Et ici s'achève Ultimate Invasion. Jonathan Hickman et Bryan Hitch concluent leur réécriture de l'univers Ultimate avec un long (56 pages !) chapitre très spectaculaire et prodigieusement ingénieux. Car en fin de compte ce projet a été vendu sous un titre trompeur mais avec un objectif excitant, une grande ambition. Une oeuvre de bâtisseur.
Howard Stark et Fatalis ont mis au point une batterie Immortus comme le leur avait demandé le Créateur. Mais les deux ingénieurs qui ne veulent pas choisir entre deux monstres pour diriger le monde tendent un piège à Kang et son adversaire désigné. Il en demeurera un héritage lourd à porter pour un fils et quelques souverains qui se partagent notre Terre...
Alors, oui, on s'en doutait un peu mais c'est désormais acquis : Ultimate Invasion n'a pas restauré l'univers Ultimate détruit à l'issue de Secret Wars en 2015 par Jonathan Hickman. Le scénariste l'avait annoncé entre les lignes dès le départ : pour que lui et Bryan Hitch s'attellent à cette refonte, il fallait plus que ça.
Et pour ceux qui sont familiers du travail de Hickman ces dernières années, notamment avec la refondation des X-Men, le geste ne surprend guère en vérité. S'il est un des rares auteurs vedettes à être revenu écrire pour Marvel (sans abandonner ses créations propres), ce n'était pas pour se soumettre aux diktats de la continuité et aux aléas des events, crossovers et autres lubies éditoriales.
En vérité, Hickman est obsédé par les bâtisseurs. Dans son run sur Avengers, il avait ainsi nommé une race extraterrestre. Lui-même se voit comme un bâtisseur qui n'écrit pas pour ajouter une pierre à un édifice existant mais bien pour ériger quelque chose de nouveau. Si avec Fantastic Four et Avengers, il avait joué le jeu de la continuité, à partir de Secret Wars il a tombé le masque : il fallait faire table rase pour construire.
Mais évidemment son grand oeuvre restera l'âge de Krakoa pour les mutants, un effort pour désembourber les titres X de la médiocrité et de la confusion dans lesquels ils se trouvaient, quitte à déplaire à une frange des fans hardcore. Après ça, plus de retour en arrière possible : si Hickman devait produire à nouveau pour Marvel, il le ferait comme ça, selon ses propres termes, sans concessions, quitte à créer sa propre aire de jeu, à l'écart du reste.
On verra ce qui sortira du cerveau de cet auteur le mois prochain avec G.O.D.S., un projet qu'il avait pitché à Marvel en même temps que House of X/Powers of X et qui revisite dieux et science selon l'éditeur. Mais ensuite il reviendra, en Novembre, avec Ultimate Universe, un one-shot, qui servira certainement de rampe de lancement à quelque chose de plus vaste encore et dont on sait seulement qu'il débutera avec un nouveau Ultimate Spider-Man (dessiné par Marco Checchetto) en 2024.
Donc, non, Ultimate Invasion ne restaure pas l'univers Ultimate détruit en 2015. Il s'agit d'un nouveau monde, un nouveau territoire, imaginé sur mesure par et pour Hickman (et certainement de futurs auteurs qui viendront s'y greffer). Cela en décevra certains, mais pour ma part, je préfère cela car il n'y a plus de comparaison à faire avec ce qu'avaient initié Bendis et Millar. Evidemment Marvel aurait pu baptiser cette initiative autrement qu'en reprenant le mot Ultimate, mais on sait que l'éditeur préfère désormais exploiter à nouveau des titres évocateurs pour les plus vieux de ses fans.
Dans ce quatrième et dernier épisode, on assiste donc au climax de cette mini-série. Cela peut sembler curieux de parler de climax car effectivement jusqu'à présent c'est comme s'il ne s'était pas passé grand-chose. En tout cas si on conçoit cette histoire en termes purement super héroïques. Il n'y a pas eu de grandes bastons, de grand vilain, d'intrigues avec des rebondissements. Pour cela, c'est encore le premier épisode qui s'y prêtait le mieux, avec l'évasion du Créateur et la promesse de Mr. Fantastic (et avec lui des Illuminati) de l'arrêter.
Mais finalement on n'a pas revu les Illuminati ni aucun autre héros de la Terre 616. Cela ne signifie pas que ça restera ainsi, peut-être que Hickman garde cela pour plus tard (on sait qu'il aime prendre son temps pour ressortir une idée plantée au début d'un run). Mais non. Le récit s'est concentré sur le Créateur (Ultimate Reed Richards) investissant la Terre 6160, en réécrivant l'Histoire pour effacer le surgissement de plusieurs super héros ou en écarter/retarder la venue dans ce monde.
Le plan du Créateur a abouti avec la re-création de sa Cité en Latvérie où il a présenté Howard Stark aux puissants de ce monde, un groupe d'individus dotés de super pouvoirs qui à tour de rôle jouait le rôle du méchant pour que les autres fassent croire à leurs peuples qu'ils avaient un ennemi commun, assurant ainsi un simulacre de paix mondial. Toutefois, dans le plan du Créateur se trouvait une faille : le futur et la présence dans ce futur d'un adversaire et de son armée ambitionnant de le terrasser et contrarier ses projets. Cet adversaire, c'était Kang.
Hickman va, dans cet ultime épisode, réécrire de manière lisible, compréhensible et ingénieuse les origines de Kang, de son alter ego plus jeune (Iron Lad). Alors que le MCU a échoué à introduire le conquérant immortel de manière efficace et accessible, et que la continuité classique de la Terre 616 en a fait un méchant affreusement complexe à saisir, Hickman lui réussit le tour de force de bâtir son univers Ultimate sur cette figure en la détournant de façon étonnamment simple et puissante.
Attention ! On entre dans la zone des SPOILERS !
Surtout il souligne qu'entre le Créateur et Kang, la Terre 6960 n'a que le choix entre la peste et le choléra. Il transforme donc Howard Stark/Iron Man en un héros qui se sacrifie pour annuler ces deux monstres et offrir à son fils et Fatalis la possibilité de réécrire l'Histoire à leur tour mais de manière correcte, juste. Tout en n'oubliant pas ces familles de puissants qui restent en poste et contribueront certainement dans le futur de cet univers, de cette Terre, à nuire à Tony Stark et Fatalis car, avec la mort de Howard, c'est l'union de l'Amérique, ce territoire entier, qui est sans chef, sans guide. Une vacance qui ne saurait le rester.
Bryan Hitch a pu donner le sentiment qu'il n'était pas/plus complètement à sa place dans ce néo-Ultimate univers, parce qu'on attend de lui qu'il livre des planches grandioses de bataille, avec une figuration démente. Or, jusqu'à présent, Hickman lui a surtout servi des scènes de dialogues, avec des décors certes somptueux et des personnages charismatiques, mais bon.
A tous ceux, donc, qui attendaient de voir Hitch se déchaîner, cet épisode comblera vos attentes. On a les décors dingos avec une abondance de détails ahurissante. On a des personnages immenses. Et donc on a des batailles titanesques. Des doubles pages insensées, avec une figuration innombrable. Des explosions d'énergie ébouriffantes.
C'est du comic-bool bigger than life, du grand divertissement, du Bryan Hitch à fond les ballons. Mais avec de la substance. On a là un dessinateur qui lâche les chevaux sur une histoire superbement ouvragée et donc son travail acquiert une qualité supérieure, son sens du spectacle s'enrichit d'un fond peu commun. Hitch participe donc vraiment au bâti de ce monde, de cet univers : il ne fait pas que l'illustrer.
Tout cela met la barre très haut pour la suite. Mais Hickman a toute lattitude pour développer cela à sa guise. Il n'a pas à craindre d'interférence avec la Terre 616 (sinon en organisant lui-même une intervention des Illuminati, avec un event par exemple qu'il écrirait, mais ça ne sera certainement pas pour tout de suite).
Sachant aussi qu'en Octobre il va y avoir la New York Comic Con, on va sûrement avoir droit à des news concernant ce nouvel univers Ultimate (en dehors du déjà annoncé Ultimate Spider-Man avec Checchetto). Ce sera l'occasion de savoir à quel point Hickman entend diriger les opérations dans le parc qu'il vient d'ouvrir. Vous, je ne sais pas, mais, moi, j'en ai l'eau à la bouche.

















































