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lundi 2 octobre 2023

NO ONE WILL SAVE YOU... Et c'est vrai !


Quand Guillermo de Toro et Stephen King recommandent un film, la moindre des choses est de vérifier s'ils ont raison. C'est ce qui attiré mon attention sur No One Will Save You (traduit en vf par Traquée - bonjour l'inspiration du traducteur...), deuxième long métrage écrit et réalisé de Brian Duffield. Mieux qu'un énième opus d'horreur, il s'agit surtout ici d'épouvante et d'exercice de style puisque le film est quasiment muet !

Attention ! Ce qui suit contient des SPOILERS !


Encore adolescente, Brynn et sa meilleure amie Maude se disputent et la seconde fait tomber la première parterre dans une forêt. Brynn se relève en saisissant un caillou avec lequel elle frappe Maude à la tête, la tuant accidentellement. Ce drame a mis au ban Brynn dans la ville où elle a grandie et elle vit depuis seule, à l'écart de tout, dans la maison que lui a laissée sa mère.


D'(un tempérament anxieux, dévorée par la culpabilité, Brynn, aujourd'hui jeune femme, passe son temps à fabriquer un modèle réduit de la ville voisine et à coudre des habits qu'elle revend ensuite sur un site internet. Une nuit, elle est réveillée par le bruit d'une poubelle métallique qui est tombée dans son jardin. Elle se lève et descend la ramasser lorsqu'elle aperçoit une étrange silhouette au rez-de-chaussée. Elle tente de s'échapper mais l'intrus a des pouvoirs télékinésiques avec lesquels il la rattrape. Elle se débat et le tue en lui plantant dans le crâne un des bâtiments miniatures du modèle réduit de la ville.
 

Brynn examine l'extraterrestre et recouvre son corps avec une couverture. Puis elle constate qu'il a désactivé avec ses pouvoirs tous les équipements électriques et électroniques de la maison. Au petit matin, elle enfourche son vélo pour gagner la ville mais découvre en chemin la camionnette du facteur renversée sur la route puis une maison également visitée dans la nuit, dont les habitants ont disparu. Une fois en ville, elle entre dans le poste de police et se trouve nez à nez avec les parents de Maude (dont le père est policier). La mère lui crache au visage.


Brynn ressort et décide de prendre le bus pour quitter la ville. Mais plusieurs passagers, possédés par un parasite, se mettent à l'agresser. Elle réussit à sortir du bus et part en courant à travers bois. De retour chez elle, elle se calfeutre mais la nuit venue les extraterrestres resurgissent en commençant par récupérer le cadavre de leur semblable. Puis Brynn est attaquée par deux autres aliens qu'elle réussit à tuer avant d'être poursuivie à l'extérieur par un troisième qu'elle piège dans sa voiture à laquelle elle met le feu.


Brynn retourne dans la maison mais un quatrième extraterrestre l'immobilise et lui fait avaler un parasite pour la contrôler. Des hallucinations lui montrent alors ce qu'aurait été sa vie sans la mort de Maude et de sa mère. Pourtant Brynn réagit et vomit, expulsant le parasite. Elle disparaît dans la forêt jusqu'à ce qu'elle tombe sur son double alien qui la poignarde et qu'elle égorge avec un cutter. Elle est alors aspirée à l'intérieur d'une soucoupe volante en vol stationnaire au-dessus de la forêt.


Sondée télépathiquement par ses ravisseurs, Maude les trouble suffisamment en leur révélant son passé pour qu'ils la relâchent. Finalement, Brynn reprend le cours de sa vie en cohabitant avec ses voisins, tous sous l'emprise des extraterrestres, mais désormais beaucoup plus aimables avec elle.

Je ne connaissais pas le scénariste et réalisateur Brian Duffield avant de voir No One Will Save You. J'ai depuis appris qu'il avait signé un premier film, Spontaneous, déjà salué par les critiques. Toutefois, c'est sans commune mesure avec l'accueil reçu par ce nouvel opus, produit par Hulu et disponible sur Disney +.

Un buzz incroyable entoure le film depuis sa mise en ligne et les commentateurs s'étonnent qu'il n'ait pas eu droit à une sortie en salles, certains qu'il aurait rencontré un beau succès. Deux des fans du film se sont exprimés avec enthousiasme sur les réseaux sociaux pour encourager le public à le découvrir et ce ne sont pas les premiers venus puisqu'il s'agit de Guillermo del Toro (le cinéaste à qui on doit Hellboy, La Forme de l'Eau, Nightmare Alley) et Stephen King (le romancier auteur de La Tour Sombre, Carrie, The Shining).

Quand deux célébrités aussi respectées vous conseillent un film, la moindre des choses, c'est de vérifier si ça en vaut la peine. La réponse est un grand "oui". No One Will Save You est d'ores et déjà une des meilleures surprises de cette année, un petit film malin, qui va vous faire sursauter souvent, très original, très efficace. C'est aussi un exercice de style magistral puisqu'il est quasiment dénué de dialogues !

Les seuls sons que vous entendrez ici sont la musique et les bruitages (dont le roucoulement flippant émis par les aliens quand ils communiquent entre eux ou s'adressent à leurs proies). Quand les humains s'expriment, Duffield fait toujours en sorte qu'on ne les voit pas parler à l'image, mais toujours hors-champ ou de manière assez éloignée pour qu'on n'identifie pas celui qui prend la parole. Le reste du temps, ce ne sont que râles, borborygmes, respirations, souffles, cris, onomatopées.

De fait, même si est souvent effrayé, si on frémit pour l'héroïne, ce n'est pas un film d'horreur. Il s'agit d'un film d'épouvante et la nuance est cruciale car tout passe ici par la suggestion, à tel point qu'à plusieurs reprises le cinéaste suggère que tout ça se passe dans la tête de Brynn. En effet, on peut douter de ce qu'elle voit et traverse quand on considère sa façon de vivre et son passé. Responsable de la mort de sa meilleure amie, orpheline, elle vit isolée dans une grande maison à l'écart de tout, n'ayant aucune interaction sociale avec quiconque. Sinon via une correspondance qu'elle tient en s'adressant à Maude, sa meilleure amie, qu'elle a donc tuée accidentellement.

A la toute fin, la confusion est encore mieux entretenue car, après avoir été relâchée par les extraterrestres, elle perd connaissance et quand elle se réveille, elle est dans son lit et sa maison ne porte plus aucun stigmate des événements traumatisants qu'on a vus. Mieux : ses voisins sont dans sa propriété, occupés à dresser des buffets et à accrocher des décorations pour une soirée festive. Le soir venu, tout le monde danse joyeusement et Brynn passe de bras en bras. Avant que le téléspectateur ne se rende compte qu'en vérité tout ça dissimule une réalité glaçante, dont a parfaitement conscience la jeune femme.

On pense à 10 Cloverfield Lane (autre petit chef d'oeuvre), Les Dents de la Mer de Spielberg mais surtout à Jacques Tourneur, le réalisateur de La Féline et Rendez-vous avec la peur, le maître absolu de l'horreur suggestive, de l'épouvante élégante. Je ne serai pas étonné d'apprendre qu'il s'agit de la référence de Brian Duffield qui a dû composer avec un budget serré (à peine 22 million de dollars) mais a su les dépenser intelligemment pour un maximum de frissons. D'ailleurs, le réalisateur ne cherche pas à révolutionner le genre, il semble même s'en moquer quand on détaille l'aspect de ses aliens, proche des créatures soi-disant disséquées à Roswell, mais auxquelles il donne une gestuelle et des dimensions particulièrement cauchemardesques.

Contrairement à Tourneur, Spielberg et Dan Trachtenberg cependant, Duffield montre très vite et clairement à quoi ressemblent ses envahisseurs. La surprise réelle vient quand on se rend compte qu'il n'y en a pas qu'un ou quelques-uns mais qu'on assiste bien à une attaque d'envergure. Dès lors le look des créatures n'a que peu d'importance, tout comme le fait que leurs vaisseaux sont de classiques soucoupes volantes : ce qui compte, c'est bien de savoir comment un pauvre jeune fille apparemment sans défense va se sortir de cette situation. Et c'est là que le titre prend tout son sens : effectivement personne ne va venir la (vous/nous) sauver.

Co-productrice du film, Kaitlyn Dever s'est donc accaparée le rôle de Brynn et produit une authentique performance. J'avais découvert cette jeune actrice aussi jolie que renversante dans la série Unbelievable (il faudra que je pense à en tirer un article) puis dans le premier film de Olivia Wilde, Booksmart. Mais ce qu'elle accomplit ici est extraordinaire : elle fait passer une foule d'émotions par la seule force des expressions de son visage et de sa gestuelle. Elle n'a pas besoin de parler, tout est là, et le procédé s'avère bien plus efficace car on s'attend à ce qu'elle finisse par s'exprimer sans que cela arrive, ce qui contribue à nous vriller les nerfs.

Cette série B a la classe des meilleurs films. L'imagination est au pouvoir et rien n'est en trop durant les 93 minutes que dure No One Will Save You. J'ai moins d'influence que Guillermo del Toro et Stephen King mais, comme eux, je vous recommande vivement cet authentique ovni.

dimanche 9 avril 2023

Le dieu sorti de la machine de DEVS


J'ai bien observé que les entrées de ce blog consacrées aux séries télé ne rencontraient pas un grand succès, mais je ne désespère pas qu'un jour cette tendance s'inverse. Alors, comme je suis d'un caractère têtu, je persiste et en ce Dimanche de Pâques, je vais vous parler d'une série datant de 2020, diffusée aux Etats-Unis sur Hulu, et en France par Canal + : la fascinante création du génial Alex Garland, DEVS.


Quand son compagnon, Sergueï, disparaît juste après avoir intégré le mystérieux projet DEVS de la compagnie Amaya, Lily Chan, ingénieur au sein de cette entreprise, suspecte rapidement qu'il ne s'est pas suicidé comme une vidéo enregistrée par une caméra de surveillance le montre mais bel et bien qu'on l'a assassiné.
 

Choquée mais résolue à connaître la vérité, Lily découvre dans le téléphone de Serguï une application de Sudoku avec un mot de passe qui en préserve l'accès. Elle demande à son ex-amant, Jamie, de l'aider à l'ouvrir et y découvre une messagerie secrète avec une agent russe. Lily ne résiste pas à l'envie de le rencontrer et il lui explique que Sergueï avait bien pour mission d'infiltrer DEVS pour savoir ce qui s'y passait.  Elle se voit proposer de remplacer le jeune homme pour cette mission.


Mais Kenton, le chef de la sécurité d'Amaya, a suivi Lily et compte bien l'empêcher. Il la conduit chez un psychiatre qui la fait interner tandis que Jamie est torturé et blessé. Pourtant, il organise l'évasion de Lily avec laquelle il part se cacher dans un motel. De son côté, Forest, le fondateur d'Amaya, reçoit la visite de la sénatrice Laine, qui souhaite connaître la nature des expériences menées au sein de DEVS pour mieux les contrôler.


Lily, rétablie, décide d'affronter directement Forest et se rend chez lui avec Jamie. Mais il la laisse s'expliquer avec Katie, sa maîtresse et plus proche collaboratrice, qui révèle que DEVS est le nom d'un super-programme informatique capable de voir dans le passé et prédire l'avenir, jusqu'à un certain point pour ce dernier. En effet, passée une période dans le futur, le système bugge... A cause d'une action menée par Lily !


Contrariée par ce déterminisme strict, Lily entend bien déjouer les attentes de DEVS en ne faisant rien. Mais la situation va s'envenimer et la pousser à agir malgré tout...
 

Même si ce résumé paraît en dire déjà beaucoup, je peux vous assurer que DEVS réserve encore suffisamment de surprises avant et après pour vous retourner le cerveau. Car c'est bien un vertigineux voyage auquel vous convie Alex Garland, qui a créé, écrit et réalisé la totalité des huit épisodes de cette série.


Alex Garland, pour beaucoup, reste l'auteur de La Plage, ce film de Danny Boyle (2000), dont Leonardo di Caprio fut la vedette après le triomphe de Titanic. Pourtant, cet auteur vaut mieux que ce long métrage assez moyen et si vous êtes amateur de science-fiction, vous feriez bien de vous pencher sur son oeuvre, comme Sunshine (également porté à l'écran par Boyle), Le Tesseract, Le Coma.


Il est à son tour passé derrière la caméra avec l'extraordinaire Ex Machina (2014) puis Annihilation (2018 - disponible sur Netflix) et l'an dernier avec Men (que je n'ai pas encore pu voir). Des histoires absolument folles, obsédantes, révélant un cinéaste d'une rare maîtrise, avec un univers envoûtant.

DEVS se rapproche de Ex Machina, où déjà le personnage principal rencontrait un patron de la Tech aux airs de messie inquiétant. D'abord, on pense embarquer dans un polar puisqu'on assiste à un meurtre dont on connaît les coupables et le mobile (il est question d'espionnage industriel). Puis très vite, Garland brouille les pistes pour livrer un récit inclassable.

L'héroïne, Lily Chan, est, sous une apparence frêle, quelqu'un de déterminé à connaître la vérité, se moquant du danger, et Sonoya Mizuno (qui était déjà remarquable dans la mini-série Maniac sur Netflix, en assistante de Justin Theroux - là encore dans une histoire de scientifiques fous, avec Emma Stone et Jonah Hill comme cobayes) est absolument magistrale et parfaite pour l'incarner. La comédienne Japonaise exprime avec subtilité et puissance le chagrin qui la ravage et qu'elle convertit en force, sorte de David féminin contre un Goliath moderne.

Nick Offerman incarne Forest, un de ces leaders de la Tech, excentrique et flippant, loin du registre comique de Parks and Recreation. C'est une sorte de gourou lui-même dévasté par une perte personnelle, la mort sous ses yeux de sa femme et surtout de leur fille, Amaya, dont le prénom est désormais devenu le nom de son entreprise. A ses côtés, Alison Pill, glaciale, joue sa maîtresse et sa plus proche collaboratrice dans un projet vertigineux.

Dois-je spoiler sur quoi travaille le personnel de DEVS ? Disons, sans trop en dire, qu'il est question du temps et de l'univers. C'est ambitieux mais le génie d'Alex Garland réside dans le fait de rendre tout ça à la fois angoissant et crédible à défaut d'être compréhensible. Qu'importe en vérité que vous saisissiez le jargon de ces programmateurs qui veulent produire une visualisation du passé le plus lointain et du futur, ce qui compte, c'est ce qu'ils veulent en faire.

Tout comme Elon Musk veut conquérir l'espace et la communication, ou que Jeff Bezos dirige le plus grand magasin en ligne du monde, Forest a lui aussi une lubie mégalomane en rapport avec ce qu'il a perdu et que sa fortune et les connaissances de ses équipes peuvent lui permettent, peut-être, de maîtriser. En vérité, il ne s'agit pas de contrôler le monde mais de panser des plaies toujours béantes via des simulations sophistiquées, au réalisme troublant.

Ainsi la quête de Lily et celle de Forest ne sont-elles pas si différentes. La mort leur a pris ce qu'ils avaient de plus cher et en voulant le défier, ils apprennent surtout qu'ils ne connaissaient pas si bien qui ils sont eux-mêmes ni ceux qu'ils ont perdus. Ce qui les distingue vraiment, c'est leur rapport au deuil, à l'ordre naturel des choses. Que se passe-t-il alors quand on veut les affronter ?

Pour Forest, tout est déterminé, et des théories comme le multivers sont inadmissibles car il veut renouer avec une réalité unique, pas un possible parmi d'autres. Pour Lily, le libre-arbitre domine, et c'est par un geste de désobéissance par rapport à ce que la machine a prédit qu'elle va tout bouleverser. L'issue reste tragique, DEVS n'offre pas de happy end malgré les apparences, mais nous entraîne vers un dénouement étrange, confondant, qui prouve que Foreste avait tort et donne à Lily une seconde chance. Tout en faisant comprendre aux deux que le paradis auquel ils ont eu accès est autre part un enfer. A moins que ce ne soit, comme toujours, comme partout, un paradis ET un enfer.

Comme dans Ex Machina et le fabuleux Annihilation (qui confrontait ses personnages à une nature devenue folle), Alex Garland philosophe sur le sens du réel, du temps, du deuil, de la renaissance, mais sans noyer son audience sous un discours fumeux. Il réconcilie une vision cérébrale proche de Kubrick avec une autre plus sensitive à la David Lynch, naviguant entre des constructions froides comme le bâtiment de DEVS, qui ressemble à un sarcophage, et la forêt qui l'entoure, dominés tous deux par la statue géante, grotesque et tragique d'Amaya.

Cette fillette s'impose alors, progressivement, inéluctablement, comme le coeur de la série, symbole de ce qui fut, de ce qui sera, et fantôme hantant un démiurge égaré et une jeune femme refusant d'être réduite à une prédiction inévitable, incontournable.

Quel trip ! Mais pour dérangeant, perturbant, qu'il est, DEVS est un sommet de s.-f., qui confirme Alex Garland comme un auteur majeur.

lundi 20 juin 2022

DEEP WATER (EAUX PROFONDES), de Adrian Lyne


Vingt ans après sa dernière réalisation, le vétéran Adrian Lyne revient faire parler de lui avec Deep Water, remake de Eaux Profondes de Michel Deville et adaptation du roman de Patricia Highsmith. D'abord prévu pour une sortie en salles, le film a été relégué sur la plateforme de streaming Hulu en raisons de son érotisme brûlant. Vraiment ?


Vic et Melinda Van Allen vivent dans la paisible ville de Little Wesley en Louisiane avec leur petite fille Trixie. Les infidélités de Melinda font les gorges chaudes de leurs amis mais Vic a passé un arrangement avec sa femme : il accepte ses écarts tant qu'elle ne le quitte pas. 


Pourtant lorsque Melinda ramène à une fête Joel Dash, Vic profite d'être seul avec lui pour lui faire peur en racontant qu'il a tué Martin McRae, le dernier amant de sa femme. L'histoire est prise comme une plaisanterie par l'entourage de ce brillant ingénieur qui a fait fortune en concevant un drone militaire révolutionnaire. Mais cela intrigue un des invités, l'écrivain Don Wilson, même si, depuis, le véritable assassin de McRae a été arrêté.


Dash parti, Melinda jette son dévolu sur Charlie de Lisle, un pianiste qu'elle présente comme son professeur lors d'une party donnée par un voisin, Jonas Fernandez. Elle provoque ouvertement Vic en draguant de Lisle dans la pisicine jusqu'à ce qu'un orage éclate et n'oblige les participants à se réfugier dans la maison de leur hôte. Vic rentre peu après. Puis Melinda, horrifiée, aperçoit le corps de de Lisle flottant dans la piscine. On l'en extrait et tente de le ranimer - en vain. 


La police arrive sur les lieux du drame et interroge en particulier Vic, dénoncé par Melinda et Wilson. Mais il fournit un alibi et on conclut à un accident. les jours suivants, Vic sent qu'on le suit et découvre qu'un détective privé est à ses trousses, engagé par Melinda et Wilson. Il se rend chez ce dernier pour se plaindre. Melinda, elle, retrouve en ville un ami du lycée, son premier flirt, Tony Cameron, agent immobilier en quête de terrain constructible dans le coin.
 

Vic l'emmène voir un endroit susceptible de l'intéresser dans la forêt voisine et le tue puis tente de noyer le cadavre dans la rivière. Wilson, qui les a suivis, le surprend et prend la fuite. Vic le poursuit. Melinda, pendant ce temps, découvre dans les affaires de Vic les papiers de Tony et décide de plier bagages. Wilson perd le contrôle de sa voiture qui va s'écraser au fond d'une carrière. Melinda est empêchée de partir par sa fille qui lui cache sa valise. Elle brûle les papiers de Tony et attend le retour de Vic, auprès de qui elle se résigne à rester.

Fut un temps, qui commence à devenir lointain, où le nom de Adrian Lyne était associé à un certain cinéma sulfureux, avec parfois des échappées iconoclastes du côté du fantastique (l'excellent L'Echelle de Jacob) ou de l'adaptation impossible (Lolita). C'était l'homme derrière la caméra de longs métrages tels que Neuf semaines et demie, Liaison Fatale, Proposition Indécente, jusqu'à Infidèle, son dernier opus en date, sorti il y a vingt ans pile.

Ce remake de La Femme Infidèle de Claude Chabrol fut un échec commercial qui précipita la retraite du vétéran. Rien ne présageait en 2002 qu'il reviendrait à 81 ans pour un (probable) ultime effort. Et pourtant, c'est à nouveau en revisitant un film français qu'il fait parler de lui, en adaptant Eaux Profondes, d'après le roman de Patricia Highsmith, une première fois filmé par Michel Deville (1981).

Qu'est-ce qui a pu faire croire à Adrian Lyne que ce serait une bonne idée ? Sans doute de voir l'actrice cubaine Ana de Armas, considérée par beaucoup comme la plus belle femme du monde actuellement, et auréolée du succès de sa prestation dans le dernier James Bond (Mourir peut attendre), avant le biopic Blonde sur Marilyn Monroe produit par Netflix et mis en scène par Andrew Dominik (sortie prévue à la rentrée).

Car si Lyne n'a jamais été un grand cinéaste, il a du goût en matière d'actrices et sait les filmer amoureusement, comme peuvent en témoigner Jennifer Beals (Flashdance), Kim Basinger (9 semaines et demie), Demi Moore (Proposition indécente). Quitte à les objetiser ?

Car c'est devenu une question. Lyne a fait partie, avec Alan Parker, Ridley et Tony Scott, de cette "nouvelle vague anglaise" des années 80, des metteurs en scène à l'esthétique rutilante qui ont influencé la pub de cette décennie. Mais quand Parker signait Midnight Express ou Birdy, Ridley Scott Alien ou Blade Runner, Lyne oeuvrait à un cinéma axé sur l'érotisme soft, où le corps féminin était au coeur d'histoires minimalistes.

En 2022, on ne peut plus traiter la femme et son corps de la même manière que dans les 80's, le mouvement #metoo est passé par là, avec la libération nécessaire de la parole et les excès des tribunaux médiatiques. Un peu comme pour l'écologie où il faut presque s'excuser d'exister pour se racheter du déréglement climatique, le féminisme interdit pratiquement tout regard érotique surtout jugé concupiscent et pervers.

C'est triste, mais c'est ainsi. Comme le chante si bien Orelsan, "vive la France, c'est devenu un hashtag raciste", et de la même manière, dire qu'une femme est belle et désirable est devenu quasiment une parole déplacée. Dans ces conditions, Lyne semble être d'un autre âge et devient une sorte de papy reluquant Ana de Armas à travers son objectif.

Mon avis est que Ana de Armas est filmée avec beaucoup d'élégance et ce film, même si objectivement pas bon, n'a rien d'obscène. C'est une ode à la beauté, à la séduction de cette actrice, mais aussi son talent d'interprète. Elle incarne ce rôle avec une sorte d'ingénuité diabolique, très différemmetn de Isavelle Huppert dans le film de Deville. C'est à la fois un ange et une garce, à qui on ne peut franchement en vouloir, même si Ben Affleck avale d'enormes couleuvres.

Le comédien est comme à son habitude minéral, impassible, indéchiffrable. On ne saurait dire s'il joue bien ou mal, c'est typique de lui. Mais il a une présence marmoréenne indéniable, une carrure impressionnante que Lyne saisit dans des plans en contre-plongée, parfois de dos, grimpant des escaliers d'un pas lourd, qui n'annonce rien de bon pour ceux qui tournent autour de sa femme. Lui aussi joue complètement différemment de Jean-Louis Trintignant (paix à son âme) chez Deville.

Le sel, le piment de cette affaire, c'est peut-être que Lyne a capté cette romance dégénérée entre cet homme et son épouse alors que de Armas et Affleck étaient eux-même en couple au moment du tournage. Chacun de leurs regards, de leurs dialogues deviennent chargés de sous-entendus, comme un témoignage plus trouble et troublant que le propos du film. Dans la vraie vie, Affleck a renoué avec son ex Jennifer Lopez et Ana de Armas est redevenue cette déesse qui fait briller les yeux de tous les garçons. Peut-être que leur seule victime est Adrian Lyne et son film, qui auraient gagné à être une sorte de "faucumentaire" sur leur liaison enregistrée par les caméras plutôt qu'un remake mou, jamais aussi retors et sensuel que le film de Deville.

Mais cela nous enseigne surtout que même un mauvais film peut cacher un sujet intéressant, plus voyeuriste que son intrigue romanesque. En vérité, nous nous fichons un peu des jeux dangereux des Van Allen pour leur préférer la captation d'un fragment amoureux de Ben Affleck et Ana de Armas.

mercredi 3 juillet 2019

CATCH-22 (Hulu)


Adapté une première fois, pour le cinéma, par Mike Nichols (en 1970), le roman de Joseph Heller fournit cette fois la matière à une mini-série (en six épisodes de 45 minutes) pour Hulu. George Clooney est aux commandes de cette version de Catch-22 sur les absurdités de guerre. Le résultat est très inégal, comme si les auteurs n'avaient pas su choisir le ton à donner au projet.

Aarfy, McWatt, Yossarian, Nately, Clevinger, Orr et Sampson
(Rafi Gavron, Jon Rudnitsky, Christopher Abbott, Austin Stowell, Paco Alexander, Graham Patrick Martin et Gerran Powell)

A la base de Santa Ana, sous la direction du général Schieskopf, un groupe de bidasses américains s'entraîne à défiler - parmi eux John "Yoyo" Yossarian est bien décidé à ne pas mourir à la guerre et demande l'aide du Dr. Daneeka qui lui cite l'Article 22 : vouloir se battre, c'est être fou, mais si vous demandez à arrêter de vous battre, vous êtes sain d'esprit et donc vous pouvez aller au front ! Deux mois plus tard, le régiment est stationné à la base de Pianosa en Italie dont le colonel Cathcart ne cesse d'augmenter le quota de bombardements. Lors d'une mission, Dunbar, un des pilotes, meurt.
  
Le major de Coverley et l'officier du mess Minderbinder 
(Hugh Laurie et Daniel David Stewart)

Cathcart et le lieutenant Korn promeuventle sergent Major Major au rang de major. Yoyo demande alors à son camarade de le garder au sol, mais sans succès. Pendant ce temps, Minderbinder devient officier du mess grâce au major de Coverley avec qui il organise un juteux traffic de vivres dont il partage les profits avec les officiers. A Rome, de Coverley réquisitionne un bordel pour que les soldats s'y reposent en permission. Lors d'un nouveau bombardement, Yoyo voit mourir Clevinger, avec qui il s'était disputé sur leur devoir de soldat.

Minderbinder et Cathcart (Daniel David Stewart et Kyle Chandler)

Cathcart veut bombarder Bologne pour permettre à l'infanterie d'y entrer sans rencontrer de résistance. A la faveur de la nuit, Yoyo déplace la ligne de tir sur la carte pour faire croire que Bologne a été libérée par l'infanterie seule. De Coverley s'y rend et est capturé par les allemands. Quand il l'apprend, Cathcart comprend qu'un soldat a causé cela. Bologne est bombardée, mais Yoyo rate sa cible (un pont), obligeant McWatt à faire demi-tour. Heureux d'avoir survécu, McWatt, le lendemain, survole le lac où nagent ses amis et tue accidentellement Sampson. Il se suicide ensuite.

John 'Yoyo' Yossarian (Christopher Abbott)

Yoyo décide, pour être démobilisé au plus vite avant que Cathcart augmente une nouvelle fois le quota de missions, d'enchaîner les vols. Mais une fois ceci fait, son zèle intrigue Korn. En attendant son formulaire de départ, Yoyo accompagne avec Orr Minderbinder à Oran pour commercer avec le calife de nouvelles vivres. A son retour, il apprend que Cathcart a encore augmenté le quota de missions : il reste mobilisé. Et part bombarder une position ennemie avec Nately - qui meurt à son tour.

Korn, Cathcart et Scheisskop (Kevin J. Connor, Kyle Chandler et George Clooney)

Contre l'avis de ses supérieurs, Yoyo se rend à Rome pour annoncer le décès de Nately à sa fiancée, une prostituée. Il ne la trouve pas mais découvre que Aarfy a violé et tué une bonne. Il le dénonce à la police militaire mais qui l'embarque, lui, pour avoir désobéi aux ordres. Son cas s'aggrave lorsque Scheisskopf débarque pour prendre le commandement de Pianosa : au courant de la liaison de Yoyo avec sa femme, Marion, il le renvoie en mission. Mais cette fois, le soldat est blessé et son avion touché. Il saute de l'appareil en parachute.

Yoyo

Recueilli et soigné par une famille italienne, Yoyo ne profite pas d'un long répit. La police militaire le retrouve et le ramène à Pianosa. Le Dr. Daneeka le soutient auprès de Scheisskopf pour sa démobilisation à cause de sa blessure, mais rien n'y fait. Il repart en mission avec une jeune recrue, Snowden. Touché mortellement en vol, ce dernier meurt dans ses bras. Yoyo, de retour à la base, refuse de continuer à porter l'uniforme, même lors d'une remise de médailles par le général Dreedle. Il est quand même décoré mais effectue désormais ses vols, complètement nu dans son cockpit, sans plus chercher à être démobilisé.

Inutile, en vérité, de préciser que l'action de Catch-22 se déroule en pleine seconde guerre mondiale car cette charge anti-militariste convient à tous les conflits armés en dénonçant ses officiers qui envoient à la mort de jeunes appelés.

Ce sort, Yoyo le refuse et va chercher, six épisodes durant à y échapper par tous les moyens. C'est un curieux héros qu'on peu considérer comme un dégonflé, un lâche, un peureux, un têtu, un survivant, un chat noir : il est tout cela à la fois simplement parce qu'il ne veut pas être d'abord la victime de sa hiérarchie imbécile mais, en même temps, il se fiche que ses amis y passent à sa place.

La mort de ses copains agit de manière ambiguë sur Yoyo : elle lui fait prendre conscience de façon encore plus aiguisée de sa vulnérabilité, donc elle le conforte dans son idée de se faire démobiliser par tous les moyens, mais elle souligne aussi son égoïsme, son égocentrisme absolus puisqu'il ne pleure pas longtemps le décès de ses compagnons et ne s'interroge jamais sur la possibilité qu'il leur porte malheur.

Avant la mort du pilote McWatt (qui n'a, ironiquement, pas lieu en mission), Yoyo l'entend lui expliquer ce qui les distingue : McWatt est certain qu'il va mourir, et si ce n'est pas durant la guerre, ce sera plus tard de toute manière, donc il est résolu à profiter de la vie ("Me : happy, happy, happy, dead."), alors que Yossarian a peur de mourir en général, la guerre ne faisant qu'accentuer son angoisse ("You : worry, worry, worry, dead."). C'est un résumé parfait.

Le scénario que Luke Davies et David Michôd ont tiré du roman de Joseph Heller vaut, à mon avis, davantage pour ceux qui gravitent autour de Yoyo, dont les tentatives d'échapper à son devoir finissent par le rendre antipathique puis pathétique. Chacun de ses amis, qui n'auront pas sa chance (même si Orr paraît avoir survécu, et que Minderbinder est de côté), présente un profil plus intéressant, même si on ne partage pas ses idées : Clevinger est convaincu du rôle de l'armée américaine et de son bon droit mais surtout de son devoir de soldat, mais ce n'est pas cela qui le tuera. McWatt est philosophe et s'il se suicide, c'est parce qu'il tue accidentellement un ami. Sampson est victime d'un jeu qui tourne mal. Nately se sacrifie en absolvant Yoyo de ne pouvoir le sauver. Major Major profite d'un improbable malentendu.

Dans le lot, deux personnages présentent des profils suffisamment forts pour que les auteurs leur consacrent un épisode entier : d'abord il y a l'irrésistible Minderbinder, qui, fort habilement, s'empare du poste d'officier du mess et, ensuite, multiplie les traffics en intéressant les cadres de la base. Son prodigieux sens des affaires et sa bonhommie face aux événements montrent qu'il se débrouille mieux que Yoyo pour échapper à ses obligations. Ensuite, il y a Aarfy, dont la nature se révèle tardivement mais de manière abjecte : convoitant l'affection d'une jolie bonne romaine, il finit par la violer et la tuer. Mais il profite également de la naïveté de Yoyo pour échapper à toute sanction, et prouve que la discrétion paie pour éviter les ennuis. Les deux acteurs qui jouent ces rôles (Daniel David Stewart et Rafi Gavron) sont remarquables.

George Clooney a porter ce projet pour la télé, sans doute parce qu'il savait qu'aucun studio de cinéma ne le financerait en l'état - peut-être aussi a-t-il voulu éviter le grand écran pour ne pas être comparé directement à la version de Mike Nichols. Logiquement, il s'est attaché les services de proches comme Grant Heslov (avec qui il a tourné notamment une autre comédie rocambolesque sur la guerre du Golfe, Les Chèvres du Pentagone) : à eux deux, ils se partagent la mise en en scène des six épisodes. La production est soignée, avec une superbe photo. Mais cependant, c'est tout de même un peu languissant parfois.

Surtout, la série hésite trop entre la comédie et le pamphlet, le rire et le malaise. Les cabotinages de Clooney acteur, Kyle Chandler et Hugh Laurie (qu'on voit hélas ! trop peu) entraînent vers la folie douce, mais c'est pourtant davantage une trop grande répétition et un manque de rythme qui plombent l'ensemble. Manier l'absurde n'est pas aisé, et dans le premier rôle, Christopher Abbott manque de charisme pour supporter le show de ces seconds rôles dont on attend trop ou susciter l'empathie nécessaire.

Peut-être attendais-je trop de ce Catch-22, mais le compte n'y est pas. George Clooney rate un peu son retour sur petit écran, mais si lui-même ne ménage pas ses efforts comme son héros, c'est au moins sans se défiler.    

mardi 16 janvier 2018

CHANCE (Saison 2) (Hulu)


Pour sa seconde saison (car le show n'a pas été renouvelé pour une troisième année), Chance avait le redoutable objectif de faire sinon mieux, au moins aussi bien que son premier acte. Sans démériter (comme The Girlfriend Experience qui avait le même challenge), il faut bien reconnaître que Kem Nunn et Alexandra Cunningham ont failli dans ses dix nouveaux épisodes. 

 Eldon Chance (Hugh Laurie)

En 1990, deux adolescents, Frank Lambert et Matthew Debbs, tuent Stevie Benjamin, un de leurs camarades pour une broutille, mais sans témoins et donc sans être inquiétés. Debbs souffre pourtant de l'obsession d'une mère mentalement perturbée, qui croit entendre la voix de Dieu lui intimer, pour salut, de supprimer son fils et tentera de se suicider, en s'égorgeant, pour éviter de commettre l'irréparable. Seul un détective de la police, Kevin Hynes, s'intéressera à cette affaire, qui deviendra le dossier de sa vie.

Le détective Kevin Hynes (Brian Goodman)

En 2006, Frank Lambert, désormais procureur adjoint de San Francisco, retrouve son ami Matthew Debbs : il a changé de nom, s'appelant maintenant Ryan Winter, et dirige une entreprise florissante spécialisée dans l'informatique grâce à laquelle il a fait fortune. Psychotiques, les deux hommes reforment leur duo pour commettre une série de meurtres en s'en prenant à des femmes que Lambert attire et que Winter élimine en les égorgeant. Mais tout dérape quand Frank abat un informateur de Kevin Hynes : le crime s'étant déroulé dans un quartier proche de celui où réside Winter, le détective est convaincu que Winter y est mêlé au même titre que les meurtres des autres victimes.

Ryan Winter et Eldon Chance (Paul Schneider et Hugh Laurie)

Pour confondre Winter, Hynes, qui a enquêté un an auparavant sur l'affaire Blackstone, fait chanter Eldon Chance pour obtenir son aide : le neuropsychiatre a fermé son cabinet pour intégrer une clinique dont la directrice, Kristen Clayton, est aussi sa maîtresse, et s'occuper de rescapés de crimes violents et d'agressions. Pour étudier de près Winter, Chance l'attaque en traître un soir puis le fait hospitaliser et lui offre de rejoindre la thérapie collective qu'il dirige.

Lorena et "D" (Ginger Gonzaga et Ethan Suplee)

En parallèle, Chance sollicite le concours de "D", avec lequel il continue de mener des expéditions punitives contre des hommes qui maltraitent ses patientes, mais pour fouiller la luxueuse villa de Winter. C'est ainsi que l'inquiétant colosse fait la connaissance de la bonne de l'affairiste, Lorena, mexicaine en situation illégale en Amérique : contre toute attente, elle accepte de devenir sa complice et il s'éprend secrètement d'elle. Winter présente des signes évidents de troubles, jouissant lors des récits de femmes battues, et demande à Chance de devenir son confident - plusieurs fois alors, le docteur est sur le point de lui faire avouer ses crimes quand son patient ne se défile pas ou que son avocate, Lyndsay, véritable mère de substitution, ne s'interpose.

Le procureur adjoint Frank Lambert, le Dr. Kristen Clayton, l'assistant Barry Gilyard
et Eldon Chance (Tim Griffin, Elizabeth Rodriguez, Chris Greene et Hugh Laurie)

La vie privée de Chance complique sa mission : sa fille, Nicole, amoureuse d'un garçon de son collège, est victime d'une rumeur propagée par une camarade, jalouse, et elle s'en prend violemment à cette dernière pour se venger. L'affaire aboutit à des poursuites judiciaires mais l'adolescente échappe à la prison grâce à un témoignage de Kristen Clayton, avant que Christina Chance, sa mère, ne décide, unilatéralement, de l'envoyer à Clearview, un centre de redressements pour jeunes en difficulté. Nicole ne tarde pas à en fuguer pour se cacher dans un squatt et en espérant que son père la recueillera.

Eldon Chance et Ryan Winter

Lambert attire Hynes dans un piège chez Winter en lui garantissant des aveux de ce dernier mais le détective se fait tuer par le procureur adjoint. Lorsque Chance apprend la nouvelle, il a à peine le temps de la réaliser car une de ses victimes, à lui et "D", l'a identifié et signalé à la police. Libéré  sous caution, le docteur et son complice fuient à Tijuana où "D" a décidé de négocier la tranquillité de Lorena, harcelée par son ex-mari qui veut récupérer l'enfant qu'elle porte. Winter, lui, préfére se rendre aux autorités et passer aux aveux, bouleversé par l'assassinat de Hynes et la disparition de Chance : Lambert soudoie un gardien pour maquiller sa mort en suicide.

Eldon Chance et "D"

Au Mexique, "D" règle son compte à "El Martillo", l'ex-mari de Lorena ; tandis que Chance apprend le décès de Winter. En se souvenant d'une photo d'école dans le bureau de Lambert où ce dernier figurait aux côtés de Winter, le docteur est désormais convaincu que les deux hommes étaient complices pour tous leurs crimes. Il convainc "D" de regagner San Francisco pour pousser Lambert aux aveux, croisant sans le savoir Nicole que recueille Lorena. Pour Chance, le voyage se terminera par une résolution terrible, le forçant à ne plus vivre aux Etats-Unis : il rend leur fille à sa femme et ouvre une clinique de fortune que "D", en couple avec Lorena, l'aide à remettre en état...

J'ai linéarisé l'histoire et en ai coupé des éléments pour en tirer un résumé clair et qui préserve quelques fausses pistes alimentant le suspense de l'intrigue. Mais c'est que ce second acte de Chance pèche par sinuosité et il faut s'armer de patience et être bien attentif pour en saisir toutes les subtilités.

Certes, ceux qui ont suivi la première saison me rétorqueront qu'elle n'était pas plus simple, multipliant les chausse-trappes et s'appuyant sur des protagonistes psychologiquement très complexes, mais il me semble quand même que les showrunners, Kem Nunn et Alexandra Cunningham, ont compliqué à loisir ces dix nouveaux épisodes, ce qui a nui à l'intensité du propos.

Au début, pourtant, il y a la promesse d'un face-à-face anthologique entre un tueur et notre héros neuropsychiatre, placé dans une situation critique puisqu'un flic, ayant enquêté sur l'affaire Blackstone, le fait chanter pour piéger un suspect. Chacun se méfie de l'autre et cherche à le dominer pour le contrôler, la partie s'annonce serrée...

Alors qu'est-ce qui ne fonctionne pas ? Plus qu'un gros problème d'écriture, le scénario échoue à accrocher sur la durée en abusant d'ambiguïtés. La culpabilité de Winter est avérée rapidement, mais trois hommes aussi pugnaces et malins que Chance, "D" et Hynes n'arrivent pourtant pas à le faire tomber, ni en le poussant aux aveux, ni en collectant suffisamment de preuves accablantes. Le téléspectateur devine bien que se trame un subplot expliquant l'impunité du tueur, en dehors de sa fortune et de son caractère retors, mais sa révélation se fait trop attendre et quand elle a lieu, elle paraît plus opportunément pratique que crédible.

Dès lors, le rythme s'accélère, les révélations s'enchaînent - le rôle-clé de Lambert, le piège se refermant sur Hynes, le lien unissant Hynes à son indic - mais en déplaçant sa cible, la série se met presque à raconter autre chose dans son dernier tiers. Et comme, simultanément, les événements périphériques à l'intrigue, en relation avec la vie familiale de Chance, se succèdent, une impression de trop-plein s'impose : il se passe trop de choses pour que notre intérêt se stabilise, reste focalisé sur la nécessité de confondre Lambert.

Les scénaristes ont voulu (trop) justifier les comportements des uns et des autres, particulièrement en ce qui concernent Chance et sa fille - la théorie avancée est que Nicole a hérité des mêmes désordres psychologiques que son père et reproduit donc ses erreurs en société. La romance entre "D" et Lorena est aussi inutilement encombrée par le fait qu'elle a été mariée à un chef de cartel mexicain dont il faut régler le compte pour permettre au nouveau couple de s'aimer tranquillement. La liaison de Chance avec Kristen Clayton, sa relation orageuse et accablée avec son ex-femme Christina, l'homosexualité refoulée de Hynes, l'influence psychotique de Lambert sur Winter, la folie de la mère de ce dernier deviennent autant d'éléments qui parasitent plus le récit qu'ils ne l'enrichissent, trop d'informations, de rôles mécaniquement utiles pour résoudre des récits secondaires.

Dans ces conditions, la fin devient un va-et-vient lassant entre Mexique et Etats-Unis et la conclusion sur fond de rédemption pour Chance après être passé de thérapeute à justicier à bourreau a un peu du mal à passer. Cela ne peut pas aussi bien se finir, comme l'admet d'ailleurs le héros à un moment-clé avant que son envie de punir ne reprenne le dessus.

Dommage pour Hugh Laurie qui est une fois de plus magnétique dans ce rôle si tendancieux, et ses partenaires - en particulier l'impressionnant Ethan Suplee. Mais il semble que ni la critique ni le public n'aient été convaincus : Hulu a choisi logiquement d'interrompre l'aventure, il n'y aura pas de saison 3 (même s'il y avait un potentiel pour cela).

Chance a eu sa vérité : c'était un projet sensationnel en un acte. L'avoir prolongé, en le rendant plus compliqué que meilleur, l'a prouvé.       

mercredi 10 janvier 2018

CHANCE (Saison 1) (Hulu)


Alors que je suis actuellement la deuxième saison de la série, j'en profite pour rédiger (enfin !) une critique des treize premiers épisodes de Chance, diffusés en 2016-2017 sur Hulu. Cette production fit sensation en marquant le retour à la télé de Hugh Laurie dans le rôle principal, après Dr. House. Mais c'est loin d'être la seule raison de s'intéresser à cette excellente adaptation du roman de Kem Nunn par lui-même et Alexandra Cunningham.

 Eldon Chance (Hugh Laurie)

Divorcé de sa femme Christina et père de leur fille, Nicole, Eldon Chance est neuropsychiatre à San Francisco. Il partage son temps entre une activité d'expert pour la justice, des consultations à l'hôpital et son cabinet. C'est dans ce dernier lieu qu'il fait la connaissance de Jacklyn Blackstone, enseignante à l'université de Berkeley et qui vient de quitter son mari, Raymond, un officier de police violent. Précédemment suivie par le Dr. Myra Cohen, morte dans des circonstances suspectes, elle souffre de troubles de la personnalité suite aux mauvais traitements infligés par son époux.

Jacklyn Blackstone (Gretchen Mol)

Estimant qu'il ne peut s'occuper de son cas parce qu'elle le trouble trop, Chance confie d'abord Jacklyn à une collègue, Suzanne Simms. Par ailleurs, il doit gérer les conséquences de son divorce, notamment auprès de sa fille impliquée dans une affaire de harcèlement auprès d'un garçon de son collège : Chance pense qu'elle a peut-être hérité d'une tare génétique car, bien qu'il l'ait caché, plus jeune, il a eu la même attitude envers une camarade et avait tenté de se suicider après qu'une ordonne restrictive l'ait empêché de l'approcher.

"D" (Ethan Suplee)

A la même époque, Chance rencontre Darius "D" Pringle, artisan chez un antiquaire à qui il essaie de revendre un vieux meuble : ce colosse ombrageux est un ancien soldat revenu d'Afghanistan dont l'apparence dissimule un être complexe, qui fascine le médecin. Jacklyn retrouve Chance après que, comme elle le lui raconte, son mari ait menacé Suzanne Simms et réclamé qu'elle rentre au domicile conjugal. Il cède à ses désirs et l'embrasse, lui promettant son aide.

Raymond Blackstone (Paul Adelstein)

Pour en savoir plus sur Raymond Blackstone, Chance profite de ses relations avec un procureur d'Oakland qu'il a aidé lors de procès et qui lui fournit le dossier du policier. Pendant ce temps, ce dernier, en surveillant Jacklyn, a appris où habitait Chance et intimide Nicole puis dépose dans la voiture de son père le procès-verbal relatant l'affaire de harcèlement à laquelle il fut mêlé autrefois.

"D" et Chance 

"D" conseille à Chance de renverser la vapeur et l'aide, en filant le policier, à accumuler des éléments à charge contre Raymond Blackstone. Ainsi découvrent-ils qu'il est corrompu et mêlé à un trafic de prostitution, couvert par des salons de massage. Jacklyn avoue que son mari la fait également chanter en menaçant de s'en prendre à la fille qu'elle a eue d'une précédente union. Suzanne reproche à Chance de trop s'impliquer dans cette histoire et il le vérifie douloureusement quand Raymond le tabasse dans un parking couvert. Mais, entre temps, "D" s'est introduit dans la voiture du flic et a recopié les fichiers de son ordinateur. Blackstone le surprend mais se fait poignarder et un de ses complices est abattu.

Chance et Jacklyn

Chance et Jacklyn s'abandonnent à leur passion mais quand le médecin retrouve "D", il le découvre inanimé dans son atelier, victime d'une crise tachycardie. Hospitalisé, il se rétablit vite et s'enfuit quand des sbires de son père arrivent pour le faire transférer. Lorsque Chance apprend que Nicole a été approchée par Raymond, il les éloigne, elle et son ex-femme, hors de la ville. Puis il examine le contenu des fichiers de l'ordinateur de Blackstone piraté par "D" lorsque le policier le contacte : il tient Jacklyn qu'il veut échanger contre les documents en possession du médecin et de son acolyte.

Chance

Chance se réveillera à l'hôpital après plusieurs jours dans le coma, jurant à l'agent Hynes ne se souvenir de rien mais apprenant que Blackstone a été tué - lors de l'échange, mais le médecin le cache. A sa sortie, Chance retrouve Jacklyn qui a décidé de partir avant que les autorités ne l'interrogent. Puis il rejoint "D" avec lequel il décide de s'occuper, à leur façon, de futurs patients problématiques...

Je dois d'abord préciser que je n'ai pas lu le roman de Kem Nunn, il m'est donc impossible de savoir s'il s'agit d'une adaptation fidèle, mais que l'auteur soit un des producteurs de la série et en ait supervisé l'écriture laisse penser que le résultat correspond à sa vision.

Et c'est ce qui séduit en premier dans Chance : le soin apporté à l'ambiance et à la caractérisation. La série nous présente un personnage principal très original et la galerie d'individus qu'il croise, positivement et négativement, se distingue par leur complexité, une richesse psychologique qui rejaillit sur une intrigue fouillée, touffue, palpitante, même s'il faut un peu de temps pour s'habituer au rythme un peu languissant avec lequel elle se déploie.

On pouvait craindre qu'avec Hugh Laurie dans le premier rôle, on ait affaire à un héros similaire à celui qui a fait sa gloire mais Eldon Chance n'a rien à voir avec le misanthrope Dr. House. Toutefois, les deux ne sont pas dissemblables : dans les deux shows, ce sont des médecins borderline, mais là où Gregory House était un freak control odieux avec les autres à cause de son infirmité, Eldon Chance est un être dépassé par ses pulsions alors même qu'il a pour profession d'analyser celles des autres et de les accompagner dans leur thérapie.

Sa liaison toxique avec Jacklyn Blackstone est fascinante instantanément et son incarnation par Gretchen Mol permet au téléspectateur de comprendre pourquoi car l'actrice lui donne sa beauté et une sensibilité troublantes, passant de Jacklyn à "Jackie", son double sensuel, avec une subtilité confondante. La fébrilité qui s'empare de Chance et la manière sensationnelle avec laquelle l'exprime Laurie confèrent à la série une intensité remarquable.

L'intrigue ménage constamment des surprises, entretient le doute avec brio : a-t-on affaire à une affabulatrice ? Une maniaque complice et non victime d'un flic ripou ? Et jusqu'à quel point Chance va-t-il réussir à épargner ses proches avec ce dans quoi il s'implique ? Cette lente et inexorable glissade psycho-sexuelle nous embarque dans un monde de plus en nocturne, étrange, inquiétant (jusqu'à un camp de "survivalistes" para-militaires), et donne une chair à la fois tentatrice et violente au cauchemar cérébral du héros à mesure qu'il suit (dépend de plus en plus) de "D", joué par l'impressionnant Ethan Suplee.

La morale de Chance dessine bien la frontière ténue entre le sexe et la violence, le désir de jouir d'une femme clandestinement et celui de se faire justice - d'ailleurs, l' "amnésie" dont prétend être atteint le héros résume bien son basculement : il a tué celui qui se dressait entre lui et celle qu'il voulait, mais surtout ses limites éthiques se sont brisées, il ne sera plus jamais un simple thérapeute qui accompagne des patients, des victimes ; il est devenu un justicier.

Cette porte ouverte, vertigineuse, laisse deviner la direction de la saison suivante, dont le récit est, pour l'instant, effectivement encore plus tortueux et amoral...