vendredi 11 novembre 2022

FANTASTIC FOUR #1, de Ryan North et Iban Coello


Fichtre ! Elle pique less yeux, cette couverture d'Alex Ross ! Aussi, ne jugez pas cette relance à sa cover, vous passeriez à côté de quelque chose de vraiment bon. Après Dan Slott, c'est au tour de Ryan North de prendre en charge Fantastic Four, avec la promesse de revenir aux fondamentaux, et accompagné du prometteur Iban Coello au dessin.


Ben Grimm et sa femme Alicia s'arrêtent à Cedar, patelin de Pennsylvaie où l'accueil est bizarre. Le concierge ne se souvient plus d'eux le lendemain et la Chose effraie un gamin qui alerte son père.


Le village a par ailleurs un aspect vieillot. Alicia consulte wikipedia sur son téléphone et apprend que l'endroit serait une ville fantôme depuis le 12 Juillet 1947 !
 

Ben et Alicia mènent l'enquête et découvrent que Cedar est pris dans un boucle temporelle, revivant chaque jour le 12 Juillet 1947 sans s'en rendre compte. Quelle est la cause de cette anomalie ?


Profitant de ce jour sans fin, Ben et Alicia finissent par identifier Sanford, l'amoureux éconduit de la serveuse Minnie comme responsable. Ils le convainquent de refaire sa vie pour leur bonheur respectif.


Le lendemain, tout est rentré dans l'ordre. Ben et Alicia quittent Cedar pour regagner New York. Mais Ben sait ce retour sera difficile car Reed Richards a commis quelque chose de terrible là-bas...

Commençons par... La fin de cet épisode avec la postface qu'adresse le scénariste Ryan North au lecteur :
 

Fan de longue date de Fantastic Four, North est auteur canadien multi-primé pour ses séries Adventure Time et The Unbeatable Squirrel Girl. Il travaille en vérité depuis un an à succéder à Dan Slott dont le run est loin d'avoir convaincu les fans. Et North a décidé de revenir aux fondamentaux, avec une sorte de note d'intention comme celle qu'avait rédigée Mark Waid au début de son run avec Mike Wieringo.

Pour cela, il a établi quatre règles : les Quatre Fantastiques sont fun, sont des aventuriers, peuvent tout faire et doivent être accessibles. North envisage la série avec le respect qui est dû à la création de Stan Lee eet Jack Kirby mais aussi avec le souci que de nouveaux lecteurs doivent pouvoir la découvrir sans avoir besoin de se taper 60 ans de comics. Les personnages doivent renouer avec une légèreté propre à leur vocation d'aventuriers car les 4F ne sont pas des super-héros mais des explorateurs. Et leurs pouvoirs leur permettent de tout faire.

Ensuite, il y a la forme : North a annoncé la couleur en expliquant que chque épisode serait auto-contenu mais qu'un fil rouge les relierait. On découvre de fil rouge dans les deux dernières pages de ce n°1 avec une catastrophe spectaculaire qu'aurait provoquée Reed Richards et qui aurait gravement entâché la réputation et la popularité des FF. Cela rappelle ce que Zeb Wells a fait avec sa relance récente de The Amazing Spider-Man où le tisseur était lâché par tous (super-héros, famille, amis) sans qu'on sache pourquoi si ce n'est qu'il avait lui aussi semé un chaos terrible.

Il y a tout pour me plaire dans le projet de North. Je n'ai lu que les premeirs épisodes de Slott et décroché aussi vite. Mais ce que j'ai toujours préféré avec Fantastic Four, ce sont les runs où ça allait vite, fort, avec l'esprit de famille mis en avant, la dimension aventurière, un mix d'action et de fun. Ce que firent John Byrne et Mark Waid et Mike Wieringo. J'ignore si cette fois sera la bonne, si ce sera aussi bon que Byrne et Waid-Wieringo, mais  au moins sur le papier c'est engageant.

Ce qui pourra dérouter dans ce premeir épisode, c'est qu'on ne lit pas un épisode des FF à proprement parler, les deux protagonistes sotn Ben Grimm/la Chose et sa femme Alicia Masters-Grimm (reliquat de la période Slott où ils se sont mariés), partis en congés (sans les gamins skrull et kree adoptés après l'event Empyre. Ouf !). Ils échouent dans un bled perdu de Pennsylvanie dont ils découvent qu'il est pris dans une boucle temporelle. Pourquoi ?

L'idée renvoie évidemment au film Un Jour sans Fin (Harold Ramis, 1993), chef d'oeuvre de la comédie fantastique. Mais North s'approprie cette astuce narrative avec inventivité et comme l'épisode est plus long qu'à l'ordinaire (une trentaine de pages), il peut développer l'argument et ses possibilités de telle manière que le lecteur considère la situation dans son toute son ampleur, depuis l'accueil hostile des habitants jusqu'au mystère entourant cette anomalie physique.

North ne fait pas que soigner son récit, il le fait vivre et, en premier lieu, avec le couple Ben-Alicia, qu'on a rarement vu aussi vivant, attachant. Alicia, en particulier, n'est pas dépeinte comme une infirme fragile couvée par Ben, mais comme une jeune femme séduisante, entreprenante, intelligente, qui a un rôle actif dans l'histoire et sa résolution. Ben, lui, est caractérisé comme on l'aime, l'archétype du brave type bourru, mais qui ne se réduit pas à sa force et qui est lui aussi capable de réfléchir et d'agir en conséquence.

Le problème est résolu avec finesse, de manière romantique, très touchante, et fait écho à la propre relation entre Ben et Alicia. On se moque du fait que Sanford ait développé un pouvoir provoquant la boucle temporelle, l'épisode fonctionne comme une sorte de fable, de métaphore sur le deuil d'un amour et la capacité de résilience, l'acceptation de trouver un autre amour pour dépasser un chagrin sentimental. C'est brillant - jusqu'au bout quand Ben considère tout cela par rapport à ce sui s'est passé avec le reste des Fantastiques (dernière page vraiment renversante, je vous le garantis !).

Au dessin, Iban Coello est un artiste encore méconnu mais qui ne devrait pas le rester longtemps. Mis en avant par Marvel qui en a fait un de ses "stormbreakers" (au même titre que Carmen Carnero, Elena Casagrande, Nic Klein, etc.), il s'est fait remarquer il y a quelques mois avec le récit hors continuité Dark Ages (écrit par Tom Taylor). Mais il change vraiment de dimension avec Fantastic Four car c'est une titre qui a vu passer de grands dessinateurs et c'est la série fondatrice de tout l'univers Marvel Comics.

J'ai coûtume de penser que pour savoir si un dessinateur est fiable pour Fantastic Four, il faut le juger sur sa manière de représenter la Chose. C'est le personnage le plus dur à saisir, avec son aspect si étonnant. Et Coello coche toutes les cases : il le fait grand, imposant (ce qui ne correspond aux critères de Kirby et Byrne mais que, moi, je préfère), bien rocailleux. J'ai déjà dit qu'Alicia gagnait énormément en féminité et n'était plus cette frêle créature aveugle parfois agaçante, et c'est donc un autre bon point.

Coello ne rechigne pas non plus sur les décors. Cedar est un patelin coincé en 1947 et l'artiste sait être subtil pour donner un air vieillot aux bâtiments sans en rajouter. Surtout, il découpe l'épisode de façon très dense et dynamique à la fois, n'hésitant pas à composer ses planches avec des "gaufriers" de douze cases pour montrer les effets de la boucle temporelle et les efforts déployés par les deux héros pour réveiller la population locale à ce sujet.

Ces effets de mise en scène sont à la fois comiques et déconcertants, on se croirait dans un épisode de La Quatrième Dimension, ce qui est une référence évidente pour North. Cela colle à son prinicpe de faire fun et aventurier tout en restant accessible, et in fine de prouver qu'effectivement un membre des FF peut renverser le cours d'une situation mal engagée. 

Ajoutez à cela que c'est l'excellent Jesus Arbutov qui colorise le tout et vous avez vraiment quelque chose de très sympa à lire, avec des ambiances nuancées, respectant le dessin tout en le valorisant.

J'ai envie de dire que c'est un sans faute. En tout cas, c'est très encourageant pour la suite. Et si en plus on tient compte du fait que, avec la numérotation Legacy, ce Fantastic Four #1 correspond au #694, ça signifie qu'en Mai 2023, Marvel va certainement préparer avec North et Coello (et sans doute quelques invités) un 700è numéo historique. Raison de plus pour investir dans ce nouveau volume de la First Family de Marvel !

jeudi 10 novembre 2022

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #6, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero


Ce sixième épisode de Captain America : Sentinel of Liberty marque la fin du premier arc de la série écrite par Collin Kelly et Jackson Lanzing et dessinée par Carmen Carnero. C'est aussi le dernier numéro que je critiquerai puisque j'ai décidé de ne pas aller plus loin. Ce n'est pas déplaisant à lire, mais tout simplement je n'accroche pas.


Alors, plutôt que de vous résumer l'épisode, comme je le fais souvent à la fin d'un arc narratif ou d'une mini-série, je vais m'en tenir à l'essentiel. D'ailleurs, à proprement parler, il n'y a pas grand-chose à résumer : on assiste à un long affrontement entre Captain America et Bucky, déclenché par la décision de ce dernier de sièger à la table du Cercle Externe, cette organisation qui semble avoir eu une énorme influence politique sur le monde depuis des décennies en en manipulant les symboles héroïques.


Bucky a lui-même été manipulé depuis sa formation militaire jusqu'à sa carrière comme Soldat de l'Hiver. Et il vient d'abattre froidement le membre du Cercle qui se faisait appeler la Révolution pour prendre sa place. Son plan : miner l'organisation de l'intérieur. Ce que refuse Captain America, craignant que son ami n'y laisse son âme...


Un peu contre toute attente, Collin Kelly et Jackson Lanzing donnent l'avantage à Bucky dans ce duel et il accomplit ce qu'il avait en tête, tandis que Cap est sur la touche. Est-ce si surprenant ? Pas vraiment et on peut accorder aux deux scénaristes d'être logiques.


En effet, déjà dans la dernière mini-série qui lui a été consacré (par Kyle Higgins et Rod Reis), Bucky finissait par tuer, accidentellement un homme. Bizarrement, personne n'avait considéré cela par la suite, sans doute parce que cette histoire a connu peu de succès et qu'aucun editor chez Marvel n'a cru bon d'y revenir.

Mais disons que le ver était dans le fruit. Et Kelly et Lanzing ont aussi exploité un tie-in de l'event Devil's Reign qu'ils avaient d'ailleurs écrit et où Bucky dérobait au Caïd un dossier compromettant à son sujet. Un de plus. Et c'est une partie du problème, une des raisons qui me fait arrêter la lecture de Captain America : Sentinel of Liberty.

Soyons clairs : j'ai plutôt bien aimé cette relance, attendue, de la série consacrée à Steve Rogers (alors que celle consacrée à l'autre Captain America, Sam Wilson, m'est tombé des mains). Kelly et Lanzing ont fondé leur intrigue sur un mystère entourant le bouclier de Cap et ils l'ont fait avec la manière. Mais au final, ça n'est pas allé là où j'espérai, comme j'aurai aimé.

En effet, le Cercle Externe, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, n'est qu'un énième avatar de sociétés secrètes comme le Marvel Universe en regorge (Hydra, Empire Secret...) et ses desseins ne sont guère plus originaux (contrôler le monde en détournant ses symboles, en coulisses depuis des décennies, ce qui fait penser aux Illuminati).

Ensuite, de façon plutôt étonnante, le vrai héros de ce premier arc aura finalement plus été Bucky Barnes/le Soldat de l'Hiver que Captain America. A la fin de ce sixième épisode, cest lui dont le destin chavire le plus. Mais pas forcément le plus adroitement.

Depuis que Ed Brubaker a ramené Bucky parmi les vivants, le personnage est resté intimement lié à sa vision : un être torturé, usé par des années à avoir été manipulé, en quête de rédemption, mais à qui on retire toute solution de rachat. Il a perdu l'amour de la Veuve Noire, le droit d''incarner Captain America, de redevenir simplement un héros, un gentiln un bon. Et Kelly et Lanzing ont enfoncé un clou de plus dans le cercueil de Bucky au profit de son double sombre qu'est le Soldat de l'Hiver.

Bref, vraiment rien de nouveau sous le soleil, entre organisations secrètes et damnation éternelle de Bucky (quand bien même ce dernier souhaite intégrer le Cercle Externe pour le torpiller de l'intérieur). J'ai eu cette impression permanente que rien ne sortirait de neuf de cette relance à mesure que les épisodes se succédaient. C'était agréable à lire, mais il manquait quelque chose, un regard original, une perspective inédite. A croire qu'il est devenu très difficile d'écrire Captain America, comme Superman chez DC, sans répéter les mêmes clichés : le héros idéaliste dans un monde devenu trop complexe, la tentation d'en faire quelque chose de sérieux, de tragique.

Peut-être aussi ne suis-je pas prêt à m'investir dans une intrigue au long cours avec ce personnage que j'ai vraiment apprécié pour la dernière fois lors des épisodes de Mark Waid et Chris Samnee, avec leur format done-in-one mais sous-tendu par un fil rouge vite résolu. A peine un run mais tellement frustrant quand on considère à quel point il rafraîchissait le personnage, qui revenait de loin (après l'event Secret Empire et le "Captain Hydra" de Nick Spencer). Je ne veux jamais avoir à me forcer de lire une série, donc j'arrête avant d'avoir à en dire du mal.

Carmen Carnero, elle, je la regretterai car elle m'a vraiment bluffé pendant six épisodes. Souvent ces inventions visuelles m'ont gardé à flot et elle en produit avec une belle régularité. Pour le coup, elle mérite vraiment tous les éloges et son statut de "stormbreaker" Marvel, car c'est vraiment une artiste avec laquelle il faudra compter et pour peu qu'elle ne se lasse pas trop vite de Captain America, elle a tout pour devenir une dessinatrice appréciée du grand public (sans compter que c'est la première à illustrer la série).

Avec le coloriste Nolan Woodard, elle a formé une équipe très solide, très complémentaire, chacun mettant en valeur le travail de l'autre. Carnero m'avait laissé sur ma faim quand elle s'occupait de Captain Marvel, mais ici elle donne sa pleine mesure avec des découpages très dynamiques, un trait de toute beauté, un encrage solide. Marvel tient là une artiste de première classe.

Voilà, Captain America : Sentinel of Liberty, c'est fini pour moi. Je ne vais pas attendre que d'autres me proposent quelque chose qui me conviennent mieux parce que Kelly et Lanzing me paraissent être là pour un moment et c'est très bien pour ceux qui apprécient. Marvel, eux et Tochi Onyebuchi ont de grands plans pour 2023 puisqu'un crossover, Cold War, va lier les deux titres Captain America. L'année prochaine va d'ailleurs être très fournie en grosses histoires (pratiquemment sans discontinuer, sur toutes les franchises) et je vais sans doute en zapper un paquet.

BATMAN VS. ROBIN #3, de Mark Waid, Mahmud Asrar et Scott Godlewski


Ce pénultième épisode de Batman vs. Robin est haletant et mouvementé. Mark Waid révèle les motivations du duo de méchants formé par le Diable Nezha et Mother Soul (la mère de Ra's Al Ghul et grand-mère de Damian Wayne) tandis que Batman se jette dans la gueule du loup. Mahmud Asrar a eu besoin du renfort de Scott Godleswki pour compléter cet épisode, mais le style des deux artistes est assez complémentaire.


Le Diable Nezha possède Alfres Pennyworth et voit donc arriver Batman sur l'île de Lazare. Damian envoie à la rencontre de son père Nightwing, Red Hood, Robin et Spoiler pour l'affaiblir.


Puis Damian se rend auprès de Talia Al Ghul, sa mère, à qui il reproche de l'avoir négligé et de lui prouver ses regrets. Il la livre à Mother Soul pour qu'elle réfléchisse.
 

Tandis que Batman combat successivement Red Robin, Red Hood et Spoiler, Damian fait la connaissance de Zou Bajie, torturé par Nezha, et qui lui révèle le plan de ce dernier.


Batman affronte Nightwing, son mielleur disciple. Le duel est disputé et Batman sacrifie Alfred dont il a deviné l'état. Nezha a eu ce qu'il voulait en touchant Batman au coeur.


Mais avant de disparaître définitivement, Alfred fait promettre à Bruce Wayne d'arrêter de se reprocher sa mort. Ce n'est qu'en se ressaisant qu'il pourra sauver Damian et vaincre Nezha...

En sachant que Batman vs. Robin va déboucher sur un event, Lazarus Planet, début 2023, la perception et l'appréciation qu'on a de cette histoire a changé, en tout cas en ce qui me concerne. Mark Waid, avec cette intrigue initiée dans le premier arc de Batman - Superman : World's Finest, série se déroulant dans le passé et donc détaché du reste, investit le présent et le futur avec évidemment l'intention de laisser une trace sur la continuité actuelle.

De fait, il procède de manière similaire à Geoff Johns avec Flashpoint Beyond qui a été la rampe de lancement au relaunch de Justice Society of America. Ce changement de perspective induit de s'engager dans un processus plus long si on est convaincu par l'amorce de l'histoire, en l'occurrence Batman vs Batman ici.

Si c'est une lecture agréable, je ne dirai pas pourtant qu'elle me séduit autant que World's Finest, dont le fait qu'elle se situe dans le passé joue beaucoup dans le charme qu'elle a. Pour le dire plus simplement et directement : je doute fortement de suivre Lazarus Planet qui, d'après ce que j'en sais, me paraît partir dans tous les sens avec des héros et des vilains transformés dans un récit où la magie est dominante et qui touche bien au-delà de Batman et Robin (Jon Kent, Red Canary, Cyborg, Power Girl, Martian Manhunter, et au centre duquel le Monkey Prince semble jouer un rôle crucial).

Je déplore un peu que Batman vs Robin ne soit pas une mini-série complète. En fait, cette extension - Lazarus Planet - souffre d'annonces parallèles où DC et Marvel vont enchaîner des nouveaux statu quo et events en 2023. Je le déplore d'autant plus qu'avec quatre épisodes de 50 pages, c'était déjà consistant pour boucler le dossier Nezha (ou au moins lui donner un deuxième acte satisfaisant, sans enterrer ce personnage).

Ce troisième et avant-dernier épisode est plein d'action et de révélations. Batman atterrit sur l'île de Lazare avec Alfred Pennyworth, dont on a découvert qu'il était sous l'emprise de Nezha. Mais le dark knight, au moment de s'enfoncer dans la jungle où il sait que Damian lui a tendu un ou plusieurs pièges, refuse que son majordome le suive, car il ne peut assurer sa protection en affrontant ce qui l'attend. On comprendra plus tard que Batman a deviné que Alfred n'était pas lui-même depuis le début de l'aventure (ce n'est pas le meilleur détective du monde pour rien...).

En parallèle des combats de Batman contre Robin (Tim Drake), Spoiler, Red Hood et finalement Nightwing, qui se succèdent avec un sens du rythme jamais pris en défaut, (Mark Waid sait comme personne doser ce genre de péripéties), on assiste à des scènes avec Damian sur lequel l'emprise de Nezha se desserre. Même s'il livre Talia Al Ghul, sa propre mère, à Mother Soul, il pose des questions plus lucides à Zou Baijie, prisonnier de Nezha, et apprend que Nezha se prépare à affronter son fils, le Roi Fire Bull. De sa victoire dépend le projet de Mother Soul de créer un nouvel eden, dont elle aura purgé la magie et les surhommes

Zou Bajie est un personnage issu de la série Monkey Prince de Gene Luen Yan et Bernard Chang, mais je ne la lis pas. Je serai donc incapable de vous présenter ces deux héros, et ils sortent de nulle part pour moi. Rien n'est fait pour nous les présenter, et Waid les intègre à son scénario comme si le lecteur était familier avec eux. Ce n'est pas trop gênant puisque Zou Bajie est surtout là pour nous apprendre que Nezha a un fils, apparemment assez puissant pour contrarier les plans de son père et de Mother Soul. Mais ça risque de devenir plus compliqué quand Lazarus Planet débutera puisque Waid co-écrira l'event avec Yang et que Monkey Prince est mis en avant dans les images promotionnelles.

A côté de cela, Waid réussit un tour formidable en concluant une sorte d'histoire fantôme, serpent de mer, qui traînait depuis le run de Tom King sur Batman : la mort d'Alfred Pennyworth. On a découvert à la fin de l'épisode précédent que le majordome était possédé par Nezha et là, Batman n'hésite pas à le sacrifier pour battre Nightwing, ayant deviné l'imposture. Nezha a ramené à la vie une sorte de version spectrale d'Alfred pour surveiller Batman (et le trahir). Batman ayant déjoué ce traquenard comprend qu'il a aussi condamné Alfred à une fin définitive. Mais Waid en profite pour que Batman puisse faire ses adieux dignement et qu'Alfred donne un dernier conseil de vieux sage à maître Bruce. Alfred ne reviendra donc pas (respect à la volonté de King, qui l'avait tué pour faire grandir Batman) mais lui et Bruce auront eu droit à leur dernier moment (récompense pour les fans, frustrés par l'idée de King).

L'épisode a visiblement été compliqué à compléter puisque, c'est assez rare pour le mentionner, Mahmud Asrar ne le dessine pas entièrement. Il est aidé par Scott Godlewski qui signe seul les planches 15 à 18 et 22 à 29 : son style ne jure pas avec celui de Asrar même s'il n'a pas la même puissance, la même densité - en vérité, depuis qu'il travaille pour DC, Godlewski a beaucoup perdu du charme qu'on lui connaissait à ses débuts sur le titre Copperhead (écrit et abandonné par Jay Faerber) et qui faisait penser à une version soft de Sean Gordon Murphy. Son trait est devenu plus lisse, aseptisé, et d'ailleurs l'éditeur le balade de titre en titre (même si, dernièrement, il a réalisé l'intégralité des six épisodes du crossover Justice League - Legion of Super Heroes, dernier travail de Bendis pour DC).

Asrar dessine donc l'essentiel de l'épisode malgré tout. Comme il abonde en scènes d'action, il s'amuse et c'est un régal à lire. A plusieurs reprises, le script l'autorise à des pleines pages où son sens de la composition et de la dramatisation fait merveille.  Toutefois, il faut bien avouer que, à mes yeux du moins, Asrar, ne me paraît pas aussi à l'aise avec Batman qu'il l'a été avec Conan (écrit par Jason Aaron), son personnage favori. Il n'ajoute rien, graphiquement, au personnage, pas davantage à Robin, Red Hood, Spoiler et Nightwing (même si c'est avec celui-ci qu'il s'en tire le mieux).

L'expérience d'Asrar lui permet toutefois de produire de magnifiques plans et la scène d'adieu entre Bruce et Alfred est simplement mise en scène, avec beaucoup de sobriété, mais aussi une réelle émotion. Le tout soutenu par les couleurs, toujours impeccables, de Jordie Bellaire.

On va donc voir, dans un mois, comment Batman vs Robin s'achève tout en sachant que la conclusion sera ouverte pour Lazarus Planet. Waid saura-t-il vaincre ma réticence envers cet event

mardi 8 novembre 2022

NOPE, de Jordan Peele


Nope est le troisième film écrit et réalisé par Jordan Peele. Depuis Get Out (2017) et Us (2019), ce cinéaste s'est taillé une réputation solide au point d'être comparé à Steven Spielberg à ses débuts, avec des histoires fantastiques à suspense, métaphores de la place des afro-américans dans la société. Pour ma part, Nope est le premier de ses opus que j'ai vu. Et je n'ai vraiment pas été convaincu.


1999. Sur le plateau de tournage de la sitcom Gordy's home, le chimpanzée star du show tue plusieurs acteurs dans un accès de rage. Il épargne le jeune comédien Rick Park avant d'être abattu. De nos jours, Otis Haywood et sa soeur Emerald héritent du ranch de leur père, tué par un éclat de nickel tombé du ciel. Mais alors que Emerald cherche la gloire et la fortune à Hollywood, Otis souhaite continuer à dresser des chevaux pour le cinéma et la télé comme son père.


Six mois après, lors du tournage d'une pub dirigé par Anthers Holst, Otis est renvoyé après avoir perdu le contrôle d'un de ses chevaux. Il doit le vendre à Rick Park, qui est devenu le patron et l'animateur d'un parc d'attractions, Jupiter's Claim. Cette nuit-là, avec Emerald, Otis assiste à un étrange phénomène dans sa propriété en apercevant un objet volant non identifié qui provoque des perturbations électriques et la panique parmi les bêtes.


Persuadée qu'ils peuvent se faire de l'argent grâce à cela, Emerald convainc Otis d'investir dans des caméras de sécurité pour filmer la prochaine apparition de l'ovni. Angel Torres, employé chez Fry's Electronics, vient leur installer des équipements qu'il peut contrôler à distance. La nuit venue, le mystérieux engin capture un cheval et disparaît. Mais Angel croit avoir vu il se dissimule en remarquant un nuage immobile dans le ciel.


Rick Park, aussi, a vu l'objet volant et veut en tirer profit. Il organise un spectacle en plein air où il se sert du cheval que lui a vendu Otis comme appât. Mais la démonstration va dégénèrer car l'ovni massacre le public. Otis arrive sur place et contemple ce carnage lorsque l'apparel fond sur lui. Il se cache jusqu'à ce qu'il s'éloigne et qu'il puisse récupérer son cheval.


Otis en déduit que le vaisseau est en fait une créature intelligente et qu'il peut le piéger et le détruire. Mais Emerald et Angel restent convaincus qu'ils peuvent le filmer à condition d'avoir de leurs côtés un professionnel. Ils font appel à Holst qui arrive équipé de caméras à manivelle, donc ne dépendant pas de l'électricité que perturbe l'ovni. Otis dispose des leurrres dans la propriét et joue lui-même le rôle d'appât. Angel et Holst se mettent en position. Emerald supervise toute l'opération.
  

Comme prévu, la créature volante se manifeste. Mais c'est alors qu'un paparazzi surgit. Il se fait dévorer. Puis c'est Holst qui, voulant le filmer de plus près, se fait attraper. Voyant son frère menacé, Emerald récupère la moto du paparazzi pour entraîner la créature au loin.


Emerald est suivie par l'ovni jusqu'au aprc d'attractions où elle détache la mascotte gonflable géante qui mystifie la créature. Celle-ci l'avale avant d'exploser tandis que Emerald a immortalisé la scène en la photographiant. Otis retrouve sa soeur au même moment où les autorités et les médias arrivent sur place.

Le risque quand on vous promet qu'un film révolutionne un genre, c'est qu'on vous l'ait survendu. Et c'est ce sentiment qui s'impose avec Nope, qui n'est rien d'autre en définitive qu'un quasi-remake des Dents de la Mer (Steven Speilberg, 1975) dans lequel on aurait remplacé le requin par une créature volante extra-terrestre.

Quand Spielberg tourna Les Dents de la Mer, il dut affrotner des conditions infernales car le requin mécanique dysfonctionnait. Mais formé à la télé, et habitué donc aux contraintes techniques et budgétaires, le cinéaste choisit de finalement peu montrer son monstre des mers, préférant suggérer sa présence et s'appuyer sur la musique géniale de John Williams pour créér un sentiment d'angoisse très efficace. Cela fonctionna au-delà de ses espérances car le film fut un énorme succès et c'est à partir de là qu'on parla de blockbusters estivaux  qui signèrent en même temps le début de la fin du Nouvel Hollywood (où les cinéastes les plus créatifs bénéficiaient d'une liberté inédite).

47 ans après, Nope semble être le dernier râle d'une industrie qui se moque des origines même des succès qui l'ont révolutionné. Comme si la même recette était servie depuis trop longtemps et n'aboutissait qu'à une pâle copie, qui ne provoquait plus aucun frisson, loin (très loin !) de l'inventivité de Spielberg. Ou quand l'esprit de débrouille est remplacé par de la roublardise décomplexée...

Jordan Peele, avant de passer derrière la caméra, a écrit et joué pour d'autres. Mais le succès de Get Out en 2017 a tout changé pour lui : les critiques, enthousiastes, ont vu en lui la relève du grand cinéma de divertissement et depuis il a multiplié les projets, en qualité de producteur. C'est sans doute la première fois qu'un cinéaste noir jouit d'un tel pouvoir à Hollywood, loin d'une figure plus provocatrice comme Spike Lee.

La sortie de Us en 2019 n'a fait que confirmer le statut de Peele et donc, logiquement, Nope, son nouveau projet, était très attendu. Je ne me prononcerai pas sur ses deux premeirs opus que je n'ai pas vus. Mais Nope m'a déçu, je n'ai pas compris son succès - ou plutôt je l'ai compris mais pas admis.

Car, donc, Peele ne fait que reproduire ce que d'autres ont fait avant lui, sans plus de talent. J'ai été très étonné par la lenteur avec laquelle l'intrigue se met en place, au point de me demander où il voulait en venir. Quand je l'ai compris, c'est un sentiment de "tout ça pour ça ?" qui s'est emparé de moi, comme la promesse d'un truc révolutionnaire qui faisait "pschiit", d'une montagne qui accouchait d'une souris.

Il paraît que Nope a un discours social, et même politique. Je le cherche encore. J'ai lu des critiques pointant une réflexion sur la société du spectacle, l'addiction du public au sensationnel. Et je me demande si tout ça ne relève pas de la grosse blague tant tout cela me semble totalement absent de ces deux très longues heures en compagnie de personnages endeuillés et fantomatiques dans un récit qui avance à la vitesse d'un escargot et qui jamais n'angoisse, ne fait peur. J'ai l'impression que de nombreux critiques sont hynotisés par la hype entourant Peele et surinterprète son film en y voyant des choses qui n'existent pas.

Même le casting, porté par deux acteurs blacks, par ailleurs très bons, n'apporte rien. On est à des années-lumière d'un Spike Lee qui a imposé des comédiens noirs pour représenter sa communauté caricaturée ou invisibilisée par Hollywood. Ici, ni Daniel Kaluuya ni Keke Palmer ne portent une quelconque charge équivalente. D'une certaine manière, c'est aussi bien car cela signifie qu'on ne se pose plus de question en voyant des acteurs afro-américains dans des premiers rôles dans un blockbusters (ce qui semble s'être vraiment banalisé depuis le triomphe de Black Panther, mais qui découle aussi de carrières comme celles de Sidney Poitier à Eddie Murphy en passant par Denzel Washington et Will Smith).

Kaluuya est excellent dans ce rôle de dresseur taiseux et têtu tandis que Keke Palmer montre une facette plus exubérante, expressive de son jeu. On croit qu'ils peuvent être frère et soeur, et ils dominent sans effort une distribution complétée par Steven Yeun, Michael Wincott et Brandon Perrea. Le souci, en vérité, c'est qu'ils peuplent tous un film sans âme et donc on a l'impression qu'ils gâchent leur talent (même si le succès commercial de Nope leur profitera pour la suite).

Ah, au fait ? Pourquoi Nope ? En dehors du fait que Jordan Peele, toujours avec la même roublardise, aime les titres courts, énigmatiques et donc accrocheurs, la réponse semble être qu'il s'agit d'une abréviation pour Not Of Planet Earth. Un signe de plus que ce cinéaste cherche à jouer au plus malin avec des astuces finalement beaucoup moins complexes qu'il y paraît.

Allez, rideau !

lundi 7 novembre 2022

COUP DE THEÂTRE, de Tom George


Coup de Théâtre est sorti en salles en Septembre, sans faire de bruit ni connaître le succès critique et commercial. Ce whodunnit a eu le malheur de passer après une franche réussite comme A Couteaux Tirés (Rian Johnson, 2019), devenu le mâitre étalon de ce sous-genre. Pourtant, tout n'est pas à jeter dans See How They Run (en vo) de Tom George, ne serait-ce que l'irrésistible tandem formé par Sam Rockwell et Saoirse Ronan.



Londres, 1953. La Souricière, pièce de théâtre écrite par Agatha Christie, célèbre sa centième représentation et sa productrice, Petula Spencer, vient de conclure un contrat avec le producteur de cinéma, John Woolf, pour une adaptation au cinéma, dirigée par Leo Köpernick. Hélas ! la fête tourne au drame quand on trouve ce dernier sauvagement assassiné en coulisses.


L'inspecteur Stppard est chargé de l'enquête, assisté par l'agent Stalker. Il considère tout le monde comme suspect mais aussi comme potentielle prochaine cible du tueur. Les relations d'Agatha Christie avec le ministre de l'Intérieur dissuade le commissaire Scott de fermer le théâtre comme le lui demande Stoppard.


Stoppard et Stalker commencent par interroger Mervyn Cocker-Norris, le scénariste du film à venir, qui a eu une altercation avec Köpernick comme l'a signalé le concierge de l'hôtel où était descendu le cinéaste. Mais Mervyn est trop jugé trop lâche pour être le tueur et il indique avoir vu la femme de Köpernick rentrer dans sa suite avec leur fils après leur dispute.


Stoppard et Stalker questionnent ensuite le producteur de cinéma John Woolf que köpernick avait fait chanter après avoir découvert qu'il avait une liaison avec son assistante pour avoir une suite à l'hôtel. Mais ayant accepté de reloger le cinéaste, il est blanchi. L'ouvreur du théâtre, Dennis Corrigan, parle, lui, d'un individu louche traînant en coulisses le soir de la centième mais en donne ue descritption trop vague pour être exploitable.


Stalker réprime difficilement son admiration pour Richard Attenborough quand elle doit le passe au grill avec Stoppard. Le comédien s'était querelllé avec Köpernick qui draguait sa fiancée Sheila Sim mais celle-ci lui ne l'a ensuite pas quitté de la soirée. Petula Spencer n'avait rien à reprocher à Köpernick mais plutôt à Woolf qui souhaitait tourner le film rapidement alors qu'elle lui imposait de le commencer une fois les représentations achevées pour ne pas éventer le nom du tueur dans la pièce.


Après avoir fait le point autour de plusieurs verres, Stoppard est ramené chez lui par Stalker qui remarque une photo de lui avec sa femme, qui correspond au signalement de celle de Köpernick. Le lendemain soir, ils assistent à une représentation de La Souricière au cours de laquelle Stoppard s'absente après avoir vu Cocker-Norris quitter sa place. Lorsque Stalker trouve Mervy mort, elle poursuit un suspect et assomme Stoppard. Il reprend connaissance au commissariat, confronté à la veuve de Köpernick qui affirme ne pas le connaître et l'innocente donc.


Stoppard reprend l'enquête seul mais Stalker fouine aussi de son côté et ils trouvent trace du fait divers qui a inspiré La Souricière. Cependant, toute la troupe se rend chez Agatha Christie où l'assassin l'a convoquée en produisant une fausse invitation signée par la romancière. Stoppard et Stalker arrivent juste à temps pour empêcher un nouveau meurtre...

Même s'il y a peu de chance que vous alliez voir (si tant est que vous le trouviez encore à l'affiche) Coup de Théâtre, je n'ai pas le coeur de vous spoiler l'identité du tueur. Mais cela est accessoire de toute manière car l'intérêt du film est ailleurs.

En effet, d'entrée, la voix off qui nous introduit dans ce whodunnit est celle de la victime, le réalisateur Leo Köpernick et il ironise sur les clichés récurrents de ce type d'histoires, avec l'inévitable scène finale où le policier chargé de résoudre l'affaire réunit tous les suspects dans une pièce, expose les mobiles de chacun, avant de pointer le coupable du doigt, souvent l'individu le plus improbable du lot afin de surprendre le spectateur.

C'est ainsi que Coup de Théâtre s'amuse des conventions et tente une approche métatextuelle mais qui veut rester assez légère car on est dans une comédie policière. C'est à la fois la qualité du projet et sa limite car en ne prenant pas au sérieux son sujet, elle empêche qu'on s'y investisse.

Le scénario de Mark Chapman est pourtant efficacement mis en scène par Tom George qui use de split-screens à plusieurs reprises, avec adresse, pour rythmer le récit et ne pas en faire un divertissent trop désuet puisqu'il s'agit aussi d'une intrigue se déroulant dans le Londres de 1953. On ne s'ennuie donc pas, même s'il faut un certain temps avant que la mécanique comique ne fonctionne vraiment car au début tout est un peu trop appuyé. Le film se moque trop de lui-même et du genre qu'il aborde pour ne pas paraître trop forcé, trop roublard.

Ce qui va sauver Coup de Théâtre, ce n'est donc pas son suspense, ni son dénouement (quand bien même il renvoie à celui imaginé par Köpernick pour le film adapté de La Souricière), mais bien son duo d'enquêteurs. Cet inspecteur Stoppard, alcoolique et enrhumé, et la constable Stalker, qui aspire à devenir sergent de police et souhaite que son supérieur sur l'affaire soit son mentor, notant absolument tout dans un carnet, forme un duo irrésistible. On n'a pas affaire à des limiers comme Hercule Poirot mais à une paire mal assortie, avec d'un côté un vétéran désinvolte, et de l'autre une agent qui est adepte des conclusions hâtives.

Chaque interrogatoire déjoue les pronostics car aucun des suspects ne correspond au tueur : en vérité, chacun déteste un autre que Köpernick lui-même, à part, et c'est amusant, Richard Attenborough qui a pris ombrage de la cour que faisait le cinéaste à sa fiancée. En effet, avec Agatha Christie qui intervient dans le dernier quart du film, le film inclut le célèbre comédien (joué par Harris Dickinson) dans l'histoire, sans en faire un portrait très flatteur d'ailleurs (il est imbu de lui-même). Christie non plus ne sort pas grandie de l'aventure, décrite comme une empoisonneuse (littéralement) qui exploite sans vergogne les idées des autres.

L'intrigue réserve donc son lot de fausses pistes, figures imposées du whodunnit, jusqu'à faire de Stoppard un suspect idéal dans une séquence parfaitement amenée. Mais ensuite le film retombe sur ses pattes jusqu'au dénouement classique, avec le tueur relativement inattendu. Comme nous avait prévenu Köpernick au tout début, tout est très/trop balisé dans ce genre et puisqu'on ne peut pas révolutionner le fond, il faut essayer d'étonner sur la forme. Sauf que Tom George apparaît à court d'idées visuelles à la fin.

La dernière étape incontournable de ce genre de films réside dans son casting et Coup de Théâtre ne déroge pas à la règle en affichant une belle troupe de comédiens. On retiendra particulièrement David Oyelowo, Reece Shearsmith et Ruth Wilson (respectivement : Mervyn, Woolf, et Spencer). Mais c'est surtout Adrien Brody, dans le rôle de Köpernick, qui fait le show et se taille la part du lion en composant une belle canaille, antipathique à souhait.

Stoppard et Stalker sont joués par Sam Rockwell et Saoirse Ronan. Rockwell est plutôt sobre, pour une fois, au point que parfois on le sent un peu éteint, à moins que ce ne soit une façon de coller à son personnage qui traite cette affaire avec une certaine désinvolture et beaucoup d'alcool. En revanche, Saoirse Ronan est divine, elle qu'on n'avait plus trop remarquée depuis Les Quatre Filles du Dr. March (Greta Gerwig, 2019). Son charme malicieux, sa silhouette fine, ses airs de midinette et sa manie de tout écrire fournissent les moments les plus drôles du film. En fait, son énergie débordante contraste merveilleusement avec la bonhomie de Rockwell et leur tandem fonctionne très bien grâce à ça.

Ce n'est certainement pas inoubliable mais divertissant. Idéal pour passer un dimanche pluvieux donc avant la tombée de la nuit à 17h 30.