mercredi 8 août 2018

BATMAN - THE DARK PRINCE CHARMING, BOOK 2, de Enrico Marini


Sorti en Juin dernier, voici la suite et fin du Batman version Enrico Marini. Nous avions laissé le protecteur de Gotham dans une situation délicate où il perdait ses nerfs : une femme, Mariah, le menaçait de poursuites judiciaires car elle prétendait que Bruce Wayne était le père de sa fille, Alina. Le Joker, voulant offrir un diamant à Harley Quinn, a alors l'idée de kidnapper la fillette pour forcer Wayne à acheter le bijou. Mais où le clown du crime retient-il son otage après avoir causé un accident qui a plongé Mariah dans le coma ? Et quid de Catwoman, mécontente de la possibilité de son amant et convoitant également le précieux caillou ?


Il y a neuf ans. Bruce Wayne, le visage tuméfié après une bagarre, entre boire un verre dans un bar des bas-fonds de Gotham, et y fait la connaissance de la barmaid, Mariah, qui finit son service... Aujourd'hui, la jeune femme est à l'hôpital de Gotham, dans le coma, après un accident causé par le Joker qui a enlevé sa fille - et celle de Bruce Wayne ?


Batman, l'alter ego du playboy milliardaire, traque tous les acolytes connus du Joker pour savoir où il se cache et retient en otage Alina, la fille de Mariah. Mais personne ne sait rien. Frustré, le justicier perd l'appétit et ne sait plus s'il est motivé par la quête de la fillette ou la découverte de sa possible paternité. 
  

Jusqu'à ce que le Joker adresse une invitation directe à Wayne : il se rend au rendez-vous... Qui a lieu dans le bar où il avait rencontré autrefois Mariah. Le Joker y arrive peu après, travesti, et prouve qu'Alina est toujours vivante via une vidéo en direct sur une tablette. Puis il dicte ses conditions pour la libérer.


Le clown du crime veut que Wayne acquiert le diamant du Chat Bleu qui va être vendu aux enchères pour une valeur estimée à cinquante millions de dollars. Ensuite, il communiquera le lieu de l'échange. Pour éviter que Wayne ne le suive, le Joker lui fait boire un sédatif.


Bruce se rend à la vente et remarque dans la salle Selina Kyle. Très vite, le prix du diamant s'envole, disputé entre Wayne et un sheikh arabe. Selina abandonne la partie et quitte la salle, suivie du regard par Bruce, troublé par le décolleté vertigineux qui montre sa chute de reins.


Elle en profite pour déclencher une petite explosion qui décroche le lustre de la salle des marchés. Selina dérobe, dans la confusion qui suit, le diamant et prend la fuite. Wayne s'éclipse à son tour et la prend en chasse tandis que, devant la télé, le Joker et Harley Quinn qui suivaient la retransmission de la vente sont médusés.


Batman rattrape Catwoman sur les toits et lui réclame le diamant. Elle refuse de le lui rendre et s'ensuit un bref affrontement entre eux. Batman la laisse avoir le dessus pour mieux lui dérober le caillou et ensuite filer. Le Joker téléphone à Wayne et son majordome, Alfred Pennyworth, passe l'appel à Batman. Mais la liaison est mauvaise et il n'entend pas son adversaire lui indiquer l'adresse où aura lieu l'échange avec Alina.


A bord de la Bat-mobile, Batman se repasse la vidéo que lui avait montré le Joker au bar et qu'Alfred avait piratée. En zoomant sur l'arrière-plan, il remarque sur un fut le sigle de Wayne Power Entreprises, une de ses filiales. Direction : l'entrepôt désaffecté de stockage.


Le Joker s'est entouré de mercenaires lourdement armés pour le protéger avec la consigne de capturer Wayne vivant mais d'abattre Batman. Ce dernier fonce dans le tas et neutralise les sbires de son ennemi avant de lui sauter dessus. 

Mais Harley Quinn frappe Batman dans le dos. Le Joker, qui attendait Wayne et le diamant, s'apprête à éliminer Alina lorsque Catwoman surgit pour l'en empêcher et reprendre le caillou à Harley Quinn. Alina pique le Joker avec une aiguille empoisonnée qu'il destinait à Batman, mais plutôt que de se rendre au Dark Knight il préfère se défenestrer et plonger dans la rivière.


Catwoman prend le large à son tour avec son butin. Batman emmène Alina au chevet de sa mère. A l'hôpital le commissaire Jim Gordon félicite Bruce d'avoir adopté la fillette et de prendre en charge les frais médicaux de sa mère, en espérant qu'elle se réveille un jour. Interrogé sur le Joker, le policier répond que son corps n'a toujours pas été repêché mais il ne croit pas à sa mort.


Il y a neuf ans. Le Joker, après avoir affronté Batman, entre dans le bar de Mariah au moment où elle s'apprête à le fermer pour rejoindre Bruce Wayne...

Quand, en Novembre 2017, le tome 1 de Batman : The Dark Prince Charming est sorti, la curiosité de ce projet a vite fait place à des critiques virulentes contredites par le succès commercial de l'album. Des fans du Dark Knight reprochait au dessinateur de Scorpion un scénario trop léger, écrasé par un esthétisme qui tournait du coup à vide.

Pourtant, j'avais, pour ma part, pris du plaisir à cette version à la fois respectueuse et décalée du héros, qui présentait la particularité de pouvoir s'inscrire dans la continuité actuelle (celle du statu quo de "DC Rebirth") de la série écrite par Tom King - on y voyait Bruce Wayne en couple avec Selina Kyle. Certes, l'intrigue était sommaire et mixait aventures, action et humour, mais avec un argument ingénieux : playboy impénitent, Wayne était-il le père de la fille d'une simple serveuse avec laquelle il avait eu une aventure sans lendemain ?

Lorsque reprend l'histoire dans ce tome 2, un flash-back confirme la liaison entre Mariah et Bruce de manière suggestive. Et cette ouverture donne le ton du second acte du récit, souvent de façon étonnante de la part d'Enrico Marini qu'on a connu moins timide dans ses productions solo européennes (voir Les Aigles de Rome ou Rapaces, écrit par Dufaux).

Ne vous méprenez pas : je n'accuse pas DC (ou Dargaud d'ailleurs) d'avoir brider le suisse, il a confirmé à plusieurs reprises avoir travaillé en toute liberté, rien n'a été censuré en relation avec le sexe ou la violence. Mais, donc, il convient de signaler, par exemple, que Marini utilise finalement très peu Selina Kyle/Catwoman (alors qu'on pouvait l'attendre de la part de celui qui adore les brunes capiteuses) et sa Harley Quinn reste assez sobre (en dehors de son relooking superbe). C'est un peu frustrant mais pas grave.

D'autant que visuellement, par ailleurs, Marini sort des clous franchement lors d'une scène mémorable, le clou de ce tome 2, quand le Joker donne rendez-vous à Bruce Wayne dans le bar où servait Mariah. Le clown du crime apparaît travesti comme jamais et l'effet produit est à la fois grotesque, hilarant et épatant. On sent que l'auteur en plus de lui donner la vedette en couverture a pris un plaisir évident à animer la nemesis de Batman, le montrant tour à tour pianiste et fin mélomane, sadique et attendri par Alina, amoureux fou et excédé par Harley Quinn, cruel et effrayé par Batman, et perspicace (quand il reconnaît Wayne sous le masque de son adversaire qui l'empoigne d'une façon distinctive).

Somptueusement mis en images en couleurs directes, l'album est un régal pour les yeux. Marini s'est beaucoup inspiré du Batman de Christopher Nolan pour designer le sien, avec un costume très sombre, l'aspect d'une quasi-armure, et des équipements tout droits sortis des films - la Bat-mobile, la Bat-moto. En revanche, la Bat-cave évoque plus directement les comics, mais le dessinateur la montre très peu dans ce livre. Lorsqu'il anime Bruce Wayne, presque plus présent à l'image que son alter ego, on reconnaît sans mal les mâles alpha comme les apprécie Marini, bruns, ténébreux, séduisants, baraqués.

Gotham est moins exploitée que dans le tome 1, même si la page 2 nous offre une vue plongeante sur la cité de toute beauté. Globalement, l'impression qui domine, c'est que Marini a posé les bases dans le premier livre, et du coup s'en tient là pour cette suite et fin. C'est aussi frustrant, d'autant que le règlement de comptes final se situe dans un banal entrepôt désaffecté, que seul vient épicer l'intervention de Catwoman (d'ailleurs plus là pour récupérer "son" diamant que pour aider Batman).

Le dénouement, en deux parties, avec l'engagement de Wayne auprès de la fillette, puis un second flash-back qui fait écho à celui du début, apporte des notes plus réaliste et malicieuse à l'histoire, sans cependant fournir au lecteur une dimension supplémentaire à la relation entre Batman et le Joker. On reste dans le divertissement, pas dans le réflexion sur la mythologie du héros.

En résumé, ces deux albums forment une expérience visuellement éblouissante (ce qui correspond à ce qu'on attend d'un artiste comme Marini), un peu trop sage narrativement. Le découpage en deux Livres s'avère discutable mais plutôt bien construit. Bilan favorable donc, même si un peu de piment aurait été bienvenu. 

mardi 7 août 2018

SWEETBITTER (Saison 1) (Starz)



La première saison de Sweetbitter diffusée cette année par la chaîne Starz ne compte que six épisodes d'une trentaine de minutes chacun, mais son bon accueil critique et public a suffi pour qu'elle soit renouvelée. Il s'agit de l'adaptation du roman éponyme par son auteur, Stephanie Danler, qui a notamment tapé dans l'oeil de Brad Pitt (via sa société de production Plan B), avec en vedette la jeune Ella Purnell, remarquée dans Mrs Peregrine et les enfants particuliers (Tim Burton, 2016). Si vous avez trois heures de libre, essayez cette série.

 Tess (Ella Purnell)

Tess est une jeune femme âgée de vingt-deux ans qui a quitté sa ville natale de Dayton, Ohio, pour tenter sa chance à New York. Sans ami sur place ni ambition particulière, elle doit quand même trouver rapidement un toit et un emploi et vend sa voiture. Tess trouve un appartement en co-location avec un garçon qui travaille dans la finance (mais qui est toujours absent). Puis elle postule dans plusieurs restaurants pour décrocher une place de serveuse. L'un d'eux, dirigé par Howard, accepte de la prendre à l'essai pour la semaine et elle intègre le personnel qu'elle observe pour se hisser au niveau des exigences de cet établissement raffiné.

Tess et Simone (Ella Purnell et Caitlin Fitzgerald)

Le soir de sa première journée au restaurant, en voulant s'acheter un casse-croûte dehors, Tess s'aperçoit qu'elle a égaré son portefeuille et retourne sur ses pas. Elle découvre alors que le personnel boit après le service pour se détendre. Tess en profite pour aborder la charismatique chef de rang, Simone, dont la sophistication et les connaissances oenologiques l'impressionnent. Elle commence à l'initier à la dégustation du vin, sous le regard du séduisant et ombrageux barman, Jake, et convient de la revoir pour d'autres leçons. La soirée se termine avec les autres employés au "Home Bar", un bistrot à l'ambiance nettement plus relâchée.

Jake et Tess (Tom Sturridge et Ella Purnell)

Le lendemain, après une nuit bien arrosée, Tess reprend sa place et, le soir venu, fait la connaissance de Serena en compagnie de son époux qu'elle doit servir comme des clients prestigieux. Elle comprend vite que Serena et Simone furent d'excellentes amies et toutes deux serveuses dans le restaurant avant que la première ne se marrie avec cet excellent parti. En surprenant les deux femmes en train de se disputer dans la cave, Tess saisit que, pour Simone, Serena a choisi la facilité pour échapper au dur labeur du service. Pourtant il apparaît à Tess que Serena a fait le bon choix mais Simone, en discutant avec elle, l'avertit qu'il faut se méfier des apparences : Serena est anorexique et Jake, le barman dont s'est éprise Tess mais avec qui a grandi Simone, est dangereux. Tess finit la nuit avec Will, un commis-serveur, qui la courtise depuis son arrivée.

Simone (Caitlin Fitzgerald)

Pour son premier jour de congé, Tess décide de passer sans prévenir chez Simone afin qu'elle lui prête, comme promis, des livres d'oenologie. Surprise dans son intimité, moins sophistiquée qu'au restaurant, Simone accueille pourtant Tess sans manières et passe la journée avec elle, partageant le déjeuner avec elle. Un coursier livre un bouquet de fleurs à Simone qui le détruit avec Tess après lui avoir expliqué qu'il s'agit d'un cadeau d'un admirateur mais qu'elle refuse de se laisser acheter. Un malaise s'installe et Tess s'éclipse. Après un détour chez elle, elle va au restaurant pour accompagner ses collègues au "Home Bar".

Tess et Sasha (Ella Purnell et Daniyar)

La fête se prolonge toute cette nuit-là et, pour tromper son ennui, Tess abuse de l'alcool et se drogue. Sasha, qui travaille en cuisine, la prend sous son aile et l'entraîne dans sa débauche. Tess repousse Will après une ultime étreinte dans les toilettes. Sasha bascule d'un balcon et Tess appelle les Secours. A l'hôpital, il s'en sort avec quelques fractures bénignes mais refuse d'avouer si c'était un accident ou une tentative de suicide parce qu'il redoute de perdre sa place et donc son titre de séjour. Tess lui confesse sa déception d'avoir attendu toute la nuit Jake dont elle amoureuse tout en ayant la désagréable sensation que lui et Simone veulent la manipuler.

Simone et Howard (Caitlin Fitzgerald et Paul Sparks)

Après cette nuit agitée, Tess n'est pas dans les meilleurs conditions pour passer son test d'embauche. Elle révise rapidement chez elle et remplit un questionnaire, surveillée par Will et hantée par Jake et Simone. Puis elle entame son service. Stressée, elle chute dans un escalier après avoir débarrassé une table. Dans le bureau de Howard où se trouvent aussi Will et Simone, elle les rassure et retourne travailler. Will communique son évaluation à Howard, estimant que Tess n'a pas le niveau mais beaucoup de détermination et un bon contact avec les clients. Seule avec Howard, Simone considère que Tess ne peut pas rester mais défend Jake, qui a refusé de servir le mari de Serena. Tandis que Tess, aux vestiaires, est convaincue qu'elle va être renvoyée, contre toute attente, Simone lui annonce qu'elle est engagée.

La série, telle qu'elle est développée dans sa première saison, se démarque sensiblement du roman mais c'est naturel car Stephanie Danler, qui est la showrunner, n'a certainement pas voulu raconter exactement la même histoire. I fallait à la fois compresser l'intrigue en six épisodes de trente minutes et en garder sous le pied pour une possible suite (qui a été confirmée entre temps).

Le cadre est original et constitue la première attraction. Pourtant, un restaurant apparaît comme un décor parfait pour développer une série, c'est un microcosme fascinant à étudier avec ce qui se passe en cuisine et en salle, sa hiérarchie, la diversité de ses employés, la pression inhérente aux fonctions exercées. Et puis, de manière plus ironique, on observera que, dans bien des établissements semblables (ou moins prestigieux), beaucoup de serveurs rêvent à Los Angeles de faire carrière dans le cinéma alors que Sweetbitter met en scène des acteurs dans des rôles de serveurs.

Le scénario se déroule quasiment en temps réel, il arrive fréquemment qu'un épisode débute là où le précédent se terminait, donnant à l'ensemble une grande fluidité mais aussi une étonnante densité. Très vite, à travers les yeux de Tess, on assiste à son initiation mais aussi à la vie de cette communauté représentée par le personnel du restaurant. Chaque personnage est fouillé et révèle ses secrets progressivement, même si le récit se concentre sur Will, Sasha, Jake, Simone et Howard en dehors de Tess.

On ne donne pas cher de l'héroïne au début quand elle débarque à New York et court les établissements avec un mélange de candeur, d'émerveillement et de culot. Il lui en faudra pour convaincre Howard de la prendre à l'essai dans un restaurant au luxe évident mais sans ostentation. Le lieu est feutré mais abrite des tensions propres à ce genre d'endroit. Tess est littéralement happée par le bourdonnement de cette ruche où elle doit passer d'une commande à la plonge en passant par le service.

Tout est rapporté de manière simple et directe : comment porter trois assiettes chaudes sans les faire tomber ni se brûler ? Comment déguster un vin et le marier à un plat ? Comment ménager la concurrence sans perdre son intégrité ? La série ne perd pas de temps et épouse le rythme de la salle et l'arrière-salle pour nous présenter cette succession d'étapes à négocier. En leur centre se trouvent les deux personnages les plus charismatiques de la série : la vénéneuse Simone et son quasi-demi-frère, le barman Jake.

En apparence, Simone incarne pour Tess un modèle de perfection. Impeccable au service, dotée de connaissances oenologiques remarquables, d'une élégance sans failles, son self control n'est jamais pris en défaut. A l'opposé, Jake est un jeune homme ombrageux, peu aimable, mais charmeur. Tess tombe évidemment sous son charme, sans se l'avouer (c'est l'aspect le plus convenu, prévisible, de la série), sans que cette attirance dépasse un baiser fougueux un soir après le boulot. Simone devine rapidement ce qui se joue entre Tess et Jake et met en garde la première sur la dangerosité du second à l'occasion d'un échange troublant sur les apparences trompeuses (lorsque Serena, son ex-rivale et meilleure amie, désormais femme d'un riche client, qu'on soupçonne de courtiser aussi Simone, vient dîner au restaurant).

Sweetbitter se traduit par "doux-amer" et désigne deux des quatre goûts qu'un vin peut avoir sur la langue, mais aussi, par extension, le sentiment qui se dégage de cette intrigue. Tess, jeune fille seule dans la grande ville dont elle a rêvée et qui découvre qu'elle veut vraiment travailler dans le milieu de la restauration, malgré les sacrifices, les efforts que cela imposent, appréhende aussi, en formation accélérée, la sensibilité douce-amère de l'existence qu'elle mène. Le plus souvent, cela se traduit par des désillusions, la perte des repères, l'insatisfaction, la frustration, la peur, et elle subit davantage l'action qu'elle ne la maîtrise - comme lorsqu'elle secoure Sasha après sa chute (accidentelle ou volontaire ?).

Prise dans un triangle sentimental (car l'attitude de Simone est ambiguë au possible - à la fin, on découvre qu'elle souhaite visiblement le renvoi de Tess pour que Howard ne licencie pas Jake, responsable d'un écart de conduite avec le mari de Serena), devant assumer son comportement injuste avec Will (son éphémère amant, qui pourtant prendra son parti lors de son évaluation), et découvrant sa vocation dans la douleur et le doute, Tess a de la chance mais aussi de la détermination, à défaut de bonheur.

Pour l'interpréter, la production a été bien inspirée de distribuer le rôle à Ella Purnell, qu'on avait remarquée en 2016 chez Tim Burton (dans Mrs Peregrine et les enfants particuliers - bien qu'il arborait une perruque blonde... Référence à Winona Ryder dans Edward aux mains d'argent du même cinéaste ?). Depuis, la comédienne s'était faite discrète mais la télé lui offre une belle partition où son jeu sensible, nuancé, et son charme sensuel, porté par ce regard marron incroyable, font merveille.

Face à l'élégance royale et ensorcelante de Caitlin Fitzgerald (de retour dans une show après sa prestation dans Masters of sex), elle brille par sa complémentarité avec sa partenaire. Tom Sturridge n'a pas à forcer le trait pour camper le séduisant barman ténébreux qui la fait chavirer. Et Paul Sparks (vu dans la première saison de The Girlfriend Experience) est excellent en patron distingué, à la fois bienveillant et pointilleux. Enfin, Daniyar est parfait en âme damnée qui prend l'héroïne sous son aile.

A première vue, Sweetbitter ne paie pas de mine (même si, comme d'autres séries sur Starz - cf. Magic City - , elle a un côté classieux indéniable), mais s'avère accrocheur et bien sentie. Espérons que la suite ne se fasse pas attendre et propose un peu plus d'épisodes pour que l'histoire ait davantage d'espace.   

lundi 6 août 2018

THE SEEDS #1, d'Ann Nocenti et David Aja


Trois noms attirent l'attention sur cette couverture énigmatique : Ann Nocenti, David Aja et Berger Books (pour Karen Berger). Une telle équipe créative ne peut que donner envie au fan de comics qui sortent de l'ordinaire, car il ne peut s'agir que de cela venant de l'une des scénaristes les plus inventives qu'a eu Daredevil, de l'artiste virtuose de Hawkeye (époque Matt Fraction) et de l'ex-patronne du label Vertigo de DC Comics (à qui Dark Horse Comics a confié sa propre collection). The Seeds, mini-série en quatre épisodes, est-il l'événement attendu ?


Astra est une journaliste qui souhaite réaliser un reportage sur le Mur érigé par les autorités pour séparer deux zones. L'une, celle où elle vit, bénéficie encore de la technologie moderne. L'autre non - mais en vérité nul ne sait à quoi ressemble la Zone B. Il n'y a plus que des familles séparées par cette étrange frontière, un monde coupé en deux, dans ce futur proche.


Lola est une prostituée handicapée (elle se déplace en s'appuyant sur des béquilles ou dans un fauteuil roulant) qui a pour client régulier un nommé Race. Il porte constamment un masque à gaz et il est amoureux d'elle. Mais il ne peut prendre son numéro de téléphone quand elle le lui propose car il travaille dans la Zone B. Lola feint l'indifférence à ce sujet au prétexte qu'elle ne souhaite de toute façon pas s'engager dans une relation trop sérieuse.


Astra rentre au siège de la rédaction du journal qui l'emploie et où on la prévient que la chef, Gabrielle, l'attend. Ayant appris que sa reporter traînait vers le Mur, elle lui accorde le droit de rédiger un article à condition qu'elle s'acquitte auparavant d'un papier à propos du "Death Club", appelé ainsi parce qu'une drogue simulant l'effet de la mort y circulerait. Et qu'importe si ce n'est qu'une légende urbaine...


Race passe dans la Zone B où l'attendent, dans un repaire souterrain, des acolytes. Ils recueillent des échantillons divers, comme de la gelée royale, en rendant des comptes à leur mystérieux chef qui a décrété que la Terre était condamnée. Lola dîne avec deux amies qui la convainquent de les accompagner au fameux "Death Club" après avoir plaisanté sur sa relation avec Race, dont elle est visiblement éprise, malgré ses secrets.


Astra se rend au "Death Club" ce soir-là et tend l'oreille pour tenter d'en apprendre davantage sur la drogue qui s'y vend. Excédée par les bêtises qui s'échangent, elle préfère repartir mais est bousculée par un couple qui sort lui aussi de l'établissement. La fille est dans un fauteuil roulant et son compagnon lui tient la main. Astra les regarde s'éloigner lorsque l'homme se tourne vers elle et dévoile son visage : c'est un extra-terrestre.

Comme je le disais en ouverture, c'est un projet de trois revenants : Ann Nocenti avait bien refait surface dans le milieu des comics chez DC durant les "New 52", mais pour y produire une indigne série Catwoman. David Aja, après avoir été multi-récompensé pour le succès de Hawkeye (écrit par Matt Fraction), se contentait de signer des couvertures (certes magnifiques) chez Marvel depuis. Et enfin Karen Berger, depuis son fracassant départ en 2012 de DC Comics où elle avait créé le label Vertigo en 1993, préparait très discrètement son retour au sein de Dark Horse Comics.

C'est cette dernière qui a réuni Nocenti et Aja pour ce projet de mini-série : la scénariste et le dessinateur avaient précédemment collaboré pour une courte histoire à l'occasion du six-centième numéro de Daredevil. Lorsque l'auteur a commencé à communiquer sur le pitch de The Seeds, impossible de ne pas avoir l'eau à la bouche tant c'était singulier, accrocheur.

Nocenti n'a pas toujours été scénariste : elle était auparavant editor chez Marvel dans les années 80 et ses débuts comme auteur furent d'autant plus remarqués (et remarquables par leur qualité) qu'elle reprit Daredevil après l'arc mythique Born Again de Frank Miller et David Mazzucchelli. Dans les années 90, elle quitte le milieu de la BD pour se reconvertir dans le journalisme puis l'humanitaire. Ces expériences ont à l'évidence beaucoup nourri The Seeds dont l'héroïne, Astra, est résolue à rédiger un article sur un mur séparant son pays alors que sa rédactrice-en-chef préférerait qu'elle écrive un papier sur un club en ville où une nouvelle drogue est très prisée. Et tant pis si ce n'est qu'une histoire...

Car Gabrielle a besoin de vendre des exemplaires de son quotidien et ne s'embarrasse guère de déontologie si cela peut augmenter son tirage. En d'autres termes, elle n'a rien contre les "fake news"... L'allusion est sybilline : Nocenti dresse un portrait au vitriol de la presse qui soutient Donald Trump, le grand contempteur des "fausses infos" propagées contre lui par des médias qui refusent d'être les outiles de sa propagande comme Fox News. La colère bouillonnante qui anime Astra est celle de la scénariste et le Mur auquel elle s'intéresse est une référence marquée au projet délirant de séparation entre le Mexique et les Etats-Unis voulu par l'actuel POTUS.

Mais ce n'est pas tout car ce premier épisode (dont la pagination a la spécificité de compter la couverture comme la première page et aboutit donc à un fascicule approchant la trentaine de feuillets) est très dense. Mais pas bourratif. Grâce à une narration quasiment chorale : l'autre héroïne est Lola, une jeune femme qui semble faire commerce de son corps, mais un corps handicapé puisqu'elle ne se déplace qu'en s'appuyant sur des béquilles ou en fauteuil roulant (alors même qu'aucune plaie ou cicatrice n'est visible et qu'elle se meut sans gêne nue). Elle a pour client un individu étrange, Race, qui ne quitte jamais son masque à gaz.

Ce détail a été inspiré à Nocenti par ses séjours au Japon et en Chine où les habitants des métropoles portent également des protections contre la pollution de l'air mais aussi comme un signe distinctif, à la mode. David Aja s'empare de cet accessoire pour souligner une esthétique inquiétante et absurde : ses images sont épurées, et la seule couleur qu'il s'autorise est un vert clair traduisant bien l'ambiance toxique, malade, de ce futur proche.

L'artiste espagnol n'a pas attendu le retour en grâce du "gaufrier" de neuf cases dans Mister Miracle (de King & Gerads) pour l'utiliser, sans toutefois être systématique - il avait découpé tout un épisode de Hawkeye ainsi. Grand formaliste, qui avoue s'ennuyer en dessinant s'il ne tente pas des choses inédites, Aja est sans doute actuellement le plus grand imagier de la BD américaine (en l'absence de Mazzucchelli), cherchant toujours à servir le script dont il dispose tout en offrant au lecteur une sorte de seconde lecture par l'image, une seconde couche narrative picturale.

The Seeds se lit aussi donc sur un niveau esthétique, au point que Nocenti a avoué avoir recomposé des passages de son scénario en fonction des retours d'Aja, des propositions visuelles de son partenaire - c'est dire si le storytelling ici est une affaire symbiotique. On retrouve d'autres marottes chères au dessinateur comme la présence de motifs alvéolés (déjà sur des couvertures d'Hawkeye) à l'occasion de scènes parallèles (dont le lien avec l'intrigue reste à déterminer) avec un tandem d'apiculteurs devisant sur la vie sur Terre menacée par le disparition des abeilles - avec, à la clé, une anecdote stupéfiante, mais vraie, sur un véritable massacre écologique commis par Mao !

Quelles sont ces "graines" qui donnent leur titre à la série ? Il semble que ce soit en rapport avec des prélèvements effectués par un groupe mystérieux depuis la Zone B, portant eux aussi des masques à gaz pour certains, et dont fait partie Race, le client de Lola. Ils appartiennent à une communauté chargée de collecter des échantillons divers car la Terre serait condamnée selon leur hiérarchie. Et on découvre à la dernière page qu'il s'agit en vérité d'extra-terrestres.

Aja leur donne l'aspect de la créature de Roswell (à qui fait allusion Gabrielle lors de son entretien avec Astra) mais l'effet reste étonnant car justement il déjoue toutes les attentes quant à la représentation d'un alien aujourd'hui où la BD, le cinéma, la télé, le jeu vidéo ont imposé des variétés d'êtres issus d'autres planètes. En revenant à ce design, la série surprend avec du vieux, quelque chose qu'on pensait ne plus pouvoir être exploité. Et qui redirige toute l'intrigue d'un coup. Jusqu'où Astra ira-t-elle pour en savoir plus ? Son enquête sur le Mur en pâtira-t-elle ? On voit déjà qu'elle choisit de garder ce scoop pour elle au lieu de transmettre la photo volée qu'elle a prise à Gabrielle.

The Seeds démarre donc en force et en même temps avec une telle abondance, une telle audace, une telle singularité, qu'on ne peut que confirmer son caractère exceptionnel. La brièveté annoncée de la série renforce son attrait et promet à son équipe créative de futures récompenses, à commencer, espérons-le, par un bon accueil public.       

COSMIC GHOST RIDER #2, de Donny Cates et Dylan Burnett


Le mois dernier, je découvrais le premier épisode délirant de Cosmic Ghost Rider en me demandant si Donny Cates et Dylan Burnett pourraient poursuivre sur cette voie, tant le résultat sortait des clous de ce que propose Marvel. Bonne nouvelle, ce numéro deux est aussi ahurissant en se fichant aussi effrontément de tout ce qui peut figer les séries mainstream.


Après avoir échoué à tuer un Thanos âgé de trois ans dans son berceau, Frank Castle, le Cosmic Ghost Rider, l'a enlevé avec un plan tordu en tête. Pour l'accomplir, il se rend sur la planète Markus-Centauri et descend dans un bar où il tente d'inculquer quelques valeurs de base au gamin déjà bien enragé.


Mais évidemment le barman fait vite savoir qu'il ne veut pas d'enfant dans son établissement et l'ambiance se tend rapidement. Frank raisonne tous ceux prêts à engager la bagarre en expliquant qu'il attend un ami. D'ailleurs, le voilà qui arrive : c'est Galactus, venu dévorer ce monde.


Prétendant aller négocier avec le géant, Frank lui rappelle en fait qui il est et ce qu'ils ont déjà partagé. Galactus sonde l'esprit du Rider et se rappelle alors qu'il fut son héraut avant que, une fois défait par Thanos, il ne l'abandonne.


Galactus pense alors que Frank veut qu'il exécute lui-même Baby Thanos mais il se trompe car le Rider souhaite élever l'enfant de telle manière qu'il ne devienne pas un criminel. Visiblement, ce plan ne convient pas Uatu le Gardien qui apparaît alors et décrète que c'est une idée vouée à l'échec.


Pour le prouver, il place Frank dans une situation délicate : Nathan Summers et ses Gardiens de la galaxie l'arrêtent pour lui retirer Thanos enfant sous peine de mort !

Si je peux comprendre que certains fans de comics soient attachés à certains codes comme l'immuabilité du caractère d'un personnage et le respect de la continuité, ça ne m'empêche pas de penser que tout ça bride considérablement les auteurs et découragent des lecteurs novices de se familiariser avec des BD qui comptent plusieurs décennies d'aventures.

En ce sens, même si ce n'est pas toujours parfait, les reboots fréquents que tentent DC Comics (comme récemment avec "Rebirth" qui a succédé aux "New 52") me semblent une alternative rafraîchissante en même temps qu'un rafraîchissement opportun de certains concepts. Les personnages y sont remis à jour grâce à des auteurs qui souhaitent les moderniser sans déformer leur ADN.

Ce qui est appréciable aussi, c'est lorsqu'un grand éditeur ose carrément sortir des clous et construire des univers parallèles où les auteurs ont toute liberté pour s'amuser avec des motifs, des figures, des thèmes sans se soucier de l'impact sur les séries qui sortent régulièrement en appartenant au même univers partagé. De ce point de vue, les "Elseworlds" de jadis ou le futur "Black Label" chez DC ou des expériences comme Nextwave chez Marvel sont de vrais oasis.

Donny Cates paraît avoir bien révisé la mini-série de Warren Ellis et Stuart Immonen au moment de démarrer la carrière du Cosmic Ghost Rider car on retrouve la même irrévérence potache et en même temps solidement construite que dans Nextwave. Que Marvel autorise une série régulière aussi atypique est louable même si l'effort devrait être plus large pour offrir aux fans plus de fantaisie que des mensuels fréquemment ponctués par des events (et leurs inévitables tie-in - la plaie de l'industrie).

Contrairement à Deadpool, dont je parlais hier, il n'y a pas de commentaire caché dans ce titre, conçu comme un divertissement délirant, mené sur un rythme infernal. Bien entendu, on peut lire dans l'attitude de Frank Castle une mission en soi comparable à celle de Fantomex avec le jeune Apocalypse dans le run d'Uncanny X-Force de Remender : peut-on, par la simple éducation, changer le destin d'un futur monstre ? Est-ce même encore possible quand le tuteur qui ambitionne ce projet est lui-même un justicier n'hésitant pas à tuer ses adversaires ? Et que ses décisions altéreront considérablement le cours des choses ?

Mais il ne faut pas non plus sur-interpréter les intentions de Cates qui, à l'évidence, cherche (et réussit) à produire une comédie d'action totalement azimutée en osant tout, y compris le plus grandiloquent et le plus absurde. De ce côté-là, tout va bien avec Galactus et Uatu invités de l'épisode jusqu'au dénouement qui voit intervenir Nathan Summers et une version dégénérée des Gardiens de la galaxie (mention spéciale au mix entre Howard le canard et le Juggernaut !).

Dylan Burnett n'est pas un artiste qui pourrait illustrer une série classique sans que le fan intégriste se demande ce qu'il fait là. Son style semi-réaliste et hyper-dynamique frôle le cartoon par l'exubérance qu'il dégage. Il transforme en un éclair une leçon d'éthique dans un tripot en une embrouille où tous les clients sont prêts à faire le coup de poing parce que Thanos, même à seulement trois ans, est déjà enragé !

Ce Baby Thanos est irrésistible et résume toute la folie du projet de Frank Castle : Burnett lui donne des expressions sommaires pour mieux créer un contraste fort entre sa candeur et les énormités qui s'enchaînent, de l'irruption de Galactus à celle de requins volants en passant par l'intervention sarcastique de Uatu. C'est n'importe quoi, je vous l'accorde, mais très bien fait. Et la colorisation flashy d'Antonio Fabela (dans une registre plus rock'n'roll que Skyward) est parfaite.

Cosmic Ghost Rider, ce n'est donc pas seulement un énorme WTF réjouissant, mais une vraie alternative, très drôle, au sérieux parfois grotesque de tous les comics traditionnels d'un gros éditeur qui réapprend à s'amuser - et à nous amuser.   

dimanche 5 août 2018

DEADPOOL #3, de Skottie Young et Nic Klein


Comme je l'avais prédit, le premier arc narratif du Deadpool écrit par Skottie Young et dessiné par Nic Klein se conclut rapidement, après trois épisodes. Cette concision, on le verra, est un pied-de-nez aux longues sagas événementielles que publie régulièrement Marvel tout en célébrant l'humour régressif du héros. 


Alors qu'il est face à Groffon pour le tuer avec son arme cosmique secrète, Deadpool constate que son pistolet ne fonctionne pas. Dans les rues alentours où les autres héros affrontent les sbires du géant venu d'ailleurs, les cris de rage du mercenaire confirment que la situation est plus compromise que jamais.
  

Groffon vomit sur Deadpool qui est alors propulsé à plusieurs blocs de là et atterrit avec fracas dans un terrain vague. Les soldats de son ennemi l'encerclent, prêts à l'achever, mais Negasonic Teenage Warhead, sa partenaire, intervient alors pour les faire exploser.


Revanchard mais attentif bien qu'il soit recouvert de glaire, de sang et de chair extraterrestre, Deadpool remarque que les sbires de Groffon utilisent la même arme que la sienne. Il demande à Colossus qui se bat à proximité de réaliser un "fastball special" comme ceux qu'il pratiquait avec Wolverine pour retourner défier Groffon.


Cette fois, pas de mauvaise surprise, Deadpool appuie sur la détente et pulvérise son ennemi. Ce qui entraîne l'auto-destruction de ses soldats. La foule acclame les Avengers et leurs renforts mais, beau joueur, Captain America invite les civils à saluer le vrai héros du jour, Deadpool.


Sa popularité après cet exploit attire de nombreux nouveaux clients à Deadpool mais il s'est mystérieusement absenté. Reçu par un Céleste, il s'avère que toute l'affaire était arrangé entre lui et le mercenaire pour que ce dernier jouisse à nouveau de statut de vrai héros. Renvoyé sur Terre, il est disposé à accepter de nouveaux contrats.

Résumer cet épisode est en soi une expérience car il est peu courant de devoir raconter qu'un héros est submergé par le vomi d'un extraterrestre géant désirant bouffer la Terre. Skottie Young offre un défi à celui qui s'emploie à transmettre son récit et à communiquer ce qu'il en pense.

Si on s'en tenait à cela, Deadpool serait au mieux un plaisir coupable, au pire un navet accablant. Je ne peux m'empêcher d'estimer que la série et son héros ne sont en vérité pas pour moi. Je comprends qu'on puisse se divertir avec ce genre de comics, d'humour, mais honnêtement, je mentirai en prétendant que j'apprécie vraiment cela. Difficile de ne pas passer pour un snob en ajoutant que favorise des comédies un brin plus subtiles que des mésaventures de mercenaire survivant au vomissement d'un géant, sauvant la Terre d'un coup de pistolet et se retrouvant nu devant tout le monde sans cesser de fanfaronner. C'est rigolo mais bon... C'est tout de même aussi très con.

Young est malin : à la fin de l'épisode, il offre un retournement de situation en révélant que Deadpool a orchestré ce combat pour regagner l'estime de la communauté super-héroïque et du public. Ce twist permet à l'histoire d'avoir un peu plus d'épaisseur. Mais c'est aussi, surtout, une astuce roublarde et in extremis qui ne saurait transformer une blague de potache en saillie spirituelle.

Le scénariste applique les mêmes recettes à Deadpool qu'à son run sur Rocket Raccoon où ça pétaradait de partout avant de conclure sur une morale malicieuse, pointant volontiers l'éditeur qui publiait la série et les clichés de ses productions (ici, Deadpool le dit clairement : il avait besoin d'un "big event"). Mais, curieusement, le raton laveur atrabilaire était un personnage plus intéressant que le mercenaire grande gueule car la colère inépuisable de Rocket cachait sa frustration par rapport à sa condition de monstre de foire et aux moqueries dont il faisait l'objet. Par ailleurs, il disposait avec Groot d'un partenaire plus original et complémentaire que Negasonic Teenage Warhead pour Deadpool, qui n'est au fond qu'un crétin absolu et vulgaire.

Dans ces conditions, on est à la fois ravi qu'un dessinateur d'un niveau aussi bon que Nic Klein illustre la série. La couverture confirme l'influence "Moebiusienne" de l'artiste, qui rend un hommage au récit complet Silver Surfer : Parabole écrit par Stan Lee et mis en image par le génie français. 

Mais tout le brio de Klein inspire au lecteur beaucoup de dépit car un talent pareil mérite mieux qu'une série comme Deadpool, même s'il paraît sincèrement s'amuser dans cet exercice.

Je doutais d'aller plus loin que le premier arc, m'étant embarqué dans la série juste pour un tour d'essai et pour  l'association Young-Klein. Ceci étant fait, je vais donc en rester là.