mardi 5 septembre 2023

THUNDERBOLTS OMNIBUS VOL. 1, de Kurt Busiek et Mark Bagley


Longtemps réclamé, l'Omnibus Thunderbolts de Kurt Busiek et Mark Bagley est enfin disponible en vf chez Panini Comics depuis le mois dernier. C'est un bon gros bébé de près de 1200 pages, qui contient l'intégralité des épisodes (33) écrits par Busiek et quasiment tous dessinés par Bagley, plus quelques numéros de séries dont les héros ont croisé la route des T-Bolts. Plutôt qu'une longue critique exhaustive, je vous propose de passer en revue les temps forts de ce pavé pour un titre qui vingt-six après a conservé intacte son originalité et son énergie.


Comme le raconte Kurt Busiek dans la préface, l'idée de Thunderbolts est venue lors d'une retraite Marvel, une sorte de séminaire organisé par l'éditeur avec les auteurs phares et les editors (les directeurs de collection), juste après l'event Onslaught. Cette saga culte s'achevait par la disparition de plusieurs héros emblématiques (Avengers, Fantastic Four), ce qui inspira cette question à Busiek : "qu'allait-il arriver aux gens sans la protection de leurs champions ?", et, en discutant avec Tom Brevoort, le scénariste imagina un twist renversant pour une nouvelle série, avec des personnages inédits.

Restait à convaincre l'editor-in-chief Bob Harras. Evidemment, je suis obligé à partir de là de spoiler, donc si vous ne connaissez pas le secret des Thunderbolts, lisez cet omnibus et revenez lire cet article.



Ces super-héros sont en réalité les Maîtres du Mal : Citizen V (qui usurpe le nom d'un héros de la seconde guerre mondiale) est le Baron Zemo, Météorite et Opale, Songbird et Screaming Mimi, Atlas est Goliath, Mach 1 est le Scarabée, Techno est le Fixer ! Et le plan de leur leader est simple : gagner la confiance du peuple et des autorités pour devenir les maîtres du monde en l'absence des vrais héros.
  

Un septième membre s'ajoute à la liste dès l'épisode 4 avec Jolt, une jeune femme qui a été victime des expériences du savant fou Arnim Zola, pratiquées sur des sans-abri après la bataille contre Onslaught.. Mais Jolt ignore tout du passé de ses partenaires et de leur projet. Cela fournit au personnage une innocence véritable et le suspense consiste à savoir combien de temps il lui faudra pour découvrir la supercherie.
 

La série a la chance d'être dessinée par Mark Bagley : à cette époque, il a déjà une belle carrière et il est réputé pour sa rapidité. Mais c'est sur Thunderbolts qu'il va vraiment franchir un cap et gagner en notoriété. Son style très énergique convient à merveille aux histoires bourrées d'action de Busiek : rien ne semble lui faire peur, ni animer un team-book (pourtant exigeant), ni composer des batailles épiques auxquelles viennent participer des guest-stars comme Spider-Man (que Bagley aura souvent l'occasion de dessiner ensuite), les Heroes for Hire, Hulk, Daredevil, les New Warriors (qu'il avait contribué à lancer auparavant).


Un premier tournant dans la série survient lorsque les T-Bolts croisent la Veuve Noire qui s'étonne de la complémentarité qu'ils démontrent en action alors qu'ils sont en activité depuis peu. On sent qu'elle soupçonne quelque chose mais n'a aucune preuve. Surtout, cela lui évoque dans l'épisode 9 l'époque du "kooky quartet" : il s'agit de la formation des Avengers qui succéda à la toute première, après le départ des fondateurs (Thor, Ant-Man et la Guêpe, Iron Man, Hulk), quand Captain America décida d'offrir une seconde chance à d'anciens vilains comme Scarlet Witch, Quicksilver et Hawkeye (qui fut le complice de Black Widow quand elle était espionne).  Si d'aventure, comme le pense la Veuve, les T-Bolts avaient quelque chose à se reprocher, elle leur accorde comme Captain America jadis une chance de se réhabiliter.


Zemo/Citizen V sent le danger d'autant que plusieurs membres de l'équipe commencent à se faire à leur nouvelle situation et à apprécier de jouer les héros. C'est particulièrement frappant avec Songbird, qui a perdu ses partenaires dans le passé, et Mach 1, qui a été souvent humilié face aux héros : ces deux-là tombent d'ailleurs amoureux. Pour Atlas, qui s'est épris de Dallas Riordan, qui joue le rôle d'agent de liaison entre l'équipe et la mairie de New Yok, c'est un vrai dilemme car il sait qu'il la perdra si elle apprend la vérité. Techno est le plus fidèle à Zemo tandis que Météorite se tient prête à remplacer Zemo s'il est démasqué.


Au bout d'un an de publication, et des batailles contre des ennemis aussi variés et redoutables que les Démolisseurs, le Penseur Fou, l'Enclave (qui refera parler d'elle ensuite), les Nouveaux Maîtres du Mal, l'installation des T-Bolts au Four Freedom Plaza (le QG des Fantastic Four), les retrouvailles avec Arnim Zola (qui coûteront la vie à Techno - mais qui survivra sous une autre forme), Zemo a enfin accès aux informations confidentielles détenues jadis par les Avengers. Il décide donc de révéler au monde qui sont les Thunderbolts et leur plan... Mais les FF et les Avengers resurgissent au même moment. Après quelques péripéties, Opale, Mach 1, Songbird, Atlas et Jolt se livrent mais disparaissent subitement !
 

Busiek et Bagley ont téléporté leurs anti-héros sur la planète Kosmos, d'où Zemo avait arraché Atlas. Cet arc n'est franchement pas très inspiré et semble surtout servir de prétexte pour organiser la cavale des T-Bolts qui reviennent ensuite sur Terre et tentent de faire profil bas. Pourtant, la majorité, sous l'impulsion de Jolt, toujours aussi exaltée, ne veut plus sombrer de nouveau dans la criminalité. Seul moyen de prouver leur bonne foi : agir en véritables héros, sans arrière-pensée. Opale suit la bande, mais toujours en espérant tirer les marrons du feu. Durant cette période, l'équipe affronte Charcoal qu'ils auront l'occasion de recroiser.
 

Zemo et Techno ont trouvé refuge en Amérique du Sud où ils conspirent à la fois pour redevenir les maîtres du monde mais aussi pour châtier les T-Bolts. Ceux-ci sont également agressés par les Nouveaux Maîtres du Mal, désormais dirigés par l'énigmatique Crimson Cowl : Busiek va faire réfléchir ses lecteurs sur l'identité de cette dernière pendant un bon moment et il aboutira encore une fois à un twist savoureux. Mal engagés dans un affrontement contre leurs ennemis jurés, les T-Bolts reçoivent l'aide de Dreadknight qu'ils accueillent dans leur repaire de fortune. Et là, nouveau coup de théâtre ! Il s'agit de Hawkeye ! L'archer, autrefois repêché par Captain America au sein du "kooky quartet", offre aux fugitifs de les diriger, leur servant de caution morale. Opale enrage. Et Songbird se désespère car Hawkeye réclame un sacrifice : que Mach 1 se livre à la police pour un meurtre qu'il a commis quand il était le Scarabée.
 

Evidemment, l'initiative de Hawkeye ne va pas passer inaperçu. Si, jusque-là, les rencontres entre les Thunderbolts et d'autres héros Marvel dans les séries de ces derniers n'ont pas abouti à des histoires mémorables (comme Incredible Hulk 449, Spider-Man Team-Up 7, Heroes for Hire 7), le crossover avec les Avengers est une réussite. Il faut dire que c'est également Busiek qui, alors, écrit Avengers, dessinée par le regretté George Pérez et j'ai beau ne pas être un grand fan de ce run, ce numéro a une sacrée gueule. Spectaculaire, haletant, il résume toute une époque, tout un esprit, avant la mode de la narration décompressée, une sorte de fin de l'âge de bronze des comics Marvel.


On approche ensuite de la fin de l'omnibus. Et cela se sent : Busiek va recycler des idées et peine visiblement à se renouveler. Malgré le leadership de Hawkeye et quelques scènes mémorables (le baiser échangé entre l'archer et Météorite), la série avance avec moins de grâce. Heureusement que Bagley ne s'essouffle pas : songez qu'à part l'épisode 7 (dessiné par Jeff Johnson) le 9 (avec un long flashback sur le "kooky quartet" par Ron Frenz) et l'Annual 1 (où il a été rejoint par Bob McLeod, Tom Grummett, Ron Randall, Gene Colan, Darick Robertson, Chris Marrinan et George Pérez pour illustrer les origines des membres du groupe), il n'a jamais fait défaut ! Une régularité impressionnante, qui a même épuisé le premier encreur du titre (l'excellent Vince Russell, remplacé ensuite par Scott Hanna). Seuls faits vraiment notables : l'intégration de Charcoal dans l'équipe, le renfort de U.S.Agent et du Jury contre les Nouveaux Maîtres du Mal (avec la révélation de l'identité de Crimson Cowl, mais je ne spoilerai pas), et le recutement de Mach 1 par une agence gouvernementale.


Busiek, en quête d'un second souffle, joue une certaine surenchère en opposant ses héros à un adversaire surpuissant : Graviton. C'est méchant aux motivations mégalomaniaques classiques, avec un look très 90's, qui donnera effectivement du fil à retordre à l'équipe et Bagley est déchaîné pour mettre en images un combat paroxystique. Mais le problème, c'est que la série n'avance plus : on voit les ficelles, les coups de théâtre, on compte les ennemis, mais c'est devenu routinier. Comme un aveu de cette impuissance à se renouveler, à surprendre, on assiste à l'apparition d'un nouveau Citizen V qui revendique être la vraie descendante du héros de la seconde guerre et donc en veut à Zemo et aux T-Bolts. Mais Busiek ne développe pas ce personnage.
 

Après une dernière empoignade avec l'Empire Secret, et la découverte de l'Ogre, que les T-Bolts prennent d'abord pour Techno, dans leur repaire high-tech, le run de Busiek s'achève sans éclat, mais avec un cliffhanger qu'il reviendra à son successeur, Fabian Nicieza, d'exploiter. Ne vous m^éprenez pas : même moins inspirée, la série reste un page-turner incomparable, d'un dynamisme imparable, mais son scénariste a perdu sa verve, peut-être son envie (ce qui n'est pas indigne au bout de trente épisodes).

Panini ayant visiblement décidé de freiner ses sorties d'omnibus, il faudra certainement être très patient avant de profiter de la suite. Mais souhaitons quand même que l'éditeur n'oublie pas de proposer le vol. 2 de Thunderbolts. Mëme à 90 Euros, on en a pour son argent et la qualité est au rendez-vous, y compris avec des bonus appréciables. Niveau confort de lecture, évidemment, un pavé de plus de 1000 pages, ce n'est pas idéal, mais bon, l'idée était de compiler tous les épisodes de Busiek en un seul tome. C'est donc un très bon investissement. Et des heures de lecture jubilatoires.

dimanche 3 septembre 2023

LE CHALLENGE est une comédie plus sensible que le laisse croire son pitch


Le Challenge (ou No Hard Feelings en vo) marque le vrai retour sur grand écran de Jennifer Lawrence. Et, surprise, c'est une comédie, genre dans lequel elle ne s'était jamais illustrée. Vendue avec une accroche débile, traduite en français par un mot anglais, réalisée par un inconnu, il y avait de quoi être méfiant. Mais c'était sans compter le talent de l'actrice et surtout un scénario bien plus sensible que prévu.
 

Résidant à Montauk (Etat de New York), la trentaine, Maddie Barker gagne difficilement sa vie en étant chauffeur pour Uber. Mais quand on lui saisit sa voiture car elle n'a pas payé la taxe foncière de sa maison, elle sait que la prochaine étape sera la vente de la maison que lui a laissée sa mère, décédée. Elle accepte donc de répondre à une annonce en ligne d'un riche couple, les Becker, qui souhaitent déniaiser leur fils, Percy, timide, n'ayant aucune expérience avec les filles, le sexe, la boisson, les fêtes alors qu'il entre à Princeton à la rentrée. Si elle réussit, Maddie gagne une voiture neuve.
  

Elle aborde Percy dans le refuge pour animaux où il est bénévole et après avoir répondu à un questionnaire pour adopter un chien, lui propose de le reconduire chez lui. Mais le comportement de Maddie le trouble et il la gaze avec une bombe lacrymo, pensant qu'elle veut le kidnapper. Malgré ce malentendu, il accepte de la revoir le lendemain pour boire un verre dans un bar. A la nuit tombée, elle l'entraîne sur la plage pour un bain de minuit. Mais alors qu'ils sont à l'eau, des adolescents leur volent leurs affaires et Maddie sort pour les rattraper et les rosser. Inquiet, Percy veut rentrer chez lui mais la police surgit. Maddie sème les flics et, chez elle, aguiche Percy. Mais rien ne se passe.


Les jours se suivent et Maddie et Percy apprennent à se connaître et devenir de vrais amis. Ils comprennent qu'ils ont beaucoup en commun malgré leur différence d'âge et de milieu, en particulier en ce qui concerne leur relations compliquées avec leurs parents et leur scolarité isolée des autres. Ils dînent au restaurant où Percy croise une camarade de classe qui l'invite à une fête. Durant le trajet, Maddie, prise de remords, tente de calmer Percy sur leur avenir en commun et, vexé, il se soûle à la fête de son amie. Elle le ramène et il lui avoue qu'il l'aime, mais elle refuse de coucher avec lui dans son état.


Le lendemain, Percy déclare à ses parents son intention de rester à Montauk avec Maddie à la rentrée. Affolés, ils l'appellent mais Percy surprend leur échange téléphonique et invite ensuite Maddie chez lui pour les démasquer. Il s'isole dans sa chambre où elle rejoint pour tenter de justifier son rôle, il lui répond qu'il veut faire l'amour. Mais une fois au lit, il est trop ému et met un terme à leur relation.


Maddie reçoit la voiture promise par les Becker et paie ses dettes en reprenant son travail de chauffeur. Ayant pris conscience qu'elle ne reste à Montauk que pour garder la maison de sa mère, elle décide de la vendre à sa meilleure amie Sara et son mari Jim. Puis elle retrouve Percy pour tenter de se réconcilier avec lui. Il refuse de l'entendre mais elle insiste et il admet que les torts sont partagés - il s'est enflammé sans comprendre ce qu'elle traversait, elle a abusé de sa confiance. Tous deux doivent prendre leur envol.
 

Percy part donc pour Princeton et c'est Maddie qui l'y conduit avant de gagner la Californie, mais ils promettent de rester en contact.

En lisant certaines critiques sur ce film, on peut se demander si ceux qui en ont parlé l'ont compris puisqu'ils évoquent le retour des sex comedies façon American Pie du début des années 2000. D'ailleurs, aussi bien aux Etats-Unis qu'en France, l'affiche et les bande-annonce insistent sur cette référence, comme si c'était un gage de qualité (ce qui n'est franchement pas le cas).

L'accroche du poster français est à cet égard accablante : "elle a un été pour le chauffer". On croirait une pub pour un Max Pécas ! En vérité, Le Challenge vaut tellement mieux que ce plan com' foireux.

D'abord, tout simplement parce que ce film marque le vrai retour au cinéma de Jennifer Lawrence. Don't Look Up et Causeway étaient produits par des plateformes et uniquement visibles sur ces médias (respectivement Netflix et Apple TV +) - et si le premier est une super production ratée, le second rassurait sur le fait que l'actrice savait toujours choisir ses rôles et les incarner avec maestria.

Ici, elle campe une jeune femme dans la dèche : chauffeur Uber, elle est privée de son instrument de travail car elle n'arrive plus à s'acquitter de ses dettes. Quand elle découvre une annonce passée par des parents qui veulent déniaiser leur fils avant son entrée à la fac, elle tente sa chance, même si elle n'a pas l'âge requis et que cette mission la met mal à l'aise. En même temps, le salaire pour ce job, c'est justement une voiture.

Effectivement, si on s'en tient à cette amorce, ce n'est pas engageant et on s'interroge sur ce qui a pris à Jennifer Lawrence de s'investir dans une histoire grivoise et bas du front comme ça. Mais, en étant attentif, même au début, le script (signé Gene Stupnitsky, le réalisateur, et John Phillips) égratigne la gentrification des stations balnéaires autrefois peuplées par des gens modestes, qui n'avaient pas les moyens de se loger dans les grandes villes, et souligne la précarité des employés de plateformes comme Uber. Donc, ce n'est pas si gras que ça en a l'air.

Une fois qu'on entre dans le vif du sujet, c'est-à-dire quand Maddie essaie de séduire Percy, le film est ouvertement comique. Les malentendus fournissent des gags vraiment drôles, les personnages sont aimablement caractérisés : Jennifer Lawrence s'amuse visiblement beaucoup à jouer les bombasses racoleuses et le jeune Andrew Barth Feldman est excellent en puceau craintif et méfiant à l'excès. Lorsqu'une scène de séduction finit par elle qui le prend sur ses genoux puisqu'il n'a pas l'air d'être émoustillée en la voyant se frotter contre lui, on rit de bon coeur tout en éprouvant de la tendresse pour ce garçon qui est tellement anxieux qu'il a une éruption cutanée.

On arrive en fait à la fin du premier Acte. Et c'est là que le film change de ton et gagne à être vu et reconsidéré. Ce n'est pas que son déroulement devienne original, mais plutôt que son traitement devient plus fin, plus touchant, plus sensible. Il n'est plus question pour Jennifer Lawrence de faire la danse du ventre ou les yeux doux ni pour Andrew Barth Feldman d'écarquiller les yeux ou de d'avancer d'un pas et reculer de deux. 

En fait, le récit change de tactique comme son héroïne qui comprend qu'elle ne séduira pas le garçon en sortant le grand jeu. Ils deviennent amis, sincèrement, et Maddie se prend au jeu en découvrant que Percy partage des points communs avec elle : tous deux se sentent en fait à l'étroit dans leur vie, lui auprès de parents surprotecteurs, elle parce qu'elle n'a plus ses parents (sa mère est donc morte, son père l'a abandonnée), ils sont coincés sur place et effrayés à l'idée de devoir bouger. Et par bouger, on pense grandir.

Les malentendus qui persistent à éclater entre eux revêtent une autre forme et une autre substance. Les sentiments s'en mêlent. Les remords l'étreignent, elle qui a pourtant besoin de remplir cette mission pour avoir un véhicule. Et quand la vérité parvient au garçon, il se sent légitimement trahi, malgré les excuses qu'elle lui fait, malgré les raisons qu'elle invoque pour l'avoir dupé.

Dans ces moments-là, on mesure deux choses. La première, c'est que Le Challenge appartient à une catégorie de films qui n'existe pratiquement plus, quelque part dans le sillage du Lauréat de Mike Nichols (où déjà une femme s'occupait d'un jeune homme avant son entrée à l'université, sauf que là, dans No Hard Feelings, ils ne passeront jamais à l'acte tandis que Dustin Hoffman et Anne Bancroft s'envoyaient en l'air plusieurs fois). Economiquement, c'est comme si les studios ne voulaient plus financer ce genre de productions qui n'est ni un film indé, ni un blockbuster, mais un divertissement intermédiaire, catégorisé par la censure comme visible par des jeunes accompagnés (parce qu'on voit de la nudité frontale dans une scène et que quelques gros mots sont prononcés).

La seconde, c'est que Jennifer Lawrence est une star. Une vraie. Sur son nom se montent des films, parce qu'elle est bankable, qu'elle a un Oscar (et plusieurs nominations). C'est sans doute la seule actrice de sa génération à avoir ce statut, et même son absence des écrans (durant laquelle elle s'est mariée et est devenue mère) n'a pas entamé son crédit. Pourtant, elle a choisi de revenir non pas dans un blockbuster mais une petite comédie, parce qu'elle l'a co-produite. Ce qui ne signifie pas qu'elle ferme la porte à de gros films. Mais elle semble vouloir reprendre en douceur et s'investir dans des projets personnels. En tout cas, c'est une actrice formidable, lumineuse, sexy, mais surtout subtile, qui a vraiment la vis comica, et en même temps qui est capable de vous toucher en plein coeur, et qui ne cherche jamais à briller sur le dos de son partenaire. Elle a compris qu'au contraire on brille mieux à deux et Andrew Barth Feldman est réellement épatant tout du long, jamais dans la caricature, toujours à la hauteur de sa partenaire.

Certes, Le Challenge n'a pas une réalisation extraordinaire, et avec dix minutes en moins (le film dure 1h. 45, ce qui n'est pas non trop long), il aurait gagné en rythme, en densité. Mais il est bien écrit, déjouant son pitch, attachant, sensible encore une fois. C'est un feel-good movie pas bête, avec quelques réflexions bien senties. Et de toute façon, si vous êtes fans (comme moi) de Jennifer Lawrence, c'est immanquable.

samedi 2 septembre 2023

Un petit peu trop de pas de côté pour la saison 3 de KILLING EVE


Diffusée en 2020, la saison 3 de Killing Eve est en deçà des précédentes. La faute à l'absence d'un(e) showrunner ? Ce n'est pas mauvais pour autant, loin s'en faut, mais il faut bien constater que l'intrigue est plus décousue, et que la belle mécanique de la série se grippe parfois, avec un casting trop fourni.


Six mois se sont écoulés depuis les événements de Rome. Villanelle s'est installée en Espagne où elle est sur le point de se marier. Mais une vieille connaissance, Dasha, qui fut sa formatrice, resurgit pour lui demander de revenir travailler pour les Douze. En échange Villanelle exige une promotion. Cependant au MI6, Paul Bradwell devient le superviseur de Carolyn Martens tandis que Eve Polastri a quitté le service pour travailler dans un restaurant coréen et veiller sur Niko, en maison de repos. Kenny, le fils de Carolyn, est devenu journaliste et continue d'enquêter sur les Douze. Mais Eve le retrouve mort.


Eve refuse de croire à l'hypothèse du suicide de Kenny et elle est abordée par Jamie, le patron du jeune homme, lors des funérailles, qui veut également découvrir la vérité. Comme elle a récupéré son téléphone mais qu'elle n'arrive pas à le déverrouiller, elle accepte de collaborer. Carolyn sollicite aussi Eve, convaincue que Villanelle a tué son fils, mais celle-ci préfère mener son enquête indépendamment, tout en tenant au courant son ex-patronne. Pour prouver sa loyauté aux Douze, Villanelle accepte de former un jeune tueur, Felix, mais c'est une catastrophe et elle est obligée de l'éliminer. Konstantin lui révèle ensuite que Eve est toujours en vie.
 

Jamie et son équipe ont trouvé dans le téléphone et l'ordinateur de Kenny des éléments se rapportant à un compte en banque en Suisse qui a été vidé de plusieurs millions d'Euros. Eve pense qu'il s'agit de fons dérobés aux Douze. Elle en informe Carolyn qui connait un certain Charles Kruger, ancien espion du KGB, possible comptable des Douze. Mais Villanelle le tue avant qu'elle n'ait le temps de l'interroger.
 

Konstantion rencontre la veuve de Kruger qui lui remet un fichier informatique de son mari, possiblement en relation avec l'argent siphonné en Suisse, puis Villanelle la tue. Niko Polastri quitte la maison de repos sans prévenir Eve et part en Pologne se ressourcer. Dasha le suit et le blesse gravement en voyant débarquer peu après Eve. Elle laisse un indice faisant croire qu'il s'agit d'une exécution signée Villanelle. Pour récompenser cette dernière, comme elle le lui avait demandé, Konstantion lui donne l'adresse de sa famille en Russie, qu'elle n'a pas revue depuis son enfance quand sa mère l'a confiée à un orphelinat.


Villanelle arrive en Russie et renoue avec ses deux frères cadets, Pyotr et Borka, mais leur mère, Tatiana, lui réserve un accueil d'abord ému puis plus distant. La fille exige de savoir pourquoi elle a été abandonnée alors que son père l'adorait. Mais sa mère avait deviné la noirceur de son âme, alors qu'elle n'était qu'une enfant. Villanelle, bouleversée, tue Tatiana et met le feu à sa maison, mais épargne ses deux frères à qui elle laisse de l'argent pour qu'ils partent refaire leur vie ailleurs.


De retour de son périple, Villanelle n'est plus la même quand elle rencontre enfin Hélène, une cadre des Douze, qui lui accorde la promotion qu'elle exigeait. Toutefois, c'est la déception qui domine quand elle lui confie l'assassinat d'un politicien roumain alors qu'elle espérait dorénavant déléguer cette besogne. Elle revient vers Konstantin qui a le projet de tout plaquer pour partir à Cuba avec sa fille Irina grâce à l'argent suisse qu'il a récupéré. Niko a survécu à ses blessures mais ne veut plus voir Eve qui sait toutefois que ce n'est pas Villanelle qui s'en est pris à lui. Cette dernière ayant exécuté son dernier contrat est retrouvée chez elle, blessée, par Dasha, à qui elle confie ne plus vouloir continuer.


Hélène envoie Dasha et Villanelle à Aberdeen pour un nouveau contrat. Eve, qui a reçu un gâteau pour son anniversaire de la part de Villanelle, la traque. Mais elle arrive trop tard après qu'elle ait laissé Dasha pour morte. Konstantin est rejoint à la gare par Villanelle à qui il veut payer son ticket de sortie. Mais quand elle refuse de partir sans lui, il a un malaise cardiaque et elle l'abandonne. Eve arrive peu après et appelle les secours tout en voyant Villanelle s'éloigner dans le train. Konstantin reprend connaissance à l'hôpital dans le lit voisin de celui où se trouve Dasha, hilare devant cette situation.


Villanelle offre ses services à Crolyn qui les refuse à moins qu'elle ne lui donne l'identité de l'assassin de Kenny. Hélène fait tuer Mo, l'assistant de Carolyn qui l'avait chargé d'enquêter sur Paul Bradwell. Konstantion quitte l'hôpital contre avis médical après avoir échangé une dernière fois avec Dasha, qui succombe à ses blessures. Convoqué, il se rend chez Bradwell mais tombe sur Carolyn qui le tient en joue. Eve puis Villanelle apparaissent à leur tour. Konstantin explique n'avoir pas tué/fait tué Kenny car il voulait le recruter pour les Douze. Carolyn exécute Bradwell, trahi par ce qu'avait découvert, puis déclare à Eve que le dossier des Douze est clos. Eve part, rejointe par Villanelle mais elles conviennent de ne plus se revoir. Pourtant, après s'être éloignées l'une de l'autre sur un pont, elles se retournent et se regardent sans un mot.

Jusqu'à présent, Killing Eve, c'était une série sur deux femmes que tout oppose (caractère, profession, objectif) mais qui sont attirées l'une par l'autre tels des aimants. Il y avait entre elles une évidente tension sexuelle mais qui ne se concrétisait que symboliquement (le coup de couteau infligée à Villanelle par Eve à la fin de la saison 1 figurait une pénétration évidente, le coup de feu dans le dos de Eve tiré par Villanelle en était une autre).

Après deux saisons, la boucle était en quelque sorte bouclée, même si ces huit nouveaux épisodes, diffusés en 2020, semblait indiquer une sorte de belle dans cette partie entre Eros et Thanatos. D'une certaine manière, c'est le cas, et la fin du dernier épisode ferait un dénouement parfait. On verra ce qu'il en est dans la quatrième et dernière salve.

Mais quelque chose a déraillé. Non pas que cette saison 3 ne comble pas le fan de Eve Polastri et Villanelle. Elle contient suffisamment de bons moments, de bonnes idées, de surprises, et de nuances, pour ne pas souffrir de la comparaison avec ses devancières. Toutefois, pour la première fois, il y a des longueurs, des choses un peu inutiles, moins de fluidité, une intrigue qui s'effiloche à force de courir plusieurs lièvres à la fois.

En somme, Killing Eve se perd en ayant voulu enrichir son arrière-plan. L'originalité, l'audace de la série reposait en grande partie sur cette espèce de minimalisme : deux femmes, leurs chassé-croisé permanent, la mort et le désir, le danger. A partir du moment où d'autres personnages prennent plus du place, c'est au détriment de Eve et Villanelle.

Pourtant, ça part sur les chapeaux de roues avec le sacrifice d'un personnage, certes en retrait, mais attachant. Cet événement sert de déclencheur pour Eve, qui a quitté le MI6 mais rempile pour découvrir la vérité sur cette mort. Inévitablement, elle comme nous savons que cela va l'emmener à croiser de nouveau Villanelle, quand bien même on sait aussi que ce n'est pas cette dernière qui a tué Kenny. Et le vrai drame, en fin de compte, c'est que, les épisodes se succédant, on finit par ne plus se préoccuper de qui a tué ce pauvre garçon. D'ailleurs, ce n'est pas même explicité à la fin. Un comble : tout ça pour ça.

Villanelle, encore une fois, est celle qui évolue le plus. On la sent lassée de sa vie, de son activité criminelle. Au tout début, elle s'apprête même à se marier. Le retour de sa formatrice la ramène à sa carrière mais elle négocie une promotion. Toutefois, c'est une motivation artificielle : on devine qu'elle réclame cela pour ne pas donner le sentiment de céder trop vite à la demande de son mentor de revenir dans le circuit. Au fond, elle n'est pas du tout faite pour devenir une gardienne (puisque c'est le titre que donnent les Douze à d'anciennes tueuses qui doivent entraîner leurs successeurs) : elle éliminera, excédée, ses deux élèves.

Mais une bascule s'opère nettement lors du cinquième épisode de la saison, à l'occasion d'un retour sur ses terres natales, dans sa famille, au contact de deux frères qui apprécient de faire sa connaissance et d'une mère qui n'a jamais voulu d'elle, ni aujourd'hui, ni hier (elle l'a d'ailleurs abandonnée quand elle était enfant car elle avait deviné sa psychopathie). Dans une confrontation intense, Villanelle commet l'irréparable. Et elle ne s'en remettra pas : quand elle devra à nouveau tuer, elle est blessée par l'homme qu'elle élimine, comme une débutante, puis elle avouera à sa formatrice ne plus vouloir (comprendre : ne plus pouvoir) faire ça. "Jai tué dans de personnes..." 

Eve, elle, est dépeinte comme quelqu'un qui a également tout perdu, même si elle s'obstine à ne pas l'admettre pour certaines choses (comme son mari). Elle ne tient plus que par son désir de débusquer le tuer de Kenny, sa volonté de démanteler les Douze. Lorsque sa patronne lui dit que qu'il faut parfois laisser tomber, elle sursaute, indignée. Mais son obsession pour Villanelle n'est plus son unique moteur. De fait leur relation évolue : il n'est plus question d'attirance, mais plutôt d'une sorte de paix armée, de paix des braves. Ce sont moins des mantes potentielles que des soeurs en perdition. D'ailleurs, toutes les femmes dans cette saison - Carolyn Martens, Eve, Villanelle, la copine de Kenny, l'apprentie tueuse que Hélène confie à Villanelle - sont comme des funambules, en équilibre précaire, sur le point de chuter. C'est une peu "Regarde les femmes tomber" (pour paraphraser le titre du premier film de Jacques Audiard).

Malheureusement, tout ça est un peu noyé par les tribulations de Dasha ou Konstantin, voire Paul Bradwell (qui est le traître idéal mais trop convenu). Tout ce qui a trait à eux alourdit la série, ralentit la saison. Les effets comiques sont trop mécaniques (les répliques vachardes de Dasha, les nombreuses fois où Konstantin rentre chez lui et trouve quelqu'un qui l'attend dans le noir - autant de préludes à sa crise cardiaque). Ce sont des seconds rôles mais à qui, visiblement; les auteurs ont voulu donner plus de place, et à vrai dire : trop de place. Si Carolyn Martens a droit à ce traitement, c'est justifié puisqu'elle est la mère de Kenny, la patronne de Eve, l'ex-maîtresse de Konstantin, celle à qui Villanelle offre ses services : bref, elle est mis en avant légitimement. Plus que les deux-trois autres.

Au risque de me répéter, l'interprétation est une fois de plus extraordinaire. Jodie Comer est toujours impayable mais avec en prime un bonus appréciable dans la vulnérabilité, l'émotion. Sandra Oh éblouit par son intelligence de jeu, ne cherchant jamais à briller en surjouant, quitte à être éclipsée par sa partenaire. Je mentionnerai donc aussi spécialement Fiona Shaw, excellente dans le rôle de Carolyn. Et Camille Cottin dans celui d'Hélène : l'actrice française a certainement gagné sa place après avoir repris le rôle de Fleabag dans son adaptation française (sous le titre Mouche, une saison au compteur).

Je suis très curieux de voir de quoi retourne l'ultime et quatrième saison puisque, comme je l'ai déjà dit, le dénouement de la trois me semble parfait. Et quelque part, c'est sans doute ce qui me fait tout de même espérer un sursaut final car en ne sachant pas à quoi m'attendre, tout est possible.

vendredi 1 septembre 2023

MARVEL AGE #1000, de Mark Waid et Alessandro Cappuccio, Ryan Stegman, Rainbow Rowell et Marguerite Sauvage, Dan Slott et Mike Allred, Armando Iannucci et Adam Kubert, Steve McNiven, Jason Aaron et Pepe Larraz, J. Michael Straczynski et Kaare Andrews

 

Voilà encore une de ces drôles de parution dont Marvel a le secret : ne cherchez pas les 999 numéros précédents de Marvel Age, mais profitez de ce #1000. Il s'agit d'une anthologie censée célébrer... Quoi au juste ?... Qu'importe ! On a là huit histoires courtes par le gratin de "la maison des idées". Le résultat est évidemment inégal mais ne manque pas d'allure.



- MACHINE LEARNING (Ecrit par Mark Waid et dessiné par Alessandro Cappuccio) - Comment la première Torche Humaine, Jim Hammond, a développé un sens moral ? C'est à cette question que répond Mark Waid dans ce récit d'ouverture, situé en 1939. Il s'agit probablement d'un script écrit par le scénariste avant son départ pour DC, à moins qu'il n'ait produit ceci pour l'occasion. En tout cas, c'est, comme souvent avec Waid, finement raconté. 

Jim Hammond a été un des premiers héros Marvel, plus tard c'est avec lui que s'ouvrait Marvels de Kurt Busiek et Alex Ross. Mais l'androïde capable de s'enflammer demeure une énigme, supplantée par Johnny Storm des Fantastic Four. Waid imagine comment, en écoutant un feuilleton radio il a acquis une éthique et échappé à son créateur, Phineas Horton, qui espérait l'exploiter.

Dommage d'avoir confié les dessins à Alessandro Cappuccio (Moon Knight), dont les planches sont trop sombres pour ne pas voir qu'il se sert de cette astuce pour négliger les décors et dont le trait manque singulièrement d'élégance.


- SUNDAY DINNER (Ecrit et dessiné par Ryan Stegman) - Toujours occupé à piéger les vilains, Spider-Man empêche Peter Parker d'avoir une vie sociale et d'arriver à l'heure à un rendez-vous... Alors là, on a affaire à une sorte d'anomalie chez Marvel qui refuse fréquemment depuis des lustres, sans qu'on sache pourquoi, à ses artistes d'écrire aussi leurs scénarios. Pourtant, cette fois, dans Marvel Age #1000, l'éditeur a accordé cette permission à deux d'entre eux.

Ryan Stegman (Venom) a donc eu le droit de raconter sa petite histoire de Spider-Man et de la dessiner. Certes, ça ne mange pas de pain, mais c'est très sympa et tonique. Stegman s'affirme comme un disciple de Todd McFarlane, qui a marqué de son empreinte une époque du Tisseur. Et ma foi, il mériterait d'avoir sa chance sur le titre (vu ce que commet actuellement John Romita Jr...).
 

- PEOPLE WONDER WHY (Ecrit par Rainbow Rowell et dessiné par Marguerite Sauvage) - Pourquoi Cyclope se montre-t-il toujours si surprotecteur avec Marvel Girl ? Encore une interrogation superbement traitée, ici par Rainbow Rowell (She-Hulk).

Accompagnée par Marguerite Sauvage au dessin, comme d'habitude enchanteresse, acidulée, expressive (un vrai bonheur), la scénariste signe un segment romantique à souhait sur les débuts des X-Men, la première génération. C'est merveilleusement inspiré, sucré au possible, mais très touchant aussi. Et, en pleine vague Fall of X, ça fait du bien de se replonger dans cet âge de l'innocence.


- EARTH'S GREATEST WEAPON (Ecrit par Dan Slott et dessiné par Mike Allred) - Lorsque Captain Mar-Vell espionnait pour le compte de l'Empire kree les humains, qu'est-ce qui l'a convaincu que nous ne représentions aucun danger ?

Il y a quelque chose de magique à chaque fois que Dan Slott (Spider-Man) et Mike Allred (Madman) sont réunis. Ensemble, ils produisent des comics uniques où chacun fait ressortir le meilleur de l'autre. C'est encore une fois le cas avec cette histoire qui prouve que, non, il n'y a pas de tabou à ranimer Captain Mar-Vell. Carol Danvers figure dans ce chapitre qui semble au passage se moquer, à juste titre, de la retcon débile de ses origines. C'et beau, c'est pop, c'est indispensable.


- OVERLOAD (Ecrit par Armando Iannuccci et dessiné par Adam Kubert) - Daredevil a un problème d'audition... Et le lecteur de compréhension ! Que vient faire ce machin sans intérêt, moche (Adam Kubert, vraiment, j'y arriverai jamais) dans cette anthologie. Je ne sais pas qui est Armando Iannucci mais je n'ai aucune envie de le savoir car ce qu'il a écrit est mauvais en diable.

Allez, on zappe !


- DEAF HEAVEN (Ecrit et dessiné par Steve McNiven) - Le Surfeur d'Argent marche au milieu d'un terrain bombardé et Mephisto en profite pour le tourmenter en accablant la nature humaine capable de telles atrocités... Mais Steve McNiven, trop rare, nous livre une pépite.

Comme Ryan Stegman, lui aussi a eu le droit d'écrire et dessiner ce segment. Autrefois superstar, suite au triomphe de Civil War, McNiven a ensuite eu toutes les peines du monde à enchaîner, jusqu'à se contenter de quelques covers par-ci, par-là. Désormais influencé par Barry Windsor-Smith (qu'il imite à la perfection) et Moebius, aborder le Silver Surfer est toute compte fait logique.

C'est classique, mais franchement somptueux. Toutes les pages sont découpées en trois cases verticales, avec une intensité rare. Le trait est fin et puissant à la fois; L'histoire est poignante. Bon sang, si Marvel avait un Black Label, ce serait génial d'avoir une mini Silver Surfer par McNiven...
  

- THE GIRL WHO HATES SUPER HEROES (Ecrit par Jason Aaron et dessiné par Pepe Larraz) - Jyl Tally n'aime pas les super héros qui sauvent le monde mais n'ont pas guéri sa mère du cancer. Jusqu'à ce qu'elle croise la route de la puissante Thor... Et là, miracle !

Oui, parce que Jason Aaron revient à sa meilleure création, Jane Foster/Thor, et prouve qu'il est encore capable d'écrire quelque chose de valable, de chouette, de lumineux. Ce récit est parfait, c'est comme une fable, il n'y a rien à jeter. Qui l'eût cru ? Et pour ne rien gâcher, c'est Pepe Larraz qui signe les dessins, qui sont évidemment d'une beauté à tomber à la renverse. Vraiment revigorant !
 

- OBSERVATIONS FROM THE BACKYARD (Ecrit par J. Michael Straczynski et dessiné par Kaare Andrews) - Trois gamins, dans le jardin d'une maison de banlieue, imaginent des histoires de super héros qu'eux seuls voient et dont ils sont convaincus qu'elles doivent être racontées...

S'il ne devait y avoir qu'un chapitre de ce Marvel Age #1000 à retenir, qui justifierait l'achat de ce comic-book, alors ce serait celui-ci. Parce que, avant son grand retour chez Marvel ce mois-ci pour la reprise de Captain America, J. Michael Straczynski rend un hommage absolument splendide aux trois pères fondateurs de Marvel. Car les trois gosses se prénomment Stan, Jack et Steve... C'est sans doute naïf, d'aucuns diront même mièvre, mais ne soyez pas cyniques et appréciez ce tribute si juste, si inspiré, si beau tout simplement.

Et encore plus beau grâce à Kaare Andrews qui dessine en couleurs directes des planches sublimes. Je n'ai que des compliments à faire à ce récit. D'autant qu'il paraît après un documentaire sur Stan Lee (sur Disney +) qui a passablement agacé les héritiers de Kirby (parce qu'on lui niait la paternité de plusieurs héros). Mais en vérité, quoi qu'on pense de Lee, Kirby, Ditko, de leurs relations houleuses, de qui a fait quoi, ces observations depuis l'arrière-cour nous rappelle que c'est surtout la combinaison du génie de ces trois auteurs qui a fait de Marvel ce qu'il est. Tout le reste n'est qu'accessoire.

A deux chapitres près, Marvel Age #1000 est quand même une belle parution. Même si Marvel vous déçoit, vous irrite, vous déboussole, c'est là une belle manière de rappeler aussi pourquoi on aime quand même lire leurs comics.

MS. MARVEL : THE NEW MUTANT #1, de Iman Vellani, Sabir Pezada, Carlos Gomez et Adam Gorham

 

Comme c'est indiqué de façon bien voyante sur la couverture, Ms. Marvel : The New Mutant marque les premiers pas de scénariste de comics de l'actrice Iman Vellani, qui a incarné le personnage dans la série sur Disney +. Pour coller à la nature du personnage, l'héroïne est effectivement devenue une mutante et dans les cinq numéros à paraître, on va la suivre après le massacre commis par Orchis.

 


Tourmentée par un cauchemar récurrent depuis sa résurrection, Kamala Kahn a néanmoins accepté de suivre un programme d'été dans une université sponsorisée par Orchis. Elle doit jouer les espionnes pour la résistance mutante...


Par où commencer ? Sans doute par ce qui fâche le plus. Il ne s'agit pas du changement de condition de Ms. Marvel devenue une mutante récemment. Laissons du temps au temps pour déterminer si Marvel a eu raison de faire d'une Inhumaine une mutante. En revanche, la manière a suscité la controverse, à raison.


En effet, ce n'est ni dans sa série (elle n'en a plus), ni dans les pages de Champions (titre aussi annulé), ni dans Avengers (elle ne figure plus dans l'équipe depuis belle lurette), mais dans Amazing Spider-Man que Kamala Kahn a trouvé la mort, d'une façon stupide, affreusement mal écrite, et desservie par une communication désastreuse de Marvel.


L'éditeur avait, semble-t-il, décidé de tuer Kamala Kahn pour que son statut dans les comics soit identique à celui de sa série sur Disney +. En soi, rien qui me choque : aujourd'hui, films et BD interagissent et ce n'est pas la première fois qu'on nous fait le coup (souvenez-vous quand dans Uncanny Avengers vol. 2, de Rick Remende et Daniel Acuna, on nous a expliqué que Scarlet Witch et Quicksilver n'avaient jamais été des mutants ni les enfants de Magneto parce qu'à l'époque Marvel studios ne disposaient pas des droits d'exploitation cinéma des mutants mais avaient utilisé les jumeaux Wanda et Pietro Maximoff dans Avengers : l'ère d'Ultron).

Mais là se débarrasser de Ms. Marvel de manière aussi bâclée (il est vrai sous la plume d'un scénariste aussi médiocre que Zeb Wells), c'était comme cracher à la figure de G. Wollow Wilson et Adrian Alphona, les créateurs de l'héroïne.

Quoi qu'il en soit, désormais, Ms. Marvel est une mutante. Quoique... C'est encore une Inhumaine (c'est pour cela qu'elle échappe aux moyens de détection traditionnels des chasseurs de mutants). Bref, c'est compliqué. Mais on va faire avec. Et c'est ce que Ms. Marvel : The New Mutant se propose d'établir.

Ensuite, cette mini-série est écrite, pour moitié, par Iman Vellani, l'actrice qui a incarné Kamala dans la série Ms. Marvel sur Disney +. On peut toujours été dubitatif quand un acteur prétend s'investir dans les comics, surtout qu'on lui adjoint un partenaire d'écriture. Sauf que Vellani est une vrai nerd, passionnée par les comics et son personnage en particulier. Donc on aurait plutôt envie de croire sinon à son talent d'auteur su moins à son engagement dans ce projet. Et puis son co-scénariste, Sabir Pedaza, n'est pas très connu, donc ce n'est pas tout à fait un cas de figure comme celui de la série BRZKR chez Boom ! Studios initiée par Keanu Reeves mais écrite par Matt Kindt (un nom bien connu des fans, à la bibliographie abondante).

Enfin, il faut juger le livre sur son contenu. Et c'est très honnête. Pas exceptionnel, ça n'a d'ailleurs pas la prétention de l'être, mais divertissant et rondement mené. Ce premier épisode s'ouvre par une scène onirique de 12 pages, quelque chose de conséquent donc, et de déroutant, où Kamala Kahn revit sa résurrection tout en étant au centre d'attentions multiples en lien avec son parcours de super-héroïne. On retrouve là tout l'enthousiasme de Iman Vellani mais aussi une véritable singularité dans la façon d'articuler cette introduction, très métaphorique.

La suite est plus convenue mais efficace. Kamala intègre une programme étudiant dans un campus financé par Orchis. Elle est là pour espionner l'endroit incognito et fait son rapport à la résistance mutante qui s'est réfugiée dans les égouts des Morlocks - là où se retrouvent Talon (Laura Kinney), Synch, Rasputin IV et Shadowkat (Kitty Pryde). Lorsqu'un individu menace des étudiants à l'extérieur, Ms. Marvel se découvre et les sauve mais elle est vilipendée par la foule qui la tient pour responsable de l'attentat. Bienvenue chez les X-Men, espérons que tu survives à l'expérience !

Vellani et Pedaza s'attachent à garder les fondamentaux qui ont fait la popularité de Ms. Marvel avant : on la voit en compagnie de ses parents mais surtout de son meilleur ami Bruno, qui s'est également inscrit à ce programme. Elle en profite d'ailleurs pour lui révéler la vérité sur ce qu'elle vient de traverser récemment (même si Emma Frost le lui avait déconseillée). Et bien entendu, à la fin de l'épisode, Orchis sait que Ms. Marvel est sur la campus et que derrière le masque se cache une des étudiantes.

La scène d'ouverture est illustrée par Adam Gorham (The Blue Flame). Il semble bien que ce sera sa son seul rôle sur cette série, ce qui est évidemment frustrant quand on connaît le talent de cet artiste. Mais c'est mieux que rien et il s'en sort bien.

Le reste, qui constitue la majorité de l'épisode, est dessiné par Carlos Gomez, que j'aime beaucoup même si, lui aussi, semble cantonné par Marvel à des mini-séries. Après avoir brillé sur America Chavez, X-Terminators et Rogue & Gambit, soit une belle collection de jolies plantes à fort caractère, il doit ici animer une jeune fille au charme différent. 

Sa narration est fluide et tonique et il y a toujours ce côté clair et sympathique dans le trait. Il ne transforme pas Kamala en bombasse mais fait quand même avec un costume redesigné affreux (pourtant l'oeuvre de Jamie McKelvie, qu'on a connu plus inspiré).

Où Marvel veut mener Kamala Kahn ? Rien n'est très précis à ce sujet. Possible qu'elle devienne la nouvelle Kitty Pryde, égérie des futurs New X-Men teasés pour 2024, après la période Fall of X. Possible aussi que cela débouche sur une nouvelle série régulière consacrée à cette héroïne attachante, une des créations les plus rafraîchissantes de l'éditeur ces dernières années. A moins qu'elle ne soit intégrée à un relaunch de New Mutants... On verra. Mais cette mini-série s'avance avec des arguments convaincants : ce n'est pas écrit n'importe comment ni dessiné par n'importe qui, et ça, c'est l'indéniable signe que Marvel n'a pas transformé Ms. Marvel juste par caprice.