fin de compte, il revenait à des choses simples que l'auteur savait renouer avec ce qui faisait la magie de Murder Falcon, comme lorsqu'il mettait en scène Sun et Steel hors du ring, ou que leurs adversaires se battaient pour des motifs aussi déchirants que les leurs. Le reste, la baston, je savais que Johnson maîtrisait et qu'il épaterait la galerie car son dessin possède cette puissance inouie. 

Et c'est cela que confirme cet épisode, après un énième combat sur le ring, quand une scène du passé est dévoilée, entre Yua et Lona, dans l'intimité de la chambre de la petite fille, écoutant sa mère parler de la vérité du catch mais surtout des individus qui s'y affrontent, non pour gagner, mais pour vivre et éprouver dans leur chair des sensations comme la peur, l'excitation, la fatigue, l'exaltation, le dépassement, etc.

Comme un auteur de BD, pour Johnson, le lutteur a du mal à se détacher du ring, l'équivalent de la planche à dessin. Il y oublie le temps, la fatigue, mais doute toujours de l'issue du match. Victorieux ou vaincu, il traverse le temps du match comme un voyage, quasiment un trip, avec sa part de mysticisme, et se laisse griser. Il finira avec la ceinture du champion ou allongé sur le tapis, certain d'avoir été le plus fort ou d'être tombé contre plus fort que lui. Mais il y reviendra - l'auteur avec une nouvelle histoire, comme le catcheur.

Il est évident que Daniel Warren Johnson a exprimé sa conviction que le point commun entre le catch et les comics est qu'il s'agit de sports de combat. Il faut être préparé, motivé, savoir encaisser, savoir en mettre plein la vue, mais surtout dans les deux cas, il y a une vraie dramaturgie, un récit. S'il a parfois perdu un peu le fil, été un peu long, bourrin même, avec Do a Powerbomb ! l'auteur signe un singulier mais sincère parallèle entre son métier et ce sport qui le fascine, le passionne, l'amuse comme les comics.

vendredi 11 novembre 2022

DO A POWERBOMB ! #6, de Daniel Warren Johnson


Do A Powerbomb ! s'achèvera le mois prochain et avant même sa conclusion, il est certain que cette nouvelle mini-série de Daniel Warren Johnson laissera un goût mitigé à ses fans. L'auteur a écrit et dessiné une histoire très inégale, alternant sommets et chutes, et ce pénultième épisode ne déroge pas à la règle, avec son cliffhanger franchement WTF.


Cobrasun se rémemore sa première rencontre avec Yoa Steelrose alors qu'il combattait dans des matchs en dehors des tournois, où son audace et son puch le firent remarquer.


Aujourd'hui, il veille sur sa fille Lona, blessée lors de leur affrontement contre les FYSO, et qui le remercie d'être à ses côtés. Willard Necroton rappelle le duo sur le ring.


Les FYSO s'étant entretués, Lona et son père sont déclarés vainqueurs du tournoi. Necroton va donc pouvoir ressuciter Yoa. Sauf qu'il n'est plus assez puissant pour cela. Cobrasun s'énerve.


Il se rappelle la naissance de Lona alors qu'il revenait d'un match. Necroton les conduit, lui et sa fille, auprès de celui qui pourra exaucer leur voeu, au prix d'un dernier effort...

La fin du précédent épisode paraissait sceller le destin de Lona Steelrose et Cobrasun après que la première ait découvert que sous le masque du second se cachait son père. Mais le tournoi organisé par Willard Necroton sacrait les FYSo comme vainqueurs... Sauf que les deux partenaires se mettaient à s'entretuer pour recevoir la récompense !

Comment rebondir après ça ? Comment remettre Lona et Cobrasun dans la course ? C'est à ce défi que Daniel Warren Johnson était confronté pour le pénultième numéro de Do a Powerbomb !. Reconnaissons à ce diable d'artiste qu'il sait nous étonner et relancer ses intrigues de la manière la plus inattendue.

Mais voilà, sa mini-série applique ce procédé de manière trop mécanique pour convaincre. On a l'impression que, depuis quasiment le début, Do a Powerbomb ! fonctionne sur une espèce de surenchère permanente. Et ce qui est au début amusant et audacieux devient sur la fin un peu trop systématique et laborieux pour emporter l'adhésion.

Alors Johnson se fait un peu plus introspectif et revient à la base de son histoire. La grande absente et pour cause puisqu'elle est morte est Yoa Steelrose. Trop absente pour avoir vraiment hanté ce récit. Donc consacrons-lui quelques planches en flashback pour raconter qui elle était, comment elle a rencontré Cobrasun, comment ils ont engendré Lona.

Ces moments, calmes, reposants surtout dans cette lessiveuse qu'est une BD par Daniel Warren Johnson, sont les plus beaux de ce récit. Ils dépeignent une femme qui a repéré un champion avant d'en faire son amant et un père. Sous le déguisement de la catcheuse se cachait une femme tendre, aimante, maternelle. Mais hélas ! tout cela arrive bien, bien trop tard dans le scénario. 

On touche ainsi au vrai souci de Do a Powerbomb ! : le manque d'incarnation de ses personnages. Dans Murder Falcon, tout était bien mieux installé, plus vivant, plus poignant. Ici, curieusement, on a l'impression que le scénariste Johnson a un peu oublié ses personnages pour davantage faire plaisir au dessinateur Johnson. Ce dernier a beau être prodigieux, ça ne suffit pas à faire de sa mini-série une aussi bonne BD que Murder Falcon, son chef d'oeuvre, où sa loufoquerie et son sens de l'émotion se mariaient si bien.

Preuve, s'il en fallait encore, du déséquilibre de Do a Powerbomb ! et sa tendance fâcheuse à préférer le délire au sentiment : le cliffhanger de l'épisode, qui embarque les deux héros dans un ultime combat contre le seul être en mesure de leur rendre Yoa Steelrose. Une idée tellement portnawak qu'on ne sait pas trop comment l'apprécier : énorme blague potache de plus ? Ou audace suprême ? Je suis très perplexe devant cet énième rebondissement qui plombe plus l'histoire qu'elle ne la redresse.

Visuellement, Johnson est un artiste exceptionnel, une sorte de phénomène comme peut l'être Sean Gordon Murphy avec lequel il partage une puissance graphique incomparable ou James Harren. Sa narration est époustouflante et les scènes de combat sont toujours aussi ébouriffantes. Il s'amuse beaucoup à chorégraphier les prises les plus acrobatiques, à nous faire ressentir les impacts les plus retentissants, avec des effets copieux. 

La colorisation de Mike Spicer souligne juste ce qu'il faut tout ça, sachant qu'en réalité ce type de dessin n'a guère besoin d'être renforcé. Mais disons que ça aide souvent à la lisibilité quand on compare ce que Johnson dessine en art séquentiel et ses commissions qu'il faut quelquefois déchiffrer.

Pour ceux qui aiment les comics qui en emttent plein la vue, Johnson est un dessinateur imparable. J'admire la tonicité de son art, il est irréprochable là-dessus. Mais pour Do a Powerbomb !, il s'amuse plus que nous, il a écrit une histoire pour s'éclater en oubliant un peu l'histoire et ses personnages en chemin. Dommage.

Reste que c'est toujours quelque chose d'unique, mais trop inégal. On verra comment il boucle tout ça, mais je ne crois pas à un sursaut miraculeux.

jeudi 13 octobre 2022

DO A POWERBOMB ! #5, de Daniel Warren Johnson


Le mois dernier, j'écrivais que Do A Powerbomb ! me décevait, surtout en comparaison avec Murder Falcon, la précédente mini-série en creator-owned de Daniel Warren Johnson. Hé bien, ce antépunultième épisode m'a complètement retourné ! Non seulement, c'est de l'action quasi-non-stop, fabuleusement mise en scène, mais surtout Johnson cueille le lecteur avec des rebondissements imprévisibles. Assez pour tout reconsidérer !


Un an avant le tournoi organisé par Willard Necroton, le tandeme des FYSO fait connaissance. Chacun a perdu un enfant et il compte remporter la récompense promise par l'organisateur de les ressuciter.


Aujourd'hui. Blessé par les FYSO, l'oncle Blood est mourant. Pour le venger, Cobrasun et LOna défie leurs futurs adversaires dans un combat no-limit, avec armes. Necroton accepte cette requête.


Le match démarre et cette fois les participants peuvent se battre ensemble sur le ring. Les opposants ne s'épargnent rien, la partie est spectaculaire et très violente.


Les FYSO prennent pourtant l'avantage et le vis-à-vis de Cobrasun s'acharne à lui arracher son masque. Lona est sidérée en découvrant que son partenaire est son père. Une distraction au pire moment...

C'est sans doute quand une histoire est mal embarquée ou, du moins, semble condamnée à décevoir, qu'on mesure à quel point un auteur a de la ressource, voire du génie. J'écrivais le mois dernier, et je ne retire rien, que Do a Powerbomb ! ne me semblait pas à la hauteur de Murder Falcon, le chef d'oeuvre (à mes yeux) de Daniel Warren Johnson. Et paf ! Ce cinquième épisode remet tout en question.

Si j'étais si sévère avec cette mini-série, c'est aprce que, en vérité, depuis le début, j'étais étonné des parti-pris de l'histoire. Daniel Warren Johnson paraissait griller des cartouches importantes très tôt, notamment en révélant qui se cachait sous le masque de Cobrasun, et je me demandais comment il allait rivaliser avec Murder Falcon pour aboutir à un dénouement aussi fort.

Pourtant, ce récit situé dans le milieu du catch mixé avec des éléments fantastiques était très accrocheur et efficace. Johnson est un scénariste qui a un sens du rythme exceptionnel et un artiste avec une énergie sans égale. Ce type vous embarque dans des intrigues loufoques, violentes et émouvantes, tout à la fois, et vous oubliez très vite à quel point les ingrédients qu'il utilise sont incongrus.

Les thèmes abordés sont vastes : le deuil d'une mère, le fait de grandir dans son ombre (c'était une championne de catch), la relation brisée avec le père, l'opportunité de retoruver un être aimé, des combats insensés comme autant d'étapes dans un récit initatique... Johnson n'a peur de rien et on adhère à ses délires, emporté par son dynamisme, sa sincérité, son talent dingue.

Mais quand on compare avec Murder Falcon, sommet de toutes ses obsessions, Do a Powerbomb ! paraissait moins bien équilibré, plus rentre-dedans, moins fouillé. C'est déjà pas mal, me direz-vous, et vous aurez raison. Mais on attend toujours beaucoup d'auteurs qui nous ont épatés.

Dans deux mois, en même temps que 2022 touchera à son terme, s'achèvera cette mini-série et il faut quand même un sacré dulot, une incroyable confiance en soi, pour livrer un épisode comme celui-ci. D'abord, pour la première fois véritablement, on fait connaissance avec les adversaires de héros et Johnson les décrit dans une situation tragique : les FYSO (abréviation pour Fuck Your Stupid Opinions) sont un couple mixte mais formé pour participer au tournoi de Willard Necroton. 

Ils s'allient parce que la récompense promise est la résurrection de l'être le plus cher qu'ils ont perdu. Sauf que les FYSO ont tous deux deux connus une perte identique et terrible : la mort d'un enfant en bas âge. De quoi motiver deux lutteurs mais aussi les déchirer. Mais j'y reviendrai. En tout cas, ce ne sont pas seulement des gros bras dans un tournoi, mais deux individus animés par une mission.

Les FYSO nous émeuvent pour ça. Mais on les déteste aussi pour ce qu'ils ont commis à la fin du précédent épisode quand ils ont mortellement blessé l'oncle de Lona Steelrose, Blood. Celui-ci était aussi le meilleur ami de Cobrasun, dont Lona ignore toujours qu'il est son père. Cobrasun obtient de Necroton un match no-limit, avec des armes, et tous les coups permis.

Le combat tient toutes ses promesses et même davantage. Johnson se surpasse pour le dessiner, multipliant les angles de vue les plus spectaculaires, les prises les plus acrobatiques, les coups les plus violents, les moments les plus incertains. Combien de fois croit-on que les FYSO sont finis et qu'ils se relèvent ? Idem pour Lona et Cobrasun. C'est une vraie leçon de storytelling en matière de baston.

Et, alors que le combat semble plié, et que nos héros vont gagner le tournoi, Johnson nous retourne complètement, nosu cueille totalement avec deux twists et un cliffhanger dignues. Je vous en spoile un : Lona découvre l'identité de Cobrasun. Mais cela a des conséquences immédiates et renversantes. On ne voit rien venir et on est K.O. debout.

Et si on est dans cet état, c'est aussi aprce qu'il reste deux épisodes. Que va raconter Johnson après ça ? Normalement, à ce stade, on aurait tout à craindre : deux épisodes de remplissage, deux épisodes de trop... Et puis on se dit que, hé, c'est le gars de Murder Falcon aux commandes, alors ça ne va pas être aussi simple, ça va être barré, bouleversant, épique - Daniel Warren Johnson quoi !

C'est donc justement parce que c'est impossible que les deux prochains épisodes de Do a Powerbomb ! vont être tout ou rien, soit l'exacte définition d'un comic-book par Daniel Warren Johnson, l'homme qui ose tout. Et voilà comment toute la série est relancée ! Ce qu'on appelle un tour de force.

vendredi 16 septembre 2022

DO A POWERBOMB ! #4, de Daniel Warren Johnson


On peut déjà, sauf surprise à venir, tirer quelques conclusions sur la nouvelle production signée Daniel Warren Johnson. Ainsi, si Do a Powerbomb ! reste une lecture originale et explosive, sa narration devient un peu trop routinière pour égaler le chef d'oeuvre de son auteur (Murder Falcon). 


Un an avant le tourno, les chevaliers de Rhyne reçoivent pour mission de s'y inscrire pour obtenir la résurrection du mage Velkus le rouge, défait par Willard Necroton.


Aujourd'hui, impressionné par sa jeune partenaire, Cobrasun propose qu'ils s'entraînent afin de parfaire leur complicité et leur efficacité sur le ring.


Le match qui les oppose aux chevaliers de Rhyne voit Cobrasun et Lona Steelrose en grande difficulté mais ils réussisent à puiser dans leurs ressources pour l'emporter.


Alors qu'ils quittent la scène, deux autres pairs de lutteurs les remplacent. Lona et Cobrasun reconnaissent alors Blood, le frère de Yua Steelrose, et assistent, impuissants, au combat qui suit...

Quelque part, c'était prévisible, mais je voulais quand même y croire car le talent de Daniel Warren Johnson est tel que rien ne semble pouvoir lui résister. Mais pourtant Do a Powerbomb ! accuse un coup de moins bien ce mois-ci et cela risque de le poursuivre.

Pour être plus clair, il faut revenir à Murder Falcon, le précédent creator-owned de l'auteur. L'histoire avait une construction assez semblable à celle de Do a Powerbomb !, avec une succession d'épisodes où, à mesure qu'on rencontrait les membres du groupe, on assistait à des combats épiques. Ici, c'est presque pareil.

Lona et Cobrasun enchaînent les matchs de catch sur le ring de Willard Necroton et chaque partie disputée est évidemment plus difficile que la précédente, et enrichie de révélations sur les personanges. On a appris que Cobrasun était le père de Lona (mais elle l'ignore) et qu'il l'avait accidentellement tuée sur le ring.

Malheureusement, ce qui réussissait si bien dans Murder Falcon, à savoir ce détonant cocktail d'action et d'émotion, a du mal à se réaliser dans Do a Powerbomb ! car, comme je le craignais, Daniel Warren Johnson me semble avoir abattu trop vite des cartes maîtresses dans son jeu. Ainsi, dès le deuxième épisode, on savait qui se cachait derrière le masque de Cobrasun. 

Dans cet épisode, l'auteur répéte un peu cette erreur en révélant que Blood, le frère de la défunte Yua Steelrose, donc l'oncle de Lona et beau-frère de Cobrasun, participe lui aussi au tournoi, avec le même objectif que les héros (obtenir de Willard Necroton qu'il ressucite Yua). 

Mais surtout l'épisode est mal construit. On apprend pour commencer, via un flashback en ouverture de l'épisode, pourquoi les chevaliers de Rhyne, futurs adversaires de Cobrasun et Lona, se sont inscrits au tournoi. Cette précision n'apporte pas grand-chose, sinon qu'il vienne se venger de l'organisateur qui a tué leur plus puissant sorcier, mais surtout comme on imagine mal Johnson éliminer du tournoi Lona et Cobrasun au bout de deux matchs, l'issue du combat contre les chevaliers ne fait guère de pli. Certes, la partie est disputée, violente, mais le dénouement reste prévisible.

Au-delà de ce fait avéré, Johnson consacre beaucoup de pages au combat en question? Si son dessin est toujours formidablement tonique, avec un découpage époustouflant, une science incomparable pour traduire les impacts des coups portés et reçus, reste qu'on trouve le temps un peu long. Toujours pour la même raison : la prévisibilité de la victoire des deux héros.

Et c'est au terme donc de cette trop longue baston que le fait le plus important de l'épisode survient avec la participation de Blood au tournoi. A peine a-t-on intégré cela, que l'affontement entre Blood et son partenaire contre le tandem Fyso se solde par une cuisante et dramatique défaite des premiers. Là encore, prévisible. Mais surtout raté parce que traité trop rapidement. Le match de Cobrasun et Lona a occupé trop de place alors qu'il est aurait été plus puissant de donner plus d'espace à celui de Blood.

On peut aussi arguer que si Blood avait dû combattre Cobrasun et Lona, Johnson aurait eu à écrire et dessiner un match encore plus tragique, mais il a manqué de perversité. Quoiqu'il en soit, Do a Powerbomb ! a le plus grand mal à susciter la même émotion poignante que Murder Falcon, sans doute parce que Johnson a plus de difficulté, à l'évidence, à explorer la notion de deuil qu'à exploiter la maladie comme c'était le cas dans sa précédente oeuvre. Il manque ce sentiment d'urgence, de nécessité, de dernière chance qui faisaient tout le sel de Murder Falcon quand le lecteur saisissait que Jake livrait son dernier tour de piste.

Parce qu'on n'arrive pas à être aussi ému par Lona vis-à-vis de la perte de sa mère, Do a Powerbomb ! déçoit. L'abondance de lutteurs, et le foisonnement graphqiue pour leur donner chair, ne comble pas ce déficit. On a l'impression que ce tournoi est déjà trop long, que chaque match est plus un morceau de bravoure, un exploit visuel que narratif, avant d'atteindre le coeur du sujet. Qu'importe au fond de savoir contre qui Lona et Cobrasun seront confrotnés en final (car s'ils n'y parviennent pas, à quoi bon tout ça ?), on aimerait vibrer davantage, être touchés davantage. Quel rebondissement pourrait insuffler une dimension iconique, sacrificielle à ce récit comme la révélation de la maladie de Jake dans Murder Falcon ?

Si on met cela de côté,ce qui n'a rien d'aisé, Johnson livre quand même quelque chose d'unique, de très spécial, d'improbablement bon. Mais "bon" n'est pas suffisant : avec un auteur pareil, on veut de l'extraordinaire, du hors du commun. En a-t-il encore sous le pied pour les trois épisodes restants ? A suivre...

jeudi 25 août 2022

DO A POWERBOMB ! #3, de Daniel Warren Johnson


Sorti la semaine dernière, le troisième épisode de Do a Powerbomb ! prouve à nouveau que l'imagination de Daniel Warren Johnson ne connaît aucune limite. Avec cet auteur complet, tout est permis, y compris les idées les plus farfelues, les mélanges les plus inattendus. A partir de là, on aime ou on déteste, il n'y a pas d'entre-deux : ce n'est pas de la BD pour les tièdes.


Cobrasun et Lona traversent le passage qui les mèent au royaume de Willard Necroton. Ils s'inscrivent pour le tournoi de catch où il les a invités, parmi d'autres combattants venus de tout l'univers.


Après une halte au bar où ils ont été pris à parti par deux concurrents ivres et où ils ont rencontrés deux autres adversaires, Cobrasun et Lona assistent à la présentation du tournoi et des prétendants au titre.


Confrontés à un duo d'ourang-outangs, Cobrasun décide de débuter le match. Mais il reçoit une raclée. Pourtant, il refuse de laisser entrer Lona en jeu alors qu'une défaite les exclurait de facto.


Lona prend l'initiative de monter sur le ring et renverse le cours de la partie avec quelques coups acrobatiques spectaculaires. Cet exploit ne passe pas inaperçu auprès de leurs futurs opposants...

Attention, spoilers ! le deuxième épisode s'achevait par la révélation de la véritable identité de Cobrasun : il s'agit en fait du père de Lona et donc mari de Yua Steelrose. Cela complexifie drôlement la situation puisqu'il a tué accidentellement sa partenaire sans que leur fille le sache et qu'aujourd'hui il a accepté de lutter à ses côtés dans le royaume de Willard Necroton dans le fol espoir de ramener Yua à la vie.

Si on est un lecteur attentif aux détails, cette révélation était, disons-le, assez convenu (en effet, le mari de Yua s'éclipsait juste avant son dernier combat) et il fournissait à Daniel Warren Johnson un moyen facile d'élever émotionnellement l'enjeu de son histoire. D'un côté, un homme qui porte la culpabilité d'avoir tué sa femme et d'avoir privé une fille de sa mère, de l'autre la fille qui a perdu sa mère et ignore que le responsable est son propre père avec lequel elle est déjà brouillée depuis des années.

Ceci étant posé, on peut se questionner sur ce qui a motivé Johnson à dévoiler si vite une part importante de son histoire. Pour comparer avec Murder Falcon, on apprenait tardivement que le héros était malade du cancer et en phase terminale, et lorsqu'on le savait, cela ajoutait à son dernier duel contre le vilain une dimension sacrificielle poignante. Ici, le lecteur est dans la confidence tandis que Lona ignore ce fait, donc quel impact cela aura pour la suite ?

En attendant de le savoir, on est tout de même bluffé par l'imagination débridée de l'auteur qui déplace le récit dans la dimension de Willard Necroton. Visuellement, c'est une claque avec des décors imposants, une figuration impressionnante, un univers très solide et délirant. Johnson ne s'économise pas pour nous épater.

Les scènes s'enchaînent sur un rythme soutenu, ce qui ne surprend pas les fans de l'auteur. Toutefois, on attend surtout que le tournoi commence et quand on voit la gueule des participants, ça promet ! Les adversaires viennent de toute la galaxie et on a affaire à des spécimens croquignolets. On aura donc droit à des combats avec une sacrée allure, où Johnson va se défouler et nous, nous régaler.

Le fait que le premier match de Lona et Cobrasun les oppose à des ourang-outangs dotés de parole renseigne sur le degré de loufoquerie de la série. Si vous n'êtes pas prêts à accepter cela, passez votre chemin, mais je n'en attendais pas moins de Johnson après Murder Falcon.

Pourtant une part indéniable du travail de Johnson repose aussi sur l'emotion, qu'il ose faire éclore dans des situations improbables. Et quand on découvre pour quoi luttaient les deux singes et la réaction de Lona, on ne peut s'empêcher d'être saisi. C'est la magie de ce genre de comics qui s'autorise tout et réussit à nous cueillir sans qu'on s'y attende, au moment le moins évident. J'adore, mais je comprends que ça puisse dérouter, voire laisser des lecteurs sur le bas-côté.

J'insiste beaucoup sur tout cela, à dessein. Mais je crois que c'est crucial : les comics indés, pour ce que j'en sais, à l'heure actuelle sont énormément influencés par le genre horrifique, et cela déborde sur des publications mainstream. C'est sans doute dans l'air du temps, mais pour ma part, ça le laisse complètement froid et surtout j'ai envie d'autre chose, dans une époque plombée par les guerres, les épidémies, le populisme, cette gravité écrasante.

Alors que, au milieu de tout ça, une BD comme Do a Powerbomb ! et un auteur comme Daniel Warren Johnson existe, c'est une sorte de miracle, de machin invraisemblable mais qui fait du bien, parce que ça met la patate et ça vous prend aux tripes sans vous éprouver davantage. Merci à lui pour ça. Et bravo pour la manière, car c'est bigrement costaud et osé.

jeudi 28 juillet 2022

DO A POWERBOMB ! #2, de Daniel Warren Johnson


J'avais gardé le deuxième épisode de Do a Powerbomb ! pour cette semaine car la semaine dernière était déjà bien chargée. La mini-série de Daniel Warren Johnson après un démarrage canon se calme (un peu) pour exposer ses enjeux. Mais c'est quand même sacrèment spectaculaire. Même si le twist final est un peu téléphoné...


Willard Necroton entraîne Lona Steelrose dans sa dimension : il est prisonnier et maître d'une île après une défaite cuisante. C'est depuis ce temps qu'il a découvert sa passion pour le catch.


Il offre donc à Lona de lui rendre sa mère si elle participe à un tournoi dans son arène. Mais c'est une compétition pour laquelle elle doit avoir un partenaire et Willard lui suggère un nom...


C'est ainsi que Lona, de retour sur Terre, assiste à un match disputé par Cobrasun contre Kaneda le destructeur. Le combat se solde par une raclée pour le dernier adversaire de la mère de Lona.


Lona rejoint Cobrasun dans les vestiaires et découvre qu'il a, lui aussi, été abordé par Willard. Il accepte à contrecoeur de faire équipe avec elle...

Le cliffhanger du premier épisode de Do a Powerbomb ! faisait basculer cette histoire dans le fantastique et, pour ouvrir ce nouveau chapitre, Daniel Warren Johnson en profite pour présenter Willard Necroton.

Le ton est donné et si on aime le style de l'auteur, on sera comblé par son sens de la démesure et son absence totale de complexes à mélanger les registres. Il le fait avec un tel naturel, une telle fluidité qu'il est difficile d'y résister. Mais sans jamais sacrifier l'émotion : car il est quand même question du deuil d'une adolescente et d'un marché faustien.

Necroton est un drôle de mariole, fou de catch, mais qui prend ce spectacle scénarisé absolument au sérieux. Au point qu'il rigole de bon coeur quand Lona lui explique que tout, une fois sur le ring, est écrit, qu'il s'agit d'un show mis en scène et pas de vrais affrontements. A ce stade de l'intrigue, difficile de se prononcer sur le cas Necroton : est-ce un excentrique venu d'une autre dimension ? Ou bien un méchant filou abusant de la situation ? Si je devais supposer, je dirais qu'il est néanmoins plutôt sympathique et déjanté, mais le prix à payer pour que Lona retrouve sa mère reste élevé.

Donc : méfiance. D'autant plus que le tournoi qu'organise Necroton se joue en équipe et il faut donc que Lona se trouve un partenaire. Bien entendu, on le sentait arriver, elle va demander à Cobrasun de l'aider.

Johnson montre habilement que Cobrasun trimballe sa culpabilité dans des combats clandestins où tous les coups sont permis. Il affronte un adversaire bien décidé à lui faire la peau et qui lui inflige un raclée humiliante et douloureuse. Cobrasun se défend à peine, comme s'il expiait sa faute originelle, celle d'avoir tué, même involontairement, même accidentellement la mère de Lona.

Le dialogue entre Lona et Cobrasun dans les vestiaires après le combat est parfaitement écrit, prouvant que Johnson n'est pas qu'un fabuleux artiste mais aussi un auteur complet. De façon certes prévisible là encore, on apprend que Necroton a abordé Cobrasun avant Lona et qu'il a donc manigancé pour qu'ils deviennent partenaires. Voilà une bonne raison de ne pas se fier à cet olibrius.

Tout au long de scènes, Johnson nous en met plein les yeux en illustrant tout cela sans jamais se ménager. De l'île de Necroton au combat entre Cobrasun et Kaneda le destructeur en passant par l'échange entre Lona et Cobrasun, le découpage est d'un dynamisme extraordinaire.

Chaque plan grouille de détails, avec des angles de vue insensés et des valeurs de plans idéalement dosés. Les compositions sont sensationnelles, ce qui est indispensable pour un récit riche en action et en baston. Il y a quelque chose de grisant dans cette lecture où on sent l'artiste se donner à fond parce que son sujet le motive mais aussi parce qu'il veut que le lecteur soit comblé.

Malgré tout, si je devais émettre un bémol, c'est que, en plus de quelques rebondissements prévisibles, le twist à la fin de cet épisode est franchement téléphoné. Je ne vous le révèlerai pas, mais lorsqu'on découvre qui se cache sous le masque de Cobrasun, il n'y a aucune surprise. Cela ne signifie pas que l'intérêt pour la suite de l'histoire s'en trouve diminué - au contraire, cela reste très prometteur, mais disons plutôt que j'attendais cette révélation plus tardivement. Je pense donc que si Johnson la place si tôt dans sa série, c'est qu'il sait ce qu'il fait et que la suite annonce de beaux moments de tension et d'émotions.

Ce qui est certain, c'est que, fan de catch ou pas (et pour ma part, le wrestling actuel ne m'intéresse guère, bien que j'ai adoré la série GLOW), ce comic book est à l'image de son créateur : un ovni total, et une oeuvre généreuse.

lundi 25 juillet 2022

MURDER FALCON, de Daniel Warren Johnson (+ UN CHAPITRE INEDIT EN BONUS !)


Aujourd'hui, comme chaque Lundi, je vous parle d'un comic-book indé, et celui-ci est cher à mon coeur car c'est une de ces lectures qui vous amrquent au fer rouge. J'espère que j'arriverai à vous donner envoie de le lire (si ce n'est déjà fait) car Murder Falcon de Daniel Warren Johnson mérite le détour. Entre batailles contre des kaiju, heavy metal et émotion bouleversante, c'est une BD vraiment unique.


Rien ne va plus : le monde est envahi de monstres et Jake, l'ex-leader et guitariste du groupe Brooticus broie du noir. Lorsqu'une bestiole apparaît chez lui, il se défend avec sa guitare cassée qui se répare comme par magie et fait apparaître Murder Falcon, tueur de monstres. Celui-ci explique à Jake être alimenté par l'énergie du Heavy et pour arrêter l'invasion en cours, il doit reformer Brooticus.


Première étape : Johann, l'ex-bassiste de Brooticus. Murf explique qu'il ne suffit pas de se saisir d'un instrument, mais de trouver celui qui convoquera un de ses pairs. La basse dont doit jouer Johann se trouve dans le sous-sol d'un magasin gardé par un Veldar, suppot de Magnum Kahos, l'instigateur de l'invasion.


Deuxième étape : Jimi, l'ex-batteuse de Brooticus, qui vit seule avec son père malade. Murf, Jake, Johann et Halford (son guerrier attitré, un mammouth) les sauvent d'une attaque de Veldar, puis lui remettent la batterie magique avec laquelle elle peut convoquer un immense serpent.


Après cette bataille, Jake retrouve Anne, son ex. Ils se sont séparés quand on a diagnostiqué à Jake un cancer incurable. La repoussant pour qu'elle ne voit pas sa déchéance, il lui raconte dans quelle mission improbable il s'est lancé et tente de regagner son soutien. Magnum Khaos réussit à ouvrir une brêche assez grande pour se glisser dans notre dimension et se gaver du malheur des humains.


Johann, Jimi et Murf suivent, eux, une piste qui les mènent dans la crypte où repose le créateur du Heavy. Ils y trouvent un enregistrement vidéo leur révélant le moyen de défaire Magnum Khaos, en réveillant les morts des plus grands hard rockers. Mais en sortant de la crypte, des Veldar les attaquent.


Le groupe est rejoint par Heljmdar, un musicien norvégien dont la formation a péri en affrontant des Veldar et qui souhaite venger ses amis. Tous ensemble, ils se rendent sur une île où se trouve la trompette de la mort grâce à laquelle ils pourront lever une armée de hardeux morts. Mais Magnum Khaos les attend sur place et blesse Jake, brise sa guitare. Le groupe réussit à fuir grâce au sacrifice de Heljmdar.


Evacué jusqu'au Japon par Shohei Takahashi du Tokyo Philharmonic Orchestra, la guitare de Jake est confiée à un luthier. L'esprit de Jake communique avec celui de Magnum Khaos qui tente de le convaincre de renoncer à la bataille puisqu'il est mourant. Mais, alors que les musiciens tokyoïtes se battent, Jake refuse de se résigner et repart à la guerre.


L'armée japonaise élabore un plan pour prendre l'île de la trompette de la mort avec le soutien de Brooticus. Tandis que le groupe occupe les Veldar lancés contre l'armée avec le supprt de l'aviation japonaise, Murf et Jake partent se battre contre Magnum Khaos...

A première vue, Murder Falcon a tout de la curiosité : avec son super-héros à tête de faucon, doté d'un bras mécanique, son argument délirant ("le heavy va sauver le monde"), ses kaiju en pagaille, et son grand méchant qui se repaît des idées noires des humains, la question qu'on se pose en premier, c'est bien : qu'est-ce que c'est que ce machin ?

Et puis on lit les huit épisodes de ce récit complet et on le finit avec les yeux humides, la gorge serrée. Incroyable, mais vrai. 

Daniel Warren Johnson est un auteur à part dans le paysage des comics américains. Il produit ses propres histoires sous forme de mini-séries, mais collabore ponctuellement avec les "Big Two" pour des projets pour lesquels il obtient carte blanche. Visuellement, son dessin a une énergie folle, un sens du détail extravagant, et des designs renversants. Il fait équipe avec le coloriste Mike Spicer, qui sait mettre en valeur ses images foisonnantes. Surtout, il ne fait jamais semblant : chacune de ses BD est liée à sa propre histoire, à ses expériences, il y met tout son coeur.

Quand il a eu l'idée de Murder Falcon, après avoir signé Extremity, Johnson n'allait pas bien, il était essoré par sa dernière histoire et doutait même de réécrire et dessiner autrement que pour son plaisir. Son seul échappatoire était la musique et la guitare sur laquelle il se défoulait pour chasser ses idées noires. La genèse de Murder Falcon a été laborieuse mais il s'est accroché à cette idée folle de heavy metal qui sauve le monde comme cette musique l'avait guéri d'une probable dépression.

Refusant de choisir entre toutes les pistes narratives qui surgissaient dans sa tête, Johnson a tout mis dans Murder Falcon, comme si c'était sa dernière BD, le comic-book de la dernière chance, l'histoire ultime, celle qui déciderait de son futur. Et effectivement, ça ressemble à une sorte de fourre-tout bordélique, un défouloir limite, mais mue par une logique qui se révèle progressivement et qui traduit bien par la mauvaise passe traversée par l'auteur.

Il y a des livres qu'on écrit pour distraire, soi-même comme le public, et il n'y a rien de déshonorant à ça, il y a de la grandeur dans ce mouvement, pour peu évidemment que ce soit honnêtement fait. Et puis il y a les livres qu'on écrit parce qu'on n'a simplement pas/plus le choix. Des histoires qu'il faut sortir, où on met tout sur la table, où on ouvre son coeur aux autres, sans filtre, sans pudeur. Parce que sinon ça vous étouffe, ça vous écrase, ça vous tue.

Cette urgence, c'est ce qui transpire à chaque page de Murder Falcon. Car derrière le côté farce et baston, c'est d'un type qui meurt et qui ne peut plus rien y faire dont il s'agit. Daniel Warren Johnson dévoile le coeur de son projet délicatement, à coups de flashs très rapides et allusifs, dont on ne saisit pas tout tout de suite. Et puis quand finalement on comprend de quoi il retourne, alors tout bascule. Il y a encore de la baston, de la rigolade, du grand spectacle, mais aussi une mélancolie magnifique en surface qui vous prend et ne vous lâche plus. Jusqu'à vous laisser en larmes, en lambeaux.

Sans doute que Johnson a pensé vraiment y rester comme Jake et que la musique l'a sauvé, et a sauvé sa carrière d'artiste, et nous a permis de lire Murder Falcon (et désormais Do a Powerbomb !). La fiction n'est pas aussi clémente avec son héros qui doit faire ses adieux mais surtout se prouve à lui-même qu'il a un dernier combat à mener, non pour lui mais pour les autres, un héritage à laisser, héroïque et humble. Un dernier riff à jouer. Un dernier solo à interpréter. Nul ne pourra oublier Murf et Jake après leur aventure sur l'île de la trompette de la mort contre Magnum Khaos.

Et ce récit initiatique se fait en compagnie de seconds rôles aussi mémorables : qui n'a pas eu envie d'avoir une bande d'amis comme Johann, Jimi, une copine comme Anne, un allié comme Heljmdar ? Et des frères d'armes comme Murf, Halford ? Si vous avez eu des amis comme ça, vous saisirez d'autant mieux les affres de leurs relations, de la rupture aux retrouvailles et à la réconciliation jusqu'au baroud d'honneur. 

Mais pour raconter une telle histoire, il faut aussi en avoir les moyens graphiques. Et Murder Falcon va vous éclater ! Comme je le disais plus haut, Daniel Warren Johnson, c'est une énergie insensée. Mais jamais brouillonne. Le type est incroyable, très fort, une technique ahurissante. Imaginez... Will Eisner dopé à Metallica !

Ce que j'adore chez ce dessinateur génial, c'est son absence de retenue sous une montagne de doute. Il sait convertir ses incertitudes en force et cela rejaillit dans des planches à la vigueur contagieuse. On en prend plein la vue, c'est certain, mais avec une maîtrise du découpage absolue. Il met en scène des bagarres épiques comme personne et il vous sert ensuite des planches composées avec une fluidité imparable, vous prenant délicatement par la main après vous avoir remué dans tous les sens. Lorsque, par exemple, Johann suit Jake et Murf pour trouver sa basse, une page est montée comme un vrai jeu de piste. Plus loin, lorsque Jake comprend à quoi sert vraiment la trompette de la mort, les cases se multiplient pour former une mosaïque de visages non pas de musiciens morts comme le suggérait la prophétie mais une armée de musiciens virtuels.

Des idées visuelles comme ça, la mini-série en est pleine, ça déborde presque, mais c'est de bon coeur, car Johnson veut que son lecteur soit comblé. Ce n'est pas qu'il veut le gaver jusqu'à l'indigestion, mais il veut tenter une expérience dans laquelle son inspiration exubérante rencotrera l'appétit insatiable du fan qui veut un comic-book à nulle autre pareil. Un truc inoubliable, jouissif, extatique, qui, même miné par la mélancolie, vous donnera la banane.

Je ne le dis pas souvent, même jamais aussi directement, mais lisez Murder Falcon. C'est une BD dont vous tomberez amoureux, que vous recommanderez à vos potes. C'est une BD pour se rappeler ce qu'est l'amour, ce qu'est l'amitié, ce qu'est la musique, son pouvoir pour donner une forme au silence, aux émotions, pour traduire nos états d'âme. C'est un comic de super-héros mais pas comme les autres. C'est triste et beau, c'est mélancolique et gai. Lisez Murder Falcon !
 
*

Skybound X est une revue lancée par Robert Kirkman qui compte, à ce jour, six numéros. On y trouve des previews de futures séries publiés sous le label Skybound du scénaristes et éditées par Image Comics. Et dans le n° 3, Daniel Warren Johnson ajoutait un petit chapitre à Murder Falcon : neuf pages inédites qui révèlent comment Murf, Jake et Johann ont récupéré la batterie de Jimi. Ces pages sont inédites en vf (à moins que Delcourt ne les intègre dans une future réédition du recueil des huit premiers épisodes). Enjoy !









dimanche 19 juin 2022

DO A POWERBOMB ! #1, de Daniel Warren Johnson


En attendant de trouver du temps pour conscrer une entrée à Murder Falcon, je me suis lancé dans la lecture du premier numéro de la nouvelle mini-série signée Daniel Warren Johnson. Do a Powerbomb ! comptera sept épisodes pour un récit complet, publié chez Image Comics. Et le titre ne ment pas : c'est une vraie bombe, percutante et étonnamment sensible.
 

Tokyo. Yua Steel Rose s'apprête à monter sur le ring pour défendre son titre de championne du monde de catch. Elle va affronter le redoutable et haïssable Cobrasu, résolu à remporter la ceinture.


Devant sa fille, Lona, et son oncle, Blood, mais en l'absence de son mari, Yua ne retient pas ses coups mais Cobrasun non plus. Le combat s'achève prématurèment lorsqu'il la blesse mortellement.


Dix ans passent. Lona tente de s'imposer sur le ring mais essuie échec sur échec. Elle vit dans l'ombre de sa mère et son oncle a promis à son père, avec qui elle est brouillée, de ne pas l'entraîner.


Mais en sortant du club de catch, ce soir-là, Lona est abordée apr un étrange personnage, Willard Necroton, qui se présente comme un nécromancien et a une offre à lui faire...

Dans la postface de ce ce premier numéro de Do a Powerbomb !, Daniel Warren Johnson explique comment lui est venue l'idée de cette histoire. Cela remonte à 2018 quand il racontait une fable de son invention à sa fille pour qu'elle s'endorme. Enthousiaste, elle lui demanda de la développer et elle y s'y employa entre deux autres projets.

Daniel Warren Johnson est un auteur vraiment à part. J'ai tendance à être sarcastique avec ceux que j'appelle les "rockstars" des comics actuels (des gars comme Donny Cates par exemple, qui croient réinventer la roue aussi bien dans leurs projets mainstream que indés). Mais Johnson est un rocker, un vrai : il joue de la guitare, et adore le metal au point d'en avoir fait le ressort de son chef d'oeuvre, Murder Falcon. Il adore aussi le catch et les histoires de famille.

Ces deux éléments sont au coeur de Do a Powerbomb !, qu'on peut résumer comme Faust au pays du wrestling. C'est aussi une intrigue sur la notion d'héritage, de transmission, d'émancipation, sur la relation mère-fille, sur la célébrité, la reconnaissance, la vengeance. C'est donc dense. Mais jamais lourdingue. Au contraire...

Car ce qui frappe, c'est l'énergie folle qui se dégage de cette lecture. L'écriture de Johnson fonce dans le tas, elle ne perd pas de temps en exposition, le lecteur est plongé dans le vif de l'action, les enjeux sont énormes, le ton volontiers mélodramatique. C'est normal car Johnson conçoit le ring comme une scène de théâtre et les matchs de catch comme une performance artistique.

Avec leurs masques et leurs costumes bariolés, leur manière de s'exprimer avec expressivité, la violence des coups échangés, les lutteurs sont des comédiens. Cela provoque le sourire et je me souviens, dans ma jeunesse, avoir été ébloui par les images en oir et blanc d'un catcheur surnommé "l'Ange Blanc" comme aujourd'hui je suis ébloui par Yua Steel Rose et Cobrasun. Pour autant je vous mentirai si je prétendais être un aficionado du catch moderne, devenu trop bruyant, trop farcesque, avec des adversaires au gabarit invraisemblable et des stars qui se reconvertissent dans le cinéma (comme Dwayne "the Rock" Johnson ou Dave Bautista).

Mais je reconnais toutefois que c'est un formidable terrain de jeu dramatique, qui convient à merveille à la BD et dont Johnson se sert avec virtuosité. On sent chez lui ce mélange d'admiration, de facination et de distanciation qui me paraît être parfait pour raconter une histoire susceptible de toucher aussi bien les fans de la discipline que ceux pour qui ça n'a a priori aucun intérêt. Très vite, la tragédie s'invite dans le récit avec la mort sur le ring de Yua Steel Rose suite à une prise maladroite de Cobrasun et l'auteur se refuse absolument à toute putasserie, préférant mettre en scène l'accablement de la fille et du mari de la lutteuse dans un couloir froid de l'hôpital.

Puis une ellipse de dix ans permet de retrouver Lona, la fille de Yua, en train d'essayer de succéder à son illustre mère, mais sans réussite. Ses adversaires la ménagent, par respect envers Yua, ou au contraire lui flanquent des raclées humiliantes, pour prouver qu'elles valent mieux que la défunte championne. Son oncle a promis à son père de ne pas l'entraîner car ce dernier redoute qu'il lui arrive malheur sur le ring. Mais le destin de Lona va basculer lorsqu'elle rencontre un tyoe étrange, capable de communiquer avec les morts, et assurant qu'il peut ressuciter Yua. Mais à quel prix ?

C'est la dimension faustienne de Do a Powerbomb ! puisqu'à l'évidence il va y avoir un contrat passé entre Lona et Willard Necroton, qui va engager la jeune fille à un sacrifice. Comment ne pas être accroché ? Surtout que les planches défilent, explisives.

Johnson est un rocker aussi parce que son style de dessin est bâti sur un ahurissant dynamisme. Lire ses comics, c'est se prendre un shot, ça dépote, ça déborde, c'est généreux, c'est exaltant. Chaque plan fourmille de détails, est composé selon un angle de vue qui maximise l'impact visuel. On assiste au choc des titans, tout est bigger than life. Mais jamais grotesque, jamais ridicule, et il faut une certaine dose de génie pour animer cela sans sombrer dans la farce, la parodie - ce qui différencie Johnson de certains de ses contemporains qui regardent un peu leur média de haut et se croit plus malin que le lecteur.

Quand, à la fin de l'épisode, le récit bascule dans le fantastique avec Willard Necroton, la transition se fait sans heurt car c'est comme une extension de ce domaine de la lutte : une autre facette de cette fantaisie cruelle et hors normes. Les couleurs de Mike Spicer, fidèle collaborateur de Johnson, font le reste, avec nuance et vigueur, toujours. C'est aussi une belle BD, même avec un trait gras, des physionomies moins flatteuses, moins sexualisées que dans les comics mainstream, mais plus réalistes aussi, plus crédibles surtout.

Tout Daniel Warren Johnson est là, dans cette trentaine de pages. On a à affaire à une personnalité peu commune pour un résultat lui-même peu commun. Mais ça fait du bien d'être bousculé ainsi !