vendredi 23 décembre 2022

NAMOR THE SUB-MARINER #3, de Christopher Cantwell et Pasqual Ferry


L'odyssée futuriste de Namor the Sub-Mariner par Christopher Cantwell et Pasqual Ferry est décidément une franche réussite. Pour qui est fan du héros, c'est même une bénédiction car rarement ces dernières années il aura été si bien traité. Le scénario réserve cette fois-ci encore des surprises et visuellement c'est tout simplement magnifique.


Alors que Eudora, la scientifique atlante, tente de reconstituer l'ADN de Jim Hammond, elle est enlevée par un androïde. Au même moment, Namor et Luke Cage atteignent la Latvérie désertée par Dr. Fatalis.


Accueillis et escortés par des Fatalibots, les deux hommes cherchent des indices sur la Torche Humaine et découvrent dans les sous-sols du château des survivants humains et leurs enfants.


Ceux-ci sont sous la protection de Egad le mort-vivant, créature de Fatalis, qui engage le combat avec Namor qu'il accuse de vouloir tuer les enfants. La bataille dégénère mais Namor calme son adversaire.


Eudora réussit à échapper à son ravisseur et contacte Namor, convaincu que Jim Hammond prépare un mauvais coup, même si Egad et Luke Cage sont plus réservés...

J'ai souvent été déçu ces derniers temps par les mini-séries produites par Marvel qui ressemblent plus pour moi à des moyens de garder dans l'actualité des personnages par ailleurs absents de titres popualires. Je compare fréquemment les ambitions de l'éditeur en la matière avec ce que réussit à faire DC et son Black Label, autrement plus ambitieux et abouti.

Mais Namor The Sub-Mariner : Conquered Shores de Christopher Cantwell pourrait bien marquer un tournant et inspirer de futurs projets et donc Marvel à être plus audacieux. Car si Namor est actuellement présent dans les pages de Avengers par Jason Aaron, il reste mal écrit par beaucoup, qui se satisfont de le décrire comme un vilain colérique, seulement sauvé par son amitié avec Captain America.

Par le passé, John Byrne par exemple avait écrit un run resté dans les mémoires de ceux qui l'ont lu et qui faisait honneur au prince des mers. James Robinson et Steve Pugh dans leur relance des Invaders l'animèrent aussi avec application. Et puis il y eut le superbe Namor : Voyage au fond des mers de Peter Milligan et Esad Ribic. Maigre bilan malgré tout pour le personnage imaginé par Bill Everett en 1939.

Christopher Cantwell a eu une riche idée en déplaçant l'action de son récit dans le futur car cela lui permettait d'appréhender Namor sans avoir à tenir compte de ce qui en a été fait récemment, de faire en somme table rase du passé. C'est un peu un "Old Man Namor" qu'on trouve dans les pages de Conquered Shores, moins impulsif, moins arrogant, et plus sage, presque repenti.

Namor n'a pas perdu sa morgue ni sa majesté, mais son périple en compagnie de Luke Cage fait irrésistiblement penser à Ulysse dans L'Odyssée de Homère. Son voyage s'apparente à une initiation tardive, celle d'un roi déchu en quête de réconciliation avec les gens de la surface qu'il a si souvent pris pour ennemi.

Ce troisième épisode souligne avec à-propos ce à quoi il doit faire face quand on lui rappelle sans cesse, Luke Cage le premier, à quel point son attitude hautaine et agressive a abouti à une méfiance éternelle à son égard. Même maintenant qu'il a abandonné son trône au profit de sa cousine et tente de s'imposer comme un protecteur de tous les rescapés d'une attaque kree qui a envoyé tous les super-héros dans l'espace, Namor doit persuader tous ceux qu'il croise qu'il a changé, mûri, appris de ses erreurs.

Dans cette étape qui le mène avec Cage en Latvérie, il est rappelé à ses alliances ponctuelles avec le Dr. Fatalis et à sa réputation de conquérant aux méthodes expéditives quand Egad le mort-vivant l'accuse de vouloir tuer des enfants qu'il a mis à l'abri dans les sous-sols du château. En parallèle, Cantwell met en scène l'enlèvement de Eudora, la scientifique atlante, par un androïde mais souffle chaud et le froid à ce sujet. Comme Namor, on devient sûr que Jim Hammond prépare un vilain coup avec les machines. Mais la voix de Cage nuance cela quand il s'agit de questionner le mobile de cette attaque. La dernière page nous plonge encore plus dans la perplexité.

Le script, nuancé donc et malin aussi, est magnifiquement mis en image par Pasqual Ferry qui revient en très grande forme - et ce retour semble se faire sur la durée puisque le dessinateur espagnol va enchaîner ensuite avec le relaunch de Docto. Strange (écrit par Jed MacKay, à partir de Mars 2023).

Ferry était fait pour dessiner Namor à qui il donne cette allure altière sans forcer. L'époque futuriste lui a permis de le vieillir légèrement en lui donnant des tempes blanches (comme son rival Mr. Fantastic) mais aussi un vêtement en rapport avec une régression de ses pouvoirs, sous la forme d'une armure. Ainsi, Namor ressemble à un chevalier revenant de la guerre, comme Ulysse ou un membre de la Table Ronde.

Surtout, Ferry respecte la physionomie du personnage, loin de son incarnation dans le MCU (où le personnage est devenu mézo-américain, un choix qui ne cesse de m'interroger alors qu'à tout prendre j'aurai davantage vu Namor campé par un asiatique comme le suggère ses yeux en amande). Il le représente ni trop grand ni trop musclé, svelte, ce qui apporte un contraste intéressant avec le plus massif Luke Cage ou le très grand Egad.

Tout cela évoulue dans des décors auxquels le dessinateur ibérique avec le coloriste Matt Hollingsworth insufflent un côté hanté, désolé sans être post-apocalyptique. Ces "rivages conquis" comme l'indiquent le sous-titre de la mini-série sont surtout ceux d'une Terre délaissée, déserté, où ceux qui sont restés vivent comme dans d'ultimes refuges et dans un dénuement poignant.

Si seulement Marvel avait l'idée de confier à Cantwell une série régulière dans le présent sur Namor, avec un artiste d'une classe équivalente à celle de Ferry, ce serait idéal. Mais en attendant cela, cette production a de quoi combler les fans du prince des mers.

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #10, de Mark Waid et Dan Mora


Le pénultième épisode de cet arc de Batman - Superman : World's Finest réserve un cliffhanger de folie - et je pèse mes mots ! Mark Waid fait très fort, en revisitant un de ses propres classiques, donnant à cette série une dimension et une perspective assez vertigineuses. Dan Mora n'est pas en reste et produit encore une fois débordantes d'énergie.


Enlevé par le Joker et la Clé, David Sekela/Boy Thunder est recherché par Superman les Teen Titans et Batman, qui trouve un indice déterminant en relation avec un bâtiment abandonné de LexCorp.
 

Pendant ce temps, entre deux interrogatoires musclés du Jiker qui veut savoir l'identité de Batman et Superman, David révèle à la Clé qu'il vient d'une Terre parallèle, ce qui fascine le vilain.


Batman, les Teen Titans et Superman arrivent enfin pour sauver David. Le Joker s'enfuit d'un côté et la Clé de l'autre, libérant un monstre d'une dimension parallèle pour occuper les héros.


Une fois délivré, David poursuit le Joker et manque de le tuer, promettant que, quel que soit le temps que ça prendrait, il se vengera de ce qu'il lui a fait subir - et il tiendra promesse...

La tentation est grande de vous dévoiler ce que montre la toute dernière (splash) page de cet épisode car on y découvre quelque chose de véritablement vertigineux. Mark Waid prouve par-là même qu'il n'écrit pas Batman - Superman : World's Finest comme une simple succession d'aventures située dans le passé des deux héros, mais que cela lui sert de passerelle vers le futur du DCU.

C'était déjà le cas avec le premier arc qui a abouti à la mini-série Batman vs. Robin qui, elle-même, débouche sur l'event Lazarus Planet. Mais en vérité, ce qui intervient à la fin de World's Finest #10 est sans aucun doute encore plus fort en termes d'impact dramatique.

Pourquoi ? Parce que, sans donc en dire trop, Mark Waid offre une perspective inattendue et folle à un de ses grands classiques des années 1990. Le citer reviendrait à éventer où il veut en venir. C'est donc très compliqué de rédiger cette critique sans spoiler. Le mois prochain avec le #11, ce sera sans doute inévitable, donc profitez-en.

Cela ne signifie pas qu'avant cette dernière page ce qui se passe revêt un intérêt moindre ou négligeable. Le mois dernier, le Joker et la Clé créaient une diversion spectaculaire pour enlever David Sekela/Boy Thunder et le jeune garçon est désormais entre les mains des deux criminels. L'occasion pour le scénariste là encore d'évoquer des références passées.

En torturant David, le Joker semble répéter ce qu'il infligera des années plus tard à Jason Todd, le deuxième Robin et futur Red Hood, qu'il avait passé à tabac avant de l'assassiner. C'était le climax de Batman ; Un Deuil dans la Famille en 1988 (écrit par Jim Starlin et dessiné par Jim Aparo) au terme duquel les lecteurs furent sollicités par DC pour décider du sort de Jason Todd - condamné alors par des fans qui l'aimaient moins que Dick Grayson, son prédécesseur.

Tandis que Superman, frustré par la tournure des événements et en colère contre lui-même pour avoir perdu de vue David au pire moment, mais aussi Batman et les Teen Titans cherchent Boy Thunder dans Gotham et doivent franchir plusieurs épreuves dans une narration ressemblant aux niveaux d'un jeu  vidéo, les scènes avec le garçon et ses ravisseurs sont d'une intensité exceptionnelle. Waid, en particulier, en profite pour donner un relief particulier à la Clé, en revenant sur l'origine de ses pouvoirs et de son aspect physique, mais surtout sur son obsession d'ouvrir des portes de toutes sortes.

En apprenant que David vient d'une Terre parallèle, il le considère comme la preuve de l'existence du multivers, autrement dit comme une sorte de clé permettant d'accéder à des dimensions inconnues, c'est-à-dire une sorte d'aboutissement pour ce vilain. Cet échange devient le résumé de tout l'épisode (et même de cet arc) car jusqu'à la fin il ne s'agira plus que d'ouvrir des passages et d'atteindre des paliers dramatiques.

Dan Mora n'a pas abandonné son rythme de travail car même s'il en a fini avec Once é Future (la série qu'il a co-créée avec Kieron Gillen), il signe encore de nombreuses couvertures et vient de produire le premier numéro d'un crossover entre les Mighty Power Rangers et les Teenage Mutants Ninja Turtles. A quand cet homme dort-il ?

Cette fantastique santé rejaillit sur son dessin qui déborde d'énergie. Et même si on peut repérer, pour peu qu'on fasse attention, quelques raccourcis graphiques (avec des décors parfois absents ça et là), on ne peut reprocher à Mora de faire les choses à moitié. D'abord parce que son découpage est une emrveille de tonicité et de fluidité. Ensuite, parce que même en étant plus léger sur certains éléments, la quantité d'informations visuelles qu'il fait passer et la densité de ses compositions restent au-delà de la moyenne.

En effet, il doit animer un casting très fourni (Batman, Superman, les cinq Teen Titans, David Sekela, le Joker et la Clé), et le plus souvent quand tout ce monde est réuni, il parvient à les caser dans un même plan dans leur grande majorité. Mais surtout parce qu'il se plie à un script avec une sorte d'amusement sidérant, qu'il s'agisse de montrer l'intérieur d'un bâtiment rempli de portes dans tous les sens ou de fiare jaillir un énorme monstre de l'une d'entre elles.

Il y a une double jubilation dans le dessin de Mora : la première parce qu'on ressent la jouissance de cet artiste à dessiner, et la seconde parce qu'on apprécie ce foisonnement si vif. Ajoutez-y les couleurs parfaites de Tamra Bonvillain, avec laquelle il a ses habitudes, et la lecture est un plaisir sans égal.

Après donc ce climax, comment le prochain épisode va-t-il résoudre cette intrigue en "effaçant" en quelque sorte Boy Thunder de la continuité tout en opérant la liaison vers ce qu'il est devenu ? Cette question explique pourquoi lire Batman - Superman : World's Finest est si palpitant.

jeudi 22 décembre 2022

X-MEN ANNUAL #1, de Steve Foxe et Andrea Di Vito


C'est un petit événement mais il s'agit du premier Annual de X-Men depuis un bail puisque, depuis House of X/Powers of X, cette tradition avait cessé. Curieusement, ce n'est pas Gerry Duggan qui est aux commandes de ce one-shot mais Steve Foxe et le scénariste a choisi de se pencher sur le cas de Firestar, récemment élue lors du dernier Hellfire Gala. Il est accompagné par Andrea di Vito au dessin et le résultat est enthousiasmant.


Prise à parti par les Hellions qui lui reprochent d'avoir rejoint Krakoa tardivement, Firestar reçoit le soutien d'Iceberg avant qu'une bagarre n'éclate. Direction : le QG des X-Men à New York.


Forge, à la demande de Cyclope, liste les affaires actuelles dont l'équipe peut s'occuper. Parmi elles, l'approvisionnement de médicaments krakoans à un hôpital de Floride. Firestar est volontaire.


Cyclope l'accompagne et une infirmière les fait entrer dans la salle où sont entreposés les médicaments. Dehors, une tempête se déclare et Cyclope s'occupe de protéger les patients.
 

Firestar sort et découvre que le responsable de la météo n'est autre que Cyclone, un mutant qu'elle a affronté lorsqu'elle faisait partie des New Warriors.


Elle le maîtrise mais il révèle alors avoir piégé l'hôpital avec une bombe. Firestar intervient pour la détruire. De retour à Krakoa, elle promet aux Hellions d'honorer son statut de mutante et de X-woman.

En Juin dernier, lors du deuxième Hellfire Gala, Firestar était élue pour intégrer les X-Men. Elle le devait au vote d'Emma Frost en sa faveur mais la Reine Blanche du Club des Damnés comptait surtout qu'Angelica Jones devienne le visage de lé réconciliation entre mutants et Avengers (et plus généralement entre les mutants et les autres super-héros).

En vérité, l'élection de Firestar ne devait rien au hasard, encore moins à Emma Frost puisqu'elle faisait partie des personnages soumis aux votes des fans pour la nouvelle formation des X-Men, et c'est elle qui remporta le plus grand nombre de voix. Ainsi, Gerry Duggan qui venait de sortir Sunfire, autre mutant pyrokinétique de l'équipe, sans en avoir fait grand-chose, devait composer avec un nouveau membre aux pouvoirs semblables qu'il n'avait pas choisi.

Et force est de constater que pour le moment Duggan semble encore se demander comment employer Firestar. Il ferait bien alors d'étudier cet Annual écrit par Steve Foxe qui synthétise parfaitement qui est Angelica Jones et explique pourquoi les lecteurs ont voté pour elle.

Bien que mutante, Firestar n'a que rarement évolué parmi ses semblables. Elle a fait partie des Avengers et des New Warriors aux côtés de Justice (Vance Astro), qui fut son compagnon. Elle fut aussi une des amies de Spider-Man avec Iceberg dans la série d'animation Spider-Man and his Amazing Friends (dont s'était souvenu Brian Bendis dans Ultimate Spider-Man). Plus récemment, Jason Aaron l'avait incorrporé à ses Amazing X-Men, mais après le départ du scénariste, le titre fit long feu (si je puis dire...).

Dans l'histoire de Angelica Jones, il y eut aussi la série Marvel Divas qui traitait de la période où elle était atteinte d'un cancer, entourée de ses amies (Patsy Walker/Hellcat, Misty Knight, Felicia Hardy/Black Cat).

Tout cela et plus encore est impeccablement et subtilement repris par Steve Foxe dans son Annual où on sent que l'auteur aime vraiment ce personnage et veut lui rendre justice. Il ouvre l'épisode par une altercation à Krakoa entre Firestar et une bande d'Hellions qui lui reproche de ne pas toujours avoir assumé sa "mutanité", préférant s'afficher auprès des Avengers ou des New Warriors, et donc de ne pas mériter sa place au sein des X-Men. Iceberg vient à son secours.

Puis Cyclope l'accompagne en mission après qu'elle se soit portée volontaire pour enquêter sur une livraison de médicaments en Floride - une initiative rare de sa part que le leader des X-Men veut soutenir. Le récit est ponctué par les missions remplies par l'équipe sous forme de pleines et doubles pages de façon souvent humoristiques, Jean Grey restant en contact télépathique avec Scott Summers. Foxe glisse des allusions très fines à des passages de la vie de Angelica comme lorsqu'elle traverse un couloir d'hôpital et passe devant un service d'oncologie, qui renvoie à sa propre maladie (causée par ses propres pouvoirs).

De même si le choix de Cyclone, un vilain assez naze, peut décevoir, Foxe s'en sert pour évoquer la période New Warrior de Firestar et il fait en sorte que leur combat soit tout de même assez musclé. C'est un sans-faute, brillamment dialogué, rythmé et sensible.

J'ai été conquis par le dessin d'Andrea Di Vito à qui j'ai trouvé un air de Mark Bagley, ce qui est troublant puisque Bagley fut le dessinateur de... New Warriors ! Di Vito est un artiste à qui il est arrivé une drôle de mésaventure puisqu'il était le premier choix pour la partie graphique de la mini-série BRZRKR écrite par Matt Kindt pour Boom ! Studios. Sans qu'on sache pourquoi, il fut remplacé apr Ron Garney sur ce projet initié par l'acteur et fan de comics Keanu Reeves qui prête aussi ses traits au héros de cette histoire.

Di Vito a donc l'occasion de rebondir avec cet Annual sur un des titres les plus exposés du moment chez Marvel et j'espère qu'on le reverra vite sur un titre régulier car j'aime beaucoup son style, avec des personnages expressifs, des compositions dynamiques, un découpage très fluide, mis en valeur par le coloriste Sebastian Cheng. Ma seule réserve va au fond au redesign du costume de Firestar qu'on doit à Pepe Larraz alors que j'étais un fan de son look originel et auquel il manque un masque.

C'est l'avant-dernier épisode de X-Men dont je parle avant un moment : le #18 sort le 11 Janvier, et ensuite du #19 au 21 la série partage une histoire avec Captain Marvel que je n'ai pas l'intention de lire (ne suivant plus depuis belle lurette Captain Marvel)., ce qui nous projette en Mai 2023 (!) pour renouer avec la série.

BATMAN VS. ROBIN #4, de Mark Waid, Mahmud Asrar et Scott Godlewski


Prévu pour être son dernier épisode, la mini-série Batman Vs. Robin s'est transformée en prologue king-size pour l'event Lazarus Planet, qui sera également écrit par Mark Waid (avec la complicité de Gene Luen Yang). Il ne s'agit donc pas du dénouement de cette histoire et cela peut être friustrant. Au dessin, Mahmud Asrar se partage le boulot avec Scott Godlewski une fois encore.


Epuisé et blessé après avoir affronté Red Robin, Red Hood, Spoiler et Nightwing, Batman doit encore se battre contre son propre fils, Damian, sous les yeux de Nezha et Mother Soul.


Nezha en profite pour s'emparer du casque du Dr. Fate mais au moment de le coiffer, Talia Al Ghul, préalablement libérée par Batman, l'en empêche. Batman récupère le casque et le met sur son crâne.


Batman libère de l'emprise de Nezha tous ceux qui sont sur l'île puis affronte le démon. Mother Soul tente de s'échapper mais Talia la pousse au fond d'un puits sans que Damian ne puisse l'empêcher.


Nezah prend l'ascendant sur Batman, qui maîtrise mal la magie de Fate. Mais en voulant récupérer le casque de ce dernier, le démon le brise et les morceaux tombent dans le puits de Lazare.


Zhu Bajie et Black Alice ordonnent à Batman, Damian et Talia d'évacuer l'île de Lazare car le casque de Fate plongé dans le puits provoque une éruption volcanique...

Dès le mois prochain donc débutera l'event Lazarus Planet dont voici la checklist :


Ce récit qui engage plusieurs séries se concluera en Février, peu après la parution de Batman Vs. Robin #5. Après quelque hésistation, j'ai décidé de zapper cet event qui m'obligeait à acheter des épisodes de séries que je ne suis pas/plus et dont le ressort dramatique ne m'intéresse guère. De ce que j'en ai compris, il s'agira de montrer les conséquences de l'éruption volcanique sur l'île de Lazare à laquelle on assiste à la fin de ce quatrième numéro de Batman Vs. Robin et qui va toucher plusieurs personnages à cause du mélange produit par la destruction du casque du Dr. Fate et du liquide résineux du puits de Lazare.

Il faut dire que je n'avais pas "signé" pour ça au départ, croyant, comme DC l'avait vendu, que Batman Vs. Robin serait une mini-série auto-contenue, découlant de sévénements relatés dans le premier arc de Batman - Superman : World's Finest par Mark Waid et Dan Mora. Ou peut-être ai-je mal lu ? 

Si Mark Waid a, visiblement, développé son intrigue pour aboutir à un event, qu'il co-signera avec Gene Luen Yang (scénariste de la série Prince Monkey, un personnage qui semble avoir un rôle majeur dans Lazarus Planet), je regrette quand même que cela ait pris de telles proportions.

Mais surtout, ne nous voilons pas la face, Batman Vs. Robin n'a pas pas tenu ses promesses. Le postulat initial, l'affrontement entre Bruce Wayne et son fils qui est sous l'emprise du démon Nezah qu'il a libéré de sa prison, s'est avéré décevant. La format de la mini-série, avec ses épisodes de 50 pages, manque de concision et de punch, comme si Waid avait mésestimé la longueur de son histoire.

L'idée de faire revenir Nezha était programmé dès la fin du premier arc de World's Finest et comme c'est un méchant qui ne manque pas de charisme ni de dangerosité, pourquoi pas ? Mais le récit engage Batman dans une aventure pleine de magie où il paraît en constant décalage et où Nezha domine trop facilement tous les magiciens expérimentés du DCU. Comment croire par exemple que la Justice League Dark ait été aussi rapidement neutralisée ?

Quand au duel entre Bruce et Damian, il n'aura pas eu vraiment lieu avant ce quatrième épisode. Et même là, il lui manque cette intensité nécessaire pour nous faire vibrer. Même épuisé et blessé par ces combats précédents contre Red Robin, Spoiler, Red Hood et Nightwing, on a du mal à croire que Batman soit aussi malmené par son rejeton, certes très bien entraîné. Le renfort de Talia Al Ghul est également trop providentiel. Quant à l'autre méchante de l'affaire, la grand-mère Al Ghul, Mother Soul, elle peine à exister dans tout ça (sauf pour ceux qui ont fait sa connaissance dans la série Robin de Joshua Williamson, Gleb Melnikov et Riger Cruz).

C'est tout le souci de cette histoire qui se veut ambitieuse mais qui sert surtout de rampe de lancement à la vraie saga, au plat de résistance que constituera Lazarus Planet. Or, ça fait un moment que DC promet un event magique (déjà suggéré lors du run de James Tynion IV et Alvaro Martinez sur Justice League Dark) sans qu'on ait rien vu arriver. Et maintenant que le voilà, il fait "pschiit !". On voit bien qu'à force de mettre Batman partout, des limites apparaissent et c'est le cas ici.

L'autre déception de Batman Vs. Robin concerne sa partie graphique. Quand j'ai su que Mahmud Asrar arrivait pour s'associer à Mark Waid, j'étaix excité. Mais Asrar a failli : sa version de Batman n'apporte rien au personnage, comme si le dessinateur turc était trop impressionné par l'icone. Certes, ses pages conservent une belle efficacité, mais loin de ce qu'il a produit de meilleur. Er la coloriste Jordie Bellaire n'a pas semblé plus inspirée.

Plus étonnant, Asrar, qui est un modèle de régularité, paraît avoir lui aussi sous-estimé le format du projet dans la mesure où il lui a fallu du renfort pour compléter les deux derniers épisodes. DC a sollicité Scott Godlewski, qui n'est pas un manche, mais dont le trait s'est considérablement trop lissé depuis ses débuts si prometteurs (sur la série Copperhead de Jay Faerber). Aujourd'hui, Godlewski est loin de Sean Murphy à qui il faisait un peu penser.

Si pour le troisième numéro, Asrar assurait la majorité des dessins, cette fois, sans compter précisément, il ne doit plus réaliser que la moitié des cinquante planches de l'épisode. Plus surprenant : il a laissé les meilleurs morceaux à Godlewski, c'est-à-dire les bastons. On a le sentiment très net que Asrar s'est désintéressé de l'ensemble - à moins que sa baisse de régime n'ait été causé par des causes extérieures (maladie temporaire ?). Je ne veux pas l'accabler mais c'est tout de même très frustrant parce qu'on n'a pas autant d'Asrar que promis.

Je lirai et rédigerai une critique de Batman Vs. Robin #5 quand il sortira en Février prochain, en espérant ne pas être trop largué par ce qui se sera passé entre temps dans Lazarus Planet (mais je fais confiance à Waid). Néanmoins, je doute que, quelle que soit la fin, elle sauve les meubles.

jeudi 15 décembre 2022

THE BLUE FLAME #10, de Christopher Cantwell et Adam Gorham


Et rideau sur une des meilleures mini-séries de l'année 2022 ! Car, oui, The Blue Flame aura été jusqu'au bout une superbe histoire, conduite de main de maître par Christopher Cantwell et Adam Gorham. Il faut que vous guettiez sa sortie en vf - en espérant qu'un éditeur s'y intéresse !


Je ne vais rien divulgâcher pour cette critique du dernier épisode de The Blue Flame. D'abord parce que, quand vous lirez cette mini-série, vous la savourerez jusqu'au bout. Mais surtout parce que, en vérité, il n'y a rien à spoiler !


En effet, Christopher Cantwell a conçu le dénouement de son histoire en laissant au lecteur le privilége de l'interpréter comme il le veut. C'est un choix logique somme toute puisque rien n'a jamais été asséné dans ce comic-book qui joue beaucoup sur la question de la foi et de la rédemption.


Sam Brausam est convoqué par son alter ego The Blue Flame au procès de la Terre. Le procédé est assez vertigineux et tient toutes ses promesses grâce à des dialogues admirables mais surtout à un découpage virtuose (je pèse mes mots !).


Et Adam Gorham respecte à la lettre ce découpage, strict, rigoureux, qu'il fait sien, sans être contraint, mais en en tirant tout l'avantage. On est dans une expérience immersive envoûtante qui rend justice à tout ce qui a précédé. Et qui vous hante longtemps après avoir refermé cette ultime épisode.

Vous connaissez cette célèbre formule qui était citée sur l'affiche du film La Liste de Schindler (Steven Spielberg, 1993) : "Qui sauve une vie sauve l'humanité toute entière.". C'est un extrait du Talmud, la loi orale chez les juifs, mais on peut aussi lire cela dans le Coran. Or, c'est ce vers quoi toute l'histoire de The Blue Flame entraîne le lecteur et le héros.

Christopher Cantwell a expliqué, dans une interview donnée en compagnie de son dessinateur Adam Gorham, ce qui l'avait le plus tracassé en écrivant The Blue Flame : la fusillade au cours de laquelle Sam Brausam est blessé gravement et où ses amis et des civils innocents meurent. Les Etats-Unis sont régulièrement frappés par ce genre de drame atroce commis par des désaxés. Mais comment transcrire ça justement dans un comic-book sans être racoleur, maladroit ?

Surtout, on peut se demander si le plus grand défi, en démarrant une histoire par une telle scène, ce n'est pas d'enchaîner, en partant dans quelque chose de fantaisiste. Car The Blue Flame jouait sur deux tableaux : la vie de Sam Brausam après cette tragédie, et le périple du justicier the Blue Flame aux confins du cosmos en train de défendre la Terre lors d'un procès devant déterminer si l'humanité méritait de continuer à exister.

Tout cela est lié : le fait de sauver une vie et l'humanité toute entière, de survivre à une fusillade commise par un forcené, de continuer à vivre malgré tout, de défendre l'humanité malgré sa violence auto-destructrice. Et cette synthèse s'opère dans ce récit en dix épisodes.

Sam Brausam est un homme brisé à plus d'un titre, ayant souffert dans sa chair mais plus encore dans son âme, à qui on vient reprocher d'avoir été une sorte de justicier costumé grotesque ayant perdu pied avec la réalité, et d'avoir inventé un récit délirant sur un procès galactique. La première vie qu'il a à sauver est sans doute la sienne.

Et s'il sauve sa peau, s'il survit, surmonte tout ça, alors l'humanité sera sauvée. Et c'est quand il décide finalement d'assumer son récit qu'il s'affronte lui-même. Cela est mis en scène de manière fascinante dans ce dernier épisode qui montre à quel point un homme peut ressembler à un super-héros, même sans partager son physique, sa rigueur morale, ou à un procureur alien. Ou comment l'humanité se résume à un enfant nouveau-né.

Peut-être que la partie avec the Blue Flame est une fiction. Mais comme toutes les grandes oeuvres de fiction, elle vient des tripes de son auteur et dit une vérité aussi intime qu'universelle. Peut-être que la partie avec Sam Brausam est la fiction. Mais alors c'est une fiction de super-héros qui revient à l'essentiel, la vie d'un homme avant celle d'un surhomme, qui cherche dans le banal, le quotidien, le terre-à-terre le sens de la vie, la raison de son engagement héroïque, sa place dans le cosmos.

Il n'y a pas de héros ni de vilain dans The Blue Flame, pas au sens traditionnel de ce qu'on lit dans les comcis super-héroïques classiques. Ce n'est pas non plus une énième déconstruction de la figure super-héroïque inspirée par Alan Moore. C'est autre chose, subtile et singulier, digne. Cantwell signe ainsi un de ces récits de genre qui ne redéfinit peut-être pas le genre lui-même mais oriente notre regard dessus, offre une nouvelle perspective.

Pour illustrer un propos tel, il faut un grand artiste et Adam Gorham, dans la même interview, avouait que The Blue Flame a été son travail le plus exigeant et le plus ambitieux. C'était la première fois qu'il s'engageait dans dix épisodes et s'il a pris du retard vers la fin, c'était aussi pour respecter l'histoire à défaut de contenter le lecteur voulant son fix régulier.

Ce qui frappe dès lors, c'est à quel point Gorham a, comme Cantwell, tenu à ce que cette histoire ait de la... Tenue justement. Tout ce qui aurait pu être vulgaire a été évité et quand le récit allait dans une direction presque abstraite (comme montrer l'horizon cosmique où peut-être Dieu se trouve), Gorham a trouvé la solution que même son scénariste n'envisageait pas, ne visualisait pas.

Ce qu'accomplit Gorham dans cet épisode final est du grand art. pas forcément de grandes iamges qui vont claquer, vous en mettre plein la vue. Mais des transitions d'une fluidité exceptionnelle, un exercice de haute voltige où d'une case à l'autre un personnage échange sa place avec son interlocuteur, et ce simple tour de passe-passe va vous surprendre, va vous faire comprendre la complexité des enjeux, des échanges. Quand la narration graphique parvient à ce degré de finesse, alors, oui, c'est magistral car ça semble être fait sans effort alors que c'est là le plus compliqué : étonner tranquillement et vous faire des noeuds au cerveau.

C'est très frustrant de ne pas être plus précis, mais franchement ce serait injuste de spoiler. Plus injuste serait que vous passiez à côté de The Blue Flame. Il faut vraiment qu'un éditeur traduise cette histoire (je verrai bien une maison comme 404 Comics s'y intéresser). Et alors il faudra la mettre sur votre liste d'achats. Tant pis si ça prend la place d'un album Urban, Panini ou Delcourt, vous acheterez ceux-ci plus tard. Mais s'il vous plait, quand le moment sera venu, achetez et lisez The Blue Flame !