vendredi 16 septembre 2022

A.X.E. : JUDGMENT DAY #4, de Kieron Gillen et Valerio Schiti


Ce quatrième numéro de A.X.E. : Judgment Day marque la fin du deuxième acte de l'histoire écrite par Kieron Gillen et dessinée par Valerio Schiti. Dans cette partie du récit, le Progéniteur a jugé digne ou pas plusieurs héros et humains tandis que, pour tenter de renverser la situation, les Eternels ont libéré Eros/Starfox. Cela sera-t-il suffisant ?


Eros/Starfox peut manipuler les émotions, mais le frère de Thanos refuse de mentir au Progéniteur. Il s'emploie donc à convaincre les dirigeant siégeant à l'O.N.U. de faire cause commune.


Ce mouvement n'échappe pas à Druig qui décide d'en finir avec les mutants de Krakoa en invoquant une nouvelle fois le Grand Esprit. Mais Sersi permet aux mutants télépathes de l'infiltrer.


Résultat : le Grand Esprit déstitue Druig de son poste de Prime Eternel. En réponse à cet affront, il relâche Uranos. Mais Magneto et Tornade arrivent pour tuer le massacreur d'Arakko.


Eros/Starfox s'adresse alors au Progéniteur au nom des terrierns et des Eternels pour le convaincre qu'ils vont bâtir un monde meilleur ensemble. Le Céleste rend son jugement dernier...

C'est vraiment cette construction en trois actes qui aura (jusqu'à présent) fait la différence (avec la complémentarité entre l'intrigue principale et ses tie-in) dans l'event écrit par Kieron Gillen. En découpant son récit en trois fois deux épisodes, le scénariste a imprimé un tempo strict mais aussi permis au lecteur d'attendre à chaque fois un climax.

Après donc un premier temps consacré à l'offensive menée par Druig contre les mutants, ce deuxième temps a été celui marqué par les jugements rendus par le Progéniteur réveillé par Ajak, Makkari, Iron Man et Mr. Sinistre. Encore une fois, sur plusieurs pages en "gaufriers" de quatre cases, on assiste au verdict prononcé en faveur ou en défaveur de plusieurs personnages, super-héros ou simples humains. Et à la fin, c'est la Terre, dans sa globalité, qui est sur la sellette. 

Je ne vous dévoilerai pas ce jugement dernier, mais en même temps le suspense sera de courte durée puisque le prochain épisode de A.X.E. : Judgment Day paraîtra dès la semaine prochaine (tandis que le grand final sortira la première quinzaine d'Octobre avant un n° Omega qui conclura l'ensemble - certainement en établissant un nouveau statu quo pour les Eternels).

Parfois on est franchement étonné par les avis rendus par le Céleste. Ainsi Thor est épargné car il est digne de brandir Mjolnir, ce qui revient à dire qu'il doit son salut à son arme qui a été celle de son père. En revanche, concernant Daredevil, Gillen s'aligne sur ce qu'écrit actuellement Chip Zdarsky dans la série consacrée à l'homme sans peur, engagé dans une croisade dépassant les limites morales. Plus convenus, les cas de Miles Morales ou Ms. Marvel assurent à la nouvelle génération un sauf-conduit. Quant aux fameux six individus à travers le monde et désignés par l'éditeur comme les six personnages les plus importants du moment (sans qu'on sache encore pourquoi), ils sont condamnés ou sauvés de manière aléatoire.

Mais Kieron Gillen s'attache surtout au premier plan de Eros/Starfox. La dernière fois que l'ex-Avenger et Eternel avait fait parler de lui remonte au run de Donny Cates sur Guardians of the Galaxy quand Hela tenta de transférer la conscience de Thanos (le frère de Eros) dans le corps de Starfox. L'expérience tourna court grâce à l'intervention de Gamora et ses acolytes. Et on a découvert dans le précédent numéro de Judgment Day que Eros était depuis détenu dans l'Exclusion, la prison des Eternels (sans doute pour s'assurer que rien de la conscience de Thanos ne l'avait infecté maus aussi pour se protéger de ses propres pouvoirs).

Et justement, il est temps de rappeler que Starfox, en plus de voler et d'être super fort, manipule les émotions. C'est un hédoniste qui influence les individus sur les notions de plaisir personnel et de plaisir qu'ils peuvent prodiguer aux autres. Sersi comptait là-dessus pour que les humains deviennent plus aimables et convainquent le Progéniteur de les épargner. Sauf que Eros sait que le Céleste ne tomberait pas dans ce panneau...

On le voit alors rencontrer et parlementer avec d'éminents gouvernants dans le monde entier puis s'adresser aux représentants siègeant à l'ONU. IL réussit, grâce à ses efforts diplomatiques, à réaliser une sorte d'union sacrée pour que tous bâtissent un monde meilleur, susceptible de convaincre le Progéniteur de leur bonne volonté.

Tout n'est pas réglé pour autant car Druig observe ces manoeuvres et riposte. Gillen orchestre alors une série de péripéties visuellement impressionnantes que Valerio Schiti convertit en planches somptueuses. L'artiste italien subjugue en plusieurs occasions et pas seulement pour son relooking très David Bowie période glam-rock de Starfox mais par le dynamisme de son découpage, de ses compositions et son esthétisme appuyé par les couleurs magnifiques de Marte Gracia.

La nouvelle forme adoptée par le Grand Esprit, l'infiltration opérée par Sersi pour que les mutants renversent Druig, donnent à admirer des images fortes, intenses, spectaculaires. Mais Schiti les représente d'une manière toujours très évocatrice et pas pour le simple plaisir d'en mettre plein la vue. Ce n'est pas que l'illustration brillante du script, c'est une réinterprétation qui habille les mots de Gillen et les transforme en scènes mémorables.

Le scénario ne flêchit pas, le rythme est vif, avec une alternance de plans très variés dans leurs dimensions, leur valeur. Lorsque Uranos est lâché, sa puissance effrayante rencontre celle, toute aussi saisissante, du duo Magneto-Tornade. C'est aussi à ce moment précis qu'on comprend pourquoi il faut avoir lu impérativement X-Men : Red #6 avant Judgment Day #4 car Magneto rencontre littéralement son destin. 

Schiti s'est inspiré d'un tableau classique (Ivan le Terrible et son fils, le 16 Novembre 1581, par Ilva Repine) pour l'image iconique de Tornade entourant de ses bras la dépouille de Magneto et c'est assez fort et subtil à la fois de caser une telle référence dans un blockbuster Marvel où les dessinateurs ont souvent trop fort à faire avec un casting fourni et des morceaux de bravoure visuels pour en plus glisser des hommages artistiques.

Le cliffhanger est réellement terrifiant et avec encore deux épisodes à venir, on se demande vraiment, pour la première fois depuis un bail, comment ça va finir. Mais on en saura plus la semaine prochaine dans cet event écrit de main de maître et dessiné avec virtuosité. Ce serait terriblement décevant que le dénouement ne soit pas à la hauteur après que les deux premiers tiers de cette saga aient été si bien conduits....

jeudi 15 septembre 2022

X-MEN : RED #6, de Al Ewing et Stefano Caselli - TIE-IN A.X.E. : JUDGMENT DAY (à lire avant A.X.E. : Judgment Day #4 !)


Comme je le mentionne dans le titre de cette critique, assurez-vous de lire X-Men : Red #6 avant A.X.E. : Judgment Day #4 (dont je vous parlerai demain) car cet épisode justifie l'état d'un  personnage majeur dans l'event. Al Ewing avait promis le mois dernier une sorte de match retour au carnage perpétré par Uranos sur Arakko e,t avec Stefano Caselli, il tient sa promesse. Avec panache.


Absente lors de l'attaque contre Arakko, Tornade est de retour sur le terrain, résolue à se faire pardonner en détruisant ce qui reste de l'arsenal laissé derrière lui par l'Eternel.


Cependant, Magneto résiste toujours de son côté lorsqu'il reçoit le renfort de Sunspot en compagnie du Roi Pêcheur et de Sizia. Ce trio restaure à cette occasion une formation oubliée d'Arakko.


En effet, les Sièges de la Nuit étaient composés comme une sorte de cabinet de l'ombre, conseillant le Grand Cercle avant que Genesis, sous l'influence d'Annihilation, le le dissolve.


Aujourd'hu, cette instance va guider la réplique arakki. Et Tornade rejoint Magneto pour mener cette contre-offensive avec une cible toute désignée : Uranos.

C'est, peut-être (on le verra à la fin de l'event), ce qui fera la différence entre A.X.E. : Judgment Day et d'autres events Marvel : la complémentarité entre l'intrigue centrale et ses tie-in. De ce point de vue, les titres X ont parfaitement joué le jeu, et X-Men : Red le premier.

Pour mieux apprécier l'ampleur du massacre commis par Uranos, le précédent épisode formait une addition parfaite au premier numéro de l'event. Il convient à présent d'absolument lire X-Men : Red #6 avant Judgment Day #4 pour comprendre le sort d'un des acteurs majeurs de la nation X.

Magneto a survécu à l'assaut d'Uranos mais il est mal en point : l'Eternel lui a littéralement arraché le coeur et le maître du magnétisme ne tient debout qu'en utilsant son pouvoir à son maximum. Il lui faut encore lutter contre un monstre fait de plastique avec le renfort de Lodus et Xilo.

Mais cet épisode s'attache aussi au retour de Tornade sur Arakko : quand Uranos a frappé, elle se trouvait sur Krakoa, siégeant avec le Conseil, et elle s'en veut en considérant les dégâts. L'armée d'Uranos est toujours en train de dévaster son royaume et la résistance sur place s'affaire pour la contrer.

Ewing s'emploie à montrer les forces en présence et la difficulté à contenir l'arsenal éternel qui ravage Arakko. Le scénariste supprime quasiment tous les dialogues pendant une bonne partie de l'épisode pour s'appuyer sur une voix-off qui relate les positions des héros. Nova, Sunspot, Wrongslide, Khora,  sont aux avant-postes. Il y a aussi un astronaute humain en mission sur Mars qui sauve deux enfants arakki, ce qui confère au récit une touche plus normale, moins fantastique, et plus émouvante.

Lorsque Tornade rejoint Magneto et lui permet de subsister en lui fournissant une partie de son énergie électro-magnétique, la scène est magnifiquement mise en images par Stefano Caselli qui la transforme en un de ces moments épiques, bigger than life, jubilatoires. C'est aussi l'occasion pour les arakki d'apprécier la solidarité, l'esprit d'équipe, le sacrifice, le don de soi, dans une chorégraphie quasiment amoureuse. Si vous n'aviez jamais envisagé Tornade et Magneto comme un couple en puissance, vous changerez d'avis après cela (même s'il n'est pas sûr que Ewing concrétise cette union ensuite).

Il y a une richesse grisante dans ce chapitre qui embrasse avec panache l'envergure du conflit sans jamais oublier les personnages en route. On ressent parfaitement l'enormité de la tâche de ces arakki, de naissance ou d'adoption, face à une machine de mort effrayante, qui reste active même après le départ de son chef.

La narration capte aussi les nuances des sentiments d'un large casting, sans oublier personne : on assiste à la réusrrection d'Abigail Brand sur Krakoa (et peut-être que là, par contre, cela aura des conséquences par la suite car ce faisant, elle est redevable aux mutants qu'elle trahit par ailleurs en s'étant alliée à Orchis ou en reformatant le SWORD). On voit aussi Wiz-Kid et Cable déambuler en apesanteur dans la station du SWORD et Cable réclame à Wiz-Kid des explications sur les manigances de Brand.

Mais le climax de l'épisode se trouve dans l'effort fourni par Ewing pour apporter des pierres à l'édifice mythologique d'Arakko. Le scénariste a bien l'intention de faire de ce peuple autre chose qu'un supporting cast pour quelques X-Men exilés sur l'ex-planète Mars. On apprend donc les origines et l'évolution des Night Seats, une sorte de shadow cabinet, en marge du Grand Cercle d'Arakko, formés par trois sages. Durant la longue histoire d'Arakko et au gré des humeurs de Genesis, notamment quand elle subit l'influence d'Annihilation, ces trois sages furent congédiés et leur comité dissous.

Le Roi Pêcheur, qui en fit partie, a instruit Sunspot à leur sujet et il convoque Sizia pour le compléter. Ce secret bien gardé resurgit au plus fort de la crise et si cela contrarie d'abord Magneto, qui aurait aimé être dans la confidence (surtout après lui avoir ouvert la porte de son palais), il l'accepte vite car l'heure n'est pas au refus des alliances.

Srefano Caselli fournit un travail remarquable. Son trait expressif permet de savourer les émotions qui traversent les héros au coeur de la tempête tout en nous gratifiant d'images spectacualires. Il faut en profiter puisque l'artiste va prendre congé de la série au moins jusqu'en Décembre (il va illustrer le retour de l'héroîne de la série Hack/Slash écrite par Tim Seeley dans l'anthologie Image ! pour le 30èe anniversaire de l'éditeur indépendant).

X-Men : Red est une sacrée bonne série, qui conserve un niveau exceptionnel même en devant marcher dans les pas d'un event.

mercredi 14 septembre 2022

BATMAN VS. ROBIN #1, de Mark Waid et Mahmud Asrar


Pendant que Goeff Johns et Joshua Williamson sont occupés à reconfigurer une énième fois le DCU (avec Flashpoint Beyond pour le premier et Dark Crisis pour le second), Mark Waid lance son propre event avec cette mini-série Batman vs. Robin, en quatre épisodes king-size (45 pages). Pour l'occasion, il collabore avec Mahmud Asrar, en congés chez Marvel. Et ça démarre pied au plancher !
 

Héritier de la dynastie maudite des Al Ghul, fils de Batman, Damian Wayne ne va pas bien depuis la mort d'Alfred Pennyworth. Rejeté des autres héros pour son attitude violente, il cherche sa voie.


Un soir qu'il est au manoir Wayne, Bruce voit débarquer Alfred. Il le mitraille de questions pour s'assurer que c'est bien lui puis ils descendent à la Batcave où ils sont attendus.


Damian, avec l'aide Tim Hunter et Jakeem Thunder, attaque Batman qui doit battre en retraite dans une galerie de la grotte. Mais Damian les rattrape et abat froidement son père avec un pistolet.


Batman réussit à s'en tirer avec Alfred et gagne Gotham. Il se sert d'une clé que lui a remis Zatanna pour aller la consulter et découvre qu'elle et la Justice League Dark sont hors jeu.


Zatanna indique à Batman un endroit où trouver des réponses et des solutions, à ses risques et périls. Au même moment, Damian rejoint un complice à la Tour du Dr. Fate...

Annoncé à la fin de Batman-Superman : World's Finest #5, Batman vs. Robin est une mini-série de prestige plus qu'un event, comme l'indique le format de ses quatre épisodes de 45 épisodes. Par ailleurs il n'y est fait aucune mention de Flashpoint Beyond ou de Dark Crisis, les deux sagas actuellement publiées par DC et qui vont reconfigurer l'univers de l'éditeur pour la énième fois. Même si Mark Waid ne manque pas non plus d'ambitions ici...

Le scénariste a en effet situé son récit au croisement de sa propre série (World's Finest), de celle consacrée à Robin (Damian Wayne) et du crossover Shadow War (paru il y a quelques mois). Pourtant, rassurez-vous, pas la peine d'avoir lu tout ça pour comprendre ce qui se joue ici (la preuve, je n'ai pas suivi ni Robin ni Shadow War et je n'ai pas été perdu).

Avec la classe qui le caractérise, Mark Waid a fait les choses proprement et rapidement : en une double page au début de cet épisode, l'essentiel nous est rappelé : Damian Wayne est l'enfant de deux mondes opposés, avec d'un côté les Al Ghul, dynastie criminelle, et de l'autre les Wayne, dont son père, Batman, est le champion de Gotham. Déjà tiraillé entre ces deux héritages, Damian a complètement perdu le Nord en assistant, impuissant à la mort d'Alfred Pennyworth, le majordome des Wayne, le seul homme à lui avoir témoigné de l'affection sans tenir compte de son pédigrée.

Waid fait référence à l'arc City of Bane du run de Tom King sur Batman quand Bane tua Alfred devant les yeux de Damian. A l'époque, cette scène avait été un électrochoc et King l'avait justifié en expliquant qu'il était temps pour Batman d'exister sans la béquille qu'incarnait son majordome. Un parti-pris mal accepté par les fans, naturellement attaché au personnage, même si ensuite on a bien vu que Batman faisait son deuil (alors que, concernant l'autre idée majeure de King, à savoir la romance entre Batman et Catwoman, tout le monde s'est empressé de l'enterrer, car Batman comme Spider-Man ne peut apparemment pas vivre heureux et encore moins durablement en couple).

Dans la série Robin lancée en 2021 par Joshua Williamson, on suivait Damian Wayne, alors rejeté de la communauté super-héroïque à cause de son comportement de plus en plus incontrôlable et violent, dans un tournoi à l'autre bout du monde pour succéder à sa mère à la tête de l'empire Al Ghul face aux représentants d'autres tribus criminelles. Quand Damian recroisa la route de son père lors du crossover Shadow War (toujours écrit par Williamson), les relations étaient toujours aussi tendues.

Aussi n'est-on qu'à moitié surpris de le retrouver résolu à tuer, littéralement le père dans ce premier épisode. Robin semble avoir basculé du côté obscur, mais il est soutenu par deux puissants alliés, Tim Hunter (le futur plus grand magicien du DCU) et Jakeem Thunder (ami du génie Thunderbolt, membre de la Justice Society). Deux gamins certes mais que rien ne prédisposait à tuer Batman. Ce qui signifie, bien entendu, que Robin a un autre complice qui a le pouvoir de tourner la tête à Hunter et Thunder. Et surtout que Robin a payé pour cela.

Je ne spoilerai pas l'identité de ce complice puissant et redoutable mais si vous lisez World's Finest, vous le devinerez facilement. Vous serez également choqué par ce que Robin a consenti à donner pour avoir la peau de son daron. Mais peut-être encore plus par les dégats qu'ils ont déjà causés ensemble avec la Justice League Dark sur le carreau (rien que ça) - et c'est là qu'on mesure l'ambition de cette mini-série, qui ne va pas se cantonner à une longue traque/baston entre Batman et Robin.

Depuis son retour chez DC, Waid pète le feu et l'éditeur le lui rend bien en lui donnant des dessinateurs de première classe. Après Dan Mora, c'est au tour de Mahmud Asrar d'entamer une collaboration inédite avec le scénariste - Asrar qui n'a pas tourné le dos à Marvel mais qui n'est pas sous contrat exclusif et peut donc aller s'amuser chez la Distinguée Concurrence.

Asrar sur du Batman, il faut bien le dire, ça donne envie et on n'est pad déçu. Il s'approprie le dark knight avec une facilité déconcertante, tout comme Robin. Il lui revient aussi d'animer Alfred et même si j'avais accepté le choix de King, je suis content de retrouver le majordome bien vivant. Reste à savoir comment il est revenu d'entre les morts (car non, ce n'est pas une initiative de Robin).

L'épisode, riche en action et en grand spectacle, permet à Asrar de déployer son formidable talent dans ce registre et il nous gratifie de scènes intenses et explosives. Quand Jakeem anime le T-rex dans la Batcave, ou que Tim Hunter fait sauter la grotte, que le Bat-boat sort à toute allure, quand on découvre Zatanna pendue (mais pas morte, calmez-vous), ce sont autant de moments mémorables immédiatement et qui confirme la complicité entre l'artiste et l'auteur. Ces deux-là parlent la même langue, car Waid a toujours su donner du biscuit à des dessinateurs comme Samnee, Wieringo, Kubert, Garney et aujourd'hui Asrar, des artistes qui savent tirer le meilleur d'un script et s'investissent complètement dans la narration graphique.

Si j'ai pu être un peu démotivé ces derniers temps avec certains titres et en faire des critiques moins enthousiastes, ce Batman vs. Robin est de ces comics qui vous filent un coup de boost.

SENSE8 (Finale) (Netflix)


Trois ans après ses débuts, Sense8 connaît son dénouement avec cet épisode final d'une durée exceptionnelle de 2h 40. Netflix n'avait pas renouvelé la série pour une troisième saison mais les fans s'étaient mobilisés et avaient convaincu la plateforme de streaming de produire un ultime chapitre pour conclure la saga imaginée par les Wachowskis et J. Michael Straczynski. Le résultat est assez bluffant compte tenu du défi à relever.


Tous les membres du cercle se retrouvent à Paris, laissant en plan leurs différentes activités : Capheus, en pleine campagne électorale : Lito sur le point de commencer le tournage de son film à Hollywood ; Sun recherchée par la police de Séoul... L'heure est grave : Wolfgang est aux mains du BPO et torturé pour révéler où se cachent ses amis. Mais le cercle tient Whispers et compte l'échanger contre Wolfgang. Riley est contactée par Hoy qui lui présente, à distance, River Al-Saadawi, la fille de Ruth Al-Saadawi, fondatrice du BPO qui lutte pour refaire de l'organisation une force de paix. Mais pour cela, elle demande au cercle d'éliminer Whispers. Impossible car cela reviendrait à sacrifier Wolfgang.


L'heure et le lieu de l'échange sont convenus par les deux parties. Tout va se dérouler dans une boîte de nuit parisienne, mais le cercle dispose d'un avantage car la propriétaire de l'endroit est une amie de Riley qui y a officié comme DJ. Le cercle compte faire d'une pied, deux coups en récupérant Wolfgang sans livrer Whispers Chacun se positionne mais Lila est également présente sur place avec sa garde rapprochée de sensitifs et l'échange dégénère. Si Wolfgang s'échappe comme prévu, c'est Lila qui enlève Whispers en éliminant les agents du BPO venus l'exfiltrer.


Frustré par la tournure des événements, le cercle est alors convoqué par la Mère de la Lacune, qui dirige le cercle le plus ancien encore en activité et vit dans un espace sécurisé, indétectable par les autres sensitifs et le BPO. Elle est aussi la mère de Whispers et révèle le plan de son fils qui en tuant les sensitifs et en voulant percer le secret de leur pouvoir compte accèder à l'immortalité. Elle permet au cercle de localiser Whispers aux mains de Lila Facchini qui veut négocier avec le BPO. Direction : Naples. Le Cercle élabore dans l'urgence une attaque contre le palais où Lila détient Whispers. Elle parvient encore une fois à filer avec son prisonnier mais Will, avec l'aide des autres, part à sa poursuite et finit par tuer le président du BPO, Whispers et Lila.



De retour à Paris, au sommet de la Tour Effeil, est célébré le mariage de Nomi et Amanita. L'occasion pour tout le cercle d'enfin profiter de la joie d'être ensemble, sans pression : Sun a été innocentée des charges qui pesaient contre elle, Kala observe avec plaisir la complicité entre Rajan et Wolfgang, Capheus reçoit Nakia, sa mère et son meilleur ami Jela, Lito embrasse Hernando et Daniela, Riley présente Will à son père. La nuit se prolonge dans une comunion sexuelle transcendentale entre les membres du cercle et leurs partenaires non sensifitfs.

Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu un épisode de série aussi long : 2h 40, c'est un sacré morceau et on peut dire que si Netflix n'a pas renouvelé Sense8 pour une troisième saison, la plateforme de streaming a donné les moyens à J. Michael Straczynski et Lana Wachowski de conclure en beauté la série avec l'équivalent de trois épisodes réunis en un seul.

Le défi pour les auteurs était de clore une saga devenue très dense et dont on devinait bien qu'elle était partie pour durer. On peut supposer par exemple que si l'affrontement entre Whispers et le cercle n'allait pas s'éterniser, en revanche une guerre entre plusieurs cercles aurait pu avoir lieu, notamment autour du projet de Lila Facchini de transformer Naples en un refuge pour les sensitifs après une négociation avec le BPO. Lila avait tout pour remplacer Whispers dans le rôle de l'adversaire des héros.

Mais plutôt que cela, la série avait mis en place un enjeu plus concentré : Wolfgang était capturé par le BPO et le cercle avait capturé Whispers. Tout allait se régler autour d'un échange classique, en surface, de prisonniers, mais avec l'envoie des deux côtés d'en découdre.

L'action se déplace donc à Paris. Si Lana Wachowski et J. Michael Straczynski ne résistent pas à quelques images d'épinal (la Tour Effeil) et quelques gros clichés (le béret, la baguette, éléments d'un déguisement de Lito), ils restent focus sur leur histoire. Il y a de la tension et elle ne retombera pas jusqu'au dénouement, explosif, de ce méga-épisode.

Mais les auteurs savent aussi que, pour clore leur saga, il leur faut faciliter la tâche de leurs héros, moins expérimentés que leurs adversaires. C'est donc ainsi qu'ils convoquent à deux reprises des personnages à peine évoqués jusqu'alors ou même carrément inédits. Dans le premier cas, on assiste à une sorte de réunion de crise entre Riley, Hoy et River Al-Saadawi, la fille de la fondatrice du BPO, qui refuse de soutenir les projets homicides de Whispers et de l'actuel président de l'organisation. Elle est prêt à les sacrifier, mais évidemment Riley refuse car cela signifierait la mort pour Wolfgang.

On constate à cet instant que toute cette partie, au sujet d'une faction plus humaniste, pacifiste, du BPO, a été le parent pauvre de la série. Parfois mentionnée, elle n'a jamais été développée, et c'est dommage parce que, par exemple, on aurait pu imaginer que Jona l'ait rejointe et présentée plus tôt au cercle. A l place, le scénaristes ont préféré jouer sur l'ambiguïté morale de Jonas et des rebondissements le concernant assez grotesques (capturé, torturé, sauvé in extremis d'une lobotomie, s'alliant avec Whispers sans tout à fait devenir son complice).

La longue séquence qui va aboutir à l'échange entre Whispers et Wolfgang renoue avec les meilleurs moments de la série. La mise en scène est extraordinaire et tire parti d'un décor et d'une figuration spectaculaire qui rend l'action palpitante. C'est particulièrement efficace tout en étant narrativement limpide. On n'est jamais perdu, on voit où les personnages vont, le montage est nerveux mais limpide. Et surtout, à la fin, les cartes sont à nouveau rebattues (c'est aussi à partir de là qu'on devine où aurait pu aller la série si elle avait continué, avec donc le rôle central occupé par Lila Facchini).

Sense8 a toujours aimé nous faire voyager, et d'ailleurs tout a été tourné sur place, en décors naturels. On ne déroge pas à la règle ici, puisque, après Paris, on se déplace à Naples, cadre du climax de cet épisode. A nouveau, Wachowski et Straczynski introduisent une force inédite avec la Lacune. On n'en avait jamais entendu parler avant et évidemment, son apparition paraît un peu forcée par les événements. Il s'agit d'un groupe de sensitifs capables d'être indétectables et qui est basé dans un endroit dont on ignore la situation, et même s'il est dans le même plan que celui des héros (j'ai envie de croire qu'il s'agit d'une sorte de plan astral, un équivalent de la Matrice pour les sensitifs tant la scène est éthérée).

L'élément le plus important reste que la Mère de la Lacune est aussi la mère de Whispers. Les motivations de ce dernier pour en vouloir autant aux sensitifs ont finalement été toujours assez nébuleuses. La série a joué sur un parallèle, un peu délicat, entre les juifs (les sensitifs) et les nazis (le BPO), donc Whispers serait une sorte de SS ou de Gestapiste. En vérité, il est aussi lui-même un sensitif mais avec une ambition qui se révèle assez convenue : percer le secret de l'immortalité en tuant le maximum de ses semblables.

J'avoue ne pas bien voir le rapport entre percer le secret des cercles et l'immortalité, et à tout prendre j'aurai préféré que Whispers soit resté un simple homo sapiens jalousant les sensitifs ou un sensitif moins puissant enviant les avantages que procure un cercle pour justifier sa croisade. Là, on a surtout le sentiment d'un fils à maman capricieux et mégalomane, et au bout du compte le personnage semble vraiment avoir été épuisé par les auteurs qui ont trouvé avec Lila Facchini une méchante plus charismatique, vicieuse, et avec un potentiel plus élevé (justement parce que son projet est plus politique et ses méthodes plus redoutables, plus directes).

Il y a une ressemblance impossible à dissimuler entre Sense8 et les X-Men : tous deux sont persécutés, forment une communauté, et possèdent en leur sein l'équivalent d'individus (Al-Saadawi, la Mère de la Lacune/Charles Xavier) cherchant la cohabitation paisible avec les homo sapiens et d'autres (Whispers, Lila Facchini, le BPO/Magneto) à imposer leur domination sur ces mêmes sapiens. Mais JMS et Lana Wachowski n'ont pas su imposer avec autant de clarté ces deux clans, sans doute parce qu'ils ont mené de front les arcs narratifs de chacun des membres du cercle et du cercle en tant que groupe. On en revient toujours à Lost qui, également, ne voulait pas choisir entre ses personnages et son intrigue générale.

Inspiré par le Cheval de Troie, l'attaque du cercle à Naples nous gratifie d'une séquence d'action jubilatoire, avec une fusillade spectaculaire et quelques intermèdes où on retient son souffle. Bon, on notera aussi que durant cette séquence, Lito ne sert strictement à rien - comme souvent (toujours ?) alors que c'était vraiment le moment culminant pour prouver à quel point le partage des compétences entre les membres du cercle se transmettent (Riley se sert d'un flingue avec adresse parce qu'elle est connectée à Will et Wolfgang). Une autre erreur aura sans doute d'avoir impliqué dans cette fusillade les non sensitifs amis du cercle : Rajan est un vrai boulet, comme Daniela et Hernando, alors que Mun a évidemment plus sa place étant donné son expérience des armes en tant que flic. On retient aussi son souffle quand Kala prend une balle.

Mais, au fond, il est clair que personne ne devait mourir au sein du cercle : les fans auraient été en colère et les auteurs eux-mêmes ne voulaient pas finir sur une note triste, ce qui justifie qu'ils passent tous à travers un feu nourri du gang de Lila sans être touchés - un vrai miracle. Seule donc Kala manque d'y passer. Tuer Kala aurait été injuste parce que le personnage a gagné en intérêt dans cette seconde saison et que ni ce nigaud de Rajan ni Wolfgang ne méritaient de la perdre.

La manière dont le sort de Whispers, Lila et le président du BPO est réglé sent le plus la contrainte de conclure en un épisode. Il fallait faire en sorte que plus rien ni personne ne vienne menacer le sensitifs et quoi de mieux qu'une bonne roquette lancée sur un hélico emportant les méchants loin de Naples ?

Enfin, la série se referme sur le mariage de Nomi et Amanita : les violons sont de sortie, tout le monde verse sa larme... Avant de s'offrir une orgie transcendentale ! Hé oui, ça se passe comme ça chez les sensitifs, qui ne sont pas égoïstes puisque même les non-sensitifs en profitent - Daniela, Hernandi se partagent Lito, Wolfgang initie Rajan au triolisme... C'est filmé avec fièvre mais sans vulgarité.

Tout est bien qui finit bien. On quitte Sense8 avec le sentiment du devoir accompli, même si tout n'est pas parfait (mais la perfection est chiante). On aurait aimé que ça continue, mais en l'état ça reste très convaincant. Comme pour The OA, Netflix a abandonné une série très originale, très prometteuse, et qui n'a pas eu d'héritière à ce jour. On dit adieu à cette chouette bande de héros, jouée par une troupe d'acteurs formidables (dominée par les femmes - Jamie Clayton, Tuppence Middleton, et la divine Doona Bee), avec un pincement au coeur. Mais il c'est parce qu'on regrette de les voir partir qu'on sait qu'on les a aimés.

mardi 13 septembre 2022

SENSE8 (Saison 2) (Netflix)

 

Cette seconde saison de Sense8 est donc la dernière de la série. Elle se découpe en deux parties puisque Netflix, sous la pression des fans, consentit en 2018 à financer un ultime épisode de 2h 40 qui donnerait une conclusion digne de ce nom à l'histoire imaginée par les Wachowskis et J. Michael Straczynski. J'ai donc choisi de consacrer une critique aux épisodes 1 à 11 puis une autre à l'épisode final, le 12.


Pour empêcher d'être localisé par Whispers, Will s'inejecte de l'héroïne sous le contrôle de Riley et Kala. Kala a épousé Rajan maisn pense toujours à Wolfgang. Wolfgang veille sur Felix convalescent tandis que le parrain Volker Bohm lui propose d'être son associé. Kabaka offre un nouvel autobus à Capheuns pour le remercier de l'avoir sauvé.. Les photos intimes de Lito sont diffusées par Joaquin mais Lito refuse désormais de cacher son homosexualité, au grand dam de son agent. Nomi et Amanita sont hébergées sur la péniche de Bug pour échapper à l'agent féddéral Bendix. Les membres du Cercle fête leur anniversaire.

Riley réussit à duper Whispers qui les croit, elle et Will, toujours cachés en Islande alors qu'ils se sont réfugiés à Amsterdam. Nomi, Amanita et Bug tentent de localiser Whispers. Lito d'un côté, Capheus de l'autre s'interrogent sur leur avenir alors que l'un voit sa carrière s'effondrer et l'autre sa popularité s'envoler. Wolfgang et Felix reçoivent une offre de Sebastian Fuchs, autre parrain de Berlin, pour devenir ses associés et Wolfgang fait la connaissance de Lila Facchini, la partenaire de Fuchs, qui est une sensitive. Après avoir assisté à une conférence du Pr. Kolovi, l'ex mentor de Whispers, Nomi et Amanita informent Will qu'il se trouve à Londres en négociations avec un cadre du BPO, Richard Croome.


Lito déménage avec Hernando et Daniela. Sun échappe à une tentative de meurtre en prison commanditée par son frère Joong-ki. Lila Facchini tente de séduire Wolfgang qui repousse ses avances alors qu'il partage un moment intime à distance avec Kala. Will organise un rendez-vous avec Croome qui lui révèle que depuis le 11 Septembre 2001, au sein du BPO, la méfiance contre les sensitifs a conduit à leur traque, mais qu'une faction des cadres de l'organistation souhaiterait revenir à ses fondamentaux humanistes. Croome est assassiné par une kamikaze contrôlé par Whispers.


Kala est témoin de vives tensions au sein du temple dont certains fidèles sont prêts à déclarer la guerre aux affairistes, comme son beau-père, qui veulent les empêcher de pratiquer leur culte. Sun s'évade de prison avec une autre détenue et va se cacher chez une amie de celle-ci. Capheus est interviewé par Nakia, une journaliste, au sujet de ses intentions pour son quartier alors que des élections approchent. Nomi découvre que Angelica a dupé Whispers en voulant saboter un programme de capture et de lobotimisation de sensitifs destinés à en faire des assassins kamikazes (comme celle qui a tué Croome). L'inspecteur Mun débusque Sun et l'affronte, reconnaissant la jeune fille avec laquelle il pratiquait adolescent les arts martiaux, mais elle réussit à le semer.


Capheus est approché par un parti politique qui voudrait en faire son candidat contre le sortant. Sun se réfugie chez son professeur d'arts martiaux à qui Mun rend visite pour expliquer qu'il souhaite aider la fugitive contre son frère, visé par une enquête du fisc. Toujours traqué par Bendix, Nomi entre en relation via Bug avec un membre du collectif Anonymous qui efface toute trace numérique à son sujet en échange d'un futur service à leur rendre. Lito reçoit une invitation pour être animer la Gay Pride de Sao Paulo. Kala découvre que la compagnie de Rajan exporte des médicaments frelatés en Afrique, notamment au Kenya chez Capheuns. Wolfgang dîne avec Lila mais refuse de s'allier à elle pour transformer Berlin en une ville réservée aux sensitifs. Une fusillade éclate et Wolfgang doit fuir. Riley donne un concert pour rallier de nouveaux sensitifs et défier le BPO.


Après le concert, Riley est contactée par Hoy, un des membres fondateurs du BPO et sensitif lui-même. Il lui communique l'adresse d'un rendez-vous avec une proche de Whispers mais disposée à le trahir, à Chicago, qu'elle devra rencontrer seule. Lito participe à la Gay Pride de Sao Paulo avec Hernando et Daniela et fait son coming-out.. Wolfgang en cavale se cache chez Felix qui pense que Lila va provoquer une guerre des gangs entre Bohm et Fuchs.


De retour du Brésil, Lito apprend que son agent ne désire plus le représenter. Capheus accepte d'être candidat aux élections pour défendre les plus démunis et combattre la corruption des élus en place. Kabaka lui fournit des gardes du corps. Sun est surprise en train de se recueillir sur la tombe de ses parents par Mun qui lui offre son aide contre son frère. Mais elle n'a pas confiance et s'échappe après avoir infligé une raclée au policier. Riley, à Chicago, est escortée par Diego, l'ancien aprtenaire de Will, jusqu'à l'informatrice recommandée par Hoy qui lui communique l'adresse personelle de Whispers. Mais une fois sur place, Riley et Diego le voient exfiltrer par des agents du BPO.


Avec l'aide de Will et Wolfgang, Riley force le coffre de Whispers et dérobe ses notes. Elles apprennent au Cercle que Whispers est soutenu dans sa chasse aux sensitifs par l'actuel directeur du BPO dont la rivale, River Al-Saadawi, plus humaniste, est la fille de la fondatrice de l'organisation. Nomi et Amanita aident Sun à approcher Joong-ki lors d'un gala qu'il va organiser afin de le confondre. Mais avant cela, Nomi doit se préparer pour un autre événement.


Nomi est en effet le demoiselle d'honneur au mariage de sa soeur Teagan. La cérémonie est troublée par l'agent Bendix venu arrêter Nomi. Mais quand il doit produire un mandat d'arrêt, celui-ci a disparu, effacé à son insu par le collectif Anonymous. Bendix doit se retirer et Nomi reste libre. Riley et Diego trouvent l'adresse de l'informatrice mais ils la découvrent, suididée, chez elle. Daniela remonte le moral de Lito en lui trouvant un script parfait et convainc un producteur hollywoodien de l'auditonner. Diego apprend que le père de Will est hospitalisé dans un état critique et il meurt auprès de Riley, à travers laquelle Will, effondré, assiste à la scène.


Capheuns prononce son premier discours de candidat devant une foule en délire. Mais il échappe de peu à une tentative d'assassinat commanditée par son rival. Kala met au point de bloqueurs pour empêcher Whispers de localiser les membres du Cercle et les expédie à chacun. Lito passe son audition avec succès et rencontre l'acteur oscarisé à qui il donnera la réplique lors d'une fête. Sun infiltre le personnel qui servira les invités du gala donné par Joong-ki.


Mun se présente au gala pour arrêter Joong-ki pour fraude fiscale, mais ce dernier ouvre le feu et créé un mouvement de panique parmi les invités pour prendre la fuite, Sun, avec l'aide des membres du Cercle, poursuit son frère dans la ville et réussit à le stopper, mais elle renonce in extremis à le tuer. La police arrive pour l'arrêter tandis qu'un ami ministre de Joong-ki l'exfiltre. Le Cercle aide alors Sun à s'évader puis transmet des infos compromettantes sur le minsitre et Joong-ki aux médias locaux. Traqué par Lila, Fuchs et Bohm, Wolfgang décide de quitter Berlin pour rejoindre Kala en Inde mais Whispers et le BPO le capturent. Kala avertit le cercle. Will déclare la guerre.

Comme on pouvait s'y attendre depuis la fin de la saison 1, Sense8 va développer dans ces nouveaux épisodes une intrigue sur deux niveaux : d'un côté, on continue de suivre les parcours des huit sensitifs du cercle engendré par Angelica ; de l'autre, on observe la progression du conflit entre le cercle et le BPO car Whispers est désormais lié à Will et le traque pour débusquer ses amis.

Cependant, on observe en premier que le show est désormais piloté par la seule Lana Wachowski (sa soeur lily ayant décidé d'arrêter l'écriture et la réalisation) et J. Michael Straczynski. Ponctuellement, la cinéaste céde sa place derrière la caméra à des amis, comme James McTeigue (le metteur en scène de V pour Vendetta, produit par les Wachowskis) pour les épisodes 4, 5 et 7, Dan Glass pour l'épisode 8 et Tom Tykwer (auteur de Cours, Lola, cours) pour l'épisode 11. Néanmoins, chacun respecte la charte graphique de la série, il n'y a pas de rupture de style.

Comme beaucoup de séries chorales, Sense8 ne va pas échapper à quelques défauts propres à ce genre de propositions narratives. L'intrigue principale (BPO vs le Cercle) souffre de longueurs, de baisses de rythme, de rebondissements et de révélations mécaniques. De nouveaux personnages viennent enrichir le propos mais sont souvent traités sommairement, de trop nombreux flashbacks polluent le récit sans qu'ils soient d'un intérêt réel, et le pire survient quand les auteurs veulent expliquer sérieusement, scientifiquement des éléments fantastiques à coups de termes ronflants (homo sensorium contre homo sapiens, psycecillium, assassins zombies, etc). C'est le syndrome Lost : à un moment, les showrunners souhaitent davantage contenter des fans hardcore qui théorisent à tout-va sur la mythologie de la série et ne font que se prendre les pieds dans un charabia  pseudo-scientifique mais surtout ridicule.

La seule addition notable et vraiment estimable est le personnage de Lila Facchini, jouée par Valerio Bilello, sexy et fatale à souhait, cette sensitive qui veut faire de Berlin puis de Naples un refuge pour son espèce, en n'hésitant ni à provoquer une guerre de gangs ni à pactiser avec le diable. On saisit à travers elle une ambition qui aurait certainement pu alimenter la série si elle avait été renouvelée avec plusieurs clans de sensitifs aux objectifs et aux méthodes diverses et qui auraient fait passer nos héros pour de sympathiques amateurs obligés de s'endurcir pour survivre.

Mais, en l'état, même si dans le finale de la série, cela produit des séquences spectaculaires, on demeure frustré car Sense8 n'aura jamais de saison 3 (et plus). Cela, c'est donc pour la partie story-driven du show, souvent maladroite, alambiquée, tortueuse, soit too much, soit pas assez.

Toutefois, il y a l'autre partie, character's driven, de Sense8 et c'est celle-ci qui, depuis le début, convainc le plus. Tout n'y est pas parfait non plus, mais c'est nettement plus intéressant et abouti. Lana Wachowski, lors de la promo de Matrix Resurrections, a expliqué que c'est en tournant cette saison 2, seule donc, sans sa soeur, qu'elle avait totalement changé sa manière de filmer, faisant confiance aux accidents, préférant désormais les prises de vue en décors réels, avec un minimum d'effets spéciaux rajoutés en post-production, au plus près des acteurs. Une révélation qu'on voit à l'écran avec de nombreuses scènes de foule, de fête, avec de la lumière naturelle, une exploitation des décors authentiques, des trucages ingénieux et simples, des mouvements d'appareils fluides mais moins sophistiqués.

J. Michael Straczynski a dû aussi peser davantage sur cet aspect plus proche des personnages, leurs relations, leurs interactions, comme il le fait souvent dans ses comics. Généralement, la caractérisation est formidable, avec des moments drôles, émouvants, poignants même, introspectifs, de vrais développements, une progression significative. Le scénario ménage pour chacun des huit héros de vrais arcs narratifs, conséquents, avec une dimension plus ambitieuse. Tout ne va jusqu'au bout, certains protagonistes sont mieux traités que d'autres, JMS et Wachowski sont diversement inspirés, c'est une évidence, et là encore une saison 3 aurait permis de conclure certainement quelques trajectoires. Mais l'ensemble est très honorable et constitue le meilleur de cette saison 2.

Des motifs se distinguent : l'enfermement et la fuite (Will et Riley, Sun), l'émancipation (Lito, Kala, Capheus), la confrontation (Nomi, Wolfgang). Will et Riley sont cloîtrés pendant un bon moment dans une église abandonnée à Amsterdam et à cet isolement se greffe delui, plus personnel, de Will qui, pour empêcher Whsipers de le localiser, doit s'injecter de l'héroïne, inhibant ses neuro-transmetteurs - du coup non seulement il évite Whispers mais il ne communique plus avec les autres sensitifs de son cercle que lorsqu'il est sobre. Dans le cas de Sun, elle est incarcérée et doit se protéger de tentatives d'assassinats commanditées par son frère.

Le thème de la confrontation concerne Nomi qui reste traquée par le FBI mais qui s'active pour sortir de cette situation, avec l'aide d'Amanita et de Bug (un second rôle haut en couleurs, qui apporte de l'humour à la série). Lors du mariage de sa soeur, elle affronte l'agent Bendix mais aussi les regards désapprobateurs de ses parents : si on peut trouver légère la manière dont la relation entre Nomi et sa mère est alors traitée (n'oublions pas que la seconde a voulu faire lobotomiser la première dans la précédente saison), on remarque la bascule que représente cette séquence à partir de laquelle Nomi reçoit le soutien de son père. Wolfgang a un parcours bien plus relevé, sans doute le plus intense du show dans cette saison 2, avec le rétablissement de Felix, les approches de Bohm et de Fuchs, les manigances de Lila, la guerre des gangs à laquelle il échappe, puis le piège tendu par Lila et Whispers. Wolfgang reste ce personnage qui avance avec détermination sur un chemin violent, au bord du précipice en permanence, y compris dans sa liaison à distance avec Kala.

Enfin, la notion d'émancipation est illustrée par Lito, qui assume désormais son homosexualité mais doit en payer le prix fort. L'évolution du personnage est intéressante mais malheureusement, comme dans la saison 1, Lito ne sert objectivemetn pas à grand-chose, voire même à rien, dès qu'il s'agit du partage de compétences entre membres du cercle, comme si les auteurs ne savaient pas comment l'intégrer. Les talents de Lito ne servent à rien et l'histoire qui se déploie ne l'impacte guère. Kala gagne par contre nettement en épaisseur : elle doit composer avec l'amour sincère qu'elle porte à Rajan et l'attirance qu'elle a pour Wolfgang, ses connaissances médicales sont utiles pour le groupe (avec les bloqueurs qu'elle confectionne), il n'y a guère que le volet de son histoire avec le temple, la religion, qui sont superflues. Enfin, Capheus s'avère un protagoniste étonnant : propulsé sur la scène politique, ce qui fait écho à son passé familial (et à la figure de son père), les scénaristes lui ont écrit un destin spectaculaire qu'il embrasse, un peu gauche, mais sans hésiter.

Tout converge dans l'épisode 11 avec la capture de Wolfgang, un choix judicieux car il est dur au mal et donc donnera du fil à retordre à Whispers, en même temps cela fait écho à l'arc de Riley dans la saison 1. La connection établie durant cette saison 2 avec Lila a du potentiel pour le final de la série. J'ai volontairement occulté dans mon résumé des pans entiers du récit, impliquant Jonas et Angelica, car je les ai trouvés encombrants, avec des péripéties lourdingues. Je pense que les auteurs auraient été inspirées de soulager la série de ce côté-ci, même s'ils pensaient certainement s'en servir dans l'optique du saison 3. Le cas de Jonas est particulièrement ennuyeux car dans le dernier tiers de la saison on joue sur son éventuelle duplicité (ayant été sauvé in extremis d'une lobotomie), donc engendrant la méfiance de Will. Une manoeuvre peu habile pour créer un suspense bien artificiel et surtout justifier des apparitions d'un personnage qui n'avait plus vraiment sa place dans un show déjà bien peuplé.

La distribution reste irréprochable, d'autant qu'on s'est désormais attaché aux héros et qu'on frémit pour eux, tout comme on déteste l'affreux Whispers qui les traque et fait preuve en plusieurs occasions d'un sadisme écoeurant (en particulier vis-à-vis de Will et de son père, culminant avec la mort de ce dernier - une scène bouleversante, pudiquement mise en scène).

Grosso modo, mon jugement sur les acteurs n'a pas trop varié du saison à l'autre, même si Miguel Angel Silvestre compose un Lito plus intéressant. Le personnage ne sert donc pas à grand-chose et sans lui ou avec un autre protagoniste aux talentss plus utiles, la série s'en serait mieux protée, mais on ne peut s'empêcher de le trouver sympathique, voire courageux - hélas ! breaucoup moins digne et ses jérémiades à chaque revers agacent fortement, même le plus patient des fans.

Les sept autres sensitifs du cercle sont formidablement campés. La surprise majeure vient du remplacement d'Amil Ameen par Toby Onwumere dans le rôle de Capheus : j'ignore les raisons de ce changement d'acteur d'autant que Ameen était excellent, mais Onwumere ne démérite pas, conservant à "Van Damn" une fraîcheur irrésistible, une sorte de candeur épatante. Brian J. Smith hérite d'une partition très riche pour jouer Will, aux côtés de Tuppence Middleton, formidable. Jamie Clayton est un peu plus en retrait dans ces nouveaux épisodes, cantonnée au rôle de super hackeuse.

Tina Desai incarne Kala avec plus de présence, même si son jeu paraît toujours aussi emprunté dans les moments de tension sexuelle que traverse son personnage, ce qui est regrettable. A l'inverse, Max Riemelt a un charisme insensé et fait de Wolfgang un des membres les plus emblématiques du cercle. Enfin, comme pour la saison 1, c'est Doona Bee qui domine le casting, d'ailleurs c'est Sun qui a certainement l'arc le plus riche sur les deux saisons de la série et la comédienne l'interprète avec une palette de nuances exceptionnelle.

Tout est en place pour ce final hors du commun, celui d'une série qui doit s'achever en ayant pensé durer plus longtemps, mais pour laquelle Netflix a consenti à offrir aux fans un épilogue digne de ce nom. On en reparle très vite, avant de dire adieu à cette bande si attachante.