samedi 23 juillet 2022

FABLES #153, de Bill Willingham et Mark Buckingham


Cette troisième partie de The Black Forest correspondant à Fables #153 met l'accent sur la famille de Bigby Wolf et Blanche Neige et leurs enfants. De fait, Bill Willingham et Mark Buckingham exploitent vraiment le décor de la Forêt Noire où chacun des protagonistes va faire des rencontres, en particulier Ambrose. Une sorte de parenthèse donc, mais loin d'être close à l'issue de ce n°...


Après avoir envoyé leurs enfants en quête d'une grande aventure, Bigby se voit reprocher par Blanche Neige son attitude car elle redoute qu'ils fassent de mauvaises rencontres dans la forêt.


Cependant, à Manhattan, Cendrillon a loué une chambre dans un bel hôtel et se demande ce qu'elle va faire de ses talents désormais. Un flash info à la télé lui donne une idée.


De son côté, Gwen révise les enseignements du précédent Jack in the Green. Celui-ci lui indique qu'elle doit, comme toute héroïne, se trouvait une mission afin de prouver sa valeur.


Ambrose, le moins dégourdi de la meute de Bigby et Blanche Neige, croise la route de Mr. Kyrk qui l'invite dans sa cabane pleine de livres. Mais il a de mauvaises intentions...

Ce résumé vous fera remarquer qu'il y a une notion qui parcourt tout l'épisode : celle de la quête. Et qu'est-ce qu'une fable, sinon un récit pourvu d'une morale après avoir traversé une épreuve qui doit vous enseigner une leçon ? C'est ce que vont expérimenter les protagonistes de l'histoire.

Bill Willingham n'a vraiment rien perdu de son adresse narrative. Bien qu'il n'a pas écrit cette série depuis dix ans, il la maîtrise comme s'il l'avait quittée la veille, et c'est déjà épatant. Ce qui l'est peut-être plus encore, c'est sa capacité à mener de front plusieurs subplots sans égarer le lecteur, grâce, justement, au thème commun de ces intrigues.

Il y a quelque chose d'assez fascinant à lire Fables pour cela. Tout est simple, compréhensible, et en même temps riche, consistant. C'est captivant sans que ça ait l'air d'être difficile à écrire et encore moins à résumer. Cette simplicité apparente devrait inspirer d'autres auteurs qui croient accoucher de récits sophistiqués en déconstruisant à outrance, en jouant avec la chronologie des faits. Personnellement, je trouve que ce qu'accomplit Willingham est une sorte de leçon : il ne cherche pas à vous épater, à vous prendre de haut, au contraire il vous prend la main et de l'autre vous saisit à la gorge quand vous vous y attendez le moins.

Le coeur de cet épisode, ce sont donc les enfants de Bigby Wolf et Blanche Neige. Parce qu'il voulait construire la maison familiale en paix, bigby a envoyé sa progéniture s'aventurer dans les bois environnants avec pour mission d'en revenir avec une histoire. Blanche Neige commence à s'inquiéter car elle craint que la forêt ne soit trop dangereuse pour les enfants, quand bien même sont-ils pourvus de pouvoirs et habitués à traverser des épreuves. Bigby trouve qu'elle prend peut-être tout ça un peu trop à coeur...

Parce qu'il a sans doute bien structuré son arc de douze épisodes et sait qu'il aura du temps à consacrer à chacun des enfants du couple, Willingham privilégie Ambrose, le moins dégourdi de la meute, ce petit rondouillard rêveur, épris de littérature. Evidemment, il va croiser un personnage trop aimable et affable pour être honnête : c'est prévisible et pourtant on frémit pour lui car ce Mr. Kyrk (de son vrai nom Yosepheus Jadpoplar Kyrkogrim) n'est effectivement pas fiable.

Pour tenir le lecteur en haleine, jouer sa partition sur le même ton est une erreur, il faut des pauses, des envolées. Pour Willingham, cela se traduit par des scènes qui viennent ponctuer la promenade de Ambrose et qui permettent de ne pas perdre le contact avec d'autres personnages de la série depuis sa reprise. S'il choisit de nous priver de la suite des manoeuvres de Peter Pan et de Clochette, le scénariste revient sur les situations de Cendrillon et Gwen.

Pour Cendrillon, qui est revenue d'entre les morts, et qui se demande que faire de sa nouvelle vie, avec les multiples talents dont elle est dotés, dans sa chambre luxueuse d'un hôtel à Manhattan, l'inspiration vient à point quand elle surprend un flash info relatant une affaire pour laquelle elle se sent taillée. A suivre.

Et puis on revient à Gwen, cette jeune femme rousse et impertinente qui vient, cavalièrement, de retirer son titre à Jack in the Green en s'installant chez lui qui plus est. Pas trop rancunier, il l'instruit pour qu'elle s'améliore. Puis on devine une astuce, qui demande à être confirmée, quand il l'invite à se trouver une mission qui prouvera à tous sa véritable valeur, sa véritable légitimité à portr son titre. Cherche-t-il à s'en débarrasser ? Ou vraiment à l'aguerrir ?  Là encore, à suivre.

Mark Buckingham fait de chaque planche une oeuvre d'art. On retrouve son goût pour les bordures ouvragées, et surtout le découpage simplissime, avec peu de cases par page, mais à la fluidité incomparable.

Au fond, ce n'est pas étonnant que Buck' se soit imposé comme l'artiste de la série (alors que c'est Lan Medina qui l'avait précédé sur le premier arc et qui aurait dû ensuite alterner avec lui). Comme Willingham, le dessinateur sait parfaitemetn que rien ne sert de faire compliquer : il faut dessiner clair et juste.

Prenez la scène de dispute entre Bigby et Blanche Neige : c'est très classique, avec des champs-contrechamps. Mais l'essentiel est ailleurs : dans la contrariété exprimée par Blanche et la désolation de Bigby. Si bien que, lorsqu'elle commence à lui reprocher non pas seulement d'avoir envoyé leurs enfants dans une forêt hostile mais à vouloir revenir sur toutes les erreurs qu'il a commises comme père, c'est à la fois drôle et touchant de voir l'accablement de Bigby.

Quand Buckingham traite en une planche la scène avec Cendrillon, il dispose quatre bandes, dont trois avec des cases qui occupent toute la largeur de la planche (bordures exceptées). Il compose ainsi chaque plan autour du personnage en détaillant le luxe de son intérieur mais aussi en pointant le négligé élégant qu'elle porte, les poses à la fois lascives et attentistes qu'elle prend. Pour terminer par un plan serré sur son visage alors que le son de la télé nous informe, elle et nous, d'une news accrocheuse.

Dans le cas de Gwen et Jack, Buckingham préfère miser sur des cases verticales, avec un "gaufrier" léger (quatre vignettes) où tour à tour les deux personnages sont dans le même plan ou sont séparés bien qu'étant dans la même pièce. Cela souligne encore le dialogue qui est à la fois un échange et une volonté de dominer l'autre, soit par l'autorité (chez Gwen), soit par la malice (chez Jack).

Mais bien entendu, c'est avec Ambrose et Mr. Kyrk que Buckingham peut le plus s'exprimer narrativement et laisse éclater son génie pour les décors. Les extérieurs comme les intérieurs en disent aussi long, sinon plus, que les attitudes et expressions. La cabane de Mr. Kyrk est en fait bâtie avec des livres tout comme l'intégralité de son mobilier. Une fois dans la petite maison, cet espace d'abord agréable devient oppressant et révèle la vraie nature de son propriétaire. Implacable.

Pour tout cela, cette habilité remarquable dans les narrations écrites et graphiques, Fables est déjà un régal. Mais aujoutez-y une (ou plutôt des) histoire(s) captivantes, et vous ne pouvez plus résister.

La variant cover de Mark Buckingham.

KNIGHTS OF X 4, de Tini Howard et Bob Quinn


C'est avec un sentiment curieux qu'on lit ce quatrième épisode de Knights of X quand on sait qu'il s'agira de l'avant-dernier numéro de la série : en effet, sans doute faute de succès suffisant, Marvel a décidé d'arrêter les frais et accordé un mois à Tini Howard pour boucler son histoire ! C'est bien dommage, d'autant que elle et Bob Quinn offraient aux fans du titre quelque chose d'à part dans la franchise X.
 

Comme l'avait indiqué Mort, un sacrifice parmi les dix chevaliers sera nécessaire pour l'accomplissement de leur quête. Et c'est Gambit qui est mort en affrontant Merlin !
 

Mad Jim Jaspers ouvre un portail qui permet aux chevaliers, mais aussi à Arthur, de passer dans le royaume de Mercator. Depuis son fief, Roma suit ces péripéties avec Saturnyne et Shogo.


Dans le royaume de Mercator, chaque chevalier est confronté séparément à son rêve qui est aussi son pire cauchemar. Seule Rachel réussit à résister et rassemble l'équipe.


Rachel échange un baiser passionné avec Betsy, retrouvée en derniier. Mais le moment est iinterrompu par Absolon Mercator qui signale l'arrivée de Roma, Saturnyne, Shogo, poursuivi par Merlin...

Le 31 Août prochain, c'en sera donc fini de Knights of X, et même, comme c'est l'usage, Tini Howard promet que ce n'est pas la fin de l'histoire, que les chevaliers reviendront sous une autre forme, que leurs aventures ne sont pas closes, on peut tout de même en douter.

Tini Howard a déjà connu une annulation rapide avec X-Corp, rapidement interrompue au bout de cinq numéros aussi. Et comme la scénariste n'est plus exclusive chez Marvel, ce qui l'autorise à écrire Catwoman pour DC, on peut s'interroger sur ses priorités dans l'avenir.

On peut aussi se demander si Howard n'a pas vu trop loin, trop gros. Déjà était-ce une bonne idée d'abandonner Excalibur pour finalement lui donner une suite sous un autre nom ? Les fans n'aiment pas échanger un nom connu pour un autre et Excalibur est une marque qui parle à plusieurs générations de lecteurs et qui pouvait encore s'appliquer à ces Knights of X.

Peut-être aussi y a-t-il eu un phénomène d'usure et que les lecteurs en ont eu assez des aventures dans l'Outremonde ? Ou que le casting de Knights of X manquait de personnages attractifs ? Sur ce dernier point, je suis plus réservé car quand même Rachel Summers, Betsy Braddock, Gambit figurent en bonne place parmi les mutants appréciés des fans. En revanche, à part pour les fans du run d'Alan Davis sur Excalibur, qui se souvenait de Kylun, et le couple Rictor-Shatterstar manquait-il axu autres qui n'avaient pas suivi X-Factor par Peter David (un run adoré par les fans mais qui n'a jamais été un succès commercial) ?

Peut-être, enfin, que la situation décrite par Howard dans l'Outremonde rappelait-elle trop le schéma classique des X-Men avec Merlin dans un rôle de chasseur de mutants, avec des Furies gigantesques évoquant les Sentinelles ? On peut continuer comme ça longtemps. Quoi qu'il en soit : Knights of X, c'est fini (dans un mois).

Pour ma part, j'aimai cette série, surtout après avoir découvert sur le tard, Excalibur par Tini Howard à côté de laquelle j'ai failli complètement passer. D'une manière générale, je suis client des histoires chevaleresques, de la geste arthrurienne, et je trouvais que l'association de ces éléments avec les mutants fonctionnait bien. D'ailleurs ce quatrième épisode, même s'il est un peu en deçà des précédents, reste efficace et plaisant. Le sacrifice, effectif, réel, de Gambit est frappant (même s'il ne saurait rester mort bien longtemps, quel que soit le risque de le ressuciter comme tous ceux tombés dans l'Outremonde), le long passage dans le royaume de Mercator qui confronte les membres de l'équipe à leurs rêves et leurs cauchemars est saissisant, et le cliffhanger promet une belle baston finale.

Je demeure plus mesuré sur l'initiative de Howard d'officialiser le couple Betsy-Rachel. Si Rachel, depuis sa création par Claremont, a toujours été écrite, même à l'époque où ce n'était que suggéré, comme au minimum bisexuelle, les fans fantasmant aussi beaucouo à ce sujet, on l'a quand même vu plus souvent très proche, et même intime avec Diablo (dont le coeur balançait entre elle, Tornade et Meggan), au point que dans X-Men : Gold de Guggenheim Kurt proposait à Rachel de l'épouser.

En revanche, je n'ai pas souvenir avant cela d'une attirance entre Rachel et Betsy (et vice-versa), donc je trouve que c'est un peu bizarre, à tout le moins, de les voir se sauter au cou l'une de l'autre comme si c'était une évidence acquise depuis longtemps. Attention ! je n'ai rien contre, je ne suis pas de ces pseudo-fans qui hurlent devant l'homosexualité des personnages, et d'ailleurs depuis Hickman, on sait que le polyamour est la norme chez les mutants, donc pourquoi pas ? Mais j'aurai préféré que ce soit amené de façon plus subtile, plus progressive. Et surtout, il me semblait que si Rachel avait un faible pour une autre mutante, ce serait plutôt Kitty Pryde (là encore parce qu'elles se connaissent depuis très longtemps) - mais je sais aussi que d'autres fans estiment que Kitty serait plus attirée par Magik...

Bob Quinn impose toujours sa narration très tonique avec des dessins généreux dans l'effort. Il a l'occasion de se préserver un peu avec la séquence dans le royaume de Mercator où les décors se sont plus rares, mais l'ensemble de l'épisode reste de très bonne facture.

Quinn n'a pas le style élégant de Marcus To (son prédécesseur sur Excalibur, que j'aurai, à tout prendre, préféré continuer à lire sur Knights of X), mais il partait tellement de loin à mes yeux, que sa prestation laissera un goût d'inachevé. D'autant qu'il paraissait taillé pour enchaîner les épisodes sans faiblir, or dans le contexte actuel, c'est toujours agréable de suivre une série sans que l'artiste ne soit remplacé rapidement.

Reste à voir comment Tini Howard va réussir à fournir une conclusion digne en un seul épisode alors qu'elle avait misé sur le long terme avec cette série. La couverture (de Yanick Paquette) pour le #5 (ci-dessous) laisse présager d'un twist franchement audacieux, à la mesure du titre de l'épisode (Impossible)...

jeudi 21 juillet 2022

MOON KNIGHT : BLACK, WHITE & BLOOD #3, de Erica Schultz et David Lopez, Jim Zub et Djibril Morrissette-Phan, Ann Nocenti et Stefano Raffaele


La troisième collection d'histoires courtes de Moon Knight : Black, White & Blood est une nouvelle fois excellente. Chaque paire d'auteurs à l'eouvre ici a su exploiter une part du personnage, réussissant même parfois à glisser quelques traits d'humour - ce qui n'a rien d'évident avec un tel héros.


- Wrong Turn. (Ecrit par Erica Schultz et dessiné par David Lopez.) - Jake Lockley est au volant de son taxi lorsque trois braqueurs de banque embarquent et, sous la menace de leurs flingues, l'obligent à les véhiculer jusqu'à Coney Island. La suite va être mouvementée pour les bandits...


- No Empty Sky. (Ecrit par Jim Zub et dessiné par Djibril Morrissette-Phan.) - Moon Knight fait irruption dans le repaire d'une secte dont les adeptes sont sur le point de sacrifier une jeune fille...


- Astronuts. (Ecrit par Ann Nocenti et dessiné par Stefano Raffaele.) - Marc Spector accepte d'aider la jeuneZest à saboter le voyage vers la lune du Dr. Gem qui veut en exploiter les gisements d'hydrogène...

C'est à croire que le premier numéro de Moon Knight : Black, White & Blood n'avait pas été bien lu avant publication par les editors de cette collection car depuis on a droit à des histoires de plus en plus plaisantes et bien faites. La preuve par trois avec ce pénultième numéro.

On commence par ce Wrong Turn très amusant et c'est déjà une surprise en soi parce que se permettre d'être drôle avec un personnage comme Moon Knight est un sacré pari. Pourtant la scénariste Erica Schultz (qui a auparavant surtout travaillé sur des titres comme Vampirella et Xena chez Dynamite Comics) accomplit cet exploit en mettant en scène une cavale mouvementée au cours de laquelle Jake Lockley doit convoyer malgré lui trois braqueurs de banque. Ceux-ci ignorent évidemment qu'il y a un cinquième passager dans la voiture avec Moon Knight qui murmure à l'oreille du chauffeur.

David Lopez a trouvé le temps, entre deux épisodes de son creator-Owned BlackHead & IronHand (sur la plateforme Panel Syndicate et Image Comics en vo, Urban Comics en vf), de prêter son talent mésestimé à ce court récit. Il dessne un Jake Lockley/Moon Knight malicieux et plein de charme, qui mène en bateau ses passagers en trouvant in fine le temps de leur filer quelques sueurs froides. Le trait rond et expressif de Lopez s'accorde à merveille au texte plein d'esprit de Schultz.

On enchaîne avec No Empty SkyJim Zub utilise le Moon Knight des origines, dans son costume entièrement blanc, le poing de Khonshu, implacable et tourmenté. Comme pour le premeir récit, il s'agit en fait d'une longue séquence d'action où la course est remplacée par une baston en règle contre des adeptes d'une secte sur le point de sacrifier une jeune fille innocente. Le dénouement interroge la notion de servitude quand MK doute d'aider la victime en la liant à Khonshu.

Djibril Morrissette-Phan illustre cela avec une efficacité redoutable. Habitué aux productions indés chez Image Comics mais collaborant aussi avec Marvel à l'occasion, c'est un excellent artiste, au trait vif. Son découpage prouve sa maîtrise narrative avec une grande variété dans les angles de vue et les valeurs de plans. Il mériterait d'être testé sur un format plus long.

Enfin, Ann Nocenti se montre très en verve sur Astronuts et ça fait toujours plaisir car quand elle est aussi en forme, c'est l'assurance d'une bonne lecture. De manière troublante, j'ai eu l'impression qu'elle accomplissait ici ce que Jonathan Hickman a complètement échoué à faire sur son segment dans le premeir numéro, c'est-à-dire une aventure déjantée avec Moon Knight dans l'espace. Comme Schultz, Nocenti se permet d'être drôle avec succès, ce qui est rafraîchissant et démontre qu'on pourrait écrire MK autrement que dans des intrigues tortueuses et sombres.

Stefano Raffaele devrait refaire parler de lui (ou alors ce serait une grosse injustice) car jusqu'à présent il a surtout bossé en Europe (pour les Humanos) ou Valiant Comics. Mais j'ai découvert un dessinateur remarquable aux prises avec un script qui oblige à l'excentricité mais aussi à la rigueur pour ne pas sombrer dans l'illisible. Son découpage est sensationnel, avec des décadrages, un flux de lecture foutraque, et pourtant  tout est parfaitement lisible. Mieux : l'action est tonique à souhait et sert à la perfection le script, déjà bien survolté.

Le mois prochain marquera la fin de cette série tricolore, avec encore du beau monde (dont une histoire de Christopher Cantwell et une autre par Paul Azaceta, plus une couv' magnifique de Rod Reis). 

A.X.E. : JUDGMENT DAY #1, de Kieron Gillen et Valerio Schiti


Et c'est parti ! Ici commence le méga-giga event Marvel de l'été 2022, A.X.E. : Judgment Day, avec en vedettes les Avengers, les X-Men et les Eternels. Kieron Gillen est aux manettes de cette superproduction en six éisodes et trois actes qui oppose trois des groupes les plus puissantes de l'univers Marvel. L'excellent Valerio Schiti assure le dessin (après Empyre). Un premier numéro dense, spectaculaire et accrocheur.


Jusqu'à présent, Destinée prédisait une guerre immente contre les mutants mais sa vision s'est éclaircie et elle identifie les Eternels comme ennemis. Diablo part sur Arakko prévenir de la menace.


Druig, avec les infos de Moira MacTaggert, lance plusieurs attaques : le Grand Esprit occupe les télépathes de Krakoa tandis que l'armée éternelle fond sur l'île avec les Cinq comme cibles.


Par ailleurs, Druig donne une heure de liberté à Uranos pour massacrer les Arakki. Il remplit sa mission avec zèle mais ne convainc pas Druig de le laisser l'aider davantage.


Druig s'adresse à la population de la Terre en l'assurant que les mutants n'imposeront plus leur loi. La foule, qui leur reprochait de ne pas partager le secret de leur immortalité, se réjouit.


Détenue par les Avengers, Sersi jure n'avoir rien su des projets de Druig. Ajak et Makkari font irruption dans la base des héros avec un plan pour règler cette guerre...

Long de presque quarante pages, ce premier chapitre de Judgment Day (je laisse tomber ici l'acronyme A.X.E., qui désigne, je le rappelle Avengers-X-Men-Eternals) offre une lecture consistante. Kieron Gillen a tenu à frapper un grand coup dès le début de son event, au risque de perdre le lecteur dans un flot d'informations et de personnages. Au risque, mais évité de justesse car en vérité s'il y a un souci avec cet épisode, il est ailleurs et j'y reviendrai plus loin.

En effet, ce qui saisit le lecteur, c'est l'abondance et la vitesse de ce premier volet. Le scénariste ne perd pas de temps, il a six épisodes pour raconter ce qu'il a en tête, et un rythme de parution soutenu (deux épisodes par mois), il a aussi beaucoup de personnages à animer, beaucoup d'action à mener, de thèmes à brasser. Trop ?

L'avenir le dira. Même si vous n'avez pas lu A.X.E. : Eve of Judgment et Immortal X-Men #4 (qui étaient liés et dont j'ai parlé la semaine dernière), la page des crédits offre un résumé sommaire mais suffisant pour savoir ce qu'il faut avant de plonger dans l'aventure : les mutants sont désignés comme des déviants dont le développement est jugé excessif par les Eternels (ou du moins par le Prime Eternel Druig). Or les Eternels ont pour mission d'empêcher ce genre de déviations excessives et ils décident donc de les éliminer. Mais les X-Men via Destinée devine qu'une guerre va les frapper et les Avengers soupçonnent aussi une crise provoquée par les Eternels.

Les rôles sont donc distribués : les Eternels (du moins Druig) sont les méchants de l'histoire, les X-Men les cibles, les Avengers les arbitres. Mais ce qui surprend, c'est donc le rythme imprimé par Gillen pour exposer tout ça. On n'a tout simplement pas le loisir de souffler et d'une manière, c'est très bien car en comparaison avec Empyre, qui s'enlisait dans des palabres avant un final encombré, là, au moins, ça avance, et dans des proportions cosmiques.

Druig frappe fort et vite, tel le serpent qu'il symbolise. Il distrait les télépathes de Krakoa, envoie un escadron de la mort sur l'île pour tuer les Cinq, missionne Uranos sur Arakko pour en massacrer la population. C'est effrayant. Les mutants sont dépassés, ce qui n'est pas rien, et les Avengers ont un bon train de retard (avoir capturé Sersi ne leur a servi à rien puisqu'elle a fait sécession avec Thena, Ikaris et Phastos).

Comme je le disais néanmoins plus haut, la vitesse d'exécution empêche dans un premier temps tout le monde réfléchir, héros comme lecteur. Mais une fois qu'on y repense, quelques incongruités de glissent dans cette puissante mécanique : certaines sont intrinséques au statut de la "mutanité" depuis Hickman et se révèlent donc au grand jour, d'autres sont le fait de Gillen qui ose parfois trop pour qu'on y croie.

Prenons les bizarreries héritées de Hickman : comment concevoir que les krakoans n'aient pas pensé à une protection pour les Cinq ? Déjà lors des épisodes tie-in à King in Black dans S.W.O.R.D., on avait pu constater la panique de ce côté et Brand était la seule à avoir anticpié un plan de secours (même s'il n'était pas dénué d'arrières pensées, comme on le découvrit ensuite). Mais c'est à croire que rien n'a été amélioré pour préserver les cinq mutants permettant de ressuciter tous les autres quand on remarque avec quelle facilité les soldats de l'armée éternelle atteignent au moins deux d'entre eux (heureusement sans conséquences).

En ce qui concerne les audaces un peu trop grosses de Gillen, il faut mentionner le massacre commis par Uranos sur Arakko. Certes Uranos est un éternel très puissant, avec un casier chargé (puisqu'il a été plusieurs fois mentionné qu'il était un criminel génocidaire). Mais tout de même, qu'il ait rasé Arakko en une heure ! Tous les arakki sont des mutants de niveau oméga, les plus puissants qui existent, avec Tornade et Magneto parmi eux (eux aussi omega level). Et en soixante minutes, le gars, à lui seul, a eu raison de deux millions de mutants omega ?! Certes, ça permet de poser le bonhomme, mais ça me paraît trop rapide, trop simple. Et surtout, même si des lecteurs se fichent des arakki, qui peut raisonnablement croire que Magneto et Tornade y sont passés (même en tenant compte du fait qu'ils ont renoncé à mettre à jour leur Cerebro miniature pour être ressucités afin de se conformer aux arakki qui, eux, refusent d'être ramenés à la vie) ? De toute façon, Marvel a déjà éventé le suspense à ce sujet en diffusant la couverture de X-Men : Red #7...

Ces bémols à part, Judgment Day #1 est une lecture exaltante, grisante. Gillen assume à fond le côté blockbuster de son affaire et n'y va pas par le dos de la cuiller. Il met en scène un paquet de persos de façon habile et pose des enjeux énormes, jusqu'à la fin avec l'apparition des Hex (des Eternels immenses) ou le plan de Ajak (qui n'est pas un règlement du conflit mais plutôt une sortre d'arbitrage). Il ya des moments vraiment intenses, où cette vitesse joue à plein en faveur de l'histoire, en particulier lors de l'assaut contre Krakoa, et là il faut remercier...

... Valerio Schiti. Le dessinateur italien l'a résumé sur Twitter : Judgment Day est l'histoire la plus exigeante qu'il ait eue à illustrer et ce, même s'il finit les dernières planches du dernier épisode actuellement. Le script de Gillen l'a poussé dans ses retranchements, donc si un mec comme Schiti, qui est aussi rapide que généreux dans l'effort, dit qu'il en a bavé, on peut croire que la suite va être vraiment grandiose. Peut-être pas la garantie d'une grande ou d'une bonne histoire, mais sûrement de quelque chose qui va dépoter.

Et, actuellement, chez Marvel, il n'y a pas trente-six artistes comme Schiti capable de produire six épisodes sans retard, en assumant dessin, encrage, avec l'assurance pour le lecteur d'une qualité constante et de morceaux de bravoure. Larraz a ce puissance de feu, mais depuis House of X, il n'a plus enchaîné six épisodes de haut niveau. Hitch est occupé sur Venom et n'a plus accepté d'events depuis Age of Ultron (dont il n'avait dessiné que la première moitié). Romita Jr... Non, laissons-le où il est. Immonen n'est plus là.

Schiti, donc, c'est un dessinateur que j'adore. Je dirais même que plus ça, plus j'aime son travail, même si je déplore qu'il ne s'installe pas sur une série régulière comme du temps des Gardiens de la Galaxie (de Bendis). Il a quitté Tony Stark : Iron Man (de Slott) pour Empyre, qui n'a pas tenu ses promesses, et délaissé S.W.O.R.D. pour ce Judgment Day. Une fois qu'il se sera reposé, je souhaite vraiment que Marvel le fixe sur une bonne série (la reprise de Fantastic Four, après le run de Slott ? ça risque d'être juste, mais ce serait top qu'il s'occupe d'eux un jour).

Ici, il impressionne. Ce qui est épatant avec Schiti, comme souvent avec les artistes italiens, c'est cette impression de facilité à s'approprier les personnages. Alors le voir animer les Avengers, les X-Men, les Eternels, c'est le pied. J'avais pas vu une telle distribution aussi bien représenté depuis Immonen (une référence pour Schiti). Et puis Schiti, même s'il dessine numériquement, n'a pas ce rendu aseptisé : son dessin est texturé, son encrage est impeccable.

Niveau découpage, c'est là aussi le top, le fin du fin. Il y a des planches à couper le souffle par leur envergure, d'autres mises en scène avec une fluidité imparable avec juste deux personnages qui échange. Quand il lâche une splash, ce qui est exceptionnellement rare et donc étonnant pour ce genre de projet (d'habitude généreux en grandes images), il le fait pour bien marquer un temps dans la narration et montrer au lecteur que c'est là que l'histoire bascule. Non, franchement, on est à un niveau très élevé graphiquement.

Tout (ou presque, mais c'est des bricoles), dans cet épisode, donne de grands espoirs pour la suite. Les events sont souvent décevants, comme écrasés par leur ambition et l'interventionnisme des editors. Mais Judgment Day a de quoi faire mentir tout ça. Croisons les doigts.

mercredi 20 juillet 2022

NIGHTWING #94, de Tom Taylor et Geraldo Borges


Si hier j'écrivais que World's Finest était ma série mainstream (au moins parmi celles publiées par DC) favorites, Nightwing sombre chaque mois un peu plus dans mon classement. Ce 94ème épisode ne fait pas vraiment exception à la règle : non qu'il soit horrible à lire, mais parce que rien d'intéressant ne s'y passe. Et en prime, Bruno Redondo est (encore) absent, remplacé par Geraldo Borges. Quand ça veut pas...


La procureur général de Blüdhaven déclenche une vague d'arrestations dans la police. Melinda Zucco avertit le commissaire MacLean de fuir mais il est rattrapé par Nightwing, aussi prévenu par sa soeur.
 

Des dossiers compromettants sont ainsi collectés par Oracle tandis que la procureur général présente la remplaçante de MacLean : Maggie Sawyer, ex du CGPD et venant de Metropolis.


Ces manoeuvres déplaisent à Bockbuster qui convoque Melinda, en menaçant sa mère. Elle lui explique ,n'avoir pas le choix pour Sawyer, pressée par la procureur.


Blockbuster l'emmène dans un hangar où il détient celui qu'il pense être la taupe ayant dénoncé McLean : l'Electrocuteur. Melinda obtient de rester seule avec lui et en profite pour appeler Nightwing.

Il y a quelque chose de profondément triste à voir une série qui vous plaisait ne plus vous plaire. C'est comme du sable qui vous glisse entre les doigts, vous ne pouvez rien y faire. Le charme s'est rompu, dissipé, la magie n'opère plus, l'histoire se passe sans plus vous emporter avec elle.

Je ne vais pas revenir sur les débuts du run de Tom Taylor et sa collaboration si grisante avec Bruno Redondo. Mais un point statistique éclire de manière troublante la déliquescence du titre et du duo : depuis le début de l'année, sept numéros de Nightwing sont sortis, et seulement quatre ont été déssinés par Redondo. Lequel Redondo n'a signé que les deus derniers chapitres de la série et est remplacé une nouvelle fois ce mois-ci par Geraldo Borges.

Est-ce un rendement digne ? Sans trop en demander, je ne le crois pas. Hier encore, j'évoquais la force de travail impressionnante d'un Dan Mora, qui livre une quarantaine de pages par mois, produit deux séries simultanèment, des couvertures à la pelle. Sans aller aussi loin, deux épisodes pour Redondo qui se fait ensuite suppléer, ce n'est pas sérieux.

J'ai souvent beaucoup passé de choses à des artistes que j'aime dans le passé, comme David Aja qui était lui aussi très fâché avec les délais. Mais d'une part, à chaque fois, il sortait des épisodes de malade, et ensuite, Hawkeye était une série que Marvel laissait filer, consciente qu'il fallait mieux accepter ses retards que casser ce miracle qui leur rapportait des prix et du prestige. Toutefois, Redondo n'est pas Aja, et je ne saurais l'excuser avec autant d'indulgence.

Geraldo Borges fait ce qu'il peut et ma foi, il se débrouille honorablement. Mais on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a tromperie sur la marchandise. DC nous a vendu Nightwing par Tom Taylor et Bruno Redondo, pas par Taylor et Borges. Ce dernier livre quelques pages vraiment de bon niveau (la course-poursuite entre Nightwing et MacLean), mais l'ensemble reste léger, parfois btouillon, avec un trait tremblant. 

Adriano Lucas reste aux couleurs et assure donc une cohérence graphique à la série, mais c'est ttout. Lui aussi n'est pas un coloriste de la trempe d'un Matt Hollingsworth, d'un Matt Wilson, d'un Marte Gracia, d'un Dave Stewart, ce genre de partenaires qui donne un vrai cachet à une série.

Voilà pour la forme. Passons au fond. Et, pardon pour le jeu de mots, mais on touche un peu le fond avec cet épisode. Alors qu'on pouvait penser après le précédent épisode et le retour de Heartless, que le scénario allait grimper dans les tours, Taylor freine à nouveau de façon exaspérante, comme s'il ménageait trop ouvertement sa monture (pour atteindre le n°100 de la série où on aurait droit à un vrai climax ?).

Règler l'affaire des flics ripoux, pourquoi pas ? Mais que c'est mou ! Taylor introduit dans la série le personnage de Maggie Sawyer que DC balade déjà pas mal. Celle qui fut une des héroïnes du formidable Gotham Central a ensuite poursuivi sa carrière à Metropolis, et la voilà mutée à Blüdhaven avec l'appui de Melinda Zucco et de la procureur général. Flic intraitable, elle promet bien entendu que plus personne ne sera au-dessus des lois. Nous voilà rassurés...

Evidemment, Blockbuster n'est pas content et cela nous conduit à la fin de l'épisode avec une chute téléphoné au possible (et c'est vraiment le cas de le dire puisqu'un coup de fil va provoquer un effet domino). Ce sont là les maux de Nightwing depuis plusieurs mois : tout est mou et prévisible, l'intensité est absente.

Tom Taylor plaisante souvent sur Twitter qu'on le confonde avec Tom King lors des dédicaces (et King en rit aussi). Pourtant, s'il y a bien une raison de les associer, au-delà du fait qu'ils écrivent tous les deux pour DC, c'est qu'ils semblent définitivement plus à leur avantage dans le format des mini-séries que dans celles des ongoing. Comme King sur Batman, qui, passé le 50ème épisode, avait sérieusement piqué du nez, Taylor semble incapable de conserver à Nightwing ce qu'il avait réussi à lui injecter de satisfaisant au début. La question peut vraiment se poser de savoir si, comme King, il ne devrait pas se contenter de faire ce qu'il sait le mieux en abandonnant une publication mensuelle - mais je doute que ça arrive de sitôt (il est désormais exclusif DC, ce qui signifie que l'éditeur compte sur lui, et puis il adore Nightwing - même s'il l'écrit de moins en moins bien).

Cette fois, c'est sûr, il me faudra un 95ème épisode bien meilleur pour que je continue à m'accrocher, faute de quoi l'aventure Nightwing s'achèvera en Août pour moi.