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vendredi 27 novembre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 22 : DESTRUCTION, de Jonathan Hickman, Tini Howard et Pepe Larraz


Nous y sommes, c'est l'ultime chapitre de X of Swords, et avec lui, son cortège de promesses, dont la plus importante est sans doute de justement bien conclure cette saga qui m'a captivé pendant deux mois et demi. Pas évident, et pourtant, cette fin, Jonathan Hickman, Tini Howard et Pepe Larraz en font une réussite indéniable, incroyablement épique, mais aussi émotionnelle. Un exploit.


Mais... Vous savez quoi ? Je ne vais pas rédiger le résumé de cet épisode, long de 44 pages, et abondant en rebondissements, en morceaux de bravoure. Je n'ai pas envoie de spoiler, de "divulgâcher", même si, quand je reprendrai les critiques des séries "X" que je suis, je serai certainement forcé de faire référence à ce qui se passe dans ce numéro.


Nous assistons à une bataille gigantesque, dans ses proportions, dans le nombre de ses participants, dans l'intensité psychologique et physique, entre la horde d'Amenth aux ordres d'Annihilation/Genesis, les champions d'Arakko, ceux de Krakoa, et d'autres invités, dont les images choisies pour illustrer cet article vous donnent un aperçu éloquent).


C'est, à ce titre, certainement, le plus grand déchaînement que j'ai lu depuis un bail (depuis le dernier épisode d'Ultimates vol. 2, par Mark Millar et Bryan Hitch ?). Il y a quelque chose de grisant dans tout ça, en quelque sorte l'essence des comics de super-héros quand ils sont bien faîts, une sorte de BD totale (comme il y eût du football total), une partition si bien exécutée qu'on ne peut qu'y succomber.


Ce plaisir, le cinéma peut le procurer quand on voit sur un grand écran un déferlement de figurants, dans des décors somptueux, avec une mise en scène parfaite. C'est David Lean, John Ford, Cecil B. De Mille, Steven Spielberg, toute une tradition d'entertainment. La BD joue avec des moyens encore plus illimités, puisqu'il n'y a pas de budget pour freiner les ambitions des auteurs, mais encore faut-il que les intentions narratives soient converties graphiquement.


Et c'est la leçon que donne X of Swords : Destruction à tous les events, celle d'un alignement des planètes, d'une coordination entre scénaristes et artistes. On voit bien ici que toute l'équipe créative est sur la même longueur d'ondes, animée par la même envie d'en découdre, mais en le faisant intelligemment, pas seulement dans un rapport de force. Le plus fort, c'est qu'elle le fait sur un motif vertical, véritable enseigne de cet épisode.

Qu'entends-je par là, par cette notion de verticalité ? Hé bien, d'abord, parlons de Hickman, écrivain vertical par excellence. On parle souvent de ce scénariste comme d'un grand architecte, échafaudant des plans à très long terme pour les séries qu'il écrit, des machines bien huilées. Moi, j'emploie à son endroit le terme de jardinier car dans la refonte de la franchise "X", il me fait penser à quelqu'un qui sème beaucoup, laisse germer, et récolte le moment venu. En un an, depuis la parution de House of X - Powers of X, Hickman n'a pour ainsi dire fait "que" ça, planter, au risque de frustrer des lecteurs plus avides d'action que de discours, et réticents à l'idée des corrections parfois radicales que l'auteur a appliquées à cet univers mutant.

Tout cela est facilement vérifiable car X of Swords a démarré, on s'en aperçoit désormais, très en amont, avec l'apparition du personnage de l'Invocateur, petit-fils d'Apocalypse. Hickman a ensuite longtemps laissé cet étrange albinos originaire d'Arakko, la moitié de l'île de Krakoa, en retrait, quasiment invisible, comme oublié. On l'a revu vraiment lors des épisodes tie-in à Empyre, cet event malade, chétif en comparaison, comme une piqûre de rappel, pour qu'on se souvienne qu'il était toujours là.

Apocalypse, lui, était un personnage animé plus franchement par Tini Howard dans les pages d'Excalibur, où il manoeuvrait avec l'Outremonde via le royaume d'Avalon, sans qu'on puisse deviner la nature exacte de son agenda (la narration, lente, de Howard ne facilitait guère la résolution de cette énigme). Mais il était évident que, le moment venu, choisi, par Hickman et Howard, l'Invocateur et Apocalypse seraient à l'origine de ce crossover.

La verticalité encore se traduit par l'expansion qu'a connu X of Swords, prévu initialement pour compter neuf chapitres et qui s'est retrouvé à en avoir vingt-deux. Sur ce point, on peut désigner l'influence éditoriale de la franchise "X", jamais en reste pour développer la marque (contre, souvent, toute mesure, toute raison). Dans ce cas de figure, le risque aurait été que l'entreprise échappe à ses architectes, mais Hickman et Howard ont su en maîtriser la conduite et partager la conception avec les autres scénaristes de la franchise (Gerry Duggan, Benjamin Percy, Zeb Wells, Vita Ayala, qui on su se comporter en soldats dociles et inspirés à la fois).

Tout est affaire de haut et de bas dans cette histoire : le ciel tombe sur la tête des insulaires de Krakoa quand ils apprennent qu'Apocalypse a voulu retrouver les siens, les gens d'Arakko, qu'il avait dû laisser aux prises avec une horde démoniaque il y a très longtemps. La situation s'emballe lorsque les retrouvailles dans l'Outremonde tourne au drame car les enfants d'Apocalypse tentent de le tuer et expriment leur projet d'envahir Krakoa et le reste de notre monde. On saisit les sacrifice, la souffrance qu'ils ont endurés. Cela permettra au lecteur de comprendre sinon leurs méthodes en tout cas les raisons de leur comportement.

Dans une configuration plus spatiale, Arakko est le monde d'en bas, une sorte d'enfer pour des mutants d'un autre temps, d'un autre âge, d'une autre mentalité, avec une autre culture, une autre apparence, etc. Krakoa en retour est à la surface, en haut, littéralement, puisque c'est une île. L'esthétique créée par Pepe Larraz est fascinante car le dessinateur espagnol a soigné les designs des Arakki autant que ceux des X-Men, en en faisant des créatures majesteuses, impressionnantes, étranges, et ce qu'on peut voir d'Arakko mérite aussi notre attention car il ne s'agit d'un décor bâclé mais bien du lieu d'une légende aussi évocatrice.

Dans son premier Acte, qui court durant ses onze premiers chapitres, X of Swords impose encore et toujours sa ligne verticale. Les champions de Krakoa doivent trouver les épées qu'ils brandiront durant les duels que Opal-Luna Saturnyne leur a imposés pour désigner qui de Krakoa ou Arakko aura accès au passage entre l'Outremonde et notre dimension. Très souvent, on va assister, de titre en titre, d'épisode en épisode, à des quêtes improbables, où il s'agit de s'enfoncer, de plonger, ou de s'élever pour obtenir son arme. Wolverine ira jusqu'en enfer avec Solem, Tornade dans un temple du Wakanda, Captain Britain dans un cachot de la citadelle de Saturnyne, Cable dans la station le Pic du S.W.O.R.D. (qui est en quelque sorte la dixième épée de Krakoa - une idée jouissive), Cypher ira au plus profond de lui-même pour participer dignement au tournoi, etc.

Dans le second Acte, qui court durant les dix épisodes suivants, on assiste aux joutes des champions des deux nations mutantes. Et là, nous nous confrontons, comme lecteur, à une autre expérience de la verticalité car les duels ne se déroulent pas en respectant la logique traditionnelle. C'est somme toute logique car l'arbitre de ces parties est aussi celui qui les organise (Saturnyne) et elle inflige aux lutteurs des épreuves folles, délirantes, absurdes, ridicules, humiliantes - qui correspondent à des scores tout aussi grotesques. Mais surtout on voit les personnages chahutés dans des espaces défiant toutes les lois de la nature, des dimensions insensées, des décors foutraques, des arènes improbables - de quoi, littéralement, perdre tout repères, être, selon l'expression, cul par dessus tête. Le haut devient le bas et vice-versa.

Et nous voilà à la fin de cette histoire et toujours aux prises avec la verticalité obsessionnelle des auteurs. Vous vous en rendrez compte en regardant les images que j'ai choisies pour illustrer ma critique et plus encore quand vous aurez l'épisode en main (si ce n'est déjà fait), mais le nombre de scènes où tout tombe, au sens le plus littéral, du ciel est incroyable. Le Corps des Captain Britain (mais toujours sans Betsy Braddock), les X-Men, les aliens contenus dans la station du Pic du SWORD, le dragon Shogo chevauché par Saturnyne, et d'autres éléments encore, c'est un véritable déluge, une pluie quasiment ininterrompue qui s'abat sur le champ de bataille.

Et quand ça ne tombe pas, ça monte des entrailles de l'Outremonde, comme les démons d'Amenth, les explosions qui éventrent le terrain du conflit, les flammes qui succèdent aus déflagrations...

Au fond, pourquoi cette verticalité est-elle à ce point étonnante ? Parce que l'art séquentiel de la BD s'appuie plus volontiers sur la bande horizontale qui elle-même est souvent découpée en vignettes. Rarement la narration graphique guide sa lecture par la verticalité car un cadre qui occupe toute la hauteur d'une page est souvent convertie en une case pleine page, comme une ponctuation surlignée. Construire tout un épisode, ou presque, dans le sens vertical, est surprenant, presque contre-nature. Nos yeux n'y sont pas habitués : on lit de gauche à droite, pas de haut en bas. Qui plus parce que le fait même de montrer quelque chose qui tombe produit un double effet perturbant : on a l'impression de subir cette pluie autant que les personnages et ensuite on ignore comment et quand cela va s'arrêter, c'est donc oppressant.

Mais bien pensé et représenté comme ici, ce même effet déstabilisant est aussi imparablement efficace, très spectacualire, et traduit parfaitement l'intention des auteurs. Le titre de l'épisode exige cela : il s'agit de destruction, il faut donc montrer de manière évocatrice cette destruction, et comment le faire ? A la manière d'un bombardement, et on bombarde par les airs, en larguant en permanence des obus, en parachutant des soldats. C'est tout ce qu'on voit ici et que Larraz, sans s'économiser, produit par son dessin : ce sentiment exténuant, terrible, d'un bombardement, au point qu'on ne sait vraiment pas quand ça va cesser et ce qui restera ensuite de l'aire de jeu.

Une fois le sort de la guerre entendue, l'horizontalité reprend ses droits dans les dernières pages, composées de vignettes larges, apaisées. Les épées retournent où elles étaient, les vaincus sont assignés à des postes divers, parfois ingrats. Des relations se renouent, d'autres semblent brisées à jamais, des personnages sont morts, d'autres séparés. Saturnyne observe ce théâtre avec morgue mais aussi une pointe d'insatisfaction (car elle n'a pas obtenu ce qu'elle convoitait).

Tout est bouclé. Rien n'est bouclé. Car tout cela va laisser des traces, profondes, et à cet effet, un teaser a déjà été communiqué pour annoncer le nouveau mouvement de la franchise "X". Fini Dawn of X, place à :



Reign of X ! On sait déjà que des auteurs vont partir (Ed Brisson), d'autres arriver (Vita Ayala qui reprend New Mutants, Si Spurrier). Un titre comme Cable semble être annulé car son héros intègre S.W.O.R.D. de Al Ewing et Valerio Schiti. On peut reconnaître sur cette image des figures familières, dans l'ombre ou au premier plan, et l'editor Jordan White a prévenu qu'il y aurait des mouvements de personnages d'un titre à l'autre, des évolutions à surveiller (Kid Omega, Tornade). Bigre ! Cela voudrait donc dire qu'un event va vraiment avoir des répercussions tangibles... En somme : les mutants continuent de bouger. Ils continuent donc de muter.

jeudi 26 novembre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 20-21 : X-MEN #15 - EXCALIBUR #15, de Jonathan Hickman, Tini Howard, Mahmud Asrar et Stefano Caselli


X of Swords arrive (presque) à son terme avec ces chapitres 20 et 21 correspondant à X-Men et Excalibur #15. Jonathan Hickman et Tini Howard préparent le grand final en appuyant sur l'accélérateur, de fait ces épisodes sont intenses et alternent en scènes grandioses et moments plus intimes avec brio. Au dessin, Mahmud Asrar se taille la part du lion, secondé par Stefano Caselli.


Après l'appel au secours de Cable, Jean Grey et Cyclope se présentent devant le conseil de Krakoa pour l'informer qu'ils vont partir sauver les X-Men engagés dans le tournoi. Leur choix interroge les membres du gouvernement qui le contestent.


Deux votes successifs décident qu'en cas d'échec, le portail entre Krakoa et Avalon que veut emprunter le couple sera scellé afin d'éviter une invasion des Arakki. Ensuite, en suivant Cyclope, Jean Grey perd d'office son siège au sein du conseil. Cyclope va réunir une équipe pour mener cette mission.


Dans l'arène de l'Outremonde, Apocalypse affronte Genesis et parvient difficilement à la vaincre mais refuse de l'achever comme elle et Saturnyne l'exigent. Genesis reprend le casque d'Annihilation pour défier la makestrix du Multivers et forcer le sort du tournoi...


Pour ce pénultième épisode de la saga, tout se met en place pour la conclusion. Notons donc que Mahmud Asrar se partage le dessin avec Stefano Caselli, chacun des deux artistes étant assignés à des scènes précises.


Genesis/Annihilation a sonné la charge de la horde d'Amenth contre la citadelle de Saturnyne qui se réfugie dans ses quartiers. Les X-Men tentent de convaincre Apocalypse de quitter l'Outremonde avant qu'il ne soit trop tard mais il résiste, refusant d'abandonner sa femme et son ancien peuple.


Saturnyne récupère dans un coffret des bris de verre multicolores correspondant au corps de Captain Britain après sa défaite contre Isca. Elle se met à composer une mosaïque dont le dessin lui révèlera comment sauver son royaume et l'Outremonde.


Dehors,, malgré le renfort des prêtresses de Saturnyne emmenés par Jubilé, les X-Men sont dépassés par le nombre des guerriers adverses. Bei la lune sanglante s'est rangé du côté de Cypher et des Krakoans encerclés Genesis/Annihilation. Saturnyne termine sa mosaïque...

Le duel entre Apocalypse et Genesis devait, à la fin du chapitre 19, la semaine dernière, décider du gagnant du tournoi. L'affrontement promettait d'être tragique puisque les deux adversaires étaient mari et femme et qu'à son terme Krakoa risquait d'être envahie par ceux d'Arakko.

Pourtant, Jonathan Hickman choisit de concentrer l'essentiel de l'épisode 15 de X-Men à Cyclope, Jean Grey et au conseil de Krakoa. Les deux premiers alertés par leur fils Cable de la déroute des X-Men ont décidé d'aller les secourir avec une équipe. Mais ce choix est contesté par le gouvernement de l'île.

On devine, on sait que ce débat laissera des traces et qu'elles perdureront au-delà de X of Swords. Cela valide la direction narrative de Hickman qui prépare non seulement le grand final du crossover mais aussi l'après. Le scénariste ne déçoit pas avec des échanges dramatiques où Cyclope est admirablement écrit.

On aura noté qu'en vérité depuis la relance de la série pas une seule fois les groupes dirigés par Cyclope pour les diverses missions qu'ils ont accomplies n'ont été appelés "X-Men" et une data page vient l'expliquer en informant qu'avec le nouveau statut des mutants, le terme "X-Men" est désormais devenu obsolète et interdit. Pourtant en le revendiquant à nouveau, Cyclope va pointer sa différence entre le passé et le présent au sein de la nation X.

Du point de vue des leaders que sont Charles Xavier et Magneto, les X-Men représentent une notion dépassée, il ne s'agit plus de s'afficher comme des héros mutants aux yeux du monde, comme des équivalents aux Avengers, aux Fantastic Four. Désormais Krakoa et son peuple sont des mutants, qui vivent entre eux et protègent leurs semblables. Dès lors, il n'y a plus de X-Men au sens d'ue équipe constitué de héros mutants.

Du point de vue de Cyclope, qui est le capitaine en chef de Krakoa, chargé de sa sécurité, les X-Men n'ont jamais cessé d'exister et ne doivent pas être remisés. A l'heure où le destin de Krakoa se joue dans l'Outremonde et que les mutants engagés dans le tournoi sont en déroute, les X-Men sont même plus nécessaires que jamais. C'est avec des X-Men qu'il va sauver son fils, ses amis. Non pas pour jouer les héros, mais pour rappeler que les X-Men ont en fait précédé tout nation X : ils ont toujours protégé les mutants et continueront à le faire. Ils existeront toujours même si le gouvernement de l'île ne désire plus appeler les mutants des X-Men.

L'argument développé par Cyclope, soutenu par Jean Grey, séduit Charles Xavier et Magneto, qui apprécient l'honnêteté de leur capitaine en chef et reconnaissent sa justesse. D'autres sont moins emballés, comme, évidemment, Sebastian Shaw, qui pousse par deux fois au vote pour encadrer l'expédition de Cyclope et qui sanctionne à la fois son possible (probable) échec mais aussi la place de Jean Grey à la table du conseil. Jean en prend acte, avec déception mais aussi lucidité. Et ce faisant elle met les leaders de Krakoa face à leurs contradictions : eux qui se proclament père et mère de la nation X, au moment où leurs enfants (leurs champions dans le tournoi) sont en danger, ils préfèrent les condamner qu'essayer de les sauver. Tandis qu'elle et Cyclope vont sauver leur fils, et leurs amis, en parents aimants, responsables, solidaires.

 Cette dimension familiale, filiale même, se retrouve de manière plus musclé et tragique dans le duel opposant Genesis à Apocalypse, qui se déroule simultanément à la réunion de crise du conseil. Il s'agit d'un mari et de son épouse qui se battent à mort pour la survie de leurs peuples respectifs. Les coups portés ne sont pas retenus, mais la détermination de Genesis tranche avec la tristesse poignante d'Apocalypse, jusqu'à ce qu'il blesse mortellement sa femme. Avant, nénamoins, de refuser de l'achever. Et cela ouvre la porte aux événements relatés dans Excalibur #15.

Tini Howard a depuis le début de sa série fait d'Apocalypse le pivot de ses histoires et on sent fortement à quel point elle s'est attaché au personnage en lui conférant un relief nouveau, plus touchant, émouvant. Elle a défini, précisé, affiné la silhouette esquissée par Hickman depuis House of X, celle d'un géant, hanté par son passé, ayant renoncé à ses rêves de domination pour épouser une cause plus grande, plus noble. Mais cette masse colossale est désormais soumise à une mélancolie étonnante, une mémoire dévorante, En Sabah Nur est fatigué, il mène son dernier combat, embrasse son ultime aventure. Là aussi, on devine, on sait intuitivement que son issue sera tragique. Jamais, pour ma part, je n'avais vu ni considéré le personnage ainsi et ça restera une des grandes réussites de Dawn of X.

L'autre défi auquel est confronté la scénariste, c'est de composer une épisode qui mêle avec équité l'épique et l'intime, le bruit et la fureur et le calme, le grand spectacle et les scènes d'alcôve. Apocalypse n'a pas vraiment vaincu sa femme qui survit en coiffant à nouveau le casque d'Annihilation et joue son va-tout an sonnant la charge de son armée contre la citadelle de Saturnyne et forcer le passage vers Krakoa. 

On passe donc de scènes sur le champ de bataille où la poignée champions krakoans finit encerclée par la horde d'Amenth à celles où Saturnyne s'enferme dans une pièce pour composer une mosaïque avec les bris de verre multicolores correspondant à ce que fut Betsy Braddock/Captain Britain lorsqu'elle fut tuée par Isca l'imbattable dans le premeir duel du tournoi.

Mahmud Asrar produit un travail impressionnant puisque, après avoir assuré l'intégralité de l'épisode de X-Men #15, il est encore à l'oeuvre sur les scènes de bataille de ce numéro d'Excalibur. Et l'artiste turc ne ménage pas sa peine en livrant des planches scotchantes. La figuration abondante, la représentation des pouvoirs, la traduction des sentiments de chaque côté sont superbement restituées. La supériorité des Arakki est écrasante, la bravoure désespérée des Krakoans est pathétique. On ressent vraiment, puissamment ce parfum terrible de déroute, de défaite, et on craint réellement le pire pour nos héros.

Stefano Caselli s'occupe donc des scènes avec Saturnyne. Il ne faut pas croire qu'il a la partie la plus facile car la majestrix apparaît pour la première fois vraiment débordée par la tournure des événements. Son geste de composer une mosaïque avec les restes de celle qu'elle a honnie apparaît d'abord surréaliste, absurde, grotesque. Il faut attendre la dernière page pour mesurer la qualité du cliffhanger concocté par la scénariste et la révélation jubilatoire par son ironie qui s'impose à Saturnyne. Le trait très expressif de Caselli fait merveille autant que celui, tout en énergie d'Asrar.

Tout est en place pour une conclusion mémorable et énorme. Sans en dire encore trop, car j'y consacrerai une critique dédiée, c'est une réussite, à la fois spectaculaire et intelligente, qui redessine vraiment, durablement, profondément, le statu quo mutant. Rendez-vous demain pour cette analyse de X of Swords : Destruction.

jeudi 19 novembre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 17-18-19 : X-FORCE #14 - HELLIONS #6 - CABLE #6, de Benjamin Percy et Joshua Cassara ; Zeb Wells et Carmen Carnero ; Gerry Duggan et Phil Noto


Avec trois numéros au programme de sa pénultième semaine de publication, X of Swords rue plus que jamais dans les brancards. Au risque de complètement larguer une partie de ses lecteurs, qui se plaindront de ne pas avoir eu ce qu'ils attendaient. Mais, en vérité, ce crossover ne joue-t-il pas sur l'absurdité même de l'exercice ? 


Les épreuves du tournoi s'enchaînent sans répit pour les champions de Krakoa et Arakko - qui mènent largement. Saturnyne s'amuse visiblement à les entraîner dans des matchs de plus en plus vides de sens, où parfois deux membres d'une même équipe doivent s'affronter.


Néanmoins, des pertes sont à déplorer : après Captain Britain, c'est l'Invocateur qui a trépassé. En sera-t-il de même pour Tornade qui est une nouvelle fois invitée à danser avec Mort ?


Les Hellions menés par M. Sinistre pour subtiliser les armes des champions d'Arakko traversent le territoire conquis et désolé de Dryador, mal en point. Ils croisent Tarn l'indifférent à qui Sinistre prélèvent des échantillons, provoquant ainsi sa colère.



La bataille qui s'ensuit en laisse beaucoup sur le carreau mais Psylocke réussit à rapatrier Havok, Greycrow et Empath dans le royaume d'Avalon. Empath contraint les prêtresses de Saturnyne de les laisser rejoindre Krakoa.


Revenus chez eux, les Hellions sont pourtant piègés par un des leurs et froidement exécutés par ce traître...


M. Sinistre se présente devant le Conseil de Krakoa avec de mauvaises nouvelles : il prévient ses pairs que les arakki dominent le tournoi et vont envahir leur île sous peu. Cable, défait par Bei la Lune Sanglante, avertit, lui, ses parents de la déroute, confirmant le présage de Sinistre.


Les jeux semblent être faits et Cyclope est accablé. Mais Jean Grey le réconforte et le convainc de réagir en préparant une riposte à l'invasion. L'ultime duel dans l'Outremonde se présente...



Le tableau ci-dessus détaille les matchs et les points gagnés au cours de leur déroulement. Mais plus que ça, il raconte autre chose, qui a à voir avec l'essence même de X of Swords et qui, je crois, en révèle le véritable sens.

Quand il reprend en main la franchise "X", Jonathan Hickman procède à un relaunch radical via les deux mini-séries House of X - Powers of X, au coeur duquel on trouve le personnage de Moira McTaggert dont il fait une mutante capable de ressuciter en conservant la mémoire de ses vies passées. Elle met ses connaissances au profit de la cause mutante pour tenter d'éviter son extinction par les machines (Sentinelles, Nemrod, Phalanx). Cela aboutit à l'établissement d'une nation mutante sur l'île de Krakoa et sa reconnaissance par l'ONU, mais aussi à l'instauration d'une société sur cette île avec des codes spéciaux et des atouts vertigineux (dont celui, crucial, de la résurrection).

Si l'entreprise de Hickman se solde par un succès critique et commercial, elle divise les fans qui reproche à l'architecte le fait d'avoir fait de Moira une mutante et de Krakoa une société proche d'une secte. Ces mêmes fans critiquaient souvent avec la même fougue le fait que depuis des années (des décennies) la franchise "X" manquait de direction, ne brillant que par intermittence, au gré de l'inspiration d'un scénariste qui sortait du lot.

Un an après HoX - PoX, la perspective d'un crossover massif, courant sur 22 épisodes, faisait peur. N'était-ce pas trop tôt ? Et trop gros ? Et pour les plus confiants, cela allait-il bouleverser vraiment le statu quo ? Ou créer de la confusion ?

Dans son premier acte (sur les 11 premiers épisodes), X of Swords a paru jouer la montre en même temps qu'il préparait un second acte convenu, à base de duels entre champions de Krakoa et d'Arakko, sur fond de quêtes d'épées. Et puis tout a basculé - ou dérapé, selon l'humeur.

En guise de duels, on a eu droit à des affrontements souvent expéditifs et au dénouement surprenant, à la logique absurde, dans des cadres chaotiques, avec un comptage des points sidérant. Il devenait clair que ce tournoi ne prenait pas un tour logique, qu'il était manipulé par Saturnyne, à la fois l'instigatrice et l'arbitre de l'événement. Dans quel but ? Mystère. Mais c'était justement cela qui rendait l'ensemble passionnant. Ou rebutant.

La lecture de X-Force #14, qui ouvre les hostilités de cette semaine, renforce cette impression avec une cascade d'épreuves de plus en plus non-sensiques, où parfois des champions de la même équipe sont engagés l'un contre l'autre ou alors où on assiste à des matchs idiots, aberrants, où les participants ne se servent pas de leurs épées mais se trouvent à danser, faire des puzzles, et autres activités incongrues.

Benjamin Percy mène son affaire à toute allure et Joshua Cassara produit des planches déchaînées qui témoignent du maelström dans laquelle sont aspirés les champions. Tout cela les dépasse et ils jouent quand même chaque partie avec abnégation, convaincus qu'ils peuvent sauver Krakoa ou emmener Arakko à la victoire. Ce n'est qu'à la toute fin de l'épisode qu'on a droit à un vrai combat, entre Tornade et Mort, pour une nouvelle danse envoûtante et féroce, dont la déesse mutante sort gagnante grâce à sa pugnacité et son ingéniosité - elle est littéralement plus forte que la Mort.

Le retour des Hellions (pour leur 6ème épisode et leur deuxième apparition dans la saga) augure d'un changement de registre - un de plus. Il y a de la casse et Zeb Wells va lui aussi jusqu'au bout de l'idée en donnant à ses héros leur rôle de commando-suicide. Plusieurs restent sur le carreau dans l'Outremonde, donc il est suggéré qu'ils ne seront pas ressucités et que la composition de l'équipe dans la série une fois la saga terminée pourrait être bouleversée. 

Si le ton reste encore humoristique dans ce titre, la noirceur l'emporte et la violence, sèche, domine. Le final de l'épisode est même glaçant, confirmant que Sinistre a son propre agenda et profite du chaos pour duper tout le monde - même si ensuite il prévient le Conseil de Krakoa que l'issue du tournoi préfigure un danger plus grand. Carmen Carnero livre des planches excellentes, dommage qu'elle ne reste pas sur la série (elle aurait pu me convaincre de continuer à la lire).

X of Swords a transformé les séries en véhicule d'une intrigue globale. Pourtant, Cable #6 est un peu épargné puisque le personnage-titre est bien présent, mais tout de même davantage comme spectateur que comme acteur - il subit une défaite humiliante (et Cypher lui épargne un sort plus funeste encore). En fait les jeux sont faits, depuis longtemps. Gerry Duggan abandonne tout ironie pour mettre en scène la fin de Gorgone de manière cruelle et poignante (alors qu'il s'agissait pourtant d'un personnage cher à Hickman) et si les dessins de Phil Noto manquent un peu d'énergie, le lecteur ressentira bien l'inéluctabilité de l'affaire. Contre toute attente, les X-Men ont été totalement submergés par les Arakki. Ce crossover aura été une longue descente aux enfers pour les héros.

Et finalement, si ça avait été ça, le vrai projet de cette saga ? Dans les events, que nous raconte-t-on d'habitude ? On suit des héros compromis dans une situation explosive puis se ressaisissant in extremis face à l'ennemi pour l'emporter au finish. Tout ça à grand renfort d'explosions, de bagarres et de grand spectacle. Raté ou réussi, un event n'est jamais souvent que ça.

Mais situez l'histoire dans un environnement fou, avec des règles faussées dès le départ, face à des adversaires objectivement supérieurs, et observezle résultat. Il ressemblera à celui de X of Swords, un tournoi des champions parfaitement absurde, où les héros n'ont aucune chance et où le lecteur est confronté à ses envies et ses frustrations par des auteurs qui veulent d'abord démontrer la stupidité de l'ensemble, comme on démonte un mécano patiemment assemblé mais fragile parce qu'usé.

C'est ainsi, en tout cas, pour ma part, que je considère ce crossover obèse et délirant : comme une leçon de narration, certes parfois pas très subtile ni assez concise, sur les codes mêmes des events, ces blockbusters gavés par les editors pour conquérir un maximum de fans avides de sensations fortes. Comme Arakko rêve de conquérir Krakoa - plus par avidité et rancune que par nécessité. Et au terme de duels idiots mais avec des personnages qui ne connaissent au fond que le plaisir abrutissant de se battre, même selon des règles ineptes.

Ce que Hickman, Duggan Howard, Percy, Wells ont fait avec X of Swords, c'est une déconstruction des events. Ils en montrent les rouages, pour mieux en pointer les mécanismes usés, périmés. Ils l'étirent jusqu'à le déchirer pour prouver que cela a trop duré. Ils animent ses acteurs comme des marionnettes dans un théâtre artificiel. Ils déjouent nos attentes pour en souligner la vacuité.

Il se pourrait bien que tout cela ne laisse pas que des traces parmi les rangs des X-Men. Sans doute des fans vont en vouloir aux auteurs de leur avoir mis le nez sur la grossiéreté de ce genre d'entreprises et donc de leur avoir prouvé qu'ils réclament des histoires insensées. Les lecteurs de comics ont peu d'humour et encore moins le sens de la dérision (il suffit pour s'en convaincre de lire les réactions outrées des fans de Zack Snyder quand on ose critiquer le futur nouveau montage de Justice League, pour lequel il a dépensé une fortune alors que dans le même temps Warner licencie à tout-va).

Mais on peut aussi choisir d'être lucides et adultes en considérant que toute déconstruction n'aboutit pas une destruction : elle peut aussi redonner un élan salvateur à un genre, à un exercice, comme HoX - PoX a su redonner une colonne vertébrale aux mutants il y a un an. C'est un remède de cheval, je vous l'accorde, mais c'est mieux qu'un pansement sur une jambe de bois. Ou des lamentations sans écho.

Suite et fin la semaine prochaine. Tenez-vous prêts : tout est vraiment possible !

jeudi 12 novembre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 14-15-16 : MARAUDERS #15 - EXCALIBUR #14 - WOLVERINE #7, de Gerry Duggan, Benjamin Percy, et Tini Howard ; Stefano Caselli, Phil Noto, et Joshua Cassara


Programme chargé cette semaine pour X of Swords puisqu'on a droit à trois nouveaux chapitres, correspondant à Marauders #15 (par Gerry Duggan et Benjamin Percy et Stefano Caselli), Excalibur #14 (par Tini Howard et Phil Noto), et enfin Wolverine #7 (par Benjamin Percy et Joshua Cassara). On entre dans le dur avec les premiers duels du tournoi. Mais les choses vont dégénérer spectaculairement pour les X-Men. Le crossover reste imprévisible, quitte à être parfois frustrant.


Saturnyne s'est jouée de Wolverine en lui faisant croire qu'il l'avait tuée pour mieux lui montrer ce qui arriverait si les champions d'Arakko gagnait le tournoi. A peine remis de cette vision, Wolverine assiste à l'empoisonnement de Cypher qui s'est servi dans son assiette où Guerre a glissé une potion mortelle.


Heureusement, l'Epée Blanche intervient et purge e poison de l'organisme de Cypher. L'assistance est en émoi et Guerre est la cible des reproches de toutes parts. Captain Avalon demande à Saturnyne d'annuler le tournoi mais elle refuse à cause de ce qu'a voulu lui faire Wolverine.
 

Durant le dîner, Cable et Magik testent Isca l'imbattable. Mort et Racine Rouge la Forêt jaugent leurs adversaires krakoans avec un certain dédain. Enfin, Saturnyne désigne les deux premiers champions qui devront se battre le lendemain : Captain Britain contre Isca l'imbattable.


Des trois épisodes de la semaine, celui d'Excalibur réserve la plus grosse surprise et révèle un élément important de ce second acte : dans l'Outremonde, rien ne se passe comme prévu. Et il n'est pas exclu d'y lire des manoeuvres de Saturnyne.


Le duel opposant Captain Britain à Isca l'imbattable tourne court avec le victoire sans appel de cette dernière. Elle fracasse l'épée de son adversaire qui elle-même se brise littéralement en morceaux. C'est l'émoi parmi les X-Men et Captain Avalon accuse Saturnyne de truquer le tournoi.
 

Mais les krakoans n'ont pas le temps d'aller plus loin dans cette querelle car on emmène déjà Cypher pour qu'il se prépare à son face-à-face avec Bei la Lune de Sang. Mais ce n'est pas à un combat qu'ils vont se livrer puisque Saturnyne procède à leurs noces !


Pour Cypher, c'est un soulagement, et Bei lie son destin à celui du jeune mutant sans résistance. Ils ne se comprennent pas mais le mariage est prononcé. Résultat : Arakko mène 2 à 1 après ce match nul...


Wolverine est un mutant populaire et la saga lui a réservé des scènes marquantes dans diverses séries comme dans son propre titre. Il va expérimenter, de manière rocambolesque, les règles folles qui régissent cette compétition dans un épisode mouvementé.


Magik se rend dans le royaume de Fae, gouverné par Roma, pour y affronter Pogg Ur-Pogg. Mais Saturnyne décide que leur duel se règlera au bras de fer et Magik perd. Wolverine, lui, est propulsé dans le royaume sans dessus-dessous de Blightspoke pour vaincre l'Invocateur.


Pourtant, Saturnyne préfère récompenser le perdant qui s'est battu jusqu'à la mort et téléporte Wolverine auprès de Tornade pour qu'ils s'enivrent. Cependant, Guerre affronte Solem, le meurtrier de son mari, pourtant supposé être son allié dans le tournoi.


Wolverine est à nouveau déplacé. Solem, qui avait passé un pacte secret avec lui pour détenir l'épée Muramasa, révèle à Guerre que Wolverine vient de tuer l'Invocateur, le fils de Guerre. Wolverine doit tuer celle-ci pour Solem...

Le rythme effréné avec lequel les auteurs nous jettent, en même temps que les krakoans et les arakki, dans l'arène tranchent singulièrement avec les épisodes de ces deux dernières semaines (Stasis puis X-Men #14 et Marauders #14). Et le moins qu'on puisse dire, c 'est qu'on va vraiment voir nos héros en baver. Au terme de ces trois chapitres, Arakko mène par 5 à 2 !

Je l'écris depuis un moment maintenant mais cela se vérifie à chaque coup : X of Swords dépote méchamment et déjoue toutes nos attentes. Le crossover tire complètement parti de sa longueur pour se déployer en une fresque rocambolesque, où on ne peut rien anticiper. L'ouverture du cahpitre 14 en est l'exemple type : on avait terminé la lecture de Marauders #14 avec Wolverine plantant ses griffes dans Saturnyne... Et bien entendu celle-ci n'est pas morte, elle a lu les pensées de Wolverine et le supplicie en lui montrant ce qui se passera si les arakki gagnent le tournoi - en gros, la fin du monde.

Stefano Caselli peut à l'occasion de ces premières pages de Marauders #15 rendre un hommage à une célèbre couverture de Uncanny X-Men par Marc Silvestri où Wolverine était littéralement crucifié sur un "X" géant. Ce ne sera pas le seul coup d'éclat du dessinateur italien, particulièrement forme, dont le trait expressif et le souci du détail font des merveilles ensuite lors d'un dîner épique, avec empoisonnement, démonstrations de force, dialogues ambigüs, mots d'esprit. Caselli est vraiment un artiste de haut niveau, dont la progression est remarquable : regardez comment il représente l'entièreté de la tablée dans un plan à la composition complexe et parfaitement exécuté. Admirez comment il traduit les émotions qui animent les personnages (la rage de Wolverine, l'excitation juvénile de Magik, la morosité d'Apocalypse, l'ingénuité de Cable, l'assurance de Isca...) : un festival.

Comme la semaine dernière, Gerry Duggan est assisté par Benjamin Percy, sans doute pour veiller à bien traiter Wolverine, qui concentre une bonne partie de l'attention. Néanmoins, le griffu n'est pas le seul à être bien servi car Magik et Cable forment un duo irrésistible et Isca s'impose comme une des arakki les plus charismatiques (son surnom d'imbattable invite forcément à s'interroger sur sa légitimité).

Toutefois, cet épisode n'est pour ainsi dire qu'un amuse-bouche (quand bien même Cypher manque d'y passer). Car dans Excalibur #14 débute le tournoi proprement dit. Et là, le récit accélère à tel point que la machine va s'emballer défitinivement. Tini Howard n'y va pas par quatre chemins et le lecteur comme les X-Men ne seront pas ménagés.

Si donc vous vous demandiez, comme Magik et Cable, si Isca était bien imbattable, la réponse ne se fait pas attendre car elle ne fait qu'une bouchée de Captain Britain. Au point que l'issue de leur duel est presque trop radicale pour n'être que le fait de la supériorité de la guerrière arakki : en effet, Betsy Braddock finit littéralement en morceaux. Et ce, juste avant que Saturnyne ne débarque. On peut raisonnablement douter de l'honnêteté de la majestrix de l'Outremonde quand elle affirme n'avoir rien fait pour provoquer cette défaite de Captain Britain : sa détestation pour Betsy a alimenté toute la série et le sort de la malheureuse apparaît comme un sort lancé contre elle.

Et déjà on passe à la suite, et quelle suite ! Le cas de Cypher (et Warlock) suscitait à juste raison les pires inquiétudes. C'est là que l'imprévisibilité de X of Swords va opérer pleinement puisqu'en fait Doug Ramsey ne va pas avoir à se battre mais à... Epouser son adversaire ! Quiconque prétendra avoir vu ça venir est un fieffé menteur : tout indiquait qu'il allait être opposé à Racine Rouge la Forêt, qui tient un rôle identique au sien au sein de la communauté d'Arakko, et c'est à Bei la Lune de Sang qu'on le voit s'unir très solennellement.

Si ce coup de théâtre est fort, c'est aussi (surtout) parce que personne ne comprend ce que dit Bei (sauf nous mais ses dialogues sont encadrés par des crochets pour signifier qu'elle s'exprime dans un sabir inconnu). Or Doug Ramsey est capable de tout traduire, mais pas là : lui non plus n'entend rien à ce qu'elle dit !

L'autre surprise, même si son nom pouvait le suggérer, c'est que Bei est bien une femme, ce qui correspond à la silhouette qui apparaissait sur la carte de tarot que Cypher avait trouvée dans sa chambre dans la citadelle de Saturnyne. Phil Noto (qui, donc, remplace Marcus To au dessin) joue habilement sur le gabarit équivoque de Bei, plus grande, costaude que le frêle Cypher. En même temps, lorsqu'elle ôte son casque, il lui donne un visage troublant, à la fois beau et androgyne, qui émeut Doug Ramsey (dont la sexualité a toujours fait débat chez les fans - après tout, sa relation avec Warlock prête à confusion).

Howard ajoute à la scène de la cérémonie de mariage un rebondissement superflu avec l'intervention de Jubilé et de son "fils", Shogo (changé en dragon). Noto semble un peu embêté par tout ça mais fait son boulot avec le professionnalisme qui le caractérise (Noto est un artiste que j'aime bien : il est d'une ponctualité irréprochable, son style est élégant et identifiable, il s'adapte partout). En tout cas, cet épisode laisse sans voix par sa tournure : ce n'est pas un défaut car il est très réussi.

Enfin, Wolverine #7 clôt la session de la semaine. Benjamin Percy est seul aux commandes cette fois pour le script et lui non plus ne nous laisse pas de répit. Au point que, pour la première fois, cela provoque une frustration certaine.

En effet, le combat, attendu (pour ma part en tout cas), entre Magik et le monstrueux Pogg Ur-Pogg est expédié. Saturnyne en change les règles sans explication (pas d'épée, mais... Un bras de fer !?!). On est aussi déçu de l'issue que Magik. Ce qui est rageant dans cette scène, c'est qu'on ignore si c'est une décision de Percy, ou un fait acté dès le départ par Hickman et Howard (les architectes de la saga). Je ne peux penser que Illyana Rasputin et Pogg Ur-Pogg n'auront droit qu'à ce trop court moment.

Puisqu'on est dans sa série solo, Wolverine va bien sûr monopoliser l'attention. Percy (avec Duggan dans Marauders) a écrit le griffu comme un lutteur sur les nerfs depuis le début du séjour dans l'Outremonde. Logiquement, il pousse cet état dans ces derniers retranchements à travers une succession d'épreuves absurdes et violentes qui confirment surtout que Saturnyne s'amuse avec les nerfs de tout le monde et du canadien en particulier (qu'elle considère comme une bête sauvage, donc avec encore moins d'égard que Betsy Braddock, c'est dire).

X of Swords semble, par certains aspects, ressembler à une sorte de test graphique aussi. On a vu des dessinateurs remplacer le titulaires du poste sur tel titre (Noto à la place de To, RB Silva à la place de To, Asrar succèder à Yu...) et là, Joshua Cassara s'assied dans le fauteuil de Viktor Bogdaniv pour cet épisode. 

Comme Cassara officiait jusqu'à présent sur X-Force (même si sur le dernier numéro, il était suppléé par... Bogdanovic, vous suivez ?), il présente l'avantage de bien maîtriser Wolverine (héros des deux séries). Il peut ainsi se déchaîner sur le découpage, comme il le prouve pour mettre en scène l'ahurissante et vertigineuse bataille dans le royaume de Blightspoke avec l'Invocateur. C'est, avouons-le, à la limite du lisible, mais au moins ça colle avec cet environnement délirant.

Percy et Cassara orchestrent tout l'épisode sur ce principe : faire perdre ses repères à Wolverine et au lecteur. Le mutant gagne son duel mais la victoire est accordée à son adversaire qui s'est battu jusqu'à la mort. Puis Logan est envoyé auprès de Tornade avec laquelle il se soûle, de quoi raviver la flamme de la passion entre eux deux. Mais alors qu'ils vont s'embrasser, hop ! Wolverine est catapulté en plein règlement de comptes entre Solem et Guerre. 

On atteint des sommets dans l'absurdité car Solem est l'assassion du mari de Guerre et Wolverine celui de son fils, l'Invocateur. Solem a conclu un pacte avec Wolverine pour qu'ils aient chacun une épée Muramasa et cela passe par le meurtre de Guerre... Qui, évidemment, veut faire la peau aux deux ! Et là encore, le gain du match échappe au gagnant évident par le biais de ces manigances.

Bien qu'on ne sache pas combien de temps s'est écoulé entre le premier duel (Captain Britain-Isca l'imbattable) et ce dernier combat (Wolverine-Guerre), l'avantage est très nettement pour Arakko. On a été tellement bringuebalé en trois chapitres qu'on a eu du mal à suivre le score.

C'est grâce à la puissance du récit qu'on octroie la victoire à X of Swords en tout cas, quand bien même j'ai été frustré par le duel Magik-Pogg Ur-Pogg. A deux semaines de la conclusion du crossover et avec six épisodes à venir, je reste impatient de lire la suite de cette saga vraiment jubilatoire et imprévisible. 

jeudi 5 novembre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 12-13 : X-MEN #14 - MARAUDERS #14, de Jonathan Hickman, Leinil Yu et Mahmud Asrar ; Gerry Duggan, Benjamin Percy et Stefano Caselli

 

Cette semaine, nous entrons, pour de bon, cette fois, dans le deuxième acte de X of Swords avec ses chapitres 12 et 13, correspondant à X-Men #14 et Marauders #14. Les scénarios sont écrits respectivement par Jonathan Hickman et Gerry Duggan + Benjamin Percy, les dessins sont signés par Leinil Yu et Mahmud Asrar puis Stefano Caselli. On commence par X-Men, pour un épisode qui à la fois recycle (graphiquement) tout en délivrant la vérité sur le passé d'Arakko et Genesis.



Genesis retrouve son époux Apocalypse dans un jardin de la citadelle de Saturnyne et offre de lui expliquer pourquoi et comment elle en est arrivée à jouer le rôle d'Annihilation. Il s'agit de justifier la volonté des Arakki de conquérir Krakoa et la Terre après ces millénaires dans l'Outremonde.


Contrairement à ce qu'avait raconté l'Invocateur à son grand-père, Genesis a battu Annihilation lorsqu'elle accepta l'invitation à la rencontrer, via sa soeur Isca. Elle découvrit que les Arakki prisonniers d'Amenth avaient enfanté des hybrides mi-mutants, mi-démons pour leur armée.


Refusant d'abord de porter à son tour le casque d'Annihilation, Genesis a assisté au massacre des Arakki par la horde d'Amenth, avant d'en prendre la tête. Puis les Invocateurs ont rouvert le passage vers notre réalité scellé par Apocalypse. Aujourd'hui, Genesis veut refonder Okkara, à tout prix.

*


L'pisode de Marauders se déroule la veille du tournoi : Saturnyne a organisé un dîner fastueux auquel elle a convié les champions de Krakoa et d'Arakko plus des représentants des royaumes de l'Outremonde. Une étrange veillée d'armes...
  

Avant d'être réunis dans la grande salle à manger, chacun se jauge, avec plus ou moins d'amabilités. Puis les convives s'installent. Magik et Gorgone tentent de percer à jour les Arakki, nullement impressionnés. Wolverine, comme l'a remarqué Tornade, est d'humeur sombre.


Tandis qu'Ororo entame une valse avec Mort, qui est intriguée par la déesse n'ayant jamais connu la mort qu'à travers la perte d'êtres chers, Wolverine interpelle Captain Avalon. Il fait valoir que si Brian Braddock donnait à Saturnyne ce qu'elle désire, le tournoi n'aurait pas lieu et le sang ne coulerait pas.


Mais Braddock lui rappelle qu'il est marié. Saturnyne invite chacun à s'attabler. Wolverine s'installe entre elle et Guerre, qui tente discrètement d'empoisonner le repas de Logan. Celui-ci, excédé par les manières de son hôtesse, sort les griffes...

X of Swords est un crossover qui ne fait décidément rien comme les autres. L'histoire prend son temps, un acte entier a été consacré à la révélation des champions de Krakoa et/ou à la recherche de leurs épées pour le tournoi organisé par Saturnyne dans l'Outremonde afin de décider si les champions d'Arrako pourraient aller sur Krakoa pour la conquérir.

 Après l'épisode interlude Stasis, le récit est entré comme dans une salle d'attente avant la bataille. Et les deux épisodes de cette semaine poursuivent dans cette direction. On pourrait penser que les auteurs gagnent du temps, au risque d'exaspérer les plus patients. En vérité, il s'agit de faire monter la température. Ce n'est pas le lecteur qu'il faut exaspérer mais bien les personnages. Et le contrat est bien rempli.

Dans X-Men #14, Jonathan Hickman va malgré tout certainement s'attirer les piques (voire les foudres) des lecteurs car l'épisode recycle visuellement pas moins d'une vingtaine de pages du n°12. En effet, Mahmud Asrar ne produit que six planches originales, le reste provient du matériel dessiné par Leinil Yu précédemment.

Arnaque ? Pas vraiment. Certes, on peut considérer le procédé un peu paresseux. Mais ce que Hickman fait ici, ce n'est pas nous resservir deux fois le même plat. Comme on pouvait s'en douter depuis la trahison violente de l'Invocateur qui a blessé gravement Apocalypse avec les quatre cavaliers (dans X of Swords : Creation), son récit sur la chute d'Arakko (après que En Sabar Nur avait scellé le passage reliant ce royaume à notre dimension) n'était certainement pas entièrement vrai. Lorsque à la fin de X of Swords : Stasis, Apocalypse a découvert que Genesis, sa femme, était désormais Annihilation, la chef de la horde d'Amenth, nos soupçons se confirmaient. Mais où se situait la vérité ? Comment, pourquoi Genesis est-elle devenue Annihilation et a-t-elle entrepris d'attaquer Krakoa pour refonder Okkara, par tous les moyens nécessaires ?

Fallait-il reprendre tout le récit de l'Invocateur avec cette fois la narration de Genesis ? Peut-être pas, honnêtement. Mais au moins, cela a le mérité d'être clair. Et donc on apprend que Genesis n'a pas été tuée par Annihilation mais bien que la première a tué la seconde. Et ceci après avoir découvert que les prisonniers Arakki capturés par la horde d'Amenth avaient servi à enfanter une progéniture monstrueuse, mi-mutante mi-démoniaque, constituant une armée considérable et quasi-imbattable. Dans un premier temps, Genesis refuse de porter le masque d'Annihilation, qui contrôle celui qui le revêt et le consume. Mais en assistant au massacre des Arakki par la horde, elle y consent. Puis les Invocateurs rouvrent le passage autrefois scellé par Apocalypse et Genesis décide de réunifier Arakko et Krakoa.

Les rapports que lui trasmet l'Invocateur lui révèlent la nature de la société de Krakoa, le rôle qu'y joue Apocalypse. Ce dernier avait promis une armée pour retourner sauver les Arakki, mais n'a jamais tenu sa promesse. Pire : le conseil de Krakoa ignorait tout de cette histoire passée. Genesis, de toute façon, a jugé Krakoa : c'est une société faible, trop diplomate avec le reste de la Terre. Elle décide donc de conquérir Krakoa avec la horde, puis la Terre. Les époux sont désormais adversaires et Apocalypse tient le destin de Krakoa dans ses mains avec les champions de l'île. Converti à la cause et aux méthodes de Charles Xavier, il ne veut plus dominer les autres mutants mais les protéger, y compris de leurs ancêtres et semblables de l'autre moitié d'Okkara.

 Hickman donne une justification au conflit très probante. Tout réside dans les différences sociétales de Arakko et Krakoa. Krakoa est une utopie patiemment construite, une union sacrée, avec une diplomatie qui communique avec le reste de la Terre. Arakko est une terre de survivants dont Genesis souhaite refonder Okkara par la force et imposer sa loi au reste du monde car elle considère la politique terrienne comme faible et encore trop en défaveur des mutants. Face-à-face, on a deux figures tragiques, des amants désormais adversaires qui ne tolèrent ni l'un ni l'autre les positions de chacun. La guerre est inévitable et le tournoi décidera si Arakko pourra conquérir Krakoa.

Six pages, c'est maigre pour juger la contribution de Asrar, mais l'artiste livre six pages superbes, à la fois suspendues et tendues. Apocalypse et Genesis disposent de designs magnifiques (En Sabah Nur arbore une tenue différente, un véritable habit de cérémonie, de combattant, plus élégant et évoquant ses racines), Genesis affiche une séduction implacable indéniable. On mesure le fossé qui s'est creuse entre eux mais aussi, surtout, la position qu'ils occupent désormais, des leaders, des meneurs de troupe. Apocalypse porte en lui une douleur poignante face à son épouse. Celle-ci est déterminée et même dédaigneuse (elle qualifie Krakoa comme son mari de "faibles"). Asrar n'a pas besoin de beaucoup de place pour suggérer tout cela grâce à la gestuelle retenue des personnages, la manière de les cadrer, les expressions de leurs visages (à la fois fermés et éloquents).

L'épisode de Marauders voit le retour à l'écriture de Gerry Duggan assisté de Benjamin Percy et les scénaristes sont en très grande forme. Il est loin le temps des premiers numéros de la série, bancals, maladroits. Désormais, l'écriture est maîtrisée, serrée, même si elle ne renonce pas à quelques traits d'esprit. Duggan et Percy, surtout, réussissent parfaitement (mais alors vraiment parfaitement) à animer les personnages au coeur de scènes à la fois savoureuses et incroyablement denses.

La couverture (sublime, de Russell Dauterman) met l'accent sur la danse de Tornade et Mort, et ce n'est pas immérité car la scène en question est magnifiquement mise en scène par Stefano Caselli. Le dessinateur en exploite l'étrange sensualité qui troublera tous les lecteurs tout comme le dialogue ciselé entre les deux adversaires. Mort est fasciné par Tornade (qui ne le serait pas ?) et leur échange tourne autour de la peur et la connaissance de la mort. Tornade n'a (du moins à ma connaissance) jamais été tuée (une rareté chez les mutants), elle n'a donc connu la mort qu'à travers la perte de proches, d'amis, de co-équipiers. On apprécie d'autant mieux son rôle récent de maîtresse de cérémonie quand elle réintroduit les mutants ressucités devant le peuple de Krakoa, et l'énergie qu'elle y met. Ce n'est donc pas tant qu'elle ne redoute pas la mort qu'elle s'y habituée, certainement au point d'envisager la sienne avec philosophie (peut-être même fatalisme). Son statut de déesse ajoute à cette appréhension si personnelle car comme toute divinité, son rapport au temps et donc à sa finalité diffère des "simples mortels". Cela intrigue Mort - et promet une confrontation tout à fait spéciale.

Pourtant, si on est tout à fait juste, celui qui cristallise l'attention dans cet épisode, c'est Wolverine. Et sur ce point, on peut dire que Duggan et Percy animent le personnage avec brio. Logan a été montré par Percy en rupture avec l'idéal de Krakoa en tant que société et en tant qu'entité. Il ne croit guère à la pérennité de l'utopie mutante et a exprimé franchement ses sentiments à l'île elle-même depuis qu'il a compris qu'elle voulait renouer avec sa moitié Arakko.

 On comprend dès lors fort bien que Logan soit d'humeur ombrageuse non seulement à la veille du tournoi mais encore plus au moment de s'attabler avec les champions d'Arakko et Saturnyne. Cette dernière a exprimé son mépris pour le mutant mais Wolverine ne lui en veut pas que pour cela. Tout est concentré dans un échange avec Brian Braddock/Captain Avalon qui, selon le griffu, s'il cédait aux avances de Saturnyne, la convaincrait facilement d'annuler le tournoi, de renvoyer les Arakki chez eux, et donc, surtout, d'empêcher que du sang innocent ne soit versé.

Le raisonnement de Wolverine est sans doute simpliste, mais certainement pas entièrement faux. Il fait peu de cas du fait que Brian est marié et ne souhaite pas tromper (ou carrément abandonner) Meggan. Ce qui compte ici, c'est surtout que Duggan et Percy trouvent le ton juste pour le personnage, on comprend que ce soit Wolverine qui pense et dise ça. Mieux : on aimerait qu'il ait raison.

Caselli grâce à son trait très expressif se régale visiblement, et c'est communicatif, à dessiner Logan. Il lui donne une présence sensationnelle, une posture très crédible, des mimiques épatantes. C'est une véritable cocotte-minute, prête à exploser. Et c'est ce qui se passe effectivement, avec un cliffhanger terrible, inattendu, qui relance complètement la partie, qu'on ne voit absolument pas venir et qui en même temps apparaît inévitable tellement Wolverine est à cran (et Saturnyne exaspérante).

On se délectera aussi, visuellement et narrativement, du passage en revue effectué par Magik et Gorgone (un duo irrésistible au moment de sonder les adversaires) - la scène avec Isca est jubilatoire. Vraiment, cet épisode est un régal.

Je le répète : X of Swords ne fait rien comme les autres. Mais c'est tant mieux. Et on cherche en vain ce qui pourrait faire dérailler cette saga. J'avais peur de son ampleur, de sa longueur, de son traitement. Mes doutes se sont envolés. Quel bonheur !

jeudi 29 octobre 2020

X OF SWORDS, CHAPTER 11 : STASIS #1, de Jonathan Hickman, Tini Howard, Pepe Larraz et Mahmud Asrar

 

Comme l'a annoncé l'editor Jordan White, X of Swords : Stasis est un turning point, un épisode qui marque un basculement dans cette saga. Les dix épisodes précédents nous ont présentés les enjeux du crossover et les champions de Krakoa (même s'il en manque un). Ce nouveau chapitre nous introduit aux champions d'Arakko dans un format long (une quarantaine de pages), avec à la clé un coup de théâtre final (un peu convenu toutefois). Jonathan Hickman refait équipe avec Tini Howard au scénario et Pepe Larraz avec Mahmud Asrar au dessin.


Saturnyne convoque les représentants de royaumes de l'Outremonde en session extraordinaire. A l'ordre du jour : le droit de passage à accorder entre les divers territoires. Une majorité vote contre, et certains sont déjà passés outre, comme Arrako qui a conquis Dryador.


Pour règler cette question, Saturnyne a donc organisé le tournoi entre les champions d'Arakko et de Krakoa, les premiers voulant étendre leur empire jusqu'à la Terre. Jamie Braddock, installé par Apocalypse sur le trône d'Avalon, annonce l'arrivée des Krakoans.


Les quatre cavaliers d'Apocalypse, qui ont rompu avec leur père, et l'Invocateur visitent plusieurs combattants dans les provinces d'Arakko pour les convaincre d'affronter les champions de Krakoa. Ils obtiennent des récompenses au terme du tournoi pour certains.


Les neuf champions de Krakoa débarquent dans l'Outremonde, au sein de la citadelle de Saturnyne. Celle-ci les accueille et les invite à rejoindre leur chambre individuelle en attendant de rencontrer leurs challengers. Chacun reçoit une carte de tarot siggérant leur destin dans ce tournoi.


Ces cartes provoquent des réactions variées. Mais Apocalypse est troublé par ce qu'il voit et va réclamer des comptes à Saturnyne. Il la suit à son dernier rendez-vous de la journée, auprès d'Annihilation, leader d'Arakko, qui révèle à Apocalypse sa véritable identité...

Je vais me répéter mais ce qui m'épate le plus depuis le début de cette saga, c'est sa lisibilité. Avec un casting aussi fourni, une mythologie établie aussi dense, on pouvait penser que le déroulement de l'histoire serait complexe. Or, c'est exactement l'inverse qui s'est produit, à commencer par l'enjeu du récit : un tournoi qui doit décider du destin de Krakoa convoîté par les survivants d'Arakko.

Nous avons pu lire jusqu'à présent dix épisodes, précédés de deux prologues, qui ont permis de présenter les champions désignés par Saturnyne, la maîtresse de l'Outremonde où se déroulera le tournoi, via une prophétie cryptée. Les différents scénaristes ont déployé des trésors d'ingéniosité pour proposer neuf combattants mutants (dont un non-mutant) relativement surprenants, mais surtout animés par des motivatiosn diverses. S'il y a parmi ces élus, des personnages convenus (comme Wolverine, Magik, Cable), d'autres sont vraiment surprenants (Cypher, Tornade), et d'autres encore n'ont accepté le défi que poussés dans leurs retranchements (Captain Britain). L'un dans l'autre, on est quand même agréablement cueillis par le déroulement de cette première partie : si tout n'est pas parfait, d'un point de vue scénaristique ou visuel, l'ensemble tient bien la route et déjoue quelques attentes.

On peut légitimement questionner la méthode à l'eouvre dans ce Stasis qui répéte ce procédé (présentation de champions de Arakko) mais en "seulement" une quarantaine de pages. De fait, ces personnages sont plus sommairement introduits et le principe conducteur semble d'avoir surtout misé sur l'impact visuel plutôt que sur le profil psychologique. 

Mais aurait-on gagné quelque chose à développer une nouvelle dizaine d'épisodes pour présenter ces Arakki ? Pas sûr. En procédant de la manière choisie par Jonathan Hickman et Tini Howard, on peut penser, raisonnablement, qu'ils ont voulu conserver un certain mystère sur les adversaires des mutants de Krakoa. Trop en dire à leur sujet, ç'aurait été exposer leurs faiblesses, et donc dévoiler au lecteur comment les X-Men allaient sûrement les vaincre. A l'exception notable de Solem, qui a eu droit à une exposition conséquente dans Wolverine #6 (X of Swords, chap. 3) et X-Force #13 (X of Swords, chap. 4), on ignore bien les points faibles (tout comme les points forts d'ailleurs) des méchants de l'histoire. Et ça, ma foi, je trouve que c'est malin.

L'autre bon point, ç'aurait été, de la part de Marvel, de garder intact le sort de plusieurs X-Men engagés dans le tournoi. Hélas ! l'éditeur n'a jamais brillé par son intelligence tactique et on sait donc déjà, en consultant les solicitations de Décembre et Janvier, que certains mutants de Krakoa survivront déjà. Dommage car ça tue complètement le suspense de leurs duels à venir (alors qu'il aurait si simple de publier des couvertures "redacted" noires).

Mais au-delà de ces considérations éditoriales et narratives, que faut-il retenir de Stasis ? L'épisode se découpe en trois temps : d'abord Saturnyne convoque les représentants des royaumes de l'Outremonde pour réglementer les droits de passage de l'un à l'autre. Un vote négatif sanctionne la question, de manière logique quand on sait que Arakko a conquis Dryador et veut obtenir de traverser le territoire de Saturnyne pour s'emparer de Krakoa. Mais la reine de l'Outremonde a organisé un tournoi pour décider de ce projet. Jamie Braddock, installé par Apocalypse (et l'équipe d'Excalibur) sur le trône d'Avalon, annonce l'arrivée des champions mutants. Et Apocalypse, avec son épée Scarab, ouvre un portail pour accéder à l'Outremonde, après avoir prévenu ses alliés des risques qu'ils encourent dans cette dimension parallèle et de l'enjeu du tournoi.

Ensuite, il y a le coeur de l'épisode : la présentation des champions d'Arakko. Jordan White a raconté en interview que leur création s'était faite de manière très spontanée, avec Pepe Larraz pour visualiser les idées des scénaristes. Ainsi le spectaculaire Pogg Ur-Pogg, géant à quatre bras et à la tête de crocodile, où il a été demandé au dessinateur d'imaginer un monstre impressionnant, matérialisé en quelques minutes lors d'une réunion. D'autres Arakki avaient été montrés dans des épisodes de X-Men, comme L'Epée Blanche, Solem, Isca l'imbattable, l'Invocateur, Mort, Guerre ou Annihilation. Mais les nouveaux à apparaître dans cet épisode marquent immédiatement les esprits : j'ai été, pour ma part, saisi par Redroot la forêt ou Bei la lune de sang, dont les designs sont excellents. Et les motivations parfaitement décrites dans des scènes intenses aux dialogues inspirées (mention pour Redroot).

Ce qui frappe surtout, c'esst qu'on a affaire à de vrais adversaires, très impressionnants, qui devraient donner du fil à retordre aux héros. Ce ne sont pas de simples vilains spectaculaires, pour faire le nombre ou en mettre plein la vue avant de se faire trucider. Il est certain qu'il va y avoir des morts des deux côtés (et je mise déjà sur quatre X-Men susceptibles d'être vaincus et supprimés, ce qui serait déjà conséquent).

Enfin, la dernière partie voit l'arrivée des X-Men dans la citadelle de Saturnyne. En quelques pages rapides et puissantes, Hickman et Howard établissent une ambiance tendue, entretenue par Saturnyne (la marionnettiste de ce théâtre mais qui ne maîtrise cepandant pas complètement les belligérants qu'elle a dressés les uns contre les autres - c'est le sens de la phrase placée en exergue de l'épisode). Son mépris envers Captain Britain, son dédain face à Wolverine, sa malice à l'adresse d'Apocalypse sont des moments savoureux. La scène où chacun trouve une carte de tarot dans sa chambre va donner matière à phosphorer sur le destin de chacun, surtout quand on associe ces vignettes à l'interprétation de ces cartes par la mutante Tarot (qui indique que le titre des cartes n'a pas qu'un seul sens).

Et puis il y a le coup de théâtre final, avec la révélation de la véritable identité de Annihilation. J'ai, je dois le dire, trouvé ce rebondissement assez convenu. En effet, comme j'ai toujours pensé que l'Invocateur ne disait pas toute la vérité quand il avait évoqué la chute d'Arakko (dans X-Men #12), je m'attendais à ce qui a été en somme confirmé par la dernière page de Stasis. Toutefois, je me demande à présent comment celle qui se cache le masque de Annihilation va jouer sa partition dans la suite de X of Swords. Et puis reste un vrai mystère en suspens : qui sera le dixième épéiste au service de Krakoa (pour l'instant, ils ne sont que neuf) ? Faîtes vos jeux !

Visuellement, ce numéro est une nouvelle fois superbe. Pepe Larraz dessine la deuxième et troisième partie de l'épisode et il produit des planches splendides, parcourues par un souffle épique, une intensité jubilatoire. Les premières pages qui nous emmènent dans les royaumes de l'Outremonde donnent une idée très significative de l'imagination débordante de l'artiste pour varier les décors et donner à voir des environnements inattendus, avec des personnages étranges et majestueux. La manière dont il représente Saturnyne est un modèle du genre : si on peut se plaindre qu'elle ressemble beaucoup à Emma Frost (la blonde glaciale et dominatrice), il lui confère une allure supérieure qui traduit sa puissance et son arrogance.

Les scènes à Arakko et le recrutement des champions du camp adverse sont elles animées par Mahmud Asrar. Après avoir succédé à Leinil Yu sur X-Men, il a à nouveau la lourde charge de suivre Larraz et il le fait avec succès. Il s'empare de personnages qu'il n'a pas designés avec aisance et compose des images fortes, variées, qui transcende un exercice classique en vrai morceau de bravoure. Son trait expressif sert à merveille les sentiments qui agissent les Arakki, dont on comprend qu'ils ne sont pas tous là pour défendre leur nation mais pour des intérêts plus personnels, égoïstes.

Enfin, Larraz revient pour conclure l'épisode et prouve, si besoin était, que quand il tient les manettes, le récit prend instantanément une ampleur indéniable. L'arrivée des X-Men, la nervosité qui traverse leurs rangs, l'accueil que leur réserve Saturnyne, tout cela est admirablement découpé. Mais le meilleur est à venir quand on lit les saynètes où chacun trouve la carte de tarot sur son lit, leurs réactions (drôles ou graves). Et puis le dialogue entre Apocalypse et Saturnyne est un pur régal, plein de sous-entendus, avec un découpage extraordinaire (notamment lorsque l'ascenseur de Saturnyne descend dans les fondations de sa citadelle pour rejoindre Annihilation).

Sans préjuger de ce qui va se dérouler dans les onze prochains épisodes, on peut déjà dire que l'Acte I de X of Swords aura été une grande réussite. Ce crossover démesuré a quelque chose d'assez incroyable de maîtrise. Après la déception de l'event Empyre, c'est une source de satisfaction. Et à l'heure du reconfinement, c'est un divertisssement bienvenu.