samedi 11 octobre 2014

STAY TUNED !

Tous ceux qui continuent de me faire le plaisir et l'honneur de suivre mon blog et de lire mes critiques ont pu remarquer que ces temps-ci, mes publications se raréfiaient et je veux vous expliquer pourquoi.

La raison est simple : je déménage actuellement et le temps me manque donc pour alimenter davantage le blog. Après une journée à transporter meubles et cartons, j'avoue être un peu (beaucoup) rincé, et donc manquer de motivation et d'énergie pour rédiger un article. Je continue à lire mais, ce faisant, j'accumule les critiques en retard.

Par dessus le marché, je traîne depuis le début de la semaine un rhume tenace qui a achevé de me ramollir.

Mais bon, tout ça devrait bientôt rentrer dans l'ordre. D'ici à la fin de ce mois d'Octobre et début Novembre, une fois réinstallé, je serai, je l'espère, en mesure de reprendre une activité sur ce blog plus régulière. En attendant, je vais devoir m'en tenir au minimum syndical, en essayant de rester à jour dans les critiques de la revue Spirou.

Merci à tous ceux qui restent fidèles au MYSTERY COMICS en lisant ce que j'ai posté et en laissant quelques commentaires : c'est très agréable de voir que, malgré cette période un peu agitée pour moi, on vient encore fréquenter mon blog.

Stay tuned ! 

Critique 516 : SPIROU N° 3991 (8 Octobre 2014)


La couverture est pour (l"insupportable) Tamara, qui a donc droit à 3 pages de gags pas drôles (et pas bien dessinés). Mais heureusement, il reste de bonnes choses, comme Rob, qui figure sur le bandeau du titre de la revue.




Passons ça au crible.
J'ai aimé :

- Soda : Résurrection 3. L'enquête autour de l'homme croisé par la mère de Soda dans le métro avance et le flic, avec l'aide de son collègue Bab's, pense qu'un attentat se prépare.
Dans l'interview précédant l'épisode, le dessinateur Dan explique comment il a su s'approprier la partie graphique (ce n'est certes pas un débutant, puisqu'il a été assistant de Janry) et on appréciera la nervosité de ses pages et le soin avec lequel il soigne ses ambiances.
Le scénario de Tome connaît une accélération conséquente et bienvenue : le contraste entre la situation de son héros, obligé de cacher son job à sa mère, et la gravité de son enquête offre un cocktail détonant.

- Spirou et Fantasio : Le Groom de Sniper Alley 6. Après avoir franchi avec succès la première porte du labyrinthe d'Ibn Sina, Spirou, Fantasio et Poppy Bronco doivent affronter un nouvel obstacle.
Que dire ? De semaine en semaine, cette nouvelle aventure est réjouissante : Vehlmann s'amuse et nous avec lui, on est dans un très bon divertissement, plein d'humour et d'action.
Yoann est très bon aussi, l'intérieur du labyrinthe est superbement ouvragé et le découpage très dynamique.

- Mélusine. Clarke confirme son regain de forme avec ce gag bien mené et malicieux.

- Givrés ! Amalric et Madaule sont eux aussi dans une bonne passe : leur gag, cynique à souhait, est bien foutu.

- Rob. Le robot de James et Boris Mirroir semblent avoir grillé un fusible depuis sa récente panne, mais la série n'en est que plus savoureuse.

- Buck Danny : Duel sur Mig Alley 2/10. Buck Danny et l'armée US entrent en possession d'un Mig, ce qui va leur permettre de défier, comme il le souhaite, le redoutable Korsakov.
La parution de ce récit va donc être longue (encore 8 épisodes mais étalés sur certainement plus de semaines) : Zumbiehl est un scénariste bavard et cela nuit parfois au rythme de son histoire, mais l'intrigue promet quelques rebondissements car la situation évolue trop favorablement et trop vite pour filer droit.
Arroyo affiche quelques maladresses dans son dessin (découpage très simple, composition timide, expressivité limitée) mais en revanche, le garçon connaît son affaire quand il représente les avions.

- Pinpin Reporter. Mathieu Sapin arrive aux essais costumes de son court métrage, une bonne occasion de mater Charlotte Le Bon (heureux homme), et d'en faire profiter Frédéric Niffle. Marrant.

- L'Atelier Mastodonte. Bianco va-t-il couper les ponts avec l'atelier et la civilisation ? Pas sûr, mais rigolo. Obion, lui, se détend en jouant au poker sur le net : presque gagné, mais très drôle. 

- Tash et Trash. Un strip encore une fois épatant de concision. / Capitaine Anchois. Idem : c'est très court mais très drôle.

- Dad. On va croire que je suis soudoyé par Nob, mais, honnêtement, je ne suis jamais déçu par sa page, c'est même ce que je lis en premier quand je reçois la revue. Narrativement, visuellement, c'est toujours imparable. (Voir ci-dessous :)

En Direct de la Rédak propose une interview de Darasse, un des dessinateurs de Tamara - très dispensable donc. Mais pas contre, la réponse aux lecteurs de Mix et Remix (plus leur strip habituel) est très drôle.
Les Aventures d'un Journal revient sur une expérience menée par les mythiques Raymond Macherot et Yvan Delporte, qui ramena le dessinateur dans un registre sarcastique pour la rubrique "Carte blanche" (cette semaine, Trondheim, Lucie Maillot et Klub s'y exercent aussi).

Bonne nouvelle : la prépublication du sinistre Lucky Luke de Gerra, Pessis et Achdé est enfin terminée. Mais la semaine prochaine, c'est le retour du Marsupilami par Colman et Batem : pas sûr qu'on gagne au change.

vendredi 3 octobre 2014

Critique 515 : SPIROU N° 3990 (1er Octobre 2014)


La couverture prend de l'altitude : normal, c'est le retour de Buck Danny !


Pour les abonnés, le bonus de la semaine, c'est un stripbook de Simon Léturgie : Bro. Une petite pépite sur deux jeunes frangins qui se font tourner en bourrique, merveilleusement dessinée.
Pour le reste, j'ai aimé :

- Soda : Résurrection 2. Soda a oublié l'anniversaire de sa mère mais il lui offre des fleurs achetées à un ami vendeur dans la métro. C'est là que la maman rend à un passager un pochette qu'il a failli perdre, mais cet homme est recherché par la police...
Tome prend son temps pour installer son intrigue (qui, en fait, devrait courir sur deux tomes) et décrit New York envahi par les caméras de surveillance (et les drones), menacé par des cinglés préparant des attentats comme des spectacles. L'ambiance est décidément très noir, un peu lente mais prenante (une scène d'action mémorable à la clé).
Les dessins de Dan sont efficaces, avec un découpage très dynamique, qui exploite bien l'obsession des écrans multiples.

- Spirou et Fantasio  : Le Groom de Sniper Alley 5. Les deux héros accompagnés de Poppy Bronco découvrent l'entrée du labyrinthe d'Ibn Sina et s'y introduisent. Ils doivent à présent trouver comment franchir le premier passage secret.
Ce nouvel épisode est bref (4 planches) mais toujours aussi tonique : Vehlmann a inventé avec Bronco un second rôle en or et entraîne les personnages dans la partie purement "aventure" du récit. Pas de doute, c'est le meilleur tome de Spirou et Fantasio du scénariste.
Yoann est aussi en grande forme. J'ignore s'il est encore assisté par Fred Blanchard pour le design des décors, mais l'intérieur du labyrinthe est magnifique.

- Mélusine. Clarke reprend des couleurs et ses héroïnes avec ce gag en une page à la chute dont la logique imparable est très drôle.

- Katz. Del et Ian Dairin restent égaux à eux-mêmes avec un strip moyen et un autre très drôle (le pauvre minou et les conséquences de la consommation de popcorn).

- Captaine Anchois. Floris ne manque pas d'idées loufoques pour mettre en scène ses pirates idiots dans des situations surréalistes. Peut-être pas son meilleur gag, mais amusant quand même.

- Rob. On avait quitté les héros de James et Boris Mirroir sur un vrai cliffhanger, mais les deux auteurs rebondissent avec une ironie intacte. J'aime décidément beaucoup ce titre qui manie un humour absurde et minimaliste.

- Givrés. Amalric et Nadaule ne sont pas toujours inspirés avec leurs gags polaires, mais celui de cette semaine est bien mené, avec une chute amusante.

- Minions. Didier Ah-Koon et Renaud Collin sont, eux, toujours inventifs avec leurs improbables créatures, auxquelles leur imagination joue des tours cruels mais drôles.

- Buck Danny : Duel sur Mig Alley 1. Buck Danny et ses amis, Sonny et Yumb, survolent la Corée pour tester un nouvel avion. Sur place attend Korsakov, un aviateur russe, qui a juré la perte de Buck, en disposant d'un engin bien plus performant : le Mig.
Frédéric Zumbiehl (scénario) et Jean-Michel Arroyo ont repris le classique de Charlier et Hubinon que, je dois l'avouer, je n'ai jamais vraiment lu et suivi, n'ayant jamais été passionné par ces histoires d'avions et de guerre. Narrativement comme graphiquement, ce Buck Danny "Classic" est au plus près de sa version antérieure, même si les auteurs n'ont pas le talent de leurs prédécesseurs (de sacrées pointures, faut-il le rappeler).
Cependant, c'est plaisant à lire, rythmé, et les séquences aériennes sont spectaculaires. On va voir ce que ça donne sur la durée.

- Pinpin Reporter. Matthieu Sapin, tout à la préparation de son court métrage, a négligé ses devoirs de BD comme le lui rappelle Frédéric Niffle. Mais Charlotte Le Bon et une vieille bagnole auront raison du rédac' chef de Spirou. Comme d'hab', c'est très drôle, moins bien dessiné, et, effectivement, inspiré de faits réels.

- L'Atelier Mastodonte. Mathilde Domecq continue de provoquer, innocemment, une belle pagaille dans l'atelier. Mais Obion révèle que les artistes ne sont pas insensibles non plus au charme de leur collègue. C'est toujours, sans faute, un pur régal.

- Tash et Trash. Un strip très marrant. / Cramés. Amalric et Eluadam (alias Madaule donc) s'amusent, et nous avec.

- Dad. Nob est un magicien ! Et c'est encore meilleur de les retrouver, lui et son héros, après une semaine d'absence : ce gag est une nouvelle merveille. (Voir ci-dessous :)     

En Direct de la Rédak propose une interview d'Arroyo, le dessinateur de Buck Danny, qui a de belles références, et Sergio Salma répond joliment à un lecteur sur son passé et ses inspirations.
Les Aventures d'un Journal revient sur Jeannette Pointu, l'héroïne de Wasterlain, inspirée directement par Tintin.

Critique 514 : JOHAN ET PIRLOUIT, TOME 4 - LA PIERRE DE LUNE, de Peyo


JOHAN ET PIRLOUIT : LA PIERRE DE LUNE est le 4ème tome de la série, écrit et dessiné par Peyo, publié en 1956 par Dupuis.
*

Au château du bon Roi, on attend la visite du Comte de Tréville lorsqu'un cavalier approche et chute de son cheval avant d'atteindre les portes. Celui-ci, blessé et inconscient, est transporté à l'intérieur où Johan lui prodigue les premiers soins.
Dans la soirée, un nouvel invité imprévu fait son apparition, le Sire de Boustroux, à qui le Roi offre le gîte et le couvert, et qui offre d'examiner le cavalier blessé quand il apprend qu'il est dans les murs. Mais Johan et Pirlouit assiste au réveil de ce dernier qui se prénomme Olivier et leur raconte être l'assistant de l'enchanteur Homnibus pour lequel il a cherché et trouvé une pierre rare, convoitée par Boustroux. L'homme confie la pierre à Johan et Pirlouit.
Dans la nuit, Boustroux, qui a entendu le récit d'Olivier, tente de dérober la pierre à Johan et Pirlouit mais il échoue et disparaît au petit matin. Les deux amis gagnent alors le lieudit du "Blanc-Caillou" près du bourg d'Abégalot où vit l'enchanteur, mais en atteignant la chaumière d'Homnibus, ils voient Boustroux fuir après y avoir volé un grimoire.
Johan et Pirlouit vont alors s'employer à récupérer le livre tandis que Boustroux et ses hommes essaient de reprendre la pierre qui, associée à un sortilège, confère force et invulnérabilité à son détenteur...

Pour la deuxième aventure de Johan et Pirlouit, Peyo a dû s'adapter sur plusieurs points : d'abord, la revue Spirou voit sa pagination augmenter, ce qui impacte le rythme de parution des séries à partir de 1954. Entre la fin du feuilleton du Lutin du Bois aux Roches et le début de celui de La Pierre de Lune va donc s'écouler six mois.

Ensuite, Peyo compose son histoire autour du duo formé par Johan et Pirlouit, ce denier ayant été tout de suite adopté par les lecteurs alors que l'auteur n'avait pas prévu de le réutiliser. Pourtant, en intégrant ce personnage, sa série va prendre une nouvelle ampleur, trouver sa véritable identité et devenir le classique que l'on sait.

Enfin, pour la première fois, Peyo réussit à créer un véritable méchant charismatique autour duquel s'articule toute l'intrigue. Toutefois, le Sire de Boustroux va compliquer la vie de l'auteur car la censure n'approuve pas ce personnage et Charles Dupuis, prudent, exige que son look soit repensé pour ne pas trop impressionner les jeunes lecteurse. Malgré ces contraintes, Peyo fait preuve d'une réelle audace en donnant de la place à cet adversaire coriace, en suggérant qu'il a pactisé avec le diable, et surtout en n'hésitant pas (pour la première et dernière fois) à le tuer à la fin de l'histoire. Un châtiment radical, même si on ne voit pas Boustroux mourir à l'image (il se noie hors champ).
 
On peut ajouter que c'est dans ce 4ème tome qu'apparaît aussi pour a première fois le personnage de l'enchanteur Homnibus, qui ajoute une note de fantastique à la série (même si la sorcière Rachel est apparue auparavant). Il est alors décrit comme un vieillard lunatique (à cause de nombreux coups reçus à la tête durant l'aventure) mais deviendra un allié récurrent de Johan et Pirlouit et permettra l'introduction plus tard des Schtroumpfs.

Le résultat de tout cela, c'est un récit plaisant, mené sur un bon rythme, même si on sent que Peyo cherche encore le bon tempo, le dosage juste avec ces personnages. Néanmoins, il utilise son casting avec habileté et les péripéties s'enchaînent. On notera juste que l'auteur a recours à des bulles importantes pour expliquer des évènements antérieurs afin que Johan et Pirlouit et le lecteur comprennent bien les tenants et aboutissants de l'histoire : ce procédé, Peyo saura très vite s'en passer pour parvenir à construire des intrigues fluides et immédiatement accessibles.

Visuellement aussi, l'oeuvre est en devenir : Peyo recourt régulièrement à des pages découpées comme des "gaufriers", toujours très denses (une de ses marques de fabrique : une douzaine de plans par planches en moyenne, de très rares vignettes dépassant les dimensions traditionnelles comme les dernières des pages 15, 18, 37).
Cependant, comme le disait Franquin à propos de son collègue et ami, la lisibilité des planches de Peyo, son sens du mouvement sont exemplaires : l'image n'est jamais saturée d'informations mais la page en elle-même produit un effet de plénitude, avec des compositions toujours intelligentes.
Le trait est encore un peu gras à l'encrage, Peyo se cherche mais il "tient" déjà bien ses deux héros, qu'il fait évoluer dans des décors magnifiquement traités (qu'il s'agisse des édifices, maisons ou de la nature).

Une aventure très divertissante qui annonce la maturité imminente de la série.

dimanche 28 septembre 2014

Critique 513 : JOHAN ET PIRLOUIT, TOME 3 - LE LUTIN DU BOIS AUX ROCHES, de Peyo


JOHAN ET PIRLOUIT : LE LUTIN DU BOIS AUX ROCHES est le 3ème tome de la série, écrit et dessiné par Peyo, publié en 1955 par Dupuis.
L'album comporte cinqs histoires : LE LUTIN DU BOIS AUX ROCHES (44 pages, 1955) ; ENGUERRAN LE PREUX (4 pages, 1956, parue à l'origine dans Risque-Tout n° 9) ; SORTILEGES AU CHÂTEAU (4 pages, 1956, parue à l'origine dans Risque-Tout n° 22) ;  A L'AUBERGE DU PENDU (4 pages, 1956, parue à l'origine dans Risque-Tout n° 25) et LES MILLES ECUS (3 pages, 1957, parue à l'origine dans Spirou n° 1000). 
*

- Le Lutin du Bois aux Roches (44 pages, 1955). De retour au château du Roi, Johan trouve François le bûcheron bien déprimé à cause d'un certain Pirlouit, qu'il décrit comme un lutin démoniaque, vivant dans le Bois aux Roches voisin et qui vole des provisions aux gens de la région. Personne n'a pu jusqu'ici le capturer.
Peu après, Johan reçoit du Roi une importante mission : il doit préparer l'arrivée de sa nièce, la princesse Anne, et aussi neutraliser Pirlouit. Dès le lendemain l'écuyer se met a la recherche de ce dernier dans le Bois aux Roches et lui tend un piège avec de la nourriture. La ruse fonctionne et le lutin est attrapé. Mais Johan se rend compte que Pirlouit n'est pas un mauvais bougre et devient son ami en lui promettant de le recommander au Roi pour qu'il devienne son bouffon.
Mais quand il revient au château, Johan apprend par le Roi que la princesse Anne a été kidnappée et que deux de ses escortes, Philibert et Angelot (en vérité deux traîtres à la solde de Girard de Watriquet), accusent Pirlouit du forfait. La tête du lutin est mise à prix.
Johan parvient à prévenir Pirlouit qui jure qu'il n'est pour rien dans cette histoire et pense au contraire que les deux gardes sont mêlés à l'affaire. Ensemble, l'écuyer et le lutin découvrent qui sont les vrais coupables et leur mobile (piéger le Roi pour le détrôner) et s'emploient à sauver la demoiselle et sauver le souverain.

- Enguerran Le Preux (4 pages, 1956). Enguerran de Bauvallon arrive au château du Roi et se vante de plusieurs exploits. Johan et Pirlouit doute de leur véracité et mettent au point un plan pour tester la bravoure du chevalier.

- Sortilèges au Château (4 pages, 1956). En revenant au château du Roi, Johan et Pirlouit croisent un marchand ambulant qui quitte l'endroit, l'air préoccupé. Les deux amis trouvent ensuite tous les habitants de la forteresse endormis, comme drogués. Le marchand est leur suspect mais la vérité relève d'une malencontreuse étourderie.

- A L'Auberge du Pendu (4 pages, 1956). Johan et Pirlouit s'arrêtent pour la nuit dans une auberge dont le tenancier leur raconte que la région est terrorisée par une bande de brigands. Le lutin va découvrir que leur hôte n'est pas innocent dans cette affaire et, avec l'écuyer, mettre un terme aux agissements des vilains.

- Les Mille Ecus (3 pages, 1957). Le Roi et Johan élaborent un stratagème pour que Pirlouit cesse de les importuner en chantant (aussi fort que faux). Mais leur plan va aboutir à une situation inattendue et encore pire.

Tout comme ce sera plus tard le cas avec les Schtroumpfs (dans La Flûte aux Six Schtroumpfs, tome 9 - critique 502), Peyo a eu pour l'histoire principale de cet album une idée qu'il ne comptait pas développer et qui transformera toute la série. En effet, le personnage de Pirlouit ne devait pas revenir après cette histoire, qui d'ailleurs fut initialement publiée comme la troisième aventure de Johan seul.

En lisant ce récit, cependant, on peut se douter que Peyo avait deviné le potentiel de son lutin : il prépare tout d'abord son apparition en ne faisant qu'évoquer les méfaits de Pirlouit, décrit comme un démon, puis à la planche 7, on découvre enfin à quoi il ressemble mais il ne s'exprime d'abord que par borborygmes et en grimaçant. Néanmoins, on sait que c'est juste un petit bonhomme véloce et qui, malgré un caractère bien trempé, volontiers râleur, est plutôt facétieux, vivant dans les bois pour subsister après être allé de ferme en ferme d'où on le chassait en se moquant de lui. Difficile de ne pas éprouver de la sympathie à son égard : comme Johan, nous devenons son ami, et Peyo nous a bien eus.

L'intrigue peut ensuite se déployer autour de l'enlèvement de la princesse Anne (dont le prénom a peut-être inspiré l'héroïne du Royaume de Benoît Féroumont) : cette trame est classique et d'ailleurs Peyo dévoile l'identité des coupables et leur mobile dès la planche 21 (soit avant la moitié du récit) pour offrir aux lecteurs une succession de péripéties haletantes, qui deviendra sa marque de fabrique sur la série. 
Bien qu'appartenant à "l'école de Marcinelle" (comme on surnommait les auteurs oeuvrant pour la revue Spirou), Peyo est aussi un héritier de Hergé pour son goût de l'aventure au-delà du suspense. Ce qu'il privilégie, c'est l'action, le mouvement, traduits par des scènes de courses, de poursuites, de bagarres, de batailles. Et même s'il n'a pas encore atteint les sommets narratifs qu'on lui connaîtra ensuite, cette histoire montre déjà un auteur au savoir-faire épatant.

Visuellement, le trait est encore un peu épais et naïf : Peyo cherche encore ses personnages, il en a défini les grandes lignes mais il va les affiner progressivement, cela se remarque à quelques détails (par exemple, Johan est plus grand qu'il ne le sera par la suite).
Sa narration est aussi encore stéréotypée avec un usage abondant du "gaufrier", ses planches sont très denses, avec de petites vignettes (souvent plus d'une douzaine), et quand il ose un plan général avec un cadre aux dimensions plus grandes, c'est exceptionnel (voir page 40, quand les troupes du Roi assiègent le château de Watriquet - un plan superbe d'ailleurs). 
Toutefois, la manière dont Peyo orchestre ses séquences de combat est déjà impressionnante, comme en témoignent les pages 32 à 34 puis 42 à 45, quand Johan et la princesse Anne s'enfuient, puis avec Pirlouit courent après Guillaume de Basenhau.

Pour compléter le programme, Dupuis a greffé à l'histoire qui donne son titre à l'album quatre courts récits réalisés par Peyo ultérieurement : les trois premiers furent publiés à l'origine dans les n° 9, 22, et 25 de la revue Risque-Tout en 1956. Il s'agit des 4ème, 8ème, et 9ème aventures de Johan et Pirlouit : ce sont des fables joliment menées, l'une sur la vantardise d'un chevalier, l'étourderie d'un commerçant, et la duplicité d'un aubergiste. Peyo y démontre une nouvelle fois sa capacité à animer des formats très courts sans sacrifier à l'action, au mouvement, en s'appuyant sur la parfaite complicité de ses deux héros.
Les Mille Ecus, paru à l'origine dans le millième numéro de Spirou, tient en trois pages et dispense une morale malicieuse à souhait, encadrée par un découpage incroyablement dense (29 cases !) et dynamique : du grand art.

Un album-clé pour la série et un menu copieux donc.