Affichage des articles dont le libellé est Javier Fernandez. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Javier Fernandez. Afficher tous les articles

mercredi 18 janvier 2023

NIGHTWING #100, de Tom Taylor, Bruno Redondo, Rick Leonardi, Mikel Janin, Scott McDaniel, Eddy Barrows, et Javier Fernandez


100 numéros, 50 pages : voici le programme pour cet épisode anniversaire de Nightwing période DC Rebirth. Tom Taylor, disons-le tout de suite, ne s'est pas raté et livre une superbe copie, bourrée d'action, de guests, d'émotion aussi. Il est accompagné par Bruno Redondo bien sûr, mais aussi Rick Leonardi, Scott McDaniel, Mikel Janin, Eddy Barrows et Javier Fernandez, qui ont tous dessiné à un moment les aventures de Dick Grayson sont également de la fête.


POur ce genre d'occasion, j'ai tendance à croire qu'il ne faut pas chercher à charger la barque et proposer quelque chose de simple mais jubilatoire qui comblera le fan, un super épisode divertissant, qui tourne une page et en ouvre une nouvelle.


Donc, le scénario est sobre : Heartless attaque la prison de Blüdhaven et en libère les détenus, parmi lesquels se trouvent KGBeast (qui avait blessé lourdement Nightwing) et Tony Zucco (voir #99). Nightwing se rend sur place, bientôt aidé par les Titans...


L'action se déroule en temps réeel sur les 3/4 de l'épisode avec cette grande évasion et la pagaille qui s'ensuit. Nightwing atterrit au beau milieu de la fuite des détenus et en convainc certains de l'aider plutôt que d'aggraver leur cas en soutenant un tueur comme Heartless.
 

Puis les Titans (Starfire, Cyborg, Raven, Flash, Donna Troy, Beast Boy) arrivent pour prêter main forte à leur ami. Nightwing peut alors se concentrer sur Heartless et Tony Zucco... Plus tard, Superman et Wonder Woman viendront lui faire une offre. Puis il aura une discussion poignante avec Batman. Et enfin, en compagnie de Barbara Gordon et Melinda Zucco, il sera temps de réfléchir à l'avenir...


J'ai beaucoup aimé ce qu'a écrit Tom Taylor pour ce ° 100. Le scénariste a parfaitemetn sur cerner les objectifs de cet épisode spécial et a voulu contenter les fans. D'une certaine manière, il est revenu à ses fondamentaux, ceux qui lui avaient si bien réussi au début de son run, en mixant humour, action, émotion, espoir.


Le défi était délicat car il fallait produire une cinquantaine de pages, plus du double d'un épisode normal, sans qu'on sente qu'il s'agissait de remplissage, de pages gratuites. Bien entendu, les artistes conviés à la fête ont le loisir de se faire plaisir, disposant entre autres chacun d'une splash page mettant en valeur les qualités acrobatiques de Nightwing. Mais pas que.

En effet, par la suite, l'épisode leur fournit le moyen de prouver leurs qualités de narrateur graphique, chacun à leur façon, et ça, c'est vraiment cool. Ils sont venus, ils sont (presque) tous là - il ne manque guère en fait que le regretté George Pérez, qui, le premier, dessina Dick Grayson en Nightwing dans les pages de New Teen Titans, designant son changement de look, et affrimant son émancipation vis-à-vis de Batman. On pourra d'ailleurs regretter que DC n'ait pas pensé à saluer Pérez d'une manière ou d'une autre  (même si je crois qu'une variant cover de l'épisode reprenant un dessin de l'artiste est dispo).

Concrétement, Bruno Redondo dessine les pages 1 à 5, puis 17, 24-25, 37 à 49. Rick Leonardi lui emboîte le pas pour les pages 6 à 11, 13-14. Mikel Janin n'a droit qu'à la page 12 (sans doute par manque de temps car il est déjà occupé par Justice Society of America actuellement, et peut-être aussi parce qu'il est le seul à n'avoir pas dessiné Nightwing à proprement parler mais Grayson, dans l'excellent titre écrit par Tim Seeley et Tom King). 

Eddy Barrows (qui avait relooké le personnage pour les New 52 et signé les premiers épisodes de la série à l'époque) dessine les pages 15, 26 à 30. Javier Fernandez (qui avait débuté la série période Rebirth) se charge des planches 16, puis 31 à 36 (on saluera la performance car Fernandez illustre désormais King Spawn mais a fait l'effort de se libérer pour ce n°). Enfin Scott McDaniel livre la page 18.

C'est un quasi sans faute, parce que je n'aime pas le style de McDaniel et que je regrette tellement le temps où Leonardi avait un encreur (particulièrement Terry Austin). Mais sinon, c'est un festin. Redondo est dans une forme  étincelante. J'aurai bien aimé plus de Janin mais je comprends qu'il n'a pas pu produire plus. Et quelle joie de revoir Javier Fernandez et Eddy Barrows.

Le spectacle est total pour cette très grande séquence suivant l'attaque de la prison. Le rythme est trépidant, Taylor laisse parler ses artistes en leur donnant du biscuit. L'entrée en scène des Titans est jouissive.

L'épisode fait ensuite le pont entre ce qu'on vient de lire et les conséquences de Dark Crisis (on Infinite Earths), au terme de laquelle la Justice League décide de prendre du champ pour réfléchir à de nouvelles méthodes d'action. Bien entendu DC relaunchera Justice League tôt ou tard, mais peut-être pas en 2023 où l'éditeur veut visiblement tenter quelque chose en rupture avec l'ère Dawn of DC et de nouveaux titres lancés pour tester le lectorat. N'empêche, c'est couillu de se priver d'un titre aussi emblématique, comme si Marvel suspendait sans date de retour Avengers.

Je ne spoile rien en révélant que les Titans vont donc devenir la nouvelle équipe en première ligne : Tom Taylor a été le premier à teaser cela depuis des mois en multipliant les apparitions en guest-stars de membre du groupe dans les pages de Nightwing (quand ils n'étiaent pas tous réunis). Et sans Justice League, qui d'autre pour assurer l'intérim ? Justice Society of America de Johns a une histoire en parallèle, qui n'est pas connectée au statu quo post-Dark Crisis

Il y a quelque chose d'évident dans cette situation que Taylor a largement contribué à préparer. Cela montre aussi que DC fonctionne différemment de Marvel, toujours très partisan de l'univers partagé, de l'interconnection des séries (même si c'est moins fréquent qu'à une certaine époque où les events obligeaient quasi tout le monde à être au diapason). On a le sentiment qu'aactuellement chacun vit sa vie et que ceux qui veulent s'aligner sur le dernier event le choisissent. Par exemple, Batman par Zdarsky s'en fiche (mais c'est Batman, il fait ce qu'il veut). Taylor, lui, a vraiment voulu profiter de Dark Crisis pour établir une nouvelle étape pour Nightwing. Et on sait que Joshua Williamson va faire revenir Green Arrow dans une mini-série en Avril à partir de ce qui est arrivé à Oliver Queen dans Dark Crisis.

Ce qu'on peut trouver plus aléatoire, c'est à quel point tout ça est raccord avec l'historique des personnages. Durant Rebirth, Nightwing, dans la série Titans, avait dissous son équipe à la demande de la Justice League... Et maintenant il la reforme à la demande de la Justice League. C'est un peu embarrassant car Superman, Wonder Woman et Batman lui demandent de le faire en lui jurant qu'ils ont confiance en lui plus qu'en quiconque... Après avoir été beaucoup moins flatteurs auparavant. Et sans tenir compte du fait que Nightwing est déjà bien occupé avec ce qui se passe à Blüdhaven.

A ce petit jeu, Dick Grayson passe davantage pour le gentil garçon qui ne sait pas dire "non", qui veut toujours faire plaisir, que comme un leader qui a vraiment les clés, vraiment le choix. Et donc la décision de repartir avec les Titans apparaît un brin facile alors que Dick pourrait simplement former une nouvelle Justice League, avec quelques Titans, mais aussi des héros expérimentés, plus puissants que ses copains (même si les Titans ne sont pas des demi-portions à ce niveau-là). Je ne peux pas m'empêcher de comparer ça avec les New Mutants, que Claremont avait introduit avec le projet de remplacer à terme les X-Men, d'en faire une nouvelle génération de X-Men, reléguant donc Wolverine, Cyclope et compagnie comme eux-mêmes avaient succédé aux cinq premiers élèves du Pr. X. Cela n'arriva jamais, la popularité de l'équipe née en 75 étant devenu trop grande, et les New Mutants sont restés à jamais ce groupe de jeunes mutants dans l'antichambre. Les Titans, c'est pareil : ils ne seront jamais la nouvelle Justice League, toujours les remplaçants et c'est ce qu'on voit encore ici.

Pour en finir sur ce sujet, DC pas plus qu'un retour de la série Justice League n'a annoncé une nouvelle série Titans, donc tout ça va rester cantonné aux pages de Nightwing, un titre sur un héros solo mais entouré d'une équipe. Etrange statut. Pour combien de temps ? A suivre.

Toutefois, je ne veux pas paraître grognon et dire que ça a gâché mon plaisir de lecture. Ce n° 100 est vraiment très bon, avec une dynamique impeccable. Les questions qu'il pose sont plus périphériques que narratives. Visuellement, c'est top, et Taylor a été vraiment bien inspiré. Est-ce que je vais replonger ? Je ne sais pas. C'est tentant, d'autant que le prochain arc sera dessiné par Travis Moore, une valeur sûre (même s'il n'ira certainement pas au-delà de quatre-cinq épisodes - depuis Javier Fernandez, Nightwing manque vraiment d'un artiste capable de faire davantage, et c'est vraiment triste quand on sait que, par exemple, Immonen dessine si peu en ce moment - imaginez Immonen sur Nightwing...). Le plus probable, c'est que je vais attendre quelque temps, voir ce que vaut le prochain arc, et s'il est bon, j'en ferai une critique.

dimanche 1 décembre 2019

JUSTICE LEAGUE DARK #17, de James Tynion IV et Javier Fernandez


"La Guerre des Sorcières" continue avec cet épisode et confirme l'ampleur épique de cet arc narratif. James Tynion IV utilise des éléments posés au début de son run sur Justice League Dark tout en développant les récents événements. L'équipe est au plus mal et la fin du numéro suggère que le pire est à venir ! Ce mois-ci, pour laisser Alvaro Martinez souffler, c'est l'excellent Javier Fernandez qui est au dessin.


Il y a bien longtemps, Circé fut bannie de Colchis après avoir assassiné son mari violent. Traversant la mer, elle échoue dans le domaine de la déesse Hécate qui accepte de lui fournir le pouvoir de se venger de ses anciens sujets.


Aujourd'hui Circé a pris possession du corps de Wonder Woman à l'insu de Kent Nelson et Zatanna et s'empare du diamant d'Eclipso pour le montrer au reste de la Justice League Dark. Ses membres sont réunis dans la grande bibliothèque du Hall de Justice.


Zatanna découvre Kirk Langstrom endormi par Khalid Nassour, John Constantine lui explique que Man-Bat a été possédé magiquement, puis Bobo lui apprend que Swamp Thing est vraisemblablement mort après avoir été surpris par Woodrue au Parlement des Fleurs.
   

Bobo remarque que quelque chose cloche avec Wonder Woman mais Circé l'entend et neutralise Zatanna puis fait régresser le chimpanzé à son état primitif. Ses alliés surgissent dans la bibliothèque et engage le combat contre le reste de la JLD.


Zatanna reprend le diamant d'Eclipso à Circé et ordonne à Kent Nelson de téléporter l'équipe à l'abri dans le sous-sol du Hall de Justice. Sur la Lune, Wonder Woman cherche un moyen de réintégrer son corps. C'est alors que l'Homme Inversé resurgit...

L'épisode démarre par un flashback qui revient sur les origines de Circé et son lien avec Hécate : le message est clair (et convenu), pour les pouvoirs que lui a fournie la déesse, la magicienne devra un jour la rétribuer. Mais en attendant de rembourser, Circé doit éliminer la JLD.

James Tynion IV avait déjà montré précédemment que l'équipe était bien malmenée, avec la perte de Swamp Thing, la possession de Man-Bat et le piège tendu à Wonder Woman. Il enfonce le clou en soulignant la domination de ce que la couverture de ce numéro appelle l'Injustice League Dark.

En vérité, le lecteur ne sera guère étonné de la déroute des héros car leur groupe a toujours apparu précaire, fragile. En effet, pour une Ligue de Justice formée pour s'occuper des menaces mystiques, on ne peut pas dire qu'elle rassemble des pointures. Certes il y a Wonder Woman, mais on a vu sa fébrilité en plusieurs occasions. Zatanna a longtemps refusé d'utiliser sa magie qui était corrompue. Bobo endeuillé par la mort de Nightmaster puis de Blue Devil n'est pas au mieux. Swamp Thing a vu son royaume dévasté. Et Man-Bat n'est pas fiable.

Depuis un moment maintenant, l'équipe s'est enrichie officieusement avec John Constantine, mais il a perdu ses pouvoirs, et le duo Kent Nelson-Khalid Nassour, qui ne veut plus assumer le rôle de Dr. Fate. Bref, alors que l'ennemi est organisé, puissant et résolu, la JLD est au plus bas. Dans ce conditions, leur raclée est inévitable. Et les menaces d'Eclipso et de l'Homme Inversé demeurent...

En agissant de la sorte, Tynion IV prépare une revanche qui promet d'être spectaculaire et coûtera sans doute beaucoup aux héros (on se souvient qu'il avait procédé de la même façon avec les "Gotham knights" de Detective Comics, où Red Robin, Spoiler, Batwoman et Clayface surtout avaient pris cher).

Pour l'accompagner, le scénariste bénéficie une fois encore d'un excellent fill-in artist, puisque Alvaro Martinez a été mis au repos en vue des prochaines festivités. Après Daniel Sampere, c'est au tour de Javier Fernandez de jouer les remplaçants de luxe. Il s'en sort avec excellence.

Depuis sa prestation sur Green Arrow, j'avais un peu perdu de vue ce dessinateur (qui a officié sur Justice League et Tales of the Dark Multiverse récemment). Il revient en force, dans un registre plus nerveux que Martinez, mais parfaitement adéquate avec le ton de cette série. La force de Fernandez, c'est sa capacité évidente à s'approprier rapidement les personnages et le cadre de leur histoire, tout en servant humblement mais efficacement le script.

Comme Tynion est un auteur solide, Fernandez n'a pas de mal à faire des étincelles, dès les premières pages de l'épisode (superbes) jusqu'à ce moment-clé où le chaos se déchaîne et que la JLD est vraiment dans la mouise. Pour un peu, on aimerait bien qu'il prolonge son séjour sur le titre (mais, soyons honnêtes, on sera ravis de retrouver Martinez) - en tout cas DC serait bien inspiré de placer Fernandez sur une série régulière, il le mérite.

J'en reviens toujours à la même conclusion, mais Justice League Dark est de mieux en mieux. Un sort d'exploit au bout de 17 mois de parution.

vendredi 8 mars 2019

GREEN ARROW #50, de Jackson Lanzing, Collin Kelly et Javier Fernandez


Une série, qui plus est une bonne série, qui s'arrête, ce n'est jamais jouasse. Mais une série qui s'arrête alors qu'elle vend bien (assez bien pour satisfaire l'éditeur), c'est peu banal et même parfaitement incongru. Green Arrow s'achève donc sur ce cinquantième numéro (avant un prochain relaunch), dont son équipe d'auteurs a fait un vrai feu d'artifices de quarante-quatre pages ! Une sortie pleine de panache donc.


Green Arrow effectue une patrouille nocturne dans Seattle et tombe sur Jayce, le gamin qui se prend pour un justicier et qu'il a déjà essayé récemment d'arrêter. Mais il lui échappe à nouveau. En rentrant chez lui, l'arche croise Black Canary.


Avant d'être une super-héroïne, celle-ci a été une espionne dont l'agence veut maintenant se débarrasser de Green Arrow pour lui subtiliser une boîte que lui a confié J'onn J'onzz, capable de détruire la Justice League. Il refuse et fuit.


Poursuivi par des motards, il plonge dans le lac Washington où il neutralise des hommes-grenouilles. Il rejoint son repaire où il récupère la boîte et active l'auto-destruction de l'endroit avant de s'envoler aux commandes de son jet.


Des avions de chasse le poursuivent et le touchent. Green Arrow s'éjecte et ouvre son parachute. Sa descente est amortie par le cri de Black Canary, qui met hors d'état de nuire un commando venu à leur rencontre.


Black Canary tente de convaincre Green Arrow de quitter Seattle et de se faire oublier. Il préfèrerait se battre, avec elle. Mais elle appelle alors Jayce qui agrippe l'archer et l'emmène au loin.


Jayce promet à Green Arrow de veiller sur Seattle en son absence. L'archer, seul, ouvre la boîte : elle est vide. Furieux, il promet de se venger de la Justice League puis, après avoir changé de vêtements, il s'éloigne à pied. La boîte s'illumine...

L'annonce de l'arrêt de la série a surpris tous ses fans, même si elle a eu lieu il y a trois mois. Certes, le remplacement des soeurs Benson par Jackson Lanzing et Collin Kelly trahissait une instabilité dans la conduite du titre, mais les scénaristes se succèdaient avec bonheur, enchaînant d'excellents histoires - Lanzing a mêmeexliqué récemment qu'il avait avec Kelly le projet d'une longue saga... Avant d'apprendre l'annulation de Green Arrow.

Depuis le lancement de "DC Rebirth"et le run de Benjamin Percy, les aventures d'Oliver Queen ont été parmi les grandes réussites du nouveau statu quo. Les ventes étaient bonnes (suffisamment pour l'éditeur). Alors pourquoi stopper ?

Officiellement, c'est pour donner à Green Arrow plus d'importance dans le futur, en faire un personnage qui compte et pèse davantage sur le reste du DC-verse. Soit. Mais cela ne justifie pas d'arrêter sa série, qui aurait très pu acter cette évolution.

A dire vrai, cette décision de Dan Didio et Jim Lee, les deux rédacteurs en chef de DC, reste incompréhensible, totalement incongrue. Et oblige donc Lanzing et Kelly à abréger leur formidable prestation, en liquidant leur projet de saga, et à laisser l'épatant Javier Fernandez sans série (même si j'ose espérer que l'éditeur lui trouvera vite un job à la hauteur de son talent).

Magnanime, DC a offert au trio un numéro double pour conclure. Maigre consolation, mais magnifiquement exécutée. Les scénaristes renvoient à la saga Justice League : No Justice au terme de laquelle J'onn J'onzz confiait à Green Arrow un mystérieux coffret hérité de Brainiac dont le contenu était susceptible de détruire la Justice League. Aujuourd'hui, les anciens employeurs-formateurs de Black Canary, une agence d'espionnage, lui ordonnent de la récupérer par tous les moyens nécessaires. Elle tente de négocier avec l'archer mais comprend que c'est en pure perte des deux côtés : Green Arrow est dans le collimateur de cette organisation.

Lanzing et Kelly nous entraînent alors dans une course-poursuite trépidante où le rôle de Black Canary est d'abord équivoque - a-t-elle trahi Green Arrow (comme il le pense) ? Ou son échec pour avoir la boîte en douceur la condamne-t-elle aussi ? En tout cas, elle va mal prendre le fait d'avoir été doublée.

C'est un pur shot d'adrénaline auquel à droit le lecteur pendant près de trente pages où Green Arrow fait la démonstration de ses talents d'archer, d'acrobate, de nageur, de pilote, de parachutiste. L'action est effrenée, le rythme infernal, on ne souffle que quelques secondes avant qu'un nouvel obstacle se dresse et ne manque d'avoir la peau du héros. Et même si on se doute que l'objectif n'est pas de le tuer (puisque l'éditeur a des grandes ambitions pour lui), on souffre, on vibre pour lui - après tout, ce n'est qu'un type avec un arc et des flèches contre des commandos sur-armés et omniprésents.

La chute est double : les adieux du pretty bird et de l'emerald archer soulignent leur indéfectible alliance mais aussi leur inéluctable séparation. Puis la révélation concernant la boîte donne un aspect dérisoire et cruel qui légitime la colère de Green Arrow, estimant avoir été joué par la Justice League. Lorsqu'il reviendra, il y a fort à parier qu'il y aura de la revanche dans l'air. Même si la toute dernière image de la dernière page indique que Oliver Queen a abandonné une potentielle boîte de Pandore derrière lui...

Que dire sur Javier Fernandez ? Le dessinateur espagnol a vraiment ét, pour moi, ces derniers mois, la grande révélation de la série. J'avais déjà bien aimé sa contribution à Nightwing tout en déplorant le peu d'inspiration des scripts de Tim Seeley (visiblement à court d'idées après l'excellent Grayson durant les "New 52").

En passant après les très bons partenaires de Percy (Otto Schmidt et Juan Ferreyra principalement), Fernandez a brièvement accompagné les soeurs Benson (secondé par German Peeralta). Mais avec Lanzing et Kelly, il a véritablement explosé - et les auteurs ont salué, élégamment, tout ce que leurs épisodes lui devaient.

Il arrive, littéralement, qu'un artiste rencontre son personnage et c'est le sentiment que j'ai eu en voyant les dessins de Fernandez sur Green Arrow. Représenter un archer n'est pas facile : il faut savoir lui donner des attitudes réalistes avec son arme tout en produisant des images dynamiques. L'espagnol a comblé mes attentes au-delà du possible en livrant des pages époustouflantes, aux compositions très audacieuses mais toujours très claires, avec un trait nerveux, des effets variés.

Dans ce double épisode, on a l'impression d'avoir droit à une sorte de best of. La course-poursuite est un motif narratif dans lequel Fernandez donne sa pleine mesure : les pages défilent, étourdissantes, saisissant la vitesse, la tension, avec des changements d'angle, des valeurs de plan, toujours impeccables. Songez qu'il n'use qu'une fois d'une double-page et deux fois d'une pleine page. C'est dense, tonique, grisant.

A la fin, Fernandez structure le monologue rageux de Queen avec des pages en "gaufriers" très strictes, mais qui permettent d'apprécier l'expressivité du personnage en proie à des émotions longtemps retenues et à une parole qui se libère après des épreuves multiples. C'est magistral. Une vraie leçon. Définitivement, Javier Fernandez est un grand à suivre.

On quitte donc Green Arrow sur une drôle de note : frustré que ça se termine ainsi, déconcerté par le choix de DC, triste pour l'équipe artistique aux commandes qui était en pleine bourre. Mais aussi impatient de le retrouver (car il reviendra). Et aux aguets pour apprendre les prochains projets de Lanzing-Kelly et Fernandez. En tout cas, DC se met une drôle de pression car il sera compliqué de faire aussi bien (à moins que le trio ne soit reconduit pour le retour d'Oliver Queen, ce qui ne manquerait pas de piquant).

La variant cover d'Evan Shaner.

samedi 9 février 2019

GREEN ARROW #49, de Collin Kelly, Jackson Lanzing et Javier Fernandez


Les scénaristes Jackson Lanzing-Collin Kelly font preuve d'une énergie qui force le respect au regard de la tâche ingrate qui est la leur - conclure une série en divertissant les fans déjà tristes de son arrêt. Ils sont mieux que bien soutenus par Javier Fernandez au dessin. Ce trio mérite d'être maintenu et Green Arrow de vite revenir.


Green Arrow et Black Canary sont impuissants devant le pouvoir invraisemblablement augmenté du comte Vertigo. C'est comme si désormais il déréglait les lois mêmes de la physique en déstructurant Seattle.


Pour gagner du temps, Green Arrow tire une première flèche aveuglante qui distrait Vertigo et permet à l'archer et sa partenaire de se cacher. Il lui explique alors que le comte ignorait que Roy Harper était Arsenal, ils étaient même devenus amis en cure de désintoxication.


Ce souvenir donne d'ailleurs la solution à Green Arrow car Vertigo n'est pas un méta-humain : il tient ses pouvoirs d'un implant dans le cerveau. Il ne tord pas la réalité mais en donne l'illusion.


Défiant une nouvelle fois le comte, Green Arrow le raisonne en finissant par lui avouer que Roy Harper, qu'il réclame, est mort. Vertigo est interloqué mais ne peut s'empêcher de provoquer l'archer en déclarant qu'il n'a pas pu sauver Roy.


Furieux, Green Arrow manque de tuer Vertigo mais la police s'interpose en embarque le malfrat. Oliver Queen rentre, seul, à sa base. Tandis que Dinah Lance reçoit un ordre de mission terrible...

Comme le précédent numéro, cet épisode est d'abord celui de son dessinateur, Javier Fernandez : l'espagnol enchaîne les planches ébouriffantes, usant de plusieurs pleines pages vraiment sidérantes. L'énergie qu'il injecte par son dessin à l'histoire transcende le script, pourtant peu avare en péripéties et surprises.

Ces efforts ont été dignement salués par Jackson Lanzing sur Twitter qui a posté un extrait du scénario avec la planche correspondante à côté. Il soulignait alors que pour un auteur, quelques mots, quelques phrases représentaient en vérité, au final, des heures de travail pour l'artiste.

Cet hommage, suffisamment rare, mérite d'être cité en exemple car critiques comme auteurs comme lecteurs négligent souvent cet aspect des choses. Il va en quelque sorte de soi qu'un dessinateur livre mensuellement vingt pages, comme si cela ne représentait pas une contribution exceptionnelle. Et encore, ça, c'est quand les critiques, auteurs, lecteurs font attention au dessin, car combien sont-ils à discutailler histoire, continuité, caractérisation, etc., sans même penser à l'artiste qui les met en images dans des cadences infernales.

Pour a part, j'ai toujours mis un point d'honneur à parler du dessin dans une BD, à en évoquer le découpage, la représentation des décors, des personnages, à mentionner l'encrage, la colorisation, toute cette partie visuelle qui, soyons honnêtes et lucides, est ce qui nous fait acheter une revue, un album car c'est la partie la plus émergée de l'iceberg.

Cela ne signifie pas que je minimise l'écriture, mais je veux mettre l'accent sur le fait que l'art séquentiel est la combinaison indivisible des mots et des images. Une BD mal dessinée est pénible, une BD mal écrite n'est qu'un livre d'images. Une BD, c'est un bon scénario et de bons dessins. Ceux qui oublient cela ne savent tout simplement pas lire de la BD, il n'en voit que la moitié.

Jackson Lanzing et Collin Kelly l'ont compris et, parce qu'ils savent qu'ils disposent d'un dessinateur en pleine bourre, vraiment inspiré par ce qu'ils racontent, ne font pas les choses à moitié eux non plus.

Ce mini-arc en deux parties avec le comte Vertigo gère encore les conséquences de la mort de Roy Harper dans Heroes in Crisis, mais de manière plus indirecte que l'épisode entier qu'avaient produit les soeurs Benson avant eux. Le méchant réclame moins le défunt, dont il ignore l'assassinat, pour l'affronter (alors qu'il l'a envoyé en prison) que parce qu'ils furent compagnons en cure de désintoxication.

Le souvenir de Roy procurera aussi la solution à Green Arrow pour neutraliser le comte. Tout en révélant cruellement le fait que l'archer reste traumatisé par le décés de son sidekick. Ironiquement, c'est maintenant que Oliver Queen aurai besoin de la thérapie du Sanctuaire.

Le cliffhanger est vraiment étonnant et promet un cinquantième et dernier épisode imprévisible puisque Black Canary reçoit un ordre de mission radicale en relation avec son compagnon. De quoi boucler la série en beauté. Mais en souhaitant quand même son retour rapide, sous une forme ou une autre.
    
La variant cover de Francis Manapul.

vendredi 11 janvier 2019

GREEN ARROW #48, de Collin Kelly et Jackson Lanzing et Javier Fernandez


Au mois de Mars prochain, Green Arrow cessera sa publication (avant un relaunch et un nouveau titre ?). Premières victimes : les soeurs Benson qui ont été remerciés car leurs plans pour la série ne collaient pas avec ceux de DC. Retour du duo Collin Kelly-Jackson Lanzing avec le dessinateur Javier Fernandez pour ranger les jouets. Avec panache.


Depuis la mort et les obséques de Roy Harper, Green Arrow se consacre à temps plein à son activité de justicier à Seattle. Il a coupé les ponts avec la Justice League (qu'il juge responsable du décés de son partenaire au Sanctuaire) et applique une tolérance zéro contre la délinquance.
  

Pendant ce temps, le comte Vertigo a appris à augmenter ses pouvoirs dans sa cellule de prison et s'en évade. Lorsque les autorités l'appellent, Green Arrow se lance à sa poursuite et échappe ainsi à une conversation sur Roy avec Dinah Lance.


Mais Black Canary le suit à la poursuite du fugitif. En centre-ville, ils trouvent les immeubles sans dessus-dessous mais un jeune homme, Jayce Riot, qu'avait arrêté Green Arrow la veille, a fait évacuer les habitants et repousse son aide.


Black Canary empêche Green Arrow de se disputer avec le garçon pour retrouver Vertigo dans ce décor bouleversé. Le vilain ne se cache pas longtemps et défie le couple même s'il ne souhaite pas les affronter.


Toutefois il n'hésitera pas à les éliminer si celui qui l'a envoyé en prison ne se présente pas à lui. Et c'est bien là le problème comme le comprennent les héros car celui qui l'avait appréhendé était Roy Harper !

J'ignore quels sont, précisèment, les plans de DC pour son archer mais la décision de stopper dans deux mois sa série, qui fonctionne pourtant bien, est une conséquence des événements de la saga Heroes in Crisis, dont elle s'est d'ailleurs faite l'écho (en consacrant un numéro entier aux funérailles de Roy Harper).

Les soeurs Benson n'ont pas démérité en signant leurs quelques épisodes mais, donc, ce qu'elles prévoyaient pour Ollie Queen ne correspondaient pas avec les exigence de l'éditeur. Remerciées ou résignées, elles sont remplacées par Collin Kelly et Jackson Lanzing, déjà présents sur le titre avant elles pour un bref intérim. A charge pour eux de conclure.

C'est donc parti pour une histoire en trois parties avec comme méchant de service un adversaire récurrent de Green Arrow, le comte Vertigo. Mais sérieusement upgradé pour l'occasion : le passage par la case prison l'a motivé pour explorer ses pouvoirs au point qu'il peut désormais tordre la réalité elle-même. 

Cela en fait une sorte d'équivalent à Proteus, un ennemi emblématique des X-Men (époque Claremont-Byrne), sans toutefois être un mutant. L'exploitation qu'en font les scénaristes donne lieu à des scènes impressionnantes dans lesquelles on peut aussi lire l'influence manifeste d'Inception de Christopher Nolan avec ces immeubles renversés, une ville bouleversée par des forces insensées.

Contre cela, on se demande bien ce que va pouvoir faire Green Arrow (et Black Canary). Surtout que le vilain a une requête bien spéciale... Le script est malin, rapide, efficace, tout en ménageant au début quelques pages sur le traumatisme que vient de traverser Ollie Queen avec la mort de Roy Harper. Et si, tout compte fait, DC préparait simplement une série Green Arrow/Black Canary où le couple était plus que des partenaires et amants occasionnels (puisque Dinah a décidé de rester à Seattle).

Il faut espérer en tout cas que, quel que soit le futur auteur de l'archer, il restera associé à Javier Fernandez car l'espagnol accomplit une prestation à nouveau exceptionnel. Après le fill-in de German Peralta (parti dessiner une mini-série X-Men chez Marvel), on a droit à ce graphisme plein d'énergie qui sied parfaitement au titre.

Fernandez a fait des progrès bluffants depuis ses épisodes de Nightwing (où il ne bénéficiait certes pas de scénarios bien inspirés) : en vérité c'est la rencontre entre un dessinateur et un personnage comme il s'en produit parfois. Fernandez anime idéalement Green Arrow et Black Canary comme s'il était taillé pour eux et leur univers.

Le découpage est très dynamique et les doubles pages sont de vraies morceaux de bravoure, avec des idées de cadrage intelligentes et impressionnantes. Il y a de la vivacité dans le dessin de Fernandez, un mouvement puissamment suggéré, proprement irrésistible. Avec lui, une acrobatie un peu gratuite (le parachutage de Green Arrow et Black Canary en plein coeur de Seattle) devient une scène spectaculaire malicieuse et préparant le terrain à ce qui suit.

Tout cela se lit très bien, même si on a le coeur un peu pincé à l'idée que dans trois numéros ce soit fini. Souhaitons que DC ne nous prive pas longtemps ni de l'archer vert ni de son dessinateur.

La variant cover de Kaare Andrews (en mode Neal Adams).

jeudi 15 novembre 2018

GREEN ARROW #45, de Julie et Shawna Benson et Javier Fernandez


A peine arrivées sur le titre, Julie & Shawna Benson ont du composer avec la saga Heroes in Crisis de Tom King. Green Arrow est en effet indirectement impacté par le premier épisode puisqu'une des victimes de la tuerie du Sanctuaire est Roy Harper/Arsenal : il était impensable que l'archer ne suspende son enquête sur le Citizen au moment de rendre hommage à son disciple. Pour Javier Fernandez, l'exercice permet à la fois de briller tout en se retirant (déjà !)...


Oliver Queen et Dinah Lance assistent aux obsèques de Roy Harper en compagnie des amis de ce dernier au sein de la Justice League, des Titans et des Outlaws. Pour Green Arrow, le chagrin le dispute à la colère, alors qu'il est assailli par les souvenirs du défunt.


Roy avait récemment fait son retour à Seattle et participé au sauvetage d'un immeuble détruit par le promoteur Jubal Slade. Il semblait vouloir se confier à Oliver qui, lui-même, voulait lui donner quelque chose. Les meurtres commis au Sanctuaire ne l'auront pas permis.


Oliver frappe Clark Kent en lui reprochant, comme à d'autres membres de la Ligue, de ne pas avoir protéger les patients du Sanctuaire. Puis il se tourne vers Hal Jordan à qui il supplie d'utiliser son pouvoir pour ressusciter Roy. Avant que J'onn J'onzz ne le raisonne télépathiquement.


Calmé, Oliver s'éloigne et fait connaissance avec Annie, une jeune femme, ancienne toxicomane que Roy avait convaincue de se faire soigner. Green Arrow se rappelle alors comment il avait surpris Roy quand il se droguait et la manière, maladroite, de l'aider en jouant davantage le rôle d'un mentor que d'un père de substitution.


Ces regrets, Oliver le comprend, alimentent sa colère aujourd'hui : il en veut moins aux autres qu'à lui-même, de ne pas avoir été suffisamment présent pour Roy. Il doit s'améliorer en sa mémoire. Et cela commencera par coincer le Citizen.

L'exercice du tie-in, c'est-à-dire de l'épisode découlant d'une saga, est toujours périlleux, même s'il arrive parfois que les auteurs y trouvent matière à transcender l'histoire à laquelle ils doivent coller. Julie & Shawna Benson ne visent pas si haut mais en profite pour signer un chapitre intermédiaire dans leur arc narratif de manière habile.

Javier Fernandez a visiblement profité d'une liberté de manoeuvre assez grande pour découper l'épisode qui abonde en pleines pages rétrospectives. On peut ainsi voir défiler des moments emblématiques de la vie de Green Arrow et de celui qui fut successivement Speedy, Red Arrow et Arsenal. Ces planches sont très belles, superbement composées, avec des effets de fondus enchaînés épatants, leur lecture est très fluide et ponctuée d'instantanés iconiques renvoyant à des épisodes célèbres (notamment ceux du run de Denny O'Neil et Neal Adams sur la série Green Arrow/Green Lantern).

Dans Heroes in Crisis #1, Tom King présentait dans une page le témoignage de Roy Harper se sachant condamné après une courte existence éprouvante où les coups reçus et son addiction à l'alcool et la drogue avaient détruit ses reins. Devenu sacrifiable, il disparaissait néanmoins de manière poignante, symbole d'une jeunesse héroïque mais surtout consumée par une activité destructrice.

La réaction d'Oliver Queen est exposée de façon logique et mesurée. C'est un homme en colère qui se présente aux funérailles de son protégé. Ce sentiment s'exprime d'abord contre les gardiens du Sanctuaire via Superman qu'il accuse de n'avoir pas su éviter le carnage ni arrêter le meurtrier. Puis, subtilement, on voit que ce ressentiment vise Queen lui-même.

Le tournant de sa relation avec le défunt se situe donc quand Roy a commencé à se droguer et qu'il l'a découvert avec Green Lantern - un classique donc de l'ère O'Neil-Adams. A l'époque, Green Arrow réagit brutalement en giflant et en sevrant sans ménagement son sidekick. Il agit comme un coach, un mentor, face à un ado qui cherche un père de substitution. En le comprenant aujourd'hui, Oliver intègre sa maladresse, son erreur, et formule son regret.

Mais, et c'est là le petit tour de force des Benson, il en tire une leçon : il a échoué, il doit s'améliorer. Et cela passera par la capture du Citizen. La série retombe sur ses pattes avec agilité et annonce la reprise de l'intrigue commencée dans les deux numéros précédents. Le tie-in est exemplairement rempli tout comme la liaison avec l'histoire en cours.

GREEN ARROW #43-44, de Julie et Shawna Benson et Javier Fernandez


Un changement d'équipe créative sur une série donne l'occasion d'un jumping point, c'est-à-dire d'essayer ledit titre alors qu'on a raté les précédents épisodes. Je suis ainsi passé à côté du run de Benjamin Percy, bêtement désorienté par l'alternance de dessinateurs aux styles très différents (Otto Schmidt, Juan Ferreyra, Stephen Byrne...). Aujourd'hui, je débute donc celui de Julie et Shawna Benson avec ce #43, un parfait point d'entrée, dessiné par Javier Fernandez (Nightwing).


Green Arrow et son sidekick Arsenal interviennent pour sauver les habitants d'un immeuble sur le point d'être soufflé par le promoteur immobilier Jubal Slade. Ce dernier s'enfuit tandis que Green Arrow donne de l'argent aux sans-logis pour aller à l'hôtel en attendant mieux.


Après un passage au siège de Queen Entreprises, Oliver Queen retrouve, dans la banlieue de Seattle, à l'intérieur d'un abri souterrain, sa partenaire Dinah Lance/Black Canary. Ils partent rejoindre Roy Harper/Arsenal pour déjeuner.


Sur place, Dinah consulte son portable et regarde une vidéo en direct où un certain Citizen annonce qu'il va s'en prendre aux nantis malhonnêtes de la ville dont ses followers décideront du sort. Le premier accusé est Jubal Slade.


Grâce à Batgirl, Green Arrow et Black Canary retrouvent l'endroit où Citizen retient Slade que les internautes veulent condamner à mort. Mais ils arrivent trop tard : le promoteur immobilier, pris dans un piège, est décapité et son bourreau n'est pas dans la pièce où a été filmée l'exécution.


Néanmoins, Citizen continue de transmettre en direct et désigne sa prochaine cible : il compte soumettre au jugement populaire... Oliver Queen !


Après cet épisode d'ouverture très efficace, à l'argument rapidement exposé, les scénariste Benson et leur dessinateur embrayent directement, toujours sur les chapeaux de roues. Comment Green Arrow va-t-il composer avec la menace du Citizen contre son alter ego ?


Les supporteurs du Citizen traquent Oliver Queen mais il parvient à les semer et à rejoindre Black Canary. Celle-ci a appris, grâce aux compétences informatiques de Batgirl, que leur ennemi postait ses vidéos depuis un cyber-café. Mais c'est un leurre : il annonce qu'il va traîner devant sa cour de justice deux autres notables.


Alors qu'une vidéo accablant Oliver Queen dans un accident de la route, fatal à une jeune fille, circule, Black Canary s'occupe de mettre Franklin Rossmore à l'abri et Green Arrow se rend chez Alison Kim. Les gardes du corps de cette dernière sont neutralisés quand il arrive chez elle.


Et Citizen l'a traînée dans son écurie, lui attachant chevilles et poignets à quatre chevaux pour l'écarteler si ses followers la jugent coupable d'avoir dopé ses purs-sangs. Green Arrow s'interpose mais Citizen le place face à ses responsabilités en lui demandant s'il compte sauver une tricheuse.


L'archer ne tergiverse pas et libère Alison Kim mais Citizen en profite pour fuir alors que les chevaux s'emballent. Green Arrow décide de conduire Kim au poste de police pour qu'elle réponde de ses actes.


De retour auprès de Black Canary, Oliver culpabilise pour l'affaire qui le concerne et dont il avait tout oubliée. C'est alors que Superman l'interrompt...

Si j'espère un de ces quatre lire et critiquer le run de Benjamin Percy, salué par la critique et les lecteurs, je dois d'emblée dire que celui de Julie & Shawna Benson m'a enthousiasmé. Pour une relance, c'est une vraie réussite. Je n'attendais pas ces scénaristes à ce niveau, après leurs épisodes décriés de la série (annulée depuis) de Batgirl & the Birds of Prey.

Comme elles ne s'embarrassent pas de préliminaires, imitons-les : ce qui séduit dans ces numéros de Green Arrow, c'est leur rythme très soutenu, leur vitesse. La situation est bien et rapidement posée, avec un méchant ambigu et original. L'archer de Seattle a toujours été un personnage à part dans la galaxie DC car il représente son aspect le plus politique : Oliver Queen a beau être un homme d'affaires et un justicier comme Bruce Wayne/Batman, c'est un homme de Gauche, engagé (il a été maire) et dont l'origine même résume sa position (échoué sur une île, il a du y devenir l'expert du tir à l'arc qu'il est pour devenir en chassant des trafiquants - le #43 y fait une allusion amusante quand Ollie dit qu'il n'aime pas trop les îles) - bref, il en a bavé.

Si on peut s'étonner (et même se plaindre) que la série ne s'intitule pas "Green Arrow & Black Canary", puisque Dinah Lance en est la protagoniste au même titre que son partenaire (même si leur romance a re-débuté avec "Rebirth"), l'ennemi que doit affronter le couple s'en prend d'abord à Oliver Queen et ses semblables. Les Benson s'appuient sur la thèse, authentique, que 99% de la fortune mondiale est aux mains de 1% de la population pour caractériser le Citizen (le Citoyen) qui s'en prend à des nantis de Seattle au prétexte que leur richesse n'est jamais acquise honnêtement.

Le cas initial de Jubal Slade n'est guère nuancé puisque ce promoteur fait carrément exploser un immeuble alors que des habitants se trouvent encore dedans. Les fautes de Franklin Rossmore et Alison Kim (un banquier et une éleveuse de chevaux) sont plus subtils. Quant au dossier noir concernant Oliver Queen, il est trouble : son implication dans un accident de la route mortel est sujet à caution puisqu'il n'en a conservé aucun souvenir car il était en état d'ivresse.

Il n'empêche, le procédé est très accrocheur et percutant. Green Arrow doit affronter un adversaire qui se targue de représenter le peuple et sollicite ses votes pour exécuter des gens vraiment malhonnêtes. Les méthodes du Citizen sont extrêmes mais poussent l'archer dans ses retranchements en l'accablant personnellement et en l'éprouvant comme justicier. Si Green Arrow interfère dans les procès du Citizen ne se rend-il pas complice des accusés ?

Javier Fernandez dessinait auparavant la série Nightwing, écrite par Tim Seeley comme la suite directe de Grayson durant les "New 52" - pour un résultat, hélas ! beaucoup moins abouti (un signe de l'influence de Tom King, co-auteur alors du titre ?). L'espagnol est très à son avantage dans le registre de l'action avec un trait nerveux et des compositions dynamiques.

C'était donc l'homme de la situation pour illustrer les scripts de Green Arrow et il rend une copie vigoureuse. Il est à l'aise pour représenter l'archer à la manoeuvre : c'est Oliver Queen comme on l'aime, avec sa moustache et sa barbichette, un costume redesigné très intelligemment, entre deux âges, dont le couple avec Black Canary possède une vraie alchimie. Fernandez dessine celle-ci de manière agréable, sans exagérer sa physionomie pour l'hyper-sexualiser et en en faisant une femme adulte comme son partenaire, dont le pouvoir vocal est utilisé et mis en scène de manière spectaculaire mais dosée (on la voit par exemple s'entraîner pour en tester la puissance).

Si Fernandez a un défaut, c'est celui de ne pas sembler savoir choisir entre les textures : parfois, il joue sur une économie élégante avec des à-plats noirs, parfois il use de traits, et parfois il mélange les deux effets, ce qui créé un curieux mélange. Pas désagréable mais un peu étrange. Heureusement, la série peut compter sur un coloriste de première classe avec John Kalisz, dont la palette est superbe.

Cette reprise est donc très prometteuse. En attendant de voir le prochain mouvement du Citizen, les auteurs vont faire une pause pour coller aux événements de la saga de Tom King, Heroes in Crisis, dans le prochain numéro.