lundi 4 mai 2009

Critique 43 : JOHNNY CASH : UNE VIE (1932-2003), de Reinhard Kleist


Johnny Cash – Une vie (1932 – 2003) : le titre fait office de programme, le chanteur, sa vie, son œuvre, son destin. Mais un sacré destin pour un sacré bonhomme et un artiste hors du commun. Cash était LA voix de l’Amérique profonde et il incarnait littéralement sa musique la plus populaire, la country-music.
C'est le récit de cette voix des réprouvés, des marginaux, des "hobos" (des vagabonds), des miséreux, et des taulards - puisque Cash fut célèbre pour son concert dans le pénitencier de Folsom (qui fut enregistré), et auquel une large part est consacrée.
Issu d'un milieu très modeste, ayant grandi dans des conditions difficiles, notre héros a pourtant rapidement conscience que sa voix sera son billet de sortie, que la chanson est sa vocation. On le suit depuis ses premiers concerts jusqu'à la gloire, sans occulter les épisodes les plus glauques de son existence (marié et père de famille, il vivra une idylle avec la chanteuse June Carter ; il devient toxicomane en consommant des amphétamines...).
A la fin de sa vie, sa rencontre avec le producteur Rick Rubin lui permet d'enregistrer ses derniers disques, des oeuvres fortes, testamentaires, comme le bilan de tout ce qu'il a traversé. Car le Johnny Cash qui est ici décrit est un voyageur permanent, toujours sur les routes, et dont le répertoire prend parfois vie au cours de séquences quasi-fantastiques, riches en symboles sur l'homme et son pays.
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C'est un livre à la fois étonnant, atypique et poignant, qui témoigne de la passion sincère et profonde de l’auteur pour son sujet. Reinhard Kleist retrace le parcours chaotique, tourmenté, de ce chanteur de country, de rock et de folk, sans rien occulter.
Le respect dont il fait preuve pour l'artiste ne l'empêche jamais de rester intégre dans la relation qu'il fait de l'existence de l'homme, et de ce simple point de vue, c'est une grande réussite, une oeuvre d'une belle exigence - quoique toujours accessible, qu'on connaisse et aime ou pas Cash et sa musique.
Les figurations de Sam Phillips – qui découvrit également Elvis Presley – , Bob Dylan et Rick Rubin permettent aussi à Kleist d'évoquer tout un (large) pan de la culture musicale populaire américaine de la seconde moitié du XXe siècle. On mesure à quel point ces hommes ont su parler vrai de leur pays, de leur époque, de l'Histoire de leurs concitoyens (surtout les plus modestes), et combien, encore aujourd'hui, leur répertoire a nourri notre regard sur l'Amérique.
C'est une entreprise épique dans laquelle s'est lancé l'auteur, en s'appuyant sur une solide documentation (précisée à la fin de l'ouvrage), mais ces plus de 200 pages se lisent d'une traite, avec un art épatant du rythme.
Reinhard Kleist déroule chronologiquement le fil de l’existence tortueuse de Johnny Cash, en ponctuant son histoire avec les paroles de ses chansons et en employant un graphisme contrasté, expressionniste, en noir et blanc rehaussé de gris qui restitue à merveille les faits et l'ambiance.
Kleist est né en 1970 en Allemagne, près de Cologne. Il a étudié le design puis l'illustration puis a commencé à être publié 1994, en adaptant Lovecraft. En 98, il part pour New York où il signe l’album Amerika.
Succès public et critique, Cash – I see a darkness a été élu meilleur album au Festival de Berlin ainsi qu’à la Foire du livre de Francfort. Découvrez-le, vous ne le regretterez pas... Et vous n'aurez plus qu'une envie ensuite : écouter Johnny Cash !

1 commentaire:

Jigé a dit…

Salut ami français et merci du partage. C’est tout à fait par hasard, au gré de mes explorations des blogs, que j’ai atterri ici.

Intéressant ta façon de dire les choses, dis donc. Bravo! (Môa être plutôt philosophique).

NOTE. Mon blog parle de la connaissance de soi. Si le coeur t'en dit, tu es bienvenu.