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lundi 25 juin 2018

DOCTOR STRANGE #2, de Mark Waid et Jesus Saiz


Alors que je pensais le titre mensuel, il semblerait qu'il soit ou bimensuel ou publié à raison de dix-huit numéros par an : en tout cas, Marvel mise gros sur cette relance de Doctor Strange par Mark Waid et Jesus Saiz. Et je ne vais pas m'en plaindre après avoir beaucoup apprécié le premier épisode. On avait laissé le sorcier sans pouvoir en périlleuse situation et celle-ci va progresser de manière inattendue et rapide...


Strange est incarcéré et soumis à des expériences sur la planète Grynda depuis 73 jours, après s'y être crashé. Mais, bientôt, il doit partager sa cellule avec une "arcanologiste" au nom imprononçable résumé en Kanna, qui a enfreint plusieurs lois locales.
  

Passionnée par les reliques magiques dans un monde régi par la science et la tehnologie, Kanna décrit à Strange l'objet qu'elle a été surprise en train de voler dans une grotte et il l'identifie comme l'Oeil de Basphorus, si puissant qu'il peut faire de son détenteur l'égal d'un dieu.


Par la ruse, en utilisant le traducteur universel implanté sur lui, Strange leurre un gardien et s'évade avec Kanna. Evitant les autorités lancés à leurs trousses, ils en profitent pour récupérer l'Oeil de Basphorus et gagner le vaisseau réparé de Strange.


En constatant que l'appareil a été retapé, Strange en déduit que les expériences qu'il a subies ont permis aux élites de Grynda d'apprendre l'existence de la Terre et de concevoir des vaisseaux pour l'envahir. Il doit empêcher cela alors que Kanna est déjà en train de décoller.


L'adrénaline permet à Strange d'activer la magie de l'Oeil de Basphorus et d'envelopper Grynda d'un voile qui empêchera tous ses vaisseaux de la quitter. Mais l'évasion n'est pas passée inaperçue : ailleurs, on la signale à quelqu'un qui ordonne des représailles contre les fugitifs...

Mark Waid ne cherche pas, c'est maintenant évident, à renouveler les thèmes associés aux aventures récentes de Dr. Strange - en effet, il a déjà plusieurs fois perdu ses pouvoirs et les a récupérés d'une manière ou d'une autre. En revanche, comme dans Daredevil ou Captain America, ce qui distingue l'effort du scénariste, c'est la manière dont il va mettre cela en scène.

Dans le premier épisode comme dans celui-ci (et donc, logiquement, dans la suite), la voix-off est très présente pour assurer la narration à la troisième personne du singulier et au passé. Strange est nommé "le magicien" et son périple conté comme une série d'obstacles, d'épreuves, d'étapes, au cours de laquelle il apprend davantage. On revient à l'idée d'un homme qui n'a jamais cessé d'être un étudiant, mais cette fois dans le cadre d'un voyage spatial.

Cette façon de raconter fait penser à un conte, presque un poème antique, et on imagine fort bien que les prochains numéros seront autant de couplets dans un long chant, à la manière de L'Odyssée d'Homère : ce n'est pas inapproprié puisque dans ces récits mythologiques, on trouve quantité de magiciens, de créatures étranges, de dangers surnaturels, semblables à ceux d'un trip sidéral.

La fluidité avec laquelle Waid applique ce procédé à la série est en tout cas séduisante et prenante, et compense donc le peu d'originalité du postulat.

Un des craintes que j'émettais dans ma précédente critique était de savoir, quel que soit le rythme de parution, si Jesus Saiz parviendrait à tenir les délais avec la technique d'illustration qu'il a choisie - des couleurs directes mais avec un dessin sur tablette. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions mais ce deuxième épisode est aussi beau que le premier, avec un rendu des textures et des lumières saisissants.

Le découpage est sage, mais Saiz a compris que le script était suffisamment ouvragé pour ne pas en rajouter. Quand il s'autorise une pleine page, c'est pour un effet spectaculaire justifié (lorsque Strange libère le pouvoir de l'Oeil de Basphorus et enveloppe Grynda d'un voile qui empêche ses vaisseaux de guerre de quitter la planète). Surtout, le dessinateur espagnol insiste sur l'expressivité des personnages et même si ses extraterrestres sont humanoïdes, il soigne leur design pour les rendre assez exotiques.

Le sorcier n'a pas encore récupéré son titre, mais sa série est entre de bonnes mains et sa lecture est vraiment plaisante et accrocheuse. Une production qui ne fait peut-être pas de bruit mais qui gagne non seulement à être suivie mais recommandée.

jeudi 6 décembre 2018

DOCTOR STRANGE #9, de Mark Waid et Jesus Saiz


2019 sera une grande année pour Doctor Strange : le mois prochain sortira le 400ème numéro de sa série (compte tenu des épisodes parus avant que sa revue n'existe), le personnage sera dans Avengers 4 et la vedette d'un nouveau film dédié. Avant ces festivités donc, Mark Waid de nouveau allié à Jesus Saiz signe un épisode qui sert à la fois de prélude et de pause.


Depuis dix ans, Bleecker Street, où réside le Dr. Strange, est convoîté par un promoteur immobilier qui veut complètement reconstruire le quartier comme le lui explique un épicier avant qu'il ne soit abordé par Windermere Falston.


Pour tenter de le décourager, Strange accepte de lui ouvrir la porte de son sanctuaire. Le répit dure cinq ans. Des hommes de main intimident alors des commerçants pour qu'ils déguerpissent, quitte à dynamiter leurs boutiques.
  

Strange remonte facilement, par la magie, jusqu'au patron de Eldrichan Consolated qui a employé ces voyous. BIen qu'il le fasse arrêter, Strange reçoit des menaces de représailles.


Il y a deux ans. Des habitants de Bleecker Street sont réunis chez Strange : ils songent à partir car la presse raconte qu'il est un sataniste dangereux. Le Docteur rencontre les promoteurs et les poursuit en justice. Un démenti rétablit sa (bonne) réputation.


Aujourd'hui, un nouvel émissaire d'Eldrichan frappe à la porte de Strange et l'agresse. Le sanctuaire est convoîté car situé à un carrefour magique. Mais l'importun est envoyé sur la Lune. Après cela, Strange fait une sieste où son mentor, l'Ancien, requiert humblement son aide...

Avec le retour de Jesus Saiz, la série retrouve immédiatement le bon chemin, comme si Mark Waid avait besoi de son partenaire initial pour, lui aussi, renouer avec l'inspiration.

Visuellement, donc, l'épisode est magnifique et Saiz revient en pleine forme après son break. Il aligne les planches mémorables avec brio, déployant un découpage sage mais malin, et surtout composant avec un supporting cast large (bien que chaque second rôle soit bref). Il donne à tous une identité forte et s'amuse visiblement avec la représentation de créatures démoniaques, d'abord dans de rapides flash-backs puis dans des scènes plus conséquentes (comme le combat avec l'émissaire d'Eldrichan à la fin en passant par l'avocat très spécial de Strange).

Je me répéte, mais Doctor Strange est vraiment la meilleure production graphique du dessinateur espagnol : il est au sommet de son art et le fait qu'il assume dessin et colorisation y est pour beaucoup. Il laisse cours à un imaginaire débridé et insoupçonné : l'artiste avait rendez-vous avec le magicien.

Waid a donc donné à son partenaire de quoi s'occuper mais il comble surtout à nouveau le lecteur. Sachant qu'en Janvier prochain, il aura l'honneur d'écrire le 400ème épisode, il a dû composer avec cet événement sans servir un bouche-trou.

Son idée est simple mais, comme souvent avec Waid, il en exploite tout le potentiel. Strange est un héros à part : ses voisins savent qui il est et cohabitent avec lui contre l'assurance que les forces qu'il manipule ou combat ne dévasteront pas le quartier. En même temps, la dangerosité qu'implique cette proximité demeure nébuleuse, circonscrite entre les murs du sanctuaire sacré.

Partant de là, qu'en est-il quand un promoteur immobilier veut déloger les résidents pour tout reconstruire ? Strange n'est bien sûr pas disposé à déménager et protège sa communauté à la manière d'un street-level hero, chassant les importuns les uns après les autres, faisant arrêter ceux qui usent de violence contre ses proches.

Le contraste entre le pragmatisme obstiné des affairistes et les moyens de représailles du sorcier créé une ambiance savoureuse souvent, dramatique parfois. Waid sait ménager ses effets et le lecteur ressent bien l'escalade et la menace qui se précise. Il y a là en jeu plus qu'un quartier à refaçonner, comme on l'apprend à la fin : Bleecker Street est le nexus de forces magiques, d'où sa valeur.

Dès lors, il est suggéré que celui qui veut s'approprier ce périmètre est puissant, au-delà de l'argent. Assez pour affronter le sorcier suprême. Et que l'Ancien requiert son aide, avec une surprenante humilité.

Le procédé est diablement accrocheur et on a hâte de découvrir qui est l'être capable de faire trembler le mentor de Strange lui-même. Le #400 promet un feu d'artifices, et certainement un arc narratif spectaculaire. Ah, que ça fait du bien de retrouver Doctor Strange à ce niveau ! 

jeudi 14 octobre 2010

Critique 172 : TEAM-UPS OF THE BRAVE AND THE BOLD, de J. Michael Straczynski, Jesus Saiz, Chard Hardin, Justiniano et Cliff Chiang

Team-ups of the Brave and the Bold collecte les épisodes 27 à 33 de la série, publiés par DC Comics en 2009, écrits par J. Michael Straczynski et dessinés par Jesus Saiz (#27-30 & 32), Chard Hardin et Justiniano (#31) et Cliff Chiang (#32).
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La série anthologique The Brave and the Bold a été lancée en 1955 et a compté trois volumes depuis : c'est donc une institution de la firme DC Comics en même temps qu'une porte d'entrée commode pour faire connaissance avec ses personnages et son univers, si l'on ne suit ni ses séries régulières ni ses sagas. Le principe est simple : il s'agit d'aventures, brêves (un épisode le plus souvent, des arcs succincts autrement), entre deux personnages (voire deux groupes), l'un incarnant la bravoure (the Brave), l'autre l'intrépidité (the Bold). Mix de "buddy comics" et d'associations inattendues, on y rencontre à la fois une vedette et un partenaire moins célèbre.
Parti avec fracas de chez Marvel (suite à des désaccords éditoriaux sur ces trois dernières séries, Amazing Spider-Man, Fantastic Four et Thor), J. Michael Straczynski signe dans la foulé chez le concurrent et annonce plusieurs projets (le revamp des héros Archie Comics, The Mighty Crusaders ; Samaritan X sur un service hospitalier pour super-héros ; un graphic novel sur la jeunesse de Superman - Earth One - , puis les séries régulières Superman et Wonder Woman).
Finalement, ces épisodes de The Brave and the Bold sont le premier projet à être édité : pourtant, le résultat diffère du plan initial qui devait permettre au scénariste d'introduire progressivement les Mighty Crusaders dans le DCverse (ce sera fait via une mini-série, Red Circle, toujours pas éditée en album hélas !) et un teaser où figuraient The Shield, The Black Hood et The Fly avec Batman sera même diffusé.
Toutefois, JMS a su adapter ses projets et propose des tandems très originaux désormais rassemblés dans ce hardcover (en attendant les prochains épisodes), parmi lesquels Batman et Dial H for Hero ou Brother Power The Geek, Flash et les Blackhawks, Dr Fate et Green Lantern, Aquaman et Etrigan le démon, Atom et le Joker, ou le trio Wonder Woman, Zatanna et Batgirl. Ces récits font référence à la continuité mais sont compréhensibles sans qu'on connaisse les histoires auxquelles il est fait allusion (bien sûr, on les apprécie mieux en sachant à quoi ils se rattachent, en particulier Killing Joke d'Alan Moore et Brian Bolland et Justice League International volume 1 de Keith Giffen, J.M. DeMatteis et Kevin Maguire).
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- Death of a hero réunit Batman et Dial H for Hero (un cadran permettant à son détenteur de se transformer en super-héros de son choix). Cette histoire donne immédiatement le ton du recueil : il s'agit d'une fable où le cadran va donner l'occasion à un voyou de se racheter et à l'ado à qui il l'a volé de comprendre le sens et la valeur d'un acte héroïque.

Comme toute fable, l'histoire saisit par sa brièveté et sa morale que JMS délivre sans pesanteur, tout en subtilité. On retrouve toute la finesse des dialogues de l'auteur et son génie de la caractérisation, mais aussi sa volonté de dérouter en donnant finalement moins la vedette à Batman qu'à son partenaire dont le geste est plus spectaculaire et symbolique. C'est aussi l'occasion de mettre en scène pour la première fois et Batman et le Joker.

Les dessins de Jesus Saiz sont déjà impressionnants, d'une grande beauté, restituant à merveille les ambiances avec la complicité des couleurs de Trish Mulvihill. Pourtant, le meilleur reste à venir et ce premier round est presque modeste en comparaison avec ce qui suit.
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- Firing lines est en effet déjà un cran au-dessus, en termes de narration et d'illustrations.

Flash y est projeté, à la suite d'une expérience scientifique, en plein coeur de la seconde guerre mondiale, dans la Belgique occupée par les allemands. Il ne tarde pas à y trouver les aviateurs des Blackhawks, en mission dans les terres. Barry Allen doit alors tomber le masque et devenir soldat, en acceptant de tuer l'ennemi - ce qu'il ne fait jamais en temps normal.

JMS place le héros dans une situation où l'éthique le dispute au devoir : c'est une réflexion passionnante sur la différence entre le fait de rendre la justice derrière un masque, en respectant un code d'honneur, et le fait de se battre pour survivre et pour l'Histoire, contre des adversaires prêts à vous tuer.

Saiz réalise des planches magnifiques, synthétisant en une splash-page toute l'évolution de Flash, les épreuves qu'il traverse dans cette époque qui le force à changer d'attitude. La dernière image est saisissante et donne une puissance rare au récit. C'est fort. Et ce n'est pas fini !
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- Lost stories of yesterday, today and tomorrrow propose le duo le plus improbable du recueil avec Batman et un personnage obscur nommé Brother Power the Geek. Il s'agit à nouveau d'une variation sur le thème du sacrifice : la rencontre entre ces deux créatures de la nuit est pourtant un choc des cultures entre le dark knight qui est dérouté par ce revenant, apparemment immortel, dont les origines sont aussi nébuleuses que sa nature.

JMS écrit un récit déconcertant, échappant aux clichés du genre - pas de grandes batailles, de super-vilains en vue. Batman y est montré en train de sauver la vie de simples citoyens dans des circonstances somme toutes banales et Brother Power erre dans Gotham en tenant des propos étranges, renvoyant à son précédent séjour parmi les vivants dans les années 70. Il semble agir, se déplacer sans motif apparent, sinon celui de trouver la situation où sa condition lui permettra de retourner dans le sommeil dont il est inexplicablement sorti. C'est un récit très étrange, où JMS confronte moins deux personnages que deux époques et pointe les différences entre elles (très belle planche où sur 3 bandes de 2 vignettes chacune on compare des scènes quotidiennes à 35 ans d'écart et l'incommunicabilité qui s'est creusée entre les gens).

Maître-és ambiance nocturne depuis son passage sur la série Manhunter (de Marc Andreyko), Saiz signe des pages somptueuses, avec encore une fois une colorisation de première classe. C'est un épisode dont l'atmosphère prime sur l'histoire, à part dans cet album.
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- The Green and The Gold, soient Green Lantern et Dr Fate, ressemble à un autre exercice de style où le sens des mots, le choix des pseudonymes des deux héros conduisent presqu'à eux seuls le récit. D'abord, il y a le parallèle entre le titre de la série (brave/bold) et celui de l'épisode (green/gold), la rime de l'un avec l'autre, le fait que le talon d'Achille de Green Lantern soit la couleur jaune (dorée) qui est celle de Dr Fate, et enfin le jeu sur les vies multiples de ces deux héros (Green Lantern est le nom de plusieurs héros - Alan Scott de la JSA, Hal Jordan, Kyle Rayner, Guy Gardner, John Stewart - et Hal Jordan l'a été avant de devenir le maléfique Parallax puis de redevenir GL ; Dr Fate est l'hôte de Nabu et le heaume du magicien a été porté lui aussi par plusieurs hommes, Fate signifie destin en anglais et le destin ou plutôt la fatalité est au centre du scénario). Bref, JMS s'est amusé à dessein avec le background des deux personnages dont la réunion est placée sous le sceau des flashbacks et flashforwards : peut-on, autrement dit, convaincre dans le présent un ami de changer le cours de son existence dans le passé ?

L'histoire offre peu d'action, celle-ci apparaît comme un prétexte, mais le brio des dialogues compense largement et surtout l'habilité de la narration en fait un épisode à la fois malin et cruel. Avec deux personnages très puissants et spectaculaires, JMS déjoue les attentes et livre une fable intimiste et méditative (qui rappellera de bons souvenirs à ceux qui apprècient son Thor).

Saiz va faire une pause après cet épisode mais en profite pour nous gratifier d'un magnifique Dr Fate : il parvient à traduire le dilemme du personnage malgré son casque intégral. Son face-à-face avec Green Lantern, luttant pour infléchir le choix de son ami, a une belle intensité en même temps qu'il possède quelque chose d'éthéré.
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- Small problems est l'épisode qui triche le plus avec le principe de la série puisqu'il n'offre pas une association mais une authentique bataille entre ses deux protagonistes. Le titre est une allusion directe au pouvoir d'Atom en même temps qu'une manière d'ironiser sur les difficultés de sa mission.

Ray Palmer est en effet soumis à une situation délicate : il peut aider à soigner le Joker ! Sera-t-il à la fois assez brave pour cela, et assez intrépide pour visiter la psyché du criminel dément ?

En fait, Atom est à la fois le "Brave" et le "Bold" ici. Deux fois dans cet album, JMS va visiter le classique d'Alan Moore et Brian Bolland, Killing Joke : le mage britannique y avait établi les origines du Joker, dépeint en loser pathétique transformé à la suite d'un accident tout aussi imprévisible. Atom en visitant les souvenirs du vilain semble découvrir les germes d'une malfaisance plus profondes - à moins qu'il ne s'agisse de souvenirs altérés par la folie du Joker. JMS se garde bien de réécrire Moore et laisse le lecteur choisir quelle version est la plus probable. Les puristes hurleront certainement devant cette audace, la controverse est ouverte, mais en même temps quel risque y a-t-il qu'un simple épisode éclipse le chef-d'oeuvre de Moore ? Donc, autant relativiser.

Graphiquement non plus, Chard Hardin et Justiniano (qui illustre les scènes mentales) ne feront pas oublier Bolland. Après Saiz, il est évident que c'est là le segment le plus faible visuellement de ce recueil : sans être désagrèable, le travail des deux artistes n'a ni la beauté ni la force de leu confrère espagnol. C'est un fill-in honorable, mais sans plus : sans doute avec un autre artiste au style plus singulier, l'intermède aurait paru moins mineur.
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- Night gods relève nettement le niveau. Tout d'abord, le binôme Aquaman-Etrigan le démon est vraiment original et leur combat contre un monstre des abysses, entièrement relaté par un témoin simple humain dont la raison vacille depuis un terrible drame, n'est validé qu'à la toute dernière image. JMS s'emploie avec beaucoup d'adresse et d'efficacité à jouer avec la crédulité du lecteur, ce qui donne un vrai suspense, à la mesure de la menace mise en scène.

Mais cet épisode est surtout l'occasion pour Jesus Saiz de dessiner ses pages les plus impressionnantes : encore une fois, dans un décor ténébreux, il tire le maximum de ce que la situation et son environnment lui offrent. Le monstre est horrible à souhait et l'opposition que lui donnent Aquaman et, dans une moindre mesure, Etrigan (dont l'aspect se suffit presqu'à lui-même) est l'occasion d'images bluffantes (comme lorsque les sujets du souverain des mers entrent en scène). Difficile de ne pas être subjugué par le résultat.
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- Enfin, Ladies night où figurent non pas deux mais trois personnages - Wonder Woman, Zatanna et Barbara Gordon a.k.a. Batgirl - ferme la marche, et en beauté. L'intention de l'auteur est double : il s'agit encore une fois de visiter Killing Joke de Moore et Bolland et de s'affranchir des codes super-héroïques puisqu'aucune menace n'est au programme.

La magicienne Zatanna convainc l'amazone Wonder Woman d'offrir une sortie nocturne à leur amie Batgirl avant qu'elle ne soit définitivement (mais sans le savoir évidemment) mutilée par le Joker.

Cette issue demeure pour tous les lecteurs de DC un des plus grands chocs de ces vingt dernières années, un des souvenirs de lectures les plus poignants. En retournant sur la "scène du crime", JMS a fait preuve de courage mais s'en tire avec beaucoup de souplesse et boucle son histoire sur une note vraiment émouvante. Entretemps, il s'amuse avec une scène fantasmatique où Zatanna et Wonder Woman seraient amantes, et même si, in fine, il semble désamorcer cette piste par un bref flashback explicatif, il n'occulte pas réellement cette éventualité : le découpage, l'angle choisi pour la représenter (avec l'accord du dessinateur ?), laissent le champ libre à l'interprétation.

Pour cet épilogue, Cliff Chiang a pris la place de Saiz et le choix est idéal tant l'artiste excelle à dessiner les femmes : il sait donner à Wonder Woman, Zatanna et Batgirl une allure distincte (la majesté, la malice, la maladresse) tout en leur conservant un charme irrésistible. Chiang est peut-être celui qui, depuis Paul Smith, dessine les plus belles héroïnes de comics : c'est un enchantement.
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Voilà un des meilleurs albums mainstream de l'année : une collection d'histoires abordable par tous, aux pitchs singuliers, à l'écriture ciselée et aux dessins éblouissants.

vendredi 6 juillet 2018

DOCTOR STRANGE #3, de Mark Waid et Jesus Saiz


Dernier numéro à paraître hebdomadairement (le #4 sortira mi-Août et la série deviendra ensuite mensuelle), ce troisième épisode de Doctor Strange est aussi un tie-in au prochain event Marvel, Infinity Wars (produit par Gerry Duggan et Mike Deodato). Heureusement pour ceux qui ne comptent pas suivre cette saga, Mark Waid et Jesus Saiz réussissent parfaitement à respecter le cahier des charges sans dévier de leur propre récit.


Stephen Strange et Kanna poursuivent leur voyage spatial et se perfectionnent dans la pratique des arts occultes au contact de magiciens extraterrestres et d'artefacts cosmiques. Prochaine étape : la planète Tarnax II où l'arcanologue veut présenter à son compagnon de route un sorcier... Skrull !


Bien qu'elle lui assure que le nommé Mt'Nox est un être pacifique et que ses semblables ont renoncé aux conflits qui ont forgé leur mauvaise réputation, Strange est très méfiant et ne veut pas s'attarder. Toutefois, en approchant de leur hôte, il est à la fois impressionné par sa technique et saisi d'effroi quand il le voit en possession de la Pierre du Temps qu'il croyait détruite.


Cette gemme très puissante appartint un temps à Thanos, le titan fou, et aujourd'hui le Super-Skrull, Kl'Rt, veut s'en servir pour rebâtir son empire. Strange convainc Kanna de récupérer la Pierre du Temps en lui promettant de la lui donner ensuite. Ils affrontent le Super-Skrull.


Au terme d'un âpre combat, Strange vainc son adversaire et fuit Tarnax II avec Kanna. Mais une fois à bord de leur vaisseau, il refuse de lui remettre la gemme comme promis, au prétexte qu'un tel artefact est trop dangereux.


Elle proteste, s'estimant trahie, mais Strange efface le souvenir de cette journée de sa mémoire et ils peuvent reprendre leur voyage. Pendant ce temps, sur Terre, Bats le chien fantôme pénètre dans le Sanctum Sanctorum du sorcier suprême et trouve à l'intérieur un inconnu menaçant...

Mark Waid a bien du mérite car, déjà lors de ses runs sur Daredevil puis Captain America, il avait dû composer avec des sagas globales impliquant les héros qu'il écrivait. Mais le scénariste a assez d'expérience pour intégrer ce genre de contraintes sans qu'elles impactent trop ce qu'il raconte de son côté. Ainsi avait-il procédé avec Original Sin puis les conséquences de Secret Empire (deux events par ailleurs calamiteux).

Aujourd'hui, re-belote : avec juste deux épisodes de Doctor Strange, le voilà obligé de faire référence à Infinity Wars sous prétexte que les aventures du magicien se déroule dans l'espace comme la saga à venir.

Cette fois, cependant, Waid peut s'accommoder plus aisément de sa tâche car son histoire est un récit initiatique et l'incorporation de la Pierre du Temps dans son scénario peut facilement se justifier dans la mesure où Strange croise d'autres magiciens dans l'espace et acquiert de nouveaux artefacts. Il lui a suffi de placer la gemme aux mains d'un personnage croisé par son héros afin de pimenter leur rencontre. Et comme ce personnage est le Super-Skrull, la rencontre est mouvementée.

Pourtant, ce qu'on préférera retenir de cet épisode, toujours aussi brillamment conçu, ce sont ses conséquences immédiates dans la perception qu'on a de Strange : il s'y montre peu tolérant quand aux Skrulls en général, quand bien même Kanna lui assure qu'ils ont renoncé à leurs projets guerriers ; puis agressif lorsqu'il faut affronter le Super-Skrull ; arrogant quand il le vainc ("Idiot." lance-t-il à Kl'Rt au tapis et sans connaissance) ; et enfin manipulateur lorsqu'il efface une partie de la mémoire de Kanna à qui il avait promis la garde de la Pierre du Temps. Le "bon" docteur gagne en ambiguïté en adoptant un comportement pareil : serait-il en train de redevenir, en récupérant sa magie, un odieux individu tel qu'il le fut avant de devenir sorcier ? Ce serait une piste intéressante, et on verra ce que Waid va faire avec ça.

Visuellement, une fois encore, Jesus Saiz est éblouissant : les premières pages montrent sa capacité à créer des mondes lointains riches en détails alors qu'ils ne figurent que sur une image souvent, puis l'arrivée sur Tarnax II fait place à un décor exotique fascinant où les Skrulls se sont adaptés de manière étonnante. L'artiste espagnol réinvente ces extraterrestres de façon prodigieuse.

La représentation de la faune et la flore de cette planète est tout aussi fournie, et le recours à la couleur directe donne un rendu extraordinaire. La bataille contre le Super-Skrull est mise en scène avec beaucoup d'énergie et d'invention, notamment quand Strange utilise les pouvoirs de la Pierre du Temps. Cette série est esthétiquement une des plus puissantes produites par Marvel dans le cadre du nouveau statu quo "Fresh Start".

Le lancement de Doctor Strange version Waid-Saiz aura donc été une vraie expérience avec trois épisodes en moins d'un mois, d'une tenue exceptionnelle. Espérons que l'attente du prochain chapitre ne fera pas oublier au public la qualité de ce titre qui mérite vraiment de s'imposer durablement grâce à sa belle équipe créative.       

mardi 25 septembre 2018

DOCTOR STRANGE #5, de Mark Waid et Jesus Saiz


On me dira ce qu'on veut à propos de Mark Waid - qu'il n'est plus tout jeune, qu'il n'a plus la hype, qu'il n'écrit plus de grandes/grosses séries, etc. - mais c'est quand même un fameux conteur et cet épisode de Doctor Strange vient à point le rappeler avec son extraordinaire coup de théâtre. Donnez-lui un artiste investi comme Jesus Saiz et vous obtenez facilement une des séries les plus solides, à défaut d'être la plus côtée, de Marvel actuellement.


Conduit aux forges de Nivadellir par le nain Eoffren qu'il a tiré des griffes de Roxnor de Majesdane, Stephen Strange y est formé à la fabrication d'armes pour compléter sa science des arts occultes. Sa mission : sauver Kanna, l'arcanalogiste prisonnière de Roxnor. Il conçoit un gant et une épée - ou plutôt, comme il le dit lui-même, un scalpel.


Kanna réussit à entrer en contact avec le sorcier pour le prévenir que Roxnor a mis le cap avec sa flotte sur la Terre pour l'anéantir. Ils sont en train de dépasser le soleil de notre système donc son attaque est imminente. Il est temps pour le docteur d'opérer.


Le voilà donc qui se téléporte à l'intérieur du poste de pilotage du vaisseau-amiral de Roxnor, dans un nouveau costume et avec son arsenal neuf. Il écarte facilement et sans ménagement les soldats puis raisonne le régent de Majesdane.


Mais Roxnor vient de commander le lancement d'un missile d'énergie pure contre la Terre. Kanna et Strange embarquent dans une nef et essuie les tirs des avions de la flotte de Majesdane. Pendant que l'arcanologiste les occupe, Strange prépare une puissant sort pour empêcher la destruction de la Terre.


La manoeuvre réussit in extremis. Sur notre planète, cela n'a pas échappé au mystérieux nouvel hôte du sanctuaire sacré du sorcier suprême conversant avec Bats le chien fantôme : il sort de l'ombre et il s'agit de...

... De qui ? Je n'ai pu me résoudre à vous spoiler car la révélation qu'a mijotée Mark Waid est inattendue qu'elle mérite vraiment d'être protégée. Mais, à elle seule, elle justifie l'achat de ce numéro et légitime d'avoir suivi son run sur la série.

Le scénariste me fait penser au Spielberg de Pentagon Papers dans un monde où le modèle serait celui de Ready Player One. Waid est un classique dans une époque qui ne jure que par le moderne. Le vétéran n'a pas l'attrait des Duggan, Ewing, Aaron et j'en passe, les forums font peu de cas de lui dans les conversations, et son Doctor Strange n'alimente pas les débats après les épisodes de Aaron et Donny Cates récemment.

Mais c'est bien dommage. Car, alors qu'il s'en trouve pour minimiser les mérites de son Daredevil (pourtant le plus tonique depuis des lustres), c'est comme si Waid faisait partie des meubles : il est là depuis si longtemps à présent qu'on le remarque à peine.

Pourtant, depuis qu'il a pris ce titre en main, il a su tout de suite lui donner un ton particulier, avec une voix-off à la troisième personne du singulier, des airs de conte, de récit initiatique, à partir d'une idée éculée (le sorcier suprême perd ses pouvoirs). Il a envoyé son héros dans l'espace, une sorte de direction un peu gadget à première vue, qui laissait penser à une rencontre avec les Gardiens de la galaxie ou d'autres personnages cosmiques. 

En vérité, on l'a vu/lu, Waid a évité ces écueils. A peine un combat contre le Super-Skrull, lui-même inscrit dans la saga Infinity Wars, que le scénariste a expédié pour suivre le parcours qu'il avait établi. On pouvait presque se demander si la série se déroulait bien dans la continuité ou dans une chronologie différée, puisque Strange figurait dans les rangs des Avengers durant leur première aventure.

Et ce mois-ci, on le retrouve avec un nouveau costume, des armes, toujours dans l'espace, mais sur le chemin du retour sur Terre... Jusqu'à donc ce retournement de situation sensationnel de la dernière page du numéro. Personne n'a pu voir venir ce rebondissement, aussi spectaculaire que troublant, et qui promet beaucoup pour la suite. De l'art d'écrire à côté pour mieux tout relier en fin de compte. L'air de rien, ça ressemble à une leçon d'écriture.

Et on devine le plaisir que cela doit être pour Jesus Saiz de se reposer sur un script si bien produit. Car l'artiste a à la fois entre les mains un matériau solide, cadré, et en même temps de l'espace pour s'exprimer. Il donne chair à ce récit avec classe.

La technique employée par Saiz depuis le début a abouti à des planches superbes, capables de dépasser le rendu numérique généré par les outils choisis pour donner une esthétique puissante, superbe et efficace, loin en tout cas de l'illustration. L'investissement du dessinateur, sa régularité (qui n'était pas acquise puisqu'il assume dessin, encrage et colorisation - il n'a abandonné que les couvertures), participent au plaisir de la lecture et assurent de la complicité avec l'auteur.

Contrairement à d'autres comics Marvel qui collent vraiment au "Fresh Start" par un mélange d'aventures et d'humour (comme West Coast Avengers, Tony Stark : Iron Man, Fantastic Four, ou Cosmic Ghost Rider), Doctor Strange est plus sérieux, adulte, mais pas moins captivant et visuellement abouti.  

mercredi 13 juin 2018

DOCTOR STRANGE #1, de Mark Waid et Jesus Saiz


Dans le jeu des chaises musicales en cours chez Marvel depuis quelque temps, le sort de Mark Waid, un des vétérans parmi les scénaristes en activité, était bien incertain : son run sur Captain America s'achève ce mois-ci et les séries les plus exposées sont déjà entre les mains ou promises à d'autres, plus jeunes, plus "hype" que lui. On parlait même d'un départ, d'un retour chez DC (qu'il a pourtant quitté fâché avec un editor)... Et puis, surprise, le voilà prenant en main la relance de la série Doctor Strange, avec Jesus Saiz. Et c'est une superbe inspiration !


Le Dr. Strange affronte dans une dimension parallèle le géant X'axal et réussit à ce qu'il ne pénètre pas dans notre monde. Cette victoire fait exulter le sorcier suprême au point qu'il rit en affirmant qu'Iron Man lui-même n'aurait pas fait mieux.


Sept ans plus tard. La situation de Strange s'est dégradée dramatiquement : il perd progressivement sa vision magique, qui lui permet d'observer ce qui est invisible aux yeux du commun des mortels et pourrait nous menacer. La crise s'aggrave encore quand ses instruments de sorcier ne répondent plus à ses incantations. Il cherche alors des solutions dans sa bibliothèque - en vain.
  

Un mois après. Stephen Strange erre, seul, désemparé, dans son sanctum sanctorum, et dans New York. Il se résout à consulter Tony Stark, dont il se moquait jadis, et lui confie son problème. Pour Iron Man, le sorcier affronte un souci qu'il doit affronter avec pragmatisme, comme lui le fait face à une complication technologique.


Puisque Strange s'est autrefois perfectionné dans les arts mystiques en explorant d'autres dimensions, pourquoi n'irait-il pas se ressourcer et s'instruire dans l'espace, au contact d'autres populations, avec leurs propres pratiques occultes ? Sceptique d'abord, il accepte et Stark met à sa disposition un véhicule.


Mais le voyage tourne court car le vaisseau est percuté par un astéroïde et oblige Strange à se poser en catastrophe sur Grynda, une planète habitée. Grâce à un traducteur universel fourni par Stark, il demande à un autochtone s'il peut parler au mage local, mais ce peuple ignore ce que sont les arts occultes et le prennent pour un envahisseur. Strange est jeté dans un cachot !

Ce que j'aime chez Mark Waid est tout entier contenu dans ce premier épisode. Mais avant de détailler, il faut d'abord en évoquer le registre choisi par le scénariste qui insiste moins sur la magie, sa représentation, que sur son absence, sa disparition, et l'écrit à la manière d'une fable, si bien que tout pourrait commencer par une phrase telle que "il était une fois un magicien qui perdit ses pouvoirs..."

La voix-off est très présente dans la narration de Waid, et elle est employée de manière omnisciente, donc on a accès aux états d'âme du héros et à leur progression dans la passe qu'il traverse. Stephen Strange apparaît d'abord comme le magicien, une formule qui revient souvent et qui résume en fait simplement son statut, celui du sorcier suprême de l'univers Marvel, d'abord montré dans toute sa gloire lors de la scène d'ouverture lorsqu'il a raison du géant X'axal.

Puis le récit fait un bond de sept ans en avant et là, rien n'est plus pareil, on pourrait même dire que c'est le début de la fin, un procédé classique mais efficace pour plonger le héros et le lecteur dans le coeur du sujet. Strange perd ses pouvoirs, la magie l'abandonne, et il est impuissant à freiner et même arrêter cela. Un mois plus tard, il n'est qu'un humain errant dans son sanctuaire, impuissant, désemparé, qui n'a trouvé de solution nulle part.

Retour à la première scène qui se termine par un cri de victoire et des pensées sarcastiques de Strange à l'adresse d'Iron Man, incapable d'exploits comme celui qu'il vient d'accomplir. Waid est malin : il nous rappelle subrepticement que le sorcier fut autrefois un chirurgien arrogant dont un accident priva de l'usage de ses mains et qui ne dut sa reconversion qu'au prix d'une sévère remise en question et de l'apprentissage des arts occultes. Cette suffisance corrigée renvoie à celle de Tony Stark, marchand d'armes qu'un éclat de bombe près du coeur transforma en Iron Man et fit réviser son code moral.

Présentement, c'est donc non sans ironie que Strange décide de s'en remettre à l'homme qu'il a jadis méprisé, comme si les années lui avaient fait comprendre que leurs parcours étaient semblables - deux hommes cassés, contraints de changer, de se surpasser. Mais Waid souligne aussi que, malgré tout, la rencontre entre l'ex-sorcier et le milliardaire en armure reste un échange entre deux mentalités distinctes : Strange croit encore à la magie, Stark est un futuriste attaché à la technologie. L'irrationalité face au pragmatisme.

la solution que propose Stark à Strange est en fin de compte assez convaincante pour que le second y adhère et que le lecteur y souscrive. Envoyer le Docteur dans l'espace est beaucoup moins artificiel que ne le laissait craindre le postulat initial de la série : on remplace simplement les dimensions parallèles et mystiques par le cosmos et ses mystères. Bien entendu, les problèmes ne vont pas tarder et le cliffhanger de ce premier épisode est accrocheur.

La réussite du projet doit aussi beaucoup au choix de Jesus Saiz pour le mettre en images : l'artiste espagnol a travaillé sur tablette et réalisé le dessin et la mise en couleurs directe pour un résultat qui, il faut le dire, est impressionnant. L'encrage, avec donc ses tracés noirs, est réduit à ce qui est vraiment noir dans la réalité (comme les cheveux, ou les ombres, par exemple). Tout le reste prétend à un rendu quasi-photographique inédit chez Saiz et il s'en sort magistralement.

Les pages défilent et on est saisi par leur intensité chromatique. Ce qui ne pourrait être qu'un gadget permis par la technologie graphique devient un choix esthétique correspondant intelligemment au propos du script : puisqu'il s'agit là de raconter l'histoire d'un magicien redevenu un homme normal, dessiner ceci en obtenant un photo-réalisme souligne justement ce retour à la normalité. On passe des premières pages fantastiques avec un monstre géant aux dernières à bord d'un vaisseau spatial avec ce souci de rendre tout authentique, et c'est appuyé par le coeur de l'épisode où, effectivement, Strange est montré dépouillé de ses atours de sorcier.

Et c'est là où je voulais en venir au début de cette critique : tout ce que j'aime chez Waid, ici résumé, c'est cette capacité, quand il est au meilleur de son inspiration, à trouver un angle d'approche vraiment originale, une manière de nous montrer son personnage comme on ne l'avait jamais vu, jamais envisagé. Simplement, sans faire le malin, mais avec une justesse et une efficacité redoutables. Et comme il est soutenu par un dessinateur aussi inspiré que lui, on est conquis. 

Difficile de dire où cela va nous mener (ni si Saiz réussira à tenir le rythme avec un tel style), mais quelle séduisante relance !  

samedi 24 novembre 2018

DOCTOR STRANGE #8, de Mark Waid, Andres Guinaldo et Javier Pina


La bonne nouvelle avec une publication comme celle de Doctor Strange, dont les numéros se suivent rapidement, c'est que lorsqu'un arc narratif n'est pas bon, on n'a pas à le subir trop longtemps. Le métier de Mark Waid fait le reste, comme s'il était bien conscient de n'être pas soutenu par des dessinateurs trop faibles - ici encore Andres Guinaldo et Javier Pina. Episode inégal donc, mais pas dénué d'intérêt pour la suite - avant le retour de Jesus Saiz...


Le Doctor Strange découvre donc que c'est le Baron Mordo qui manipule Casey Kinmont pour dérober des artefacts magiques en prenant son apparence. Mais le sorcier suprême sait que son ennemi est aussi trop faible pour posséder la jeune femme : alors, pour qui travaille-t-il ?


Cependant, à la Forge, Kanna confectionne une nouvelle arme pour Strange en écoutant Bats le chien fantôme lui expliquer que Casey Kinmont les a surveillés durant leur voyage spatial. Il mentionne, par mégarde, parmi leurs exploits, la Pierre du Temps que Strange a confisquée à Kanna.
  

Blessé par Casey Kinmont, le Dr. Strange résiste difficilement aux assauts conjugués de son ex-disciple et de Mordo. Jusqu'à ce que Kanna et Bats ne surgissent et ne l'aident à les paralyser. Pour rendre la raison à Casey, Strange prélève un extrait de l'âme de Kanna et Bats pour le lui implanter.
  

Libérée de l'emprise de Mordo, Casey se venge du Baron en l'expédiant dans la dimension de son commanditaire. Elle remercie Strange de l'avoir sauvée mais le met aussi en garde contre un plus gros danger à venir et s'éclipse.


De retour à son sanctuaire, Strange n'a pas le temps de savourer cette victoire car Kanna lui reproche de l'avoir trompée au sujet de la Pierre du Temps en effaçant cet épisode de sa mémoire. Parce qu'il agit ainsi avec tous ses proches, le sorcier se condamne à rester seul et elle rompt avec lui.

Bon, soyons clairs et nets immédiatement, cet épisode est aussi visuellement raté que les deux précédents. L'absence de Jesus Saiz n'est pas compensée par les prestations piteuses de Javier Pina et, pire encore, d'Andres Guinaldo. Qu'un artiste comme Saiz ait besoin d'un fill-in, cela se conçoit parfaitement en considérant la fréquence de parution des épisodes de la série, mais que son remplaçant ait lui-même besoin d'un suppléant, c'est un comble. La faute à Marvel, incapable d'anticiper cela, et de puiser dans son réservoir en choisissant des dessinateurs au niveau navrant (chaque case de Guinaldo est tellement truffée d'erreurs techniques, est tellement laide, qu'on se demande si le type est un professionnel).

Pina est un peu mieux, mais hélas ! il réalise très peu de planches et il devient alors difficile de juger sa prestation en pointillés. Il faudra vraiment que l'editor de Doctor Strange soit capable de dénicher un artiste de substitution à Saiz de meilleure qualité ou que la série sorte mensuellement (et non au rythme bizarre qu'elle a actuellement) pour son bien - et celui des lecteurs. Car si le héros a profité d'une exposition médiatique inédite avec le film de Scott Derrickson et est devenu par conséquent un personnage sur lequel compte Marvel, il faut lui offrir des graphistes à la hauteur et non le traiter comme un personnage de seconde zone.

Le scénario de Mark Waid sur ces trois derniers épisodes n'est pas son meilleur non plus, loin s'en faut. L'idée de rebondir sur l'imposture de Casey Kinmont était prometteuse, mais la révélation du Baron Mordo comme son manipulateur a fait long feu. Pas davantage que Jason Aaron, Waid n'estime visiblement que ce sorcier rival de Strange n'a a carrure d'un méchant vraiment redoutable - et d'ailleurs Strange soupçonne vite qu'il agit pour le compte de quelqu'un de plus puissant.

L'issue de leur bataille, même avec Casey au milieu, ne fait alors guère de doute et l'intensité de l'histoire en pâtit énormément, trop pour qu'on soit indulgent avec elle. Le plus intéressant se situe alors dans les marges de l'épisode, avec les scènes réunissant Kanna et Bats le chien fantôme dont les bavardages vont avoir des conséquences réelles.

Le dénouement de l'épisode voit la rupture entre l'extra-terrestre et le sorcier au motif, légitime, qu'il l'a abusé en effaçant de sa mémoire qu'il lui avait confisqué la pierre d'éternité du Temps. En soi, le mal est fait et n'empêche pas Kanna de porter secours à Strange dans le feu de l'action. En revanche, la confiance qu'elle lui accordait est détruite par la manipulation dont elle a été la victime. Pire : elle remarque, à juste titre, que ce n'est pas la première fois que Strange se comporte ainsi avec ses proches et que ceci explique pourquoi ses proches l'abandonnent toujours, pourquoi il reste seul.

Waid ne dresse pas un portrait très sympathique de son héros, dont l'ambiguïté le rapproche presque d'un Pr. Xavier chez les X-Men (attention donc à ne pas trop charger la mule). La menace suggérée par Casey prend alors une dimension supplémentaire : il ne s'agira pas seulement d'un ennemi de plus à affronter mais d'un test pour Strange et sa manière de le vaincre. Parce qu'il est désormais vraiment seul, sans personne pour assurer ses arrières. Après son trip cosmique, on va voir s'il est à nouveau prêt pour le service.

Réponse dans quinze jours.  

samedi 23 février 2019

DOCTOR STRANGE #11, de Mark Waid, Jesus Saiz et Javier Pina


Avec ce onzième épisode, Mark Waid boucle la première "saison" de son Doctor Strange et conclue du même coup l'intrigue initiée dans le numéro précédent. Soutenu par Jesus Saiz, lui-même épaulé par Javier Pina, ce dénouement nous laisse un peu sur notre faim, hélas !


Le Dr. Strange fait face à Dormammu qui a racheté sa dette pour tous les sorts qu'il a invoqués. Sachant qu'il ne paierait pas, il a lancé les Faltine, des monstres de la dimension noire, à l'assaut de New York.


Ignorant s'il pourra neutraliser son ennemi, Strange envoie Kanna, Zelma et Wong dans son sanctuaire sacré à la recherche d'une solution pour se débarrasser des Faltine pendant qu'il distrait Dormammu.


Récupérant la magie de l'Ancien, Kanna, Zelma et Wong viennent à bout des Faltine puis rejoignent Strange pour attaquer ensemble Dormammu. Mais le pouvoir de l'Ancien les consume et permet au démon de les repousser.


Strange croit sa dernière heure venue lorsque l'Ancien le tire de là en neutralisant Dormammu car il a pu récupérer sa magie. Les Faltine sont renvoyés avec leur maître dans la dimension noire.


Zelma décide de raccompagner l'Ancien pour répertorier tous ses sorts. Wong s'éclipse. Kanna se retire aussi pour réfléchir à donner une nouvelle chance à son couple avec Strange.

Marvel ayant sorti les épisodes de la série n'importe comment (d'abord bimensuellement puis mensuellement), le lecteur non averti pourrait naturellement croire que Doctor Strange est près de fêter sa première année de parution et estimer que le premier cycle qui s'achève a fière allure.

La vérité est moins flatteuse, même si Mark Waid a fait le boulot en grand professionnel. Le premier arc de son run fut une excellente surprise : le voyage du sorcier suprême dans l'espace offrait un dépaysement au héros et à ses fans avec une narration originale. Puis la suite fut plus convenue : revenu sur Terre, Strange a repris son job et l'écriture de Waid est devenue plus conventionnelle avec des intrigues inégales.

A l'occasion de son 400ème épisode, coïncidant avec le dixième du présent run, le mois dernier, le récit prenait une tournure étonnante et habile en interrogeant littéralement le sens du prix à payer pour avoir recours à la magie. Jason Aaron avait exploré les conséquences physiques, Waid a traité le problème sur un plan presque administratif, avec un comptable, et un vilain emblématique ayant racheté la dette de Strange.

En convoquant Dormammu, le scénariste promettait un duel épique, dont Gerry Duggan donna un aperçu dans The Best Defense : Doctor Strange dans un futur post-apocalyptique. Waid a préféré une autre option. 

Du coup, pas de grande bataille, à coups de sortilèges, entre les deux adversaires, et c'est dommage. Frustrant, mais cette fois, pas dans le bon sens. Car s'il est bon de ne pas toujours donner au lecteur ce qu'il attend, il est aussi judicieux de lui procurer ce qu'il attend. Le choix opéré par Waid est surprenant et renvoie à ce que fait James Tynion IV avec Justice League Dark : parler de magie sans en montrer le spectacle.

Et puis c'était d'autant plus légitime que, après son trip spatial, durant lequel il diversifié sa connaissance des arts mystiques, le bon docteur tenait là une occasion de tester ce qu'il avait appris et de prouver sa capacité à tenir son rôle à nouveau. Le voir refuser de se battre, gagner du temps, trembler face à Dormammu est pour le moins déconcertant et décevant. Et l'intervention de l'Ancien bien providentielle.

Jesus Saiz en est quitte pour produire un épisode où il aurait lui aussi pu démontrer ses facultés à mettre en images un combat digne de ce nom. Néanmoins, l'espagnol livre de superbes planches, même s'il tire la langue sur la fin et qu'il lui faut le renfort de Javier Pina (et de la coloriste Rachel Rosenberg).

Les deux artistes échouent notablement à rendre Dormammu impressionnant et effrayant comme Bachalo (durant le run d'Aaron) ou Smallwood (pour l'épisode The Best Defense de Duggan). Ici, il n'apparaît guère plus grand que Strange et sa puissance n'a rien de terrifiant. Les Faltine sont un peu mieux servis et les parades de Zelma, Kanna et Wong sont d'ailleurs les meilleurs scènes de l'épisode - un comble.

Il manque en fait un grain de folie, une démesure à l'ensemble : la série est belle mais un peu trop esthétisante, et ce qui fonctionnait dans l'espace paraît trop modeste une fois sur le terrain de la magie pure. Ce n'est pas l'arrivée de Barry Kitson sur le titre comme artiste régulier qui va changer ça (la fadeur de son trait risque même de ruiner tout - même si lui et Waid sont des partenaires de longue date : on leur doit JLA : Year One, Empire...).

Pour toutes ces raisons (fin d'un cycle, nouvel artiste, déception vis-à-vis de ce dénouement), j'ai décidé d'arrêter de suivre la série.

lundi 20 août 2018

DOCTOR STRANGE #4, de Mark Waid et Jesus Saiz


Après la parution des trois premiers épisodes en rafale, Doctor Strange revient à un rythme mensuel, Marvel ayant visiblement compté sur ce lancement surprenant pour tester l'attractivité du personnage et la nouvelle orientation de ses aventures. Mark Waid et Jesus Saiz sont fidèles au poste, bien que ce retour souligne que le titre a un peu du mal à décoller narrativement...


Toujours en quête de nouveaux sortilèges et artefacts, Dr. Strange et Kanna souhaitent à présent se former aux armes magiques. Pour cela, elle pense aux nains forgerons de Nivadellir, connus pour avoir conçu le marteau Mjolnir de Thor. L'un d'eux, Eoffren, est aux mains de l'empire Majesdane.


Strange décide d'aller le libérer, assurant à Kanna qu'il ne s'est jamais senti si fort - quand bien même elle sait comme lui qu'il n'a toujours pas découvert pourquoi il a perdu sa magie sur Terre. Une fois sur place, ils trouvent rapidement Eoffren mais sont surpris par le seigneur Roxnor dit le Purificateur et sont pris en chasse dans les montagnes environnantes où le combat s'engage.


Pour échapper à leurs adversaires, Strange emploie une manoeuvre acrobatique. Mais plutôt que de disparaître ensuite, il veut sa revanche et retourne affronter Roxnor et ses hommes. Séparé de Kanna durant la bataille, Strange est téléporté avec Eoffren par sa partenaire.


Roxnor, furieux d'avoir perdu Eoffren, condamne Kanna à le remplacer pour fabriquer des armes. Elle découvre alors qu'il ambitionne d'attaquer la Terre contre laquelle il nourrit une haine aux origines inconnues pour l'instant.


Ailleurs, Strange se dispute avec Eoffren qui le met face à ses responsabilités de magicien, plus soucieux de se venger que de protéger ses amis. Il le conduit aux forges de Nivadellir où, à défaut de pouvoir sauver tout de suite Kanna, ils pourront lui fournir un arsenal pour vaincre Roxnor.

Que faire quand l'idée de départ d'une série est accomplie ? C'est la question qui doit maintenant se poser à Mark Waid puisqu'il a lancé ce nouveau volume de Doctor Strange sur le prétexte rebattu du sorcier suprême ayant une nouvelle fois perdu sa magie. Démuni, il a, comme nous l'avons lu dans les trois premiers épisodes, choisi de voyager dans l'espace à la recherche de nouveaux sortilèges et artefacts, rencontrant en cours de route Kanna, une "arcanalogiste" extraterrestre, et affrontant quelques adversaires.

Désormais, Strange a acquis de nouvelles compétences, même s'il ignore toujours pourquoi, sur Terre, ses pouvoirs l'ont quitté. En toute logique, il pourrait rentrer à son sanctuaire sacré et reprendre ses activités de super-héros. Au lieu de cela, il poursuit son odyssée spatiale et, inévitablement, fonce tête baissée dans de nouveaux ennuis.

En soi, pourquoi pas ? Mark Waid peut prolonger le trip cosmique de son héros longtemps et, d'une certaine manière, il a opté pour une narration qui correspond à cette configuration, avec l'emploi d'une voix-off omnisciente qui souligne le côté fable de son récit. Tel Ulysse chez Homère, Stephen Strange est parti pour un long voyage, mais lui n'a pas une Pénélope qui l'attend à Ithaque (même si on peut considérer le run de Jason Aaron comme l'équivalent de la Guerre de Troie du sorcier). En vérité, tout se passe comme si le héros avait oublié la Terre et avait trouvé dans le cosmos un vaste champ d'exploration, le territoire d'une chasse au trésor (où sortilèges et artefacts remplaceraient une malle de pièces d'or).

On a vu dans le précédent chapitre que Strange, grisé par sa nouvelle puissance, avait même recours à des pratiques guère éthiques (il lavait le cerveau de Kanna pour qu'elle oublie qu'il l'avait dépossédée d'une gemme d'infinité). Cette fois, on le voit en parallèle tenter une thérapie avec Kanna pour découvrir les raisons pour laquelle la magie l'a abandonné sur Terre (sans succès) et foncer bille en tête dans un affrontement dangereux contre un seigneur de guerre qui retient un nain de Nivadellir. Sa partenaire lui fait d'ailleurs part de ses doutes sur son plan alors qu'il y a peu il n'était que l'ombre de lui-même tandis qu'il assure aujourd'hui se sentir plus fort que jamais.

Waid semble donc sur le point de dresser un portrait bien ambigu de Strange, belliqueux, revanchard, manipulateur, insatisfait, pour lequel sa quête initiale n'a plus le même sens (il se fiche bien de récupérer sa magie maintenant qu'il la remplace par d'autres arts occultes). Le seul bémol réside dans le traitement de cette évolution car la série, à force de fonctionner par étapes, rencontres avec d'autres magiciens ou des méchants de passage (qui en veulent tous à la Terre), ne décolle plus vraiment. Cela peut effectivement durer longtemps mais le voyage ne risque-t-il pas de perdre en intensité si un retour ne se dessine pas ou, alors, si un autre objectif ne se profile pas ? C'est encore plaisant à lire, mais je pense qu'il faudra passer un cap bientôt.

Jesus Saiz affiche toujours une forme insolente pour illustrer ce périple. Son imagination pour représenter les extraterrestres est étonnante, et la technique qu'il a adoptée depuis le début, avec l'usage de couleurs directes, s'avère payant car elle permet toutes les fantaisies visuelles.

La différence la plus notable pour cet épisode est qu'il peut davantage exercer sa narration graphique plutôt que d'illustrer le script de Waid. Moins de voix-off, moins de distance entre l'action et son commentaire : l'épisode profite à fond d'une approche plus directe et le dessin peut aller et venir entre des scènes dans un passé récent (quelques heures tout au plus avant l'arrivée sur Majesdane) et le présent (l'affrontement contre Roxnor).

Même si l'esthétique de Saiz ne prête pas à un dynamisme décoiffant, quand il met en scène une bagarre à coups de rayons et de sortilèges, le résultat ne manque pas d'allure. L'artiste ne cherche pas à innover dans le découpage, il a recours à des astuces classiques (une pleine page par-ci, des cadres obliques par-là, une double-page spectaculaire à la fin). C'est sage mais efficace, à l'image de ce qu'écrit Waid. Là aussi, il faudra sans doute, à un moment (souhaitons-le proche), tenter davantage, emballer plus énergiquement l'ensemble au risque de livrer une jolie BD mais pas très palpitante.

Bilan en demi-teinte donc pour une série qui affiche quelques limites mais qui, par ailleurs, redéfinit son héros subtilement. Selon la durée de ce premier arc narratif, on verra si Doctor Strange version "Fresh Start" a plus qu'un bel aspect et de bonnes intentions pour séduire durablement.