jeudi 20 avril 2023

SUPERMAN #3, de Joshua Williamson et Jamal Campbell


Alors qu'on fête le 85ème anniversaire de la première parution de Superman (dans les pages d'Action Comics), Joshua Williamson et Jamal Campbell achèvent déjà le premier arc du relaunch qu'ils ont initié sous la bannière Dawn of DC. A l'image de ce récit rondement mené, cet épisode fonce pied au plancher tout en ayant mis en place un subplot accrocheur amené à se développer dès le mois prochain.



Superman, contaminé par le Parasite et ses clones, libère Lex Luthor de sa cellule de prison, dépassé par la situation. Ils délivrent également Livewire et partent pour le siège de SuperCorp où ils attirent tous les clones de Parasite et ce dernier afin de le piéger...


Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça n'a pas traîné. On n'est plus habitué à ces arcs narratifs courts, mais Joshua Williamson a imprimé sa marque ainsi sur cette relance de Superman, avec efficacité et ingéniosité.
 

D'aucuns pourront dire que c'est limite expédié, précipité, mais en vérité l'histoire arrive à son terme sans être bâclé, et ayant posé de nombreuses choses, qui redéfinissent le titre et son héros. Williamson a en effet donné une dynamique nouvelle (sinon inédite ?) à la série en s'appuyant pourtant sur Superman lui-même et son ennemi de toujours, lex Luthor.
  

Ce qui est amusant, c'est que, au même moment, chez Marvel, on assiste à un mouvement semblable entre Spider-Man et Norman Osborn. Mais ici, c'est dès le départ que Williamson instaure cette relation en s'inspirant d'une situation mise en place non par lui mais par Philip Kennedy Johnson dans Action Comics.

Car, je le rappelle, Lex Luthor a torturé et tué le magicien Manchester Black pour jeter un sort au monde entier. Désormais, plus personne ne se souvient que Superman est Clark Kent et ceux qui chercheraient à relier les deux individus en mourront. Seuls quelques personnes savent encore qui est l'alter ego du kryptonien (sa femme Lois Lane, son fils, la Super-family, Batman...). Luthor n'a pas échafaudé ce plan pour tuer mais pour protéger le man of steel, convaincu qu'en ayant dévoilé son identité secrète, il s'est  trop exposé et que c'est de Superman que le monde a besoin.

Malgré tout, Superman a fait enfermer Luthor. Mais celui-ci n'en est pas resté là car il est aussi persuadé que Superman a besoin d'être soutenu dans ses efforts : la Lexcorp est devenue la SuperCorp, avec un personnel et des moyens énormes à sa disposition. Evidemment Supes se méfie...

Avec cette bataille contre le Parasite dont une bande de savants fous a tiré des milliers de clones miniatures, le héros de Metropolis a été testé et surtout, comme l'escomptaient ces conspirateurs, a dû se rapprocher de Lex pour l'emporter. A la fin de l'épisode, on comprend deux choses essentielles : Lex sait que ce qui vient de se passer avec le Parasite n'est qu'un avant-goût de menaces plus grandes et que le vrai méchant derrière tout ça prépare effectivement la suite.

Williamson établit un rapport complexe et captivant entre Luthor et Superman, où, pour la première fois peut-être, on sent que le premier ne cherche pas à piéger le second mais bien à nouer une alliance pour un bénéfice commun et supérieur (car Lex comme Supes veut protéger Metropolis). C'est un peu comme si demain Daredevil collaborait avec le Caïd sans que celui-ci ne veuille sa mort ou que Norman Osborn aidait Spider-Man sans arrière-pensée. J'aime bien ce concept qui fait, pour le coup, du très bon neuf avec du très ancien.

Et puis Williamson a élaboré un vrai bon subplot, comme, là encore, on n'en a plus l'habitude. Ce Doctor Pharm, son frère et leurs complices manoeuvrent dans l'ombre de manière intelligente, comme lorsque Jason Wyngarde/le Cerveau complotait pour asservir Jean Grey dans la saga du Phénix noir dans X-Men. J'ignore sir le scénariste fera aussi bien que Claremont, sur une aussi longue durée, avec un dénouement aussi spectaculaire, mais avec un personnage comme Superman, sa rogue gallery, sa nouvelle relation avec Luthor, il y a moyen de réussir quelque chose de très fort.

En plus, Williamson a avec lui un dessinateur de très bon niveau : Jamal Campbell fait partie de ces nouveaux talents qui ont le potentiel pour devenir une star. Il est productif (pas autant que Byrne avec Claremont, mais au moins il tient les délais), il a une technique très solide, un style identifiable.

Ses planches ont l'énergie requise pour cette narration au rythme soutenu, qui fait la part belle à l'action mais nécessite aussi de l'expressivité. Campbell flirte avec le cartoony dans sa représentation de Clark Kent, qu'il représente massif et profondément humain. Quand il passe à Superman, il n'a pas besoin de jouer la carte sombre que les films de Snyder ont voulu imprimer au héros et qui a parfois déteint sur les comics (même si les runs de Peter J. Tomasi et de Brian Michael Bendis avaient déjà une tonalité positive). Toutefois, Superman par Campbell a une sorte de rondeur que ne lui avaient pas donné dans leurs dessins Patrick Gleason, Doug Mahnke ou Ivan Reis, sans doute par Campbell assume aussi la colorisation et dose son trait en fonction. Même si c'est donc un rendu plus numérique que ses prédécesseurs, le résultat n'est jamais froid ou artificiel.

Pour moi, donc, c'est un sans faute. J'espère que ça va continuer comme ça, et je ne vois pas de raison pour que ça change. Williamson comme Campbell ont l'air d'être lancés avec une vision claire et nette du héros, de la série. Et je pense plus aboutie, plus originale aussi que dans Action Comics. L'octogénaire kryptonien a encore de beaux jours devant lui.

mercredi 19 avril 2023

NIGHTWING #103, de Tom Taylor, Travis Moore et Vasco Georgiev, C.S. Pacat et Eduardo Pansica


Avant-dernière partie de l'arc en cours, ce 103ème épisode de Nightwing a quelque chose de décourageant tant Tom Taylor retombe dans ses pires travers. Pour ne rien arranger, Travis Moore au dessin tire la langue et a besoin de renfort. La back-up story par C.S. Pacat et Eduardo Pansica ne vaut pas mieux.


Raven guide Cyborg, Beast Boy et Nightwing en Enfer où, avec la complicité de Blaze, ennemie jurée de Neron, ils vont chercher le contrat signé entre le démon et Roland Desmond. De son côté, la fille de ce dernier, Olivia, est emmenée à Themyscera pour qu'elle s'entraîne...


Parfois, quand vous lisez des comics, vous avez un sentiment de découragement car, même si une série vous plait, c'est comme si celui qui l'écrivait, même en affichant de bonnes intentions, ne pouvait s'empêcher de vous décevoir. C'est quelque chose auquel je commence à être habitué avec Tom Taylor.


Je ne vais pas revenir sur les hauts et les bas de son run sur Nightwing, mais dernièrement, je trouvais qu'il s'était ressaisi. Certes, tout n'était pas parfait, et il y a toujours chez Tom Taylor une propension à différer des éléments pourtant avancés comme cruciaux. Par exemple, après avoir consacré beaucoup de temps à l'opposition Nightwing-Blockbustet et à introduire Heartless, ce dernier après son retour au premier plan au n°100, a à nouveau disparu.


Nightwing est donc devenu l'antichambre de la future série Titans, qui sera toujours écrite par Taylor. Mais qu'importe le flacon si on l'ivresse, et l'histoire débutée au n°101 n'avait rien de désagréable. Qui plus elle était mise en images par le talentueux Travis Moore, un artiste plus sobre que Bruno Redondo.

Mais tout ça vole en éclats dans cet épisode sorti hier. Travis Moore tire la langue et doit recevoir de l'aide. DC a donc demandé au jeune Vasco Georgiev de signer les pages 5 puis 13 à 18. Georgiev a beau s'appliquer, ça se voit quand même comme le nez au milieu de la figure. De plus, s'il n'est pas maladroit, il est quand même loin d'avoir un niveau suffisant, très loin du trait élégant de Moore.

Pour ne rien arranger, alors que je scrollais sur Twitter hier, j'ai découvert sur le fil de Kara Huset que DC a carrément piqué à cette jeune artiste le design de costume que Neron donne à Nightwing à la dernière page de cet épisode. Kara Huset n'a évidemment pas été prévenue et a été sidérée de constater ce plagiat manifeste. Reste à savoir si elle poursuivra DC en justice, sachant que ce genre de procédure est une épreuve pour une artiste inconnue face à un géant de l'édition et sa horde d'avocats. Mais bon, c'est tout de même écoeurant comme procédé...

J'étais déjà mal à l'aise avec cette affaire (dans laquelle, je l'espère, Tom Taylor et des dessinateurs interviendront en soutenant Kara Huset) en lisant l'épisode. Je ne m'attendais pas à l'être aussi en découvrant le contenu de l'histoire, qui fait vraiment pitié.

On pouvait raisonnablement espérer un numéro riche en action, en décors épiques, en péripéties puisque Raven entraînait Cyborg, Beast Boy et Nightwing en enfer pour y trouver le contrat passé entre Neron et Blockbuster. N'espérez rien de tout ça ! C'est abominablement mou, sans nerf, et Tom Taylor pousse même le bouchon jusqu'à montrer que l'endroit où Neron enregistre ses contrats sous la forme d'une salle entièrement occupée par des ordinateurs : heureusement que le ridicule ne tue pas sinon la série devrait se trouver un nouvel auteur...

Parvenu à ce degré de nullité, on se demande franchement ce qui passe par la tête de Tom Taylor, et s'il est même encore préoccupé par Nightwing. Il lui est arrivé d'introduire des éléments limites dans la série, comme Nite-Mite, mais il s'en tirait avec les honneurs. En revanche, impossible de ne pas être consterné devant la mollesse de l'action ici et une "trouvaille" comme cette salle des ordinateurs de l'enfer. On ne peut tout simplement pas terminer l'épisode sans être presque gêné pour le scénariste...

Lassé d'être toujours déçu, de façon régulière, je vais quand même terminer cet arc, mais après rideau parce que je ne vois vraiment pas ce qui pourrait me convaincre de continuer. Et ne comptez donc pas sur moi pour investir dans la série Titans (j'hésitai avant, mais plus maintenant).


Je vais être totalement transparent : j'ai lu la back-up story de Nightwing #103, avec cet interminable enquête du héros qui forme Jon Kent à ne pas compter que sur ses pouvoirs. Mais je n'en ai rien retenu. Quel est l'intérêt de cet appendice ?

Et en prime, c'est très laid (Eduardo Pansica est méconnaissable).

lundi 17 avril 2023

KROMA #4, de Lorenzo de Felici


J'avais gardé pour la bonne bouche la conclusion de Kroma dont le quatrième épisode est sorti Mercredi dernier. Il me semblait que cette série méritait une place à part dans mes critiques car Lorenzo de Felici m'a réellement impressionné pour son premier creator-owned. La conclusion est-elle à la hauteur ? Réponse sans spoilers
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Dans la Cité Pâle, Jun, un ami de feu Zet, assailli par des cauchemars, réclame au prêtre Makavi la vérité sur ce qui est arrivé à son apprenti. De son côté, en liberté depuis des mois maintenant, Kroma s'est faite accepter par les lézards géants de la montagne de cristal. Mais le fantôme de Zet continue de la hanter pour savoir quels sont ses projets. Elle trouve sa réponse lorsque Damog, le gardien du prêtre Makavi, resurgit et avec lui la violence qu'elle a jadis subie...


Lors de la sortie Mercredi dernier de ce quatrième et ultime chapitre, le site spécialisé d'infos sur les comics CBR (ex Comic Book Resources) a publié un article sur les comics auxquels il fallait prêter attention en incitant les lecteurs à se rattraper quand ils seraient publiés en recueils. Parmi les titres cités, on trouvait Kroma.


J'ignore, ne vérifiant pas les chiffres de vente, si Kroma s'est bien vendu, mais effectivement, quand le tradepaper back sera disponible (en vo) le 29 Mai prochain (pour le prix de 19,99 $ (ce qui est raisonnable pour un ouvrage de plus de 200 pages), il faudra que vous vous jetiez dessus - même si je ne doute pas qu'un éditeur français (certainement Delcourt) le traduise.


Si vous n'aviez pas lu Infinity 8 (série pour laquelle Lorenzo de Felici signa un album) ou Oblivion Song (la saga écrite par Robert Kirkman, qu'il retrouvera très bientôt pour une nouvelle série, Void Rivals, en Juin), Kroma va vous faire découvrir un auteur complet aux débuts bluffants.


Je ne vais spoiler le dénouement de Kroma, mais je l'ai trouvé très satisfaisant. Evidemment, j'en aurai bien pris un peu plus, histoire de développer quelques éléments, et, à mon avis, une suite aurait été intéressante, car la fin elle-même ouvre la voie à de nouvelles aventures pour l'héroïne et d'autres personnages. Mais en l'état, les quatre épisodes de Kroma forment un ensemble très cohérent, solide et abouti.

Ce qui étonne, c'est surtout la maturité de de Felici, même s'il a longuement mûri son projet et l'a considérablement fait évoluer avant de se lancer dans sa réalisation. On a pas souvent l'occasion de lire un récit aussi bien construit, avec un univers aussi fouillé, pour une première fois. Surtout, il n'est pas fréquent qu'un dessinateur, qui a travaillé avec un scénariste aguerri comme Kirkman, accouche d'une histoire qui ne doit rien à son collaborateur, ni dans le ton, ni dans le style.

Effectivement, Kroma n'a rien à voir avec Oblivion Song et évoque plutôt la fantasy, réfléchissant sur la croyance, le fanatisme, la vengeance, l'enfance avec une rare pertinence et une intensité peu commune. Le destin de cette jeune fille instrumentalisée par un religieux machiavélique afin de garder le contrôle d'une population enclavée est poignant et réserve un twist très bien amené

De Felici conduit son affaire avec une remarquable fluditié, sans se presser, afin que l'impact des révélations soit le plus puissant possible. Il y a aussi une sauvagerie dans ce récit initiatique, de la violence, mais jamais gratuite, jamais complaisante. En cela, l'artiste de démarque des tics que je reproche à Kirkman, qui succombe trop souvent à la tentation de raconter quelque chose en ne lésinant pas sur l'hémoglobine.

Kroma est aussi (surtout diront certains) une série visuellement splendide. Lorenzo de Felici y a mis tout son coeur et son talent en assumant dessin, encrage, colorisation - un investissement peu commun (qui renvoie à Catwoman : Lonely City, de Cliff Chiang, une autre grande réussite). Certes, cela aura valu à la série un retard conséquent puisque ce quatrième volet sort après plusieurs mois d'attente, où l'artiste a dû composer avec la finalisation de son histoire et le début de son travail sur sa prochaine production avec Kirkman. 

Mais l'attente en valait la peine, et tout est oublié quand on tourne les pages, somptueuses, de ce chapitre IV. De Felici ne s'est pas fait seulement plaisir, mais aura régalé les lecteurs, avec des planches sur lesquelles on s'attarde volontiers, pour en contempler les détails, les lumières, la palette, l'expressivité des personnages. La narration est maîtrisée, ce qui un autre pari gagné car le format des épisodes, plus fournis en nombre de pages (une cinquantaine par numéro), oblige à revoir le rythme interne par rapport aux floppies traditionnels d'une vintaine de planches.

Il n'est pas toujours bon de se sentir frustré par une bande dessinée, mais Kroma, en se terminant, convainc sur cette impression car on aurait simplement voulu que ça continue. Lorenzo de Felici a changé de dimension et désormais on a vraiment envie de lire ce qu'il produit - en souhaitant que Robert Kirkman soit à la hauteur pour leur futur projet.

dimanche 16 avril 2023

dernière sortie sur THE DEUCE


Quatre ans après la fin de sa diffusion, j'ai enfin pris le temps de suivre la dernière saison de The Deuce, une des toutes meilleures séries produites par HBO. J'ignore pourquoi j'ai laissé passer autant de temps, peut-être craignais-je d'être déçu. Le show créée par David Simon, George Pelecanos et Richard Price ne déçoit pourtant pas à l'heure de faire ses adieux. Huit épisodes crépusculaires et nostalgiques.

CE QUI SUIT COMPORTE DES SPOILERS.


Six ans se sont écoulés. Alors que se profile l'année 1985, New York est en pleine restructuration urbaine sous l'impulsion de l'ambitieux Gene Goldman qui s'appuie sur le capitaine Alston pour faire le ménage dans les quartiers chauds, comme celui de la 42ème Rue (The Deuce), où sévit toujours la prostitution, le trafic de drogue et la pornographie.


Vincent Martino renoue avec son ex-femme Andrea alors que le couple qu'il formait avec Abby bat de l'aile. Candy et Harvey se disputent sur la direction à faire prendre à leurs films X car le marché évolue et le porno amateur séduit de plus en plus de clients. Lori Madison sort de sa cinquième cure de désintoxication et reprend vite le chemin des tournages en Californie.


Frankie Martino se brouille avec son protecteur Rudy Pipilo car il deale de la drogue, dont le caïd italien de la vieille école ne veut pas entendre parler même si cela lui rapporterait encore plus d'argent. Candy rencontre un homme, Hank Jaffe, conseiller financier, qui la séduit sans être gêné par son passé de prostituée et d'actrice de films X. Lori réfléchit à l'avenir et à sa reconversion.


Abby fait la connaissance d'une street-artist, Pilar, dont elle devient la maîtresse, ce qui l'éloigne encore plus de Vincent, même s'il fait mine de ne pas se vexer. Candy songe à tourner un film porno féministe mais manque de fonds, Harvey refusant de la suivre dans ce projet et Hank ne parvenant pas à la convaincre de l'aider financièrement. Todd apprend qu'il a le SIDA et revoit ses priorités avec Paul alors que sa carrière de comédien au théâtre décolle. 


Frankie est tué par un client qui l'accusait de lui avoir vendu de la drogue de mauvaise qualité. Mais ce dernier est le fils d'un parrain et Rudy jure à Vincent qu'il ignore où il se cache. Lori revient à New York pour passer une audition pour un film traditionnel, mais c'est un échec humiliant. Invitée par Abby, Candy rencontre des militantes féministes qui veulent que le gouvernement fasse voter une loi pour interdire la pornographie et tente de les convaincre que son travail se distingue de la production habituelle.


Todd meurt du SIDA avec ses parents, appelés par Paul, à ses côtés. Paul décide de s'investir dans l'activisme pour alerter sur l'épidémie qui décime le milieu gay alors que les pouvoirs publics ne font rien. Dévasté par la mort de Frankie, Vincent obtient des renseignements sur celui qui l'a tué et se venge. Abby quitte Pilar pour soutenir Vincent mais est horrifiée en devinant ce qu'il a fait. Lori, de retour en Californie, découvre que son homme la trompe et elle le quitte. Pour subsister, elle se produit dans des clubs de strip-tease avec le projet de revenir à New York pour de bon.


De retour en ville, Lori reçoit l'aide de Candy qui l'embauche pour son film avec l'espoir que cela attirera des investisseurs. Mais, le soir même, après avoir fait une ultime passe avec un inconnu sur la 42ème Rue, Lori se suicide, sûre que son passé ne lui permettra jamais de se réinventer. Alston et Goldman obtiennent du maire Koch la fermeture des bordels, bars et saunas pour des mesures de santé publiques, rassurant ainsi les promoteurs immobiliers qui veulent rebâtir. Rudy, qui a couvert la vengeance de Vincent, est abattu par Tommy Longo, son bras-droit. Candy préfère accepter de tourner à nouveau comme actrice pour boucler le budger de son film plutôt que d'être aidé par Hank, ce qui acte leur séparation.


2019. Vincent Martino revient à New York à l'occasion du mariage de son neveu. Il apprend dans un article du journal la mort, à 73 ans, de Candy, dont le seul film traditionnel est réédité en DVD. En flânant sur la 42ème Rue le soir, il croise les fantômes de son passé et s'engouffre dans le métro, accompagné par celui de son frère Frankie...

The Deuce semble désormais, en 2023, d'un autre âge, d'un autre temps. Verra-t-on à nouveau une série de ce calibre, de cette ambition, sur un sujet aussi délicat ? On peut se poser la question au moment où HBO est en pleine restructuration car la chaîne à péage, propriété du groupe Warner Discovery, vit ses dernières heures et sera rebaptisée MAX, avec de nouvelles productions sur le long terme, pour (re)conquérir ses abonnés perdus.

Déjà, après une première saison phénoménale, The Deuce avait dû revoir sa narration à la baisse : ses créateurs, David Simon, George Pelecanos et Richard Price, avait des plans courant sur plusieurs saisons, avec le rêve de montrer l'évolution de ce quartier et de New York des années 1970 à nos jours. La chaîne ne leur donnait plus que trois saisons pour boucler leur saga, et, avec un art consommé de l'ellipse, ils transformèrent l'essai lors d'une saison 2 toujours aussi magistrale.

Pourtant, quand la troisième et dernière saison fut disponible, je ne me jetai pas dessus. Pourquoi ? Je l'ai oublié. Sans doute étais-je accaparé par une autre série alors (c'était en 2019, une éternité quand on considère que c'était avant le COVID, la guerre en Ukraine...). Peut-être aussi avais-je peur d'être déçu ? Ou voulais-je différer le moment de dire "adieu" aux personnages de The Deuce

Finalement, cette semaine, je m'y suis mis. Et non seulement je n'ai pas été déçu, mais j'ai été une fois encore impressionné, et même ému. Car la mélancolie est omniprésente dans ces huit derniers épisodes, dont Vincent Martino est le coeur. Celui-ci, comme Frankie Martino, son jumeau, est incarné par James Franco, qui est absolument bluffant (il signe aussi la réalisation de l'épisode où Frankie trouve la mort). Mais entre-temps, l'acteur a été rattrapé par le tribunal médiatique du mouvement #MeToo, ce qui l'a contraint à ne plus tourner pendant trois ans (de 2020 à 2023) après qu'il a avoué des relations avec des étudiantes suivant des cours de comédie qu'il donnait.

Si j'évoque cette triste affaire, c'est parce qu'elle trouve un écho troublant avec le propos de The Deuce où il est question de l'industrie du cinéma pornographique, de la prostitution (et du trafic de drogue). C'est aussi pour cela que je posais la question au début sur la possibilité de voir un jour à nouveau une série traitant de sujets pareils. L'époque a tellement changé depuis le scandale Harvey Weinstein qu'on se croirait parfois revenu à cette évocation du puritanisme de l'ère Reagan où il était question d'interdire les films X et d'éradiquer la prostitution.

Je ne défends ni l'un ni l'autre, mais je ne crois pas que prohiber le porno et la prostitution soit une solution. Il y aura toujours des films X sur le Net, d'une manière ou d'une autre, sans doute tournés dans des conditions dégueulasses (comme du gonzo) et c'est idem pour la prostitution (alors que dans certains pays, elle est encadrée, les travailleuses du sexe protégées, etc.). On sait aussi que d'anciennes stars du X ont un discours souvent plus posé et intelligent sur ce milieu que certains sociologues (avérés ou auto-proclamés) et politiques, mais encore faudrait-il les entendre (je pense à Ovidie par exemple, qui ressemble à Candy dans The Deuce par certains aspects).

En nous ramenant en 1985, la série revient sur l'épidémie du SIDA, qu'on appelait le "cancer des pédés" et qui était ignoré par les pouvoirs publics, jusqu'à ce que des activistes portent la question sur la place publique et que des célébrités avouent être atteintes de ce mal. Aujourd'hui, grâce à des thérapies, les porteurs du virus survivent plus longtemps, mais il faut tout de même rappeler que le SIDA existe toujours, n'est pas éradiqué.

La force de The Deuce, finalement, c'est, en regardant dans le rétroviseur, de prouver que beaucoup de choses changent, et que rien ne change. Même aujourd'hui, dans notre époque où tout est commenté, noyé dans un déluge de paroles dénué de sens ou qui file la nausée, on continue de considérer la société et ses maux comme des problèmes à gérer et non à résoudre, négligeant la part humaine qui les crée ou les subit. Ainsi l'ambitieux et hypocrite Gene Goldman veut nettoyer les villes mal famées de Big Apple pour rendre la cité à nouveau attractive pour des business men et s'appuie sur un flic efficace qu'il paie grassement pour harceler, intimider, faire fuir tous ceux qui se dressent sur leur chemin.

Mais, au final, là encore, le problème n'est pas réglé : Alston embarque Goldman un soir pour une virée dans le Bronx afin qu'il voit où ont déménagé les putes, leurs macs, les toxicos, les gangsters. Rien n'a été réglé, simplement déplacé, jusqu'à ce que les promoteurs décident d'investir dans cet autre quartier. Goldman est un personnage antipathique jusqu'au bout, n'assumant pas ses propres turpitudes, et fermant les yeux tant que ses objectifs sont atteints. Il n'est ni un urbaniste, ni un visionnaire, ni même un politicien, juste un profiteur, un jouisseur cynique.

Qu'importe que des vies soient brisées, des individus comme lui sont convaincus que c'est la marche du progrès ou des bénéfices, c'est selon. A l'autre bout de ce spectre capitaliste, Frankie Martino aura moins de chance que Goldman : il périt tristement, pathétiquement par là où il a péché, victime d'un client rancunier, entraînant sans le savoir une cascade de règlements de comptes (avec pour victime collatérale son protecteur, Rudy) et de chagrins (celui de son frère en premier). Anti-héros flamboyant, il a fini, baignant dans son propre sang, sur le parquet de la boîte de nuit de son frère, quelque temps après avoir enregistré une vidéo avec femme et enfants pour que son petit dernier ait un souvenir - étrangement prémonitoire.

Le casting de la série se resserre sur ses protagonistes les plus emblématiques et leurs interprètes rendent justice aux rôles qu'ils ont porté durant trois saisons épiques. Emily Meade est particulièrement bouleversante et la scène de son suicide vous cueille à froid, au moment où on s'y attend le moins, avec une brutalité sèche terrible. Margarita Levieva et Chris Coy incarnent deux amants que le destin n'épargnent pas, mais avec une dignité admirable. Luke Kirby est parfaitement infect dans le costume de Goldman alors que Lawrence Gilliard Jr. est impeccable en capitaine Alston à la lucidité implacable.

Toutefois, les deux monarques de The Deuce restent jusqu'au bout Maggie Gyllenhaal, toujours aussi charismatique et classe en Candy, et James Franco, dont l'ultime promenade sur la 42ème Rue, est bouleversante. Certains ont reproché aux auteurs cette scène finale, comme si elle idéalisait un passé sordide mais fantasmé. Moi, j'ai trouvé ça poignant, très beau, une issue élégante.

Quand même, c'était bien, The Deuce.

samedi 15 avril 2023

X-MEN #21, de Gerry Duggan et Stefano Caselli... Et FALL OF X...


X-Men #21 conclut l'arc Lord of the Broods. La bonne nouvelle, c'est que, en vérité, ce crossover annoncé avec la série Captain Marvel (elle aussi aux prises avec les Broods) n'en était pas un : vous pouvez lire un titre sans être obligé de vous coller l'autre. La mauvaise nouvelle : ce n'est vraiment pas terrible... Pire : ça n'annonce rien de meilleur.


Après que Jean Grey se soit à nouveau débarrassée de Cauchemar qui a embrouillé les Broods, elle rejoint les X-Men à bord de leur vaisseau dont les passagers étaient tous infectés et ont été éliminés par Synch. Cyclope prend une décision radicale pour régler le problème...


Pour tous les fans de X-Men de ma génération, les Broods renvoient aux épisodes de Uncanny X-Men écrits par Chris Claremont et dessinés par Paul Smith et Dave Cockrum, un story-arc dans l'espace culte à défaut d'être très original (les Broods étaient inspirés par les films Alien de Ridley Scott et Aliens de James Cameron).


Il est à craindre que cela ne parle plus à grand monde mais que Lord of the Broods puisse remplacer le récit originel de Claremont pour de nouveaux et/ou jeunes lecteurs (s'il y en a encore qui lisent des comics aujourd'hui...). Pas sûr qu'on y gagne au change, ni même qu'il ait fallu ressortir les Broods d'où ils se trouvaient (même si Hickman avait amorcé cette histoire développée ces trois derniers mois).


Je ne vais pas vous le cacher : ce qu'on nous annonce pour la franchise mutante dans les prochains mois ne m'enthousiasme pas. En ligne de mire : un event (encore !), Fall of X.

Le poster promotionnel de Fall of X par Bryan Hitch

Cela fait un bon moment maintenant que le staff éditorial et les auteurs de la franchise s'amusent à titiller les fans avec la fin de l'âge de Krakoa. A l'heure qu'il est, cependant, rien n'indique clairement que Fall of X mettra fin à la révolution imaginée par Hickman. Mais rien ne dit le contraire non plus. Et j'ai un mauvais pressentiment.

Avant cela, il y aura la troisième édition du Hellfire Gala (en Juillet) et quelques one-shots annonçant l'event. Gerry Duggan, en sa qualité de chef d'orchestre de la série X-Men, jouera évidemment un rôle non négligeable dans tout ça. Al Ewing, comme d'habitude, va composer avec la situation. Benjamin Percy en profitera pour se complaire toujours un peu plus dans le glauque. Si Spurrier, on s'en fiche, c'est inbitable ce qu'il écrit. Mais ce qui est certain, c'est que Fall of X va être l'occasion pour Marvel de lancer plein de mini-séries dont certainement aucune ne survivra à l'event (même si l'éditeur joue encore la carte nostalgie avec un énième retour d'Alpha Flight). Le fan de X devra avoir la bourse pleine pour acheter et lire tout ça (en plus d'être motivé).

Et c'est déjà le cas avec X-Men par Gerry Duggan. L'arc qui se termine avec ce n°21 n'est franchement pas terrible. Tout paraît expédié, de la manière dont Jean Grey humilie une fois de plus Cauchemar au plan de Cyclope contre les Broods (qui rappelle les heures les plus sombres de Scott Summers, post-Avengers vs X-Men), en passant par le dénouement de l'opération récupération de Knowhere par Forge et Monet.

Duggan, lui-même, semble ne pas croire à ce qu'il écrit, comme s'il voulait vite passer à autre chose. Sans doute est-il surtout pressé d'arriver au Hellfire Gala 2023 au cours duquel il pourra à nouveau modifier la line-up de l'équipe des X-Men... Et ne rien en faire comme d'habitude. Car, honnêtement, les deux premières formations auront brillé par leur absence de caractérisation, entre personnages maintenus à leur poste mais jamais approfondis, aux nouveaux entrants jamais développés. A quoi bon ?

En vérité, cette idée de renouveler l'effectif de l'équipe tous les ans ressemble de plus en plus à un gadget dans les mains d'un scénariste qui n'en fait rien. On n'a pas le temps de s'attacher aux personnages, ceux-ci interagissent très peu, ne sont absolument pas creusés. Qui peut dire ce qu'a apporté Firestar et ce que la série lui a donnée ? Havok a été dégagé à l'occasion du crossover Dark Web sans que ça émeuve personne, Laura Kinney est revenue juste pour que Synch ne soit plus seul, Iceberg ne sert à rien. Et Jean et Scott ont une dispute dans cet épisode qui risque fort d'être peu exploitée.

Duggan, il faut le dire, n'est pas un spécialiste du character's driven. C'est un conteur d'histoires malin, efficace, mais qui échoue depuis Juillet 2021 à animer les X-Men de manière originale. Comparer son oeuvre à celle de Hickman sur ce titre serait humiliant pour lui. Les X-Men ne sont pas devenus les champions mutants protégeant l'humanité comme des ambassadeurs, mais juste une énième équipe, aux missions bien loin de l'objectif visé au départ par Duggan et Marvel. Il symbolise, à cet égard, la dissolution de l'idée de Hickman qui avait conceptualisé les krakoans comme une nation X peu soucieuse d'être désormais appréciée par le reste du monde puisqu'ils étaient de nouveaux dieux. A partir du moment où les X-Men se sont remis à se soucier de leur image, de leur réputation, c'en était fini de l'idée de Hickman.

Ils peuvent affronter MODOK, Orchis, d'autres Mr. Sinistre, les X-Men sont rentrés dans le rang, ont perdu la particularité que leur avait donnés Hickman. Ils sont redevenus banals, vivant des aventures qui souvent développent des idées lancées par Hickman mais sans le génie de ce dernier. Duggan n'a tout simplement pas les épaules pour faire oublier son devancier. Aucun scénariste d'un titre mutant actuellement ne les a, même pas Al Ewing, qui n'a pas réussi à faire de X-Men : Red et d'Arakko des entités à part, étanches.

Les dessins de la série passent aussi entre de trop nombreuses mains. Leinil Yu avait été le compagnon régulier de Hickman quand Duggan a épuisé Larraz, Pina, Cassara, Caselli, Villa., tous incapables de tenir les délais ou à qui Marvel n'a pas voulu confier les clés graphiques de la série (C.F. Villa s'en sort mieux puisqu'il hérite des Avengers dès le mois prochain. Quant à Larraz, je doute qu'il revienne sur un titre X après son escapade chez Millar). Stefano Caselli est un artiste que j'aime bien mais qui est pénible à suivre, comme s'il tenait pas en place ou que Marvel le baladait de titre en titre. Malgré tout je le préfère à Cassara, qui revient le mois prochain. Il fait un bon boulot, sans forcer son grand talent, comme un fill-in de luxe. Dommage. Un vrai gâchis.

Mais au fond ce qui subsiste, chez moi en tout cas, c'est le désintérêt croissant. J'aimerai jurer que je vais aller au moins jusqu'au Hellfire Gala 2023, mais c'est un objectif qui ne me fait pas vibrer (pour les raisons déjà citées). De tous les titres annoncés pour Fall of X, le seul qui m'accroche vraiment (et le seul qui y survivra), c'est le come-back de Uncanny Avengers, par Duggan (qui avait déjà signé un run très bon sur ce titre) et Javier Garron, armé d'un pitch intrigant, et un peu à la marge (entre deux franchises donc). Je redoutais que cela arrive, après le départ de Hickman, mais sans être étonné réellement que ça se produise.