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samedi 30 septembre 2023

ULTIMATE INVASION #4, de Jonathan Hickman et Bryan Hitch

 

Et ici s'achève Ultimate Invasion. Jonathan Hickman et Bryan Hitch concluent leur réécriture de l'univers Ultimate avec un long (56 pages !) chapitre très spectaculaire et prodigieusement ingénieux. Car en fin de compte ce projet a été vendu sous un titre trompeur mais avec un objectif excitant, une grande ambition. Une oeuvre de bâtisseur.



Howard Stark et Fatalis ont mis au point une batterie Immortus comme le leur avait demandé le Créateur. Mais les deux ingénieurs qui ne veulent pas choisir entre deux monstres pour diriger le monde tendent un piège à Kang et son adversaire désigné. Il en demeurera un héritage lourd à porter pour un fils et quelques souverains qui se partagent notre Terre...


Alors, oui, on s'en doutait un peu mais c'est désormais acquis : Ultimate Invasion n'a pas restauré l'univers Ultimate détruit à l'issue de Secret Wars en 2015 par Jonathan Hickman. Le scénariste l'avait annoncé entre les lignes dès le départ : pour que lui et Bryan Hitch s'attellent à cette refonte, il fallait plus que ça.


Et pour ceux qui sont familiers du travail de Hickman ces dernières années, notamment avec la refondation des X-Men, le geste ne surprend guère en vérité. S'il est un des rares auteurs vedettes à être revenu écrire pour Marvel (sans abandonner ses créations propres), ce n'était pas pour se soumettre aux diktats de la continuité et aux aléas des events, crossovers et autres lubies éditoriales.


En vérité, Hickman est obsédé par les bâtisseurs. Dans son run sur Avengers, il avait ainsi nommé une race extraterrestre. Lui-même se voit comme un bâtisseur qui n'écrit pas pour ajouter une pierre à un édifice existant mais bien pour ériger quelque chose de nouveau. Si avec Fantastic Four et Avengers, il avait joué le jeu de la continuité, à partir de Secret Wars il a tombé le masque : il fallait faire table rase pour construire.
 

Mais évidemment son grand oeuvre restera l'âge de Krakoa pour les mutants, un effort pour désembourber les titres X de la médiocrité et de la confusion dans lesquels ils se trouvaient, quitte à déplaire à une frange des fans hardcore. Après ça, plus de retour en arrière possible : si Hickman devait produire à nouveau pour Marvel, il le ferait comme ça, selon ses propres termes, sans concessions, quitte à créer sa propre aire de jeu, à l'écart du reste.

On verra ce qui sortira du cerveau de cet auteur le mois prochain avec G.O.D.S., un projet qu'il avait pitché à Marvel en même temps que House of X/Powers of X et qui revisite dieux et science selon l'éditeur. Mais ensuite il reviendra, en Novembre, avec Ultimate Universe, un one-shot, qui servira certainement de rampe de lancement à quelque chose de plus vaste encore et dont on sait seulement qu'il débutera avec un nouveau Ultimate Spider-Man (dessiné par Marco Checchetto) en 2024.

Donc, non, Ultimate Invasion ne restaure pas l'univers Ultimate détruit en 2015. Il s'agit d'un nouveau monde, un nouveau territoire, imaginé sur mesure par et pour Hickman (et certainement de futurs auteurs qui viendront s'y greffer). Cela en décevra certains, mais pour ma part, je préfère cela car il n'y a plus de comparaison à faire avec ce qu'avaient initié Bendis et Millar. Evidemment Marvel aurait pu baptiser cette initiative autrement qu'en reprenant le mot Ultimate, mais on sait que l'éditeur préfère désormais exploiter à nouveau des titres évocateurs pour les plus vieux de ses fans.

Dans ce quatrième et dernier épisode, on assiste donc au climax de cette mini-série. Cela peut sembler curieux de parler de climax car effectivement jusqu'à présent c'est comme s'il ne s'était pas passé grand-chose. En tout cas si on conçoit cette histoire en termes purement super héroïques. Il n'y a pas eu de grandes bastons, de grand vilain, d'intrigues avec des rebondissements. Pour cela, c'est encore le premier épisode qui s'y prêtait le mieux, avec l'évasion du Créateur et la promesse de Mr. Fantastic (et avec lui des Illuminati) de l'arrêter.

Mais finalement on n'a pas revu les Illuminati ni aucun autre héros de la Terre 616. Cela ne signifie pas que ça restera ainsi, peut-être que Hickman garde cela pour plus tard (on sait qu'il aime prendre son temps pour ressortir une idée plantée au début d'un run). Mais non. Le récit s'est concentré sur le Créateur (Ultimate Reed Richards) investissant la Terre 6160, en réécrivant l'Histoire pour effacer le surgissement de plusieurs super héros ou en écarter/retarder la venue dans ce monde.

Le plan du Créateur a abouti avec la re-création de sa Cité en Latvérie où il a présenté Howard Stark aux puissants de ce monde, un groupe d'individus dotés de super pouvoirs qui à tour de rôle jouait le rôle du méchant pour que les autres fassent croire à leurs peuples qu'ils avaient un ennemi commun, assurant ainsi un simulacre de paix mondial. Toutefois, dans le plan du Créateur se trouvait une faille : le futur et la présence dans ce futur d'un adversaire et de son armée ambitionnant de le terrasser et contrarier ses projets. Cet adversaire, c'était Kang.

Hickman va, dans cet ultime épisode, réécrire de manière lisible, compréhensible et ingénieuse les origines de Kang, de son alter ego plus jeune (Iron Lad). Alors que le MCU a échoué à introduire le conquérant immortel de manière efficace et accessible, et que la continuité classique de la Terre 616 en a fait un méchant affreusement complexe à saisir, Hickman lui réussit le tour de force de bâtir son univers Ultimate sur cette figure en la détournant de façon étonnamment simple et puissante.

Attention ! On entre dans la zone des SPOILERS !

Surtout il souligne qu'entre le Créateur et Kang, la Terre 6960 n'a que le choix entre la peste et le choléra. Il transforme donc Howard Stark/Iron Man en un héros qui se sacrifie pour annuler ces deux monstres et offrir à son fils et Fatalis la possibilité de réécrire l'Histoire à leur tour mais de manière correcte, juste. Tout en n'oubliant pas ces familles de puissants qui restent en poste et contribueront certainement dans le futur de cet univers, de cette Terre, à nuire à Tony Stark et Fatalis car, avec la mort de Howard, c'est l'union de l'Amérique, ce territoire entier, qui est sans chef, sans guide. Une vacance qui ne saurait le rester.  

Bryan Hitch a pu donner le sentiment qu'il n'était pas/plus complètement à sa place dans ce néo-Ultimate univers, parce qu'on attend de lui qu'il livre des planches grandioses de bataille, avec une figuration démente. Or, jusqu'à présent, Hickman lui a surtout servi des scènes de dialogues, avec des décors certes somptueux et des personnages charismatiques, mais bon.

A tous ceux, donc, qui attendaient de voir Hitch se déchaîner, cet épisode comblera vos attentes. On a les décors dingos avec une abondance de détails ahurissante. On a des personnages immenses. Et donc on a des batailles titanesques. Des doubles pages insensées, avec une figuration innombrable. Des explosions d'énergie ébouriffantes. 

C'est du comic-bool bigger than life, du grand divertissement, du Bryan Hitch à fond les ballons. Mais avec de la substance. On a là un dessinateur qui lâche les chevaux sur une histoire superbement ouvragée et donc son travail acquiert une qualité supérieure, son sens du spectacle s'enrichit d'un fond peu commun. Hitch participe donc vraiment au bâti de ce monde, de cet univers : il ne fait pas que l'illustrer.

Tout cela met la barre très haut pour la suite. Mais Hickman a toute lattitude pour développer cela à sa guise. Il n'a pas à craindre d'interférence avec la Terre 616 (sinon en organisant lui-même une intervention des Illuminati, avec un event par exemple qu'il écrirait, mais ça ne sera certainement pas pour tout de suite).

Sachant aussi qu'en Octobre il va y avoir la New York Comic Con, on va sûrement avoir droit à des news concernant ce nouvel univers Ultimate (en dehors du déjà annoncé Ultimate Spider-Man avec Checchetto). Ce sera l'occasion de savoir à quel point Hickman entend diriger les opérations dans le parc qu'il vient d'ouvrir. Vous, je ne sais pas, mais, moi, j'en ai l'eau à la bouche.

jeudi 31 août 2023

ULTIMATE INVASION #3, de Jonathan Hickman et Bryan Hitch


Le (déjà) pénultième numéro de Ultimate Invasion prouve une fois encore la maestria de Jonathan Hickman quand il a les coudées franches. Si on ignore encore comment il va redéployer l'univers Ultimate, il a déjà réussi à redonner de l'intérêt à cet Terre parallèle qu'il avait lui-même effacée de la carte. Bryan Hitch prend un plaisir manifeste à illustrer de récit qui à l'image de son dessin est bigger than life.


De retour auprès de son fils Tony, Howard Stark lui révèle ce qui s'est passé après l'attaque contre la Cité du Créateur en Latvérie. Ce qu'il a appris des machinations de ce dernier lui déplaît et il a bien l'intention de les contrarier en agissant de l'intérieur...
 

Le mois dernier, je soulignais l'évidence que me paraissait revêtir une mini-série comme Ultimate Invasion, qui ressemble à travers le personnage du Créateur (Ultimate Reed Richards) à un autoportrait de Jonathan Hickman.


Cette impression se confirme encore davantage dans ce numéro où le point de vue de l'auteur se dédouble. En vérité, Hickman agit comme le Créateur en réinventant la Terre 6160 mais il nuance les manigances de ce dernier en montrant aussi ce qu'en pense Howard Stark (devenu Iron Man à la place de son fils Tony).


On a ainsi droit à une scène, assez longue, finement dialoguée, explicative, sur ce monde refaçonnée. Après l'attaque subie par la Cité du Créateur en Latvérie par des super-héros du futur, Howard fait plus ample connaissance avec les invités de marque ici présents.

On découvre avec Howard qu'il existe sept territoires majeurs, sept super puissances alliées au Créateur. Emmanuel da Costa (qu'on peut identifier comme le père de Roberto da Costa, le mutant Sunspot) désigne l'Union d'Amérique du Nord, la Société d'Amérique du Sud, la Coalition européenne, les Royaumes supérieur et inférieur, la République d'Eurasie, le Pays du Feu, et donc la Cité de Latvérie. Il demeure des territoires inconnues.

Suivant les plans du Créateur, pour assurer la paix dans ces différents territoires, chacun à tour de rôle joue le rôle de "l'ennemi" honni des autres. En créant artificiellement cet ennemi, chaque territoire s'assure la paix intérieure. Toutefois, pour le Créateur, la vraie menace ne vient pas de l'espace, au sens des territoires alliés au nom de cette convention, mais du temps et plus précisément du futur, d'où sont venus les assaillants. Il attend qu'en surgissent de nouveaux et c'est pour se tenir prêt à les repousser, voire à éviter de nouvelles incursions, qu'il souhaite la collaboration de Stark.

Stark ne représente pas de nation, de territoire, c'est un savant et un homme d'affaires. Le Créateur ne le considère pas comme un politique, un dirigeant mais une aide. Cependant s'il compte sur lui, il ignore que Stark est écoeuré par le cynisme de l'alliance et que, comme son fils, il souhaite y mettre fin car ce n'est pas juste, pas correct. C'est une union de puissants qui domine depuis leur Olympe personnel les faibles en leur mentant.

Hickman est un scénariste décidément fascinant à lire. D'aucuns le trouvent trop complexe, maniériste, et ironisent à bon compte sur ses tics formels, avec ses data pages, ses pages blanches qui ponctuent ses épisodes, ses diagrammes, etc. Mais il faut être bien idiot pour ne pas comprendre ce que raconte Hickman qui ne dit rien de si compliqué - au contraire tout est clairement exposé, expliqué.

C'est vrai qu'il est maniériste, mais c'est son style. Sachant comment il procède depuis maintenant un moment, chacun sait où il met les pieds en ouvrant un comic-book qu'il écrit et donc libre pour chacun de zapper ses séries. Mais ironiser dessus en prétendant que tout ça est trop élitiste, c'est affirmer que Hickman ne s'adresse qu'à des lecteurs choisis et méprise les autres.

Récemment, dans plusieurs critiques, j'ai pu dire à quel point j'étais parfois déçu du manque de substance des histoires produites, ce qui me conduisait soit à abandonner des titres, soit à différer leur critique pour les rédiger quand un arc entier était collecté en recueil. La narration décompressée ne me dérange pas mais disons que j'en ressens les limites sur le confort de l'expérience de lecture. Et souvent désormais j'ai l'impression que des auteurs jouent la montre pour aboutir à des arcs narratifs en six épisodes dont l'intrigue tiendrait en moitié moins d'épisodes.

Au moins avec Hickman (mais que lui), je trouve quelque chose à lire qui me fait ma journée et m'inspire des critiques qui vont au-delà du "j'ai bien/pas aimé". Je veux dire, en d'autres termes, que ce sont des épisodes qui, à chaque fois, font phosphorer, prêtent à des interprétations, donnent envie de lire le suivant. Je n'ai pas de regret à dépenser pour avoir quelque chose de substantiel comme ça.

Et cette réflexion vaut pour le dessin de Bryan Hitch. Si je n'aime pas une seule façon de dessiner, il faut reconnaître à Hitch qu'il vous en donne pour votre argent. Parfois, curieusement, il loupe un visage, abuse de certains angles de vue (ces fameux plans tangents en légère contre-plongée avec des groupes de personnages).

Mais on ne peut lui reprocher de donner tout ce qu'il a dans chaque plan, chaque page, chaque numéro. Là au moins, il y a des décors, précis, fournis. Là au moins, on a pas de copier-coller d'une image pour illustrer un dialogue. Le scénario est exigeant graphiquement et Hitch répond présent en montrant des machineries foisonnantes, des costumes redesignés, des valeurs de plan spectaculaires. C'est très agréable de voir un artiste répondre aux exigences d'un auteur aussi pointilleux. 

Surtout, on sent bien que Hitch, après quelques années difficiles (qu'il a lui-même abordées publiquement), est de retour et qu'il a en plus trouvé une méthode pour travailler plus rapidement sans sacrifier au sens du détail qui le caractérise. C'est une évolution assez étonnante pour être notée quand, le plus souvent, soit les artistes en vieillissant se contentent de composer sur leurs acquis, soit complexifient leur dessin et produisent moins, soit s'appuient sur des assistants ou une armée d'encreurs pour finir leurs planches.

Je n'ai volontairement rien dévoilé des dernières pages de cet épisode qui révèle l'identité de l'adversaire si redouté par le Créateur. Mais cela s'annonce passionnant pour la suite et fin le mois prochain (car Hickman me paraît être le seul scénariste en mesure de traiter ce vilain avec la démesure souhaitée).

vendredi 28 juillet 2023

ULTIMATE INVASION #2, de Jonathan Hickman et Bryan Hitch

 

Ce deuxième épisode (sur quatre) de Ultimate Invasion est moins décompressé que le premier, ce qui conviendra certainement mieux à tous ceux qui trouvaient le démarrage un peu mou. Jonathan Hickman se livre à une réécriture drastique de l'univers Ultimate tout en ouvrant de nouvelles pistes. Bryan Hitch s'amuse visiblement beaucoup à revenir sur les lieux du crime avec des pages très spectaculaires.



Terre 6160. Le Maker modifie profondément l'Histoire en altérant des événements. Ainsi, Howard Stark devient Iron Man avec la complicité d'Obadiah Stane et ils se rendent en Latvérie à l'invitation du Créateur. Une attaque massive du futur aboutit à un massacre mais Howard va découvrir qu'il en est peut-être responsable...
 

En vérité, le procédé qu'utilise Jonathan Hickman pour réécrire l'univers Ultimate n'est pas sans faire penser à celui qu'il avait employé pour altérer la continuité des mutants dans House of M. Il y a quatre ans, pour refonder la mutanité, il faisait de Moira MacTaggert une mutante dont le pouvoir consistait à ressusciter en se souvenant de ses précédentes vies et cela aboutissait à l'âge de Krakoa.


Remplacez Moira par le Créateur (la version Ultimate de Reed Richards) et vous obtenez un peu le même résultat. S'il ne s'agit pas ici de résurrection et d'altérer la réalité en procédant à des modifications expérimentales à chaque retour à la vie, le résultat y fait immanquablement penser.


Il y a quelques années, lors du Free Comic Book Day en France, Panini avait publié un petit fascicule écrit par James Robinson et dessiné par Chris Samnee où était posée la question : où étiez-vous le jour où les 4 Fantastiques sont nés ? En quelques pages, on voyait les plus grands héros Marvel (et d'autres plus mineurs) à cet instant T (le Dr. Strange achetant son manoir, Peter Parker avec son oncle Ben, Iron Fist s'entraînant à K'un L'un, Luke Cage en prison, Namor amnésique faisant la queue à la soupe populaire, Tornade traversant une plaine africaine, l'Arme X en fuite, etc.).

Ce bel hommage à la première équipe de l'univers Marvel pointait du doigt le fait que l'humanité dans la Terre-616 était sur le point de voir émerger une vague de super-héros et de voir son destin changer à jamais. Dans Ultimate Invasion #2, Jonathan Hickman s'amuse à imaginer ce qui se serait passé si la fusée des 4 Fantastiques avait décollé avec un peu de retard, évitant ainsi l'orage cosmique qui donnerait ses pouvoirs aux membres de l'équipage, si l'araignée radioactive n'avait pas mordu Peter Parker, si la bombe Gamma n'avait pas fait de Bruce Banner un Hulk complètement fou furieux, si Loki avait été désigné héritier d'Odin à la place de Thor...

Sans que les intéressés s'en soient rendus compte, la face du monde, de l'univers en a été changé. Autant qu'il a pu, le Maker a ainsi remodelé la Terre-6160 pour mieux la contrôler, maîtriser ses grandes forces. Si on veut pousser le bouchon, on peut même interpréter cette révision comme si Hickman prenait la place de Stan Lee et Jack Kirby (et Steve Ditko, et Bill Everett, etc.) et refaçonnait Marvel à sa guise. Le Créateur serait le double du scénariste - d'ailleurs cet Ultimate Reed Richards est littéralement un scénariste démiurge qui réécrit le script originel.

En même temps, il ne peut pas tout changer, parfois parce qu'il n'en a pas le pouvoir, pas le temps, ou pas l'envie. Il redispose des pièces sur l'échiquier, il ne réinvente pas le jeu lui-même. Mais les variations qu'il imprime à cet univers sont assez profondes et assez familières pour que le lecteur les remarque et les relève. Après tout l'univers Ultimate est né pour attirer des lecteurs que la continuité gênait pour commencer à lire des comics Marvel ou des fans qui étaient curieux de cette version alternative.

A cet égard, une scène en particulier fera réagir ceux qui ont lu Ultimates #1 puisque Bryan Hitch y redessine (à l'identique) la première apparition de Ultimate Iron Man avant de souligner les différences infligées par Hickman. Dans l'armure, il ne s'agit plus de Tony Stark mais de son père Howard et ce n'est plus Nick Fury qui l'attend quand il rentre dans sa tour mais son fils Tony et Obadiah Stane (dans une version afro-américaine). Ces personnages vont nous servir de guide dans la suite de l'épisode à l'occasion d'un sommet organisé par le Créateur en Latvérie.

Hitch se déchaîne grâce à des scène servies sur plateau par Hickman qui semble désireux de tester son artiste sur ses points forts : le décor grandiose de la cité du futur, l'incursion (une figure que le scénariste avait déjà exploité dans son run sur Avengers et New Avengers jusqu'à Secret Wars) des héros du futur, l'intérieur du bâtiment du Créateur avec la machine Immortus (référence...). Encré par Andrew Currie, Hitch est au top de sa forme et son dessin ne souffre pas de corrections (que Nowlan lui a apportées dans Superman : The Last Days of Lex Luthor).

Si on reproche fréquemment aux dessinateurs de comics de zapper les décors, parce qu'ils manquent de temps et misent tout sur les premiers plans, l'action et les personnages, Hitch remplit chaque vignette, souvent de dimensions généreuses, de détails, avec des motifs complexes, un réalisme poussé pour tout ce qui représente la technologie. Il fait partie de ces artistes dont on peut relire les épisodes pour revenir sur la précision avec laquelle il a enrichi le fond d'une image, soigné une composition de scène.

A la fin de cet épisode, sans trop en dire, Hickman nuance habilement l'influence du Créateur quand il révèle à Howard Stark ne pas maîtriser du tout une partie essentielle du lifting qu'il impose à ce monde, dans sa dimension temporelle. Où cela va-t-il conduire l'histoire ? A suivre. Mais Ultimate Invasion est une expérience passionnante, peut-être pas encore aussi forte que HoX/PoX, mais tout de même prometteuse. Plus que jamais, aux côtés de Hitch, Hickman s'affirme comme son anti-héros comme un vrai et grand "world-builder". Et si c'était son autoportrait ?

mercredi 26 juillet 2023

SUPERMAN : THE LAST DAYS OF LEX LUTHOR #1, de Mark Waid et Bryan Hitch


Annoncée depuis longtemps, cette mini-série en trois épisodes (de 50 pages chacun) voit enfin le jour. Superman : The Last Days of Lex Luthor marque les retrouvailles entre Mark Waid et Bryan Hitch, qui n'avaient plus travaillé ensemble depuis JLA (à la suite du run de Grant Morrison et pour quelques épisodes seulement). Edité sous la bannière du DC Black Label, le programme tient dans son titre et se veut aussi spectaculaire qu'intimiste.


Ayant attiré l'attention de Superman en provoquant une énième catastrophe, Lex Luthor lui laisse découvrir qu'il est mourant, après, comble de l'ironie, avoir manipulé de la kryptonite irradiée. Faisant comme toujours passer les autres avant lui, Superman accepte d'aider Lex à trouver un remède, même si cela sidère le monde entier...


Je ne me souviens plus exactement à quand date la première fois que j'ai entendu parler de ce projet Superman par Mark Waid et Bryan Hitch, mais cela remonte à au moins un an et demi, quand le scénariste a rejoint DC et que le dessinateur a annoncé travaillé sur une histoire avec son super-héros favori.


Quand on demanda, il y a quelques années, à Bryan Hitch ce qu'il aurait fait si Marvel n'avait pas existé (c'était une question imaginée par la rédaction de Comic Box en imaginant ce à quoi le monde des comics aurait ressemblé si Stan Lee n'avait pas pu redresser l'ex-Timely Comics), l'artiste avait répondu : "j'aurai dessiné Superman.".


Mark Waid, de son côté, a souvent croisé la route du Man of Steel, même s'il n'a jamais écrit sa série régulière. Il en a rédigé les origines modernes (dans Superman : Birthright, dessiné par Leinil Yu) et livré une version post-moderne dans le "elseworld" Kingdom Come (illustré par Alex Ross). C'est par ailleurs un collectionneur des épisodes de l'âge d'or du kryptonien.


Aujourd'hui, pourtant, ces deux géants des comics se réunissent pour aborder Superman via Lex Luthor en prenant le contrepied du All-Star Superman de Grant Morrison et Frank Quitely (qui décrivait les derniers jours du héros). Il sera donc question d'une intrigue articulée sur l'agonie de Lex Luthor.

Dès la première scène, Superman découvre que son ennemi juré est mourant et Luthor le piège en faisant entendre au monde entier la promesse du kryptonien de l'aider à trouver un remède au mal qui le ronge. Car, évidemment, Superman ne peut laisser périr quiconque, même celui qui s'est acharné sur lui depuis des années. Même si cela ne va pas de soi pour tout le monde.

On va suivre Superman et Lex dans la Forteresse de Solitude, auprès des savants de Kandor, puis dans la Zone Fantôme. Je ne spoile rien en révélant qu'à la fin de ce premier numéro aucun moyen de sauver Luthor n'est trouvé (si c'était le cas, la série s'arrêterait là). En vérité, l'intérêt est ailleurs.

Mark Waid interroge la source de la haine qu'éprouve Luthor pour Superman et imagine un drame situé dans leur adolescence. Déjà, à cette époque, Lex est ce génie qui se sent incompris et veut améliorer le monde sans demander la permission à quiconque. Ce qui lui vaut d'être rejeté par la communauté de Smallville, ce patin perdu qu'il abhorre. Son seul ami est Clark Kent dont la bienveillance l'insupporte car il ne juge personne digne d'être traité ainsi, encore moins lui car il considère cela comme de la pitié.

La théorie du scénariste, c'est que Lex a sans doute détesté Clark avant Superman, avant de savoir qu'ils ne faisaient qu'un. Qu'il s'agisse du sympathique Kent ou de l'héroïque Superman, ce type d'individu ne peut qu'insupporter Luthor qui a la fois toujours eu une haute estime de lui-même et du mépris pour les autres, qu'il voit comme des êtres inférieurs, indignes de lui.

Cela donne une dimension tragiquement ironique au récit quand Lex découvre la Forteresse de Solitude et ses trésors, notamment l'avance technologique de Kandor, dépassant son propre génie. Et dont les habitants vénèrent Superman comme personne n'a vénéré Luthor. En même temps, comme le lui fait remarquer Superman, les habitants de Kandor ont toujours fait passer la science avant tout, avant l'humain, et en cela ils ressemblent à Luthor et sont dissemblables au possible de leur frère kryptonien.

Ne vous attendez pas à de l'action à chaque page : cette mini-série est, pour l'instant, avant tout psychologique, c'est une étude caractère. En dehors de la première scène, où Bryan Hitch s'en donne à coeur joie sans son exercice favori, la mise en scène de destructions massives, avec un énorme engin robotique et le sauvetage tout aussi ahurissant de Superman dans la ville meurtrie par Luthor, tout le reste se concentre sur les échanges entre les deux ennemis et différents subterfuges pour tenter de guérir Lex.

Mais évidemment, sous le crayon de Hitch, même ces moments calmes, tranquilles, deviennent épiques grâce à un découpage composé d'images aux dimensions très généreuses et grouillantes de détails. Des splash-pages, des doubles pages extraordinaires ponctuent l'histoire et sa progression, comme pour prouver que le jardin secret de Superman égale en démesure les constructions de Luthor. Hitch donne à la Forteresse de Solitude une envergure ahurissante, à Kandor tout le foisonnement d'une vraie cité (même miniaturisée), à la Zone Fantôme tout le cadre inquiétant requis. La figuration est importante, c'est impressionnant.

Bien entendu, tout ça n'a rien de naturel : les poses que prennent les personnages sont toujours iconiques, comme s'ils se savaient filmés, sous leur meilleur profil. Superman a une majesté intouchable, Luthor une morgue immuable. L'apparition de Zod confère au vilain une aura maléfique, revancharde particulièrement prégnante, entouré de ses sbires.

Mais pour moi, le vrai point noir ne réside pas là. Après tout, on ne va pas demander à Hitch de se calmer : on sait ce qu'on va lire en découvrant ses planches et on peut difficilement faire la fine bouche devant la force de travail du dessinateur, qui n'a jamais été plus productif que ces dernières années, sans rien lâcher sur le plan du perfectionnisme.

Non, ce qui gâche un peu la vue, c'est l'encrage, confié à Kevin Nowlan. De manière générale, je n'aime pas les encreurs avec une technique trop appuyée. Klaus Janson a massacré John Byrne jadis, tout comme Bill Sienkiewicz a défiguré aussi bien John Buscema que Goran Parlov. Je préfère les encreurs qui s'adaptent au trait de l'artiste et l'embellissent plutôt que d'avoir l'air de vouloir redessiner leurs crayonnés.

Et Kevin Nowlan a une personnalité trop affirmée pour que sur du Hitch, on ne sente pas ses retouches. Les deux hommes avaient collaboré sur Batman's Grave et Hitch avait fini par se passer de Nowlan, visiblement peu satisfait du résultat. J'espère qu'il aura eu le temps de reprendre les choses en main ici aussi parce qu'il est trop évident qu'il a complètement repris le visage de Superman par rapport à la façon dont Hitch le dessine, et il ajoute volontiers des traits, des hachures inutiles, qui surchargent quelque chose qui est déjà touffu. Plus globalement, je trouve que le trait de Nowlan est trop fin pour Hitch, à qui conviennent mieux des encreurs un peu plus gras, ou en tout cas qui veulent moins fignoler (comme Paul Neary, Andrew Currie, ses deux collaborateurs habituels).

Ce premier épisode, malgré ce bémol graphique, est en tout cas prometteur et accrocheur. Qui plus, intégré au DC Black Label, ce récit peut se permettre plus de libertés qu'une aventure dans la continuité et nul doute que Waid et Hitch sauront en tirer profit.

samedi 24 juin 2023

ULTIMATE INVASION #1, de Jonathan Hickman et Bryan Hitch


Avant de découvrir son très alléchant nouveau projet (G.O.D.S., avec Valerio Schiti un peu plus tard cette année), Jonathan Hickman revient donc ce mois-ci avec une mini-série en quatre numéros : Ultimate Invasion. Il est accompagné au dessin par Bryan Hitch, un artiste avec qui il souhaitait travailler depuis longtemps et dont le nom reste attaché aux Ultimates alors que le scénariste avait sonné le glas de cet univers parallèle dans Secret Wars. Vous avez dit intrigant ?


Un groupe d'hommes lourdement armés pénètre dans les locaux de Damage Control pour en libérer le Créateur, alias Reed Richards de l'univers Ultimate. Celui-ci dérobe aux inhumains, aux atlantes, aux mutants, à Stark Industries, aux wakandais de la technologie pour créer un portail inter-dimensionnel. Les Illuminati tentent de le rattraper, en vain...


Ultimate Invasion réunit le scénariste qui a enterré l'univers Ultimate (dans l'event Secret Wars), Jonathan Hickman, et le dessinateur de Ultimates (la version des Avengers qui beaucoup inspiré celle du MCU), Bryan Hitch, dans une tentative inattendu : recréer cet univers parallèle.


D'autres, avant Hickman, avaient eu cette envie : Al Ewing où il écrivait sa propre série Ultimates, Donny Cates... Mais ça n'a jamais dépassé le stade du projet. Marvel, au début des années 2000, avait lancé l'univers Ultimate pour attirer de nouveaux lecteurs que quarante ans de continuité échaudaient et avec Ultimate Spider-Man/X-Men/Fantastic Four et Ultimates, Brian Michael Bendis et Mark Millar matérialisèrent ce plan fou.


Mais, ironie du sort, l'univers Ultimate a fini par s'éteindre, écrasé par sa propre continuité, et épuisé par ses propres dérives. Le crossover Ultimatum de Jeph Loeb avait tenté de lu donner un coup de fouet en sacrifiant un nombre important de ses héros mais écoeura les fans, Mark Millar tenta de relancer la machine avec Ultimate Avengers, Brian Michael Bendis remplaça son Ultimate Spider-Man. Rien n'y fit.

Et finalement, en 2015-2016, ce qui est à la fois récent et si lointain dans la temporalité des comics, Jonathan Hickman mit fin à cette agonie avec l'event Secret Wars. Tout comme le New Universe rêvé par Jim Shooter au milieu des années 1980, l'univers Ultimate n'a pas eu le temps d'être adulte tout en voulant proposer une version mature content de l'univers Marvel.

Quelle mouche a alors piqué Jonathan Hickman de vouloir relancer cela en 2023 ? Le scénariste a expliqué son intention en notant que le projet initial de l'univers Ultimate était de montrer le monde des super-héros comme s'il faisait réellement partie de notre monde réel, mais de manière moins fantasmée que Marvels de Kurt Busiek. En prenant en compte l'évolution du monde depuis son arrêt, Hickman ambitionne de refaire ce coup aujourd'hui.

Marvel n'aimant rien tant que se spoiler tout seul, on sait désormais que Ultimate Invasion servira de rampe de lancement à Ultimate Universe, une refonte plus globale, dont Hickman écrira un titre (dessiné par Stefano Caselli) et qui verra d'autres auteurs et artistes s'y greffer (avec d'autres titres, et peut-être de nouveaux personnages). Pour un scénariste qui est défini comme un "world-builder" comme Hickman, voilà un champ des possibles encore plus grand que les X-Men, mais surtout un terrain de jeux susceptible de ne pas être parasité par des crossovers ou events comme ceux qui polluent la Terre-616.

Que dire de ce premier numéro (sur quatre) ? D'abord, sa pagination est augmentée et on y retrouve des data pages (comme pour moults projets de Hickman). Ensuite, c'est un épisode introductif, donc forcément un peu frustrant, mais à ceux qui s'en plaignent, réclamant davantage, on peut répondre simplement qu'il s'agit de faire redécoller une fusée à plusieurs étages et de ne pas tout dire en un seul chapitre.

On assiste donc à l'évasion de l'Ultimate Reed Richards/le Créateur, qui vole à différents Etats et individus de la technologie pour confectionner un portail. Il rend aussi une visite à Miles Morales, l'autre survivant de l'univers Ultimate, pour l'inviter à rentrer à la maison, mais il décline. Les Illuminati se réunissent pour la première fois depuis longtemps et on notera la présence de Charles Xavier - dont on aurait pu penser que depuis l'avènement de Krakoa, il aurait coupé les ponts avec ses anciens acolytes conspirateurs. Ils suivent the Maker, le laissent faire pour savoir ce qu'il a en tête, puis tentent de le stopper, échouent. L'épilogue de l'épisode est très étrange dans la mesure où on ignore combien de temps s'est écoulé, où on est exactement, même si on retrouve le Créateur, Peter Parker, et une fameuse araignée radioactive...

Introductif donc, mais pas inactif. Certes ça met un peu de trop de temps à démarrer, l'évasion du Créateur occupe beaucoup de pages, et on se demande légitimement comment un prisonnier si bien enfermé a pu assembler un commando capable de le localiser, de le libérer alors qu'il se vante devant ces mercenaires d'avoir découragé des psys (sans que ça alerte quiconque ?). On espère quand même que Hickman donnera quelques réponses à ces énigmes. Ou alors qu'il nous embarquera dans une suite tellement puissante et palpitante qu'on les oubliera. On souhaite par contre que le conflit qui s'annonce, inévitable, soit justifié proprement par autre chose que la volonté des Illuminati de remettre la main sur le Créateur (car, après tout, le laisser repartir dans son univers pour tenter de le reformer, si ce n'est pas pour menacer la Terre 616, devrait plutôt les soulager).

Bryan Hitch produit des planches conformes à ce qu'on attend d'un artiste comme lui : tout est détaillé de manière maniaque, dans un style réaliste et descriptif. Le découpage n'est pas avare de ces grandes cases qui lui permettent de reproduire des décors amples, majestueux ou complètement dévastés. C'est le côté Michael Bay de Hitch : tout paraît plus grand, plus fort que dans les autres comics, en même temps que tout se veut plus familier, figuratif, photographique.

Les personnages ont parfois de drôles d'expressions et postures, et on peut constater l'évolution (la régression ?) de l'artiste à cela. Aujourd'hui, il s'est complètement débarrassé de l'influence d'Alan Davis, son trait a perdu en rondeur, et il ne partage plus avec son illustre collègue anglais l'encreur Paul Neary si fort pour nuancer un dessin. C'est Andrew Currie, qui opère un bon cran en dessous, mais qui n'a pas peur de se taper des crayonnés aussi fournis qui officie, avec beaucoup moins de subtilité, quitte parfois à souligner les défauts de Hitch (son Black Panther ne ressemble à rien et en un sens, c'est attendu car c'est un personnage au design simple, trop dépouillé pour un dessinateur si habitué à vouloir faire réaliste).

Il y a donc parfois un décalage entre le script et l'image. Ainsi donc le prologue, que j'ai trouvé trop long, est la partie que Hitch dessine le mieux, avec ce commando surarmé dans les locaux aseptisés et technologiques de Damage Control. Tandis que le conciliabule des Illuminati dans une pièce sombre avec des personnages aux looks classiques de super-héros met en évidence les talents de dialoguiste et de narrateur de Hickman mais semble ennuyer Hitch. Les deux hommes se réconcilient avec la fin quand Illuminati et Créateur se sautent dessus avec fracas. En fait, c'est comme si les deux géants qu'étaient Hickman et Hitch s'annulaient, l'un étant bon là où l'autre l'est moins, et avec des styles trop marqués pour être pleinement compatibles. Il sera intéressant si la suite confirmera ce déséquilibre.

Peut-être aussi est-on désarçonné par le projet lui-même, son improbabilité ? Il est taillé par celui qui l'a conçu, Hickman, et Hickman est un conteur trop fort pour avoir finalement besoin d'un artiste aussi massif que Hitch - les meilleurs artistes pour Hickman sont soit des dessinateurs à qui il donne une histoire qui les surmotivent (Larraz, Dragotta, Schiti, Caselli), soit des graphistes qui ré-interprêtent visuellement ses histoires (Huddleston, Coker). Hitch, de son côté, a expliqué sur Twitter avoir longtemps ignoré des troubles mentaux dont il souffrait et qui l'handicapait dans son travail, son rendement, avant de se soigner et d'être aujourd'hui capable de produire à une cadence soutenue : se frotter à un architecte strict comme Hickman est peut-être sa limite au moment où sa créativité renaît.

J'aurai aimé être plus enthousiaste, mais Ultimate Invasion est pour l'instant un pari en devenir. Le projet est excitant, mais presque plus pour ce qu'il annonce que pour cette mini-série elle-même. Et c'est pour ça que je la recommande surtout aux fans de Hickman qu'à ceux de Hitch. C'est une vraie curiosité, excitante et frustrante à la fois.

samedi 11 février 2023

REAL HEROES, de Bryan Hitch


Cette semaine, en raison du peu de sorties que j'ai acquis, je vous ai proposé des critiques de mini-séries que j'avais gardées au cas où. Aujourd'hui, je vais vous parler d'une autre de ces productions mais qui n'a jamais été achevée. Il s'agit de Real Heroes, créée, écrite et dessinée par Bryan Hitch et dont quatre épisodes sur les six prévus sortirent chez Image Comics en 2014, mais restée inédite en vf.


New York. Ce soir, c'est la première de la super-production The Olympians 2 : Devastation et les six acteurs vedettes défilent sur le tapis rouge devant une foule en délire et les journalistes. Le studio qui produit ce blockbuster a promis une grosse surprise à tout le monde et quand débarque un Devastator, méchant robot de l'histoire, grandeur nature, c'est effectivement un choc...


Mais lorsque l'engin se met à tirer sur tout ce qui bouge, la joie fait place à l'effroi. Smitty évacue les acteurs avant que ceux-ci lui demandent qui il est. Il leur révèle alors qu'il les a fait passer dans une autre dimension, sur une Terre semblable à la nôtre où les Olympians ont effectivement existé avant d'être tués par les Devastators, sur ordre de Brainchild et ses mutants...


"Avengers meets Galaxy Quest" : c'est par cette formule que Bryan Hitch résumait son projet en interview avant la publication du premier épisode de Real Heroes. On croirait presque entendre Mark Millar, le scénariste avec lequel il avait animé les deux premiers volumes de The Ultimates au début des années 2000 chez Marvel. Et cette référence ne s'arrête pas là.


En 2014, Bryan Hitch est un dessinateur libre. Son contrat d'exclusivité avec Marvel a expiré depuis 2011. L'année suivante, il se lance pour la première fois dans un projet en creator-owned en illustrant la mini-série America's Got Powers, écrite par Jonathan Ross, déjà pour Image Comics. Puis en 2013, il revient chez Marvel pour dessiner les six premiers épisodes de l'event Age of Ultron, écrit par Brian Michael Bendis. Il se sent alors prêt à assumer le rôle d'auteur complet et ce sera pour Real Heroes.

En 2012 est sorti Avengers, de Joss Whedon, énorme carton au box office pour les studios Marvel. Hitch, depuis toujours associé aux comics spectaculaires, a envie d'en produire un qui serait aussi fun et bigger than life que ce long métrage, mais en y ajoutant une touche méta. Il mixe alors cela avec un autre film, Galaxy Quest, de Dan Parisot, datant de 1999, dans lequel les acteurs d'une série ressemblant à Star Trek sont enlevés par des extra-terrestres croyant qu'ils sont de vrais aventuriers de l'espace.

Un concept qui n'est donc pas original mais malin et accrocheur. Pourtant, Hitch ne complètera jamais son projet en ne finalisant que quatre épisodes sur les six prévus. Il ne s'est jamais expliqué sur cet abandon, d'autant plus surprenant que, en lisant ces quatre numéros, on ne peut vraiment pas dire que l'artiste s'est ménagé ou a bâclé son ouvrage.

Toutefois, des déclarations récentes de Hitch sur Twitter expliquent peut-être en partie ce qui s'est passé. Revenant sur sa productivité beaucoup plus importante aujourd'hui qu'il y a quelques années (il a enchaîné des dizaines d'épisodes de Hawkman et récemment de Venom, en assumant souvent l'encrage, alors qu'au fait de sa gloire, il accumulait les retards), Hitch a avoué avoir suivi une psychothérapie suite à des crises d'angoisse et autres troubles mentaux (sans entrer davantage dans les détails).

S'étant profondément remis en question et organisé en conséquence, il travaille désormais de manière plus disciplinée et apaisée, ce qui a affecté positivement son rendement. Et on peut le vérifier au nombre de projets qu'il a (une mini-série Superman avec Mark Waid ; une autre, RedCoat, avec Geoff Johns, etc.)

Il est donc probable que, lorsqu'il développait Real Heroes, Hitch n'était pas encore sorti de ses problèmes psycho-créatifs, et qu'il a renoncé à son projet pour ménager sa santé. Mais ce n'est qu'une hypothèse. Et qui sait si, un jour prochain, il ne trouvera pas le temps d'enfin achever son ouvrage (même si ça me semble très improbable).

Pour en revenir aux références de Real Heroes et la manière dont Hitch les a intégrées, évidemment il y a une influence Millar dans cette mini-série. Le pitch simple et spectaculaire renvoie à The Ultimates, mais aussi à The Authority (qu'il avait co-créé avec Warren Ellis). Dans le premier épisode, Hitch ose même du name-dropping en représentant et en citant son ami cinéaste Josh Trank, ou en donnant à quelques personnages le physique d'acteurs connus (Chris Reynolds/Olympian ressemble à Chris Pine, Danny Wells/Patriot à Bradley Cooper). Mais ensuite il abandonne ce petit jeu.

L'intrigue est assez aboutie avec un premier épisode très nerveux et grandiose, avec une entame très prometteuse. L'idée que des acteurs jouant des super-héros soient obligés d'être de vrais héros sur une Terre parallèle est savoureuse et on se met facilement à imaginer ce qui arriverait si Chris Evans, Robert Downey Jr. ou Scarlett Johansson (trois des stars de Avengers) seraient capables de faire dans pareilles circonstances. 

Hitch pose le problème simplement : les acteurs apprennent des rudiments auprès des cascadeurs, sans avoir leurs compétences (et aussi parce que les assurances refusent de les couvrir en cas de blessures sérieuses s'ils se faisaient mal en ayant voulu ne pas être doublés). Il y aussi la dimension concernant l'interprétation dramatique : à quel point, dans la vraie vie, des stars de cinéma sont-elles capables d'avoir des attitudes aussi valeureuses que les héros qu'ils incarnent à l'écran ?

Malheureusement, la simplicité de Hitch se retourne parfois contre lui car la caractérisation de ses personnages reste trop sommaire pour convaincre. Plus à l'aise dans l'action, il ne prend pas le temps de fouiller la psychologie de ses héros, à part Danny Wells/Patriot, acteur toxico, qui est un pleutre, abusant de sa notoriété pour séduire des groupies. C'est dommage parce que, par ailleurs, son casting est intéressant et il compose un groupe de protagonistes correspondant à des archétypes (Olympian est une sorte de Superman, Patriot un mélange de Captain America et du Punisher, Longbow est la femme archer, Velocity l'équivalent de Flash, Tiny Titan celui de la Guëpe, Hardware celui de Iron Man).

A partir du troisième épisode, Hitch s'embarque dans des explications laborieuses sur les véritables intentions de Smitty qui a enlevé les acteurs pour sauver sa Terre. Dans les mains d'un bon scénariste, ce passage aurait été moins bavard et plus fluide, mais encore une fois, l'artiste est emprunté hors de l'action pure et, d'ailleurs, le quatrième et derneir épisode renoue avec la baston à grande échelle et le catastrophisme sous influence Michael Bay/Roland Emmerich.

Visuellement, donc, Real Heroes s'appuie sur les forces de Hitch et il nous en met plein la vue. Soutenu par ses deux encreurs favoris, Paul Neary et Andrew Currie, et la coloriste Laura Martin, il produit des planches ébourrifantes. Hitch impressionne toujours autant par le niveau incroyable de détails dans son dessin, qu'il s'agisse des costumes des Olympians, au design très réaliste et en même temps reprenant des clichés, ou avec les décors qu'il prend un plaisir fou à démolir.

Les Devastators sont des machines également extraordinaires où le soin apporté aux finitions pour les rendre crédibles est saisissant. En revanche, la galerie des mutants de Brainchild reprend un peu trop paresseusement des créatures déjà dessinées par Hitch dans The Authority ou The Ultimates. Mais ce mix d'énergie et de méticulosité demeure toujours grisant et on ne peut que regretter qu'à deux marches de la fin, Hitch ait laissé son histoire en plan (une belle bagarre s'annonçait pour le n°5).

Comme je le disais plus haut, il est très improbable que Bryan Hitch finisse Real Heroes un jour, quand bien même désormais il est plus productif et grouille de projets aussi bien pour les "Big Two" que pour les indés. Cela condamne les lecteurs intéressés par cette mini-série à la trouver en floppies car évidemment Image Comics n'a jamais publié de recueil (et Panini, qui prévoyait de le traduire en France non plus). 

En bonus, les dessins promotionnels de Bryan Hitch pour la parution de Real Heroes :
   





vendredi 10 mai 2019

HAWKMAN #12, de Robert Vendetti et Bryan Hitch


Avec ce douzième épisode s'achèvent à la fois ce qu'on peut appeler la "Deathbringer's saga", que Robert Venditti a développé depuis le lancement de la série Hawkman, mais aussi la prestation de Bryan Hitch sur le titre. Un final très satisfaisant.


Les Hawkmen s'envolent dans le ciel de Londres pour contrer les Deathbringers et leurs trois robots géants qui ont entamé un sinistre compte à rebours pour raser la ville. Carter Hall défie une dernière fois son ancien lieutenant Idamm.
  

Les autres Hawkmen attaquent l'armée des Deathbringers et d'autres s'introduisent dans les destructeurs géants afin de saboter leur dispositif de mise à feu. Carter Hall sait qu'il ne peut tuer Idamm, immortel désormais, alors il veut le briser mentalement.


Leur bataille se poursuit dans une rue de Londres où Carter mutile son adversaire et l'oblige à lui rendre son titre de général des Deathbringers. Le Hawkman de Krypton élimine le troisième géant après que les deux premiers aient été désamorcés.


Triomphant, Carter Hall ordonne la capitulation des Deathbringers. Le premier d'entre eux, Ktar, se présente et abdique. Puis il convainc Carter de rendre à leurs époques et lieux d'origine tous les Hawkmen.


Madame Xanadu retrouve Carter Hall ensuite et le félicite. Idamm est conduit dans une prison de haute sécurité tandis que les Deathbringers sont soumis à un programme de reconversion.

Si ce n'est la dernière scène, sur les deux dernières pages de l'épisode, qui annoncent la suite des aventures du héros (et une sombre prophétie énoncée par Idamm), Robert Venditti aurait pu boucler son intrigue comme dans une maxi-série de prestige.

Peut-être, du reste, aurait-ce été plus sage car j'ai de sérieux doutes sur la pérennité de la série sans la présence de Bryan Hitch pour la dessiner. Son remplaçant (Will Conrad) n'a pas son aura et les sollicitations pour les prochains numéros indiquent d'ailleurs qu'il sera vite suppléé.

Mais, pour ma part, en tout cas, je m'en tiendrai là. J'ai envie de rester sur cette excellente impression, ce dénouement, en espérant retrouver Carter Hall dans une future série Justice Society of America, même si on n'en finit plus de l'attendre. Et puis je fais de la place dans mes lectures.

Le cliffhanger du mois dernier installait un vrai suspense pour cette conclusion tant la situation était mal engagée pour Hawkman et ses incarnations. Mais Venditti résout cela avec efficacité grâce à un compte à rebours intense et une mise en scène spectaculaire.

On a droit à une vingtaine de pages de baston où Hitch (soutenu par trois encreurs - mais on lui pardonnera tout car l'anglais a tenu les délais pendant un an, déjouant tous les pronostics) en met plein la vue. Le sabotage des géants et le duel entre Carter Hall et Idamm tiennent toutes leurs promesses, leur issue est incertaine jusqu'au bout, on vibre comme rarement dans pareil cas.

Surtout ces épisodes de Hawkman ont restauré le personnage et synthétisé son histoire chaotique de manière magistrale. Souvent maltraité, le héros ailé revient dans toute sa superbe sans que sa complexité soit sacrifiée mais avec une lisibilité et une envergure exemplaires.

Il est trop tôt pour dire si ce cycle restera dans les annales, mais il le mériterait. Le seul regret qu'on peut émettre est que DC n'ait pas pu trouver un dessinateur meilleur pour succèder à Hitch. Dommage aussi que Venditti n'ait pu employer Hawkgirl (chasse gardée actuellement de Scott Snyder et James Tynion IV dans Justice League), pour complèter le tableau.

Mais si vous n'avez pas déjà investi dans cette série, alors guettez la sortie des tpb et procurez-vous ces douze numéros, vous ne le regretterez pas. 

vendredi 12 avril 2019

HAWKMAN #11, de Robert Venditti et Bryan Hitch


Pour ce qui est certainement le pénultième épisode de cette saga, et officiellement l'avant-dernier dessiné par Bryan Hitch, Robert Venditti continue d'épater. Hawkman assume totalement son côté grand spectacle démesuré dans cette confrontation entre le héros et les Deathbringers. On en prend plein les yeux et le meilleur, c'est qu'il en reste à venir !


Carter Hall a invoqué toutes ses incarnations à travers l'espace-temps pour former une armée de Hawkmen contre les Deathbringers et leur armada. Le ciel de Londres devient le théâtre d'une bataille extraordinaire.


Mais, tandis que le Silent Knight d'Angleterre (avec Mme Xanadu), Catar-Ol de Krypton, Gold Hawk d'Andrino, Nighthawk du far-west, Avion du microvers, Airwing de New Genesis, Katar-Hol de Thanagar, Katarthul de Rann, le prince Khufu Maat Kha-Tar de l'Egypte antique et le dragon de Barbatos luttent...


Dans une rue de la capitale anglaise, Carter Hall fait face à son ancien lieutenant Idamm. Bien que blessé, il réussit à désarmer son adversaire et à retourner son arme, une lance, contre lui.


Mais Idamm est désormais devenu immortel grâce aux Deathbringers pour les avoir servis fidèlement. Carter Hall ne se décourage pas mais doit admettre rapidement qu'il est impuissant.


Idamm tient sa revanche : il s'envole et ordonne aux Deathbringers de brûler la ville puis la planète sous les regards horrifiés des Hawkmen et des civils...

On ne va pas se mentir : cet épisode est d'abord, comme le précédent, un festival Bryan Hitch. Le dessinateur anglais n'aura pas seulement fait taire les railleurs qui ne le croyaient pas capables d'enchaîner les épisodes sans retard depuis un an, il aura aussi assuré le job avec une qualité constante impressionnante, et surtout, alors que la quille approche, il apparaît plus en forme que jamais.

Certes, depuis ses grandes heures sur Ultimates, Hitch ne produit plus des planches au réalisme hyper-poussé, mais il n'empêche, chaque numéro de Hawkman et celui-ci en particulier impressionnent par son foisonnement graphique. C'est vraiment lui le patron pour ce genre d'exercice.

Lorsque tous les Hawkmen investissent le ciel de Londres (ou les toits de ses immeubles pour ceux qui ne volent pas), on a droit à de grands moments, devant lesquels il est impossible (à moins d'être terriblement blasé) de ne pas être bouche bée. Il se dégage de chaque case une puissance folle, comme lorsqu'apparaît le dragon de Barbatos, introduit dans la saga Dark Nights : Metal (de Scott Snyder et Greg Capullo) et auquel Hitch confère des proportions affolantes.

La variété avec laquelle l'artiste a designé les Hawkmen mérite le respect et induit mine de rien que le héros ailé est devenu le personnage avec le plus d'envergure du DCU, celui qui est une sorte de carte vivante de l'espace et du temps via ses incarnations. Tout le monde est représenté : New Genesis (donc les New Gods), Krypton (donc Superman), Rann (donc Adam Strange), Thanagar, le far west, le microvers (donc Atom), l'Egypte antique et d'autres encore...

... C'est dire qu'à travers les dessins et la galerie des Hawkmen illustrés par Hitch, Robert Venditti a produit une synthèse remarquable, sans doute définitive, du personnage. Rien que pour cela, son run sera une référence.

Le rebondissement final (avec l'immortalité acquise par Idamm et la destruction ordonnée aux Deathbringers) annonce un douzième épisode encore supérieur en termes d'intensité dramatique. Comment le cataclysme sera-t-il évité ?

Ensuite, se posera la question de la survie d'une série privée de son dessinateur génial : Will Conrad qui succèdera à Hitch n'est pas mauvais, mais aussi bien sur le plan de la réputation que sur de la technique (il a longtemps été l'assistant de Mike Deodato Jr, avant de s'affranchir), on perd au change. Pas sûr que je poursuive la série, mais en l'état on aura droit à une entité de douze chapitres très valable.