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mercredi 6 décembre 2023

SHAZAM ! #6, de Mark Waid et Dan Mora


Ce sixième épisode marque la fin du premier arc de Shazam ! ... Et c'est aussi sûrement le dernier numéro que j'acquiers. Sans être, loin s'en faut, une mauvaise série, Shazam ! ne m'a pas convaincu, ou plu exactement m'a de moins en moins convaincu. Au point de se demander si Mark Waid et Dan Mora sont vraiment les hommes de la situation...


Freddy Freeman fait croire aux Dieux qu'il est prêt à devenir leur nouveau champion. Mais c'est une ruse pour donner le temps à Pedro, Eugene et Darla ainsi qu'au dinosaure de mener leur attaque. Salomon se tient à l'écart de la bataille et Billy Batson y voit là une solution pour cette crise de foi...


Parfois le talent ne suffit pas : c'est un peu la morale que je tire de ce premier arc de Shazam ! version Dawn of DC. En misant sur Mark Waid et Dan Mora, en pleine bourre sur le titre Batman - Superman : World's Finest, DC a jugé qu'il était impossible de se rater.


Mais si le début de cette relance a été enthousiasmante, véritablement portée par la réussite de World's Finest et l'envie folle d'y croire, après des années d'errements avec le personnage, ça n'a pas suffi, en tout cas pour moi.


Ce qui a manqué ? Peut-être une étincelle, la magie, ce je-ne-sais-quoi qui donne à un projet une dimension unique. Mais surtout, je pense, une vraie correspondance entre le héros et ceux qui l'animent. Je m'explique.

Shazam, Captain Marvel ou le Captain tel qu'il se fait appeler désormais est un personnage éminemment complexe à manier. C'est le vestige d'une époque lointaine puisque le héros est aussi vieux que Superman et il fut même son plus sérieux concurrent à ses débuts. Quand DC le récupéra, le problème se posa rapidement de l'écrire sans qu'il devienne une copie du man of steel.

Peu d'auteurs sont parvenus à donner à Shazam des aventures dignes de ce nom à cause de l'ombre portée par le géant qu'est Superman, qui a largement éclipsé dans l'inconscient collectif le champion du sorcier du rocher de l'éternité. Principalement parce que le dosage de naïveté et de complexité qui s'impose n'est pas à la portée de tous. Plus que du talent, il faut en fait aimer un personnage pour l'écrire correctement.

Bizarrement un de ceux qui s'en est le mieux tirer avec Shazam est aussi celui qui l'a le plus abimé ces dernières années. Geoff Johns intégra le héros à sa JSA pour le remodeler durant les New 52 en modifiant la personnalité de Billy Batson et en élargissant sa famille de coeur, sans parler d'un relooking des plus douteux.

Si bien que depuis Rebirth, Shazam était quasi oublié. Fallait-il repartir sur sa version la plus récente ? Ou revenir aux sources ? En vérité la meilleure de ces interprétations fut donnée dans The Multiversity de Grant Morrison dans le segment Thunderworld dessiné par Cameron Stewart. Mais plus grand-monde n'a l'air de s'en souvenir : le scénariste évacuait la famille élargie de Johns et embrassait complétement le matériau originel dans une fantaisie débridée.

Récemment, entre sa participation à la série Titans Academy (qui déboucha sur un tie-in oubliable) et The New Champion of Shazam mettant en avant Mary Marvel, on sentait encore bien des hésitations de la part de DC. Jusqu'à ce que donc Mark Waid et Dan Mora héritent d'une série régulière basée sur Billy Batson, son alter ego, mais sans occulter les apports de Johns.

Les premiers épisodes avaient de quoi ravir : on y renouait avec une sorte de délire amusant et tonique, où on croisait des dinosaures échoués sur Terre, puis des singes félons de Gorilla City, l'empereur de la Lune, etc. Mais dans un même mouvement, l'intrigue développait quelque chose de plus noir avec un Captain lunatique, ne maîtrisant plus ses nerfs, et à qui ses frères et soeurs de coeur reprochaient de ne plus pouvoir partager ses pouvoirs.

Et je crois que c'est ce qui a fini par me déranger. Sous la bonne humeur, la série s'engageait dans un complot touchant directement les attributs héroïques du Captain. En soi, l'idée n'était pas mauvaise mais elle rognait sur l'innocence qu'on aime dans Shazam (ou en tout cas que, moi, j'aime). Je préfère franchement suivre Billy Batson contre des vilains grotesques mais qui peuvent être coriaces comme Mister Mind que le voir se fritter avec Black Adam (une ficelle trop usée, comme Superman vs Lex Luthor ou Batman vs le Joker).

Quand le fin mot de l'histoire a été révélé et qu'en vérité Garguax l'empereur de la lune ou les singes de Gorilla City n'étaient que des péripéties, j'ai décroché. Voir les dieux dont le Captain tient ses pouvoirs le manipuler pour le punir et combler leur orgueil n'était plus fun. Et d'ailleurs, sans spoiler, cet épisode ne propose pas de dénouement clair ni satisfaisant à ce plot. Comme si Waid n'avait pas su régler la question ou voulait la garder au chaud pour un futur arc (ce qu'il fait aussi sur World's Finest mais avec plus d'intelligence).

Ensuite, il faut bien que j'avoue que la famille élargie de Johns ne me plait pas, ne m'a jamais plus. Je n'ai aucune sympathie pour Pedro, Eugene, Darla, qui sont des personnages surnuméraires, encombrants, embarrassants. Waid, là encore, ne semble pas savoir qu'en faire, mais a-t-il le choix ? Je n'en ai pas l'impression : c'est un héritage qu'il doit gérer. Et au passage il oublie complètement d'un épisode à l'autre Mary Marvel, présente le mois dernier et ici invisible. On me dira qu'elle figure dans la mini-série Amazons Attack mais justement c'est un autre caillou dans le jardin de Waid qui ne dispose visiblement pas de son casting comme il le devrait. Et ça commence à faire beaucoup d'éléments qu'il ne maîtrise pas.

Bref, ça ne fonctionne pas. Et pas que sur un plan narratif. Dan Mora est devenu la coqueluche des fans et c'est mérité. C'est un artiste incontestablement doué, un storyteller graphique d'une puissance phénoménale, capable de produire deux épisodes de deux séries différentes par mois (sans compter un nombre incalculable de variant covers). On ne peut que respecter ça.

Mais aussi doué soit-il, je trouve que Shazam ! n'est pas fait pour lui. Il dessine le Captain comme il dessine Superman dans World's Finest : super baraqué, les muscles sculptés comme un body-builder, la mâchoire carrée, le costume collant à la peau. On est à des lieux de la rondeur du personnage de C.C. Beck, qui ressemble à une version prématurément adulte de Billy Batson.

Billy et son alter ego sont en réalité des mômes là où Mora les distingue trop : Billy est assez jeune mais le Captain est trop adulte. On est là dans un cas de figure plus proche de Rick Jones et Captain Mar-Vell que de Shazam !. Le charme n'opère jamais et quand le script souligne que le Captain a encore parfois une attitude de gamin, Mora dessine ça de façon trop caricaturale. Chris Samnee, qui signe les variant covers de la série capte la nature profonde des deux personnages avec la même perfection que Cameron Stewart dans Thunderworld et montre par là même à quel point la justesse de la représentation visuelle se joue à des détails plus qu'au talent et à la technique.

J'ajouterai enfin que, d'une part, sur cet épisode, dont l'action se déroule dans le rocher de l'éternité, Mora zappe le décor de manière trop voyante pour ne pas être remarqué, et d'autre part, ultime défaut de la série, la colorisation d'Alejandro Sanchez ne convient pas du tout, trop sombre (pourquoi diable Tamra Bonvillain, l'habituelle coloriste de Mora, à la palette bien plus adaptée, ne s'en occupe-t-elle pas ?).

C'est rare d'arrêter un titre bien fait. Mais si le talent ne manque pas à Shazam !, en revanche la manière si. Je n'arrive pas à adhérer, à trouver ce que j'aime. Arrêter est alors le plus sage, avant de se mettre à parler d'une série pour de mauvaises raisons.

mercredi 8 novembre 2023

SHAZAM ! #5, de Mark Waid et Dan Mora


Le pénultième épisode de ce premier arc de Shazam ! confirme, hélas ! les craintes au sujet de cette série : ça ne fonctionne pas/plus - en tout cas sur moi. Ce personnage si compliqué à animer a pourtant bien des atouts en ayant à sa disposition un scénariste expérimenté comme Mark Waid et un dessinateur aussi doué que Dan Mora. Mais si leurs mérites sont grands, ils ne semblent pas adaptés au projet.


Mary Marvel sauve Billy Batson d'une mort certaine et invoque le nom de Shazam pour qu'il l'aide à affronter Garguax, Queen Bee et les Gorilles qui ont abusé de la confiance du Captain. Billy, par ailleurs, toujours grâce à Mary, comprend enfin pourquoi il perd régulièrement les pédales et va demander des comptes à qui de droit...


Je vais tenter une comparaison un peu osée mais qui, je crois, parlera à tout le monde : prenez une belle actrice (ou un bel acteur selon votre goût), qui plus est doué. Cela n'en fera pas forcément l'interprète idéal pour tous les rôles même si cela donnera une attractivité au projet auquel on veut l'attacher.


Hé bien, Shazam !, c'est exactement cela. A priori, cette série bénéficie d'un scénariste on ne peut plus compétent, qui semble même avoir trouvé une seconde jeunesse depuis son retour chez DC. Elle profite aussi d'un artiste qui force le respect par sa force de travail et l'étendue de ses capacités. Pourtant, ça peine à fonctionner. Quand ça fonctionne.


Après la comparaison, un aveu : adolescent, j'étais un fan absolu de John Byrne. Avec lui, j'ai aimé les comics de super-héros grâce aux X-Men, puis Fantastic Four. Lorsqu'il est passé chez DC pour s'occuper de Superman, je n'ai découvert le résultat que plus tard mais je n'ai jamais accroché. Est-ce parce que j'associai trop Byrne à Marvel ? Ou tout simplement parce que ce qu'il racontait avec Superman ne me touchait pas ? En tout cas, je n'ai pas adhéré.

De Mark Waid, j'ai adoré Fantastic Four, Daredevil, Captain America, Black Widow, plus récemment World's Finest. Quand il a pris en main Shazam !, je fondais de grands espoirs, estimant que s'il y en avait bien un capable de redonner son lustre à ce héros, ce serait lui. Et pourtant, même si le premier épisode m'a emballé, ensuite, j'ai éprouvé de plus en plus de mal à accrocher, comme si quelque chose me retenait.

Je ne prétendrai pas dire comment il faut écrire, et bien écrire a fortiori, Shazam ! mais ce n'est pas comme ce que fait Mark Waid. Il a de bonnes idées dans ses épisodes, une bonne distance avec le personnage, de bonnes intentions. Mais ça ne prend pas.

C'est compliqué de définir ce qui ne marche pas ici. Encore une fois, c'est bien fichu, et graphiquement, c'est une série divinement bien faite qui plus est. En aménageant l'emploi du temps de Dan Mora pour qu'il dessine Shazam ! en plus de World's Finest, DC a fait valoir qu'il misait sur Shazam ! en ne le confiant pas à une équipe artistique moyenne. On a rarement l'occasion de voir de tels efforts éditoriaux pour arranger un auteur et un artiste désireux de travailler sur un héros. Et DC l'a fait.

Mais même Dan Mora ne me convainc pas ici. Si j'aime beaucoup sa manière de représenter Billy et les autres gamins de la "Shazamily", en revanche, je trouve que son Captain manque cruellement de rondeurs, comme il avait été créé à l'origine et repris ensuite par des artistes aussi divers et différents que Jerry Ordway, Leonard Kirk, Alex Ross, Jeff Smith, Cameron Stewart...

Dan Mora dessine le Captain comme un type très baraqué et sculptural, avec un visage trop anguleux. De manière plus globale, il n'a pas cet aspect doux, enfantin qui permet au lecteur de continuer à reconnaître Billy Batson. Et en définitive, on se demande si ce n'est pas une fausse bonne idée d'avoir voulu ramener le Captain au lieu de laisser à Mary Marvel le titre de nouvelle championne de Shazam (pour reprendre le titre de la mini-série de Josie Campbell et Evan Shaner)...

Parce que, quand on voit comment, en comparaison, Mora dessine Mary dans cet épisode, c'est parfait, absolument idéal. Et si ça avait été elle l'héroïne, l'histoire aurait pu être racontée pareil, mais en prime cela aurait permis d'entériner son personnage comme un successeur durable (définitif) au Captain. Moi, en tout cas, ça m'aurait convenu (sans compter que, chez DC comme chez Marvel, il n'y a pas des masses de comics avec une héroïne en vedette - même si DC fait plus d'effort).

Cet épisode, soyons franc, m'a fatigué. On y assiste à une grosse baston pas déplaisante en soi, mais fouillis, avec des rebondissements grossiers (l'arrestation de Queen Bee qui échappe à ses gardes pratiquement dans la foulée, les gorilles maladroits, etc.). Tout ça part dans tous les sens, et ça dure trop longtemps. Quant au cliffhanger de fin, il semble bien trop gros pour être autre chose qu'un cliffhanger en fait (et la variant cover de Chris Samnee pour le sixième épisode semble le confirmer...).

C'est une déception. Mais quelque part, sans malice, je m'y attendais. Shazam est un héros sur lequel beaucoup se sont cassés les dents, DC lui-même n'a pas su quoi en faire pendant des lustres. Cela n'empêchera pas le titre de continuer à bien se vendre car avec Waid et Mora, DC ne craint pas grand-chose. Mais pour ma part, pas sûr du tout que je poursuive au-delà de la fin de cet arc le mois prochain.

mercredi 4 octobre 2023

SHAZAM ! #4, de Mark Waid et Dan Mora


Shazam ! est une série qui a du mal à me convaincre jusque-là. Comme si Mark Waid n'arrivait pas à trouver le bon ton pour raconter les aventures de son héros, forçant le trait (et sa nature) pour s'adresser au côté le plus enfantin du titre. Dan Mora lui-même me semble éprouver des difficultés à embrasser la fantaisie requise. Sauf que ce quatrième épisode est bien plus abouti, même si encore imparfait.


Le Captain se rend compte que les gorilles lui ont menti au sujet des projets de Garguax l'empereur de la Lune qui n'a pas l'intention de lâcher un missile sur leur ville mais de construire un vaisseau pour Zazzala/Queen Bee. Celle-ci excite à présent Zeus... Salomon décide donc d'alerter Freedy Freeman et la "Shazamily"...


Mark Waid s'est lancé dans une entreprise casse-gueule en relançant Shazam !. Le héros a toujours eu du mal à s'intégrer au reste de ses semblables chez DC où on le considérait surtout comme un rival de Superman. 


D'ailleurs Mark Waid l'a employé de la sorte dans Kingdom Come ! Sans être un spécialiste du personnage, les rares fois où j'ai apprécié la vision d'un auteur sur Shazam !, ce fut quand Jerry Ordway s'en empara ou alors Grant Morrison avec Cameron Stewart (dans un chapitre de The Multiversity).


Le souci de Waid, c'est éprouve toutes difficultés du monde à trouver le ton juste pour animer sa série. Il a visiblement envie de s'adresser à un public jeune sans négliger les fans plus âgés, mais d'un côté son scénario manque de cette légèreté, de cette insouciance tout en refusant d'être trop violent, trop sérieux. C'est littéralement ce qui s'appelle avoir le cul entre deux chaises.

Cette valse-hésitation se traduit aussi au niveau graphique puisque la condition émise par Waid pour écrire cette série était que ce soit Dan Mora qui la dessine. Waid aime travailler avec un artiste sur lequel il puisse s'appuyer, qui soit régulier. Ses meilleurs runs en témoignent (Captain America avec Ron Garney, Fantastic Four avec Mike Wieringo, Daredevil avec Chris Samnee). Mais Mora dessine déjà World's Finest et, malgré son énorme talent, il n'a pas la souplesse d'un Stuart Immonen, capable d'adapter son style aux comics qu'on lui confie. Sans doute ai-je ce sentiment parce que je garde en mémoire le formidable boulot accompli par Cameron Stewart sur The Multiversity qui avait trouvé l'équilibre parfait sur le script de Morrison pour le personnage (aussi bien quand il s'agissait de Billy que du Captain). Mais je persiste à penser qu'un artiste avec un trait plus en courbes, en rondeur conviendrait mieux à Shazam !.

Mora affiche une remarquable constance pour quelqu'un qui tombe 40 pages par mois, mais je crois qu'on ne peut pas être également bon sur deux titres aussi différents que World's Finest et Shazam ! qui s'inscrivent dans deux tonalités distinctes et s'adressent à deux lectorats différents. Quand on voit les variant covers de Chris Samnee, on se dit que lui (ou Cameron Stewart - mais c'est impossible désormais car il est blacklisté depuis que son attitude déplacée avec de jeunes femmes a été révélée) aurait été le dessinateur idéal.

En fait, c'est là le coeur du problème : Billy Batson est un gamin et le Captain, malgré son aspect adulte, en est un aussi. Dès lors, on ne peut pas l'écrire et le dessiner comme deux entités distinctes. Il faut lui conserver une forme de naïveté, de candeur et que cela se traduise à l'image par une représentation qui ne soit pas trop classiquement super héroïque. Quand vous perdez de vue cet aspect essentiel, vous produisez un personnage abâtardi qui n'est plus le Captain mais juste un gamin qui se transforme en super-héros. Et disons que depuis trois épisodes, c'est cet équilibre que la série a des difficultés à trouver parce que d'un côté l'intrigue met en scène Billy/le Captain avec cette définition précise et de l'autre des dieux adultes qui le manipulent avec des émotions d'adultes, aboutissant à des situations bizarres, troublantes (comme ici quand Zeus influence le Captain pour qu'il fasse du charme à Zazzala : ce n'est pas Zeus qui veut embrasser Zazzala, c'est le Captain qui va le faire pour lui et donc Billy, un gamin. Résultat : Zazzala se trouve dans la position où elle tombe dans les bras d'un môme, ce qui, même si elle l'ignore, a de quoi perturber.).

Sachant que ce premier arc s'achèvera au n°6, on a donc encore deux épisodes pour savoir comment Waid et Mora vont redresser la barre et ou stagner. Je serai contrarié de devoir laisser tomber Shazam ! qui reste une série très plaisante et visuellement épatante, même si cette intrigue est laborieuse. Tout n'est pas perdu : on a affaire à deux professionnels pour ça et DC le sait. J'ai foi en Waid, quant à Mora je ne bouderai pas non plus s'il doit rester l'artiste du titre bien entendu.

Ce qui semble certain et assumé, c'est qu'au terme de cet arc, le statu quo va changer (je parie sur un retour de Mary Marvel et Freddy Freeman dans leurs rôles de co-équipiers du Captain et j'espère que les autres membres de la Shazamily - Darla, Eugene et Pedro - restent sans pouvoirs, sans doute grâce à une influence amoindrie des dieux). Et comme dans le prochain arc Black Adam sera lui aussi de retour, ce sera peut-être plus classique mais plus simple, plus naturel. Fingers crossed !

mercredi 6 septembre 2023

SHAZAM ! #3, de Mark Waid et Dan Mora


Après deux mois d'absence liés à la parution de l'event Knights Terror, Shazam ! revient et renoue avec l'intrigue laissée en suspens. Mark Waid continue d'exploiter la hantise de Billy Batson qui lorsqu'il devient le Captain perd le contrôle de ses nerfs et met la vie des autres en danger. Dan Mora hisse ce script sur des sommets.


Freddy Freeman a surpris le Conclave des Shazam mais est capturé. Atlas le piège en lui faisant boire une potion concoctée par Mercure pour espionner Billy Batson. Mais celui-ci ne veut plus se transformer en Captain. Jusqu'à ce qu'il n'ait pas d'autre choix que de porter secours à des habitants de Gorilla City...


Durant la parution de Knights Terror, Mark Waid a consenti à écrire deux épisodes tie-in avec Mary Marvel en vedette. Mais le scénariste a pris soin de rappeler brièvement que cette dernière pouvait à nouveau accéder aux pouvoirs de Shazam (voir page ci-dessus). En revanche, les autres membres de la "Shazamily" en restent exclus.


Ce troisième épisode de la série régulière, qui reprend donc ses droits ce mois-ci, renoue avec les problèmes rencontrés par Billy Batson qui, depuis peu, sous la forme du Captain, a plusieurs fois perdu le contrôle de ses nerfs et mis la vie d'autrui en danger, en proie à des accès de colère subits.


Cependant, Freddy Freeman, désireux de redevenir un super héros, a pénétré dans le Rocher de l'Eternité et a surpris les divinités - Salomon, Achille, Zeus, Atlas, Mercure - en train de conspirer contre Billy, estimant qu'il ne les honore pas assez.

Waid dévoile donc les machinations à l'origine des ennuis du Captain mais fait aussi de Freddy l'espion du Conclave. Toutefois, comme Billy refuse d'utiliser à nouveau ses pouvoirs, Atlas prend la décision de lui forcer la main et de lui tendre un piège sans la permission des autres.

Le scénario se déploie, lentement, pour tester le Captain et son alter ego. On sent bien la volonté de Waid d'aller doucement car il anime un personnage convalescent et qui a toujours eu du mal à exister dans le DCU. Ce n'est plus version de Geoff Johns et on peut légitimement douter que Waid redonnera à termes les pouvoirs de Shazam à toute la famille d'enfants adoptés. Par contre, en remettant en selle Mary Marvel et en donnant un rôle important à Freddy Freeman, on peut penser qu'on n'est plus très loin du retour de Captain Marvel Jr. (ou Captain Jr. ?), donc la configuration la plus connue créée par C.C. Beck et Bill Parker.

Je peux évidemment me tromper, mais en même temps si je me fie à la variant cover de Chris Samnee pour le #5 (où on voit justement le trio), ça me paraît la bonne piste. C'est à la fois positif (je n'ai jamais aimé l'idée de Johns de créer une "Shazamily" étendue) et donc un peu trop prévisible. Mais à tout prendre, je préfère ça.

En effet, il me semble que Waid, en reformant le trio, donnera une nouvelle impulsion bienvenue à la série qui a un peu de mal à passionner avec les seuls Billy Batson/le Captain en son centre. C'est un binôme sympathique mais qui peut aussi un peu taper sur les nerfs avec le fait que le Captain conserve un côté enfantin, commentant l'action en voix off de manière candide et naïve (pour un héros censé posséder la sagesse de Salomon, il manque quand même jusqu'à présent singulièrement de jugeotte).

Avec Mary et Freddy à ses côtés (régulièrement ou occasionnellement), le Captain comme Billy pourra au moins échanger. Et comme l'avaient si bien montré Grant Morrison et Cameron Stewart dans The Multiversity : Thunderworld, les trois interagissent de manière dynamique quand ils sont bien mis en scène. Je crois aussi qu'ainsi Waid a plus de chance de renouer avec ce qu'il fait si bien sur Batman - Superman : World's Finest avec le trio Batman, Superman et Robin (série qui reste quand même plus aboutie).

Dan Mora a certainement dû mettre à profit les deux mois de battement de Knights Terror pour s'avancer dans le dessin des épisodes de la série tandis qu'en Août et Septembre, World's Finest est illustré par Travis Moore. En tout cas, il nous régale.

Je continue de penser que si un artiste comme Chris Samnee (mais ça n'arrivera pas puisqu'il préfère gâcher son talent sur Fire Power) ou Cameron Stewart (qui mériterait quand même, malgré ses écarts de conduite, de retrouver du boulot chez DC) s'occupait de Shazam !, cela conviendrait mieux car, à mes yeux, le Captain de Mora manque de rondeur, qui est associée à la représentation du personnage.

Mora est un dessinateur exceptionnel et, entendons-nous bien, ce qu'il produit sur Shazam ! est difficilement critiquable sans passer pour un ingrat. Mais j'ai quand même ce souci persistant avec la manière dont il croque le héros, très musclé, très sculpté, et trop anguleux. Ce qui fonctionne avec Batman et Superman ne me semble pas aussi approprié pour le Captain.

En revanche, quand il dessine Billy et les autres personnages, aucun souci. Il réussit à saisir la jeunesse et conserve une belle expressivité dans des compositions très énergiques. Le grotesque des vilains est également parfait. Et Mora parvient à rester dans une exigence impeccable pour les décors.

Malgré donc quelques bémols esthétiques, et une écriture sans doute perfectible, c'est un réel plaisir de renouer avec le titre après ce break estival. 

vendredi 9 juin 2023

SHAZAM ! #2, de Mark Waid et Dan Mora


A peine commencée, la nouvelle série Shazam ! va pourtant faire une pause en Juillet et Août puisque l'event Knight Terrors va l'impacter. Voilà qui n'est pas très bien pensé de la part de DC... Mais profitons pour l'heure de ce deuxième épisode où Mark Waid et Dan Mora poursuivent leur intrigue sur les tracas de Billy Batson et son alter ego.


Qui a fait perdre les pédales au Captain ? Billy Batson n'a pas la réponse et fuit ses frères et soeurs adoptifs qui le harcèlent de questions. Toutefois, en ville, il tombe sur le Psycho-Pirate en train de voler des oeuvres d'art dans le musée. Et si c'était lui qui l'avait influencé ?


Revenons un instant sur le break forcé de la série Shazam ! : en Juillet-Août, pratiquement toutes les séries régulières vont être touchés par l'event Knight Terrors, imaginé par Joshua Williamson, où les héros du DCU sont confrontés à leur pire cauchemar.


Si Mark Waid écrira les deux tie-in, ceux-ci mettront en avant Mary Marvel et non le Captain. Dan Mora cédera la place à Roger Cruz pour les dessins. Ayant décidé de zapper cet event, je ne lirai donc pas les deux chapitres de Knight Terrors : Shazam ! et n'en rédigerai pas de critique. Je patienterai jusqu'en Septembre pour retrouver la série régulière.


Je trouve fâcheux que Shazam ! soit impliqué dans cet event, même si je comprends la logique (la série se passe de nos jours, contrairement à World's Finest du même scénariste), mais bon, le titre vient à peine de démarrer et déjà il est interrompu. C'est chiant.

Et ça l'est d'autant plus que ce deuxième épisode explore les conséquences de ce à quoi on a assisté le mois dernier quand le Captain a inexplicablement perdu ses nerfs devant les caméras après avoir sauvé des civils d'une catastrophe. Que lui est-il arrivé ?

Billy Batson doit calmer ses frères et soeurs adoptifs qui l'interrogent, puis un dinosaure de l'espace vient lui demander des comptes suite au coup de main qu'il a donné à d'autres dinos s'étant crashé sur Terre. Bill y file en douce avec Freddy Freeman. Lorsqu'il arrive dans le centre-ville de Fawcette City, ils assistent à un braquage commis par le Psycho-Pirate et son gang dans le musée. Le Captain intervient et perd à nouveau ses nerfs, entraînant de gros dégâts sur les oeuvres d'art et molestant méchamment le Pirate.

Durant son face-à-face avec ses frères et soeur (Eugene, Pedro, Darla, Mary, Freddy), le nom de Mister Mind est évoqué, mais Billy n'y croit pas. Lorsqu'il affronte le Psycho-Pirate, il croit tenir le coupable idéal, mais en se déchaînant alors que le vilain a perdu le masque qui lui permet de manipuler les émotions, il comprend que ce n'est lui le responsable de ses accès de colère.

Mark Waid nous entraîne ainsi sur des fausses pistes en semant le doute habilement. Il alterne moments très bien sentis avec la fratrie de Billy, ceux plus loufoques avec le dinosaure procédurier, et lâche la bride au cou de Dan Mora quand l'action domine.

Aucune surprise : Mora est une fois de plus magistral dans tous les compartiments du jeu. Lire les dessins de cet artiste a quelque chose d'incroyablement revigorant tant il semble s'amuser et que son plaisir à animer ces personnages, ces situations est communicatif. Ses planches débordent d'énergie, avec des plans impeccablement composés, des valeurs de plans parfaits. Jamais un faux pas, jamais une case de travers, jamais une expression déplacée. C'est bluffant, jubilatoire.

Pourtant, je dois bien l'avouer maintenant, j'avais quelques doutes après le premier épisode à cause de la variant cover signée Chris Samnee. Samnee a un trait plus rond, plus léger, plus aérien que Mora, qui me semblait absolument parfait pour Shazam !. Tandis que Mora est plus anguleux, plus nerveux, et je craignais qu'à la longue, cela ne convienne pas pour un personnage qui conserve quelque chose d'enfantin.

Mais après ce deuxième épisode, même si j'aurai adoré lire Shazam ! dessiné par Samnee, je ne peux qu m'incliner devant l'interprétation qu'en fait Mora. L'habilité avec laquelle il campe Billy est idéale, et lorsque le Captain entre en scène, il a une puissance irrésistible.

Cela colle avec ce que veut faire Waid sur cette série. Grand connaisseur des comics du golden age, le scénariste a révisé avant de relancer le titre et il a convenu que, avec tout le respect qu'on doit à C.C. Beck, le créateur du héros, les histoires originelles étaient souvent dénuées d'enjeu et auraient échoué à séduire le public contemporain. Son ambition affichée est donc que le Captain soit confronté à des menaces sérieuses, mais sans que soit sacrifiée la partie la plus fantaisiste qui le distingue des autres. Ainsi, l'apparition du dinosaure fonctionnaire se marie avec le combat inquiétant contre le Psycho-Pirate, réunissant en un seul épisode les deux facettes du personnage.

La lecture est rapide et deux épilogues concluent le chapitre : le premier met en scène Freddy Freeman dans le Rocher d'Eternité où il assiste à un conciliabule troublant avant d'être découvert, tandis que le second est une introduction au futur tie-in de Knight Terrors : Shazam ! du mois prochain.

Pas à dire, avec Dan Mora en feu, Mark Waid confirme que son retour chez DC lui a fait un bien fou. Et à nous aussi.

mercredi 3 mai 2023

SHAZAM ! #1, de Mark Waid et Dan Mora


Le voici, il est là, le premier numéro des nouvelles aventures de Shazam ! par le duo Mark Waid-Dan Mora. Une équipe qui a fait ses preuves avec le formidable Batman - Superman : World's Finest et qui a la charge de redonner tout son lustre à un personnage dont, depuis longtemps, DC fait n'importe quoi (jusque dans des films assez piteux). Et le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est un vrai retour aux fondamentaux.


Désormais seul à profiter des pouvoirs du sorcier, Billy Batson chronique les exploits de son alter ego, baptisé par Mary Bromfield et Freddy Freeman le Captain, sur un podcast sponsorisé. Il se sert aussi de ce média pour se tenir au courant de catastrophes où il vient en aide aux civils. Mais dans les coulisses du Rocher d'Eternité, tout le monde n'est pas satisfait du champion...


Sans être un fin connaisseur de Captain Marvel alias Shazam alias the Captain désormais, c'est un personnage avec lequel je suis familier pour l'avoir lu dans Kingdom Come, le Elsewords de Mark Waid et Alex Ross, dans JSA de Geoff Johns, et le graphic novel The Power of Shazam de Jerry Ordway.


De toutes ces itérations (qui ne constituent cependant qu'une part très faible de l'histoire du personnage, qui dès son apparition, fut un redoutable concurrent pour Superman avant que DC en acquiert les droits après la faillite de Fawcett Comics), celle que j'ai vraiment le moins aimé a été la dernière en date, animée par Geoff Johns et Gary Frank lors des New 52 et qui a fortement inspiré les films.


Billy Batson y était écrit comme un môme limite délinquant et qui partageait son pouvoir non plus seulement avec Mary Bromfield et Freddy Freeman mais avec trois autres orphelins. Même si, aujourd'hui, Mark Waid jure que ces trois orphelins ne sont pas oubliés, il a décidé de recentrer la série sur Billy Batson.

En vérité, Waid a pavé la voie pour ce nouveau volume de Shazam ! (et d'autres séries qu'il n'écrit pas, comme le futur Batman & Robin de Joshua Williamson et Simone di Meo, à paraître en Septembre) grâce à l'event Lazarus Planet. Juste avant, il y eut la mini-série The New Champion of Shazam ! (de Josie Campbell et Evan Shaner, à laquelle j'ai dédiée une critique), qui voyait Mary Bromfield hériter des pouvoirs du sorcier.

Dans un tie-in à Lazarus Planet, retour aux fondamentaux et c'est sur ces bases que démarre Shazam ! #1 de Mark Waid et Dan Mora. Le scénariste n'avait qu'une exigence pour écrire cette série : que Dan Mora la dessine et donc depuis un an, DC a testé un planning permettant à l'artiste de travailler à la fois sur ce titre tout en continuant World's Finest (et d'autres projets parallèles !).

On se souviendra au passage des rumeurs qui avaient couru il y a deux ans quand le nom de Chris Samnee, ayant quitté Marvel, et signé quelques variants covers, circulait pour dessiner une série Shazam !... Si aujourd'hui, Fire Power de Robert Kirkman n'avait pas rencontré assez de succès, qui sait si Waid n'aurait pas renoué avec son partenaire de Daredevil, Black Widow, Captain America pour relancer les aventures de Billy Batson et son alter ego ? En tout cas, Samnee s'est fendu d'une superbe variant cover :


Il n'est pas question de remettre en cause Dan Mora. Il accomplit encore une fois une remarquable prestation et sa force de travail impressionne (il achève actuellement le crossover Teenage Mutant Ninjas Turtles/Mighty Morphin' Power Rangers et signe des covers pour d'autres titres DC, comme Dark Knights of Steel).

Son Captain est très baraqué, sculptural, fidèle au trait anguleux qu'apprécie l'artiste. Quand il représente Billy, il saisit à merveille l'aspect juvénile du personnage, tout comme il lui suffit de quelques cases à peine pour camper Freddy Freeman appuyé sur sa béquille. Le découpage est spectaculaire, offrant au lecteur le loisir d'apprécier la puissance du Captain mais aussi son ambivalence puisque, même sous cette apparence, il reste un jeune garçon. A cet égard, la scène d'ouverture où il vient au secours d'une famille de dinosaures échouée sur Terre résume admirablement la singularité du héros et le propos de Waid.

Car Waid insiste sur le fait que le Captain n'est pas un Superman bis. Il doit donc affronter des situations plus loufoques, étranges, des ennemis plus grotesques. C'est un comic-book feel-good, qui s'adresse aussi bien à des adultes qu'à un lectorat plus juvénile, ce qui change beaucoup de choses dans un paysage envahi par des récits dédiés à une niche.

L'efficacité de Waid et Mora produit un épisode très nerveux et dense, où tout est mis en place simplement et directement. A la fin de la vingtaine de pages de ce chapitre 1, le Captain s'est mis dans une position très embarrassante sans savoir ce qu'il lui a pris, mais qui aura des conséquences certainement durablement fâcheuses. Le lecteur en sait un peu plus car il a vu des silhouettes sévères jugeant les actions du héros dans les coulisses du Rocher d'Eternité... Mais en dire plus serait précipité.

L'attention doit être aussi portée sur les couleurs car Mora n'est pas accompagné par sa complice habituel (Tamra Bonvillain). Cette fois, c'est Alejandro Sanchez (qui a travaillé avec David Marquez) qui applique sa palette sur les dessins et il opte pour une gamme vive mais nuancée. Le design du Captain revient lui aussi aux sources, loin de ce que Gary Frank avait commis.

C'est donc une réussite, et il y a tout lieu d'être confiant pour la suite. Si Waid et Mora n'arrivent pas à rendre sa popularité à Shazam !, personne ne le pourra.

(Je vous laisse sur une autre variant cover, par Evan Shaner, grand fan depuis toujours du héros :)
 

lundi 13 février 2023

SHAZAM !, de David F. Sandberg


Après avoir lu The New Champion of Shazam, je me suis dit qu'il fallait que je regarde le film Shazam !, sorti en 2019, et dont la suite, Fury of the Gods (La Rage des Dieux en vf), sortira dans nos salles le 29 Mars prochain. Le résultat est, comme je m'y attendais, très inégal, comme si les qualités de l'oeuvre étaient souvent gâchées par les choix de son scénario. Mais tout n'est pas à jeter...


Fawcette City, Etat de Philadelphie, de nos jours. Billy Batson, 14 ans, est placé dans une énième famille d'accueil, chez les Vasquez, qui recueille déjà Mary Bromfield, Pedro Peña,Darla Dudley, Eugene Choi et Freddy Freeman. Mais le nouveau venu n'entend pas s'attarder car il cherche toujours sa mère biologique, dont il a été séparé dans une fête foraine dix ans plus tôt.


Après avoir défendu Freddy, infirme, de deux brutes au lycée, Billy prend la fuite dans le métro. Mais sa rame accélère subitement avant de s'arrêter, sans aucun passager, à l'intérieur du Rocher d'Eternité. Billy y est reçu par le Sorcier, affaibli, et qui veut en faire son champion pour affronter Thaddeus Sivana, un ancien prétendant qui a libéré les 7 Péchés Capitaux autrefois pétrifiés ici. En prononçant le mot magique "Shazam !", Billy se transforme en adulte surpuissant. Ne sachant que faire, il confie son secret à Freddy.


En le filmant en train de tester ses pouvoirs et en mettant en ligne ses vidéos, Freddy attire involontairement l'attention de Sivana qui confronte Billy et lui flanque une raclée. Billy se retransforme en adolescent mais Sivana capture Freddy puis les autres enfants des Vasquez pour attirer Billy dans un piège. Ensemble, ils retournent au Rocher d'Eternité pour que Sivana s'accapare les pouvoirs de Shazam. Mais Freddy, Mary, Darla, Pedro et Eugene distraient Sivana et prennent la fuite avec Billy.


Poursuivi par Sivana et les 7 Péchés Capitaux, Shazam et les enfants se cachent à la fête foraine où une nouvelle bataille éclate. S'emaprant du sceptre du Sorcier manipulé par Sivana, Billy a l'idée de partager ses pouvoirs avec ses frères et soeurs qui deviennent ç leur tour adultes et surpuissants. Chacun affronte un des Péchés Capitaux tandis que Billy défie Sivana.


Victorieux, ils sont acclamés par la foule. De retour à l'école le lendemain, Billy, Freddy, Mary, Darla, Pedro et Eugene déjeunent ensemble au réfectoire comme une vraie famille. Sivana, en prison, est abordé par Mister Mind qui lui propose une alliance pour prendre sa revanche...

L'Histoire a parfois de tours bien ironiques : en 2019, à peine un mois après la sortie de Captain Marvel, arrivait dans les salles ce Shazam !, dont le héros s'appelait à l'origine dans les comics... Captain Marvel. Aujourd'hui, sa suite, La Rage des Dieux, sera visible sur grand écran avant The Marvels, la sequel de Captain Marvel. Mais il est probable qu'on ne reverra pas de sitôt Billy Batson dans un long métrage, victime d'avoir appartenu au désormais défunt DCEU (DC Extended Universe).

Pourtant, de toutes les productions appartenant à cette collection informelle mais désignant les années où Zack Snyder a été en quelque sorte l'architecte des films DC Comics, Shazam ! est sans doute le plus sympathique, le plus aimable. Ce qui ne veut pas dire sans défauts...

Le scénario de Henry Gayden s'appuie en effet sur la dernière version du héros de comics, popularisée par Geoff Johns, dans laquelle Billy Batson partage ses pouvoirs, transmis par le Sorcier du Rocher de l'Eternité, non pas seulement avec Freddy Freeman et Mary Bromfield, mais avec trois autres enfants adoptés. Ce n'est pas un sacrilège mais c'est un souci quand on doit caractériser pas moins de six personnages dans un film de 2 h. 10.

Et de ce côté-là, Gayden fait vite son choix : s'il donne de la substance à Billy, Freddy et un peu à Darla, en revanche Mary, Pedro et Eugene sont réduits à jouer les faire-valoir. Pedro n'a, je crois, aucune réplique de tout le film ! Eugene est caricaturé en geek. Et Mary n'est rien d'autre qu'une potiche.

Subséquemment, le scénariste n'a pas dû souvent ouvrir les comics de Shazam ! car il inflige des corrections malheureuses à ses héros. S'il ne fait pas de Billy un petit teigneux comme Geoff Johns et qu'il conserve le handicap de Freddy Freeman, en revanche, sans qu'on sache pourquoi, il ignore délibérément le fait que quand Freddy et Mary se transforment, ils ne deviennent pas des adultes contrairement à Billy - en cela il colle aux versions modifiées de Johns. Mais le casting s'élargit avec puisque tous les enfants sont doublés par un adulte après leur transformation : douze comédiens se partagent en fait l'affiche en un éclair !

Enfin, il y a le cas du personnage de Sivana, qui dans les comics est un archétype de savant fou, jaloux de la condition surhumaine et magique de Shazam. Il est régulièrement dessiné comme un homme de petite taille, chauve, portant des lunettes à gros foyers, et avec une denture particulièrement chevaline, ce qui contraste avec l'aspect de Shazam. Une belle matière pour un acteur adepte de trasnformation physique... Sauf que David F. Sandberg, le réalisateur, a choisi l'athlétique Mark Strong pour incarner un Sivana qui n'a plus grand-chose de commun visuellement avec les comics et pas davantage avec son statut de savant fou (puisque dans le film il est versé dans la quête mystique). Tout ce qui fait le sel des deux adversaires a donc été bêtement gommé.

Pour complètez ce cocktail déjà peu digeste, ajoutez des effets spéciaux franchement hideux pour les 7 Péchés Capitaux, qui surchargent inutilement un script déjà obèse. Le tableau n'est pas très convaincant.

Mais pourtant Shazam ! a des arguments en sa faveur. Et le meilleur d'entre tous s'appelle Zachary Levi. Je me rappelle qu'à l'époque j'avais trouvé que caster la star de la série Chuck était une idée vraiment bizarre pour incarner une armoire à glace avec l'esprit d'un enfant comme Shazam. Mais après avoir vu le film, j'ai revu mon jugement et j'avoue que Levi est un choix inspiré. 

Il apporte au rôle une candeur et une drôlerie qui ont fait tant défaut au DCEU sans tomber dans la pitrerie. Il est parfait pour jouer cette grande andouille grisée par sa puissance, qui apprend maladroitement à maîtriser ses pouvoirs et à aimer sa nouvelle famille. Levi est à l'aise dans l'actionb aussi, après s'être musclé de manière raisonnable. Le costume lui sied à merveille et le film s'amuse du décalage des situations avec habilité.

C'est d'autant plus dommage que, ayant voulu trop en mettre, la suite s'éparapille dans une multitude de personnages fantômatiques, alors qu'une histoire se concentrant sur Billy, Freddy et Mary auraient permis de mieux caractériser le premier et son alter ego en se contentant de transformer les deux autres pour la confrontation finale.

L'autre bon point, c'est que Shazam ! n'oublie pas de s'adresser à un jeune public sans oublier les autres spectateurs (même si les Péchés Capitaux pourront quand même trop impressionner les petits). En tout cas, ce n'est pas si courant de regarder un film super-héroïque qui prend en compte toutes audiences, hors films d'animation (comme Les Indestructibles). Et je pense que c'est une leçon à méditer au delà du cinéma car les comics gagneraient aussi ne pas s'adresser uniquement à des lecteurs avertis. Il y a aujourd'hui beaucoup trop de comics adultes, sérieux, violents, et en tant que fan (pourtant presque quinqa) j'aime la diversité (et c'est pour ça que j'apprécie tant une série comme l'actuel World's Finest de DC).

Il n'aurait pas fallu grand-chose pour que Shazam ! soit plus réussi. A commencer par moins coller à la version de Geoff Johns du personnage (décidément plus à sa place dans les comics que dans leur adaptation). Mais ça aura été le souci majeur du DCEU que de vouloir brûler les étapes pour rattraper le MCU. De qui alimenter les réflexions de James Gunn pour le futur, mais justement le cinéaste-architecte du nouveau DCU aura certainement gardé en mémoire les enseignements de son passage chez Marvel et les erreurs passés de Warner Bros..

vendredi 25 janvier 2019

SHAZAM !#2, de Geoff Johns et Marco Santucci


La sortie de ce deuxième épisode de Shazam ! a lieu avec cinq semaines de retard sur la date prévue et sa réalisation a dû être rocambolesque puisque le dessinateur a changé pour qu'il soit quand même disponible ! Reste que si la lecture demeure malgré tout agréable, pas sûr que Geoff Johns avec Marco Santucci publient le "vrai" Shazam !...


Bouleversés par la visite tardive et surprise du présumé père biologique de Billy Batson, Rosa et Victor Vasquez appellent les services sociaux pour réclamer des explications. Puis ils se résignent à aller réveiller Billy...


 ... Mais celui-ci a disparu de sa chambre avec les autres enfants adoptés par les Vasquez. Billy, Mary, Freddy, Eugene, Darla et Pedro sont dans le Rocher d'Eternité, au coeur de la Station, examinant la carte des Sept Pays Magiques qu'ils ont découverte.


Ils décident d'explorer ces territoires en commençant par celui qui semble le plus rassurant : Funland. Ailleurs, pendant ce temps, le Docteur Thaddeus Sivana consulte un médecin pour délivrer un sort dans l'Encyclopédie des Monstres, sur le conseil de Mr. Mind.


Ignorant le projet de Sivana de reformer la Société des Monstres, les enfants adoptés par les Vasquez sont arrivés à Funland, qui ressemblent à un vaste et très peuplée parc d'attractions. Pour le visiter, ils se séparent en trois binômes.


C'est alors qu'un train de friandises, conduit par King Kid, arrive et interpèle Billy en se présentant comme le septième champion de Shazam !

Revenons un instant sur les conditions de la production de cet épisode : peu après la sortie du #1, DC communique pour prévenir que le suivant connaîtra un retard de cinq semaines sur la date prévue de sa livraison. Pas d'explication sur les raisons de ce délai, même si on sait que Dale Eaglesham (qui se passe d'encreur) n'a jamais été rapide et que Geoff Johns, visiblement surbooké, connaît aussi des problèmes identiques avec sa maxi-série Doomsday Clock (avec Gary Frank).

Les solicitations de DC confirment pourtant que Eaglesham sera l'artiste régulier de la série. Mais, rebondissement : quand la preview est diffusée sur les sites spécialisés, les lecteurs découvrent que c'est Marco Santucci qui dessinent l'épisode. Je n'ose même pas imaginer dans quelles dispositions ce dernier a dû livrer la vingtaine de pages, appelé en catastrophe.

Et nous arrivons à la critique de Shazam ! #2 : il faut saluer la véritable performance de l'artiste qui, sans faire oublier Eaglesham, a bien du mérite et surtout s'en sort plus que brillamment. Je connais mal le travail de Santucci mais travailler ainsi est particulièrement ingrat (et indigne). Pour une série qui doit accompagner le lecteur jusqu'à la sortie du film du même nom (bien que distinct de la trame choisie par Johns... Allez comprendre !), DC s'y prend vraiment n'importe comment.

Visuellement, l'épisode est étonnamment abouti, avec une richesse dans les détails plus méritoire. Santucci doit animer tout un chapitre sans le héros en costume et se débrouille mieux que bien avec la bande de gamins ou les passages avec Mr. Mind et Sivana - même si on tiquera sur l'apparence de ce dernier, qui n'a plus rien à voir avec le personnage original mais ressemble à Mark Strong, son interprète au cinéma.

Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête car il contient en germes tout ce qui cloche dans Shazam ! selon Johns. Déjà, le scénariste ne s'est pas embarrassé pour rendre son livre accessible puisqu'il reprend exactement les choses où il les avait laissées durant le précédent statu quo de DC ("New 52"). Tant pis pour vous si vous n'avez pas lu à l'époque...

Pour ma part, j'ai dû faire un détour par Wikipédia pour savoir qui était qui, en particulier les enfants adoptés par les Vasquez comme Darla, Pedro et Eugene. Mais il y a aussi de quoi s'interroger sur les versions de Freddy Freeman, toujours avec sa béquille mais devenu blond et déguingandé, ou Mary Marvel, qui semble être l'aînée de cette fratrie.

Cette nouvelle formation est dérangeante, pas seulement par son nombre, mais parce qu'elle dilue le concept même de Shazam ! reposant sur un héros ayant reçu les facultés de plusieurs dieux (Salomon, Hercules, Atlas, Zeus, Mercure). Même s'il les a ensuite partagées avec Freddy et Mary, là il les donne aussi à trois autres gamins, ce qui diminue l'impact.

C'est pour cette raison que j'estime que Johns n'écrit pas le "vrai" Shazam - d'ailleurs le héros et ses partenaires n'utilisent plus de pseudonymes (parce que Marvel a récupéré les droits du nom "Captain Marvel", mais quand bien même, DC pourrait exploiter Captain Thunder, puisque c'est ainsi que Billy Batson était nommé durant la saga Flashpoint... Ecrite par Geoff Johns).

Enfin si Johns a assez de métier pour rendre son récit fluide et surprend par une certaine légèreté de ton, il court beaucoup de lièvres à la fois entre l'exploration des Pays Magiques, l'apparition de King Kid qui prétend être aussi un héritier du Sorcier, la quête de Sivana et Mr. Mind pour recomposer la Société des Monstres, le père biologique de Billy Batson... Attention !

Pour conclure sur une bonne note quand même, on appréciera aussi ce numéro pour la variant cover de Chris Samnee, sa première commande par DC depuis son départ de Marvel. Et si DC lui filait les dessins de Shazam ! ? (Plus de retard et toujours la qualité, je dis ça, je dis rien...)
      
La variant cover de Chris Samnee.

vendredi 7 décembre 2018

SHAZAM ! #1, de Geoff Johns et Dale Eaglesham


Bonnes nouvelles : Shazam ! revient avec sa propre série. Avec Geoff Johns et Dale Eaglesham aux manettes. Et la promesse d'un run long et qui respecte le fondamentaux... A moins que... Tout ça ne soit trop beau pour être bon. Car les auteurs, appliqués, semblent malgré tout ne pas vouloir du vrai personnage.


Billy Batson assiste à la visite du musée de la révolution de Philadelphie en compagnie de sa classe, dans laquelle se trouvent ses "frères" et "soeurs". Parmi lesquels Freddy Freeman qui s'ennuie bruyamment et se fai rappeler à l'ordre par le professeur.


Mais un gang de voleurs de reliques va se charger d'apporter de l'animation. Billy se transforme en Shazam, bientôt imités par ses frères et soeurs, que les élèves appellent la "Lightning League".


Les malfrats neutralisés sont remis à la police. Les enfants rentrent chez leurs parents adoptifs, Rosa et Victor Vasquez. On fête la première année de présence dans la famille de Billy.
  

La discussion lors du repas est monopolisée par le récit de l'aventure au musée. Puis, la vaisselle faite, les enfants montent faire leur devoir. En vérité, ils rejoignent le Rocher d'Eternité pour le décorer.


Eugene alerte les autres pour leur montrer une nouvelle pièce qu'il a découverte : il s'agit d'une station de métro avec un train et, sur un mur, la carte des Pays Magiques. Freddy actionne un interrupteur. Au même moment, un homme se présente chez les Vasquez en déclarant être le père de Billy !

Geoff Johns tourne autour de Shazam ! depuis un moment : déjà, quand il écrivait JSA, il avait fait du personnage créé par Fawcett comics et récupéré par DC un des membres de l'équipe - même s'il avait dû abandonner une idée majeure à son sujet (une romance entre Billy Batson et Stargirl, taxée de tendancieuse car Shazam avait l'apparence d'un adulte et donc cela pouvait le faire passer pour un pédophile).

Ensuite, lors du statu quo des "New 52", il développe une back-up story en huit parties sur le personnage en réécrivant ses origines, en redéfinissant aussi son caractère et sa famille. Je n'ai pas du tout adhéré à cette version, dessinée par Gary Frank, comme beaucoup de fans. Mais c'était une rampe de lancement pour intégrer Shazam à la Justice League, juste avant la saga Trinity War.

Depuis le début de l'ère "Rebirth", le héros, pourtant symbole d'un positivisme raccord avec la volonté de DC, était aux abonnés absents. Mais l'imminence de la sortie de son film a précipité le lancement de sa série. Et bien entendu Johns est aux commandes, retrouvant pour l'occasion Dale Eaglesham (son partenaire sur Justice Society of America, une de ses grandes réussites).

Johns prend le parti, risqué, d'écrire le Shazam qu'il avait mis en place lors des "New 52" : le caractère de Billy Batson est adouci mais son look (affreux) de super-héros est identique, tout comme l'équipe de lieutenants. Tant pis si vous découvrez ça maintenant, le scénariste escamote toute présentation. Premier souci.

Mais c'est bien peu par rapport à l'essentiel. Car est-ce bien du Captain Marvel original qu'il s'agit (DC ne peut plus l'appeler ainsi car Marvel a récupéré le nom lorsque le personnage n'était plus exploité) ?

C'est que, entre temps, Grant Morrison (avec The Multiversity) et Jeff Parker (avec Convergence : Shazam) sont passés par là, en écrivant le héros tel que C.C. Beck l'a créé, avec son costume original, sa caractérisation, ses seconds rôles. Non seulement, cette version initiale est bien meilleure, sympathique, mais elle est surtout plus puissante, originale, efficace, singulière. Et Cameron Stewart comme Evan Shaner la dessinèrent tour à tour avec brio.

Toute cette bande qu'anime Johns, dont je ne me souvenais plus des noms pour la moitié (mais même les plus connus, comme Mary ou Freddy sont méconnaissables), n'a pas la fraîcheur et l'entrain qu'ont su lui insuffler Morrison et Parker. Tout paraît forcé ici, Johns n'étant pas naturellement un auteur léger comme le réclame ces personnages.

Eaglesham produit des planches superbes, aux décors magnifiques, très expressifs pour les protagonistes. Mais, bien que j'apprécie ce dessinateur, son style est trop chargé pour cette série (d'ailleurs, son souci du détail vaut déjà au titre un retard de cinq semaines pour le prochain épisode !).

Je suis sévère mais je ne veux pas condamner d'entrée la série. Simplement, pour moi, ce n'est pas ça, Shazam ! (surtout quand Johns plaisante avec lourdeur sur le fait qu'il ne peut pas appeler son héros Captain Marvel). C'est dommage car on a envie d'aimer, de supporter, ce retour (le personnage a le potentiel d'une star, comme il le fut à l'origine - ses ventes rivalisaient alors avec celles de Superman !).