vendredi 24 novembre 2023

WONDER WOMAN #3, de Tom King et Daniel Sampere


Ce troisième numéro de Wonder Woman par Tom King et Daniel Sampere s'agrémente d'une back-up story par King et Belen Ortega concernant l'enfance de Trinity, la fille de l'amazone aux côtés de Jon Kent et Damian Wayne. Mais j'ai choisi de zapper cette partie pour rester concentrer sur l'intrigue principale, moins mouvementée que le mois dernier mais avec un épatant twist final.


Tandis que le Souverain reçoit chez lui un soldat ayant participé au combat contre Wonder Woman, l'amazone se rend au bureau se Sargent Steel avec l'intention de découvrir ce qu'il sait au sujet d'Emelie, celle par qui tout a commencé...
 

D'abord, laissez-moi revenir rapidement sur la raison pour laquelle je ne parlerai pas de la back-up story qui complètera dorénavant la sommaire de Wonder Woman. Tom King a voulu y décrire l'enfance de Trinity, la fille de Diana, qu'elle a vécu auprès de Jon Kent (le fils de Superman et Lois Lane) et Damian Wayne (le fils de Batman et Talia Al Ghul).


L'intention est louable mais disons-le tout net, le résultat est calamiteux. King, de son propre aveu, a voulu traiter cela de manière légère et même humoristique, (je cite :) "à la manière de Calvin & Hobbes ou Peanuts" (même s'il ne s'agit pas ici de comic-strips). Et, vraiment, quelle idée lui est passé par la tête ?


King a bien des talents, mais certainement pas celui d'être drôle et surtout d'écrire correctement sur des enfants. C'est niaiseux au possible, complètement raté, horripilant. Belen Ortega fait ce qu'elle peut au dessin mais ne peut sauver ce script ni fait ni à faire.

Bon, ça, c'est fait.

Maintenant, revenons à Wonder Woman. Là aussi, on peut observer quelques éléments notables. Tout d'abord le récit se calme considérablement après l'épisode très spectaculaire du mois dernier. L'action proprement dite est reléguée hors champ.

King semble s'en amuser, comme s'il voulait frustrer le lecteur après lui en avoir donné beaucoup d'un coup. On a droit à des planches découpées en "gaufrier" de neuf cases dont Daniel Sampere s'empare avec brio, prouvant à cette occasion qu'il est un narrateur solide, qui ne lâche rien sur la rigueur de l'histoire telle que veut la raconter son scénariste.

Sampere a quand même de quoi épater la galerie avec quelques splash pages remarquables, comme celle qui ouvre l'épisode ou une autre quand Sargent Steel trouve Wonder Woman dans son bureau (voir ci-dessus). Au sujet de cette dernière page, on pointera, à juste titre, que l'artiste ne donne pas une pose très naturelle à Diana, trop cambrée dans ce fauteuil.

D'une manière générale, depuis le début de ce relaunch, c'est sans doute le reproche qu'on peut le plus facilement adresser à Sampere qui semble vouloir en toutes circonstances représenter l'héroïne en majesté. Comme il lui a donné un physique imposant, elle paraît constamment poser comme un modèle dans l'atelier de l'artiste qui souligne davantage sa beauté sculpturale que son naturel.

Cela peut devenir un tic gênant pour le lecteur qui ne remarque plus que ça. Et c'est gênant parce que, du même coup, Wonder Woman paraît invincible, imperturbable. Or si le lecteur ne sent aucune faille dans un personnage, il devient difficile pour lui sinon de s'y identifier, du moins de croire que quelque chose pourra l'atteindre. Pour le suspense, c'est dommageable.

L'autre observation qu'on fera, c'est que King opère comme dans le précédent épisode, en adoptant une narration parallèle. Cette fois-ci, les deux lignes narratives ne sont pas temporelles, mais spatiales, puisqu'on va et vient entre le bâtiment dans lequel Wonder Woman se fraie un chemin et la somptueuse maison du Souverain qui reçoit un soldat ayant participé à la bataille du mois dernier.

King aime bien jouer avec les possibilités qu'offre la narration et donc il rédige un script très solide. Mais aussi très - trop ! - bavard. C'était l'écueil du premier épisode, et on y est à nouveau confronté. La voix off su Souverain, ce puissant qui tire les ficelles (et joue du lasso) en coulisses, est omniprésente et franchement lourdingue. Je ne sais pas pourquoi King persiste dans cette direction car il n'en a pas besoin, en tout cas pas ici.

Ce procédé est agréable quand il donne un relief particulier à ce qu'on lit, ce qu'on suit, ce qu'on voit. Par exemple, dans Danger Street, la voix off du Doctor Fate, introduit une dimension ironique, exposant les faits comme s'il s'agissait d'un conte. Ici, on a surtout le sentiment d'un verbiage qui encombre la narration, par ailleurs très complète sur le plan visuel puisque Sampere donne beaucoup d'expressivité aux personnages, d'envergure aux situations, et de méticulosité à son dessin. Pour le coup, le scénariste joue un peu contre son artiste.

En surlignant tout de la sorte, King atténue l'impact de scènes qui se suffisaient à elles-mêmes, comme la démonstration du Souverain avec son lasso du mensonge, ou la révélation que fait Steel à Diana (et qu'entendra dans le futur Trinity). Dommage.

Wonder Woman est donc encore une série en rodage. On sent bien l'ambition de King, et l'auteur nous intrigue de manière très habile avec son histoire. Les dessins de Sampere sont somptueux. Mais de grâce, moins de texte ! Et plus de naturel !

jeudi 23 novembre 2023

AVENGERS INC. #3, de Al Ewing et Leonard Kirk


Avengers Inc. confirme avec ce troisième numéro qu'il s'agit d'une série vraiment atypique. Al Ewing continue de développer le titre avec des histoires done-in-one mais qui possèdent un fil rouge bien intriguant. Leonard Kirk est moins en forme cette fois-ci, soutenu par un encreur médiocre.


Jane Foster/Valkyrie sollicite les services de Janet Van Dyne et Victor Shade pour une affaire qui sort franchement de l'ordinaire : une enquête sur la mort de Skurge l'Exécuteur. Sauf que ce dernier a été tué au Valhalla, où reposent les vikings ! Donc la victime était déjà décédée...


Interrogé sur le statut de sa série par rapport à celle écrite par Jed MacKay, Al Ewing a précisé que son projet n'était pas un spin-off mais plutôt un titre cousin et il promettait en prime des bouleversements importants pour la suite.


Le scénariste ne surprendra guère ses fans en disant cela car il écrit souvent ses séries avec un plan sur le long terme. Maintenant il reste à Avengers Inc. à bien se vendre pour que Al Ewing aille au bout de ses idées. Et c'est un sacré pari.


Car, à bien des égards, Avengers Inc. prend le lecteur à rebrousse-poil. Son concept même écarte une bonne partie du folklore associé aux Avengers en particulier et aux super héros en général : pas de héros costumés, pas de bastons spectaculaires, pas de personnages stars. Mais de bonnes histoires qui déroulent un fil rouge encore ténu.

Mais pour qui veut bien jouer la partie proposée par Ewing, c'est un régal. Le scénariste s'y amuse visiblement beaucoup et c'est contagieux. Cet épisode en apporte encore la preuve avec une histoire loufoque et efficace.

La Guêpe est sollicitée pour enquêter sur la mort d'un dieu asgardien, à ceci près qu'il était déjà mort avant qu'on ne fasse appel à ses services ! En effet, l'épisode a pour cadre le Valhalla, l'au-delà des vikings où Skurge l'Exécuteur a été assassiné. Pourquoi ? Par qui ?

Avec son duo de détectives, Avengers Inc. a un air de Chapeau melon et bottes de cuir qui est très plaisant. Surtout c'est la première fois depuis Uncanny Avengers période Remender et Tony Stark : Iron Man de Dan Slott que Janet Van Dyne y est si bien traitée : non pas en fonction de l'homme qu'elle courtise ou qui la séduit mais bien comme une héroïne à part entière, pourvue d'une personnalité complexe, dans un rôle original.

Elle est à la fois au coeur de l'affaire, en tant qu'investigatrice, mais aussi un personnage témoin, à travers qui tout un chacun peut relever des indices semés là par Al Ewing. Par exemple, ici, en plein coeur de l'action, on remarquera que Victor Shade reconnaît le Moissonneur alors qu'en principe il ne le connaît pas (ou alors seulement de réputation, mais cela n'explique pas qu'il sache sa véritable identité). Le même Vic Shade qui se trouble quand un asgardien semble lui rappeler des éléments d'un passé qui n'est pourtant pas le sien.

C'est tout le sel de cette série que de nous entraîner dans des affaires saugrenues tout en piquant notre curiosité avec le cas Victor Shade. J'en viens presque à regretter que Ewing ait si vite éventé qui est derrière la résurrection de la Toupie de cette manière. Mais ça ne m'empêche pas d'attendre avec intérêt comment le scénariste va développer ce subplot.

la résolution de l'enquête sur la mort de Skurge est particulièrement retorse et impacte la construction même de la série puisqu'on sait qu'il va y avoir des répercussions rapides. Ewing en tout cas se montre très inspiré dans sa façon d'échafauder ses detective stories et si, un jour, il en vient à écrire Batman, il sera parfait.

On ne peut pas en dire tout à fait autant de Leonard Kirk qui, sur cet épisode, se montre moins en forme. On remarque qu'il dessine et encre l'épisode comme auparavant mais a aussi reçu le renfort de Belardino Barbo comme encreur. Et cette contribution est peu concluante, pour dire le moins.

A plusieurs reprises, on sent des visages bâclés, aux expressions maladroites, quand il n'y a pas carrément des éléments faciaux complètement foirés. C'est  tellement inhabituel chez Kirk qu'on ne peut que penser qu'il s'agit d'erreurs de l'encreur venu l'aider.

Certes, Kirk est depuis longtemps maintenant en deçà de ce qu'il a pu produire quand il était au top (notamment à la fin des années 90-début 2000, lorsque justement il avait des encreurs vraiment compétents pour le soulager). Son dernier taf vraiment exemplaire reste sans doute Agents of Atlas. Mais il reste un pro solide, régulier, chez qui ces faux pas n'ont pas leur place. Espérons qu'il se ressaisisse vite.

Quoi qu'il en soit, même si on peut juger Avengers Inc. peu ambitieux, c'est tout de même bien supérieur à The Avengers de MacKay actuellement. Et cela suffit pour affirmer que Al Ewing est peut-être le meilleur scénariste de Marvel en activité.

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #21, de Mark Waid et Dan Mora


Tout (ou presque) est dit sur la couverture : ce nouveau numéro de Batman - Superman : World's Finest va opposer les Superman et Batman de deux Terres. Mais Mark Waid trouble aussi ceux qui croyaient avoir bien cerné ce retour dans l'univers de Kingdom Come, entamé le mois dernier. Dan Mora, lui, se charge de rendre cet affrontement spectaculaire avec son brio coutumier.


A la sortie d'un affrontement avec leurs doubles de la Terre 22, Batman et Superman doivent battre en retraite et trouvent refuge dans la ferme des Kent. Batman s'interroge sur les secrets que garde David Sekela devenu ici Thunderman tandis que ce dernier et ses alliés préparent leur riposte...


J'ai lu le premier volet de cet arc narratif le mois dernier en pensant savoir exactement où je mettais les pieds, quand il se situait dans la chronologie des événements de Kingdom Come. Je suis beaucoup moins affirmatif après avoir lu cet épisode.


Mark Waid a non pas menti au lecteur mais l'a un peu dérouté. En effet, quand Batman et Superman sont arrivés sur la Terre 22, tout indiquait qu'on se trouvait là après la fin de Kingdom Come, soit après le sacrifice de Shazam et la mort de centaines de héros. Pas si simple.


En effet, dans ce numéro, on découvre que les Superman et Batman de Terre 22 ne sont pas encore aussi âgés que dans Kingdom Come, que Superman ne s'est pas retiré après l'assassinat de Lois Lane par le Joker, et d'ailleurs Magog n'existe pas encore et n'a pas exécuté le Joker en représailles. Nous sommes donc bien avant et pas après Kingdom Come.

Waid intègre à son récit des éléments qu'il n'a pas créés comme la présence de Gog, créé par Geoff Johns et Alex Ross dans les pages de Thy Kingdom Come, l'arc qu'ils ont co-écrits pour la série Justice Society of America. Mais en même temps, dans cet arc de JSA, ce n'est pas David Sekela qui devenait Magog mais David Reid, un descendant de Franklin Delano Roosevelt, servant dans l'armée américaine au Moyen-Orient.

Comment interpréter tout ça ? On peut supposer, par exemple, que Mark Waid joue avec les reboots ayant eu lieu dans le DCU depuis Kingdom Come, qui était lui-même un récit hors continuité initialement. Entre temps, il y a eu les New 52 puis DC Rebirth, de quoi pas mal chambouler la mise en place de l'intrigue originelle. Durant les New 52, la JSA n'avait notamment jamais existé et donc l'histoire de Thy Kingdom Come avait été effacée.

Bien entendu, cet arc de World's Finest ne fait que débuter et donc il est difficile, pour ne pas dire impossible de deviner comment Waid va composer avec ce qui a précédé ni où il va aboutir. La seule certitude à ce stade, c'est qu'on est bien sur la Terre 22. Après le diable est dans les détails : Lois Lane est encore en vie (comme le Joker), Superman n'est pas retiré (et ne porte pas son costume futur), Batman porte son armure mais pas parce qu'il est lourdement handicapé.

Et surtout donc, il y a Gog, qui semble avoir une influence énorme sur cette Terre parallèle, notamment vis-à-vis de la Justice League... Mais je ne vais pas spoiler la fin de l'épisode et sa dernière double page impressionnante. En vérité, on est en face d'un puzzle dont seul le scénariste connait le motif. Il convient d'être patient.

Ce qui ne signifie pas qu'on s'ennuie en attendant. Waid fournit à Dan Mora l'occasion de briller et le dessinateur produit des planches explosives. La bagarre que déclenche Thunderman (David Sekela ayant modifié son pseudo de Thunder Boy par rapport à son âge) contre Superman est spectaculaire. Quand les deux Batman s'affrontent à leur tour et que le Nightwing de Terre 22 surgit pour l'aider, la baston se fait plus stratégique mais pas moins percutante.

Mora garde des cartouches pour l'entrée en scène de Gog dont le design est toujours aussi impressionnant et donc l'épisode se referme sur une double page bluffante. On reste estomaqué par la force de travail de Mora qui garde un niveau affolant sur deux séries mensuelles sans jamais s'essouffler. 

Bon, je continue à le préférer sur World's Finest car je trouve que sa manière de représenter Superman et Batman est plus conforme à ce que j'aime que quand il dessine Shazam, où son trait me paraît trop anguleux. Mais c'est tout de même un phénomène exceptionnel en ces temps où les éditeurs ont tant de mal à trouver des artistes capables d'enchaîner les épisodes.

Mention aussi aux couleurs de Tamra Bonvillain, qui, je trouve là aussi, conviennent mieux au trait de Mora qu'Alejandro Sanchez sur Shazam. Elle contribue énormément au charme et à l'efficacité du titre en accompagnant l'artiste titulaire mais aussi les fill-in (quand Mora a quand même besoin de souffler entre deux arcs).

C'est une lecture un peu frustrante mais qui ne va certainement pas manquer de surprendre.

mercredi 22 novembre 2023

Brie Larson nous donne des LESSONS IN CHEMISTRY


En attendant que je puisse voir The Marvels, j'en ai profité pour visionner les 7 épisodes de Lessons in Chemistry dont Brie Larson tient également le haut de l'affiche. Adapté du roman de Bonnie Gramus par Lee Eisenberg, cette mini-série suit le parcours d'une scientifique en butte au machisme de son époque. Dommage qu'en cours de route, l'histoire s'éparpille...

Ce qui suit contient des SPOILERS !


Elizabeth Zott, technicienne de laboratoire à l'institut de recherches d'Hastings, aimaerait mener ses propres projets mais la hiérarchie le lui refuse au profit de ses homologues masculins. Elle expérimente alors ses trouvailles chez elle en s'adonnant à son autre passion, la cuisine. Jusqu'à ce qu'elle soit remarquée pour ses compétences en chimie par la star de l'institut, le Dr. Calvin Evans, dont elle devient l'assistante.
 

Ensemble, ils travaillent sur un concept révolutionnaire, l'abiogenèse, à l'origine de la vie. Mais quand ils commencent à partager des sentiments amoureux, cela ne passe pas inaperçu et le le superviseur Donatti met en garde Liz si elle distrait Calvin. Ils décident alors de vivre ensemble et c'est ainsi que Liz fait la connaissance de la voisine de Calvin, Harriet Sloane, qui se bat contre un projet d'autoroute qui passerait dans leur quartier à majorité peuplé de noirs. Calvin accepte de soutenir cette cause mais entre temps ils présentent le résultat de leurs travaux, à lui et Liz. Hastings refuse cependant catégoriquement que la jeune femme co-signe la publication. Peu après, Calvin meurt, renversé par un bus.


Dévastée, Liz découvre grâce à Harriet le portrait à charge qu'un reporter du L.A. Times a écrit sur Calvin. Harriet exige un rectificatif, sans succès, mais évoque le projet d'autoroute sur lequel le journal va enquêter. Liz revient à Hastings pour trouver le labo qu'elle partageait avec Calvin vidée. Donatti lui cache qu'il a repris leurs travaux en s'appuyant sur leurs notes, prétendument détruites par mégarde. Et veut ensuite la virer quand elle apprend qu'elle est enceinte.


Liz donne naissance à une fille, Mad. Elle peut compter sur le soutien d'Harriet pour l'élever. Pour subvenir à ses besoins, elle aide des chercheurs de l'institut en secret et vend des Tupperware. Puis elle transforme sa cuisine en labo pour y reprendre ses recherches et en commandant du matériel au frais d'Hastings. Charlie, le mari d'Harriet, rentre de Corée et reprend son poste de chirurgien tandis que sa femme veut redevenir avocate.


Liz fait la connaissance du père d'une camarade de classe de Mad à qui sa fille donne ses goûters. L'homme est un producteur de télé et en apprenant la situation et les références de Liz, il lui propose d'animer une quotidienne sur la cuisine. Elle accepte après réflexion pour un salaire supérieur à celui qu'elle touchait et en profite pour dispenser ses leçons de chimie aux téléspectatrices. Le patron de la chaîne exige des changements mais le succès d'audience l'oblige à se raviser.


Tandis que Mad souhaite en savoir plus son père qu'elle n'a jamais connu et que sa mère rechigne à évoquer, Liz accepte d'aider Harriet à promouvoir une manifestation contre le projet d'autoroute à l'antenne. Pour ne pas léser l'équipe technique, elle la paie avec son propre salaire. Mad, elle, se tourne vers le révérend Curtis Wakely,  proche des Sloane, pour localiser l'orphelinat où à grandi Calvin. Le jour de la manifestation, Liz assiste à la répression brutale du mouvement par la police.
 

Liz accepte d'aider sa fille dans ses investigations. Calvin n'a jamais connu ses parents et ses dispositions précoces en sciences ont servi à l'orphelinat pour élaborer un breuvage ensuite commercialisé. Admis à l'institut Hastings, il en devient la vedette mais son caractère solitaire le rend asocial jusqu'à sa rencontre ensuite Liz. Pendant des années, il entretient une correspondance avec le révérend Wakely qui s'interrompt brutalement à sa mort. Wakely trouve enfin l'adresse de l'orphelinat où on jure à Liz et Mad n'avoir aucune trace du séjour de Calvin. Jusqu'à ce qu'elles trouvent une fiche dans un livre de la bibliothèque attestant qu'il y était. L'ouvrage était le roman préféré de Calvin, offert par la fondation Remsen qui lui offrit une bourse pour l'université.

Brie Larson divise. Bien qu'elle soit talentueuse, au point d'avoir décroché l'Oscar de la meilleur actrice en 2016 pour son rôle dans Room (où elle était remarquable), elle a acquis la notoriété mondiale en incarnant Carol Danvers/Captain Marvel dans le MCU en 2019.

Et c'est là que les ennuis ont commencé. Car une partie du public n'a pas apprécié son interprétation de l'héroïne, la jugeant "pas assez souriante"... Depuis, elle traîne une réputation de comédienne rigide auprès de certains pseudo-fans. Et, malheureusement, cela ne s'est pas arrangé avec la sortie récente de The Marvels (suite de Captain Marvel), boudé par le public (sans doute aussi sujet à une fatigue des films de super héros, soulignée par la qualité inégale des dernières productions Marvel).

Chez nous, quand un acteur veut retrouver de la crédibilité ou de la sérénité perdues au cinéma, il se tourne vers le théâtre. Aux Etats-Unis, on peut dire que la télé et les plateformes de streaming sont devenues le refuge de stars en quête de rédemption. Elles apportent un prestige certain à des productions qu'on n'aurait peut-être pas considérées avec attention sans elles.

Brie Larson a donc choisi de co-produire Lessons in Chemistry, l'adaptation du best-seller de Bonnie Garmus, et d'en jouer le premier rôle, celui d'une chimiste surdouée mais à qui son époque refuse de donner du crédit car le machisme domine. La présentation du personnage d'Elizabeth Zott est si soignée qu'on se demande si elle n'a pas vraiment existé mais aurait été oubliée par les livres d'Histoire en raison du contexte.

Zott va devenir l'assistante d'un scientifique renommé d'un prestigieux institut de recherches et nouer avec lui une romance qui connaîtra une fin prématurée et tragique. Tout est à refaire puisqu'on lui refusera le droit de co-signer la publication de leurs travaux révolutionnaires. Qui plus est, elle est enceinte de l'homme qu'elle aimait et qu'elle vient de perdre. Et puis le destin va mettre, au bout de sept années difficiles, sur sa route un producteur de télé qui lui offre d'animer un show culinaire où elle va dispenser son savoir au public via des recettes.

Si la série s'était contenté de suivre cette ligne narrative et ses conséquences directes, concrètes, sur la vie de Liz Zott, notamment dans l'impact de sa popularité sur ses relations avec sa fille, cela aura amplement suffit à alimenter les sept épisodes dans leur réflexion sur la place des femmes dans les années 50, leur accès au domaine d'excellence, bref leur émancipation dans une société corsetée. On pouvait même pousser un peu pour faire de la place au subplot concernant les origines de Calvin Evans et les investigations de Mad Zott (en dévoilant en parallèle et progressivement la correspondance entre le savant et le révérend Wakely : une intrigue secondaire qui éclaire sur les différences entre la rationalisme pur et la foi religieuse).

Mais Lee Eisenberg, le showrunner, a eu les yeux plus gros que le ventre : il a ajouté à cela le combat de Harriet Sloane, voisine de Evans puis du couple qu'il forma avec Zott, pour les droits civiques. En 1958, en effet, un certain Martin Luther King Jr. commençait à faire parler de lui pour réclamer que les noirs américains ne soient plus victimes de la ségrégation raciale.

Pourquoi pas ? Sauf que cela tombe comme un cheveu dans la soupe et surtout la série ne réussit absolument jamais à lier les deux thèmes. Pire : alors qu'on a pris fait et cause pour Liz Zott et sa propre bataille, elle devient presque antipathique quand elle doit expliquer qu'en s'impliquant dans l'action d'Harriet, elle risque sa carrière et compromet la situation de toute l'équipe qui vit grâce à son émission. Résultat : à la fin, l'histoire d'Harriet passe sous le tapis, comme si les scénaristes avaient compris qu'ils n'avaient ni la place ni le temps de la raconter, notamment à cause du récit concernant les recherches de Mad pour savoir d'où venait son père, qui il était.

C'est dommage. Il aurait fallu soit plus d'épisodes pour tout bien traiter, soit carrément sacrifier l'histoire d'Harriet (en se concentrant uniquement, par exemple, sur le retour de son mari, vétéran de la guerre de Corée et qui veut reprendre son travail de chirurgien alors qu'elle pensait qu'en revenant il la laisserait reprendre sa place d'avocate). Là, on a un personnage de trop, une histoire de trop. Non pas que celle d'Harriet soit moins intéressante, mais juste qu'elle encombre la série.

C'est d'autant plus dommage que l'interprétation de Aja Naomi King dans le rôle d'Harriet est magnifique et ses scènes avec Brie Larson sont excellentes. Larson elle-même est formidable, même si ses détracteurs lui reprocheront encore et toujours son jeu très intériorisé : elle ne cherche jamais à rendre Liz plus aimable, affable, elle n'est jamais dans la séduction. Mais elle est juste et impeccable. Dans la peau de Wakely, Patrick Walker est aussi épatant et on regrettera que la série ne dévoile son importance par rapport à Evans que si tard.

Lessons in Chemistry s'éparpille donc un peu trop, mais si vous n'êtes pas bêtement allergique à Brie Larson, alors c'est une série qui mérite le détour.

samedi 18 novembre 2023

DANGER STREET #11, de Tom King et Jorge Fornes


Ah bon sang que c'est embêtant de critiquer la (presque) fin d'une série ! Comment en dire assez sans en dire trop ? Surtout que Tom King et Jorge Fornes semblent s'être ligués pour ne pas rendre la tâche du critique facile. Disons alors que ce onzième et pénultième numéro de Danger Street est magistral et étrange à la fois.


Le ciel va tomber et l'univers s'effondrer sous lui. Orion a reçu la nouvelle de ses pères et se demande comment les Dingbats peuvent rester aussi insouciants. LadyCop, elle, reçoit deux visites qui se finissent mal pour ses visteurs. Le casque du Dr. Fate résoudra-t-il les problèmes de tout ce beau monde ?


Alors oui, les images qui accompagnent cet article en disent peut-être trop. Oui, il y a des morts. Oui, le Creper et Warlord n'ont pas l'air en forme. Oui, Orion arbore un tee-shirt "Darkseid is" qui rappellera des souvenirs aux lecteurs de Mister Miracle. Et oui, pratiquement tous les protagonistes sont réunis dans la cuisiine de LadyCop... Et Commodore Murphy est l'otage d'Abdul Smith et des Outsiders.
 

Êtes-vous plus avancés pour autant ? Laissez-moi vous dire que non parce que Danger Street reste fidèle à ce qu'elle est : une série bizarre, imprévisible, racontée comme une fable, et dont il est impossible de deviner le dénouement qui aura lieu le mois prochain.


Si on se fie aux images et aux apparences, tout le suspense restant réside dans le fait de savoir si, en utilisant le casque du Doctor Fate les Dingbats, Starman, Orion et LadyCop vont ressiciter GoodLooks, Warlord, le Creeper et sauver aussi, accessoirement, l'univers qui s'effondre parce que ni le Haut-Père de New Genesis ni Darkseid d'Apokolips n'ont pu l'éviter. Et donc n'oublions pas dans tout ça ce que réserve le destin à Commodore Murphy, Abdul Smith, les Outsiders, Atlas, Metamorpho.

Quand on écrit cela et qu'on le lit, ça ressemble à un inventaire à la Prévert. Pas sûr que cette référence parle à Tom King mais sait-on jamais, le bonhomme a de la culture et des Lettres. En tout cas, ça synthétise parfaitement cette dinguerie de série qui a assemblé, contre toute attente, des personnages aussi curieux, divers et variés que ceux de 1st Issue Special, cette anthologie des années 70 publiée par DC.

Aussi étonnant que cela puisse paraître donc, King aura réussi à faire vivre dans une même série ces héros au coeur d'une intrigue particulièrement acrobatique mais en réussissant aussi à faire en sorte que jamais, même à un épisode de la fin, le lecteur ne sache où tout ça va aller, comment tout ça va se conclure.

Et si, en fin de compte, Danger Street était un comic-book sur l'art de raconter des histoires ? Si l'intrigue n'était qu'une vague prétexte pour réunir des individus qui, en temps normal, n'avait aucune chance de se croiser. Si c'était, en vérité, une métaphore de la notion d'univers partagé par l'absurde ? Une mini-série free jazz ?

Cette hypothèse est séduisante mais ce n'est que la mienne. Si je vous la soumets quand même, c'est parce que Danger Street pourrait être la culmination du travail, de l'oeuvre de King au sein du DC Black Label. Quand on y pense, qu'y a accompli King ? Il y aura raconté des histoires avec des seconds, voire troisièmes couteaux du DCU : Scott Free, Adam Strange, Christopher Chance, Supergirl, etc. Tout ce qu'on trouve, comme grossis sous un verre de loupe, dans Danger Street.

Les héros de cette série sont encore plus hasardeux et improbables que ceux qu'a déjà animés King. Le Starman qu'il a choisi n'est pas Ted ni Jack Knight mais Mikaal Tomas, le Starman bleu. Warlord est un ersatz de tous ces héros de fantasy. Orion apparaissait et mourrait dans son Mister Miracle. Le Creeper est une création de Steve Ditko qui avait déjà inspiré King pour Rorschach (si ça, c'est pas une preuve que tout est lié dans ses livres pour le Black Label...). Qui avait entendu parler des Dingbats, de la Green Team, des Outsiders avant Danger Street ? Et de LadyCop ?

Comme d'hab', King nous les a rendus étonnamment familiers tout en préservant leur bizarrerie. Et donc on est désormais attaché à ce qui va leur arriver tout en espérant que la fin de leur aventure commune sera au niveau de ce qui aura présidé à leur réunion. Mais on n'est pas dupe : tout cela est absurde, et c'est bien la forme du conte, de la fable qui convient le mieux pour nous avoir fait avaler cette potion. Une potion grisante, euphorisante, excitante.

Pour contrebalancer cette dimension, il aura fallu compter sur un artiste qui, lui, a dessiné ça avec une simplicité désarmante, comme si tout, pour lui, coulait de source et devait être présenté comme si c'était un comic-book comme les autres. Saluons donc Jorge Fornes, encore une fois.

Il nous gratifie ici d'un nombre presque anormal de splash et doubles pages, magnifiquement colorisés par le maestro Dave Stewart, qui, comme Fornes fait tout comme si tout était parfaitement normal, ordinaire. On n'en attend pas moins de celui qui reste lié à jamais au Mignolavers, à Hellboy, au BPRD. Ce n'est pas quelques olibrius sortis de la cave du DCU qui vont le changer.

Mais Fornes continue, comme personne, à rester dans les rails et donc à calmer la partie quand par exemple on a droit à cette scène impayable avec Orion et les Dingbats, lui venant d'apprendre que la fin de l'univers était inévitable et imminente tandis qu'eux se chamaillent jouant à la console. Ou encore quand Non-Fat explique, en parsemant son exposé de jurons, à LadyCop comment il est arrivé avec Warlord jusque chez elle en pleine nuit. Et qu'elle lui répond, tranquille, de façon tout aussi froidement hilarante, que, puisque c'est comme ça, hé bien, on va l'utiliser, ce casque de Dr. Fate, pour voir si ça marche.

J'adore cette série pour tout ça : son casting impossible, ses scènes goofy, cette distance, et cet humour mixé avec la fin du monde. J'ignore totalement comment on peut finir un tel scénario mais je fais confiance à King et à Fornes pour nous dérouter une ultime fois dans un mois.