mercredi 21 juillet 2021

CATWOMAN #33, de Ram V et Fernando Blanco


La couverture de ce trente-troisième numéro de Catwoman ne ment pas : l'affrontement tant attendu et redouté entre la féline fatale et le Père Vallée a bien lieu ce mois-ci et l'épisode est orchestré comme un crescendo oppressant. Ram V est décidément en feu et rejoint par Fernando Blanco, pour l'avant-dernière fois, il livre un chapitre magistral.


Le chaos s'est emparé de Alleytown. Déjà sous la coupe du GCPD et des agents du programme Magistrat déployés par le maire Nakano et Simon Saint, les habitants du quartier défendu par Catwoman sont soupçonnés d'avoir fait sauter l'église abandonnée St-Thomas.


De retour de l'hôpital où est soigné Léo, Catwoman découvre que son allié n'est autre que Geule d'argile qui la convainc de se laisser aider par de vieux amis - Cheshire, Knockout, Firefly et Killer Croc - mais aussi de renouer avec ses rivaux dans Alleytown.


C'est ainsi que, accompagnée par Killer Croc et Gueule d'argile, Catwoman rencontre Pit Rollins pour contrer les forces de police et protéger les habitants du quartier. Rollins ne manque pas l'occasion pour dire à Selina Kyle que si la situation a dégénèré, c'est à cause de son manque d'nnticipation.


La réunion terminée, Catwoman et ses deux lieutenants d'un soir sont attaqués par le Père Vallée. Il la blesse gravement et éloigne Gueule d'argile. La police arrive sur place. Catwoman coule dans la baie de Gotham en se vidant de son sang...

C'est dans une position curieuse que je critique cet épisode que j'ai trouvé, une fois encore, excellent, mais qui est assombri par l'annonce du départ prochain de son dessinateur. Fernando Blanco signe son avant-dernier numéro, appelé sur un autre projet (encore inconnu mais assez excitant selon ses dires pour ne pas pouvoir le refuser). Même s'il n'a été l'artiste régulier de Catwoman que depuis l'Automne 2020, il achève un passage sur le titre qui remonte à 2018, lorsqu'il intervenait en qualité de suppléant à Joelle Jones (alors scénariste et artiste de la série).

Blanco tient visiblement à partir en beauté car ses planches sont superbes. Son découpage est plus sage qu'auparavant, mais il réalise des plans ébouriffants, auxquels la colorisation experte et nuancée de Jordie Bellaire ajoute une plus-value indéniable. Lorsqu'on suit Catwoman sauter de toit en toit dans Alleytown la nuit tout en évitant d'être repérée par les hélicos du GCPD ou qu'on la voit en train d'affronter le Père Vallée sur les docks en flammes, la fluidité des chorégraphies est magnifique.

Quand Blanco doit découper une scène de dialogue tendue, comme quand Catwoman parlemente avec Pit Rollins, il réussit à restituer l'intensité des échanges de manière sobre et efficace tout en variant les angles de vue. C'est un artiste complet, un narrateur achevé, et sa prestation sera regrettée, d'autant que sa remplaçante, Nina Vakueva, même si je ne veux pas la disqualifier d'office, ne me semble vraiment pas du même calibre. J'ignore quel est ce projet immanquable qu'a accepté Blanco, mais vraiment c'est un coup dur pour Catwoman et ses fans, d'autant que sa complicité avec Ram V faisait des étincelles.

Le scénariste a patiemment mais avec beaucoup de maîtrise mené son recit jusqu'à l'implosion. L'Annual, sorti récemment, est indispensable à la bonne compréhension des événements, donc assurez-vous de le lire avant de vous plonger dans cet épisode. Il permet surtout d'apprécier les qualités de combattant du Père Vallée qui domine largement Catwoman dans un final douloureux. Mais il explicite aussi comment cet assassin professionnel est repéré par le détective Hadley et surtout comment il agit en marge du chaos qui règne déjà dans Alleytown.

Ram V écrit la situation de façon vibrante : le quartier est maintenant sous la coupe du programme Magistrat autorisé par le maire Nakano. Peuplé de gens modestes, et d'une délinquance nombreuse, c'est la cible parfaite pour tester cette milice conçue par le milliardaire Simon Saint, véritable fil rouge des Bat-séries (puisqu'il est à l'oeuvre, à différents niveaux dans Batman, Detective Comics, Harley Quinn et Catwoman).

Cette réussite est celle d'un staff éditorial, qui malgré les crises qui agitent DC depuis des mois (à cause de plans sociaux successifs) mérité le respect. Je ne suis pas toujours tendre avec DC, qui avance parfois comme un poulet sans tête et dont le meilleur de la production semble se concentrer dans le Black Label, un espace de liberté créative semblable à feu le label Vertigo. Mais il faut reconnaître que, sous le patronage de James Tynion IV, auteur désormais établi sur Batman, les scénaristes des Bat-séries se sont bien coordonnés pour que l'ennemi des héros soit commun, que la menace se propage de manière structurée. C'est, à bien des égards, exemplaire, et plus électrique que pour un crossover classique - et donc il sera intéressant de vérifier si la formule fonctionnera aussi bien quand l'intrigue impactera tous les titres lors de Fear State cet Automne. Si oui, alors, ce sera un feu d'artifice.

Pour l'heure et dans le cas qui nous intéresse ici, Ram V fait un usage épatant de cette matière sans avoir à sacrifier ce qu'il a lui-même bâti. Comme Batman actuellement, Catwoman est acculée et doit renouer avec des partenaires dont elle s'était désolidarisée (des criminels avérés comme Killer Croc, Firefly, Cheshire, Gueule d'argile - même si ce dernier s'est racheté au sein des Gotham Knights dans Detective Comics période Tynion). Elle n'a plus le choix car non seulement Alleytown est en train de tomber mais surtout parce que ses protégées (les Strays, ces gamins qu'elle a recueillis dans son Nid) sont en danger. On constate bien à quel point renégocier avec Pit Rollins la contrarie - mais aussi à quel point ce que lui dit Rollins est juste (elle a été trop soft pour une reine auto-proclamée).

En doublant le divertissement d'une réflexion sur le pouvoir, les compromissions qu'il exige et les faiblesses qu'il expose, Ram V et Fernando Blanco ont fait de Catwoman une série prodigieuse. Espérons que cela dure, malgré les changements à venir.

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