lundi 22 août 2022

SANDMAN : EPISODE 11 - Un Rêve de Mille Chats / Calliope (Netflix) (Critique avec spoilers !)


Sans prévenir (malgré quelques photos qui avaient fuité), Netflix a mis en ligne un onzième épisode de Sandman, qui clôt la première saison du show, sans ce que cela signifie encore qu'il soit renouvelé. Ce chapitre additionnel, d'une durée d'une heure cinq, est divisé en deux parties : l'une est une adaptation du one-shot Dream of Thousand Nights, l'autre de Calliope. Et, encore une fois, la magie opère.


-  (Un Rêve de Mille Chats.) Tard dans la nuit, tous les chats d'un quartier convergent vers un cimetière où les attend une belle siamoise. Elle leur raconte son histoire tragique : après avoir mis au monde une portée, ses propriétaires décidèrent de se débarrasser de ses chatons. 


Traumatisée, elle se mit à rêver à un moyen de les retrouver et se retrouva dans le royaume de Morpheus. Après un long périple, elle trouvera le seigneur de ces contrées, sous la forme d'un chat noir, et implora qu'il l'aide.


Il lui conta alors l'histoire d'un temps lointain où les chaits dominaient les hommes qui leur servaient de laquais, de jouets et de nourriture. Jusqu'à ce que l'un de ces humains persuada ses semblables de rêver à la situation inverse... Aujourd'hui, la siamoise demande à ses semblables de rêver à leur tour, tous ensemble, au retour de la domination des chats - sans grand succès.


- (Calliope.) Richard Madoc, écrivain en panne d'inspiration, se rend chez son illustre et vieillissant confrère, Erasmus Fry, pour qu'il l'aide. Celui-ci retient chez lui depuis longtemps la muse Calliope mais, sentant sa fin venir, il la lui confie.


Comme elle se refuse dans un premier temps à lui souffler de nouvelles idées, Madoc la séquestre et la brutalise. Calliope invoque les Parques, qui ne peuvent rien pour elle et l'informent de la situation de son ancien amant Morpheus, également prisonnier d'un humain.


Mais quand le roi des rêves recouvre sa liberté, il répond à l'appel à l'aide de Calliope en châtiant Madoc de la plus cruelle des manières. La muse le remercie et espère qu'ils se reverront, pour ensemble faire le deuil de leur fils, Orphée.

Tout d'abord, un mot sur le futur de la série Sandman sur Netflix, tel qu'il a été communiqué par Neil Gaiman lui-même, lorsque plusieurs fans, après avoir vu ce onzième épisode surprise, ont cru qu'il s'agissait d'un bon ou mauvais augure.

Le scénariste a précisé que la série était coûteuse et que Netflix attendait de voir comment se comportaient ceux qui la regardaient durant son premier mois de diffusion pour décider de la renouveler ou pas. On peut cependant être optimiste : Sandman cartonne partout dans le monde et figure toujours après trois semaines dans le top 3 des séries les plus suivies de la plateforme. N'hésitez donc pas à la revoir, à la conseiller autour de vous, cela augmentera les chances d'avoir une saison 2.

Maintenant, revenons à cet onzième épisode. Et d'abord, je veux vous remercier, vous, lecteurs de ce blog, d'avoir été si nombreux à consulter la critique que j'ai rédigée au sujet des dix premiers chapitres. Je n'ose rêver à répéter une telle performance, mais ça signifie le monde pour moi.

Depuis la mise en ligne de la saison 1, des photos circulaient sur les réseaux sociaux, indiquant qu'un ou deux épisodes supplémentaires avaient été, sinon tournés, du moins prévus. Pour moi, il s'agissait d'indices laissant penser qu'on aura droit à un épisode spécial plus tard, pour patienter, peut-être fin 2022, pour les fêtes de fin d'année.

Et puis, Netflix a choisi de nous gâter plus tôt. Le format de cet épisode est plus long - une heure cinq - et il comporte, comme l'épisode 6 (Le son de ses aîles), deux histoires distinctes.

Un Rêve de Mille Chats est un petit film d'animation d'une grosse quinzaine de minutes dans lequel, comme le titre l'indique, les protagonistes sont des félins. C'est une fable, un conte, magnifique visuellement, avec un qualité esthétique bluffante, qui indique donc qu'il a été réalisé il y a un moment, peut-être même avant le premier tour de manivelle de la série. Si Netflix a récemment fait des coupes franches dans son département animation, ce segment prouve que la plateforme produit encore des merveilles.

L'histoire de cette chatte siamoise qui conte son histoire tragique à des chats de quartiers est poignante et envoûtante. Mais, attention, ne la fâites pas regarder à des enfants qui risqueraient d'être inconsolables après la scène où les chatons sont noyés.

La rencontre de la siamoise avec Morpheus, lui aussi ici sous la forme d'un chat, noir évidemment, et le récit qui s'ensuit sur un lointain passé où les félins régnaient sur le monde, jouant avec des humains liliiputiens avant de les manger tout cru devient drôle et étrange. Mais malgré cette fantaisie curieuse, on reste dans les thématiques des précédents épisodes avec en filigrane le rêve et le prix qu'il en coûte de les faire puis de les voir exaucer. 

C'est aussi une subtile réflexion sur la foi : la croyance dans les rêves est une arme mais aussi un privilège à ne pas négliger, comme les chats l'apprennent ici à leurs dépens. Surtout, on constate que le public, au départ fasciné par ce que dit la siamoise, lui tourne vite le dos quand elle les conjure de prendre leur revanche, ne croyant visiblement pas à ses affabulations. Il ne s'agit donc pas seulement de croire, mais d'être convaincant pour convaincre.

Et, bien que j'ai dit plus haut que les deux histoires de cet épisode sont distinctes, cela ne signifie par qu'elles ne sont pas complémenataires car, avec Calliope, on prolonge des motifs dessinés par Un Rêve de Mille Chats.

Calliope est plus long (environ 45-50 minutes), mais sa durée est parfaitement dosée. On revient à des prises de vue réelles avec des acteurs dans des décors authentiques pour cette métaphore cruelle sur l'inspiration, le deuil et l'amour.

Dans la Grêce antique, Calliope était la muse de la poésie épique, et avait sept autres soeurs. Fille de Zeus et Mnémosyne, elle fut ensuite l'épouse du roi Oeagre. Elle donna aussi naissance aux sirènes. Neil Gaiman a détourné sa biographie pour en faire une ancienne amante de Morpheus, qui est dans les comics le père d'Orphée. Cette mention est glissée à la fin de l'épisode quand ils évoquent la mort de ce dernier et le besoin de faire son deuil ensemble, un jour.

Captive d'un vieil écrivain, Erasmus Fry, Calliope est donné à Richard Madoc, un romancier qui est en panne d'inspiration. Il la séquestre d'abord en refusant d'être brutal avec elle (contrairement à Fry) puis, frustré qu'elle ne lui donne pas d'idées, on devine qu'il abuse d'elle. Tandis que Madoc obtient ce qu'il veut (le retour de son inspiration, le succès, la gloire, l'argent), Calliope se morfond et appelle à l'aide. Morpheus finit par l'entendre et punit Madoc sans indulgence.

Contrairement à l'histoire contée dans le comic-book, Gaiman a voulu édulcorer le contenu en ne motrant pas, précisément, les violences sexuelles dont est victime Calliope. Cela est suggéré de manière remarquable et poignante, grâce à une réalisation superbe de retenue.

L'intrigue développe des figures déjà en place dans Un Rêve de Mille Chats, comme les questions de prix à payer pour ce dont on rêve - ici, en l'occurrence, la soif de reconnaissance sociale de Madoc par le succès que reçoivent ses romans. Mais on retiendra aussi (surtout ?) de Calliope sa matière romantique.

Sans jamais verser dans le sntimentalisme ou la miévrerie, l'épisode révèle sa vraie nature lorsque Calliope apprend que Morpheus partage le même sort qu'elle, détenu par un humain (Roderick Burgess). Lorsque le maître des rêves recouvre sa liberté, il entend l'appel de son ancien amour et la délivre sans tarder. Il y a dans ce geste un générosité, une absence de rancune bouleversantes. Mais, pour autant, Rêve est encore cette entité impitoyable qu'on suit au début de la saison, infligeant à Madoc un châtiment aussi original que cruel (littéralement submergé par les idées au point de s'auto-mutiler - là encore, on reste dans des représentations graphiques sobres mais marquantes, qui confirment que la série s'adresse à un public averti).

Le casting, comme celui des voix du premier segment (où on entend Neil Gaiman lui-même, Sandra Oh, Michael Sheen, David Tennant, James McAvoy - qui faillit porter sur grand écran Sandman), est extraordinaire. Derek Jacobi incarne Erasmus Fry de manière glaçante tandis que Arthur Darvill campe Madoc avec un mélange de fébrilité, d'hypocrisie (voir le dialogue qu'il tient sur sa conviction d'être féministe alors qu'il séquestre et viole une muse) et de colère bouillonnante.

Mais quand Tom Sturridge, décidément la personnification idéale de Morpheus, apparaît et donne la réplique à la magnifique Melissanthi Mahut, Calliope parfaite, en quelques scènes, on est transporté dans une histoire bien plus ancienne et aussi douloureuse. C'est aussi cela la magie de cette série : nous raconter, en filigrane, un amour contrarié et pourtant encore vif entre deux immortels, à travers des regards, quelques mots, des gestes discrets. 

Divine surprise donc que de découvrir ce bonus track à la première saison de Sandman. Il est certain que si Netflix ne signe pas une deuxième saison, la colère et la tristesse gagneront les coeurs de tous les fans de la série (quand bien Neil Gaiman a promis qu'il ferait tout pour trouver un nouveau refuge à son show). Plus que jamais : croisons les doigts, rêvons - rêvons fort tous ensemble pour que ça arrive.

dimanche 21 août 2022

THE SINNER (Saison 3) (USA Network / Netflix)


4 ans après sa saison 3, j'ai enfin pris le temps de suivre les nouveaux épisodes de The Sinner. La série, une des meilleures dans son genre, le polar, vient hélas ! d'être annulée au terme de sa quatrième saison, récemment diffusé sur USA Network. Comme d'habitude, on plonge dans une enquête très sombre, touffue et perturbante menée par l'inspecteur Harry Ambrose. Cette fois confronté au survivant d'un accident...


Le detective Harry Ambrose est appelé sur la scène d'un accident de la route où le chauffeur, Nick Haas, a péri, mais son passager, Jamie Burnes, a survécu et a appelé les secours. Les deux hommes étaient amis depuis le lycée et avaient passé la soirée ensemble chez Burns et son épouse, Leela. Harry interroge Sonya Barzel, propriètaire du terrain où a eu lieu l'accident et qui ne connaissait pas les deux hommes. A l'hôpital, sous le choc, Jamie se remémore les circonstances du drame : c'est lui qui a provoqué l'accident et a laissé mourir son ami.


Harry mène l'enquête avec le détective Dick Soto et remarque lors de son autopsie que la main droite de Nick était transpercée, mais cela s'est produit longtemps avant son décès selon le médecin légiste. En l'interrogeant, Harry apprend que Jamie et Nick avaient diné deux semaines auparavant à Manhattan et des témoins l'ont vu se mutiler. Sonya découvre dans son terrain une trombe fraîchement creusée et en informe Harry.


Harry apprend ensuite par un autre camarade de lycée de Jamie que celui-ci avait subitement changé de comportement lorsqu'il était devenu l'ami de Nick. Un de leurs professeurs explique que les deux garçons étaient fascinés par le philosophe Friedrich Nietzsche et son concept de l'übermensch (surhomme). De son côté, Jamie reprend son travail de professeur et encourage Emma, une élève, à résister aux injonctions de ses parents qui la pressent d'aller à l'université. Puis il fait une crise panique en berçant son noveau-né, Kai. Harry craint qu'il ne représente un danger pour lui et les autres et le conduit auprès d'un psychiâtre, mais Jamie s'enfuit, craignant d'être interné.


Soto permet à Harry de suivre Jamie jusqu'à New York grâce à la géo-localisation de son téléphone. Avant qu'il ne soit intercepté, Jamie croise une de ses anciennes élèves, Sophie, qui l'invite à une fête. Harry s'y introduit et voit Jamie discuter avec Kyle, un médium qui sent la présence de Nick autour de lui. Après avoir entraîné Sophie dans une balade à toute vitesse en ville, Jamie est arrêté par Harry qui le ramène chez lui. Il reste devant sa maison mais s'endort. Il est réveillé par un appel de la detective Jones de New York qui l'informe du meurtre de Kyle.


Des témoins présents à la fête ont vu Jamie revenir et s'entretenir à nouveau avec le médium avant de disparaître et de découvrir le corps sans vie de Kyle. Harry rentre au commissariat où on le prévient que Jamie a été filmé par les caméras de surveillance de son lycée cette nuit entrant puis ressortant du bâtiment avec des vêtements différents et un sac poubelle rempli. Sonya rend visite à Leela dans la boutique de cosmétiques qu'elle tient et lui parle de la tombe dans son parc. Leela met son mari à la porte et Jamie, furieux, va chez Harry où il menace son petit-fils, Eli, avant de repartir.
 

Cet incident conduit Melanie, la fille de Harry, à venir rechercher Eli. Jamie espionne Harry et découvre qu'il est devenu l'amant de Sonya. Leela accepte de revoir son mari dans un endroit public et il lui avoue avoir laissé mourir Nick puis tué Kyle : désormais, elle a sa vie entre ses mains. Puis Jamie donne rendez-vous à Harry vers la tombe où Nick avait prévu d'enterrer Sonya après l'avoir tuée. En échange de ses aveux écrits, Jamie convainc Harry de se laisser enterrer mais il est piégé.


Après huit heures sous terre, Harry est libéré par Jamie qui voulait le convaincre que cette expérience lui ferait comprendre qu'il faut affronter ses démons pour être pleinement soi, tel que le professait Nick. En état de choc, Harry laisse filer Jamie mais il l'a enregistré à son insu et cela permet à Soto de l'arrêter. Toutefois, le juge estime que les aveux ont été soutirés de manière frauduleuse. Leela a obtenu une ordonne de restriction contre son mari puis elle avoue à Harry, Soto et Jones ce que lui a confiée Jamie au sujet des morts de Nick et Kyle. Un mandat d'arrêt est lancé mais Jamie tue le commissaire sur le terrain de golf où il pratiquait.
 

Sur la scène du crime, Jamie a laissé un mot à l'intention de Harry, menaçant Sonya, Melanie et Eli - qui est introuvable. Harry répond à l'appel de Jamie et se rend chez lui où il retient Eli en otage. Harry réussit à le désarmer et envoie son petit-fils se cacher dans sa cabane de jardinage. Après une course dans la forêt environnante, Harry, blessé, distance Jamie et rentre chez lui pour prendre un revolver. Lorsque Jamie le rejoint, il lui tire dessus. Burns meurt avant l'arrivée des secours. Quelques mois plus tard, Harry, convalescent, passe la soirée avec Sonya et craque nerveusement en se rappelant la peur qui saisit Jamie dans ses derniers instants.

Initiée par l'actrice et productrice Jessica Biel en 2017, The Sinner s'est tout de suite distingué, du moins à mes yeux, par sa profondeur psychologique. Ce polar adapté des romans de Petra Hammesfahr mettait en scène un inspecteur de police, Harry Ambrose, qui s'impliquait tellement dans ses enquêtes qu'il en perdait presque pied. D'abord confronté à une femme accusée du meurtre en public de son mari (incarnée par Biel elle-même), puis à une mère entrée dans une secte avec son jeune fils (incarnée par Carrie Coon), les deux premières saisons ne laissaient pas le spectateur indemne.

Cette troisième livraison de huit épisodes est du même acabit. Il s'agit encore une fois d'un face-à-face trouble, troublant et macabre entre Harry Ambrose et cette sois un homme, Jamie Burns, sous l'emprise d'un ami de jeunesse et rattrapé par une spirale criminelle inspirée par la théorie du surhomme de Nietzsche.

Le showrunner de la série, Derek Simmonds, aime prendre son temps, il faut donc s'accrocher, mais le jeu en vaut la chandelle. Les personnages ont une consistance, une épaisseur impressionnantes, et l'intrigue nous mène de témoin en témoin, nous égare parfois sur des fausses pistes, avant de se rassembler pour un climax d'une tension extrême.

Le principe de The Sinner, c'est que le spectateur en sait souvent plus que Harry Ambrose : par exemple, par le biais d'un flashback dès le premier épisode, on voit que Jamie Burns a provoqué l'accident mortel pour son ami Nick Haas et qu'il a attendu qu'il succombe à ses blessures avant de prévenir les secours. Mais l'important, c'est de comprendre ce qui a conduit à ce choix sinistre, le cheminement intellectuel qui a abouti à ce drame et qui en provoquera d'autres.

Par le biais de témoignages recueillis par Ambrose et d'autres policiers, mais aussi donc de retours en arrière, la vérité se fait jour : cette fois, la problème de la toxicité masculine est au centre de l'affaire. Nick Haas est un manipulateur supérieurement intelligent qui a influencé pendant des années de formation un esprit malléable, celui de Jamie Burns, le poussant dans ses retranchements pour le convaincre de la futilité de l'existence, de l'hypocrise sociale, et de la nécessité d'affronter ses peurs, d'embrasser ses pulsions primitives pour être en harmonie avec soi-même. La philosophie Nietzschéenne est une base parfaite à ces débordements puisqu'elle incite à nier l'existence de Dieu pour devenir son propre Dieu et imposer sa loi à des individus jugés inférieurs. Ce propos a été exploité en le déformant par Hitler.

Mais il en faut pas exonérer Jamie pour autant : certes, il est décrit dans sa jeunesse comme influençable, mais après la mort de Nick, la culpabilité le ronge puis il la dépasse pour emprunter une direction sans retour, franchir des limites morales. Lorsqu'il tue le médium Kyle, il agit mû par la colère, la frustration car son interlocuteur refuse de lui dire ce qu'il sent intuitivement. En revanche, lorsqu'il tue le commissaire de police, il accomplit cet homicide de sang-froid, en l'ayant prémédité. Puis sa lâcheté éclate lorsque Harry le défie de tuer son propre petit-fils puis de se suicider, soulignant qu'il ne trouvera de toute manière jamais la satisfaction, l'accomplissement qu'il recherche.

Comme je l'ai dit plus haut, Ambrose n'est pas un flic conventionnel : il s'investit totalement dans ses enquêtes, quitte à perdre pied. Il flirte avec l'illégalité, comme quand il trace le téléphone de Jamie pour le suivre jusqu'à New York, ou, pire, quand il accepte de se plier au jeu macabre de son enterrement contre la promesse d'aveux écrits. Dans ses deux précédentes enquêtes, la série le confrontait à des femmes et dans une certaine mesure, Ambrose n'abordait pas le problème aussi intensément qu'avec un homme. Son duel avec Jamie le fait dériver inexorablement jusqu'à le blesser mortellement alors qu'il avait obtenu qu'il lâche son arme et qu'il avait appelé des renforts. De fait, Jamie a poussé Harry au crime.

L'épilogue de la saison est poignant et glaçant : on y voit Harry plusieurs mois après, en compagnie de Sonya Barzel, qui s'effondre nerveusement, hanté par l'agonie de Jamie et la peur qui le saisit dans ses derniers instants. C'est comme un virus dont les symptômes se manifestent après une période d'incubation et Harry, comme Sonya, a été contaminé par Jamie. Tout comme Jamie avait été infecté par Nick Haas. Il n'y a pas de happy end dans The Sinner, les conséquences de chaque affaire laisse Ambrose au bord du précipice et cette fois, comme l'écrivit Nietzsche, "si tu regardes l'abîme, l'abîme aussi regarde en toi". L'effrroi étreint aussi le policier et sa compagne, redoutant de devenir des monstres comme les monstres que furent Nick et Jamie.

L'autre force de The Sinner, avec son écriture et sa réalisation au cordeau, repose sur un casting chaque fois magistral. Bill Pullman a trouvé avec Harry Ambrose le rôle d'une vie, il l'interprète avec une sobriété impressionnante, économe en mots et en gestes, d'une présence prégnante, d'un charisme marmoréen. Mais sa prestation est toujours mise en valeur par son/sa partenaire et après Jessica Biel et Carrie Coon, Matt Bomer bluffera tout le monde. Celui qui joue Larry Trainor/Negative Man dans Doom Patrol et avant cela Neal Caffrey dans White Collar campe Jamie avec une intensité ahurissante. On le sent aussi rongé que son personnage, toujours en tension, toujours sur la corde raide, habité. Son face-à-face avec Pullman fonctionne à fond parce qu'ils se renvoient la balle en permanence sur des registres opposés - le calme inquiet de l'un contre la fébrilité menaçante de l'autre.

Malheureusement, The Sinner va s'achever après sa quatrième saison, toujours pas programmée sur Netflix, mais que j'espère quand même voir. Raison de plus pour (re)découvrir les trois saisons disponibles si vous êtes client de polars bien sombres et intelligents.

samedi 20 août 2022

NEW MUTANTS #28, de Vita Ayala, Rod Reis et Jan Duursema


New Mutants #28 marque la fin de l'arc sur la passation de pouvoir dans les Limbes. Vita Ayala s'est montrée plus inégale avec cette histoire mais conclut en beauté : avec cette scénariste, les choses bougent vraiment. Rod Reis et (un peu) Jan Duurseema l'accompagnent superbement, tandis que les mois prochains l'équipe créative sur la série va changer.


Las d'être obligés de se cacher, Magik, Mirage, Colossus, Felina et Madelyne Prior décident de lancer un ultime assaut contre le château de S'ym, convaincus qu'il agit pour le compte qu'un maître.


Mais une fois à l'intérieur, une surprise attend les mutants car, une fois S'ym écarté, Magik se trouve confrontée à une nouvelle version inédite d'elle-même : la reine Ilyana.


Elles s'affrontent et Magik, en difficulté, ne doit son salut qu'à l'intervention de Madelyne.  Il est temps pour Magik de changer d'apparence et de transmettre le flambeau comme promis.


De retour à Krakoa, Colossus rejoint sa soeur et s'excuse de n'avoir pas été suffisamment là pour elle. Ils conviennent de laisser ça derrière eux et de réunir pour être plus forts, ensemble.

Après l'arc narratif très long sur le Roi d'Ombre, Vita Ayala avait à coeur de se pencher sur le cas d'Ilyana Rasputin, sans doute parce qu'elle savait que le personnage de Magik allait lui échapper avec son intégration au sein de X-Men lors du Hellfire Gala 2022.

C'est donc un épisode d'adieu, mais la scénariste ne fait pas mine de s'en formaliser. Vita Ayala a cette qualité rare d'aimer que les choses bougent dans la série New Mutants, et elle fait en sorte que ses histoires aboutissent à des changements réels pour ses personnages.

Cela tombe bien avec Magik, mutante dont l'évolution a été fréquente depuis sa création dans les années 80. La petite soeur de Colossus, son "flocon de neige", est passée par tout un tas de phases : petite fille, adolescente, jeune femme, magicienne, démon, guerrière. N'oublions jamais que Chris Claremont voulait au départ que les Nouveaux Mutants succèdent un jour aux X-Men (un peu comme chez DC, les Teen Titans auraient dû remplacer leurs mentors au sein de la Justice League).

Dans l'ère de Krakoa initiée par Hickman, la position des Nouveaux Mutants a connu une modification notable en devenant la classe intermédiaire entre le conseil (le gouvernement de la "mutanité"), les champions de la Nation X (les X-Men) et les jeunes mutants (dont personne ne savait bien quoi faire mais qu'ils fallaient animer malgré tout puisqu'ils peuplent l'île). Mirage, Felina, Magik, Warpath, Karma devinrent donc des professeurs-formateurs pour les jeunes mutants, ceux qui éduquaient la jeunesse mutante.

Depuis trois mois, Vita Ayala s'est engagée dans un arc narratif centré sur Magik en imaginant qu'elle voulait passer la main sur le royaume des Limbes où elle fut longtemps captive de Belasco et où ses pouvoirs se révélèrent. Mais ce passé restait douloureux pour elle et motivait sa décision de confier les rênes  à Madelyn Prior/ Goblin Queen, un choix controversé et dscuté par ses amis proches, Mirage et Felina. En effet, Madelyne, récemment ressucité, a par le passé été l'instrument de vilains, comme Mr. Sinistre et le démon N'astirh, devenant de facto une ennemis des  mutants - même si elle fut aussi un des graands amours de Havok.

Mais Madelyne est aussi une grande magicienne, une femme à poigne, une survivante, autant de traits qu'elle partage avec Magik et qui explique le plan de cette dernière. De toute manière, Vita Ayala souligne à maintes reprises le traumatisme encore fort du séjour dans les Lîmbes de Magik et sa volonté de tourner la page, comme pour ouvrir un nouveau chapitre dans son existence, ne plus être réduite à la rescapée de cet enfer.

Cet épisode met tout cela en lumière et en application : avec ses alliées et son frère, Magik se lance dans une attaque de la dernière chance contre le château même dont elle avait fait sa place forte. Elle y est confrontée à une nouvelle version d'elle-même (après un double plus âgé, un autre encore enfant, cette fois face à une Ilyana adulte et reine). A l'issue de cet affrontement, c'est aussi son apparence qui change et on découvre ce "nouveau look pour une nouvelle vie" de Magik, très doré (et donc la paternité semble revenir à Rod Reis, même si Marvel a d'abord semblé attribuer ce redesign à Russel Dauterman).

Rod Reis change son style dans cet épisode, délaissant quelque peu les effets infographiques et les couleurs saturées, pour un trait plus encré et brut. Le découpage est aussi moins fou, plus direct. On est dans de l'action pure, un domaine où l'artiste s'illustre peu mais qui lui va pourtant bien comme en témoigne la mise en images du duel entre Magik et la Reiene Ilyana, avec des cases parcourues de lignes de vitesse et aux cadres tangents.

Si c'est bien qui a relooké Magik, alors son design fait sens, plus lumineux il traduit une sorte de paix atteinte par le personnage sans sacrifier des éléments familiers comme des parties métalliques, extensions physiques de la magie, et une nouvelle "soulsword", moins massive que celle que lui avait donné Chris Bachalo dans les Uncanny X-Men de Brian Bendis. Adieu donc la tenue noire en cuir très sexy et iconique de cette époque, que j'aimais beaucoup - et d'ailleurs on remarquera que ce story arc, censé se passer avant Judgment Day, n'a pas été suivi par Gerry Duggan et CF Villa dans X-Men #13 où Magik arbore encore son ancien costume. Un raté éditorial pas bien grave mais disons maladroit.

Enfin, la conclusion de l'épisode réserve un beau moment entre Magik et Colossus. Y sont évoqués les pertes de mémoire de Piotr (référence à ce qu'il lui est arrivé dans X-Force, où il a été manipulé mentalement par son frère Mikhail), son éloignement d'avec sa soeur, et la résilience de celle-ci, qui préfère aller de l'avant et pardonner, car cela fait partie de sa reconstruction. Découpée très sobrement, avec des dialogues justes, la scène est émouvante.

Comme je le disais plus haut, Vita Ayala et Rod Reis passent la main dans les prochains mois (en espérant qu'ils reviendront) : le #29 sera un one-shot avec Warpath et Daken écrit par Danny Lore et dessiné par Guillermo Sanna, le #30 sera un épisode spécial pour célébrer les trente ans du titre avec plusieurs auteurs et artistes, puis on aura droit à un arc en trois parties écrit par Charlie Jane Anders et co-dessiné par Ted Brandt et Alberto Albuqerque sur des jeunes mutants méconnus. Logiquement, Ayala et Reis devraient donc ne revenir pour une nouvelle histoire qu'en Janvier 2023.

vendredi 19 août 2022

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #6, de Mark Waid et Travis Moore


Ce sixième épisode de Batman - Superman : World's Finest est presque un hors série, ou du moins un numéro de transition. D'ailleurs, comme pour l'indiquer au lecteur, le dessinateur n'est pas le même : on est gâté car c'est Travis Moore qui suppléé Dan Mora (qui reviendra le mois prochain). Mark Waid, lui, revient sur le sort de Robin perdu dans le passé et c'est une vraie lettre d'amour au personnage.


Après avoir résolu le problème du démon Nezha, Supergirl explique avoir perdu Robin dans les couloirs du temps. Mais Batman sait que son sidekick saura laisse des indices pour être retrouvé.


Robin a atterri en 1892 et a intégré un cirque itinérant qui passait près de l'île de Corto Maltese. Le meurtre de deux récrues récentes accuse les fauves du dresseur César. Robin enqûete.


Batman et Superman surgissent et aident Robin dans ses investigations. Lors d'une représentation, le châpiteau prend feu. Superman évacue le public. Batman sauve un homme dans la cage du lion.


Mais dans la panique, Robin a gardé son sang-froid et découvert qui était le véritable meurtrier...

Franchement, on est verni avec cette série car même sans Dan Mora, qui achève la série Once & Future avec Kieron Gillen, DC donne à Mark Waid un partenaire de choix avec Travis Moore. La qualité est donc au rendez-vous, mais le scénariste semble avoir préparé l'absence de son dessinateur régulier.

En effet, World's Finest #6 est un épisode de transition entre deux arcs. Durant l'histoire qui s'est achevée au précédent épisode, Supergirl et Robin ont remonté le temps pour savoir comment les Guerriers de Ji étaient parvenus à enfermer le démon Nezha. Mais sur le chemin du retour, un orage avait séparé les deux amis et Robin était perdu dans les couloirs du temps.

Comment alors le retrouver ? Batman comptait sur l'ingéniosité de son sidekick pour avoir laissé un indice permettant de le localiser. Et justement, sur l'île de Corto Maltese où se trouve la tombe de Nezha, sous un rocher, Superman découvre une message gravé dans la pierre.

Cependant, Robin, en 1892, a intégré un cirque itinérant où deux recrues récentes ont été tué, visiblement par les animaux d'un dresseur de la troupe. Il obtient un délai avant l'exécution des bêtes pour prouver leur innocence et identifier le véritable assassin. Peu après Batman et Superman arrivent à cette époque...

Qu'importe si le moyen pour réunir Robin avec son mentor et son oncle est un peu grossier, là n'est pas l'essentiel. De toute manière, depuis le début de la série, Mark Waid a pris le parti de se ficher de toute vraisemblance pour renouer avec un esprit silver age, cette époque entre les années 50 et 70 où les histoires privilégiaient la fantaisie, l'action.

Ce qui compte, c'est que l'épisode, où les retrouvailles entre Robin, Batman et Superman étaient attendus, prévisibles, est une lettre d'amour au personnage de Dick Grayson. Et, sans vouloir être désobligeant avec Tom Taylor qui s'occupe de lui désormais dans la série Nightwing, Waid donne une leçon en la matière.

L'épisode est en effet une véritable synthèse de qui est Dick Grayson, de ce qu'il représente, de ses qualités héroïques. Tout est là : son passé circassien, ses talents de détectives, son amour des animaux, sa bonté naturelle, sa pugnacité, son sens de la camaraderie, le respect que lui vouent ses aînés. Tout ça en une vingtaine de pages et une enquête rondement menée. La révélation du nom de l'assassin et de son mobile est très bien vu, pas si facile à deviner. Le tout est raconté avec cette légèreté presque insolente, ce storytelling irrésistible de Waid, qui ficelle sa mini-intrigue avec une fluditié réjouissante.

Il y a ce classicisme élégant dans l'écriture de Waid, une écriture qui n'a rien à prouver, qui eest tellement juste dans la caractérisation, tellement précise dans la narration. Pas décompression inutile, pas de dialogues ronflants, pas de subplots tarabiscotés, juste du comic-book de haute volée, simple, accessible, cool. Hors mode, donc intemporel, donc imparable. 

Et puis World's Finest est une belle série, visuellement parlant. Dan Mora absent, on pouvait craindre que DC file un artiste passable à Waid pour attendre le retour de son partenaire. Mais l'éditeur compte visiblement sur cette série et veut faire plaisir au scénariste et au lecteur car c'est Travis Moore qui joue les fill-in de luxe. Actuellement, le dessinateur est occupé par une mini en creator-owned chez Image, mais il a dû produire ces pages depuis quelques temps car il n'est pas, comme Mora, capable de dessiner deux titres en même temps.

Et puis le résultat est trop impeccable pour avoir été casé en vitesse. Les planches, toujours colorisées par Tamra Bonvillain, sont magnifiques. Moore représente Robin à la perfection et chaque cadre témoigne d'un investissement sérieux. Les décors sont superbes et les animaux qui jouent un rôle décisif dans l'histoire sont parfaitement croqués (ah, ce lion !).

Moore a un trait moins dynamique que Mora, mais il réussit quelques scènes épatantes quand il s'agit de découper les acrobaties de Robin, rejoint par Batman puis Superman. Lors de l'incendie du châpiteau, l'action s'emballe mais le découpage est ultra fluide, avec une palette nuancée. Impossible de ne pas tomber sous le charme.

Ce que ça fait du bien de lire une telle série. Non seulement parce qu'elle se distingue par son ton, mais surtout par l'excellence de son écriture et de ses dessins. 

jeudi 18 août 2022

X-MEN #13, de Gerry Duggan et C.F. Villa - A.X.E. : Judgment Day tie-in


Ce treizième numéro de X-Men marque à la fois le début de la deuxième "saison" du titre tel qu'écrit par Gerry Duggan et également un épisode annexe à l'event A.X.E. : Judgment Day. Le scénario est léger mais divertissant. Les dessins incombent à C.F. Villa qui va assurer l'intérim jusqu'à l'arrivée du nouveau titulaire (scoop : il s'agira de Joshua Cassara).


Débordés par l'attaque des Hex, les X-Men ont besoin de frapper un grand coup. Jean Grey contacte Ikaris qui accepte d'aider les mutants. A la condition qu'ils ne tuent aucun Eternel.
 

Une partie de l'équipe des X-Men est détachée pour atteindre l'armurerie d'Uranos au centre de la Terre. Magik assure le transport tandis que Forge doit trouver une solution pour stopper le transfert des armes.


L'armurerie fonctionne grâce à un générateur que Iceberg avec Synch gèlent. Magik, Firestar, Havok assurent les arrières de leurs camarades. Puis, leur mission accomplie, retour à Krakoa.


Mais à peine revenus, ils n'ont pas le temps de savourer la retraite des Hex car l'Ancêtre, le Céleste réveillé par Iron Man et Ajak annonce qu'il va juger la Terre, en commençant par les mutants...

De manière inévitable, la série X-Men se met à l'heure de A.X.E. : Judgment Day le temps de deux épisodes. C'est en soumettant à cela que Gerry Duggan entame sa deuxième "saison" sur le titre. On peut donc dire sans se tromper que ça (re)commence fort.

Cependant, qui dit tie-in, dit aussi un certain effet de redondance. L'event écrit par Kieron Gillen oblige les séries qui se calent sur son intrigue à en montrer des aspects que lui n'a pas le temps et/ou la place de mettre en scène. Cela suppose donc de dévoiler certes des moments inédits mais aussi des images fortes issues de l'event.

Gerry Duggan se sort plutôt bien de cet exercice, lui qui reste un des rares scénaristes côtés de Marvel à ne s'être jamais occupé d'un event (mais ça ne saurait tarder à mon avis). Seules les premières et dernières pages de l'épisode de ce mois-ci reprennent des éléments qui figurent déjà dans l'event, à savoir l'attaque des Hex sur Krakoa et l'arrivée de l'Ancêtre (Progenitor en vo) qui annonce le jugement de la Terre.

Entre les deux,  le contenu de ce numéro 13 tient sur un post-it avec une mission menée à toute vitesse mais qui a le mérite de faire voir la nouvelle formation des X-Men "élue" lors du récent Hellfire Gala. C'est l'occasion de vérifier que ce groupe a une vraie puissance de feu et une belle complémentarité, peut-être (bien que ça reste à vérifier sur la durée) plus évidente que la précédente incarnation des X-Men.

De toue évidence, il m'apparaît que Duggan se sent plus à l'aise avec des personnages comme Magik, Forge, Iceberg qu'avec, disons, Malicia, Sunfire, Wolverine (Laura Kinney). Je serai plus réservé sur sa façon d'animer Havok, dans la droite ligne de ce qu'en a fait Zeb Wells sur Hellions, c'est-à-dire un type capable de répliques franchement déplacées dans un tel contexte. A croire que seul Rick Remender, à l'époque de ses excellents Uncanny Avengers, a su saisir la voix de Alex Summers.

La mission consiste à couper l'alimentation de  l'arsenal d'Uranos, ce qui est périlleux car il est bien gardé, se situe au centre de la Terre, et que les X-Men n'ont droit qu'à une seule chance. Par ailleurs, Ikaris, qui accepte d'ouvrir un passage pour les mutants, pose ses conditions : aucun Eternel ne doit être tué. Compliqué quand c'e sont d'autres Eternels qui vous agressent pour vous éliminer.

Duggan est toujours à l'aise dans ce format done-in-one, bourré d'action, filant à toute allure. Il réussit particulièrement à écrire Magik en la décrivant comme exaltée par le danger et l'ivresse du combat. Forge aussi est formidablement traité alors qu'on pouvait s'interroger sur sa place dans l'équipe : il en devient le géo-trouvetout, cool et dominant son sujet grâce à son intelligence plus que par son physique. Duggan s'est aussi souvenu de la complicité entre Firestar et Iceberg, de longue date, et dans le cas de ce dernier, à l'image de ce qu'il en faisait dans Marauders, il n'hésite pas à souligner son incroyable puissance (on oublie trop souvent que Bobby Drake est un mutant oméga).

On le sait désormais, Pepe Larraz ne reviendra pas dessiner la série, ni Javier Pina. Fin Septembre, pour le n°15, X-Men aura un nouvel artiste régulier avec Joshua Cassara (qui s'était fait remarquer sur X-Force de Benjamin Percy). Pour accompagner Duggan sur les #13 et 14, c'est donc Carlos "C.F." Villa qui s'y colle.

Villa avait déjà signé quelques planches sur le Hellfire Gala 2022 et il n'est pas maladroit. Parfois, il se laisse un peu trop aller sur les visages grimaçants, mais il sait imprimer du nerf à ses images, ce qui convient pour cette histoire. Son découpage privilégie nettement les grandes cases, ce qui lui permet de représenter les effets des pouvoirs dans leur dimension la plus spectaculaire et aussi de composer des combats intenses.

On peut déplorer qu'il ne montre pas suffisamment l'oppostion rencontrée par les X-Men, en dehors des Hex au début, ce qui donne l'impression qu'ils se battent contre des individus trop fréquemment hors champ. Mais Villa sait disposer les héros dans des postures offensives sans qu'ils se marchent sur les pieds et avec assez d'espace pour qu'on puisse apprécier leur puissance de feu. Il ya de quoi faire avec des mutants comme Havok, Iceberg, Firestar, Magik.

Est-ce vraiment indispensable pour suivre l'event ? Honnêtement non. Mais si vous lisez X-Men, vous n'êtes pas lésés. C'est du bon boulot, une lecture divertissante, qui pourrait bien donner une idée de ce à quoi va ressembler la nouvelle saison de la série.