mardi 9 mars 2021

WANDAVISION (Disney +)

 


Voilà un certain temps que je n'avais pas dédié une entrée de ce blog à une production télé ou ciné. La diffusion de WandaVision sur Disney +, qui vient de s'achever, m'en donne à nouveau l'occasion car il s'agit de renouer avec le MCU (Marvel Cinematic Universe), en berne depuis Avengers : Endgame à cause de la crise sanitaire. Cette première série, en neuf épisodes, complète l'offre cinéma en s'intéressant à des personnages jusqu'à présents secondaires mais aussi en préparant le terrain pour de futurs longs métrages (en l'occurrence Dr. Strange 2, prévu en 2022). Et le moins qu'on puisse dire, c'est que, narrativement comme formellement, c'est une nouvelle proposition.


Années 1950. Wanda Maximoff et Vision, récemment mariés, s'installent dans la petite ville de Westview, New Jersey. Bien que Vision soit un androïde, personne ne semble s'en formaliser, tandis que Wanda dissimule ses pouvoirs magiques. Wanda devient amie avec sa voisine, Agnes. Vision impressionne ses collègues au bureau par sa rapidité d'exécution. Les mariés reçoivent le patron et la femme dde celui-ci de Vision et sont assaillis de questions sur leur passé. Toute cette sitcom est regardé par quelqu'un sur une télé....


Années 1960. Agnes informe Wanda et Vision que Dottie, une autre voisine, prépare le spectacle annuel de magie pour les enfants de Westview et le couple accepte à contrecoeur d'y participer. Wanda fait la connaissance de Geraldine en coulisses. Mais la situation se complique quand Vision avale un chewing-gum qui se colle à ses circuits intégrés et altère son comportement comme s'il était ivre. Wanda utilise sa magie pour rattraper les maladresses de son époux. De retour chez eux, Wanda découvre qu'elle est enceinte. Mais un bruit les attire dehors : ils voient un apiculteur sortir d'une bouche d'égoût. Cette vision perturbe Wanda qui l'efface. La couleur surgit et annonce un nouveau bond dans le temps...


Années 1970. Le Dr. Nielson examine Wanda et lui annonce qu'elle est enceinte de quatre mois. Vision décore une chambre pour le futur bébé mais Wanda voit sa grossesse s'accélèrer et bientôt elle perd les eaux. Geraldine arrive à point nommé pour l'aider à accoucher de jumeaux que Vision et Wanda prénomment Billy et Tommy. Alors que les nourrissons sont dans leurs berceaux, Geraldine interroge Wanda sur Ultron et la mort de son frère Pietro. Wanda est contrariée et congédie Geraldine - qui est propulsée hors de Westview où des agents du S.W.O.R.D. la récupèrent...


Juste après la restauration de la réalité par Iron Man (cf. Avengers : Endgame), Monica Rambeau revient à elle dans dans un hôpital où elle apprend la mort de sa mère, Maria, trois ans plus tôt. De retour au siège du SWORD, le directeur Hayward, qui a remplacé Maria Rambeau, envoie Monica à Westview. Sur place, elle rencontre l'agent Jimmy Woo qui lui explique qu'un dôme impénétrable isole la ville du reste du monde. Monica touche la paroi du dôme et y est aspirée. La voilà dans le décor de la sitcom des années 70, à espionner Wanda et Vision... Jusqu'à ce qu'elle se trahisse auprès de Wanda et qu'elle soit expulsée de la ville. Elle révèle au SWORD que Wanda a créé ce dôme...


Années 1980. Wanda et Vision ont du mal à élever leurs jumeaux mais peuvent compter sur l'aide de Agnes. Celle-ci n'est étrangement pas étonné par la croissance rapide des enfants, à chaque fois qu'ils sont soumis à des émotions fortes. Le couple accepte d'adopter un chien, Sparky, trouvé par Tommy et Billy. Au travail Vision intercepte un e-mail du SWORD qui lui apprend la situation de la ville, sous l'emprise mentale de Wanda. Le SWORD réussit à envoyer un drone pour surveiller Wanda mais elle le neutralise et, franchissant le dôme le rend aux agents en leur conseillant de ne plus l'importuner. Agnes retrouve Sparky mort et demande à Wanda de le ressuciter mais elle explique aux enfants ne pas pouvoir le faire. De retour à la maison, Vision interroge Wanda mais il est interrompu par l'arrivée de Pietro, son beau-frère, revenu d'entre les morts comme le contaste Darcy Lewis, convoquée avec d'autres scientifiques par le SWORD...


Années 1990. C'est Halloween et la famille se déguise pour l'occasion. Pourtant Vision prétexte une patrouille du voisinage pendant les festivités pour laisser Wanda avec les enfants et son frère. Vision s'aventure jusqu'à la périphérie de Westview où les habitants sont pétrifiés. Il s'avance ensuite jusqu'au dôme. Pendant ce temps, laissant les jumeaux s'amuser (et découvrir l'apparition de leurs pouvoirs), Pietro tente de raisonner Wanda au sujet de l'emprise qu'elle exerce sur la ville et ses résidents. Au même moment, Vision force le passage entre Westview et l'extérieur mais se désintègre. Alertée, Wanda sauve Vision en étendant le dôme, aspirant à l'intérieur Darcy Lewis...


Années 2000. Epuisée après ses efforts pour étendre le dôme, Wanda s'accorde un jour de repos. Elle confie les jumeaux à Agnes et peut ensuite s'apercevoir que sa magie est déréglée. Vision revient à lui et rencontre Darcy qui lui explique dans quelles circonstances il a trouvé la mort (contre Thanos, in Avengers : Infinity War) avant que Wanda ne récupère son corps au QG du SWORD. Avec l'aide de Jimmy Woo, Monica Rambeau décide de rentrer dans le dôme. Elle y parvient difficilement mais se trouve, une fois dedans, pourvue de pouvoirs. Elle retrouve Wanda qu'elle tente de raisonner mais Agnes s'interpose et entraîne Wanda chez elle. Ne voyant pas ses enfants, Wanda s'inquiète et s'aventure au sous-sol où Agnes lui révèle sa véritable identité, Agatha Harkness, et sa vraie nature : c'est une sorcière comme elle...
 

1863, Salem. Capturée par un collège de sorcières, dont sa mère, Agatha s'apprête à être sacrifiée pour avoir invoqué la magie du chaos. Mais elle tue ses juges. Aujourd'hui, Agatha veut savoir de quelle source Wanda tire ses pouvoirs et pour le découvrir, l'oblige à revivre les épisodes les plus douloureux de son passé : depuis la mort de ses parents lors d'un bombardement en Sokovie jusqu'à son embrigadement par l'HYDRA, son contact avec la Pierre de l'Esprit sur le sceptre de Loki, les morts de Pietro puis de Vision, le sort lancé sur Westview, la reformation de Vision (dont le corps a été récupéré par le SWORD), et l'altération de la réalité inspirée par les souvenirs des sitcoms vues dans son enfance. Agatha révèle à Wanda qu'elle est destinée à devenir la Sorcière Rouge, annonciatrice de la fin du monde d'après le grimoire du Darkhold, à moins qu'elle ne l'empêche d'accéder à ce niveau. Dehors, le Directeur Hayward active le corps original de Vision avec le résidu magique de Wanda sur le drone qu'elle a détruit pour que l'androïde tue la sorcière...


Agatha affronte Wanda pour siphonner sa magie mais la Vision originale intervient. Mais au lieu de réconforter Wanda, cette Vision blanche tente ensuite de tuer Wanda. La Vision recréée par Wanda éloigne la Vision blanche tandis que Wanda reprend le combat contre Agatha. Wanda s'épuise et relâche son emprise sur les habitants de Westview. Elle leur permet de quitter la ville en ouvrant le dôme, laissant du même coup les agents du SWORD y entrer. La Vision blanche se laisse raisonner par son double et décide de quittr Westview. Wanda piège Agatha en absorbant sa magie, parachevant sa mue en devenant la Sorcière Rouge. Hayward tente d'abattre les jumeaux mais Monica les protège et Jimmy Woo et Darcy Lewis procédent à l'arrestation du directeur. Wanda annule son sort sur la ville et fait ses adieux à ses enfants et à Vision puis quitte Westview.

Deux scènes dans le générique final complètent et terminent la série : dans la première, à Westview, Monica Rambeau rencontre un agent du FBI qui s'avère être un Skrull envoyé là par Nick Fury qui souhaite recruter la jeune femme ; dans la seconde, on retrouve Wanda dans une cabane au pied d'une montagne où elle étudie le Darhold en entendant ses jumeaux l'appeler au secours.

L'histoire de Wanda Maximoff et de Vision a connu un tournant tragique à la fin de Avengers : Infinity War (2018) quand Thanos a arraché du front de l'androïde la Pierre de l'Esprit pour compléter son gant d'infinité. D'un claquement des doigts, il a ensuite effacé la moitié de la population de l'univers afin d'y rétablir un équilibre et d'en sauvegarder les ressources. Juste avant ce dénouement, Vision avait demandé à Wanda , afin de contrecarrer le plan du titan fou, de détruire la Pierre mais elle n'avait pu le faire assez rapidement. Par la suite, dans Avengers : Endgame (2019), Wanda, revenue à la vie (grâce au claquement de doigts de Hulk qui avait, avec les Avengers survivants, reconstitué le gant de l'infini en voyageant dans le passé), défia Thanos et manqua de peu de le supprimet, prouvant qu'elle était certainement la plus puissante de toutes les héroïnes (plus encore que Captain Marvel).

Cependant, la restauration de la réalité ne permit pas la renaissance de Vision et Wanda Maximoff, sanas personne pour la soutenir dans son deuil, fut oublié au moment de boucler la saga des Avengers. C'est donc la première mission de WandaVision que re raconter ce qu'elle est devenue. Et, pour sa première série adaptée des comics Marvel (Runaways, Inhumans, Agents of SHIELD n'étant pas considérés comme appartenant à la continuité du MCU par le producteur Kevin Feige - toutes ces séries n'ayant pas été produites par Disney/Marvel)), Disney +, la plateforme de streaming, n'a pas hésité à bousculer les fans et à expérimenter.

Kevin Feige, pour en revenir à lui, avait prévenu que les contenus Marvel sur Disney + seraient différents mais aussi complémentaires des films, autrement dit les séries n'évolueraient pas dans le même registre mais raconteraient des histoires développant des thématiques et des personnages entamés dans les films. Il faudra patienter encore un peu pour savoir si, vraiment, il est nécessaire de suivre les séries pour comprendre les films de la Phase 4 du MCU ou si on peut s'en passer.

Dans le cas de WandaVision, il s'agit clairement de préparer le personnage de Wanda Maximoff à sa participation dans Doctor Strange and the Multiverse of Madness, de Sam Raimi, dont le tournage a commencé ces jours-ci et dont la sortie est programmée pour 2022 (en espérant quand même que nous pourrons retourner au cinéma normalement d'ici-là). Et, après les neuf épisodes de cette saison, son évolution psychologique mais aussi la réalité de ses pouvoirs sont suffisamment redéfinies pour la resituer. J'aurai donc plutôt tendance à penser que les séries sont utiles pour les futurs films, sans quoi le spectateur risquerait d'être surpris par Wanda, son caractère et même son look dans Dr. Strange 2.

Il convient d'ajouter que, visiblement, il n'y aura pas de saison 2 à WandaVision, ce qui contribue à son aspect atypique.

La série peut se diviser en trois actes, avec un premier acte couvrant les épisodes 1 à 3, un deuxième les épisodes 4 à 7, et un dernier les épisodes 8 et 9 :

- le premier acte déroute immédiatement. En effet, le premier épisode et quasiment tout le deuxième sont filmés en noir et blanc, et en public. Le cadre évoque les années 50 puis 60 et se réfère aux sitcoms en vogue à ces époques. On y retrouve Wanda et Vision fraîchement mariés, s'installant dans une bourgade tranquille du New Jersey. Wanda est femme au foyer, Vision travaille dans un bureau, personne ne se formalise qu'il soit un androïde, en revanche Wanda cache ses pouvoirs magiques. Mais quand le patron de Vision dîne chez son employé et questionne indiscrétement le couple sur leur passé, un malaise s'installe, qui stoppe les rires, et plus encore quand ledit patron s'étouffe en avalant de travers un aliment, avant d'être sauvé in extremis par Vision. Le dernier plan du premier épisode montre une personne, de dos, regardant l'épisode sur un poste de télé, établissant une mise en abîme troublante et indiquant que ce que nous avons vu ne correspond pas à la réalité. 
Impression confirmée avec l'épisode suivant, où on passe dans les années 60, avec un spectacle de magie préparé pour les enfants de Westview (enfants qu'on n'a vu nulle part), la rencontre avec diverses voisines de Wanda (la très attentionnée Agnes, l'autoritaire Dottie, la bienveillante mais curieuse Geraldine), un déréglement comique des fonctions motrices eet intellectuelles de Vision... Mais surtout la révélation de la grossesse (aussi soudaine que déjà bien avancée) de Wanda et l'apparition de la couleur à l'écran !

- Le deuxième acte commence par un retour en arrière concernant le personnage de Geraldine, qui a été renvoyée de Westview par Wanda. En vérité, il s'agit de Monica Rambeau, la fille de Maria Rambeau, vue dans Captain Marvel. Désormais adulte, elle fait partie d'une agence gouvernementale, le S.W.O.R.D., que dirigeait sa mère avant de mourir et d'être remplacée par l'obséquiieux Hayward. Celui-ci a envoyé Monica à Westview, coupée du reste du monde par un champ de force. Aspirée à l'intérieur du dôme qui recouvre la ville, elle a dû se fondre dans le décor pour approcher et espionner Wanda et Vision. Une fois rejetée par Wanda, elle explique à Hayward que la magicienne est responsable de l'isolement de la ville.
Ce chapitre explicatif passé, on revient dans la logique des sitcoms et on explore le genre dans les années 80-90-2000 avec son lot de rebondissements : la naissance des juemeaux de Wanda et Vision, leur croissance express, les découvertes de Vision sur la situation de la ville, le retour d'entre les morts de Pietro (le frère de Wanda, mais incarné par un autre acteur), l'altération des pouvoirs de Wanda pour sauver Vision qui a voulu sortir de Westview.
Hors de la ville, les plans de Hayward déplaisent à Jimmy Woo, Monica Rambeau et Darcy Lewis (la physicienne apparue dans Thor et Thor : Le Monde des Ténèbres), qui décident d'agir de leur côté...

- Le dernier acte voit la fin du format sitcom appliqué à la série en même temps qu'un rallongement de la durée des épisodes (passant de 25' à 45'). C'est l'heure des comptes et le rythme des péripéties accélère sensiblement pour épouser le genre super-héroïque plus classique. On y apprend la vérité sur Agnes et Pietro, le sort qui menace Vision et les jumeaux, le destin apocalyptique de Wanda. On y suit les manoeuvres d'Hayward et celles de Woo et Rambeau pour des objectifs opposés. Tout se dénoue dans une confrontation à la fois spectaculaire et poignante.

Maintenant, une question : quel est l'ennemi préféré des fans de comics ? L'attente. Ou plutôt ce que les fans espèrent d'une production. Il faut distinguer deux sortes de fans désormais : d'un côté, il y a le fan de comics, qui compare sans cesse les BD aux adaptations qui en sont tirées et apprécie plus ou moins les modifications qu'un média (le cinéma, la télé) fait par rapport à un autre (la BD donc). Et il y a le fan de super-héros, qui appartient à un public plus flou, qui parfois ne lit que peu ou pas du tout les comics, qui ne se préoccupe donc guère des modifications apportées, mais qui est gourmand des théories dispensées par des sites spécialisés ou par des analystes plus ou moins rationnels sur les réseaux sociaux (pour ma part, je vous conseille les vidéos de Captain Popcorn sur YouTube, par un passionné de pop culture mais qui s'appuie toujours sur des arguments solides et qui produit des commentaires très structurés).

Il est difficile de contenter aussi bien le fan n°1 que le fan n°2, pour ne pas dire impossible. Les deux camps ont en commun de ne pas apprécier qu'on ne leur révèle pas l'essentiel assez vite, mais ils n'aiment pas davantage quand tout est trop vite dit. Les deux fans veulent être surpris tout en exigeant que rien ne change trop. Et même quand on touche du doigt ces idéaux, généralement, les deux camps se retrouvent pour dire que tout est gâché par le dénouement (ceux-là même ont reproché à Avengers : Endgame de ne pas être à la hauteur de Infinity War, mais n'auraient sûrement pas aimé que l'histoire s'arrête avec Infinity War et sa fin radicale).

Appliquées à WandaVision, ces exigences aboutissent surtout à se gâcher le plaisir et à ne pas reconnaître les efforts produits par Marvel/Disney + pour tenter autre chose. Par exemple, on peut trouver que le premeir acte est un peu long, qu'il ne s'agit que d'un exercice de style pour s'amuser avec les sitcoms des années 50-70. Pourtant, pris dans la globalité de la série, ce premeir acte permet une réflexion maline sur la condition féminine en montrant Wanda, personnage surpuissant mais contrainte de cacher ses pouvoirs et ayant engendré une situation insensée à la seule fin de créer un bonheur qu'on lui a ôté (avec la mort de Vision). Réduite au rôle de femme au foyer, redoutant en permanence que son monde artificiel soit détruit, Wanda fuit la réalité pour profiter d'une vie anéantie. En la montrant ainsi, à des époques où la femme était subordonnée à l'homme et infériorisée dans la société, on peut apprécier l'ironie de la situation car Wanda est une sorte de déesse acceptant de sacrifier l'héritage de la libération de la femme pour simplement être simplement la femme de Vision et la mère de leurs enfants.

Il m'a semblé, en lisant les avis ici et là, que le deuxième acte, par contre, était mieux toléré. Les scénaristes y expliquent davantage les coulisses de l'intrigue, à travers le personnage de Monica Rambeau, qui incarne aussi un lien avec Captain Marvel, dont le récit se déroulait dans les années 90. Alors qu'on l'avait rencontrée enfant, nous la retrouvons adulte et par ce biais, nous découvrons tout ce qu'elle apporte avec elle : le SWORD, qui devient l'organisme remplaçant le SHIELD en quelque sorte, le véritable sort de Vision (bel et bien mort, son corps est démantelé dans les locaux du SWORD pour éviter que sa technologie ne tombe entre de mauvaises mains).

Par ailleurs, dans ce deuxième acte, les auteurs assurent une part de fan-service en introduisant Tommy et Billy, les jumeaux de Wanda et Vision, qui, dans les comics, deviendront deux membres des Young Avengers (Wiccan et Speed), ce qui pose là encore une généalogie dans le MCU (non pas issue du passé, comme Monica, mais projetée vers le futur). L'histoire prend un tour encore plus surprenant avec le retour de Pietro, mort dans Avengers : L'ère d'Ultron... Mais au lieu de rappeler Aaron Taylor-Johnson, son interprète original, c'est Evan Peters, l'acteur qui jouait Quicksilver dans les films X-Men de la Fox (avant que Disney n'en récupère les droits), qui apparaît à l'écran. Ce twist, redoutable, a justement suscité énormément de théories chez les fans, à coups de transferts du Multivers, de la présence d'un deus ex machina qui tirerait les ficelles de toute la série, etc.

Enfin, la deuxième acte se conclut sur la révélation concernant Agnes, cette voisine omniprésente, sur laquelle là aussi les esprits se sont échauffés - et qui confirmèrent, pour une fois, les théories des fans. Il s'agit de la personnification d'Agatha Harkness, une sorcière emblématique des comics, bien que peu connue (en dehors des lecteurs les plus assidus), et ici incarnée par une comédienne bien moins âgée que personnage de fiction (un des reproches que, moi, je ferai à la série, mais j'y reviendrai).

Le troisième acte était le plus difficile à concevoir car, inévitablement, il n'allait pas contenter tout le monde. Déjà, les parodies de sitcoms cessent, la durée des épisodes qui correspondaient au genre se rallongent pour coller à celle d'une série ordinaire (3/4 d'heures), et bien entendu, comme il ne reste plus que deux chapitres pour boucler la saison, les péripéties s''enchaînent, les révélations aussi, jusqu'au dénouement.

Et c'est sans doute là qu'on touche vraiment au problème de la notion d'attente des fans. Car à force d'imaginer des théories ou d'en lire/écouter, forcément, si les scénaristes ne donnent pas ou peu ce qu'on aurait aimé, la déception est inévitable. Pour ma part, bien que j'ai aussi lu/écouté bon nombre de théories, je les ai prudemment gardées à distance car je voulais à la fois donner leur chance aux auteurs mais surtout ne pas m'y conformer. Il ne faut pas (jamais !) suivre une série en espérant que l'auteur va vous donner ce que vous attendez. Au contraire, je crois que le plaisir est plus grand quand l'auteur ose vraiment aller à gauche alors que vous attendiez qu'il aille à droite.

J'admets cependant que sur la toute fin, dans le dernier épisode, il y a parfois un côté précipité. Une rumeur a couru, lors de la diffusion durant la première moitié de la saison, que, peut-être un dixième épisode, non annoncé, était possible. Je ne prétends pas que ç'aurait été mieux. Par contre je crois que les scénaristes ont peut-être un peu péché par excès de subplots potentiels : entre Monica, Hayward, Agnes, Vision, Wanda, les jumeaux, ça faisait sans doute trop de personnages à développer pour une intrigue centrée sur Wanda et Vision initialement.

Toutefois, ce trop-plein n'empêche pas de comprendre l'issue des arcs de certains personnages. Ainsi, notamment, il n'y a pas de quoi s'étonner à propos de Wanda quand elle quitte Westview tout de suite après la bataille (et les disparitions de Vision et des jumeaux, consécutives à la fin du sort sur la ville). D'abord, parce que je ne vois pas sous quel chef d'accusation elle serait arrêtée (elle n'a tué personne, même si la population de la ville a partagé ses cauchemars et subi son emprise). En outre, le seul individu en mesure de l'arrêter, Hayward, n'est lui-même alors plus en mesure de le faire, car il a abusé de son pouvoir et relevé de ses fonctions pour être jugé.

Quid de la Vision blanche ? On la voit quitter, elle aussi, précipitamment, Westview à l'issue de son combat contre Vision. Mais tout cela est parfaitement compréhensible : en effet, l'androïde a compris qu'on l'avait trompé, il est bouleversé par la connaissance récupérée de son hsitorique, et donc, logiquement, il ne va pas rester là mais partir réfléchir à sa "renaissance". Surtout, son départ se justifie d'un point de vue narratif car si la Vision blanche était restée dans les parages jusqu'à la fin, l'émotion de la séparation de Wanda avec "sa" Vision aurait été parasitée, impossible.

Non, pour moi, s'il faut être plus réservé, c'est bien au sujet des personnages secondaires, trop nombreux, et dont la situation ne peut que frustrer. Jimmy Woo n'a en définitive pas servi à grand-chose (sinon pousser quelques journalistes et geeks à réclamer un spin-off avec lui et Darcy Lewis - comme si Marvel/Disney n'avait que ça à faire...). Darcy Lewis, déjà pénible dans Thor 1 & 2, confirme qu'elle est un personnage inutile. Enfin, Hayward, sur lequel il a été fait de nombreuses spéculations (comme celle supposant qu'il serait le deus ex machina de l'histoire, peut-être Mephisto - mais il a été aussi dit qu'Evan Peters, qui revenait ici jouer Pietro, était le diable caché), manque singulièrement de charisme pour un méchant digne de ce nom. Ajoutez que les trois acteurs n'arrangent rien : ni Randall Park, ni Kat Dennings, ni Josh Stamberg n'ont le talent ou la présence suffisante pour leurs rôles.

Kathryn Hahn qui joue Agnes/Agatha est un autre souci de la série. Dans les deux premiers actes, elle est excellente, surjouant à l'envi mais à bon escient sa partition de voisine encombrante et flippante. Hélas ! dans le dernier acte, quand elle se démasque et doit endosser (littéralement) l'habit de la méchante, ça coince. Je parlais plus haut d'une comédienne plus âgée qui aurait mieux convenue pour le rôle. Bien entendu, les fans auraient alors deviné plus rapidement que Agnes était Agatha, puisque dans les comics Harkness est vieille. Mais bon, la majorité du public qui a suivi WandaVision ignore qui est Agatha Harkness, à quoi elle ressemble. Remplacez Hahn par, par exemple, Susan Sarandon et vous obtenez mieux (en prime vous gagnez un clin d'oeil aux Sorcières d'Eastwick).

Je n'ai rien de spécial à dire sur Teyonah Parris qui joue Monica. Elle est très bien, et on devrait la retrouver dans la série Secret Invasion en préparation et dans Captain Marvel 2 certainement.

De toute façon, ceux qu'on attendait vraiment sur la série, ce sont Elizabeth Olsen et Paul Bettany, qui reprenaient les rôles qu'ils tenaient au cinéma. Et ils dominent toute la distribution aisément. Bettany peut montrer quel comédien fabuleux il est dans les deux premiers actes où il est débarrassé le plus souvent de maquillage et costume super-héroïques. Il est absolument formidable d'ironie dans le rôle, souvent très drôle grâce à des scènes très bien écrites et mises en scène. Bettany aura aussi fait preuve d'humour hors champ puisqu'il a savoureusement "trollé" les fans en annonçant qu'il avait eu le privilège de donner la réplique à son acteur favori dans le dernier épisode : cet acteur n'était autre que lui-même puisqu'il joue alors Vision et sa copie !

Surtout WandaVision impose Elizabeth Olsen comme la véritable reine du MCU. Je n'ai aps attendu qu'elle joue Wanda Maximoff pour être convaincue de son talent d'actrice mais elle livre une interprétation magnifique tout au long de la saison. Elle est à l'aise dans tous les registres et lorsque, à la fin, elle devient littéralement la Sorcière Rouge, elle se glisse dans le costume (sublimement designée - voir ci-dessous) avec une élégance et une autorité bluffantes. J'ignore si Disney + réussira à placer une de ses séries Marvel à la prochaine cérémonie des Emmy awards, mais une nomination pour "Lizzie" Olsen et même un trophée ne serait pas usurpée.


Le show est bien réalisé, avec une mention pour la production design des épisodes sitcom et le souffle du dernier, dont les effets spéciaux n'ont rien de cheap.

Si l'ensemble n'est pas exempt de défauts, pour un coup d'essai, le résultat est plus que concluant à mes yeux. J'ai beaucoup apprécié les audaces de la série et l'évolution donnée à Wanda, l'interprétation de ses vedettes, l'écriture solide (et quelques dialogues mémorables - dont cette ligne sur le deuil qui est "a persistance de l'amour à refuser la perte de l'être aimé). Je recommande donc fortement. D'autant que j'ai l'impression que The Falcon and the Winter Soldier, programmé la semaine prochaine, sera certainement plus classique.

vendredi 5 mars 2021

AMERICA CHAVEZ : MADE IN THE U.S.A. #1, de Kalinda Vazquez et Carlos Gomez


Je n'avais pas prévu de me lancer dans cette mini-série mais la lecture de ce premier épisode (sur cinq) m'a franchement enthousiasmé. Je ne peux donc qu'en parler et le recommander, croyez-moi quand je vous dis que c'est une réussite. On doit America Chavez : Made in the USA à la scénariste Kalinda Vazquez, qui écrivait jusqu'à présent pour la télé, et au dessinateur Carlos Gomez, que j'ai remarqué sur X-Factor (un épisode paru au début de X of Swords) puis Black Widow. On sent cette équipe très motivée pour animer cette héroïne créée par Joe Casey et qui devrait apparaître dans le prochain film consacré à Doctor Strange.


Il y a treize ans, un couple latino-américain et leur jeune fils se trouvent sur une plage du comté de New York le soir. Mais la sortie leur réserve une surprise de taille quand ils voient, échouée sur le sable, une fillette vêtue d'un étrange costume et qu'ils décident de recueillir.


De nos jours, la fillette est devenue une super-héroïne, America Chavez, et la partenaire de Hawkeye (Kate Bishop) au sein des West Coast Avengers. Tandis qu'elle affronte des taupes géantes, une jeune reporter les aborde pour parler des origines d'America. Surprise, celle-ci est frappée par une des créatures.


Quand elle revient à elle, America est veillée par sa compagne, Ramona Watts, qui devine que quelque chose cloche. America finit par lui avouer que ses pouvoirs l'abandonnent parfois, sans explication. Mais elle doit s'absenter quand une alerte l'appelle à New York.


En effet un mystérieux champ de force isole le quartier où vivent encore ses parents adoptifs et son demi-frère et asphyxie ses habitants. Avec l'aide de Spider-Man, America trouve une solution à ce problème avant que Ceci, sa "mère", lui remette un billet menaçant à son intention...

Joe Casey et Nick Dragotta ont introduit America Chavez il y a dix ans dans les pages de leur mini-série Vengeance, qui racontait comment un groupe de super-héros décidaient de se débarrasser une fois pour toutes des pires super-vilains.  Si ce projet n'a pas connu un grand retentissement, il a imposé cette héroïne haute en couleurs car elle concentre à elle seule beaucoup de choses que détestent les fans les plus conservateurs : en effet, America Chavez est une immigrée (en provenance d'une dimension parallèle), latino, lesbienne et au caractère bien trempé.

Joe Casey abandonnera les droits de sa créature à Marvel pour en inventer une autre version dans des créations personnelles. Sans son inventeur, America va pourtant continuer d'être exploitée là où tant d'autres personnages seraient tombés dans les oubliettes. Elle a eu droit à une première série (écrite par Gabby Rivera, dessinée par Joe Quinones), a fait partie des Ultimates (écrit par Al Ewing, dessiné par Kenneth Rocafort), de A-Force (de G. Willow Wilson et Jorge Molina), des Young Avengers (de Kieron Gillen et Jamie McKelvie), des West Coast Avengers (de Kelly Thompson et Stefano Caselli - c'est dans ce dernier titre qu'elle a rencontré Ramona Watts, sa compagne, après que beaucoup de lecteurs aient pronostiqué qu'elle formerait un couple avec Kate Bishop).

Dans ces comics où la diversité ethnique est toujours aussi peu représentée, quand elle ne paraît pas artificielle (comme les comics de Ta-Nehisi Coates où tous les héros blacks se rassemblent comme s'ils formaient naturellement une communauté), America Chavez échappe aux clichés en s'intégrant à toutes sortes de groupes et en imposant son tempérament. Peut-être est-ce aussi à cause de cela qu'elle ne figure jamais dans une équipe plus en vue (comme les Avengers) où elle aurait pourtant sa place (plus méritée à mon avis que Captain Marvel par exemple).

Prévue pour être publiée l'an dernier, America Chavez : Made in the USA a été reportée sine dine à cause de la crise sanitaire. On a même cru un temps que la série avait été annulée jusqu'à ce qu'elle apparaisse dans le planning de ce mois-ci. Je n'avais pas prévu de l'acheter mais j'ai pu lire ce premier épisode et je suis tombé sous le charme.

Kalinda Vazquez vient de la télé où elle a participé à lécriture de séries comme Prison Break ou Once Upon a Time, c'est son premier scénario de comics et Marvel a eu raison de lui accorder sa confiance car elle montre sans perdre de temps qu'elle a compris le personnage et a quelque chose à raconter avec. En fait, l'intrigue replace America Chavez comme une sorte d'équivalent de Superman dans l'univers Marvel : recueillie par de braves gens qui l'ont trouvée sur une plage, ils ignorent tout de sa provenance, depuis le Parallèle Utopique, une dimension parallèle où elle était élevée par ses deux mères. Ce n'est pas la première fois qu'un personnage évoque l'Homme d'Acier de DC (on pense à Sentry, Hyperion), mais ici, la référence fait sens et surtout les pouvoirs de America divergent de ceux de son modèle (elle est super-forte, vole, mais surtout peut créer des portails de téléportation en forme d'étoiles, surtout elle n'a rien de la bonne samaritaine car elle râle à tout bout de champ, s'impatiente facilement et brandit haut et fort ses différences ethniques et sexuelles).

L'histoire démarre avec un combat spectaculaire au cours duquel America voit ses pouvoirs partir en vrille et même carrément disparaître avant de revenir. Pour la première fois, elle prend une raclée, humiliante, et ressent la peur. Elle s'en ouvre auprès de Ramona, sa fiancée, mais fuit à la première occasion quand elle apprend que ses parents adoptifs sont en danger, fonçant tête baissée dans de nouveaux problèmes. Le tout est menée sur un train d'enfer, avec un bon dosage d'humour, d'action et d'émotion. C'est très vivant, dynamique, irrésistible. 

Carlos Gomez ne m'avait pas fait très forte impression précédemment, mais en même temps je connais très peu son travail, pas suffisamment pour le juger compétent ou négligeable. Alors ma surprise a été d'autant plus grande en découvrant ses planches pour cet épisode. Car c'est parfait, tonique, expressif, généreux.

America Chavez, comme je l'écris plus haut, a eu droit à de bons dessinateurs (Dragotta, Quinones, Molina, McKelvie, Caselli), et donc Gomez devait au moins se hisser à leur niveau pour ne pas décevoir. Mission accomplie haut la main. Comme nous avons là une jeune femme pulpeuse dans une tenue improbable (un shot cycliste, un tee-shirt, un blouson, des baskets : pas vraiment un costume super-héroïque classique donc), il faut déjà que le lecteur accepte ce look, ce physique. Gomez la représente en insistant sur sa gestuelle, ses mimiques, c'est une héroïne à la physicalité marquée, qui occupe l'espace.

Mais comme elle est aussi lesbienne, son rapport à la séduction diffère de ce qu'on attend, en tant que lecteur hétéro, d'une super-héroïne, à savoir que ce n'est pas qu'un objet fantasmatique pour les garçons - on peut même dire que America se moque de plaire au mâle consommateur de comics, sans renoncer toutefois à être féminine et attractive. Ce savant dosage en affirmation et charme, Gomez y parvient avec une belle facilité : America n'a rien d'une camionneuse mais rien non plus d'une playmate, et mine de rien, c'est une figure atypique dans le paysage des comics où l'hyper-sexualisation des héroïnes est un moyen aisée de les représenter.

Comme l'épisode est ponctué de flash-backs réguliers sur l'enfance de America quand elle est trouvée et adoptée, on apprécie aussi le talent de Gomez pour la dessiner plus jeunes, car c'est un exercice toujours délicat que les enfants dans les comics. Par ailleurs, le découpage choisi par Gomez exige de lui une générosité dans le détail avec des plans d'ensemble fréquents : les décors sont soignés, les éléments figuratifs importants, leur réalisme minutieux (sans avoir cet air trop artificiel qu'on peut reprocher à l'assistance infographique).

Bref, j'ai pris beaucoup de plaisr à ce premier numéro et j'espère que la suite gardera ce niveau. Qui sait, cela débouchera peut-être sur une série régulière pour America Chavez, ou en tout cas à une présence plus régulière dans une série suffisamment populaire.

jeudi 4 mars 2021

FIRE POWER #9, de Robert Kirkman et Chris Samnee


Ce neuvième épisode de Fire Power renoue avec le meilleur de la sérié écrite par Robert Kirkman et dessinée par Chris Samnee. Du spectacle ? Il y en a. De l'action ? Aussi. Des rebondissements ? Idem. Un cliffhanger de ouf  ? Pareil. C'est, pour ma part, un sans-faute. D'autant plus qu'on est au milieu du troisième arc et que la suite s'annonce irrésistible.


Pour se débarrasser du mystérieux agresseur qui s'en est pris à lui dans l'avion le conduisant au clan de la Terre Ecorchée, Owen a choisi la manière radicale : en se jetant dudit avion avec son adversaire. Il e repousse avec une boule de feu, son ennemi se change en un paquet de serpents. Puis c'est la chute libre.
 

Ayant amorti sa chute avec des boules de feu, Owen a atterri dans une forêt. Il revient à lui dans le lit préparé pour lui dans le repaire de Chen Zul, le chef du clan de la Terre Ecorchée qui est aussi le père de Ling Zan.


Peu après, Owen retrouve ses enfants et sa femme qu'il réconforte comme il peut. Tout le monde est sidéré qu'il ait survécu à cette chute. Wei Lun l'emmène se changer en prévision de la bataille que le clan de la Terre Ecorchée s'apprête à livrer contre le Temple du Poing Enflammé le lendemain.


Un coup de gong retentit. Ma Guang aborde l'île du clan mais Owen vient à sa rencontre pour lui éviter des ennuis. Depuis son nid d'aigle, Chen Zul observe la scène et discute avec quelqu'un d'autre des événements à venir...

Le précédent épisode s'achevait sur un cliffhanger spectaculaire et ce numéro reprend exactement là où on avait laissé Owen et son adversaire. Robert Kirkman et Chris Samnee avaient plaisanté en assurant que ce n°9 verrait la mort d'Owen Johnson mais si c'était très improbable, on va passer un moment à se demander comment le héros va se sortir de la situation critique dans laquelle il se trouve.

Alors certes la séquence qui ouvre cet épisode fera certainement tiquer certains lecteurs, qui estimeront que Kirkman et Chris Samnee produisent beaucoup de planches pour montrer Owen dans un position très délicate. Ce n'est pas un reproche tout à fait immérité car, effectivement, c'est un chouia long, mais Samnee fait son maximum pour rendre tout ça haletant et il y parvient brillamment, sans s'appuyer sur du texte, uniquement avec un découpage magistral, des effets étonnamment variés, et le support des couleurs, magnifiques, de Matt Wilson.

Samne, dans l'habituel debrief de fin d'épisode où il dialogue avec Kirkman, ne cache pas le plaisir qu'il a eu à dessiner ces pages. C'est un artiste qui apprécie ce genre de défi, comme il le dit, ça lui permet d'exercer ses muscles. Je ne connais pas beaucoup de dessinateurs de comics qui aiment autant se jeter dans un pareil ouvrage, sans filet (c'est le cas de le dire), mais cela montre à la fois la jubilation de Samnee à illustrer cette série et le niveau de maîtrise qu'il a atteint.

Bien entendu, vous l'aurez deviné, Owen Johnson ne meurt pas au terme de sa chute libre insensée. C'est un morceau de bravoure, totalement irréaliste, pour laquelle Kirkman avait prévu d'ailleurs un autre déroulement, beaucoup plus gore, avant de se raviser parce qu'il a décidé que Fire Power s'adresserait à un large public, donc s'abstiendrait des tics qui ont fait sa gloire sur des séries comme Invincible ou The Walking Dead. Si, donc, vous n'êtes pas capable de gober la manière dont Owen échappe à une mort certaine, mieux vaut arrêter là.

Toutefois, après, ça se calme. Mais sans non plus s'en tenir là. En effet la dernière partie de l'épisode est riche en rebondissements et surtout prépare le lecteur à bien des surprises à venir. Owen arrive donc au clan de la Terre Ecorchée et fait la connaissance de Chen Zul. Les lecteurs ne reconnaîtront peut-être pas le personnage mais il s'agit du colosse que Owen avait affrotné à la fin de Fire Power vol. 1 : Prologue, moment charnière où son pouvoir s'était manifesté.

Ce qu'on ignorait et qu'on apprend, c'est que Chen Zul était le père de Ling Zan le premier amour de Owen, supposément assassinée par Chou Feng (l'actuel leader du temple du Poing Enflammé). Cela donne une perspective insoupçonnée à l'histoire, même si Kirkman ne la développe pas trop pour l'instant. En tout cas si Owen était encore un peu hésitant à se rallier au clan, il devrait l'être beaucoup moins car cela lui fournit l'occasion de venger sa belle.

Mais en reconvoquant Ling Zan, Kirkman est aussi retors car il sait que cela va fragiliser le couple d'Owen et Kellie. On sait, en effet, depuis leur discussion au sujet de la disparue, au restaurant, que Kellie redoute toujours que le fantôme de Ling hante encore Owen. Même s'il a assuré avoir tourné la page, on peut en douter au moment de combattre avec Chen Zul.

Pour situer l'action, Samnee fait encore des prodiges et là, il faut être attentif aux détails. En effet le clan réside sur une île et on peut remarquer par exemple la présence d'un dirigeable stationnant au-dessus de ce repaire. On notera aussi des installations moins rustiques que dans le temple du Poing Enflammé, une sorte de sophistication dans les vêtements des ninjas. Tout ceci suggère que le clan n'a pas le même style de vie que son rival, et peut-être aussi donc plus de moyens dans l'armement. L'environnement change aussi : on passe de la montagne isolée du reste du monde du temple à une île donc, avec la présence de la mer toute proche mais aussi d'une végétation luxuriante. Tout est moins austère. Là encore, les couleurs de Matt Wilson sont un enchantement.

Kirkman se montre résolu à bien remplir cet épisode : Ma Guang, qu'on avait vu fuir le temple dans l'épisode précédent, arrive sur l'île et se livre à Chen Zul pour se battre avec son armée. Entretemps, un dialogue, épatant, a lieu entre Owen et Kellie, pour souligner à quel point cette dernière (et ses enfants) sont en total décalage avec la situation : il est certain que le couple Johnson va être ébranlé par ce périple. Samnee traduit les émotions avec des visages très expressifs malgré une économie de traits confondante : l'artiste a simplifié son style de manière nette, à la fois pour pouvoir dessiner deux séries mensuelles, mais aussi pour, me semble-t-il, aller encore plus à l'essentiel.

L'épisode se clôt sur un cliffhanger affolant. Je ne peux pas vous spoiler, ce serait criminel, mais j'ai été complètement cueilli (et vous le serez aussi quand vous lirez ce numéro). Kirkman ose tout, mais c'est vraiment bien foutu, très efficace.

Visiblement, tous les arcs de la série compteront six numéros, donc celui-ci s'achèvera au #12. On peut en revanche se demander combien de numéros comptera vraiment Fire Power car Kirkman n'est apparemment plus disposé à s'investir dans de longs runs (il a annoncé que Oblivion Song s'achèvera au #36). Tout indique que le scénariste ne compte pas développer Fire Power indéfiniment. Et cela induit que l'intrigue sera sans doute menée de telle sorte qu'elle ne perde pas en intensité. Tout ça pour dire que, si vous hésitez à investir dans le titre en ne sachant pas combien de temps ça durera, mon avis est que vous ne vous engagez pas dans un projet interminable.

mercredi 3 mars 2021

BATMAN #106, de James Tynion IV et Jorge Jimenez / ROBIN, de Joshua Williamson et Gleb Melnikov


J'ai décidé de donner sa chance au Batman de James Tynion IV à la faveur d'Infinite Frontier, dans lequel on voit un aperçu prometteur.. C'est un scénariste que je juge un peu surcôté parce que, souvent, il démarre fort mais peine à conclure en beauté (comme son mentor Scott Snyder). Néanmoins, avec une publication désormais mensuelle, le rythme devrait lui permettre de développer des intrigues avec plus de maîtrise. Et pour son dessinateur, Jorge Jimenez, de travailler avec plus de régularité.


La récente Guerre du Joker a profondément ébranlé Gotham et Batman, dont la fortune a décru et que la police, via le maire Nakano, considère désormais comme une source de problème. L'attentat contre l'asile d'Arkham n'a rien arrangé et le Collectif Insensé cherche à en profiter comme Molly Miracle.


Batman ne lâche pourtant rien, avec le support de Oracle et Ghostmaker. De son côté, Nakano répond à l'invitation de l'affairiste Simon Saint qui lui offre ses services pour établir un programme répressif contre les masques, laissant au GCPD le soin de s'occuper du banditisme classique.


Son patrimoine désormais géré par Lucius Fox, Bruce Wayne s'est installé dans un quartier populaire de Gotham. Ghostmaker loge avec lui et le voit réfléchir sur le choix des cibles du Collectif Insensé, des patrons de presse. Quelqu'un cherche à effrayer la population en s'en prenant à ceux quil'informe.


De retour chez lui, Nakano est résolu à ne pas transiger avec Simon Saint. Mais en voyant au JT les derniers exploits de Batman, il réfléchit à la meilleure réponse à apporter aux nouveaux débordements qu'il reproche au justicier...

James Tynion IV a succédé à Tom King à partir de Batman #86 sans savoir combien de temps il resterait sur a série. Mais apparemment DC a été statisfait de ses efforts (et des ventes) et l'a confirmé à son poste jusqu'au #100. Le temps pour le scénariste de boucler une grande saga en deux actes, Joker War, au cours de laquelle il a profondément bousculé le statu quo.

Pour résumer, le Joker a appris l'identité secrète de Batman et a détourné sa fortune pour semer le chaos dans Gotham. Dans l'affaire, le clown du crime a perdu Harley Quinn à laquelle il a préféré une nouvelle venue, Punchline. De son côté, Batman a renoué avec sa "famille" (Red Hood, Nightwing, Huntress, Spoiler, Orphan, Batwoman) tandis que Batgirl a décidé de raccrocher pour reprendre son rôle d'Oracle. Les affaires de Wayne entreprises sont gérées par Lucius Fox et Bruce a déménagé dans un quartier populaire de Gotham. Le Joker a fui la ville. Un jeune vigilante, Clownhunter a fait son apparition

Puis lors des cinq épisodes suivant le n°100, Tynion a meublé en inventant une énième histoire en relation avec la jeunesse de Bruce Wayne, quand il se préparait à devenir Batman. A cette occasion, le lecteur a fait connaissance avec Ghostmaker, rival de Bruce dans le passé, mais qui a fini par accepter de l'aider dans sa croisade. Car, nouveauté notable : Batman est désormais traqué par la police de Gotham, le maire Nakano considérant que le justicier créé plus de problèmes qu'il n'en résoud.

Bien que Tynion n'ait pas écrit durant Future State, il a confirmé qu'il s'en inspirerait pour la suite de son run. C'est dans ce contexte que démarre ce #106, dont Infinite Frontier #0 a donné un avant-goût avec un attentat meurtrier à l'asile d'Arkham. Seuls 17 pensionnaires de l'établissement auraient survécu mais Gotham en paie le prix, encore éprouvée par les exactions du Joker.

L'épisode démarre par un scène, glaçante, qui annonce le retour de l'Epouvantail, mais Tynion le garde en réserve. Pour l'heure, il expose les conséquences de sa saga. Et il enchaîne les scènes à toute allure. C'est assez grisant, même s'il faut faire un effort pour distinguer les adversaires de Batman (le Collectif Insensé, dont le leader veut profiter de la crise pour embrigader les civils, et Molly Miracle, à la tête d'un gang). On peut être aussi désarçonné par Ghostmaker et son design aussi improbable que son partenariat avec Batman (car contrairement au dark knight, il préférerait liquider les méchants une bonne fois pour toutes). Enfin, il y a le retour de Barbara Gordon en tant qu'Oracle, qui seconde Batman à distance, comme une vigie.

Tynion ne mentait pas quand il disait que Future State alimenterait ses histoires : on en a la preuve immédiate avec Simon Saint, l'initiateur du programme para-militaire du Magistrat, qui propose au maire Nakano d'assister le GCPD. Tout ça va sûrement être développé comme un fil rouge dans les mois (les années ?) à venir. Et aboutira certainement à connaître l'identité du fameux Gardien de la Paix 01. Tout ça est donc dense et nerveux, et si ça continue ainsi, ce sera épatant.

Il faut dire que Tynion a un atout dans sa manche avec Jorge Jimenez. Cet artiste révélé sur Earth-2 : Society (écrit par Dan Abnett) puis sur Justice League (écrit par Snyder) alternait jusqu'à présent sur Batman avec Guillem March (qui va dessiner la série consacrée au Joker, toujours par Tynion). Mais comme DC a pris la sage décision de cesser toute parution bimensuelle, Jimenez devrait désormais pouvoir enchaîner les arcs sans problème.

C'est toujours une plus-value car le lecteur profite d'un plus grande cohérence visuelle. Et Jimenez est un dessinateur aussi solide que généreux dans l'effort : ses planches sont spectaculaires, abondantes en détails, bourrées d'énergie. Il évolue dans un registre réaliste et descriptif, avec une légère exagération dans les anatomies. Ses héros sont tous des athlètes sculpturaux et les quelques femmes présentes sont quand même gaulées comme des mannequins. Toutefois, il se garde de les hypersexualiser, préférant insister sur leur côté bigger than life.

Batman est ainsi montré comme toujours aussi impressionnant, mais du fait des changements survenus dans son train de vie, Jimenez doit aussi traduire son déclassement. Désormais, il vit dans un appartement et cogite dans son garage-salle de sport, c'est moins fastueux que le manoir des Wayne. Les divers adversaires qu'il croise témoignent aussi d'une volonté affichée pour sortir du moule traditionnel, comme on peut le voir avec le look bizarre de Molly Miracle et le redesign de l'Epouvantail (spectaculaire). Jimenez n'est peut-être pas toujours très inspiré sur ce plan des costumes et on peut légitimement douter de la pérennité d'une Molly Miracle (comme du Clownhunter), mais on peut aussi saluer le pari de Tynion et de son dessinateur pour diversifier la rogue gallery de Batman.

Enfin, Jimenez lui-même peut s'appuyer sur Tomeu Morey aux couleurs : l'épisode se déroulant exclusivement de nuit, l'esthétique est particulièrement soignée et s'emploie à rester la plus lisible possible, même quand l'artiste se lâche.

On est bien loin du run de Tom King, mais ce n'est pas désagréable. Si je reste prudent, je suis quand même confiant dans le projet de Tynion et Jimenez.
   
*


Damian Wayne a coupé les ponts avec son père et rejoint sa mère, Talia, en Markovie, pour prétendre à la direction de la Ligue des Assassins. Mais leurs retrouvailles sont interrompues par la Ligue de Lazare qui les attaque...

Avant d'avoir droit à sa propre revue bientôt, Robin figure donc en back-up de Batman (puis de Detective Comics). Damian Wayne a depuis un certain temps maintenant rompu les ponts avec son père, abandonnant aussi la tête des Teen Titans. Où l'emmène Joshua Williamson ? Chez sa mère, Talia Al Ghul.

Personnage créé par Grant Morrison, Damian Wayne est vite devenu la coqueluche des fans avant de connaître une évolution brouillonne. Ne faisant pas partie des plans de Tynion, mais restant une valeur sûre, DC ne pouvait pas le faire disparaître ou le négliger. Il a donc droit à son propre titre.

En quelques pages, Williamson réussit à établir une situation nouvelle pour Robin et à nous laisser avec un cliffhanger saisissant. Qu'est-ce que cette Ligue de Lazare ? Qu'ambitionne vraiment Damian en voulant remplacer son grand-père, Ra's, à la tête de la Ligue des Assassins ? Que va faire Talia ? Beaucoup de questions, mais on est accroché.

Bonne pioche pour DC : en signant Gleb Melnikov, qui travaillait chez des indés jusqu'alors, l'éditeur a trouvé un artiste parfait pour ce jeune anti-héros. Le style du dessinateur est semi-réaliste, un peu dans la veine d'un Humberto Ramos. Il compose des planches très dynamiques et en assume la colorisation, très maîtrisée.

Mine de rien, on est pris dans le feu de l'action. Robin est entre de bonnes mains et de nouveau intéressant.

mardi 2 mars 2021

INFINITE FRONTIER #0

 


Future State est (presque) fini. Place à Infinite Frontier : avec ce numéro 0, DC ouvre un nouvel acte dans l'ère Rebirth. Pour l'éditeur, c'est un vrai test car la crise sanitaire est passée par là, entraînant une vague de licenciements et obligeant à repenser sa gamme de titres. Cette espèce de rentrée des classes marque un régime sec avec beaucoup moins de séries dans les bacs (même si de nouveaux mensuels viendront complèter l'offre plus tard). Infinite Frontier #0, c'est donc une collection de teasers, mais aussi le premier chapitre d'un event qui va se déployer durant toute l'année.

Infinite Frontier framing story
(Joshua Williamson, James Tynion IV, Scott Snyder/John Timms)
 
Plutôt qu'une critique classique, c'est plutôt un passage en revue des divers segments de ce numéro que je vous propose. Car Infinite Frontier, c'est d'abord cela : des amuse-bouche de quelques pages, souvent frustrants, parfois accrocheurs, censés donner l'eau à la bouche. Si Scott Snyder est crédité pour le fil rouge avec Diana Prince, le véritable chef d'orchestre est bien Joshua Williamson, secondé par James Tynion IV. A l'issue de l'event Death Metal (écrit par Snyder), l'amazone meurt et elle accède au Mur-Source désormais détruit. Elle y trouve la Qintessence (les êtres les plus puissants du DCU - le Phantom Stranger, Ganthet, le Haut-Père de Néo-Génésis, le Spectre, Hera, Le sorcier Shazam) qui lui propose de grossir leurs rangs. Pour la convaincre, le Spectre l'accompagne dans une vue d'ensemble du DC-verse post-Death Metal. John Timms dessine.

Justice League (Brian Michael Bendis/David Marquez)

Premier arrêt : Justice League. La série va reprendre avec Brian Michael Bendis et David Marquez. Une des grosses surprises concerne l'intégration dans l'équipe de Black Adam et ce segment suggère que Teth-Adam est devenu un héros après avoir sauvé des innocents d'un super-méchants. Superman est étonné mais positif, Flash plus perplexe. C'est beau et plutôt intrigant.

Batman (James Tynion IV/Jorge Jimenez)

On a ensuite droit à un gros morceau de Batman. Normal, c'est la vedette de DC. James Tynion a achevé une saga (Joker War) qui a sensiblement modifié le statu quo de la série (Bruce Wayne a perdu une grosse partie de sa fortune, le maire de Gotham ne veut plus de justiciers masqués dans sa ville, Barbara Gordon est redevenue Oracle, etc). Ici, on a droit à un prélude au prochain arc (qui démarre dans Batman #106) avec l'Epouvantail mais aussi une nouvelle venue, Molly Miracle, et l'initiation du programme Magistrat (vu dans Future State) avec Simon Saint. C'est ambitieux, déchaîné, à l'image des dessins de Jorge Jimenez.

Superman (Philip Kennedy Johnson/Jamal Igle)

Bon, ensuite, on a des pages peu engageantes sur Wonder Woman (où Hippolyte intronise Nubia comme la nouvelle reine, par intérim, sur Temyscera), avant la série qui sera écrite par Becky Cloonan et Michael W. Conrad et dessinée par Travis Moore (ici remplacé par la médiocre Alitha Martinez). Puis l'insupportable Yara Flor figure à notre époque, quand elle décide de partir pour le Brésil où elle deviendra Wonder Girl, dans la série écrite et dessinée par Joelle Jones.

Je passe rapidement sur Green Lantern : Alan Scott par Tynion IV et Stephen Byrne, totalement dispensable (tout ça pour confirmer que le premier Green Lantern est de retour et annonce à ses enfants, Jade et Obsidian, qu'il est... Gay). Sans intérêt.

L'aperçu de Teen Titans Academy par Tim Sheridan et Rafael Sandoval fait deux pages et on ne peut rien en tirer. DC a décidé d'un titre improbable, qui fait penser à Avengers Academy, pour ne sacrifier aucun Titan (jeune ou ancien). Bof.

Non, ce qui est retient l'attention, c'est le segment sur Superman que Philip Kennedy Johnson va écrire et qui annonce un funeste destin pour Jon Kent. Jamal Igle dessine, c'est joli mais un peu fade.

Green Arrow & Black Canary (Joshua Williamson/Alex Maleev)

Les deux pages consacrées à Green Arrow & Black Canary, mais surtout au retour d'un héros mort durant Heroes in Crisis, sont frustrantes. Mais Joshua Williamson a le privilège d'être accompagné par Alex Maleev et je rêve de revoir une série avec Dinah Lance et Oliver Queen, surtout dessiné par cet artiste que j'adore.

Tous ces avant-goûts, c'est un peu comme une compilation de bandes-annonces au cinéma : souvent superficiels, pas forcément super-engageant. Je ne suis pas motivé pour suivre Green Lanterns (par Geoffrey Thorne et Dexter Soy), le retour de Stargirl (par Geoff Johns et Todd Nauck) me laisse indifférent.

Flash (Joshua Williamson/Howard Porter)

Si je mentionne Flash, ce n'est pas pour les dessins, immondes, de Howard Porter (infichu de représnter deux personnages qui se parlent en faisant se croiser leurs regards : c'en est presque comique tant c'est mauvais). En revanche, les destins de Barry Allen et Wally West sont complètement redéfinis dans ces quelques pages, et dans le cas de Barry, il accepte un rôle qui implique le retour de la Justice League Incarnate créée par Grant Morrison à l'issue de The Multiversity. Décidément, Joshua Williamson a du mal à quitter les speedsters...

L'épilogue, affreusement dessiné par John Romita Jr (qui touche vraiment le fond), ne vaut que pour la réapparition d'un méchant emblématqiue, mais franchement pas original. En revanche, Diana refuse d'intègrer la Quintessence et la suite de ses aventures se déroulera au... Valhalla !

Voilà un rapide tour du propriétaire. Si on regarde plus loin, Infinite Frontier connaîtra six autres numéros, écrits par Joshua Williamson et dessinés par Xermanico. Mais quid du contenu de cet event ?

Dans sa structure, il fait penser à Year of the Villain où des one-shots montraient comment lex Luthor offraient plus de puissance à divers méchants pour permettre à Perpetua, la mère du Multivers, d'en reprendre le contrôle. Visiblement, encore une fois, on va lire une histoire qui impactera progressivement les séries emblématiques de DC pour préparer le terrain à une future menace globale en relation avec le méchant qui réapparaît dans l'épilogue.

Concrètement, à partir de ce mois-ci, DC publie : Justice League (Bendis/Marquez) ; Wonder Woman (Cloonan + Conrad/ Travis Moore) ; Superman (Kennedy Johnson/ Scott Godlewski) ; Action Comics (Kennedy Johnson/Sampere) ; Catwoman (Ram V/Fernando Blanco) ; Batman (Tynion IV/Jimenez) ; Detective Comics (Mariko Tamaki/Dan Mora); Batman/Superman (Gene Luen Yang/Ivan Reis) ; Harley Quinn (Stephanie Phillips/Riley Rossmo) ; Suicide Squad (Robbie Thompson/Eduardo Pansica) ; Nightwing (Tom Taylor/Bruno Redondo) ; Green Lanterns (Geoffrey Thorne/Tom Raney) ; Teen Titans Academy (Sheridan/Sandoval) ; Flash (Jeremy Adams/Brandon Peterson) ; The Joker (Tynion IV/Guillem March).  

Mais DC a d'ores et déjà prévu de nouvelles séries, dont les titres et le contenu restent à confirmer. Une renaissance progressive donc. Mais pas de reboot. En revanche, c'en est fini des titres bimensuels, et ça, c'est appréciable. DC préfère miser sur une hausse des prix pour certaines séries en les agrémentant de back-up stories (Justice League Dark par Ram V et Xermanico par exemple).

L'autre élément, plus discutable, c'est l'acte de naissance de l'Omnivers. Entendez que désormais il n'y a pas qu'un seul Multivers mais plusieurs Multivers qui forment l'Omnivers. C'était visiblement pas assez compliqué et fourni. Surtout, ça ressemble à un bras d'honneur à The Multiversity de Grant Morrison, qui avait, notamment dans son Guidebook, procédé à une  recension notable des 52 terres parallèles du Multivers, une base suffisamment riche pour alimenter des tas de séries. Et un effort incroyable pour mettre de l'ordre dans ce foutoir après toutes les Crisis, les reboots

Je ne dirai pas que ce Infinite Frontier #0 est indispensable, mais c'est quand même utile pour la suite. On a échappé à un nouveau reboot, on va peut-être finir par revoir la Justice Society of America, l'offre (pour l'instant) est moins pléthorique (une cure bienvenue, dont devrait s'inspirer Marvel - on peut rêver). C'est plutôt engageant.