samedi 13 mars 2021

RORSCHACH #6, de Tom King et Jorge Fornes


Nous voici à la moitié de la mini-série Rorschach. Pour moi, il s'agit d'une oeuvre majeure, peut-être même la plus grande réussite de Tom King : le scénariste est, on le sait, à son aise dans ce format (douze épisodes, un récit complet), mais en prime, ici, il s'affranchit des codes super-héroïques tout en s'inspirant de manière originale de Watchmen. Cette histoire mystérieuse et envoûtante bénéficie aussi des dessins très inspirés d'un artiste que je j'attendais pas à ce niveau, Jorge Fornes. Rorschach n'en finit pas d'épater.


Le Détective descend dans un nouvel hôtel. A la réception, on lui remet une enveloppe dans laquelle se trouve la correspondance échangée entre Wil Myerson et Laura Cummings avant leur rencontre. Il comprend que ces deux-là partageaient déjà beaucoup de choses avant de connaitre une fin tragique.


Laura Cummings commence à écrire à Wil Myerson quand elle a 19 ans. Elle vient de quitter le cirque où elle se produisait et a été fascinée par la lecture des aventures de "Citizen & the Unthinker" par l'artiste, qui reflète sa vision désenchantée du monde.


Wil Myerson est touché par ce message car le public n'a retenu de lui que ses comics de pirates. Il estime avoir échoué dans la vie, d'autant que, plus jeune, il a été témoin d'un meurtre sans pouvoir intervenir. Laura, elle, avoue avoir pris les armes mais aspire à changer les choses.


Myerson finit par inviter Laura chez lui. Le Détective se fournit des vidéos de la surveillance de l'hôtel pour retrouver quelqu'un en relation avec son enquête. A la télé, Turley et Redford débatent avant l'élection et opposent leurs deux visions diamétralement opposées de l'Amérique...

En consultant quelques critiques de lecteurs français de Rorschach, j'ai souvent lu que l'histoire écrite par Tom King ne se prêterait pas bien à la périodicité mensuelle. Du coup, ces mêmes lecteurs attendent que le récit soit disponible en recueil en espérant qu'alors ils l'apprécieront davantage.

Cette réserve, voire ce reproche, me semble symptomatique d'une certaine impatience. On est pressé de savoir l'aboutissement de cette histoire et sa parution mensuelle frustre. Pourtant, à mes yeux, c'est justement un des intérêts du projet de ne pas se donner facilement, rapidement, de nous entraîner sur des pistes diverses. En commençant par la fin de ses anti-héros, tués avant d'avoir pu commettre leur assassinat, Rorschach nous place dans la même situation que le Détective : comme lui, nous déroulons une pelote, nous découvrons ce qui a mené à cette issue dramatique, sans pouvoir affirmet s'il s'agit d'un vaste complot (comme dans Watchmen) ou de la conclusion sanglante d'un couple de cinglés désoeuvrés.

Pour cela, je ne trouve pas que lire mensuellement Rorschach soit si inapproprié. Certes, il faut s'armer de patience, accepter de ne pas en savoir plus que le Détective, d'ignorer quelle est l'envergure exacte de l'intrigue; Mais si et seulement si on s'y abandonne, si on accepte de jouer le jeu, alors l'expérience est vraiment payante. Donc Rorschach questionne plus notre tolérance de lecteur que la pertinence de sa publication.

Chaque épisode, si on y prête attention, est une étape et ce sixième numéro ne fait pas exception. Tom King examine comment Laura Cummings et Wil Myerson se sont rencontrés. Le Détective a accès à leur correspondance sur plusieurs mois et elle révèle ce cheminement. Ce faisant, le scénariste interroge aussi le statut de fan et l'influence des auteurs/artistes sur ces derniers. Il ne s'agit pas tant d'expliquer que la BD influence profondément les lecteurs, y compris dans un projet dément comme d'assassiner un candidat à l'élection présidentielle - ce serait simpliste et grossier, comme ces éditorialistes qui prétendent que certains délinquants sont sous l'emprise des jeux vidéos, des films, des réseaux sociaux. Non, il s'agit de sonder comment les auteurs/artistes touchent les lecteurs mais aussi comment les lecteurs peuvent toucher les auteurs/artistes. Et là, c'est plus trouble et troublant.

Dans l'univers de Rorschach, le moyen de communication entre fan et artiste est encore rudimentaire puisque Laura et Myerson s'écrivent par voie postale. Pas de e-mail, pas de tweet, de post. C'est très vintage, étonnamment suranné. Mais aussi plus intimiste, mieux formulé. Ce que s'écrivent Myerson et Laura tient de la confidence, de la confession. On est saisi par l'absence de filtre dans leurs échanges. 

Dès le départ, Laura va à l'essentiel en expliquant que la lecture des aventures de "Citizen & the Unthinker" l'a profondément bouleversée ; puis elle raconte une étrange expérience où, se recueillant dans une église, elle a cru y voir "Citizen" puis a trouvé un masque de Rorschach ; puis sa tentative de suicide ; le meurtre d'un inconnu qu'elle a vu battre sa femme.

Myerson est sans fard lui aussi : il se décrit comme un vieil homme, attendant la fin comme une délivrance ; amer parce que les fans ont toujours préféré ses BD de pirates alors que "Citizen & the Unthinker" est son oeuvre la plus personnelle ; sa pire faille quand une femme a été tuée en bas de chez lui sans qu'il ait le courage de faire quoi que ce soit (et que son père ait décrété que ce n'était pas leurs affaires).

On le comprend : Myerson et Laura sont deux solitudes qui s'aimantent progressivement. Myerson retrouve de l'espoir et de la force en lisant les courriers de "la Gamine". Laura considère Myerson comme un esprit éclairé, lucide, capable de voir le monde dans toute sa cruelle absurdité comme elle. Lorsque Myerson invite Laura à le rejoindre à New York, il n'y a aucune ambiguïté sexuelle : il veut voir, connaître cette jeune femme avec laquelle, malgré la différence d'âge et de parcours existentiel, il partage tant. D'ailleurs ils se tomberont dans les bras, non pas comme des amants, mais plutôt comme un père et sa fille.

Il est à prévoir que Tom King n'a pas fini de dérouler cette pelote : il lui reste à écrire comment Myerson et Laura en viendront à fomenter un attentat contre Turley, en sachant sans doute qu'ils y laisseront la vie. Mais, en attendant cela, cette plongée dans leur rencontre est poignante et dérangeante à souhait. 

Pour l'illustrer, Jorge Fornes privilégie de somptueuses splash-pages. On peut apprécier les compositions incroyablement détaillées du dessinateur qui en alternance montre le décor où se trouvent Myerson (son intérieur triste, qui ressemble à un musée miniature, avec des murs remplis des dessins de ses comics, sur des tapisseries aux couleurs passées - superbe colorisation de Dave Stewart) et Laura (une piscine vide, une église déserte). Le texte accompagne le dessin qui devient illustrarif.

Le découpage ne se contente pas d'aligner des pleines pages. Parfois Fornes se plie à l'exercice du "gaufrier" pour des scènes subtiles (comme celle, ci-dessus, où on voit la main de Myerson dessiner le Citizen). Parfois encore, il aligne des bandes avec des personnages silhouettés pour saisir un moment incroyable, dont on peut se demander s'il n'est pas un cauchemar relaté (comme quand Laura abat un homme en train de frapper sa femme - voir ci-dessus).

Ce que produit Fornes sur Rorschach est admirable d'intelligence. Il dose ses effets à la perfection. Il y a une sorte de sécheresse, de dépouillement dans son dessin qui devient hypnotique : des choses effroyables surviennent, cliniquement mises en image. C'est très fort.

King et Fornes ajoutent une couche supplémentaire à l'épisode car le récit est doublé par un événement au second plan. En effet, on voit le Détective dans un hôtel découvrant ladîte correspondance, mais aussi remonter la piste de quelqu'un en accédant aux vidéos de surveillance de l'hôtel, jusqu'à atteindre une maison à l'intérieur de laquelle... Non, je ne vais pas spoiler, mais l'image est sidérante et renoue avec une théorie avancée par l'haltérophile dans le numéro 4 sur la survivance du symbole de Rorschach.

Et si ça ne suffit pas encore, il y a un troisième niveau de lecture car, durant l'enquête du Détective dans l'hôtel se déroule le débat entre le président Redford et son opposant Turley. leurs échanges forment un écho à ceux de Myerson et Laura : Turley attaque avec virulence Redford en se présentant comme le représentant des américains. Puis, subtilement, King suggère que Turley pète un plomb en évoquant l'invasion des calmars, donc des extra-terrestres (la même conspiration qui agitait le père de Laura), accuse Redford de ne pas avoir su convaincre le Dr. Manhattan de rester sur Terre. Le débat devient délirant, la folie de Turley éclate au grand jour. Mais dans l'univers déréglé de Rorschach, cette folie découragera-t-elle les électeurs de voter pour lui ? Dans notre univers, les américains ont bien succombé en élisant Trump et ses discours insensés...

Encore un épisode très riche, très remuant. Rorschach est vraiment une sacrée BD. Après un premier acte aussi stupéfiant, la suite promet énormément.

vendredi 12 mars 2021

JONNA AND THE UNPOSSIBLE MONSTERS #1, de Laura Samnee et Chris Samnee


Le premier épisode de Jonna and the Unpossible Monsters est sorti la semaine dernière mais j'ai préféré attendre avant d'en rédiger la critique pour ne pas vous imposer trop de Chris Samnee d'un coup. Je suis un fan inconditionnel de cet artiste, mais je comprends tout à fait que tout le monde ne partage pas cette passion et a envie de lire autre chose sur ce blog. Ecrit avec sa femme Laura, dont ce sont les débuts dans les comics, cette série est publiée par Oni Press et se présente comme une BD pour les plus jeunes. Mais cela ne veut pas dire qu'on doit s'interdire de la lire et de l'apprécier si on est adulte car c'est une merveille.


Rainbow cherche sa soeur cadette dans la forêt. Mais Jonna comme à son habitude préfère crapahuter dans les arbres, sautant d'arbre en arbre. Que cherche-t-elle ? Observer les monstres gigantesques qui rôde dans la région et son souhait est exaucé ce jour-là.


La bête rugit en voyant la fillette et Rainbow suit ce terrible bruit. Elle assiste alors à une scène terrifiante lorsqu'elle voit Jonna se jeter dans la gueule du monstre. Puis une lumière vive l'aveugle et la fait tomber à la renverse. Rainbow perd connaissance.


Un an passe. Rainbow n'a plus revu sa soeur mais garde l'espoir. Elle refuse de la croire morte et a été recueillie par des villageois qui surveillent les environs. Grandma Pat invite Rainbow à goûter. La vieille a perdu ses ennfants à cause des monstres et soutient la jeune fille.


Leur repas est interrompu par un visiteur qui prévient Rainbow qu'un étranger aurait vu Jonna. Il l'attend à la sortie du village pour lui parler. Rainbow boucle ses bagages et se retire avec les encouragements de Grandma Pat...

Si vous n'êtes pas abonné à la newsletter de Declan Shalvey, alors faîtes-le car vous pourrez lire un entretient antre ce dernier et Laura Samnee qui raconte la genèse de Jonna and the Umpossible Monsters. C'est toujours instructif de connaître les origines d'un projet, notamment les circonstances dans lesquelles il a été conçu.

L'idée originale est de Chris Samnee et elle ne date pas d'hier. Au commencement, il partage avec sa femme des characters designs pour une vague histoire qu'il en a tête. A cette époque, Samnee sort de l'anonymat après avoir été repéré grâce au site participatif Comic Twart (où se sont aussi faits connaître Evan Shaner, Tow Fowler, Dan Panosian, Mitch Gerads... Et que Laura Samnee a grandement aidé à mettre en place).

La carrière de Chris ne tarde pas à décoller et il enchaîne les projets, négligeant son idée. La reconnaissance culmine avec son run sur Daredevil, où il débute une fructueuse colaboration avec Mark Waid (avec qui il co-signera une histoire de The Rocketeer, puis 12 n° de Black Widow, et 6 de Captain America). Son contrat expire chez Marvel mais Samnee ne le prolonge pas, il décide de prendre son indépendance. Pendant plusieurs mois, son activité se résume à des commissions arts, quelques couvertures. Jusqu'à l'annonce de son retour chez Skybound pour Fire Power, écrit par Robert Kirkman.

On sait maintenant qu'en vérité Samnee n'est pas resté inactif après son départ de chez Marvel puisqu'il en a profité pour aligner des numéros d'avance de Fire Power. Mais pas que. Il est aussi revenu à son histoire et a embarqué sa femme dans l'aventure. La crise sanitaire va cependant changer la donne. Confinés chez eux avec leurs trois filles, les Samnee concrétisent Jonna and the Umpossible Monsters et en font un récit plus personnel et artisinal, inspiré de leurs deux filles les plus âgés. Une fois le projet mieux défini, ils le soumettent à Oni Press, un éditeur indépendant avec quelques succès à leur actif (notamment le western The Sixth Gun, qui révèla Cullen Bunn).

Ironie du sort : alors que Chris pensait travailler avec moins de pression sur Fire Power grâce à l'avance qu'il avait prise, Oni Press préfère décaler la publication de Jonna... pour lui assurer une meilleure visibilité. Ce qui fait que l'artiste dessine désormains deux séries mensuelles simultanément !

Le plus épatant dans tout ça, c'est que Jonna... ne souffre pas l'emploi du temps bien chargé de Chris. La lecture de ce premier épisode rassure même sur la capacité de ce dernier à assurer cette charge de travail, sans bâcler son ouvrage. Les fans pourront même admirer le soin apporté à la production avec la création d'un univers entier, dont on peine à identifier la temporalité, mais qui propose des personnages aux looks variés, dans des décors superbes. Le style de Samnee est plus dépouillé, plus simple, il a une sorte de fraîcheur, voire de naïveté qui collent à la perfection à l'histoire, et effectivement, comme Laura l'a expliqué à Shalvey, on peut y déceler l'influence des dessins animés Hanna-Barbera, notamment dans la représentation des monstres.

Visuellement donc, c'est magnifique, d'autant que le fidèle Matt Wilson est aux couleurs et livre une prestation irréprochable, d'une intelligence et d'une finesse incomparables. Mais Jonna and the Unpossible Monsters, c'est quoi au juste ?

L'épisode s'inscrit dans une fantasy familière. Si le scénario ne donne pas d'indication sur l'endroit où se déroule l'action ou l'époque, on peut imaginer qu'il s'agit de la Terre et sans doute d'un futur lointain, où des monstres évoquant des bêtes préhistoriques seraient réapparues. Mais ce n'est qu'une hypothèse, et ce flou n'est pas dérangeant. Personne ne se soucie de savoir si la Terre du Milieu dans Le Seigneur des Anneaux ou les royaumes de Game of Thrones se trouvent sur notre planète, dans une dimension parallèle ou sont juste un cadre et un temps de pure fiction. Il s'agit ici, comme ailleurs, de situer une histoire dans un lieu et une période propices à la rêverie, l'évasion, le fantastique, avec des éléments graphiques évocateurs.

Jonna s'inspire de la cadette des Samnee, selon sa mère, c'est une fonceuse, une téméraire, une curieuse aussi. Elle est attirée par les monstres, qui ne lui font pas peur, et joue dans une forêt luxuriante. Elle est très agile et rieuse. Rainbow doit davantage à l'aînée des Samnee, plus mûre, plus sage, une sorte de grande soeur protectrice et inquiète mais déterminée. Quand Jonna disparaît, un an plus tard Rainbow n'a toujours pas renoncé à la retrouver, c'est même devenu sa quête, son objectif, et donc la série appartient au genre initiatique, avec un voyage et probablement une narration parallèle avec d'un côté ce qu'est devenue Jonna et de l'autre ce que va traverser Rainbow jusqu'à leurs retrouvailles.

Laura Samnee a expliqué à Declan Shalvey que l'écriture était vraiment collaborative avec son mari. Ils construisent ensemble l'intrigue, phase durant laquelle Chris griffonne un découpage, puis une fois la trame établie, Laura se charge des dialogues. Elle a toujours écrit, avoue-t-elle, de la poésie dans sa jeunesse, puis a étudié l'écriture cinématographique, avant de se consacrer à la carrière de son époux, prenant en charge toute la partie administrative et légale. Elle a donc aussi activement pris part à l'élaboration du site (désormais inactif) Comic Twart en servant de relais entre les artistes qui y prenaient part puis en nouant des contacts avec des éditeurs, des agents artistiques. Comme elle le dit elle-même, elle connaît bien le business des comics et cela lui a servi durant le processus créatif de Jonna... pour que le projet soit solide et permettre à Chris de pouvoir cumuler deux séries simultanées.

Là encore, on peut constater à quel point le couple a produit une histoire très fluide, rythmée, avec des personnages attachants, un enjeu simple. C'est effectivement une BD qui s'adresse prioritairement à un public jeune, mais qui est aussi accrocheur pour des adultes car le storytelling est abouti, efficace.

On peut être admiratif de la performance de Chris Samnee, mais Jonna and the Umpossible Monsters est réellement une série qui doit autant à Laura. Et sa qualité, narrative et graphique, la rend attractive et captivante. Ne passez pas à côté, si la vo ne vous fait pas peur (mais le niveau d'anglais est vraiment très abordable), car j'ignore quel éditeur traduira la série en France (on peut quand même espérer que cela se fasse car Samnee est suffisamment connu).  

jeudi 11 mars 2021

ETERNALS #3, de Kieron Gillen et Esad Ribic


Ce troisième épisode de Eternals donne une idée plus claire du projet de Kieron Gillen, avec une narration bien partagée entre introduction graduelle de nouveaux personnages et développement de l'intrigue principale (et aussi d'une autre, secondaire). La comparaison avec X-Men de Hickman n'a plus lieu d'être. Par ailleurs, Eternals est visuellement sublime grâce à la prestation impressionnante du duo Esad Ribic-Matt Wilson.


Installée à Lemuria, capitale de Déviants, Thena reçoit la visite de Sersi, Kingo et Sprite dans le cadre de leur enquête sur le meurtre de Zuras. Or celui-ci est le père de Thena, avec qui elle avait eu une dispute récente, ce qui la rend suspecte.


De son côté, Ikaris a préféré laisser ses compagnons mener leurs investigations, en attendant qu'ils l'appellent une fois le coupable trouvé. Il se rend à New York pour y rencontrer Toby Robson qu'il dit avoir la mission de protéger, sans toutefois pouvoir dire à ses parents quel danger le menace.
 

Cependant à Lemuria, la tension grimpe entre Sersi et Thena : les deux femmes ont vieux différend car, dans un passé lointain, Thena avait déjà aimé un Déviant avant que Sersi ne lui apprenne qu'il se servait d'elle pour des expériences. Zuras a toujours reproché à Thena sa fréquentation des Déviants suite à ça.


Mais Druig interrompt le groupe en contactant Sersi. Il l'informe qu'une tueurie a eu lieu à Polaria, siège de son père Vulkim. Celui-ci comptant au nombre des victimes, Druig devient son successeur et, par la même, un suspect...

Je craignais, à la lecture des deux premiers épisodes, que Eternals ne ressemble trop à X-Men de Hickman car, dans les deux cas, on avait des motifs similaires (société autarcique et surpuissante, possibilité de ressuciter les morts, et même des pouvoirs quasi-communs). Mes doutes sont levées avec ce troisième numéro qui établissent l'originalité du projet de Kieron Gillen.

Dans une ancienne interview, Robert Kirkman expliquait que pour lui les comics super-héroïques devaient être élaborés comme des histoires normales, l'élément fantastique (que sont les super-pouvoirs) n'intervenant que comme une sorte de piment pour rendre le récit plus épique, étrange. C'est ce qu'on observe ici, littéralement, car Eternals emprunte à un genre mais en l'agrémentant de personnages bigger than life. Et cela définit la démarche de Gillen.

De quoi s'agit-il au fond ? C'est un whodunnit ? ("qui l'a fait ?" en bon français), une catégorie de polar où il s'agit d'enquêter pour trouver le coupable d'un crime. Les victimes sont les Eternels premiers, des sortes de pères fondateurs, d'anciens, de ce peuple. L'assassin est Thanos, un titan, c'est-à-dire un individu appartenant à une branche des Eternels, et dont le mobile est récurrent chez ce personnage, obsédé par la notion d'équilibre cosmique (les Eternels, mourant mais capables de ressuciter, sont des aberrations pour lui). Qui est alors son complice, celui qui lui a permis d'approcher ses victimes, d'utiliser la Machine (ce système qui relie les Eternels et assure la protection de ce peuple mais aussi de toute l'humanité) ? On est certain qu'il y a un traître chez les Eternels, qui a aidé Thanos mais lequel. Et dans quel but (même si l'ambition de succéder à un Eternel premier est l'objectif le plus probable) ?

Toute la partie "enquête" a commencé dès le début de ce nouveau volume de la série. Et dans le précédent épisode, un petit groupe s'est formé pour mener ces investigations. Maintenant le scénario passe en revue les suspects en allant à leur rencontre. Ce dispositif permet à Gillen d'introduire des Eternels progressivement en présentant leur situation, leurs liens avec les victimes, les raisons qu'ils auraient de les tuer, leurs relations avec les détectives. Et on démarre donc avec Thena.

On remarquera des différences sensibles entre la manière dont Gillen le présente et celle de Gaiman dans la précédente série, où elle était mère d'un enfant conçu avec un humain, et sans attaches avec les Déviants (alors qu'ici elle réside dans leur capitale et a eu plusieurs amants parmi eux. En revanche, l'enfant n'est plus présent, ou du moins pas visible). Par contre Gillen garde le fait que Thena est la fille de Zuras, le premier des Eternels tué, et leurs rapports conflictuels. C'est d'ailleurs ce dernier point qui en fait une suspecte car une récente dispute les a opposés, au terme de laquelle elle a lancé qu'elle finirait pas le tuer.

Pour faire bonne mesure, Gillen ajoute un vieux contentieux entre Thena et Sersi. Thena est une guerrière, mais qui a failli à ses promesses car, dans un lointain passé, elle a donné son amour à Déviant avant que Sersi lui révèle que son amant pratiquait des expériences eugéniques à son insu. Thena avait, après avoir occis le Déviant, juré qu'on ne l'y reprendrait plus. A la fin de l'épisode, on n'a toujours pas la certitude que Thena est innocente, même si on peut parier que non. En revanche, un nouveau suspect apparaît et relance la partie de manière habile (car le personnage a déjà montré sa nature ambiguë).

Donc : nous avons une enquête, des suspects, un assassin dans la nature, de nouveaux morts. C'est déjà consistant, mais pas suffisant pour Gillen, qui veut rassasier son lecteur. Comme Ikaris a laissé ses amis mener l'enquête, attendant d'agir quand le coupable serait trouvé, le scénariste occupe cet Eternel avec un subplot intrigant : il s'est mis en tête de protéger un jeune garçon ordinaire après avoir rêvé de ses ancêtres, croisé des lustres auparavant, mais sans savoir quel danger le menace. De quoi bouleverser l'existence du garçon et de sa famille (et de tout le quartier où ils résident). Est-ce que ce sublplot sera lié à l'enquête, en supposant par exemple que Toby Robson (le garçon) serait un Eternel qui s'ignore et donc une cible pour Thanos et son complice ? A voir.

Il est certain qu'avec ce type de narration, fournie, il faut à la série un artiste qui soit capable de ne pas être un simple figurant. Esad Ribic a prouvé depuis le début qu'il était en grande forme, investi dans le projet, et une fois encore il produit des planches magnifiques, qui améliore encore la qualité du titre.

Ce que j'aime chez Ribic, c'est qu'il est un dessinateur classique au sens noble du terme. On voit que sa technique est irréprochable : sa manière de dessiner les corps, les visages, de composer un plan, de découper le récit est remarquable, irréprochable. C'est certain qu'on a là quelqu'un qui a vraiment appris à dessiner de façon académique et cela confère une consistance à ses images dont ne peuvent pas se vanter tous ses confrères (qui, parfois, se sont formés sur le tas).

Comme Ribic ne s'encre pas, son dessin conserve la pureté du dessin au trait, avec les effets de texture du crayon sur la feuille. La qualité d'impression actuelle permet d'apprécier la finesse de tout cela désormais, notamment parce que Ribic n'est pas du genre en plus à appuyer son trait pour simuler l'effet de l'encrage traditionnel. Il y a donc un côté ethérée, léger, dans son dessin qui créé un contraste passionnant avec la matière des corps, des décors, très sensible.

Pour accompagner un tel dessin, mieux vaut privilégier des couleurs douces, au risque de faire disparaître justement le coup de crayon préservé à l'impression. Avec Matt Wilson, ce prodigieux coloriste, cela est respecté et même sublimé car les images s'inscrivent dans des tonalités aériennes, juste ce qu'il faut pour souligner les ambiances, les lumières. C'est juste somptueux.

Il reste encore des Eternels à introduire (Makkari - dont on sait que ce sera une femme dans ce volume - , Ajak...). L'enquête est promise à de nouveaux rebondissements. Le subplot est mystérieux à souhait. Et esthétiquement, c'est merveilleux. Tant que Eternals conservera ces atouts, on lira une grande série - peut-être même le grand run qu'attendait ce titre. 

mercredi 10 mars 2021

WONDER WOMAN #770, de Becky Cloonan, Michael Conrad et Travis Moore


Devenue une héroïne populaire au cinéma, Wonder Woman a connu bien plus de difficultés, depuis longtemps maintenant, à justifier ce statut dans les comics. L'amazone reste une valeur sûre de DC mais les auteurs se succèdent sur le titre sans savoir quoi en faire, semble-t-il. Cette fois, c'est donc au tour de Becky Cloonan et Michael Conrad au scénario et de Travis Moore au dessin de transformer l'essai. Un très bon début, même si l'héroïne fait du coup beaucoup penser à une fameuse asgardienne de Marvel...


Comment et pourquoi Diana se trouve-t-elle au Valhalla, le paradis des guerriers nordiques ? C'est ce qu'elle aimerait savoir mais Siegfried, le séduisant viking qui l'accueille sur le champ de bataille n'a guère le temps pour des explications. Diana meurt très vite, décapitée.


Avant de renaître, Diana entend une voix qui lui conseille de ne pas s'attarder dans cette dimension. Elle se réveille et découvre qu'ici les guerriers bataillent sans fin, meurent et ressucitent. Elle découvre aussi qu'au Valhalla, ses pouvoirs ne fonctionnent plus.


Après une nouvelle bataille (et une nouvelle mort), Diana commence à s'habituer à ce cycle. Jusqu'à ce qu'elle soit abordée par l'écurueil Ratatsok qui la conduit jusqu'à l'arbre-monde Yggdrasil, malade, et qui lui demande de le sauver. Diana se retire, rappelée au combat.


Encore tuée, Diana cherche, à son réveil, Siegfried mais celui-ci est introuvable. Sur le champ de bataille nettoyé par les valkyries, Ratatosk passe un marché avec l'amazone : s'il l'aide pour Yggdrasil, il l'aide pour Siegfried et pour quitter le Valhalla...

L'ère des New 52 chez DC n'a pas produit beaucoup de grandes réussites (même si, commercialement, l'éditeur a enregistré de notables performances avec ce reboot radical et mal fichu). Pourtant, c'est probablement la dernière fois que Wonder Woman a connu une série digne de son rang, quand Brian Azzarello l'écrivait et que Cliff Chiang la dessinait.

Depuis le début de DC Rebirth, le titre est passé entre plusieurs mains (dont celles de Greg Rucka, très attachée à l'amazone, même s'il a toujours connu des difficultés éditoriales). Dernièrement, avant la parenthèse Future State, c'est Mariko Tamaki qui avait essayé, sans beaucoup de réussite, de s'en occuper (Mikel Janin, au dessin, est très vite parti, et ses successeurs ont été irréguliers). 

La situation était d'autant plus délicate qu'entretemps Wionder Woman est devenue un exemple d'adaptation réussie au cinéma avec les deux films réalisés par Patty Jenkins avec Gal Gadot dans le rôle-titre (même si Wonder Woman 84 s'est avéré calamiteux et ne sortira jamais chez nous en salles). Dans Infinite Frontier #0, le compte de l'amazone semblait réglé puisqu'on découvrait qu'elle était morte à l'issue de la saga Death Metal (de Scott Snyder et Greg Capullo) et refusait de se joindre à la Quintessence.

C'est donc à Becky Cloonan et Michael Conrad de reprendre en main la destinée de Diana. Cloonan en particulier est connue pour ses travaux indépendants qui se déroulent dans un univers fantastico-médiéval. Une raison d'espérer (même si ses fans désespérent de la voir dessiner plus). Et avec son collègue, elle a choisi d'emprunter une direction aussi inattendue que radicale. Oui, Diana est morte. Elle est même au Valhalla, le paradis des guerriers nordiques !

Comment, pourquoi est-elle arrivée là, alors que les amazones sont d'origine grecque (voire lybienne) ? Ce sera à la suite de ce premier épisode de l'expliquer, mais c'est une accroche originale. Et une bizarrerie troublante car du coup, Wonder Woman nous fait penser à une héroïne de chez Marvel...

Car, après avoir refusé la main tendue par la Quintessence dans Infinite Frontier #0, on a vu Diana se confectionner d'un claquement de doigts un nouveau costume, qui n'a plus rien à voir avec ses précédents looks (finie la jupette en lanières de cuir, le bustier au décolleté plongeant, disparu le lasso de vérité, et même sa célèbre couronne a été modifiée). A la place, une tenue dominée par le rouge accompagnée d'une cape. Tout cela lui donne un furieux air de ressemblance avec l'asgardinne Lady Sif (voir ci-dessous).


Et les scénaristes semblent assumer cette inspiration Kirby-esque car on aperçoit aussi Thor (mais avec un look différent de celui de Marvel) dans une scène de l'épisode. C'est assez déroutant... Mais finalement pourquoi pas ? La mythologie nordique n'appartient pas à Marvel et c'est un terrain de jeu prometteur pour Wonder Woman (qui devrait de toute façon à terme revenir parmi les vivants et récupérer son design classique).

L'épisode se lit facilement, sur un rythme enlevé. La situation même vous happe car on n'en sait pas plus que Diana. Cloonan et Conrad ont révisé car même l'écureuil Ratatosk existe bien dans les textes légendaires, avec la même fonction qu'ici (un messager, plus ou moins digne de confiance). Surtout en déplaçant Wonder Woman de la sorte, les auteurs diffère le retour du personnage à ses occupations super-héroïques, ce qui me paraît une bonne idée car en vérité Wonder Woman ne gagne rien (ou pas grand-chose) à être écrite comme une super-héroïne lambda. A l'origine, c'est une amazone venant d'une île qui s'est coupée du reste du monde, et qui ensuite devient l'ambassadrice de son île, une sorte de pacificatrice au-dessus des partis. Ce n'est pas une femme qui enfile un déguisement pour faire règner la justice ou se venger. Ce n'est pas non plus une bonne samaritaine un peu naïve puisqu'elle a été élevée et entraînée comme une guerrière (ce que rappelle une ligne de dialogue). 

Donc la jeter au Valhalla tout en lui conseillant de ne pas s'y attarder, c'est une bonne astuce pour à la fois mettre en scène ses talents de guerrière et la motiver à quitter cet endroit. Par ailleurs, cette reprise de la série bénéficie enfin d'un excellent dessinateur, qui devrait s'installer durablement sur le titre.

Travis Moore est un artiste qui gagne à être connu, même s'il n'a pas une bibliographie encore très fournie (il a oeuvré sur un spin-off de Fables, des fill-in sur le Batman de Tom King, et des épisodes récents de Nightwing). Mais avec Wonder Woman, il tient sa chance d'accéder à la notoriété qui lui est due.

Moore évolue dans un registre réaliste et descriptif, ses influences sont classiques, académiques même. Il y a chez lui un goût évident du beau dessin, ses personnages possèdent un charme immédiat - Diana est vraiment magnifique, et Siegfried est un séduisant guerrier. Il s'encre lui-même avec beaucoup de maîtrise, parfois on pense à Steve Epting (qui signe la couverture de l'épisode). Les décors sont soignés, le découpage simple mais fluide. La lecture est vraiment agréable. Là encore, ça faisait longtemps que Wonder Woman n'avait pas été aussi bien traitée.

Les couleurs de Tamra Bonvillain (la coloriste qui monte chez DC, puisqu'elle s'occupera aussi des planches de David Marquez sur Justice League) sont très nuancées, avec des contrastes pertinents entre les scènes sur le champ de bataille neigeux, aux teintes donc froides, et celles en intérieur, plus chaudes.

Si ce 770ème épisode donne le la au reste de ce run, alors le ciel est dégagé pour Wonder Woman. On tient peut-être enfin l'équipe artistique gagnante pour conter et illustrer les exploits de Diana.

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Encore enfant, Diana grimpe sur le plus haut des arbres de Temyscera pour contempler l'île des amazones. Aujourd'hui, c'est son anniversaire mais comme elle l'explique à sa mère, elle a soif d'aventures. Une de ses aînées va lui enseigner l'histoire de Temyscera...

Wonder Woman a droit à sa back-up story : Young Diana. C'est la coloriste Jordie Bellaire qui écrit et Paulina Ganucheau qui dessine. Curieusement, alors que la série principale s'adresse à un public adulte, ce complèment de programme semble plutôt se destiner à des lecteurs beaucoup plus jeune.

Cela vient sans doute essentiellement du graphisme de Ganucheau aux teintes acidulées et au trait rond. C'est charmant à souhait, mais très réussi, expressif, dynamique. On tourne les pages et une fois arrivé à la fin, on en demande déjà plus. C'est bon signe.

L'histoire de Bellaire (qui n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'elle écrit également, actuellement, le comic-book de Buffy) revient sur l'enfance de Diana, qu'on découvre déjà avide d'aventures et d'évasion. Le récit initiatique est toujours une formule accrocheuse, et le personnage et la jeunesse de Wonder Woman offrent beaucoup de possibilités.

Certains trouveront cela trop mignon, inoffensif, mais pour ma part, j'ai apprécié et j'attends la suite.

mardi 9 mars 2021

WANDAVISION (Disney +)

 


Voilà un certain temps que je n'avais pas dédié une entrée de ce blog à une production télé ou ciné. La diffusion de WandaVision sur Disney +, qui vient de s'achever, m'en donne à nouveau l'occasion car il s'agit de renouer avec le MCU (Marvel Cinematic Universe), en berne depuis Avengers : Endgame à cause de la crise sanitaire. Cette première série, en neuf épisodes, complète l'offre cinéma en s'intéressant à des personnages jusqu'à présents secondaires mais aussi en préparant le terrain pour de futurs longs métrages (en l'occurrence Dr. Strange 2, prévu en 2022). Et le moins qu'on puisse dire, c'est que, narrativement comme formellement, c'est une nouvelle proposition.


Années 1950. Wanda Maximoff et Vision, récemment mariés, s'installent dans la petite ville de Westview, New Jersey. Bien que Vision soit un androïde, personne ne semble s'en formaliser, tandis que Wanda dissimule ses pouvoirs magiques. Wanda devient amie avec sa voisine, Agnes. Vision impressionne ses collègues au bureau par sa rapidité d'exécution. Les mariés reçoivent le patron et la femme dde celui-ci de Vision et sont assaillis de questions sur leur passé. Toute cette sitcom est regardé par quelqu'un sur une télé....


Années 1960. Agnes informe Wanda et Vision que Dottie, une autre voisine, prépare le spectacle annuel de magie pour les enfants de Westview et le couple accepte à contrecoeur d'y participer. Wanda fait la connaissance de Geraldine en coulisses. Mais la situation se complique quand Vision avale un chewing-gum qui se colle à ses circuits intégrés et altère son comportement comme s'il était ivre. Wanda utilise sa magie pour rattraper les maladresses de son époux. De retour chez eux, Wanda découvre qu'elle est enceinte. Mais un bruit les attire dehors : ils voient un apiculteur sortir d'une bouche d'égoût. Cette vision perturbe Wanda qui l'efface. La couleur surgit et annonce un nouveau bond dans le temps...


Années 1970. Le Dr. Nielson examine Wanda et lui annonce qu'elle est enceinte de quatre mois. Vision décore une chambre pour le futur bébé mais Wanda voit sa grossesse s'accélèrer et bientôt elle perd les eaux. Geraldine arrive à point nommé pour l'aider à accoucher de jumeaux que Vision et Wanda prénomment Billy et Tommy. Alors que les nourrissons sont dans leurs berceaux, Geraldine interroge Wanda sur Ultron et la mort de son frère Pietro. Wanda est contrariée et congédie Geraldine - qui est propulsée hors de Westview où des agents du S.W.O.R.D. la récupèrent...


Juste après la restauration de la réalité par Iron Man (cf. Avengers : Endgame), Monica Rambeau revient à elle dans dans un hôpital où elle apprend la mort de sa mère, Maria, trois ans plus tôt. De retour au siège du SWORD, le directeur Hayward, qui a remplacé Maria Rambeau, envoie Monica à Westview. Sur place, elle rencontre l'agent Jimmy Woo qui lui explique qu'un dôme impénétrable isole la ville du reste du monde. Monica touche la paroi du dôme et y est aspirée. La voilà dans le décor de la sitcom des années 70, à espionner Wanda et Vision... Jusqu'à ce qu'elle se trahisse auprès de Wanda et qu'elle soit expulsée de la ville. Elle révèle au SWORD que Wanda a créé ce dôme...


Années 1980. Wanda et Vision ont du mal à élever leurs jumeaux mais peuvent compter sur l'aide de Agnes. Celle-ci n'est étrangement pas étonné par la croissance rapide des enfants, à chaque fois qu'ils sont soumis à des émotions fortes. Le couple accepte d'adopter un chien, Sparky, trouvé par Tommy et Billy. Au travail Vision intercepte un e-mail du SWORD qui lui apprend la situation de la ville, sous l'emprise mentale de Wanda. Le SWORD réussit à envoyer un drone pour surveiller Wanda mais elle le neutralise et, franchissant le dôme le rend aux agents en leur conseillant de ne plus l'importuner. Agnes retrouve Sparky mort et demande à Wanda de le ressuciter mais elle explique aux enfants ne pas pouvoir le faire. De retour à la maison, Vision interroge Wanda mais il est interrompu par l'arrivée de Pietro, son beau-frère, revenu d'entre les morts comme le contaste Darcy Lewis, convoquée avec d'autres scientifiques par le SWORD...


Années 1990. C'est Halloween et la famille se déguise pour l'occasion. Pourtant Vision prétexte une patrouille du voisinage pendant les festivités pour laisser Wanda avec les enfants et son frère. Vision s'aventure jusqu'à la périphérie de Westview où les habitants sont pétrifiés. Il s'avance ensuite jusqu'au dôme. Pendant ce temps, laissant les jumeaux s'amuser (et découvrir l'apparition de leurs pouvoirs), Pietro tente de raisonner Wanda au sujet de l'emprise qu'elle exerce sur la ville et ses résidents. Au même moment, Vision force le passage entre Westview et l'extérieur mais se désintègre. Alertée, Wanda sauve Vision en étendant le dôme, aspirant à l'intérieur Darcy Lewis...


Années 2000. Epuisée après ses efforts pour étendre le dôme, Wanda s'accorde un jour de repos. Elle confie les jumeaux à Agnes et peut ensuite s'apercevoir que sa magie est déréglée. Vision revient à lui et rencontre Darcy qui lui explique dans quelles circonstances il a trouvé la mort (contre Thanos, in Avengers : Infinity War) avant que Wanda ne récupère son corps au QG du SWORD. Avec l'aide de Jimmy Woo, Monica Rambeau décide de rentrer dans le dôme. Elle y parvient difficilement mais se trouve, une fois dedans, pourvue de pouvoirs. Elle retrouve Wanda qu'elle tente de raisonner mais Agnes s'interpose et entraîne Wanda chez elle. Ne voyant pas ses enfants, Wanda s'inquiète et s'aventure au sous-sol où Agnes lui révèle sa véritable identité, Agatha Harkness, et sa vraie nature : c'est une sorcière comme elle...
 

1863, Salem. Capturée par un collège de sorcières, dont sa mère, Agatha s'apprête à être sacrifiée pour avoir invoqué la magie du chaos. Mais elle tue ses juges. Aujourd'hui, Agatha veut savoir de quelle source Wanda tire ses pouvoirs et pour le découvrir, l'oblige à revivre les épisodes les plus douloureux de son passé : depuis la mort de ses parents lors d'un bombardement en Sokovie jusqu'à son embrigadement par l'HYDRA, son contact avec la Pierre de l'Esprit sur le sceptre de Loki, les morts de Pietro puis de Vision, le sort lancé sur Westview, la reformation de Vision (dont le corps a été récupéré par le SWORD), et l'altération de la réalité inspirée par les souvenirs des sitcoms vues dans son enfance. Agatha révèle à Wanda qu'elle est destinée à devenir la Sorcière Rouge, annonciatrice de la fin du monde d'après le grimoire du Darkhold, à moins qu'elle ne l'empêche d'accéder à ce niveau. Dehors, le Directeur Hayward active le corps original de Vision avec le résidu magique de Wanda sur le drone qu'elle a détruit pour que l'androïde tue la sorcière...


Agatha affronte Wanda pour siphonner sa magie mais la Vision originale intervient. Mais au lieu de réconforter Wanda, cette Vision blanche tente ensuite de tuer Wanda. La Vision recréée par Wanda éloigne la Vision blanche tandis que Wanda reprend le combat contre Agatha. Wanda s'épuise et relâche son emprise sur les habitants de Westview. Elle leur permet de quitter la ville en ouvrant le dôme, laissant du même coup les agents du SWORD y entrer. La Vision blanche se laisse raisonner par son double et décide de quittr Westview. Wanda piège Agatha en absorbant sa magie, parachevant sa mue en devenant la Sorcière Rouge. Hayward tente d'abattre les jumeaux mais Monica les protège et Jimmy Woo et Darcy Lewis procédent à l'arrestation du directeur. Wanda annule son sort sur la ville et fait ses adieux à ses enfants et à Vision puis quitte Westview.

Deux scènes dans le générique final complètent et terminent la série : dans la première, à Westview, Monica Rambeau rencontre un agent du FBI qui s'avère être un Skrull envoyé là par Nick Fury qui souhaite recruter la jeune femme ; dans la seconde, on retrouve Wanda dans une cabane au pied d'une montagne où elle étudie le Darhold en entendant ses jumeaux l'appeler au secours.

L'histoire de Wanda Maximoff et de Vision a connu un tournant tragique à la fin de Avengers : Infinity War (2018) quand Thanos a arraché du front de l'androïde la Pierre de l'Esprit pour compléter son gant d'infinité. D'un claquement des doigts, il a ensuite effacé la moitié de la population de l'univers afin d'y rétablir un équilibre et d'en sauvegarder les ressources. Juste avant ce dénouement, Vision avait demandé à Wanda , afin de contrecarrer le plan du titan fou, de détruire la Pierre mais elle n'avait pu le faire assez rapidement. Par la suite, dans Avengers : Endgame (2019), Wanda, revenue à la vie (grâce au claquement de doigts de Hulk qui avait, avec les Avengers survivants, reconstitué le gant de l'infini en voyageant dans le passé), défia Thanos et manqua de peu de le supprimet, prouvant qu'elle était certainement la plus puissante de toutes les héroïnes (plus encore que Captain Marvel).

Cependant, la restauration de la réalité ne permit pas la renaissance de Vision et Wanda Maximoff, sanas personne pour la soutenir dans son deuil, fut oublié au moment de boucler la saga des Avengers. C'est donc la première mission de WandaVision que re raconter ce qu'elle est devenue. Et, pour sa première série adaptée des comics Marvel (Runaways, Inhumans, Agents of SHIELD n'étant pas considérés comme appartenant à la continuité du MCU par le producteur Kevin Feige - toutes ces séries n'ayant pas été produites par Disney/Marvel)), Disney +, la plateforme de streaming, n'a pas hésité à bousculer les fans et à expérimenter.

Kevin Feige, pour en revenir à lui, avait prévenu que les contenus Marvel sur Disney + seraient différents mais aussi complémentaires des films, autrement dit les séries n'évolueraient pas dans le même registre mais raconteraient des histoires développant des thématiques et des personnages entamés dans les films. Il faudra patienter encore un peu pour savoir si, vraiment, il est nécessaire de suivre les séries pour comprendre les films de la Phase 4 du MCU ou si on peut s'en passer.

Dans le cas de WandaVision, il s'agit clairement de préparer le personnage de Wanda Maximoff à sa participation dans Doctor Strange and the Multiverse of Madness, de Sam Raimi, dont le tournage a commencé ces jours-ci et dont la sortie est programmée pour 2022 (en espérant quand même que nous pourrons retourner au cinéma normalement d'ici-là). Et, après les neuf épisodes de cette saison, son évolution psychologique mais aussi la réalité de ses pouvoirs sont suffisamment redéfinies pour la resituer. J'aurai donc plutôt tendance à penser que les séries sont utiles pour les futurs films, sans quoi le spectateur risquerait d'être surpris par Wanda, son caractère et même son look dans Dr. Strange 2.

Il convient d'ajouter que, visiblement, il n'y aura pas de saison 2 à WandaVision, ce qui contribue à son aspect atypique.

La série peut se diviser en trois actes, avec un premier acte couvrant les épisodes 1 à 3, un deuxième les épisodes 4 à 7, et un dernier les épisodes 8 et 9 :

- le premier acte déroute immédiatement. En effet, le premier épisode et quasiment tout le deuxième sont filmés en noir et blanc, et en public. Le cadre évoque les années 50 puis 60 et se réfère aux sitcoms en vogue à ces époques. On y retrouve Wanda et Vision fraîchement mariés, s'installant dans une bourgade tranquille du New Jersey. Wanda est femme au foyer, Vision travaille dans un bureau, personne ne se formalise qu'il soit un androïde, en revanche Wanda cache ses pouvoirs magiques. Mais quand le patron de Vision dîne chez son employé et questionne indiscrétement le couple sur leur passé, un malaise s'installe, qui stoppe les rires, et plus encore quand ledit patron s'étouffe en avalant de travers un aliment, avant d'être sauvé in extremis par Vision. Le dernier plan du premier épisode montre une personne, de dos, regardant l'épisode sur un poste de télé, établissant une mise en abîme troublante et indiquant que ce que nous avons vu ne correspond pas à la réalité. 
Impression confirmée avec l'épisode suivant, où on passe dans les années 60, avec un spectacle de magie préparé pour les enfants de Westview (enfants qu'on n'a vu nulle part), la rencontre avec diverses voisines de Wanda (la très attentionnée Agnes, l'autoritaire Dottie, la bienveillante mais curieuse Geraldine), un déréglement comique des fonctions motrices eet intellectuelles de Vision... Mais surtout la révélation de la grossesse (aussi soudaine que déjà bien avancée) de Wanda et l'apparition de la couleur à l'écran !

- Le deuxième acte commence par un retour en arrière concernant le personnage de Geraldine, qui a été renvoyée de Westview par Wanda. En vérité, il s'agit de Monica Rambeau, la fille de Maria Rambeau, vue dans Captain Marvel. Désormais adulte, elle fait partie d'une agence gouvernementale, le S.W.O.R.D., que dirigeait sa mère avant de mourir et d'être remplacée par l'obséquiieux Hayward. Celui-ci a envoyé Monica à Westview, coupée du reste du monde par un champ de force. Aspirée à l'intérieur du dôme qui recouvre la ville, elle a dû se fondre dans le décor pour approcher et espionner Wanda et Vision. Une fois rejetée par Wanda, elle explique à Hayward que la magicienne est responsable de l'isolement de la ville.
Ce chapitre explicatif passé, on revient dans la logique des sitcoms et on explore le genre dans les années 80-90-2000 avec son lot de rebondissements : la naissance des juemeaux de Wanda et Vision, leur croissance express, les découvertes de Vision sur la situation de la ville, le retour d'entre les morts de Pietro (le frère de Wanda, mais incarné par un autre acteur), l'altération des pouvoirs de Wanda pour sauver Vision qui a voulu sortir de Westview.
Hors de la ville, les plans de Hayward déplaisent à Jimmy Woo, Monica Rambeau et Darcy Lewis (la physicienne apparue dans Thor et Thor : Le Monde des Ténèbres), qui décident d'agir de leur côté...

- Le dernier acte voit la fin du format sitcom appliqué à la série en même temps qu'un rallongement de la durée des épisodes (passant de 25' à 45'). C'est l'heure des comptes et le rythme des péripéties accélère sensiblement pour épouser le genre super-héroïque plus classique. On y apprend la vérité sur Agnes et Pietro, le sort qui menace Vision et les jumeaux, le destin apocalyptique de Wanda. On y suit les manoeuvres d'Hayward et celles de Woo et Rambeau pour des objectifs opposés. Tout se dénoue dans une confrontation à la fois spectaculaire et poignante.

Maintenant, une question : quel est l'ennemi préféré des fans de comics ? L'attente. Ou plutôt ce que les fans espèrent d'une production. Il faut distinguer deux sortes de fans désormais : d'un côté, il y a le fan de comics, qui compare sans cesse les BD aux adaptations qui en sont tirées et apprécie plus ou moins les modifications qu'un média (le cinéma, la télé) fait par rapport à un autre (la BD donc). Et il y a le fan de super-héros, qui appartient à un public plus flou, qui parfois ne lit que peu ou pas du tout les comics, qui ne se préoccupe donc guère des modifications apportées, mais qui est gourmand des théories dispensées par des sites spécialisés ou par des analystes plus ou moins rationnels sur les réseaux sociaux (pour ma part, je vous conseille les vidéos de Captain Popcorn sur YouTube, par un passionné de pop culture mais qui s'appuie toujours sur des arguments solides et qui produit des commentaires très structurés).

Il est difficile de contenter aussi bien le fan n°1 que le fan n°2, pour ne pas dire impossible. Les deux camps ont en commun de ne pas apprécier qu'on ne leur révèle pas l'essentiel assez vite, mais ils n'aiment pas davantage quand tout est trop vite dit. Les deux fans veulent être surpris tout en exigeant que rien ne change trop. Et même quand on touche du doigt ces idéaux, généralement, les deux camps se retrouvent pour dire que tout est gâché par le dénouement (ceux-là même ont reproché à Avengers : Endgame de ne pas être à la hauteur de Infinity War, mais n'auraient sûrement pas aimé que l'histoire s'arrête avec Infinity War et sa fin radicale).

Appliquées à WandaVision, ces exigences aboutissent surtout à se gâcher le plaisir et à ne pas reconnaître les efforts produits par Marvel/Disney + pour tenter autre chose. Par exemple, on peut trouver que le premeir acte est un peu long, qu'il ne s'agit que d'un exercice de style pour s'amuser avec les sitcoms des années 50-70. Pourtant, pris dans la globalité de la série, ce premeir acte permet une réflexion maline sur la condition féminine en montrant Wanda, personnage surpuissant mais contrainte de cacher ses pouvoirs et ayant engendré une situation insensée à la seule fin de créer un bonheur qu'on lui a ôté (avec la mort de Vision). Réduite au rôle de femme au foyer, redoutant en permanence que son monde artificiel soit détruit, Wanda fuit la réalité pour profiter d'une vie anéantie. En la montrant ainsi, à des époques où la femme était subordonnée à l'homme et infériorisée dans la société, on peut apprécier l'ironie de la situation car Wanda est une sorte de déesse acceptant de sacrifier l'héritage de la libération de la femme pour simplement être simplement la femme de Vision et la mère de leurs enfants.

Il m'a semblé, en lisant les avis ici et là, que le deuxième acte, par contre, était mieux toléré. Les scénaristes y expliquent davantage les coulisses de l'intrigue, à travers le personnage de Monica Rambeau, qui incarne aussi un lien avec Captain Marvel, dont le récit se déroulait dans les années 90. Alors qu'on l'avait rencontrée enfant, nous la retrouvons adulte et par ce biais, nous découvrons tout ce qu'elle apporte avec elle : le SWORD, qui devient l'organisme remplaçant le SHIELD en quelque sorte, le véritable sort de Vision (bel et bien mort, son corps est démantelé dans les locaux du SWORD pour éviter que sa technologie ne tombe entre de mauvaises mains).

Par ailleurs, dans ce deuxième acte, les auteurs assurent une part de fan-service en introduisant Tommy et Billy, les jumeaux de Wanda et Vision, qui, dans les comics, deviendront deux membres des Young Avengers (Wiccan et Speed), ce qui pose là encore une généalogie dans le MCU (non pas issue du passé, comme Monica, mais projetée vers le futur). L'histoire prend un tour encore plus surprenant avec le retour de Pietro, mort dans Avengers : L'ère d'Ultron... Mais au lieu de rappeler Aaron Taylor-Johnson, son interprète original, c'est Evan Peters, l'acteur qui jouait Quicksilver dans les films X-Men de la Fox (avant que Disney n'en récupère les droits), qui apparaît à l'écran. Ce twist, redoutable, a justement suscité énormément de théories chez les fans, à coups de transferts du Multivers, de la présence d'un deus ex machina qui tirerait les ficelles de toute la série, etc.

Enfin, la deuxième acte se conclut sur la révélation concernant Agnes, cette voisine omniprésente, sur laquelle là aussi les esprits se sont échauffés - et qui confirmèrent, pour une fois, les théories des fans. Il s'agit de la personnification d'Agatha Harkness, une sorcière emblématique des comics, bien que peu connue (en dehors des lecteurs les plus assidus), et ici incarnée par une comédienne bien moins âgée que personnage de fiction (un des reproches que, moi, je ferai à la série, mais j'y reviendrai).

Le troisième acte était le plus difficile à concevoir car, inévitablement, il n'allait pas contenter tout le monde. Déjà, les parodies de sitcoms cessent, la durée des épisodes qui correspondaient au genre se rallongent pour coller à celle d'une série ordinaire (3/4 d'heures), et bien entendu, comme il ne reste plus que deux chapitres pour boucler la saison, les péripéties s''enchaînent, les révélations aussi, jusqu'au dénouement.

Et c'est sans doute là qu'on touche vraiment au problème de la notion d'attente des fans. Car à force d'imaginer des théories ou d'en lire/écouter, forcément, si les scénaristes ne donnent pas ou peu ce qu'on aurait aimé, la déception est inévitable. Pour ma part, bien que j'ai aussi lu/écouté bon nombre de théories, je les ai prudemment gardées à distance car je voulais à la fois donner leur chance aux auteurs mais surtout ne pas m'y conformer. Il ne faut pas (jamais !) suivre une série en espérant que l'auteur va vous donner ce que vous attendez. Au contraire, je crois que le plaisir est plus grand quand l'auteur ose vraiment aller à gauche alors que vous attendiez qu'il aille à droite.

J'admets cependant que sur la toute fin, dans le dernier épisode, il y a parfois un côté précipité. Une rumeur a couru, lors de la diffusion durant la première moitié de la saison, que, peut-être un dixième épisode, non annoncé, était possible. Je ne prétends pas que ç'aurait été mieux. Par contre je crois que les scénaristes ont peut-être un peu péché par excès de subplots potentiels : entre Monica, Hayward, Agnes, Vision, Wanda, les jumeaux, ça faisait sans doute trop de personnages à développer pour une intrigue centrée sur Wanda et Vision initialement.

Toutefois, ce trop-plein n'empêche pas de comprendre l'issue des arcs de certains personnages. Ainsi, notamment, il n'y a pas de quoi s'étonner à propos de Wanda quand elle quitte Westview tout de suite après la bataille (et les disparitions de Vision et des jumeaux, consécutives à la fin du sort sur la ville). D'abord, parce que je ne vois pas sous quel chef d'accusation elle serait arrêtée (elle n'a tué personne, même si la population de la ville a partagé ses cauchemars et subi son emprise). En outre, le seul individu en mesure de l'arrêter, Hayward, n'est lui-même alors plus en mesure de le faire, car il a abusé de son pouvoir et relevé de ses fonctions pour être jugé.

Quid de la Vision blanche ? On la voit quitter, elle aussi, précipitamment, Westview à l'issue de son combat contre Vision. Mais tout cela est parfaitement compréhensible : en effet, l'androïde a compris qu'on l'avait trompé, il est bouleversé par la connaissance récupérée de son hsitorique, et donc, logiquement, il ne va pas rester là mais partir réfléchir à sa "renaissance". Surtout, son départ se justifie d'un point de vue narratif car si la Vision blanche était restée dans les parages jusqu'à la fin, l'émotion de la séparation de Wanda avec "sa" Vision aurait été parasitée, impossible.

Non, pour moi, s'il faut être plus réservé, c'est bien au sujet des personnages secondaires, trop nombreux, et dont la situation ne peut que frustrer. Jimmy Woo n'a en définitive pas servi à grand-chose (sinon pousser quelques journalistes et geeks à réclamer un spin-off avec lui et Darcy Lewis - comme si Marvel/Disney n'avait que ça à faire...). Darcy Lewis, déjà pénible dans Thor 1 & 2, confirme qu'elle est un personnage inutile. Enfin, Hayward, sur lequel il a été fait de nombreuses spéculations (comme celle supposant qu'il serait le deus ex machina de l'histoire, peut-être Mephisto - mais il a été aussi dit qu'Evan Peters, qui revenait ici jouer Pietro, était le diable caché), manque singulièrement de charisme pour un méchant digne de ce nom. Ajoutez que les trois acteurs n'arrangent rien : ni Randall Park, ni Kat Dennings, ni Josh Stamberg n'ont le talent ou la présence suffisante pour leurs rôles.

Kathryn Hahn qui joue Agnes/Agatha est un autre souci de la série. Dans les deux premiers actes, elle est excellente, surjouant à l'envi mais à bon escient sa partition de voisine encombrante et flippante. Hélas ! dans le dernier acte, quand elle se démasque et doit endosser (littéralement) l'habit de la méchante, ça coince. Je parlais plus haut d'une comédienne plus âgée qui aurait mieux convenue pour le rôle. Bien entendu, les fans auraient alors deviné plus rapidement que Agnes était Agatha, puisque dans les comics Harkness est vieille. Mais bon, la majorité du public qui a suivi WandaVision ignore qui est Agatha Harkness, à quoi elle ressemble. Remplacez Hahn par, par exemple, Susan Sarandon et vous obtenez mieux (en prime vous gagnez un clin d'oeil aux Sorcières d'Eastwick).

Je n'ai rien de spécial à dire sur Teyonah Parris qui joue Monica. Elle est très bien, et on devrait la retrouver dans la série Secret Invasion en préparation et dans Captain Marvel 2 certainement.

De toute façon, ceux qu'on attendait vraiment sur la série, ce sont Elizabeth Olsen et Paul Bettany, qui reprenaient les rôles qu'ils tenaient au cinéma. Et ils dominent toute la distribution aisément. Bettany peut montrer quel comédien fabuleux il est dans les deux premiers actes où il est débarrassé le plus souvent de maquillage et costume super-héroïques. Il est absolument formidable d'ironie dans le rôle, souvent très drôle grâce à des scènes très bien écrites et mises en scène. Bettany aura aussi fait preuve d'humour hors champ puisqu'il a savoureusement "trollé" les fans en annonçant qu'il avait eu le privilège de donner la réplique à son acteur favori dans le dernier épisode : cet acteur n'était autre que lui-même puisqu'il joue alors Vision et sa copie !

Surtout WandaVision impose Elizabeth Olsen comme la véritable reine du MCU. Je n'ai aps attendu qu'elle joue Wanda Maximoff pour être convaincue de son talent d'actrice mais elle livre une interprétation magnifique tout au long de la saison. Elle est à l'aise dans tous les registres et lorsque, à la fin, elle devient littéralement la Sorcière Rouge, elle se glisse dans le costume (sublimement designée - voir ci-dessous) avec une élégance et une autorité bluffantes. J'ignore si Disney + réussira à placer une de ses séries Marvel à la prochaine cérémonie des Emmy awards, mais une nomination pour "Lizzie" Olsen et même un trophée ne serait pas usurpée.


Le show est bien réalisé, avec une mention pour la production design des épisodes sitcom et le souffle du dernier, dont les effets spéciaux n'ont rien de cheap.

Si l'ensemble n'est pas exempt de défauts, pour un coup d'essai, le résultat est plus que concluant à mes yeux. J'ai beaucoup apprécié les audaces de la série et l'évolution donnée à Wanda, l'interprétation de ses vedettes, l'écriture solide (et quelques dialogues mémorables - dont cette ligne sur le deuil qui est "a persistance de l'amour à refuser la perte de l'être aimé). Je recommande donc fortement. D'autant que j'ai l'impression que The Falcon and the Winter Soldier, programmé la semaine prochaine, sera certainement plus classique.