lundi 10 janvier 2022

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

Bonjour à tous ! J'espère que tout le monde va bien et est prêt à pour une nouvelle livraison de news comics. Il y en a pour tous les goûts cette semaine, avec du Marvel, du DC, du Dark Horse et de l'Image Comics. Alors, ne perdons plus de temps !

DARK HORSE COMICS : 


Robert Sammelin (ci-dessus à gauche) est un artiste bien connu des familiers de Mondo, cette compagnie spécialisée dans le réalisation de posters (revisitant souvent des classiques du 7ème Art à l'occasion de leur ressortie en DVD). Daniel Freedman (ci-dessus à droite) est moins renommé mais c'est lui qui va écrire pour Sammelin une série qui paraîtra au Printemps chez Dark Horse.


Kali empruntera beaucoup à Mad Max si on en croit son pitch puisque l'héroïne, laissée pour morte par ses complices après un braquage, va partir à leur recherche pour se venger, le tout situé dans un cadre post-apocalyptique. Rien que pour les dessins de Sammelin, ça vaudra le coup d'oeil (et n"hésitez pas à "googliser" le nom de l'artiste pour découvrir son travail).

IMAGE COMICS :


Cette semaine, l'éditeur indépendant a fait sensation, non pas en annonçant une nouvelle parution, mais en signant en exclusivité un des auteurs les plus en vue actuellement. En effet, Jeff Lemire s'est engagé avec Image pour ses prochains travaux en creator-owned, suivant des modalités qui doivent se rapprocher de celle d'un Ed Brubaker (soit une totale liberté créatrive pour proposer des comics sous n'importe quel format - mensuel, graphic novel, etc.). Connaissant la productivité folle de Lemire, c'est une belle prise.
Toutefois, ça ne devrait pas altérer l'univers Black Hammer et ses séries chez Dark Horse pour lesquels Lemire a beaucoup de projets (sous forme physique ou numérique). Ouf ! En attendant, c'est Black Orchid : Mythos, précédemment évoqué dans cette rubrique, qui sera le premier livre compris dans le deal unissant Lemire à Image (avec des dessins d'Andrea Sorrentino).

MARVEL COMICS :


Marvel concentre le gros des annonces de la semaine. Et pour commencer, comme l'éditeur en a désormais pris l'habitude, il s'agira de parler d'un one-shot qui fera vibrer la corde sensible de la nostalgie. Ralph Macchio (ci-dessu à gauche), célèbre editor et scénariste de la "maison des idées", signera le script de Doctor Strange : Nexus of Nightmares.


Sans surprise, Stephen Strange y affrontera Cauchemar (mais pas que, puisqu'on nous promet deux autres ennemis emblématiques -Mordo et Dormammu ?). Ce n'est pas Todd Nauck (qui a pondu cette couverture horrible) qui se chargera de dessiner ça  mais Ibrahim Moustafa (en haut à droite).


Jordan White, le responsable éditorial de la franchise X, l'avait évoqué en interview mais c'est officiel maintenant : les fans vont être appelés à nouveau à voter pour intégrer un X-man ou une X-woman dans les mois à venir (probablement avant l'été, et l'event Judgment Day). L'équipe écrite par Gerry Duggan va donc changer de composition un an après le Hellfire Gala, même si l'importance de ce changement reste à définir. 
Update : voici la liste des candidats :


J'ai voté Firestar (même si j'adore Monet et Syrin). Aucune chance qu'elle gagne, mais tant pis.


Adam Kubert (à gauche) et Benjamin Percy (à droite) collaborent fréquemment ensemble sur la série Wolverine et celle-ci sera une des rares à échapper à un relaunch à l'occasion de Destiny of X. Donc, dans le n°20, le griffu va partager une aventure avec un invité, disons turbulent...


En effet, il semble bien que Deadpool (qui n'a plus de série actuellement) va intégrer la franchise X en s'invitant d'abord dans le mensuel Wolverine. Wade Wilson figurait sur le poster promotionnel de Destiny of X sans qu'on sache s'il s'agissait d'un simple gag (surtout que ses relations étaient tendues avec Krakoa), mais on parle aussi et ensuite de son incorporation à une nouvelle mouture de X-Force (écrit aussi par Percy).


Si Spurrier avait promis à la fin de Way of X (titre qui avait long feu) qu'il n'en avait pas fini avec les mutants. Malgré mes doutes (et mes craintes), il disait vrai puisqu'il va écrire Legion of X, suite directe de la première série.


C'est Jan Bazaldua (Mr. & Mrs X.) qui dessinera (ça vend du rêve)... Et cette fois-ci Diablo va diriger une équipe qui fera règner l'ordre sur l'île de Krakoa (chouette... Après avoir jouer les curés de service, voilà l'elfe dans le rôle d'un flic... Dave Cockrum doit se retourner dans sa tombe !). A ses côtés, Legion (David Haller), Pixie, mais aussi... Le Fléau (dont on nous avait pourtant dit dans la récente mini-série de Fabian Nicieza et Ron Garney qu'il n'était pas mutant et donc indésirable sur l'île...) ! N'importe quoi ? Oui, ça résume bien le fond de ma pensée.


S.W.O.R.D., c'est fini, mais Al Ewing (à gauche) et Stefano Caselli (à droite) n'en ont pas fini avec les mutants et l'espace, puisque les deux éphémères partenaires vont se retrouver pour X-Men Red. Russell Dauterman a dévoilé les couvertures des deux premiers épisodes (ci-dessous) :


La couleur rouge (red) renvoie bien sûr à celle de la planète Mars, donc à Arakko et c'est logiquement Tornade qui sera au coeur de ce titre, puisqu'elle est la régente en place. Le casting ne se concentrera plus sur les agents du SWORD, même si Abigail Brand sera présente, mais on trouvera Magneto, Sunspot, Cable, et Vulcan !


La structure de la série sera aussi originale puisque chaque épisode explorera à la fois les relations de deux personnages et la situation d'Arakko, ses habitants, sa société, ses interactions avec Krakoa (Magneto devrait continuer à jouer les ambassadeurs entre les deux endroits), etc. Caselli a expliqué à cette occasion qu'il avait cessé de dessiner SWORD prématurément pour préparer X-Men Red, certainement le projet dans lequel il s'est le plus investi dans toute sa carrière. Prometteur.


Inferno terminé, Jonathan Hickman a donné une longue interview à un podcast pour revenir sur son run, et surtout les idées qu'il n'avait pas eu le temps de concrétiser, développer ou dû modifier en cours de route. Des confessions passionnantes que je vous résume ici :


- Giant-Size X-Men : Storm aurait dû raconter tout autre chose. Dans ce one-shot, Tornade était découverte à l'agonie, empoisonnée par un techno-virus des Enfants de la Voûte. Jean Grey et Emma Frost la diagnostiquaient avant qu'une expédition dans le Monde, avec Fantomex mais aussi Monet et Cypher règle le problème. Mais initialement, Hickman a expliqué qu'il avait une autre histoire : Ororo devait découvrir qu'elle était enceinte de Black Panther et sa grossesse s'annonçait compliquée. Pour la mener à son terme en toute sécurité, elle partait, accompagnée, dans le Monde de Fantomex à qui elle confiait l'éducation du nouveau-né, surpuissant.


- Parmi les projets chers à Hickman mais abandonnés, il y avait celui d'écrire une nouvelle série Generation X. Emma Frost en aurait été la professeur (comme dans la première version, de Peter Milligan^), mais les élèves auraient été bien nouveaux. L'idée de Hickman, c'était que les X-Men étaient les champions de Krakoa, les Nouveaux Mutants leurs remplaçants en tant que mentors de la jeune génération, et Generation X aurait donc obseré de jeunes mutants. Tout ça n'a pas été complètement perdu puisque le run de Vita Ayala sur New Mutants reprend cette trame.


- Ce qui est certain, c'est que Hickman avait un faible pour Emma Frost puisqu'il ambitionnait aussi de s'en servir pour une série Hellfire Kids. Néanmoins, l'intention est ici plus floue : s'agissait-il de se pencher sur des enfants des anciens membres du Club des Damnés ? Ou une nouvelle incarnation du Club, plus jeune (donc un réappropriation de ce que Jason Aaron avait fait avec les gamins apparus dans Wolverine & the X-Men, devenus dans Marauders les Homines Verendi) ?


- Un projet qui tenait particulièrement au coeur de Hickman concernait la garde impériale Shi'ar et ses relations avec Krakoa. Ses épisodes de New Mutants s'achevaient d'ailleurs avec l'installation sur Chandilor de Sunspot, aux côtés de son copain Cannonball et sa femme Smasher. Or, parmi les variant covers de Powers of X, il y avait l'image ci-dessus, par Guiseppe Camuncoli, où la garde impériale et Cannonball s'agenouillaient devant Sunspot assis sur le trône Shi'ar. Il semble évident que c'était le teaser de l'intrigue de cette série à laquelle Hickman a renoncée.


- Un titre Mister Sinister était aussi dans les tuyaux. Dans House of X/Powers of X, on pouvait lire des data pages sur les ragots de Nathaniel Essex et aussi sur son futur dans lequel il créait les chimères, ces mutants composites qui se rebellaient contre le règne de Nimrod. Hickman s'amusait beaucoup avec ce personnage de manipulateur bouffon et si une série entièrement dédiée était peut-être envisagée, il paraît plus sûr qu'il voulait développer le personnage.


- Enfin, une série Moira X a longtemps été fantasmée (espérée) par les fans et Hickman. La matière était là depuis la réinvention du personnage dans House of X #2. Mais le scénariste n'avait pourtant pas l'intention de l'écrire, ou en tout cas pas seul, puisqu'il a raconté avoir attiré Al Ewing sur la franchise en lui demandant de travailler sur ce titre. Avec ce qui se passe dans Inferno #4, Hickman laisse en tout cas à qui le désire le soin de réutiliser Moira, dans une toute autre configuration...

Tous ces projets n'ont pas vu le jour, et pour certains en tout cas, c'est regrettable. Mais Hickman l'a répété, la pandémie a énormément contrarié ses plans en 2020-2021 et l'a contraint à renoncer à beaucoup d'idées. X of Swords en a recyclées quelques-unes en prenant une ampleur plus importante que ce qui était prévu. D'autres pistes narratives sont restées sans lendemain (Hickman dit qu'il aurait souhaité écrire un arc sur Malicia notamment, il a même pensé à l'utiliser de façon conséquente pour Inferno). Mais dans les comics, rien ne se perd, tout se transforme et il est possible qu'un autre auteur, un jour, s'inspire de ce qu'ambitionnait Hickman...


Pour rester sur le cas Jonathan Hickman, ce qui suit n'est pas une info officielle, mais une rumeur de plus en plus persistante. On sait que le scénariste a un projet en cours avec Chris Bachalo. On sait aussi que The Amazing Spider-Man : Beyond s'achèvera en Mai (avec certainement le retour sur le terrain de Peter Parker, actuellement suppléé par Ben Reilly). Toute l'équipe créative serait donc débarquée (avec les scénaristes Zeb Wells, Cody Ziglar... Et les artistes Patrick Gleason, Sara Pichelli...). Or, il se dit que le projet Hickman-Bachalo serait la reprise de The Amazing Spider-Man et qu'elle s'inscrirait dans ce que les deux hommes avaient initié dans le one-shot Full Circle dont ils avaient réalisé un segment (où Spidey était embarqué dans une mission du SHIELD, commandée par Nick Fury - voir ci-dessus).
Et là, je dis : Hickman + Bachalo = Spider-Man + Nick Fury, take my money !

DC COMICS : 
 

Quand on vous dit Geoff Johns, vous pensez à quoi ? Flash ? Green Lantern ? Moi, je dis : JSA & Justice Society of America. J'ai adoré ses deux runs sur ce titre et je regrette qu'on nait plus de séries avec ces personnages, qui sont la mémoire de DC (même si on les a revus dans Doomsday Clock de Johns ou Justice League de Scott Snyder).
 

Avec Bryan Hitch, Geoff Johns ambitionna en 2021 de redonner un mensuel à la Justice Society (sous ce nom), fort du succès de la série télé Stargirl (héroïne créée par le scénariste en hommage à sa soeur décédée). Le casting aurait mélangé, dans la grande tradition, vétérans et débutants, parfois directement transposés de l'écran à la page (notamment une Dr. Mid-Nite afro-américaine, ou Yolanda Montez en Wildcat). Le premier arc était même, semble-t-il, prêt, avec comme méchant Per Degaton et des voyages dans le temps. Mais ça ne s'est pas fait. Pourquoi ? Mystère - même si on peut supposer que Johns en a surtout eu marre d'attendre un feu vert de son éditeur et a préféré se consacrer à son creator-owned, Geiger, chez Image. Dommage.


Bryan Hitch a confirmé le plan de reformer la Justice Society et l'abandon du projet en publiant les characters designs qu'il avair préparés pour Jay Garrick (ci-dessus) et Alan Scott (ci-dessous). L'artiste paraîssait très enthousiaste à l'idée de dessiner cette série, mais y a désormais renoncé (il est overbooké, entre Venom, un projet Superman pour le Black Label avec Mark Waid, et d'autres choses encore non annoncées).


En tout cas, j'aurai bien aimé lire ça. Et vous ?

Je vous laisse, si vous le souhaitez, déposer un commentaire à ce sujet ou à propos des autres infos. Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. Et à bientôt !

dimanche 9 janvier 2022

THE MAGIC ORDER 2 #3, de Mark Millar et Stuart Immonen


A mi-parcours de son deuxième volume, The Magic Order met le turbo avec cet épisode spectaculaire et rétrospectif. Mark Millar connaît son affaire et sait équilibrer son récit. Stuart Immonen peut y aller, lui aussi, à fond les ballons, en livrant des planches ahurissaantes. Dans le genre, il n'y a pas beaucoup mieux.



Il y a mille ans, l'Ordre Magique est parti à l'assaut de Soren Korne, le plus puissant sorcier dissident. Celui-ci attend de pied ferme ses adversaires car il a un atout redoutable : le monstre Othoul'Endu. Mais celui-ci lui fait défaut au pire moment. Aujourd'hui, Victor, son descendant, veut sa revanche.


L'Ordre Magique, sous les ordres de Cordelia Moonstone, monte la garde en Ecosse où Victor Korne et son gang sont attendus pour compléter la Pierre de Thoth, qui permettra d'invoquer l'Othoul'Endu. Mais l'attaque va les prendre au dépourvu.


La tante de Victor, une puissante ensorceleuse, se charge dde récupérer le fragment de la Pierre de Thoth pendant Victor et ses hommes distraient l'Ordre Magique avec un Saltador géant qui marche sur Glasgow.


Dépassé, l'Ordre Magique ne sait plus où donner de la tête. A Londres, Francis King, harcelé par son démon, renonce à s'injecter une dose de drogue pour répondre à l'appel au secours des magiciens. Mais une fois sur le terrain, il perd ses nerfs...

L'épisode s'ouvre par un long flashback : nous remontons le temps, mille ans en arrière, quand les treizz membres de l'Ordre Magique s'aventurent en territoire ennemi. Ils vont affronter Soren Korne, un puissant sorcier dissident. C'est l'ancêtre de Victor Korne, le sorcier roumain qui veut aujourd'hui sa revanche. Alors que Soren disposait d'un monstre lui assurant la victoire, celui-ci lui fait défaut. Aujourd'hui, Victor a compris pourquoi et il a un plan spectaculaire pour l'invoquer à nouveau, pour écraser ses rivaux...

Mark Millar connaît son affaire : son expérience de scénariste est à la fois sa meilleure arme et sa plus grande faiblesse. Il sait doser une histoire en appuyant sur l'accélérateur au bon moment, en imaginant des rebondissements spectaculaire, en bâtissant une mythologie impressionnante. Mais parfois aussi ses scénarios fonctionnent avec des ficelles grosses comme des câbles, il se repose sur des recettes éprouvées.

C'est ce double sentiment qu'on ressent à la lecture de The Magic Order 2 : c'est très efficace mais peu surprenant, rien ne vient faire dérailler ce mécano bien huilé. Ce n'est pas désagréable, loin de là, mais on devine comment ça va évoluer, voire comment ça va finir.

Millar montre les héros de l'Ordre Magique dans une situation critique, depuis le début du volume 2, tout va de mal en pis, ils sont dépassés par un ennemi revanchard et qui tape fort et juste. Par ailleurs, l'auteur a bien insisté sur la malédiction qu'a déclenchée Cordelia Moonstone en ramenant à la vie son père, Leonard, et son frère, Regan, plus quelques alliés, dans le volume 1 : du coup, on sait que l'Ordre ca y laisser des plumes, même s'il gagne à la fin.

De la même manière, l'absence remarquable de Leonard, depuis le début du volume 2, intrigue dans une telle crise. Et le renfort de Francis King n'a rien de réconfortant : très prévisiblement, tout déraille, dramatiquement, à l'issue de ce troisième épisode quand cet ensorceleur toxicomane part en sucettes.

La vraie surprise, au fond, ce serait bien que l'Ordre Magique perde, de façon si nette que le lecteur ne considère plus cela en fonction de la malédiction attachée à Cordelia. Car Victor Korne a un plan terrifiant et une équipe redoutable, notamment la tante Brigitta, cette mémé qui ne paie pas de mine mais qui est sacrément coriace et dangereuse. Il est clair que Millar adore cette bande de roumains, au point que le lecteur estime avec mesure l'injustice qu'ils veulent réparer. Même si le message n'est pas subtil, il a le mérite d'être clair et sa résonance sociale est précise : l'Ordre est une caste d'aristocrates qui ont régenté le monde de la magie en écartant des prolétaires vus comme des ploucs indignes de s'asseoir à la table des grands.

Il n'empêche, Millar (comme Tom King) est certainement le scénariste qui bénéficie des meilleurs artistes et il sait qu'il peut se reposer sur eux pour doper ses scripts. Avec Stuart Immonen, il tient celui que beaucoup considèrent comme le boss car le canadien est un dessinateur respecté de tous et qui avait fait croire à sa retraite.

Aujourd'hui que le malentendu est dissipé (Immonen a seulement pris quelque vacances après la fin de son contrat avec Marvel), The Magic Order profite d'un graphiste hors normes, qui a fait complètement oublier son prédécesseur sur le titre. Il y a quelque chose de presque écoeurant à lire des pages de Immonen car son aisance est tellement insolente que rien ne lui résiste.

Le bougre, en plus, est d'une régularité toujours aussi folle alors qu'il se passe désormais d'encreur. Grâce à lui, on lit deux fois chaque épisode, juste pour se régaler de ce festin visuel. Le flashback du début évoque magistralement une sorte d'équivalent à la Table Ronde arthurienne transposée chez les magiciens. Des créatures à la fois terrifiantes et superbes hantent des paysages sauvages.

Puis l'action revient au présent, dans un cadre urbain, et d'emblée, une vue d'ensemble de Glasgow nous sidère par sa précision. L'attaque du gang de Korne, l'apparition du Saltador, les effets pyrotechniques de la magie à l'oeuvre sont magnifiés par les couleurs pétaradantes de David Curiel et Sunny Gho. Immonen donne du travail aux deux coloristes qui ont à coeur de mettre en valeur ce trait si expressif. Le découpage rend tout fluide et emballe le récit avec un art consommé. C'est imparable.

Qu'importe, presque, que Millar ne force pas son talent (gardant peut-être ses meilleures cartouches pour la seconde moitié de ce volume, comme il l'avait fait dans le premier) : avec un acolyte tel qu'Immonen, il peut se le permettre. The Magic Order nous en donne vraiment pour notre argent.

vendredi 7 janvier 2022

INFERNO #4, de Jonathan Hickman, Valerio Schiti et Stefano Caselli (Critique avec spoilers !)

 

Je voulais d'abord écrire cette critique en contournant les spoilers, mais je me suis rendu compte de la difficulté de l'exercice. Aussi, je vais divulgâcher des éléments clés de l'intrigue pour parler librement de la fin de Inferno, qui est aussi la fin du run de Jonathan Hickman sur la franchise mutante. Une conclusion attendue, à la fois terrible et frustrante, superbement mise en image par Valerio Schiti et (un peu) Stefano Caselli.

Donc, attention, à partir de maintenant, soit vous continuez la lecture de cet article. Soit vous renoncez pour vous préserver.




Terra Verde. Charles Xavier Magneto font face aux hommes armés d'Orchis, la Sentinelle Oméga et Nimrod. Ces deux derniers exécutent froidement les hommes pour affronter les deux mutants dans un duel à mort. Xavier ouvre les hostilités en pensant que les adversaires détiennent Moira X.


Krakoa. Moira est privée de son pouvoir par Mystique grâce au pistolet autrefois mis au point par Forge. Elle explique ensuite quel était son plan depuis le début : supprimer le gène mutant dès la naissance de telle sorte qu'un mutant n'aurait jamais su de quoi il aurait été privé mais qui aurait survécu à la persécution. 


Cet aveu ne fait que renforcer le désir de Mystique de tuer Moira mais Cypher intervient alors pour l'en dissuader, en rappelant que les lois de Krakoa interdisent le meurtre d'un humain. Avec le renfort de Bei, Warlock et Krakoa, il convainc Destinée de laisser filer Moira, désormais bannie de l'île.
 

Tués par Nimrod et la Sentinelle Oméga, Xavier et Magneto sont ressucités une semaine après. Emma Frost leur explique en présence des membres du conseil de Krakoa qu'elle les a mis au courant de ce qu'ils avaient dissimulé. Plus de secrets mais un même fardeau à partager désormais.
 

Le Conseil se réunit, entre les fondateurs (Xavier, Magneto), les fidèles (Diablo, Tornade), le digne de confiance (Colossus), l'enfant innocent (Cypher), la gardienne trahie (Emma Frostà, les héros et vilains (Kitty Pryde, Sebastian Shaw), les tueurs (Mystique, Destinée), le menteur (Mr. Sinistre) et le vrai croyant (Exodus).

La question que tout le monde se posera après la lecture de ce dernier chapitre de Inferno, qui marque aussi la fin du run de Jonathan Hickman dans la franchise mutante, c'est : est-ce une fin à la hauteur des espérances placées en elle ?

Disons tout net que oui. Mais que ce terminus est ausi terriblement frustrant. Mais aussi prometteur, si les autres scénaristes désormais aux commandes exploitent les idées laissées en friche par Hickman. Car, en vérité, Inferno, c'est surtout ça : plus qu'une conclusion définitive, c'est un réservoir excitant pour le futur des mutants et de "l'âge de Krakoa".

A la fois lettre d'adieu, chant du cygne et legs, Inferno s'apprécie non pas comme un épisode terminal, mais une promesse. Si ceux qui succéderont à Hickman (du staff éditorial aux auteurs et aux artistes) savent exploiter ce qu'il laisse derrière lui, alors il y aura encore de quoi alimenter de longues heures de lecture jubilatoire. Sinon, tout ce qui a été entrepris par Hickman depuis House of X/Powers of X ne sera qu'une belle parenthèse inaboutie, un jardin mal entretenu.

Inferno #4 se divise en trois actes : le premier montre la confrontation terrifiante entre Xavier, Magneto et la Sentinelle Oméga et Nimrod ; le deuxième concerne le face-à-face entre Mystique, Destinée et Moira X ; et le troisième établit ne nouveau statu quo mutant, préface à Destiny of X. Détaillons ça.

Nous avions laissé Charles Xavier et Magneto face aux troupes armées de Orchis assistées de la Sentinelle Oméga et Nimrod dans une base dévastée en Terra Verde. Hickman nous fige sur place quand la Sentinelle Oméga et Nimrod commencent par exterminer les hommes de Orchis pour révéler que l'explication se jouera "entre titans", robots contre mutants. Cette idée a alimenté House of X et surtout Powers of X, quand dans la neuvième vie de Moira, ne restait plus qu'un bastion de mutants affrontant Nimrod et de la Sentinelle Oméga. Il était donc dit que tout finirait entre les machines et les homo superior dans un duel à mort, dont les machines sortiraient vainqueurs... Sauf dans la dixième vie de Moira où les mutants trouvaient la parade définitive contre les machines jusqu'aux Phalanx.

C'est, curieusement, la partie la plus frustrante et en même temps la plus spectaculaire. Valerio Schiti traduit en images toute la puissance et l'intensité de ce combat, avec des déchaînements de forces impressionnants comme lorsque Xavier démembre psychiquement Nimrod (qui se reconstitue vite) ou que Magneto manque de peu de pulvériser Nimrod et la Sentinelle Oméga. Le dessinateur italien déploie tout son talent dans des planches vraiment soufflantes, auxquelles les couleurs de David Curiel donne encore plus d'éclat en jouant sur des teintes opposées (bleu contre orange).

Mais le frisson que procure cette bataille épique, ce baroud plein de panache et de désespoir, ne comble pas complètement la frustration de la lecture. Parce qu'on devine bien que cette oppostion machine-mutant était une piste narrative que Hickman aurait voulu/pu/dû développer s'il avait prolongé son run. Là, il ne fait que la réitérer et nous laisse sur la promesse, par Magneto, d'un match retour. A voir donc si un scénariste l'écrira un jour, quand, comment. Mais le résultat est dramatique à souhait puisque Xavier et Magneto tombent sous les coups ennemis. 

Schiti dessine en particulier Nimrod avec une stature effrayante comme peu d'artistes l'ont fait avant et Hickman place dans la bouche de la Sentinelle Oméga exactement les mêmes mots que ceux que Cyclope adressait à Sue Storm dans House of X #1 ("Vous pensiez vraiment que nous allions rester éternellement sans rien faire, la tête baissée ?"). Pour la Sentinelle Oméga, qui auparavant a tué des humains, homo sapiens et superior sont identiques, des obstacles à éliminer pour assurer le règne des machines, de Nimrod.

Pris entre deux scènes de bataille, la confrontation tant attendue entre Mystique, Destinée et Moira est finalement beaucoup plus forte et accomplie. On sent que Hickman a, là, à coeur de terminer le travail pour clore son run. C'est comme si tout ce qu'il avait entrepris devait mener à ce moment. Et le résultat est époustouflant, même s'il clivera autant que la décision initiale, dans House of X #2, d'avoir fait de Moira une mutante.

Souvenez-vous du dialogue entre Emma Frost, Mystique et Destinée où la première révélait aux deux autres l'existence de Moira et sa condition. Il était ensuite question d'un cadeau, d'un présent offert par le Reine Blanche aux deux autres mutantes pour règler le problème Moira. Mais quel était-il ?

C'est le pistolet conçu par Forge autrefois (apparu dans Uncanny X-Men #184, par Chris Claremont et John Romita Jr, en 1984), le "neutraliseur", capable d'ôter son pouvoir à un mutant et qui priva Tornade des siens. Hickman connaît ses classiques et le lecteur, qui a lu cet épisode, est pétrifié en voyant réapparaître cette arme terrible.

Mystique tire sur Moira. Elle redevient une simple humaine - il n'y aura donc pas de onzième vie pour elle. Mais une vérité bien plus crue, dérangeante, va se faire jour et la séquence va complètement basculer. Pour Mystique et Destinée, Moira était l'ennemie parce que son pouvoir a influé sur le choix de Xavier et Magneto de ne pas ressuciter Destinée plus tôt. Pour Destinée, Moira constituait un trouble car elle l'empêchait de lire l'avenir, brouillant le futur. En la tuant, elles faisaient d'une pierre, deux coups : supprimer la responsable de leur séparation et redonner la vue à Destinée.

Pourtant, au moment de sa dernière heure, Moira ne tremble toujours pas, elle se moque même des deux mutantes qui lui en veulent. Une bravade ? Pire. Parce qu'elle a expérimenté toutes les issues possibles du devenir mutant et que toutes aboutissent à un échec, la tuer ne règlera rien. L'Histoire est écrite, la "mutanité" échouera, périra. Donc son plan, à travers Krakoa, était autre que celui que les deux tueuses et le lecteur pensaient.

Destinée en a l'intuition : il s'agissait toujours de trouver une cure pour les mutants. Moira le reconnaît mais nuance : elle voulait éliminer le gène mutant avant qu'il ne se manifeste (à l'adolescence donc). Ainsi un mutant aurait grandit sans savoir de quoi il avait été privé. Mais surtout elle a la conviction que c'était le seul moyen d'épargner aux mutants la persécution, l'extinction. Moira apparaît soudain non pas comme la sauveuse de la race mutante, mais comme une des (sinon la) plus grande méchante qu'aient connue les mutants. Un twist radicale et stupéfiant.

Qui va donc cliver, diviser autant (peut-être même plus) que lorsque Hickman a fait de Moira une mutante. Il n'empêche, pour ma part, je considère que Hickman a fait, durant les deux dernières années, de Moira un des personnages les plus passionnants qui soit. Auparavant, elle était l'alliée des mutants, la maîtresse de Xavier, la mère de Proteus (enfant né d'un viol), finalement pas grand-chose puisqu'elle n'existait que par rapport aux mutant qu'elle côtoyait. Si elle était restée telle quelle, elle n'aurait même pas eu droit de citer dans "l'âge de Krakoa" puisque les humains n'y ont pas accès (à part le mari de Vega). Mais en en faisant une mutante, s'étant réincarnée dix fois, et une des stratèges en coulisses de la révolution mutante, puis in fine une manipulatrice effrayante, Hickman lui a donné une épaisseur, une importance énormes. Et, même à nouveau humaine, dépossédée de son pouvoir (comme elle voulait que tous les mutants le soient finalement), elle reste un personnage déterminant.

Car que va-t-elle devenir ? Elle est en cavale, et ce qu'elle voulait faire ne restera pas un secret gardé par quelques krakoans. Elle sera traquée. Ou peut-être va-t-elle devenir une alliée d'Orchis, pour qui elle serait un atout considérable. Là encore, le destin de Moira appartient désomais aux scénaristes de la franchise et à celui (ceux) qui aura l'idée de son futur.

Cypher sera aussi un personnage à qui Hickman aura donné une dimension inédite. Il l'aimait beaucoup et a eu à coeur, jusqu'au bout, de le prouver. C'est grâce à lui que Moira s'en tire à bon compte en pouvant quitter Krakoa indemne (ou presque) car il dissuade, intelligemment, habilement, Mystique et Destinée de l'achever. Il a "sa" grande scène, après la révélation de son rôle dans l'épisode précédent. Le gentil blondinet, polyglotte, s'affirme comme un brillant joueur d'échecs, un marionnettiste très malin, avec des alliés peu nombreux mais efficaces (sa femme Bei, Warlock, et Krakoa elle-même). La manière dont Hickman, via Destinée, expose les trois choix qui s'offrent à elle et Mystique vis-à-vis de Moira et Doug est une démonstration de dialoguiste, (qui rappelle un moment similaire de Le Livre des Crânes de Robert Silverberg...). Rien que pour ces pages, la conclusion d'Inferno mérite des applaudissements tellement c'est implacable.

Enfin, et alors que Schiti signe ses dernières planches pour laisser à Stefano Caselli le soin de fermer le ban, en beauté, pour deux scènes (l'une une fois encore superbement dialoguée, l'autre muette), nous retrouvons Xavier et Magneto. Tout juste ressucités, Emma Frost, coiffée du casque Cérébro, leur rend leur âme. Une semaine s'est écoulée depuis leur mort et le départ de Moira. Une semaine où tout a changé.

Même si Hickman n'a, semble-t-il, pas voulu/osé complètement renverser la table (en faisant d'Emma la nouvelle présidente de Krakoa), il laisse le gouvernement mutant et le lecteur hébétés. Plus de secrets entre eux, mais un fardeau commun. Et des tensions vives, des fractures béantes, des cicatrices vives, et une bonne part d'incertitudes.

Deux points : le premier, c'est la qualité de chacun des treize membres du conseil, énumérée avec une sorte d'ironie mordante (les fondateurs, héros, vilains, tueurs, menteurs, croyants, fidèles, innocents...) ; et le second, encore plus lugubre. Les mutants ont bâti leur nation sur une île avec de hauts murs, comme une forteresse. Mais aujourd'hui, ces murs si hauts les protègent moins qu'ils ne les enferment. Et ils sont tous dans la même cellule. Comme le criait Rorschach aux détenus de la prison où il en avait envoyé beaucoup : "Je ne suis pas enfermé avec vous. Vous êtes enfermés avec moi.". C'est exactement ce à quoi j'ai pensé à la dernière image : les bons mutants sont enfermés avec les méchants, et les méchants avec les bons, ils sont tous prisonniers de ce qu'ils croyaient être leur refuge, leur terre promise. Inferno ressemble alors à un requiem, une marche funèbre, où il n'y a même plus besoin d'humains anti-mutant, de machines tueuses. Les dirigeants mutants se sont condamnés à cohabiter et à gouverner sans avoir plus aucune confiance les uns envers les autres.

Alors, oui, au moment de clore cette critique, de refermer la porte sur l'ère Hickman chez les mutants, je suis saisi par une certaine nostalgie. Ces deux années passées, sous la conduite du scénariste, la franchise a été exceptionnelle à lire, même si tout n'a pas été bon, que toutes les séries ne se valaient pas, que la pandémie a changé les plans, etc. Et aussi parce que, jusqu'à présent, les annonces concernant Destiny of X ne m'ont pas emballé. Mais si c'était à refaire, et s'il fallait en rester là, alors pas de regret. C'est ce que j'ai lu de meilleur pour les mutants depuis longtemps, c'était chouette d'en avoir profité en direct. Merci, M. Hickman.

jeudi 6 janvier 2022

ONE-STAR SQUADRON #2, de Mark Russell et Steve Lieber


Le premier épisode de One-Star Squadron avait été un vrai régal (et, étonnamment, ma critique avait été très lue). Le deuxième poursuit sur cette lancée, encore plus drôle, mais aussi encore plus cruel. Mark Russell n'épargne pas ses héros, mais pour mieux égratigner l'überisation, tandis que Steve Lieber s'amuse visiblement beaucoup avec cette histoire sarcastique à souhait.



Minuteman aborde un dealer dans une rue pour lui acheter des pilules Miraclo, qui lui donnent ses pouvoirs. De retour à l'agence de HEROZ4U, il apprend, dépité comme ses autres collègues, qu'on lui préfère Plastic Man et Firehawk pour un job bien payé.


Dans le bureau de Red Tornado, Minuteman le supplie de lui donner une mission digne de son rang, mais ses mauvaises notes ne lui permettent que de décrocher une fête d'anniversaire pour un gosse de sept ans. Il accepte mais sa prestation va être désastreuse.


Cependant, Plastic Man et Firehawk croisent chez Lexcorp où ils ont rendez-vous que des super-vilains sont eux employés au service d'une application et qui paie mieux que HEROZ4U. Minuteman s'en prend au dealer qui lui a vendu des pilules Miraclo et se rembourse.


Envoyé par Red Tornado à une séance de dédicaces dans une convention, Minuteman se fait arrêter par des vigiles pour s'être introduit dans le carré V.I.P.. Mais alors que Red Tornado doit partir le sortir de ce mauvais pas, Power Girl le trahit...

Permettez que je revienne un bref instant sur la critique que j'avais rédigée pour One-Star Squadron #1. D'habitude, les articles que j'écris et qui sont les plus lus concernent des séries logiquement les plus exposées, les plus populaires, comme ceux de la franchise X ou ceux des vedettes de DC. Aussi quelle ne fut pas ma surprise en voyant le nombre de vues récolté par le premier épisode d'une série aussi atypique que celle-ci. Tant mieux ! Cela prouve que, vous, qui consultez mon blog êtes curieux et ne comptez pas uniquement sur les best-sellers.

Je ferme cette parenthèse en espérant quand même que ce n°2 de One-Star Squadron suscitera le même intérêt. Il le mérite car on peut dire qu'il pousse les curseurs encore plus loin. Mark Russell tient vraiment quelque chose, ou plutôt il sait ce qu'il veut raconter et comment pour appuyer là où ça fait mal.

Car One-Star Squadron, si c'est une comédie, est une comédie féroce. On y rit beaucoup tout en appréciant que l'humour soit cruel et juste dans la tonalité. Cet épisode l'illustre à la perfection en se concentrant sur Minuteman.

Minuteman est une parodie de Hourman, un membre de la Justice Society of America, qui, grâce à une solution chimique, le Miraclo, voit ses capacités physiques augmentées pendant une heure. Il peut aussi voir une heure dans le futur. Membre fondateur de la JSA, héros du golden age, Hourman a connu diverses incarnations, jusqu'à un androïde futuriste, version ultime.

Minuteman, lui, en ingérant une pilule Miraclo, n'obtient ses pouvoirs que pour une durée d'une minute. Il se vante d'avoir inspiré un film sorti après les attentats du 11-Septembre et d'avoir côtoyé Superman dans le satellite de la Justice League (comme le prouve une photo où le Man of Steel a l'air plus embarrassé que réjoui d'être à ses côtés). Aujourd'hui au service de l'application de HEROZ4U, il enchaîne les missions minables et sans enthousiasme, collectionnant les mauvais avis, ce qui, évidemment, lui vaut des jobs encore plus pathétiques.

L'épisode déroule une journée infernale pour Minuteman : du matin où il achète des pilules Miraclo à un dealer dans une rue (pilules qui s'avéreront contrefaîtes et donc sources de déconvenues plus tard) jusqu'au soir où il arrêté par les vigiles d'une convention après s'être introduit dans un carré VIP en passant par l'après-midi catastrophique à animer une fête d'anniversaire face à des gosses chez qui il ne suscite que du dédain (et le mécontentement du père). Mark Russell inflige au personnage une série d'impairs terribles, une collection d'humiliations qui nous font rire et nous dérangent en même temps.

Ajoutez à cela un détour par Lexcorp où Plastic Man et Firehawk (les deux seules "vedettes" de HEROZ4U) qui découvrent que des super-vilains accomplissent des prestations équivalentes aux leurs pour un meilleur salaire, et vous aurez une idée du vrai propos de ce coimic-bool sadique mais très politique. Dans un monde où même des individus dotés de super-pouvoirs en sont réduits à gagner leur vie via des tâches dégradantes, pour se payer des pilules ou simplement préserver le peu qui leur reste de dignité, la charge est implacable.

Comme il l'a expliqué dans une récente interview (https://aiptcomics.com/2021/12/28/mark-russell-one-star-squadron/), Russell part du principe que le super-héros n'est qu'une extension de l'être humain ordinaire, donc en réfléchissant aux problèmes de la société au travers du prisme super-héroïque, il parvient à en souligner les malaises. Le calvaire de Minuteman nous amuse et nous perturbe, nous fait rigoler et nous émeut parce qu'elle nous renvoie à la situation des travailleurs précaires, et que tout le monde peut être concerné. 

Les dessins de Steve Lieber sont parfaitement ajustés au propos. Il découpe chaque scène en veillant à ne jamais en faire un spectacle. Nous sommes à la hauteur des protagonistes et donc nous partageons de près ce qu'ils endurent. Minuteman n'est jamais ridiculisé méchamment, et c'est pour cela que nous ne rions pas à ses dépens mais mus par une sorte de mécanisme de défense. 

Ce qui lui arrive nous fait peur (accepter un job minable, s'exposer à l'humiliation, être blessé physiquement). Il est pathétique, grotesque, mais au fond il est sympathique, profondément humain. Sa vulnérabilité nous touche, on a envie qu'il s'en sorte tout en comprenant, glacés, qu'il a la tête sous l'eau et que son destin ne lui appartient plus. Il n'appartient pas davantage à Red Tornado, manager d'une équipe de bras cassés qu'il tente de préserver tout en devant composer avec ce qu'il a.

Lieber signe une scène remarquable quand Red Tornado, après avoir envoyé Minuteman animer la fête d'anniversaire, s'isole dans son bureau, ayant prévenu qu'il ne reçoit personne, ne prend aucun appel. Seul, l'androïde a conscience de la dérision de son refuge, il essaie lui aussi de ne pas perdre pied, s'en veut de ne pas pouvoir donner mieux à ses employés et en même temps sait que cela lui échappe. 

Comme en écho au premier épisode où Minuteman lui demandait à quand, pour la dernière fois, il s'était senti un héros, Red Tornado exprime sa détresse comme un enfant qui se cache pour qu'on ne voit pas pleurer. Le dessin de Lieber saisit ce moment de solitude et de fragilité avec une simplicité et une sensibilité exceptionnelles.

Le cliffhanger n'en est pas un : Russell et Lieber nous avaient déjà prévenus le mois dernier que Power Girl manoeuvrait en coulisses pour prendre la tête de la boîte. Bien entendu, la vraie Power Girl ne ferait jamais ça, mais c'est la précieuse liberté, bien utilisée par les auteurs, que permet une mini-série déconnectée de la continuitié. Un exercice savoureux et étonnant que publie DC. Et qu'il convient donc de soutenir car, derrière le divertissement, il y a du fonds et un vrai risque, assumé, de se servir des super-héros, appartenant à une grosse entreprise, pour critiquer le libéralisme économique effréné.

X-MEN #6, de Gerry Duggan et Pepe Larraz


Six mois après son relaunch, la série X-Men ne m'a guère convaincu et ce nouvel épisode était, pour moi, celui de la dernière chance : s'il ne convainquait pas, j'arrêtai les frais. J'ai apprécié ce que j'ai lu et, même si je refuse de m'emballer, je lirai encore le prochain. Gerry Duggan se lance dans une nouvelle direction à la fois improbable et excitante, tandis que Pepe Larraz fait son retour en grande forme.



Depuis six jours, un nouveau héros mutant fait parler de lui à New York. Il se fait appeler Captain Krakoa, il vole et a des pouvoirs bio-technologiques inspirés de l'île-nation dont il vient. D'autres justiciers masqués l'ont croisé et les civils l'adorent.
 

Pendant ce temps, sur Arakko, Sunfire doit empêcher l'atterrissage de Feilong, ce milliardaire chinois excentrique sur l'ex-Mars. Mais en fait il se pose sur un satellite, Phobos où il commence à installer une base. Sunfire, qui est japonais, tente, en vain, de le raisonner.
 

Sur Arakko, la scène ne passe pas inaperçue et Isca l'imbattable considère cette arrivée comme une agression. Son compatriote Vartok s'envole pour Phobos et attaque Feilong. Mais celui-ci, pourvu de pouvoirs après s'être exposé aux rayons cosmiques, le tue et poursuit la construction de sa base.


De retour sur Terre, une foule anonyme pleure Cyclope, mort au combat. Captain Krakoa rentre dans le QG des X-Men. Plus tard, Ben Urich reçoit un appel concernant son enquête sur les résurrections mutantes mais il ignore de quoi on lui parle car il couvre l'installation de Feilong sur Phobos.

Et si ce sixième épisode marquait le vrai départ de X-Men version Gerry Duggan, reléguant les cinq précédents au rang de tour de chauffe ? En tout cas le scénariste change de braquet et fait un bond en avant plus conséquent que tout ce qu'il a accompli jusqu'à présent.

C'est peu dire que je n'ai pas été convaincu par la proposition de Duggan depuis qu'il a succédé à Jonathan Hickman sur le titre étendard de la franchise. Entre l'absence d'une dynamique de groupe, des histoires explosives mais creuses, sans parler d'une valse d'artistes parce que Pepe Larraz était soi-disant très fatigué depuis Planet-Size X-Men (paru en... Juin 2020 !), il n'y avait presque rien à sauver dans ce début de run.

Je misais donc beaucoup sur ce sixième épisode, sans quoi j'arrêtai les frais. Déjà que ce qui est annoncé pour Destiny of X (la prochaine étape après Reign of X) n'a rien d'emballant (équipes créatives moyennes, séries renumérotées, direction nébuleuse), la suite de l'ère Hickman risquait de marquer la fin de mon retour au X.

Et puis voilà que Duggan dégaine une idée improbable : Cyclope est mort au combat et l'épisode démarre six jours dans le futur. Un nouveau héros mutant, Captain Krakoa, apparaît et a même pris la tête des X-Men. Il a des pouvoirs bio-technologiques, un casque qui lui couvre la moitié du visage, des fueilles qui lui sortent des oreilles. WTF ?

Du côté de Mars/Arakko, Feilong, le milliardaire chinois qui rêvait de coloniser la planète rouge et s'est depuis allié à Orchis, créé la zizanie en atterrissant sur le satellite Phobos. Il rit au nez de Sunfire et  tue un guerrier Arakki et établit une énorme base avec vue imprenable sur les mutants de l'espace.

Je ne spoilerai pas l'identité secrète de Captain Krakoa, l'épisode suivant révélera ses origines. Mais il faut avouer que ce qu'a imaginé Duggan pique notre curiosité. Cyclope est-il vraiment mort ? Mais que veut dire "mort" pour des mutants qui peuvent ressuciter ? On sait cependant que justement Ben Urich a découvert que les mutants pouvaient ressuciter... Mais quand il reçoit un coup de fil au sujet de son futur article à ce sujet, il n'en a aucun souvenir et il couvre désormais l'affaire Feilong ! Un télépathe lui aurait-il lavé le cerveau ? 

L'aspect pour le moins étonnant de ce Captain Krakoa provoque d'abord un sourire moqueur : comme je vous ai décrit son design, et notamment ses feuilles sortant de son casque au niveau des oreilles, il l'air d'un gag. Son pseudo ensuite sonne comme un pastiche de Captain America. C'est une créature typique de Gerry Duggan, au trait forcé. Mais jusqu'à ce qu'on découvre qui il est quand il rentre au QG des X-Men, la manoeuvre est très accrocheuse. Et maintenant, on a envie de comprendre pourquoi celui qui a endossé cette identité l'a accepté, quelle est la stratégie du conseil de Krakoa, combien de temps ce subterfuge va durer/fonctionner...

L'autre partie du récit est tout aussi prenante : ce Feilong ne me semblait pas une menace bien sérieuse depuis son introduction. Mais le voilà désormais établi sur Phobos avec vue imprenable sur Arakko, dans une base immense. Un pied-de-nez, une provocation d'Orchis. Mais surtout un défi pour les mutants martiens qui doivent respecter une des lois sacrées de Krakoa (ne tuer aucun humain) tout en sachant que c'est un ennemi déclaré qui est devenu leur voisin. Sans oublier que Feilong a maintenant des pouvoirs, et pas qu'un peu : il désintègre un guerrier Arakki d'un cri !

Enfin, la troisième bonne nouvelle, c'est le retour au dessin de Pepe Larraz. Si je me fie aux sollicitations des prochains épisodes, X-Men sera illustré en alternance par Larraz et son compatriote Javier Pina (qui m'avait fait belle impression sur le #4, avant d'avoir besoin d'aide sur le #5). Bon, au moins, on est fixé. Si on peut être légitimement déçu et frustré que Larraz n'enchaîne pas les épisodes, il sera suppléé par un artiste d'un bon niveau, évoluant dans un registre similaire au sien.

Pour en revenir à Larraz sur ce numéro précis, il livre une belle prestation. L'espagnol est excellent, ça ce n'est pas un scoop, et l'énergie qu'il infuse dans ses planches en plus du trait racé qui lui appartient et des couleurs superbes de Marte Gracia, permettent d'apprécier le spectacle proposé.

Si, encore une fois, l'apparence de Captain Krakoa peut prêter à sourire, Larraz réussit à le représenter avec suffisamment de charisme et d'autorité pour que le lecteur adhère au personnage. La longue séquence sur Arakko et Phobos est encore meilleure puisque Larraz démontre une fois de plus son talent à animer une bagarre avec des forces en puissance spectaculaires. Le coup de force de Feilong est une démonstration très convaincante et l'image de sa base est époustouflante, renvoyant à la station Orchis.

Bref, c'est un rebond aussi inattendu que musclé auquel on assiste dans ce numéro. Et si c'était maintenant que X-Men redémarrait vraiment ? On le souhaite, à la fois pour le plaisir de la lecture. Mais aussi pour Duggan, pilote de ce vaisseau-amiral et qui va devoir se préparer pour l'event de l'été 2022 (Judgment Day), véritable épreuve du feu.