vendredi 1 décembre 2023

X-MEN BLUE : ORIGINS #1, de Si Spurrier, Marcus To et Wilton Santos


X-Men Blue : Origins est un one-shot avec une grande ambition. Si Spurrier entend bien avec ce numéro d'une quarantaine de pages livrer les origines définitives de Kurt Wagner/Diablo. Pour cela, il a recours à la continuité rétroactive mais l'utilise sagement. Au dessin, Marcus To assure l'essentiel des planches soutenu par Wilton Santos.


Sous son masque de Spider-Man, Diablo a trouvé une nouvelle fois Mystique dans un état de grande confusion, cherchant son bébé. Il la pousse dans ses retranchements et elle se remémore son passé auprès de Destinée, Azazel et Christian Wagner pour se rappeler enfin et se reprendre...


Tout d'abord, contextualisons ce one-shot : dans Uncanny Spider-Man #4, paru le 22 Novembre dernier, Diablo avant d'être capturé par le Wild Pack de Silver Sable localisait Mystique dans Central Park. Depuis qu'il s'est établi à New York et après le Hellfire Gala, il a eu l'occasion de la croiser à de nombreuses reprises.


Et il a pu se rendre compte qu'elle n'avait visiblement plus toute sa tête. Revêtant l'apparence d'une clocharde, cherchant son bébé, elle était sujette à des accès de violence imprévisibles et fuyait Diablo qu'elle ne reconnaissait pas sous son nouveau costume parce qu'il était également masqué.


De son côté, Kurt Wagner avait fort à faire : traqué par Orchis mais échappant inexplicablement aux Sentinelles déployées par l'organisation anti-mutante, entendant la voix d'un lutin qui le narguait, il avait entamé une liaison avec la mercenaire lancée à ses trousses, Silver Sable.

Dans Uncanny Spider-Man #4, avant de rejoindre Silver Sable pour un rendez-vous, il trouvait une fois encore mystique en route et entreprenait cette fois de l'apaiser. Une discussions s'ensuivait dont la teneur nous était inconnue. X-Men Blue : Origins nous la dévoile.

Les origines de Diablo n'ont jamais été définitivement établies. Dave Cockrum, le créateur du personnage, voulut d'abord en faire un membre de la Légion des Super Héros pour DC mais l'editor du titre refusa, prétextant que son apparence était trop effrayante. Quand Cockrum fit ses valises pour les poser chez Marvel et participa à Giant-Size X-Men en 1975 avec le scénariste Len Wein, ce qu'on appelle depuis la deuxième génération des X-Men, il recycla bon nombre de characters designs prévus pour la Légion des Super Héros, dont celui de Diablo.

Diablo était le personnage favori de Cockrum. Il l'inventa en racontant une histoire pour faire dormir sa fille puis chercha ensuite à en faire le héros d'une série baptisé The Intruder sur un personnage anticipant le Punisher traquant le mal aux côtés d'un démon. Le projet n'aboutit jamais mais Cockrum continua de penser à ce personnage en l'adoucissant, en prenant pour modèle Erroll Flynn et les héros de films de pirates et de cape et d'épée dont il était fan. A partir de là, Diablo devient moins un démon qu'une créature bondissante sous un physique inquiétant.

Malheureusement, quand Cockrum collabora avec Chris Claremont, il vit Diablo être relégué au second plan des X-Men, éclipsé d'abord par Colossus, puis Wolverine. Le griffu canadien acquit une notoriété énorme ensuite grâce à John Byrne, qui succéda à Cockrum sur le titre, car l'artiste avait grandi au Canada comme le mutant. Pire : Claremont fit ensuite de Kurt Wagner un mutant très religieux, ce que détesta Cockrum. La suite de la carrière du fuzzy elf ne dut pas soulager son créateur. Jusqu'à ce Claremont avec Alan Davis lui rendirent sa fantaisie initiale dans Excalibur.

Et, au terme du run de Davis, devenu scénariste et dessinateur de la série, Diablo devait prendre une nouvelle dimension. Claremont et Davis ambitionnaient de réaliser un graphic novel, Excalibur Genesis, dans lequel serait établi les origines définitives de Kurt Wagner.


Mais, alors que Marvel annonça le projet avec l'image ci-dessus, il ne vit pourtant, inexplicablement, jamais le jour. Excalibur passa entre d'autres mains. De quoi nourrir bien des regrets...

Aujourd'hui, donc, Si Spurrier relève le défi de raconter les origines de Diablo : il a manifesté un intérêt insistant pour le personnage depuis qu'il a intégré la X-team de Marvel - suffisant apparemment pour que l'éditeur le laisse faire.

En vérité, Spurrier procède indirectement. Au lieu d'une longue confession de Diablo, c'est à une évocation de son passé par Mystique qu'on a droit. C'est là que Spurrier comble les blancs. Je ne veux pas spoiler mais il s'en sort très bien. On a droit à une retcon intelligente, qui a surtout le mérite de tout poser sur la table et de démêler ce qu'on sait, ce qu'on croyait savoir, ce qu'on supposait, ce qui embarrassait bien des fans.

Spurrier convoque par exemple Azazel, ce démon qu'on a longtemps donné comme le père naturel de Diablo, et l'évacue avec efficacité. Destinée est aussi un élément important de cette biographie et sur ce point, le scénariste s'en sert admirablement. Il lie dans la dernière partie de l'épisode tout cela à Malicia, fille adoptive de Mystique et Destinée, mais aussi à Charles Xavier, qui joue un rôle éminent dans l'affaire.

Ce qui est certain, c'est qu'après avoir lu ce one-shot, vous ne regardez plus jamais Rebecca Romijn...


... ni Jennifer Lawrence dans les films X-Men de la Fox du même oeil !


Et sur ce point, c'est très raccord avec ce que désirait Claremont, mais dont ne voulut pas entendre l'équipe éditoriale quand il en parla...

J'aurai adoré que Francis Manapul ne se contente pas de dessiner la couverture, mais ce one-shot est très agréablement dessiné. Wilton Santos s'occupe des planches 1 à 6 et 10 à 18 : son travail est correct, bien que souffrant parfois de maladresses. Heureusement, le reste, c'est-à-dire la majorité est illustré par Marcus To, dont j'ai toujours apprécié le trait, élégant, et là, en revanche, rien à redire : c'est très classe, expressif, découpé avec fluidité, s'appropriant les personnages avec maîtrise.

Je n'avais pas d'attente particulière concernant ce projet. J'espérai juste qu'on n'ait pas droit à du rafistolage grossier, ou une retcon trop radicale. Si Spurrier livre un récit mesuré, subtil, audacieux sur certains points, une synthèse remarquable, qui prouve qu'il est arrivé à saisir les enjeux de ce projet et la personnalité des protagonistes. Il lui reste à conclure en beauté Uncanny Spider-Man et, pour les fans de Diablo comme moi, espérer qu'on le reverra en première ligne et aussi bien traité dans un proche avenir.

BONUS :


La magnifique variant cover de Russell Dauterman.

jeudi 30 novembre 2023

MS. MARVEL : THE NEW MUTANT #4, de Iman Vellani, Sabir Pirzada et Carlos Gomez


Et rideau pour Ms. Marvel : The New Mutant ! Enfin... Pas tout à fait (mais j'en reparle plus loin). L'histoire contée par Iman Vellani (la Ms. Marvel du MCU) et Sabir Pirzada (scénariste de la série sur Disney +) se conclut sur une note positive, sans verser dans l'angélisme. Carlos Gomez achève seul les dessins avec le talent qu'on lui connaît.


Repérée par une Sentinelle, Ms. Marvel comprend grâce à son ami Bruno qu'elle portait, à son insu, un traceur. Mais la Sentinelle met en danger les étudiants du campus qui accusent l'héroïne. Bruno les convainc de l'aider et à l'issue de la bataille, Ms. Marvel comprend que sa vie a définitivement basculé...


Quoi qu'on en pense, le futur des X-Men s'écrira en comptant avec Ms. Marvel. Pas seulement parce que depuis le Hellfire Gala, où Kamala Kahn a ressuscité, elle est devenue une mutante (ou plus exactement une hybride mi-mutante, mi-inhumaine). 


Non, le personnage est désormais intégré à la franchise X. Er d'autres auteurs vont l'utiliser (comme Kieron Gillen dans Rise of the Powers of X, qui se situe dans le futur). Et malgré l'échec en salles du film The Marvels, Kamala Kahn reste une héroïne sur laquelle mise Marvel (comics en tout cas).


Ensuite parce que, comme je le suggérai en préambule, tout n'est pas dit avec ces quatre épisodes. Marvel a déjà communiqué sur une suite, à venir en Mars 2024, par les mêmes scénaristes et Scott Godlewski au dessin cette fois. Le titre : Ms. Marvel : Mutant Menace.

Pour l'heure donc, Iman Vellani et Sabir Pirzada concluent efficacement leur récit par un épisode riche en action mais qui a surtout le mérite d'établir le personnage dans son nouveau rôle. Plus que la baston entre la Sentinelle et Ms. Marvel, on retiendra surtout les dernières pages qui, sans trop en dire, insistent sur le fait que Kamala ne veut pas encore choisir son camp - ou sa race.

A défaut donc de retrouver un titre régulier (à moins que Marvel ne compte fonctionner par mini-séries successives autour de Ms. Marvel en plus de ses apparitions dans d'autres séries mutantes), Kamala Kahn a un échange, bref mais enrichissant, avec Emma Frost qui lui explique que ses pouvoirs mutants grandissent progressivement et finiront certainement par s'imposer. Il se peut alors que Ms. Marvel n'ait à terme plus du tout les mêmes talents que ceux qu'on lui connaît depuis sa création (et c'est ce que semble indiquer la preview de Rise of the Powers of X).

Vellani et Pirzada jouent en quelque sorte la montre, conservant ce qui est essentiel au personnage (son caractère volontaire, voire téméraire, son esprit geek, sa pétulance) et ses capacités élastiques primaires, jusqu'à ce que celles-ci soient modifiées. D'ici-là, ils peuvent encore s'amuser un moment avec Kamala et garder un certain flou sur son appartenance à la mutanité ou l'inhumanité.

En revanche, le scénario est plus tranché en ce qui concerne la façon dont les autres considèrent Ms. Marvel. Lors d'un bref dialogue avec la Sentinelle Oméga Karima Shapandar, Kamala comprend que son insouciance est désormais soumise au fait qu'on l'assimile à une mutante avec tout ce que cela suppose de désagréable - actuellement vivre comme une fugitive, dans la clandestinité, haïe par ceux qu'elle s'évertue pourtant de protéger.

Si ce que fait Pirzada aux côtés de Villani reste flou, la personnalité de cette dernière alimente grandement celui de son double de papier. Et c'est la grande réussite de cette mini-série, écrite par quelqu'un qui a le même âge que l'héroïne mais qui ne la conçoit pas de manière naïve. Vellani n'est donc pas qu'une fan à qui on a offert de rédiger un script mais bien un auteur à suivre. Peut-être fera-t-elle de Ms. Marvel un personnage de mascotte des X-Men aussi populaire que le fut en son temps Kitty Pryde (dont on mesure encore davantage la maturité qu'elle a acquise durant Fall of X au détour d'une scène avec Kamala).

Comme ce dernier épisode ne comporte plus de scènes oniriques, Adam Gorham n'est donc pas présent et Carlos Gomez dessine toutes les pages intérieures. L'artiste prouve qu'il n'est pas seulement à l'aise avec les héroïnes pulpeuses auxquelles il a été surtout associées jusqu'alors. Il anime Ms. Marvel avec beaucoup de finesse et d'énergie.

La longue scène d'affrontement avec la Sentinelle est spectaculaire à souhait et quand le calme revient ensuite, Gomez découpe les dialogues avec une belle variété dans les angles de vue, de telle sorte que le dynamisme reste intact. Je vais me répéter, mais la prochaine étape serait vraiment que Marvel accorde sa confiance à ce dessinateur sur un titre régulier (car il est bien meilleur que certains "stormbreakers" promus par l'éditeur).

Dans le climat plutôt pesant de Fall of X, Ms. Marvel : The New Mutant n'aura pas dépareillé en qualité tout en procurant d'autres sensations aux fans.

mercredi 29 novembre 2023

TITANS : BEAST WORLD #1, de Tom Taylor et Ivan Reis


Je ne suis pas un fan des events, ni de Tom Taylor, mais pourtant je me suis trouvé à lire le premier épisode (sur six) de l'event DC de cette fin d'année : Titans Beast World. La présence au dessin de Ivan Reis motive beaucoup et puis surtout l'éditeur a décidé de ne pas faire durer les choses (malgré l'habituel cortège de tie-in qui accompagnera cette histoire) en publiant tout ça entre fin Novembre et début Janvier. Alors ? Est-ce que c'est bien ?
 

Une expédition spatiale organisée par l'Eglise de l'Eternité atterrit sur Titan, la lune de Saturne, mais réveille la Necrostar, un monstre bien connu du peuple tamaranéen de Starfire. Seul Starro le conquérant a réussi par le passé à la vaincre. Mais méfiant à la perspective d'une telle alliance, Beast Boy propose un plan B risqué...


Je n'avais pas prévu de me lancer dans cet event. Comme je l'écris plus haut, les events me déçoivent trop souvent. En plus celui-ci est écrit par Tom Taylor, un scénariste largement surcoté pour moi. Et je ne lis pas la série Titans qu'il écrit.


Mais quand un ami m'a prêté son exemplaire en me jurant que c'était bon, je me suis laissé tenter. Et, c'est vrai que c'est bon. Pas révolutionnaire mais efficace. Et avec ses quarante pages, ce premier numéro (sur six) se donne les moyens d'embarquer le lecteur dans un récit très spectaculaire.


Le retour de la Justice League n'étant toujours pas d'actualité, DC mise sur les Titans, placée en première ligne, comme les remplaçants de la Ligue de Justice. On s'amusera quand même de voir tous les cadors de la JL aux premiers rangs lors de la réunion de crise, même si c'est bel et bien la bande de Nightwing qui est en haut de l'affiche.


Comme souvent chez DC, la menace est cosmique : ici, il s'agit de la Necrostar, une entité extrêmement puissante et fatale enterrée sur la lune de Saturne, Titan, et réveillé par une expédition spatiale organisée par l'Eglise de l'Eternité, dont le leader, Frère Eternité, semble avoir caché à ses "forevernauts" un vilain secret.

L'événement, retransmis en direct à la télé, alerte aussitôt Starfire qui reconnaît un vieil idiome tamaranéen pour réveiller la Necrostar. Logiquement, c'est aussi Koriand'r qui va expliquer à tout un tas de héros de quoi il ressort, grimoire à l'appui. Tom Taylor semble compter sur une certaine simplicité pour poser les fondements de son intrigue et c'est louable.

Néanmoins le scénariste se garde des munitions - il a raison, quand on part pour un épisode de 40 pages, autant ne pas tout dire d'un coup. La seule entité capable de contenir la Necrostar est Starro le conquérant, mais pour Beast Boy, il est clair qu'attendre de l'aide d'une bestiole pareille revient à soigner le mal par le mal, donc assumer un trop gros risque.

Je ne spoile pas grand-chose en vous révélant que le plan de Beast Boy est de se transformer en une étoile de mer géante rivalisant avec Starro. Le procédé est détaillé de manière à la fois assez détaillée et allusive pour ne pas verser dans l'horreur, et souligne le lien, romantique autant que sacrificiel, entre Gar Logan et Rachel Roth/Raven.

Il est intéressant de voir que le scénario prend en quelque sorte le contrepied des classiques de Marv Wolfman et George Pérez à l'époque des New Teen Titans, où Raven était l'élément instable de l'équipe à cause de ses liens avec Trigon, qui risquait de la faire sombrer du côté obscur à tout moment. Ici, c'est elle qui accompagne Beast Boy vers sa métamorphose, où il risque à son tour de perdre tout contrôle. Et évidemment, pas besoin d'être un génie pour l'anticiper, ça ne va pas manquer d'arriver... Mais avec le concours d'un autre méchant.

Sur ce dernier, en revanche, je resterai discret, même si je dois avouer que je trouve son nom franchement grotesque (et il faut en outre savoir qu'il est apparu un peu plus tôt, à la fin de Knights Terror, l'event estival de 2023, quand Amanda Waller a récupéré la pierre du cauchemar et une autre relique). Il faudra attendre pour voir ce que va en faire Taylor, si la Necrostar est définitivement écartée, et si Starro ne pointe pas le bout de ses branches...

C'est en tout cas efficace et très rythmé. Ivan Reis fait ce qu'on attend de lui et pour quoi il est si insolemment doué : l'épisode regorge de planches généreusement détaillées, avec des angles de vue grandioses. Les décors sont exploités de la manière la plus spectaculaire possible et les scènes d'action ont une envergure que peu d'artistes parviennent à traduire.

Le casting, fourni, n'est pas un souci pour Reis, ni pour son encreur Danny Miki ni pour son coloriste Brad Anderson, qui ont tous eu à les représenter dans leurs carrières. Le vrai défi est bien de faire croire au lecteur que les Titans peuvent être les grands sauveurs de l'humanité comme la Justice League avant eux et pas seulement des substituts pratiques en attendant le retour des justiciers vedettes.

La formation qu'animent Taylor et Reis consiste en Nightwing, Starfire, Donna Troy, Cyborg, Raven et Beast Boy, et ce sextet ne manque pas de charisme. Quiconque a une connaissance minimum de l'univers DC sait qui sont ces personnages, déjà là à la fin des années 70, début des années 80, même si après Wolfman et Pérez leur groupe a connu des fortunes très diverses. 

Ce qui est appréciable, c'est que DC semble définitivement sorti de ses tentations de faire des Titans une Justice League junior avec des héros aux compétences équivalentes. Et Taylor s'appuie sur l'historique de cette bande pour ne pas avoir à expliquer au lecteur qui ils sont, d'où ils sortent, pourquoi ils sont en première ligne. Même si la Justice League est présente à l'image et finira pas revenir dans une série mensuelle, pour l'heure, elle n'est ni reléguée artificiellement  pas plus que les Titans mis en avant pour l'occasion. D'ailleurs le titre de l'event associe bien Titans et Beast World (alors que DC aurait pu se contenter de cette dernière partie).

Le cliffhanger laisse la porte ouverte à une crise en bonne en due forme (mais sans le ciel rouge ni forcément la fin de l'univers/multivers/omnivers à la clé). Et surtout on n'aura pas à attendre longtemps pour la suite (chaque numéro paraîtra à quinze jours d'intervalle).

samedi 25 novembre 2023

POISON IVY, TOME 2 : NATURE HUMAINE, de G. Willow Wilson, Atagun Ilhan et Marcio Takara


Le premier tome de Poison Ivy avait été une excellente surprise. Restait à confirmer avec le deuxième, car entre temps la série limitée à six numéros était devenue une maxi en douze puis une ongoing. G. Willow Wilson a su trouver de quoi développer son projet et ce nouveau recueil se décompose en trois histoires, dessinées par Atagun Ilhan et Marcio Takara.


Ivy arrive dans la ville de Parson, Montana, où la société de fracturation hydraulique emploie beaucoup d'habitants. Pourtant ceux-ci sont conscients des ravages écologiques de cette exploitation et Ivy compte enquêter à ce sujet en se faisant embaucher par la patronne de FutureGas, Beatrice Crawley. Mais celle-ci la reconnaît et la piège.


Empoisonnée, Ivy ne doit son salut qu'à l'intervention de Janet, la secrétaire de Crawley, qu'elle a déjà rencontrée plus tôt lors de son voyage. Mais cette dernière est souffrante et doit subir une greffe du foie à Seattle et compte bien sur Ivy pour l'aider à son tour ensuite...


Ivy et Janet se sont établies à Seattle dans un cottage lorsqu'elles reçoivent la visite de Harley Quinn. Les retrouvailles entre les deux amantes aboutissent à une révélation pour chacune d'elles : Ivy comprend que comme une plante elle se régénère, Harley admet que Ivy doit poursuivre sa route sans elle encore un moment avant de regagner Gotham.
 

Janet convainc Ivy de l'accompagner à une retraite organisée par Gwendolyn Caltrope, prêtresse new age et femme d'affaires qui commercialise diverses potions. Après en avoir ingéré, Ivy et les adeptes s'abandonnent complètement à la débauche.


Ivy comprend que le breuvage a libéré une partie de ses pouvoirs grâce à un champignon contenue dans la boisson et grâce à cela elle peut contrôler les esprits des femmes présentes. Dans une sorte de transe collective, elles entreprennent d'empêcher des camions d'accéder à une raffinerie mais l'expérience dégénère pour Gwendolyn.


Devenue un monstre végétal, Gwendolyn s'attaque à Ivy qui contre-attaque et la tue. Une fois remise, Ivy concocte un antidote mais une des femmes refuse de le recevoir et s'en va. Janet et Ivy reprennent la route, direction : Gotham...

C'est un destin peu commun qu'a connu ce titre : lancé comme une mini-série en six chapitres, son succès critique et public lui a valu d'être rallongée de six numéros supplémentaires, et comme les lecteurs ont continué à le plébisciter, DC a décidé d'en faire une série illimitée.

Cette réussite est d'abord celle de la scénariste G. Willow Wilson qui a su trouver un angle original et riche de possibilités pour le personnage de Poison Ivy, qui n'avait jamais eu droit à sa propre série auparavant. Wilson, elle-même, revient de loin : si elle co-créé avec le dessinateur Adrian Alphona Kamala Kahn/Ms. Marvel, elle a ensuite connu beaucoup de difficultés pour rebondir, alternant projets en creator-owned (Invisible Kingdom, officiellement en stand-by, mais dont il est plus probable de penser qu'il n'aura pas de suite) et work for hire (une reprise ratée de Wonder Woman notamment).

Dans le premier tome, on suivait Poison Ivy après ce qu'elle avait traversé durant le crossover Fear State durant lequel elle avait donné naissance à un double surpuissant, Queen Ivy, avant de perdre une partie de ses pouvoirs. Désemparée, revancharde aussi, Pamela Isley quittait Harley Quinn et Gotham pour une expédition punitive à travers les Etats-Unis avec le projet d'éradiquer l'humanité qu'elle jugeait responsable de la dégradation de la planète.

Mais en cours de route, au gré de rencontres, Ivy se rendait compte que ce châtiment était trop extrême, qu'il y avait des gens méritant d'être épargnés, et après un combat à mort contre Jason Woodrue/l'Homme Floronique (à l'origine de ses pouvoirs), elle faisait marche arrière  en ne ciblant plus que les vrais pollueurs.

C'est ainsi qu'on la retrouve en ouvrant ce deuxième tome dans un arc en deux parties. Première surprise : celui-ci est dessiné par Atagun Ilhan.

L'intrigue est classique mais rondement menée, même si elle manque de subtilité. Ilhan n'est pas mauvais mais son dessin comporte quand même beaucoup de maladresses et il faut les couleurs de Arif Prianto pour conserver l'esthétisme si spécial du titre. Beatrice Crawley campe une méchante redoutable mais (apparemment) vite sacrifiée, comme si Wilson avait imaginé ce diptyque en urgence, en attendant de repasser aux choses sérieuses.

Et on n'a donc pas trop à attendre puisque, dès l'épisode 9, Marcio Takara revient au dessin et on a droit à un épisode done-in-one avec le retour également de Harley Quinn. Il paraît alors bien loin le temps où DC refusa à J.H. Williams III le mariage de Kate Kane/Batwoman avec Maggie Sawyer. Ici, on voit deux femmes qui s'aiment, couchent ensemble, et partagent même un trip hallucinogène !

Si Harley a rejoint Ivy à Seattle pour la convaincre de rentrer à Gotham, ce n'est pas pour tout de suite. Wilson enchaîne avec un récit en trois parties où elle traite des gourous new age californiens qui promettent le bien-être à leurs clients. Ce mélange d'affairisme et de spiritualisme donne moins lieu cependant à une critique en règle qu'à une intrigue échevelée et psychédélique.

On renoue alors avec l'esthétique horrifique de la série et Marcio Takara nous éblouit en passant sans transition de scènes a priori acides (et sous acide) à d'autres franchement cauchemardesques. Là aussi, la contribution du coloriste Arif Prianto ajoute considérablement au cachet de la série avec une palette nuancée et violente à la fois.

Le dénouement de cette aventure revient de manière habile sur les théories conspirationnistes attachées au vaccin (comme ce fut le cas lors de la pandémie de Covid) et nul doute que G. Willow Wilson va certainement exploiter cette femme qui refuse l'antidote de Ivy.

Ce qui est tout aussi certain, c'est que DC tient avec Poison Ivy une de ses meilleures séries actuelles mais aussi un véritable ovni, à mi-chemin entre une production indé qui rappelle ce que publiait le label Vertigo (dont il se dit qu'il pourrait renaître d'ici 2025) et quelque chose de plus mainstream. On va continuer à suivre ça avec attention.

vendredi 24 novembre 2023

UNCANNY SPIDER-MAN #4, de Si Spurrier et Lee Garbett


A peine deux semaines après la parution du n°3, Uncanny Spider-Man #4 est déjà disponible. On ne va pas s'en plaindre, même s'il faudra que fin Décembre ce sera le début de la fin de Fall of X et de de toutes ses (mini) séries. Si Spurrier et Lee Garbett (de retour après le fill-in de Javier Pina) déliassent un peu le côté fun de leur héros pour l'entraîner vers la fin de son aventure... Mais aussi le récit de ses origines...


Silver Sable explique à Kurt Wagner qu'elle ne va plus pouvoir longtemps dissimuler leur liaison à Orchis qui, via la Vautour et ses chasseurs cybernétiques, se doutent de quelque chose. Pour Diablo, la situation devient de plus en plus délicate avec Mystique qu'il oblige à avoir une discussion...
 

Le 3 Janvier 2024 débutera Fall of the House of X (et, une semaine après, Rise of the Powers of X, son pendant futuriste - à la manière de HoX/PoX). Cela marquera le début de la fin de Fall of X. Il faut donc que d'ici fin Décembre tous les jouets soient ramassés - traduisez : que toutes les mini-séries lancées pour Fall of X soient conclues.


C'est ce qui explique qu'il n'ait fallu attendre que quinze jours entre les épisodes 3 et 4 de Uncanny Spider-Man. Mais ce n'est pas toute l'actualité qui attend Diablo pour ce mois de Novembre puisque, pas plus tard que la semaine prochaine, sortira X-Men Blue Origins, également écrit par Si Spurrier.


Si je mentionne ce titre annexe, c'est parce qu'au centre de Uncanny Spider-Man, on trouve une scène qui sert de prologue à X-Men Blue Origins. Kurt Wagner y retrouve Mystique, toujours aussi confuse mentalement, pour avoir une discussion entre quatre yeux : le contenu de leur échange sera celui de X-Men Blue Origins et devrait dévoiler les origines (définitives) de Diablo.

Pour l'heure, Uncanny Spider-Man continue de présenter Kurt Wagner sous son nouvel alias et dans sa nouvelle vie. Cet épisode est empreint d'une gravité nouvelle : Silver Sable ne peut plus gagner de temps, un de ses mercenaires sait pour elle et Kurt, et les chasseurs du Vautour (des mutants capturés par Orchis et domptés par la cyber-technologie de Warlock) sentent qu'elle cache des choses. Va-t-elle le trahir et le livrer à ses employeurs ?

Kurt doit également courir après Mystique, toujours dans un état mental très confus, tout en refusant toujours de rallier la résistance mutante (mutants avec qui il ne veut plus rien avoir à faire depuis son départ de Krakoa, avant le Hellfire Gala, car il estime que la cause de la Nation X est perdue, que Krakoa n'a fait qu'empirer les choses, et qu'il ne veut plus supporter ce fardeau).

Même si le côté fun et un peu horny de la série était très plaisant, prouvant enfin que Si Spurrier savait traiter le personnage sans en faire le curé des X-Men, ce virage est bienvenu car opportun, justifié. Il y a certes de la légèreté chez Diablo, un aspect séducteur et bondissant, mais aussi une forme de drame, puisque, comme je le disais dans la critique du premier épisode, il se distingue de beaucoup de mutants (en tout cas de ceux qui fondèrent la deuxième génération des X-Men) par son aspect physique et son histoire.

Diablo a l'air d'un démon et a échappé de justesse à un lynchage lorsque le Prof. X l'a découvert. La première scène de cet épisode y fait d'ailleurs écho lorsque Kurt assiste au lynchage d'un humain qu'une foule hystérique prend pour un mutant. Mais il refuse d'intervenir jusqu'à ce que Spider-Man s'en charge et soit à son tour menacé. Ce n'est pas par détachement complet, ni résignation qu'il se comporte ainsi, mais bien comme on le voit plus loin, alors qu'il est avec Silver Sable parce qu'il est à bout, excédé, fatigué.

La série, on le comprend alors parfaitement, est celle d'un personnage qui est écrasé par ce que la vie a fait de lui : Diablo ne s'appartient plus depuis longtemps. Il a été un X-man, un ami, un amant, il a été mort, il est revenu de l'au-delà, il a voulu bâtir une religion sur Krakoa, il a été membre du Conseil de Krakoa... Mais tout ça l'a éloigné de ce qu'il était et de ce qu'il aime. Ses amis sont loin et dispersés, le rêve de Xavier s'est (encore une fois) cassé la figure. Il a dû changer d'alias pour rejouer au héros bondissant et insouciant. Mais même là, il est rattrapé par les problèmes, notamment par Mystique.

Spurrier réussit brillamment à nous faire ressentir le ras-le-bol du personnage, ce sentiment de défaite, de débâcle qui l'étreignent. La fin de l'épisode est particulièrement poignante mais attraper un téléporteur ne signifie pas le tenir pour de bon et quelque chose me dit que la discussion avec Mystique va impacter le dernier épisode, le mois prochain. (Et les plus curieux et impatients n'auront qu'à chercher la couverture de Fall of the House of X #1 pour en savoir plus sur Diablo...)

Si Javier Pina l'a superbement remplacé dans le précédent numéro, on est quand même heureux de retrouver Lee Garbett pour celui-ci et le prochain. Je l'ai dit et je le redis mais il dessine Diablo tel que je l'aime. Même sous son costume et le masque de Spider-Man (même si, heureusement, il ne le porte pas trop), c'est bien la création de Dave Cockrum qu'on retrouve et, à part Alan Davis, Paul Smith ou Ed McGuinness, il a rarement été aussi bien servi ces derniers temps.

Garbett fait preuve de beaucoup d'adresse dans sa narration, avec une grande variété dans le découpage, un souci constant pour dynamiser le récit, maintenir le lecteur en alerte, ce qui colle parfaitement avec ce que fait traverser Spurrier à Diablo, sorte de fugitif indétectable mais jouant constamment avec le feu (du fait de sa liaison avec Silver Sable et des apparitions imprévisibles des Sentinelles ou des Chasseurs du Vautour).

Décidément, cette mini a eu bien du mérite et pour les fans de l'elfe des X-Men, c'est un régal.