mardi 29 septembre 2020

AN UNKINDNESS OF RAVENS #1, de Dan Panosian et Mariann Ignazzi

 

Parce que j'aime bien Dan Panosian, dont je suis le travail depuis qu'il participait au (défunt) site participatif Comictwart (où j'ai aussi découvert Chris Samnee, Evan Shaner, Tom Fowler...), j'ai acquis le premier numéro de An Unkindness of Ravens, la première série qu'il écrit pour Boom ! Studios. La présence à ses côtés, au dessin, de Marianna Ignazzi (que j'ai, elle, découverte sur Instagram) a fini de m'attirer. Je ne le regrette pas.



Wilma Farrington et son père s'installent dans la ville de Crab's eye pour y prendre un nouveau départ. Il la dépose au lycée et elle rencontre la principale, Diane Andrews. Puis en parcourant un couloir, elle tombe sur un avis de recherche concernant Waverly Good.


La ressemble entre Wilma et la disparue est saisissante, comme elle le remarque avec Ansel Friend, un élève qui l'aborde. Wilma apprend ensuite que le casier qu'on lui a donné était celui de Waverly. Curieusement, à l'intérieur, elle lit des inscriptions qu'elle seule voit.


La scène est observée par deux bandes de filles rivales, que lui présente Ansel : d'un côté, il y a Scarlett Dansforth, une chipie et ses copines ; et de l'autre, les Ravens, des marginales. Wilma et Ansel s'éloignent avant que la principale n'ait un échange à couteaux tirés avec Donald Dansforth, le père de Scarlett, chez qui Waverly a été vue pour la dernière fois.


Au réfectoire, Ansel déjeune avec Wilma lorsque Scarlett s'invite à leur table et interroge la nouvelle venue sur ses fréquentations et sa ressemblance avec Waverly. Ce sont ensuite les Ravens qui invitent Wilma à se joindre à elles et lui donnent rendez-vous après les cours.


Wilma décide de répondre favorablement à cette seconde invitation et demande à Ansel de l'accompagner. Mais les Ravens le congédient aussitôt. La chef de la bande interroge Wilma sur les inscriptions dans son casier et lui dévoilent leur secret...

Je l'avoue, parfois j'en ai assez des super-héros, de leur folklore, de la manière dont les Big Two (Marvel, DC) les publient. Comme tout fan de comics, je passe par des périodes d'abattement en me demandant si tout cela vaut la peine d'y consacrer autant d'argent et de temps. Par réaction alors j'ai envoie de me tourner exclusivement vers les creator-owned où les éditeurs pressent moins leurs équipes artistiques, explorent des genres différents, où on est libéré du poids de la continuité, des relauchs, etc.

Qui n'a jamais éprouvé ce sentiment est un fieffé menteur. 

Mais je sais aussi que c'est aussi récurrent qu'éphémère, comme une allergie saisonnière. Il n'empêche, je me suis plongé dans An Unkindness of Ravens après avoir lu Thor #7, Daredevil Annual #1 et Daredevil #21, dont je suis sorti découragé (au point d'avoir renoncé à écrire sur les deux derniers). Je n'ai pas aimé ces comics, ce qu'écrivaient leurs auteurs, la prestation des artistes. J'avais besoin d'autre chose - autre chose que du super-héros en tout cas.

Boom ! Studios a la manie, répandue, de promouvoir ses séries avec des références absurdes pour les rendre plus familières aux lecteurs : ici, étaient évoquées Sabrina the teenage witch et The Marked, pour suggérer que ça parlerait magie et adolescence. Heureusement, moi, ce qui m'intéressait davantage, c'était ceux qui réalisaient cette BD.

Dan Panosian est un artiste qui a été repéré très jeune, à quatorze ans, lorsqu'il a candidaté chez Marvel, et que son travail a été repéré par Walt Simonson et Neal Adams. Lorsque plusieurs talents quittent la maison des idées pour fonder Image comics, il les suit et se consacre à l'encrage, mais ces collaborations lui vaudront la réputation d'être un artiste moyen (ce qui est inévitable quand on assiste Rob Liefeld). Il se diversifie en réalisant des storyboards (sur King-Fu Panda notamment) puis en revenant aux comics humblement, après avoir perfectionné son style. Aujourd'hui, il est un auteur complet (sa série Slots) et un camarade apprécié (grâce aux vidéos du "Drink and draw club" où plusieurs dessinateurs se réunissent pour relever des défis).

Pour An Unkindness of Ravens, il illustre les trois premières pages et la couverture, mais rédige surtout l'intrigue et le script. La série s'inscrit effectivement dans la veine du récit d'apprentissage, avec des éléments familiers : une jeune et jolie héroïne blonde, frappée par un drame familial (la mort de sa mère dans un accident), qui s'installe avec son père dans une petite ville, sa ressemblance troublante avec une élève récemment disparue, la rivalité de deux bandes de filles, un zeste de fantastique s'ajoutant à l'ensemble.

Panosian excelle, sans user de grands effets de manche, à poser une ambiance captivante. Le prologue (qu'il dessine donc) établit son histoire dans le sillage des histoires de sorcières persécutées, mais dont certaines auraient échappé aux châtiments des hommes et auraient des héritières aujourd'hui. Pas de mystère sur ce point : les Ravens sont ces descendantes de femmes maudites et il ne fait guère de doute que Wilma Farrington a elle aussi une connection avec cette dimension surnaturelle. Tout repose sur la nature de ce lien, en relation avec la disparition de Waverly Good - et la responsabilité des Dansforth, une riche famille de Crab's eye, chez qui la jeune fille a été vue pour la dernière fois ?

On est donc facilement accroché par la propositionde Panosian, même si, à ce stade, tout n'est qu'esquissé et finalement classique. Avec peu, l'auteur sait faire beaucoup : camper des personnages forts, élaborer une énigme, entretenir une atmosphère. C'est prometteur.

Je ne sais pas grand-chose de Marianna Ignazzi. je suis tombé par hasard sur ses dessins sur Instagram en croyant qu'elle était peut-être styliste ou une simple artiste amateur. Mais j'ai été séduit par son trait fluide, fin, aérien, et son sens des couleurs acidulées. Il n'y a pas à se forcer pour lui trouver des qualités. Mais que faisait-elle à part poster ses jolies images ?

En découvrant qu'elle signait les dessins de An Unkindness of Ravens, c'était l'occasion de voir ce qu'elle valait comme narratrice. Et c'est une divine surprise. Souvent quand on découvre comme cela une artiste sur les réseaux sociaux, le passage à l'art séquentiel peut s'avérer cruel car il ne s'agit plus seulement de charmer ses followers mais de leur prouver qu'on est en mesure de raconter visuellement une histoire, de camper des personnages, de bâtir des décors. Ignazzi réussit tout cela avec, qui plus est, une aisance confondante. Elle a sur conserver la beauté de ses images postées sur Insta tout en découpant des planches aux compositions solides, des personnages expressifs.

La comparaison avec Sabrina the teenage witch et sa dessinatrice Veronica Fish reste un peu inutile, bien que Ignazzi ait en commun avec sa collègue un style léger, lumineux. Il faudra maintenant voir dans quelle direction Panosian va orienter son histoire et la capacité d'adaptation de son artiste, mais j'ai envie d'y croire.

C'est un bon "pilote" pour une série : tout y est bien et rapidement posé, et très bien valorisé. De quoi consoler le lecteur parfois un peu fatigué des super-héros ou déçus par ce qu'en font certains auteurs surcôtés.

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