jeudi 18 novembre 2021

SUPERGIRL : WOMAN OF TOMORROW #5, de Tom King et Bilquis Evely


J'ai beau beaucoup aimer Tom King, il m'arrive parfois de lire un épisode qu'il a écrit en me demandant pourquoi il l'a écrit. C'est le cas de ce cinquième numéro de Supergirl : Woman of Tomorrow. Il n'est pas désagréable, mais le scénariste joue un peu trop ostensiblement la montre avec ce chapitre dont la série aurait pu volontiers se passer. Mais bon, il y a les dessins, somptueux, de Bilquis Evely et les couleurs flamboyantes de Matheus Lopes, alors ça aide.



Supergirl et Ruthye foncent sur Krem des collines jaunes mais celui-ci dégaine alors un Globe de Mordru. Ils téléportent ainsi la kryptonienne et sa protégée très loin de là, sur une planète hostile, peuplée de monstres. Et sur laquelle brille un soleil vert...


Une étoile de cette couleur affaiblit les kryptoniens et Supergirl s'effondre vite, fièvreuse. Ruthye la veille mais vite un dinosaure semblable à un T-Rex attaque. La jeune fille prend son épée et fait face. Elle réussit, miraculeusement, à terrasser la bête en la frappant au cou.


Le cadavre du dinosaure attire des charognards volants qui veulent s'en prendre à Ruthye. Supergirl se réveille en sursaut et les repousse avec sa vision thermique, avant de réclamer à boire mais Ruthye refuse qu'elle s'abreuve dans un lac voisin dont l'eau paraît suspecte.


Il faut attendre patiemment que le soleil se couche pour que Supergirl recouvre ses moyens. Un autre dinosaure vient. Le crépuscule permet à la kryptonienne de se rétablir et de tuer la bête, mais surtout de quitter cette planète avec Ruthye.

Cet épisode, on le jurerait, semble avoir été uniquement écrit par Tom King pour permettre à Bilquis Evely de se défouler en dessinant des dinosaures et un environnement sauvage et hostile, mis en valeur par les couleurs extraordinaires de Matheus Lopes.

Car, narrativement, ce chapitre interroge. Qu'a voulu exprimer Tom King en expédiant ses deux héroïnes sur un monde peuplé de monstres, écrasé par un soleil vert possiblement fatal pour Supergirl, et où Ruthye est livrée à elle-même ? On se le demande, et on n'est pas plus avancé au début qu'à la fin.

Ma théorie, qui vaut ce qu'elle vaut, est que, comme il en l'habitude, Tom King a été motivé par deux aspects : d'un côté, comme il aime à le faire dans toutes ses mini-séries, c'est l'occasion d'une déconstruction de son personnage principal, projeté dans un épisode où il est impuissant face au danger qui l'entoure et qui doit laisser un autre le protéger (ici, respectivement, Supergirl et Ruthye) ; et de l'autre, il s'agit de prouver que Krim des collines jaunes, le grand méchant de l'histoire, n'est pas qu'un simple tueur cruel mais un adversaire rusé, capable de réagir vite pour éloigner Supergirl en étant doté d'armes contre lesquelles elle ne peut rien (en l'occurrence un artefact magique).

Mais, sorti de là, on reste sur notre faim en termes d'avancée dramatique. L'épisode est prenant car on est mis dans la peau de Ruthye et face à des T-Rex effrayants, on n'en mène pas large. Du coup, on admire son courage malgré sa fébrilité légitime. Cependant, même ça ne tient pas la route car on savait déjà avant que la jeune fille avait du tempérament.

Est-ce à dire qu'il s'agit d'un épisode pour rien, d'un épisode en trop ? Oui, franchement. Je suis convaincu qu'au final on aurait pu le zapper sans que l'ensemble de la série en souffre. Le mois prochain, la quête de Supergirl et Ruthye va reprendre et leur affrontement contre Krem des collines jaunes s'approchera encore davantage. Quand Supergirl : Woman of Tomorrow s'achèvera en Février prochain, ce cinquième épisode paraîtra une escale superflue, ni plus, ni moins.

Toutefois, comme je l'écris plus haut, ce n'est pas désagréable pour autant. Parce que des escales dessinées comme ça, il y a pire comme façon de perdre son temps. Et si Tom King a voulu permettre à Bilquis Evely de se défouler avec des monstres et une fillette, alors c'est efficace.

Bilquis Evely a un tel talent pour composer des images mémorables, à la fois belles et terrifiantes, elle sait si bien traduire par le dessin les émotions, représenter des paysages insensés, mettre en scène des actions spectaculaires et appuyer sur "pause" qu'il est impossible de ne pas savourer son travail. Ses dinosaures sont fabuleux, la sensation de danger est palpable, Ruthye acquiert une autre dimension. C'est vraiment magnifique.

Et si c'est magnifique, c'est non seulement par ce trait de plume fin et parfois proche de la gravure que par la colorisation ahurissante de Matheus Lopes. Voilà quelqu'un qui transforme la planche en tableau sans pour autant marcher sur le dessin. Au contraire, il respecte absolument le graphisme et le magnifie. La palette vibre et la page irradie. Mais sans saturer le regard. C'est un magicien des couleurs, qui apporte une vraie plus-value, qui vous transporte réellement ailleurs. Parfois sur Twitter, Lopes poste des scans des planches de Evely en noir et blanc, et c'est déjà sublime. Mais ce qu'il y ajoute offre un bonus qui transforme le beau dessin en une image unique. Il faut une sacrée complicité entre l'artiste et le coloriste pour obtenir cela.

Alors, oui, légère déception. Mais spectacle assuré. Vivement le prochain numéro pour que l'intrigue reprenne ses droits.

S.W.O.R.D. #10, de Al Ewing et Jacopo Camagni


Le précédent épisode de S.W.O.R.D. s'achevait sur un twist étonnant : Al Ewing désignait Wiz-Kid comme un traître à la solde de l'organisation Orchis !  Ce coup de théâtre est exploré ici et signe un vrai tournant dans la série, mais pas forcément au niveau où on l'attend car le scénariste nous piège une nouvelle fois à la fin. Jacopo Camagni reste en poste et là aussi, c'est une surprise car c'est la première fois depuis Valerio Schiti qu'un même artiste dessine deux épisodes d'affilée.


Wiz-Kid est donc une taupe infiltrée au sein du SWORD pour le compte de Henry Gyrich, allié d'Orchis, l'organisation anti-mutante. Mais pourquoi Taki Matsuya a-t-il décidé de trahir ses amis ? Et comment va-t-il s'y prendre ? Le jeune mutant se réveille ce matin-là avec un plan déjà en tête...


Sur Arakko, Tornade a mis au pas la Légion Fatale. Frenzy et Cannonball la soutiennent dans cet effort, mais lorsqu'ils cherchent à joindre Abigail Brand, elle ne répond pas. Tornade appelle alors Cable, responsable de la sécurité au sein du Pic, la station n°1 du SWORD.


Au même moment, Wiz-Kid arrive dans la salle de commandement du Pic où se trouve Nathan Summers. Usant de ses pouvoirs, il neutralise Cable en s'en prenant à ses prothèses. Lorsque Nathan revient à lui, Vanisher le prévient qu'il a, selon ses ordres, fait évacuer la station.


Wiz-Kid assiste depuis la station Alpha Flight à l'explosion déclenchée dans le Pic. Henry Gyrich le félicite et l'interroge sur la motivation de sa trahison. Taki désigne Apocalypse dont il n'a pas supporté la présence dans le conseil de Krakoa. Gyrich se retire, ignorant que sa taupe n'est pas seule à bord...

Je ne révélerai pas qui est avec Taki Matsuya à bord de la station Alpha Flight ni comment Gyrich peut ignorer cette autre présence, mais ce que réussit là Al Ewing oblige le lecteur à reconsidérer les épisodes 9 et 10. 

J'ai, comme d'autres, pu déplorer que S.W.O.R.D. soit une série sans véritable ligne narratrice, bien qu'elle soit agréable à lire. La manière dont Al Ewing écrit ici est déroutante car parfois le plus important se déroule hors champ et le casting semble sous exploité. Par ailleurs, Marvel a vendu la série comme celle du "programme spatial mutant", et on peut être légitimement frustré sur ce point car on n'est pas dans de l'aventure cosmique ni de l'action stellaire.

Il est plus juste d'estimer le SWORD comme l'équivalent du SHIELD des mutants, une série d'espionnage avec des personnages qui magouillent, manipulent, dissimulent, mentent, complotent, une équipe dont le secret est la devise. Et cet épisode comme le précédent sont probablement non seulement les plus réussis depuis le lancement du titre mais aussi parce qu'ils redéfinissent clairement son identité.

En désignant Wiz-Kid, qui est à la fois un héros jeune, sympathique et surtout le bras-droit de Brand, comme un traître, un espion à la solde de Gyrich, Ewing a pu donner l'impression de créer un coup de théâtre artificiel, une surprise tellement grosse qu'elle ne peut qu'engendrer la méfiance du lecteur. Comment ça, Wiz-Kid, une taupe au service d'Orchis ? Pas possible ! Et en même temps, pourquoi pas ? La première scène de cet épisode laisse planer le doute, qui sera souligné ensuite, jusqu'à la dernière page : paralytique, Taki Matsuya insiste en voix off sur le regard de ses semblables mutants guère différent de celui des humains devant un handicapé. Il fait montre d'une forme de suffisance aussi qui n'est pas apprécié, justement de la part de quelqu'un de physiquement diminué.

Le lecteur se dit alors que la trahison du personnage est motivée par une volonté de prendre sa revanche sur ses semblables qui l'aurait mésestimé, méprisé. Les situations s'enchaînent et on peut apprécier la précision diabolique du plan de Wiz-Kid pour neutraliser Cable, couper le contact avec Frenzy (et donc Tornade) sur Arakko (alors que la Légion Fatale s'avère être un adversaire plus coriace que prévu). Lorsque la station du Pic explose, le lecteur est encore plus ahuri.

Puis, fidèle à lui-même, Ewing sort de sa manche un joker qui oblige le lecteur à tout réévaluer - et le soulage aussi, avouons-le. Comme d'habitude dans la série, l'essentiel était invisible aux yeux, le plus important se passait hors champ. On saisit alors pourquoi il fallait que le scénariste nous fasse douter aussi diaboliquement. Ce faisant, il prouve bien que SWORD est plus une série d'espionnage avec des coups fourrés, des coups tordus, qu'une série sur un programme spatial, même si, en fin de compte, l'espionnage ici (ou le contre-espionnage) concerne des affaires spatiales (avec Alpha Flight et Orchis dans les rôles des antagonistes, comme Spectre dans James Bond). C'est le B.A., BA des récits d'espions : toujours emprunter des chemins de traverse, toujours faire compliqué au lieu de faire simple, toujours mentir, tromper, abuser pour mieux surprendre le lecteur. Ce qui se joue alors est une partie d'échecs où il faut savoir concéder des pièces maîtresses pour faire mat.

Et là, ça devient jubilatoire. On peut juger que dix numéros pour définir une série, c'est un rythme de sénateur, mais désormais, on sait que SWORD se déguste, se savoure pour ceux qui ont eu la patience d'attendre jusque-là. La série qui paraissait avancer à tâtons, naviguer à vue est en réalité un crescendo machiavélique, un mécano subtilement construit par Al Ewing, qui peut être absolument passionnant à suivre maintenant qu'on en connaît la procédure.

SWORD gagne sur un autre tableau : en accueillant Jacopo Camagni, on pouvait se demander si ce ne serait pas le énième remplaçant de Valerio Schiti. Or, en le retrouvant, on se rend compte que l'artiste est le premier depuis Schiti a signer deux épisodes consécutifs. Et bien que ce soit encore précaire, c'est une stabilité graphique très agréable.

Pour ma part, je suis conquis par son travail, même si ce n'est pas (pas encore) parfait. Camagni fait le job, très proprement, avec beaucoup d'assurance. Il s'est approprié les personnages avec autorité, il soigne ses décors (même si parfois les effets infographiques sont un peu trop appuyés), et son découpage est impeccable, avec des planches comportant peu de cases mais qui s'enchaînent avec fluidité.

Mine de rien, Camagni est un dessinateur solide : si l'expressivité de ses personnages n'a rien d'exceptionnel, on remarque qu'il est précis quand il s'agit de détailler des postures, comme quand il montre Taki en train de se réveiller et de se lever, soulignant tous les efforts que doit produire un paraplégique pour se dresser dans son lit, glisser dans son fauteuil roulant, s'habiller - ça n'a l'air de rien, mais c'est réaliste, c'est crédible. A côté de cela, il sait envoyer du bois pour représenter la puissance immense de Tornade ou l'explosion d'une partie de la station du Pic (avec une belle double page). Et, donc, la surprise qui intervient à la dernière page est bien mise en scène.

Tout ça donne très envie de lire le prochain numéro, sachant qu'en Janvier la série fera une pause. J'espère vraiment que Marvel va conserver ce titre (j'ai bon espoir car Ewing "a la carte" et ne semble pas vouloir en rester là) car cette fois, ça y est, la machine est lancée. Et bien lancée !  

mercredi 17 novembre 2021

NIGHTWING #86, de Tom Taylor et Robbi Rodriguez - FEAR STATE


Pour Nightwing aussi, la parenthèse Fear State se termine avec ce 86ème épisode. Tom Taylor s'en est bien sorti alors que cela ne le passionnait visiblement pas. Robbi Rodriguez au dessin a assuré un intérim honorable. Mais l'histoire aura surtout permis d'introduire une menace pour le futur.


Nightwing, Batgirl et Red Robin assistent, horrifiés, à l'effondrement de la Tour de l'Horloge, détruite par l'Anti-Oracle, alias la Voyante, complice de Simon Saint. Alors que les trois héros déblaient les décombres, Batgirl reçoit un appel de Spoiler qui les rassure.


Ayant pu s'échapper du bâtiment in extremis alors qu'elles affrontaient des soldats du magistrat, Spoiler et Orphan sont indemnes. Nightwing a alors une idée pour attaquer la base volante de Simon Saint sans éveiller les soupçons de ce dernier et de la Voyante.


Vêtus d'armures des soldats du Magistrat, la bande s'introduit dans la volante mais la Voyante provoque le crash de l'appareil à bord duquel se trouvent des enfants confiés aux bons soins de Simon Saint. Batgirl neutralise ce dernier pendant que les enfants sont évacués.


Seule avec Nightwing, Batgirl redirige la base volante pour qu'elle s'écrase dans la Baie de Gotham. Pourtant Barbara Gordon enrage car la Voyante court toujours. Elle ignore qu'il s'agissait d'un des enfants sauvés par Red Robin, Spoiler et Orphan...

Une des choses qui a vraiment manqué à Fear State comme crossover, c'est à l'évidence que les scénaristes des séries annexées n'ont pas reçu les détails de l'intrigue écrite par James Tynion IV. En gros, on a eu l'impression que chacun devait se débrouiller avec les grandes lignes de l'histoire, faire en sorte que les personnages soient tous impactés par le programme Magistrat, à tout prix.

Dans le cas de Nightwing, c'était flagrant dans la mesure où le personnage habite et agit à Blüdhaven et non à Gotham. Tom Taylor a dû trouver une ruse pour le faire venir à Gotham et l'impliquer dans cette affaire. Mais le scénariste a été malin.

En s'appuyant sur la solidarité de la Bat-famille, Nightwing n'a pas trop eu l'air d'un poisson hors de l'eau. Il est venu aider Barbara Gordon attaquée par un hacker informatique qui empêchait Batman de communiquer avec ses soutiens. Il devenait clair que Taylor allait profiter de Fear State pour formaliser la romance entre Dick Grayson et Babs, tout en adressant des clins d'oeil à Batman mais aussi aux Batgirls (en vue de leur prochaine série dédiée).

On ne s'est donc pas trop ennuyé, même si tout ça aurait très pu se faire sans Fear State. Non, là où Taylor a été habile, c'est qu'il a profité de la situation pour introduire une nouvelle menace dont il se servira dans de prochains épisodes de Nightwing. Il s'agit de l'Anti-Oracle alias la Voyante. En plus de Blockbuster et Heartless, ce ne sont donc pas les adversaires qui vont manquer pour Dick et Babs - entendu que ces deux-là reforment officiellement un couple (est-ce que Tom Taylor aura l'opportunité et l'envie d'impliquer Starfire, l'autre ex de Nightwing, pour savoir ce qu'elle en pense ?).

Mais bon, en dehors de ça, et quelques dialogues savoureux (Spoiler et Orphan réagissant au fait que Dick et Babs se sont embrassés, les enfants dans la base de Simon Saint interrogeant la bande sur leur relation avec des membres de la Justice League), pas de quoi se relever la nuit. Taylor a joué le jeu du crossover, mais il a dû trouver l'exercice bien contraignant et le lecteur attend avec impatience de retourner à Blüdhaven le mois prochain.

Au dessin, Robbi Rodriguez n'a pas été une mauvaise pioche pour suppléer Bruno Redondo (qui s'est acquitté des couvertures, et d'ailleurs si on dispose côte à côte celles des n°84 à 86, on peut profiter d'un joli triptyque). Le trait dynamique de Rodriguez colle bien avec les aventures bondissantes de Nightwing et de ses amis.

On peut être plus réservé sur l'esthétisme de Rodriguez car évidemment, son graphisme est moins beau que celui de Redondo, moins propre. Parfois on a le sentiment qu'il va trop vite, que ça manque de finesse, que certaines expressions sont trop cartoonesques, que certaines attitudes sont mal fichues. Mais dans l'ensemble, ça passe.

Le vrai problème, ce n'est pas Nightwing, c'est Fear State - et on pourra juger des approximations dans le partage des infos entre scénaristes comme quand on compare la scène où Nightwing et compagnie débarque dans la salle de contrôle de la base de Simon Saint et celle vue dans Batman #117 : d'un côté, seuls Batgirl et Nightwing s'y présentent, de l'autre ils sont entourés par Spoiler, Orphan et Red Robin, encore vêtus des armures des soldats du Magistrat.

Allez, passons. Et rendez-vous au prochain n°, qui sera un grand moment garanti (puisqu'il sera constitué d'une seule séquence !)

mardi 16 novembre 2021

BATMAN #117, de James Tynion IV et Jorge Jimenez - FEAR STATE


Et c'est la fin de Fear State avec ce 117ème épisode de Batman (période Rebirth). On ne va pas se voiler la face, cette saga n'aura pas tenu ses promesses et son dénouement n'offre pas de miracle, il est raté, sans saveur, avec d'ultimes pages fades au possible. James Tynion IV quitte la série par la petite porte et Jorge Jimenez va pouvoir profiter d'un repos bien mérité.


Dans les sous-sols de Gotham, La Jardinière et Harley Quinn réunissent Queen Ivy et Poison Ivy. Les deux créatures ne font plus qu'une et unissent leurs forces pour apaiser la cité contre la folie provoquée par l'Epouvantail.
 

Cependant, dans le repaire de l'Epouvantail, tandis que Molly Miracle s'emploie à désactiver la Bombe de la Peur déclenchée par Jonathan Crane, Batmana affronte Sean Mahoney, toujours convaincu d'être le héros dont la ville à besoin. Il est vaincu séchement.


Batman se tourne vers Molly pour savoir si elle a désamorcé la bombe. Elle a réussi mais veut à présent se servir de la Machine de Maître Wyze pour soulager les gothamites de leurs traumas. Batman lui tend alors son oreillette pour la convaincre d'une autre option.


En effet, la Bat-famille ( Batgirl, Nightwing, Orphan Spoiler, Harley Quinn, Batwoman, Red Robin, le Prochain Batman, Le Signal) a procédé à l'arrestation de Simon Saint. Le programme Magistrat est suspendu et dans le ciel de Gotham luit le Bat-signal, qui apaise la population.

C'est vraiment dommage mais Fear State restera, en tout cas pour moi, un vrai fiasco. James Tynion IV avait pourtant bien disposé ses pions et construit une saga ambitieuse avec l'arc précédent (The Cowardly Lot), mais il s'est planté.

En fait, Fear State a été victime d'un trop-plein : trop de personnages, trop de péripéties, de rebondissements, trop de tout. Tynion a voulu secouer Batman et Gotham avec un vilain qui n'avait plus été utilisé depuis longtemps, l'Epouvantail, et jouer avec le lecteur par rapport au mini-event de Janvier-Février dernier, Future State, qui montrait un futur sombre. Mais le trop est l'ennemi du bien et le scénariste a semblé dépassé par ce qu'il avait mis en place.

On reprochera certainement à Tynion d'avoir déjà la tête ailleurs, dans ses projets pour la plateforme Substack et ses creator-owned, et donc d'avoir bâclé sa copie, alors qu'avant de décider de quitter Batman et DC Comics, il avait annoncé avoir des plans pour un run de trois ans. Peut-être que s'il avait choisi de rester ou de ne pas ajouter à son agenda ses projets pour Substack, il aurait développé une trame à la hauteur au lieu de se lancer dans une saga menée à toute allure et qui s'est avérée brouillonne.

Mais on ne le saura jamais. Et on ne peut guère, en vérité, lui reprocher d'avoir préféré la liberté d'écrire ses propres créations plutôt qu'être le scénariste d'une série aussi populaire que Batman mais dont il n'est pas le maître. Et si ses idées pour les trois ans à venir n'avait pas toutes plu à DC ? On sait qu'il en a fallu moins que ça à l'éditeur pour débarquer Tom King du titre qui ne réclamait qu'une quinzaine d'épisodes pour achever son histoire.

Par contre, on sera moins indulgent sur la manière dont il règle le cas de quelques personnages, comme l'Epouvantail, bien trop en retrait durant toute la saga, ou Molly Miracle, que Batman réussit à calmer avec une rapidité grotesque. Pire : le retour de Poison Ivy, réunie avec son double surpuissant Queen Ivy, n'a pas l'impact, émotionnel et concret, escompté (si ce n'est qu'Ivy et Harley voient leur couple reformé). Mais qu'adviendra-t-il de la Jardinière, dont la relation avec Ivy était présentée comme fondamentale ? Je doute que Joshua Williamson, à la suite de Tynion, ait des plans pour ce personnage. Idem pour Ghost-Maker.

Ironiquement, à la fin de cet épisode, Tynion montre la Bat-famille étendue qu'il a tant souhaitée réunie sur un toit de Gotham, levant les yeux au ciel dans lequel réapparaît le Bat-signal. Mais soudain, on s'aperçoit que cette équipe est à l'image de Fear State : trop fournie. Batwoman n'a plus de série, Red Hood n'apparaît plus que dans la revue anthologique Batman : Urban Legends tout comme Red Robin. Spoiler et Orphan vont avoir droit à leur propre mensuel (avec Oracle), Batgirls. Le Prochain Batman va s'exiler à New York dans la série qu'écrit John Ridley (et j'ai de sérieux doutes sur le fait que ce personnage ait une longue carrière devant lui). J'ignore où en est Duke Thomas/le Signal, relique du run de Scott Snyder durant les New 52. On remarquera aussi que sur cette page Harley est bien là, mais pas Poison Ivy (alors que les deux femmes viennent de se retouver). Le Collectif Insensé et Molly Miracle vont certainement finir aux oubliettes également.

Tynion a voulu beaucoup, et en partant il laisse beaucoup. Mais pour qui ? Pourquoi ? Je crois que la majorité de sa contribution à Batman va passer à la trappe, et personne ne le regrettera vraiment ni ne blâmera Williamson. En comparaison, Tom King est parti, contre son grè, mais sans paquet encombrant pour Tynion.

Jorge Jimenez, lui, va surtout pouvoir se reposer quelques mois. Il aura beaucoup donné durant ce run et ces derniers mois. S'il a tiré la langue vers la fin, c'est parce qu'il a été soumis à une cadence de production affolante, et franchement, il s'en tire très honorablement. Même si des incertitudes demeurent quant à la durée du run de Williamson, on sait que son premier arc comptera quatre épisodes qui seront dessinés par Jorge Molina. Normalement, après ça, Jimenez devrait revenir illustrer l'arc suivant. Une alternance Molina-Jimenez aurait de la gueule... A moins que Williamson, comme certains journalistes le pensent, ne soit là que pour assurer un intérim avant qu'un scénariste vedette s'occupe de Batman (la rumeur Bendis a couru, mais j'ai du mal à y croire).

On verra. J'aimerai que DC laisse sa chance à Williamson, d'autant qu'il est devenu un peu le nouvel architecte de l'éditeur, après son long run sur Flash et sa mini Infinite Frontier. Son premier arc pour Batman est alléchant. Et je serai ravi de lire un arc dessiné par Molina, un arc par Jimenez.

Fear State est terminé. Pour Batman du moins. Il me reste à lire Catwoman #37 et Nightwing #86, qui sortent aussi aujourd'hui, pour boucler mes critiques sur cette saga. Mais je n'en attends rien, honnêtement. Vivement Décembre, qu'on passe à autre chose.

lundi 15 novembre 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

 Bonjour à tous ! J'espère que tout le monde va bien. Comme chaque Lundi, voici un compte-rendu des news comics qui ont retenu mon attention. Pas mal de comm' ces derniers jours, avec des choses prometteuses. De quoi justifier d'aller un peu au-delà des simples comics (même s'il reste à la base de tout).

IMAGE COMICS :


La semaine dernière, je vous parlai du nouveau projet chez Image Comics du duo Jeff Lemire-Andrea Sorrentino, The Bone Orchard : Mythos. Et entre temps, on en a appris un peu plus sur tout ça. Il s'agira donc d'une anthologie horrifique, mais avec des formats différents. Tout commencera par un graphic novel intitulé The Passageway, prévu pour Juin 2022 ; puis à l'Automne ce sera une mini-série, Ten Thousand Black Feathers ; et en 2023 Tenement, un autre graphic novel. Tout ça sera ensuite compilé en recueils. Et surtout Lemire et Sorrentino voient loin, puisqu'en 2023, l'univers de cette anthologie se développera encore !
 

Mais Jeff Lemire ne va pas s'en contenter : en plus des séries estampillées Black Hammer (sur Substack et chez Dark Horse Comics), il prépare déjà une nouvelle série avec Dustin NGuyen (après Robin & Batman, dont le n°1 vient de sortir). Pour l'instant, pas de pitch de communiqué mais l'artiste a posté ce dessin :


Un enfant donc, comme dans le diptyque Descender-Ascender. Et comme ces deux précédents titres, ce sera publié chez Image.


Si Spurrier teasait depuis quelques semaines un nouveau projet mystère chez Image et le scénariste a enfin levé le voile.  Il s'agira d'une mini-série en quatre épisodes de 50 pages chacun entièrement muets !
 

Pour cela, il renoue avec Matias Bergara, avec qui il avait produit Coda, salué par la critique et le public, qui sera soutenu par le coloriste Matheus Lopes (l'habituel partenaire de Bilquis Evely). Le titre ? Step by Bloody Step.

A noter qu'on sait déjà qui distribuera le recueil en France : ce sera, surprise, Dupuis ! Est-ce qu'on aura droit à une pré-publication dans Spirou ? Ce serait cool. En tout cas, il s'agira d'un conte dont les héros seront une fillette et un robot géant qui ont tous es deux perdus la mémoire et entreprennent un long voyage, semé d'embûches et de rencontres.

*
DC COMICS :


Frank Miller a, en 2018, signé un deal avec DC pour produire des graphic novels sur des personnages de son choix dans le catalogue de l'éditeur. C'est ainsi que, avec John Romita Jr, il a écrit Superman : Year One (bon, c'était pas fameux, et d'ailleurs Urban Comics ne l'a toujours pas traduit). Puis ce fut le one-shot The Dark Knight Returns : The Golden Child, avec Rafael Grampa (pas lu).


Depuis trois ans, le scénariste développe un autre graphic novel centrée sur Carrie Kelley, la Robin de The Dark Knight Returns, avec le dessinateur Ben Caldwell. On n'avait plus de nouvelles de ce projet jusqu'à ces derniers jours où on a appris qu'il était toujours en cours de finalisation.


Caldwell a posté des recherches graphiques et Miller s'est expliqué sur les retards en indiquant que son partenaire avait apporté énormément d'idées supplementaires au script et que désormais le livre excédait les 200 pages initialement prévues !
 

En tout cas, c'est, et de loin, le projet le plus exctiant lié au nom de Miller depuis un bail parce qu'on sent qu'il sort de sa zone de confort et veut éviter les polémiques en revenant à ce personnage dans un ouvrage destiné à un public jeune, une cible qu'on n'imaginait pas le voir viser.


Et puis bon, les dessins de Caldwell sont juste superbes. C'est un artiste méconnu mais fabuleux, un vétéran qui, apparemment, a su émuler Miller et véritablement co-écrire avec lui. L'histoire s'intéressera à la double vie de Carrie Kelley, qui suit des études tout en menant une carrière de justicière. Verra-t-on Bruce Wayne ? Mystère.


Par contre, si on s'en tient à certains dessins, le Joker pourrait figurer dans le scénario. A suivre donc.


Si vous avez regardé la série animée She-Ra sur Netflix, peut-être aurez-vous retenu le nom de Josie Campbell, à la tête des scénaristes. Sinon, vous pourrez constater son talent en Février prochain avec son premier projet chez DC.


Associé à Evan Shaner (dont ce sera le retour aux affaires après sa prestation impeccable sur Strange Adventures), Campbell va écrire une mini-série en quatre épisodes intitulée The New Champion of Shazam !, dans laquelle Mary Bromfield-Batson va donc devenir la nouvelle incarnation de Shazam.


Pour Shaner, c'est une sorte de dream project car il est un fan de Shazam. Mais il avait souvent dit qu'il préférerait dessiner une série non pas autour de Billy Batson (ce qu'il a déjà fait avec Convergence : Shazam !), estimant qu'il était temps que Mary Marvel soit à l'honneur.


Pour la peine, en tout cas, Shaner a redesigné Mary, comme toujours très élégamment (même si je ne suis pas fan des bottes). J'ai hâte de lire ça !

*
MARVEL COMICS / DISNEY + :


Je ne vais pas m'attarder là-dessus, mais ce que vous voyez là, c'est la future méchante dans The Amazing Spider-Man et elle s'appelle The Queen Goblin. Autrement dit, on est reparti pour une nouvelle variation autour du Bouffon Vert (HobGoblin). Quelle originalité... Une fille cachée de Norman Osborn ? En tout cas, je ne félicite pas le/la character's designer. Allez, passons vite !


Amanda Conner ne fait plus trop parler d'elle dans les comics, préférant désormais tenter l'aventure du financement participatif pour ses projets (comme son mari Jimmy Palmiotti, qui tente de ressuciter Painkiller Jane). Tout juste signe-t-elle de temps en temps des couvertures à droite, à gauche. C'est bien dommage.


En revanche, le Révérend Dave Johnson (car il a vraiment ce titre de révérend !), lui, ne chôme pas : cover-artist à temps plein, il produit des images toujours aussi spectaculaires, pour n'importe quel éditeur. Et parfois, sur son temps libre, il collabore avec ses amis, comme Amanda Conner, en qualité de coloriste.


Et c'est ainsi que Conner et Johnson ont uni leurs forces pour redesigner Spider-Woman en vue du prochain event Devil's Reign (de Chip Zdarsky et Marco Checchetto). Souvenez-vous, cet event qui ne devait pas avoir de tie-in, comme promis par Zdarsky et Marvel... Bon, actuellement, l'event compte en tout plus de vingt numéros avec tous les séries engagées ! Et malheureusement, il faut bien dire que le redesign de Conner et Palmiotti est totalement naze (mais sûrement temporaire). 


Il semblerait que Tini Howard, avant de partir pour DC écrire Catwoman, ait laissé pas mal de scripts chez Marvel puisque Excalibur continue de paraître avec son nom sur la couverture comme scénariste. Et plus fort encore, en Février prochain, un one-shot sortira qu'elle aura signé.


Pour l'occasion, cette histoire sera illustrée par Francesco Mobili et s'intéressera à une mission remplie par une équipe de mutants particulière. Secret X-Men, c'est le titre, sera en effet composé des candidats malheureux à l'élection vue lors du Hellfire Gala : Marvel avait soumis à l'appréciation des fans une liste de personnages dont l'un intégrerait les rangs des X-Men de Gerry Duggan et Pepe Larraz. C'est Polaris qui remporta le plus de suffrages.


Tini Howard a donc mis en scène Cannonball, Sunspot, Marrow, le Hurleur, Big Guy, Armor, Forge, Boom-Boom et Tempo pour sauver Xandra, l'impératrice Shi'ar (apparement, c'est son unique rôle, puisque déjà dans X-Men de Hickman et SWORD de Ewing, elle était menacée). La couverture est de Leinil Yu.


Enfin, un mot sur les annonces du Disney + Day. La plateforme avait promis aux fans des scoops et elle n'a pas menti avec une flopéé de projets en production plus ou moins avancée. Une série Secret Invasion (avec Samuel L. Jackson et Emilia Clarke), Une série Agatha Harkness (spin-off de WandaVision donc, avec Kathryn Hahn), une série Echo (qui fera sa première apparition dans la série Hawkeye, avec Alaqua Cox). Encore en tournage, She-Hulk avec Tatiana Maslany et Mark Ruffalo a montré quelques images, tout comme Ms. Marvel avec Aman Vellani. IronHeart, créée par Brian Michael Bendis, aura aussi droit à sa série. En séries animées aussi, on sera gâté : Marvel Zombies (issue de What if...?), et surtout Spider-Man : Freshman Year (avec Paolo Rivera et Leonardo Romero en concepteurs graphiques !) et le retour de la mythique X-Men' 97 (avec Amelia Vidal en directrice arstitique).


Mais je dois avouer que ce qui m'a mis dans tous mes états, c'est le premier trailer de Moon Knight, avec Oscar Isaac, et ça a a l'air juste incroyable. L'acteur s'est beaucoup investi dans son rôle (le plus grand challenge de sa carrière, selon lui). Et il aura face à lui rien moins que Ethan Hawke. Vite, vite !

Allez, je me calme. N'hésitez pas à me laisser vos commentaires si une info vous inspire. Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. Et à bientôt pour de nouvelles aventures !