mercredi 18 novembre 2020

CATWOMAN #27, de Ram V et Fernando Blanco


Pour son troisième numéro sous la direction de Ram V, Catwoman atteint déjà des sommets. Cet épisode est jubilatoire et mené de main de maître, dans la plus pure tradition des heist stories (les histoires de braquage). Le scénariste est soutenu par Fernando Blanco, également très inspiré. A eux deux, ils redonnent ses lettres de noblesse à Selina Kyle. 


Le détective Dean Hadley s'interroge sur ce que prépare Catwoman après avoir remarqué des traces la compromettant dans l'attaque d'un garage. Il pense qu'elle va s'attaquer au caïd de la drogue, Khadym. Et il a raison car, avec l'aide des adolescents qu'elle recueille au Nid, elle a tendu un guet-apens.


L'opération, minutieusement préparée, consiste à séparer le détective ripou Kollak d'un van qui transporte de la drogue. Pour cela, une diversion est organisée avant que Catwoman ne stoppe le véhicule avec un camion et ne fasse main basse sur son chargement.


Lorsque Kollak retrouve le van, il est vidée de son contenu et quand le GCPD arrive sur place, le ripou raconte qu'il suivait les dealers pour les coincer. En attendant, le coup d'éclat de Catwoman a convaincu "Pit" Rollins de sceller une alliance avec elle, même si Selina Kyle ne veut plus voir de drogue circuler.


Hadley reçoit d'une recrue de Catwoman l'adresse d'un garde-meuble où il découvre la drogue subtilisée à Khadym avec ses convoyeurs ligotés. "Pit" Rollins, quant à elle, considère la moralisation de Alleytown par Catwoman nuisible pour ses propres affaires et prend des dispositions immédiates.


Un sniper positionné sur le toit d'un immeuble en face du Nid attend l'arrivée de Catwoman à son repaire pour l'éliminer sur ordre de Rollins. Mais Selina est sauvée à son insu par le Père Vallée, le tueur engagé par le Pingouin...

Suivant le fil Twitter de Ram V, j'ai pu apprendre que le scénariste s'était, pour cet épisode et sa séquence centrale, ouvertement inspiré d'une scène spectaculaire du film Heat (Michael Mann). Prendre pour référence non seulement un film mais un tel chef d'oeuvre est une arme à double tranchant car il faut non seulement pouvoir l'adapter aux codes propres d'un comic-book mais encore être à sa hauteur.

Grâce à la contribution du dessinateur Fernando Blanco, la mission est parfaitement accomplie et réserve donc un vrai morceau de bravoure. Mais ce n'est pas la seule réussite de ce numéro, en tout point exemplaire.

Ram V a, dès le début de sa reprise du titre, annoncé la couleur : pour lui, les racines de Catwoman étaient du côté du film noir et son run de référence était celui de Ed Brubaker et Darwyn Cooke au début des années 2000. Là encore, un héritage fameux, mais l'auteur a su rapidement prouvé qu'il avait des arguments pour marcher dans les pas de ses idoles.

Il me semble pourtant que c'est avec ce #27 que Ram V impose vraiment sa vision : grâce à ce braquage audacieux et totalement maîtrisé dans la mise en scène, il fait entrer la série dans une nouvelle dimension. C'est le genre de moment qui marque le lecteur, celui à partir duquel il sait que la série est entrée en orbite, qu'elle affiche une exigence et qu'elle est en mesure de la tenir.

Fernando Blanco a disposé, c'est évident, d'un script précis, mais il a su le convertir en images, grâce à un découpage fluide et efficace. Le dessinateur espagnol varie les angles de vue, alterne les planches dynamiques et les doubles pages aux enchaînements imparables, joue avec expertise de la valeur des plans et avec des compositions qui insistent toujours sur la lisibilité. C'est remarquable et si avant cela le nom de Blanco vous était méconnu ou inconnu, après il devrait s'afficher en haut de la liste de vos artistes préférés.

Mais, donc, il y a le reste et c'est là aussi que l'épisode impressionne. Ram V ne lâche pas la pression et livre encore quelques scènes intenses que Blanco illustre avec brio. La complicité entre les deux hommes est telle qu'on croirait qu'ils collaborent depuis des années (alors que, sauf erreur de ma part, c'est leur première association). Le dialogue entre Selina et "Pit" Rollins est savoureux, le rôle du détective Hadley montre qu'il n'est pas qu'un second rôle faire-valoir, et les dernières pages sont fabuleuses. La figure du Père Vallée conserve son mystère mais sa résolution à disposer de Catwoman est glaçante.

Ajoutez à cela, c'est essentiel, l'excellence de la colorisation du studio FCO Plascencia, car sans lui l'épisode ne serait tout simplement pas le même (l'importance cruciale du van bleu), et vous comprendrez donc que c'est un sans-faute.

Alors qu'actuellement DC est en pleine tempête (vagues de licenciements liées à la crise sanitaire, incertitudes éditoriales...) et que la saga Death Metal n'en finit pas de finir avant qu'un crossover ne lui succède (et durant Janvier-Fèvrier toutes les parutions soient suspendues pour l'expérience Future State), la lecture de Catwoman et sa réussite artistique relève du miracle.

jeudi 12 novembre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 14-15-16 : MARAUDERS #15 - EXCALIBUR #14 - WOLVERINE #7, de Gerry Duggan, Benjamin Percy, et Tini Howard ; Stefano Caselli, Phil Noto, et Joshua Cassara


Programme chargé cette semaine pour X of Swords puisqu'on a droit à trois nouveaux chapitres, correspondant à Marauders #15 (par Gerry Duggan et Benjamin Percy et Stefano Caselli), Excalibur #14 (par Tini Howard et Phil Noto), et enfin Wolverine #7 (par Benjamin Percy et Joshua Cassara). On entre dans le dur avec les premiers duels du tournoi. Mais les choses vont dégénérer spectaculairement pour les X-Men. Le crossover reste imprévisible, quitte à être parfois frustrant.


Saturnyne s'est jouée de Wolverine en lui faisant croire qu'il l'avait tuée pour mieux lui montrer ce qui arriverait si les champions d'Arakko gagnait le tournoi. A peine remis de cette vision, Wolverine assiste à l'empoisonnement de Cypher qui s'est servi dans son assiette où Guerre a glissé une potion mortelle.


Heureusement, l'Epée Blanche intervient et purge e poison de l'organisme de Cypher. L'assistance est en émoi et Guerre est la cible des reproches de toutes parts. Captain Avalon demande à Saturnyne d'annuler le tournoi mais elle refuse à cause de ce qu'a voulu lui faire Wolverine.
 

Durant le dîner, Cable et Magik testent Isca l'imbattable. Mort et Racine Rouge la Forêt jaugent leurs adversaires krakoans avec un certain dédain. Enfin, Saturnyne désigne les deux premiers champions qui devront se battre le lendemain : Captain Britain contre Isca l'imbattable.


Des trois épisodes de la semaine, celui d'Excalibur réserve la plus grosse surprise et révèle un élément important de ce second acte : dans l'Outremonde, rien ne se passe comme prévu. Et il n'est pas exclu d'y lire des manoeuvres de Saturnyne.


Le duel opposant Captain Britain à Isca l'imbattable tourne court avec le victoire sans appel de cette dernière. Elle fracasse l'épée de son adversaire qui elle-même se brise littéralement en morceaux. C'est l'émoi parmi les X-Men et Captain Avalon accuse Saturnyne de truquer le tournoi.
 

Mais les krakoans n'ont pas le temps d'aller plus loin dans cette querelle car on emmène déjà Cypher pour qu'il se prépare à son face-à-face avec Bei la Lune de Sang. Mais ce n'est pas à un combat qu'ils vont se livrer puisque Saturnyne procède à leurs noces !


Pour Cypher, c'est un soulagement, et Bei lie son destin à celui du jeune mutant sans résistance. Ils ne se comprennent pas mais le mariage est prononcé. Résultat : Arakko mène 2 à 1 après ce match nul...


Wolverine est un mutant populaire et la saga lui a réservé des scènes marquantes dans diverses séries comme dans son propre titre. Il va expérimenter, de manière rocambolesque, les règles folles qui régissent cette compétition dans un épisode mouvementé.


Magik se rend dans le royaume de Fae, gouverné par Roma, pour y affronter Pogg Ur-Pogg. Mais Saturnyne décide que leur duel se règlera au bras de fer et Magik perd. Wolverine, lui, est propulsé dans le royaume sans dessus-dessous de Blightspoke pour vaincre l'Invocateur.


Pourtant, Saturnyne préfère récompenser le perdant qui s'est battu jusqu'à la mort et téléporte Wolverine auprès de Tornade pour qu'ils s'enivrent. Cependant, Guerre affronte Solem, le meurtrier de son mari, pourtant supposé être son allié dans le tournoi.


Wolverine est à nouveau déplacé. Solem, qui avait passé un pacte secret avec lui pour détenir l'épée Muramasa, révèle à Guerre que Wolverine vient de tuer l'Invocateur, le fils de Guerre. Wolverine doit tuer celle-ci pour Solem...

Le rythme effréné avec lequel les auteurs nous jettent, en même temps que les krakoans et les arakki, dans l'arène tranchent singulièrement avec les épisodes de ces deux dernières semaines (Stasis puis X-Men #14 et Marauders #14). Et le moins qu'on puisse dire, c 'est qu'on va vraiment voir nos héros en baver. Au terme de ces trois chapitres, Arakko mène par 5 à 2 !

Je l'écris depuis un moment maintenant mais cela se vérifie à chaque coup : X of Swords dépote méchamment et déjoue toutes nos attentes. Le crossover tire complètement parti de sa longueur pour se déployer en une fresque rocambolesque, où on ne peut rien anticiper. L'ouverture du cahpitre 14 en est l'exemple type : on avait terminé la lecture de Marauders #14 avec Wolverine plantant ses griffes dans Saturnyne... Et bien entendu celle-ci n'est pas morte, elle a lu les pensées de Wolverine et le supplicie en lui montrant ce qui se passera si les arakki gagnent le tournoi - en gros, la fin du monde.

Stefano Caselli peut à l'occasion de ces premières pages de Marauders #15 rendre un hommage à une célèbre couverture de Uncanny X-Men par Marc Silvestri où Wolverine était littéralement crucifié sur un "X" géant. Ce ne sera pas le seul coup d'éclat du dessinateur italien, particulièrement forme, dont le trait expressif et le souci du détail font des merveilles ensuite lors d'un dîner épique, avec empoisonnement, démonstrations de force, dialogues ambigüs, mots d'esprit. Caselli est vraiment un artiste de haut niveau, dont la progression est remarquable : regardez comment il représente l'entièreté de la tablée dans un plan à la composition complexe et parfaitement exécuté. Admirez comment il traduit les émotions qui animent les personnages (la rage de Wolverine, l'excitation juvénile de Magik, la morosité d'Apocalypse, l'ingénuité de Cable, l'assurance de Isca...) : un festival.

Comme la semaine dernière, Gerry Duggan est assisté par Benjamin Percy, sans doute pour veiller à bien traiter Wolverine, qui concentre une bonne partie de l'attention. Néanmoins, le griffu n'est pas le seul à être bien servi car Magik et Cable forment un duo irrésistible et Isca s'impose comme une des arakki les plus charismatiques (son surnom d'imbattable invite forcément à s'interroger sur sa légitimité).

Toutefois, cet épisode n'est pour ainsi dire qu'un amuse-bouche (quand bien même Cypher manque d'y passer). Car dans Excalibur #14 débute le tournoi proprement dit. Et là, le récit accélère à tel point que la machine va s'emballer défitinivement. Tini Howard n'y va pas par quatre chemins et le lecteur comme les X-Men ne seront pas ménagés.

Si donc vous vous demandiez, comme Magik et Cable, si Isca était bien imbattable, la réponse ne se fait pas attendre car elle ne fait qu'une bouchée de Captain Britain. Au point que l'issue de leur duel est presque trop radicale pour n'être que le fait de la supériorité de la guerrière arakki : en effet, Betsy Braddock finit littéralement en morceaux. Et ce, juste avant que Saturnyne ne débarque. On peut raisonnablement douter de l'honnêteté de la majestrix de l'Outremonde quand elle affirme n'avoir rien fait pour provoquer cette défaite de Captain Britain : sa détestation pour Betsy a alimenté toute la série et le sort de la malheureuse apparaît comme un sort lancé contre elle.

Et déjà on passe à la suite, et quelle suite ! Le cas de Cypher (et Warlock) suscitait à juste raison les pires inquiétudes. C'est là que l'imprévisibilité de X of Swords va opérer pleinement puisqu'en fait Doug Ramsey ne va pas avoir à se battre mais à... Epouser son adversaire ! Quiconque prétendra avoir vu ça venir est un fieffé menteur : tout indiquait qu'il allait être opposé à Racine Rouge la Forêt, qui tient un rôle identique au sien au sein de la communauté d'Arakko, et c'est à Bei la Lune de Sang qu'on le voit s'unir très solennellement.

Si ce coup de théâtre est fort, c'est aussi (surtout) parce que personne ne comprend ce que dit Bei (sauf nous mais ses dialogues sont encadrés par des crochets pour signifier qu'elle s'exprime dans un sabir inconnu). Or Doug Ramsey est capable de tout traduire, mais pas là : lui non plus n'entend rien à ce qu'elle dit !

L'autre surprise, même si son nom pouvait le suggérer, c'est que Bei est bien une femme, ce qui correspond à la silhouette qui apparaissait sur la carte de tarot que Cypher avait trouvée dans sa chambre dans la citadelle de Saturnyne. Phil Noto (qui, donc, remplace Marcus To au dessin) joue habilement sur le gabarit équivoque de Bei, plus grande, costaude que le frêle Cypher. En même temps, lorsqu'elle ôte son casque, il lui donne un visage troublant, à la fois beau et androgyne, qui émeut Doug Ramsey (dont la sexualité a toujours fait débat chez les fans - après tout, sa relation avec Warlock prête à confusion).

Howard ajoute à la scène de la cérémonie de mariage un rebondissement superflu avec l'intervention de Jubilé et de son "fils", Shogo (changé en dragon). Noto semble un peu embêté par tout ça mais fait son boulot avec le professionnalisme qui le caractérise (Noto est un artiste que j'aime bien : il est d'une ponctualité irréprochable, son style est élégant et identifiable, il s'adapte partout). En tout cas, cet épisode laisse sans voix par sa tournure : ce n'est pas un défaut car il est très réussi.

Enfin, Wolverine #7 clôt la session de la semaine. Benjamin Percy est seul aux commandes cette fois pour le script et lui non plus ne nous laisse pas de répit. Au point que, pour la première fois, cela provoque une frustration certaine.

En effet, le combat, attendu (pour ma part en tout cas), entre Magik et le monstrueux Pogg Ur-Pogg est expédié. Saturnyne en change les règles sans explication (pas d'épée, mais... Un bras de fer !?!). On est aussi déçu de l'issue que Magik. Ce qui est rageant dans cette scène, c'est qu'on ignore si c'est une décision de Percy, ou un fait acté dès le départ par Hickman et Howard (les architectes de la saga). Je ne peux penser que Illyana Rasputin et Pogg Ur-Pogg n'auront droit qu'à ce trop court moment.

Puisqu'on est dans sa série solo, Wolverine va bien sûr monopoliser l'attention. Percy (avec Duggan dans Marauders) a écrit le griffu comme un lutteur sur les nerfs depuis le début du séjour dans l'Outremonde. Logiquement, il pousse cet état dans ces derniers retranchements à travers une succession d'épreuves absurdes et violentes qui confirment surtout que Saturnyne s'amuse avec les nerfs de tout le monde et du canadien en particulier (qu'elle considère comme une bête sauvage, donc avec encore moins d'égard que Betsy Braddock, c'est dire).

X of Swords semble, par certains aspects, ressembler à une sorte de test graphique aussi. On a vu des dessinateurs remplacer le titulaires du poste sur tel titre (Noto à la place de To, RB Silva à la place de To, Asrar succèder à Yu...) et là, Joshua Cassara s'assied dans le fauteuil de Viktor Bogdaniv pour cet épisode. 

Comme Cassara officiait jusqu'à présent sur X-Force (même si sur le dernier numéro, il était suppléé par... Bogdanovic, vous suivez ?), il présente l'avantage de bien maîtriser Wolverine (héros des deux séries). Il peut ainsi se déchaîner sur le découpage, comme il le prouve pour mettre en scène l'ahurissante et vertigineuse bataille dans le royaume de Blightspoke avec l'Invocateur. C'est, avouons-le, à la limite du lisible, mais au moins ça colle avec cet environnement délirant.

Percy et Cassara orchestrent tout l'épisode sur ce principe : faire perdre ses repères à Wolverine et au lecteur. Le mutant gagne son duel mais la victoire est accordée à son adversaire qui s'est battu jusqu'à la mort. Puis Logan est envoyé auprès de Tornade avec laquelle il se soûle, de quoi raviver la flamme de la passion entre eux deux. Mais alors qu'ils vont s'embrasser, hop ! Wolverine est catapulté en plein règlement de comptes entre Solem et Guerre. 

On atteint des sommets dans l'absurdité car Solem est l'assassion du mari de Guerre et Wolverine celui de son fils, l'Invocateur. Solem a conclu un pacte avec Wolverine pour qu'ils aient chacun une épée Muramasa et cela passe par le meurtre de Guerre... Qui, évidemment, veut faire la peau aux deux ! Et là encore, le gain du match échappe au gagnant évident par le biais de ces manigances.

Bien qu'on ne sache pas combien de temps s'est écoulé entre le premier duel (Captain Britain-Isca l'imbattable) et ce dernier combat (Wolverine-Guerre), l'avantage est très nettement pour Arakko. On a été tellement bringuebalé en trois chapitres qu'on a eu du mal à suivre le score.

C'est grâce à la puissance du récit qu'on octroie la victoire à X of Swords en tout cas, quand bien même j'ai été frustré par le duel Magik-Pogg Ur-Pogg. A deux semaines de la conclusion du crossover et avec six épisodes à venir, je reste impatient de lire la suite de cette saga vraiment jubilatoire et imprévisible. 

dimanche 8 novembre 2020

BLACK WIDOW #3, de Kelly Thompson et Elena Casagrande


Kelly Thompson est en train de réussir quelque chose de vraiment intéressant, original, avec sa reprise de Black Widow. Elle renoue avec l'inspiration, tout en ayant changé de registre (moins d'humour, plus de mystère). C'est accrocheur. Et élégant grâce au dessin d'Elena Casagrande. Pourvu que ça dure (même si j'en doute...).


Toujours en planque devant le domicile de Natasha Romanoff, Hawkeye et le Soldat de l'Hiver s'interrogent sur quoi faire au sujet de leur partenaire. Leurs réflexions sont interropues apr Yelena Belova, l'autre Veuve Noire, qui joue le rôle de la baby-sitter de Natasha et assure contrôler la situation.


Il n'en reste pas moins que Natasha ne va pas si bien que ça comme Yelena s'en aperçoit lorsqu'elle la surprend en train d'essayer sa robe de mariée en pleurs. Elle avoue son trouble, comme si elle était engagée dans une histoire autre que la sienne. Puis se elle ressaisit subitement.


Ces atermoiements n'échappent pas à Arcade et à ses commanditaires qui font tous partie des ennemis et/ou proches de le Veuve Noire. Parmi eux, le Lion Pleureur veut se venger d'elle et a avancé ses pions à l'insu des autres...


En effet, quand Natasha rentre chez elle, elle sent une anomalie. Personne ne lui répond quand elle appelle son mari. Puis lorsqu'elle pénètre dans la cuisine, elle tombe sur plusieurs tueurs. Elle réussit à les neutraliser cependant.


Un dernier tueur retient son mari et leur fils à l'étage et elle s'en débarrasse à son tour. Mais elle est ensuite prise d'un violent malaise et perd connaissance...

Il semble que, quoi qu'on fasse pour appréhender le personnage de Black Widow, ce soit toujours pour l'inscrire dans une intrigue en relation avec son riche passé d'espionne, d'Avenger, d'agent du S.H.I.E.L.D.. Kelly Thompson n'échappe pas totalement à cet écueil mais si elle le contourne efficacement.

Ce troisième épisode démontre en effet que ceux qui sont responsables des profonds changements dans la vie de Natasha Romanoff sont tous des figures connues de son passé : il y a là Viper (une agent de l'Hydra), Le Garde Rouge (son ex-mari), Snapdragon (une mercenaire) et le Lion Pleureur (ou du moins quelqu'un qui a repris cet alias ayant appartenu à un des méchants du run de Waid et Samnee). Pour certains, il s'agit d'écarter Black Widow de leur business, pour d'autres de l'éliminer, et pour les derniers de la faire souffrir. Le Lion Pleureur veut sa mort.

Le lecteur, lui, fait le deuil de l'originalité des deux précédents épisodes où tout suggérait que Kelly Thompson en avait fini avec les histoires du passé au profit d'une machination complexe et diabolique où Black Widow avait raccroché et tout oublié (littéralement).

C'est dommage mais pas désespérant car la scénariste excelle à entretenir le mystère sur cette conspiration et d'autres éléments. Le plus notable étant le bébé qui a à peu près un an alors que Natasha a seulement disparu trois mois et que la dernière fois qu'elle a été vue, elle n'était pas enceinte. Ce n'est pas non plus un enfant adopté dans l'intervalle puisque Yelena Belova s'en est assurée, grâce un test ADN. Thompson révèle le rôle de Belova avec habileté et sans écarter Hawkeye et le Soldat de l'Hiver. On peut parier facilement sur le fait que ces trois-là auront leur mot à dire bientôt étant donné la manière dont se conclut cet épisode.

Même si je suis modérement fan des intrigues au long cours dans une série régulière car c'est un art difficile, j'aurai quand même bien aimé que Thompson ose davantage faire traîner les choses et nous fasse plus durablement douter de l'état de Black Widow. Il y aurait matière à exploiter le lavage de cerveau dont elle a été victime ici et surtout à deviner qui en était responsable, étant donné que Arcade ne pouvait avoir agi seul. Mais il est désormais évident que tout ce pan-là sera résolu au terme de l'arc (donc à la fin du #5 si j'ai bien suivi les solicitations), pour lequel Thompson promet des réponses bouleversantes.

Un autre motif d'inquiétude concerne la partie graphique. Non pas que Elena Casagrande défaille : au contraire, elle continue d'enchaîner brillamment les épisodes et celui-ci offre encore de beauc morceaux de bravoure. Le point culminant est sans aucun doute la double page (voir- ci-dessus) où Black Widow neutralise acrobatiquement une bande de tueurs aux ordres du Lion Pleureur. La décomposition du mouvement, le flux de lecture, le dynamisme de l'ensemble est admirable.

Idem pour les autres scènes, beaucoup plus calmes : Casagrande anime avec brio le dialogue entre Yelena, Clint et Bucky, puis entre Yelena et Natasha. Elle sait découper ces moments de façon à ce que les échanges verbaux ne soient jamais ennuyeux, en variant les angles de vue, la valeur des plans, les expressions des personnages.

Tout cela est particulièrement valorisé par la colorisation de Jordie Bellaire, qui dose ses effets magistralement (l'ombre du feuiilage des arbres sous lesquels se cachent Bucky et Clint et qu'on voit sur leurs visages ; la lumière rasante de la salle d'essayage quand Natasha porte sa robe de mariée, l'absence d'éclairage artificielle dans la maison).

Mais il semble que Casagrande soit un peu à la bourre et elle serait épaulée par Manuel Garcia bientôt (un artiste qui n'a pas du tout le même style qu'elle). A voir comment sa contribution sera gérée (si, par exemple, il dessine des flash-backs, cela passerait, mieux en tout cas que s'il produit des planches que Casagrande n'aura pas le temps de faire). Tout ça m'inquiète un peu dans la perspective du second arc, d'autant plus que Thompson a souvent dû entamer des séries avec un artiste avant qu'on lui en donne un autre, souvent moins bon.

Le plaisir est donc un peu entamé par la tournure plus convenue du récit et les incertitudes liées à sa partie visuelle. Croisons les doigts pour que Black Widow ne se crashe pas...

GUARDIANS OF THE GALAXY #8, de Al Ewing et Marcio Takara


Suite et fin de cet arc de Guardians of the Galaxy : Al Ewing boucle une intrigue qui a échoué à captiver et joue la carte de l'exercice de style. Tout ça manque cruellement de sel et de relief, surtout après les débuts tonitruants de la reprise du titre. Marcio Takara supplée toujours Juann Cabal en faisant de son mieux, mais sans produire de miracles. C'est clair : la série s'essouffle.


C'est donc à Rocket Raccoon que Nova a confié l'enquête concernant l'accusation pour les meurtres de deux diplomates contre Marvel Boy. La mission est mal engagée car Rocket est alcoolisé et l'affaire va s'avérer compliquée à démêler.


Après avoir établi que l'arme qui a tué Val-Lor, le Kree, était saboté, Rocket doit encore innocenter Marvel Boy pour l'assassinat de l'empereur Stote. Il ordonne que la salle de réunion des diplomates soit fermée et que Moondragon sonde télépathiquement toute l'assistance.


Moondragon blanchit tout le monde. Sauf Peacebringer le chitauri, qui porte sur lui une bombe biologique. Phyla-Vell, Hercule, Marvel Boy, Kl'rt se jettent sur lui pour tenter de la désamorcer ou de contenir l'explosion. Mais Rocket passe déjà l'étape suivante en se tournant vers Lani Ko Allo des Baddon.


Sachant que les Badoon ne se déplaceraient jamais pour ce genre de réunions, Rocket démasque l'impostrice : il s'agit de la Profiteuse, la plus grande marchande d'armes de la galaxie, qui compte sur le suicide du chitauri pour provoquer une guerre et donc vendre son arsenal.


Mais Zoralis déjoue son plan : un ennemi inconnu est actuellement en train de décimer plusieurs planètes, ce qui va ruiner la Profiteuse. Elle se téléporte avec le chitauri. Les autres diplomates demandent alors à Valoris le nom de nouvel ennemi...

Rocket Raccoon dans le rôle de Columbo, un whodunnit, et un cliffhanger annonçant le futur event de Marvel : voilà le programme de cet épisode de Guardians of the Galaxy. Je vais spoiler la fin en vous révélant que celui qui est en train de ravager l'univers est Knull, soit le grand méchant de King in Black, la future saga écrite par Donny Cates, en relation avec Venom (dont Cates écrit la série).

Si, comme moi, vous ne lisez pas Venom, le nom de Knull ne va pas vous bouleverser. Pourtant, on va en bouffer du Knull puisque Cates a convaincu Marvel que la menace qu'il représente impacterait la totalité des titres de l'éditeur, jusqu'à Daredevil !

Pour ma part, je suis bien résolu à zapper ce nouvel event mais je ne pourrais pas malgré tout complètement y échapper puisque des séries que je compte lire seront impliquées (à commencer par S.W.O.R.D.). J'ai cru comprendre qu'en ce qui concerne la franchise X-Men, cela resterait périphérique, avec des épisodes dédiés mais détachés de la continuité actuelle (ouf !).

Al Ewing a, lui, décidé de composer avec, sans problème. Dans sa future production S.WO.R.D. donc, mais aussi dans Guardians of the Galaxy. Et ce huitième épisode fait un peu office de mise en bouche. Mais pas que. Car, Ewing a fait quelques déclarations sur ses ambitions pour la série.

Le scénariste a en effet avancé qu'il comptait s'appuyer sur ce titre pour développer une intrigue digne de Games of Throne, et donc investir tout le pan cosmique de Marvel. Ce n'est pas illégitime, puisque les héros évoluent dans le cosmos. Mais quand je pense qu'on trouvait que Mark Millar en faisait trop à chaque fois qu'il "teasait" un nouveau projet à coup de slogans ronflants, je me dis que Ewing (et d'autres de ses confrères actuels) n'ont rien à lui envier.

C'est d'autant plus malheureux que Ewing ne se montre pas à son avantage depuis quelques numéros. S'il a réussi sa reprise de Guardians of the Galaxy, en osant quelques manoeuvres culottées (éliminer Peter Quill/Star-Lord), il semble s'essouffler sérieusement depuis, en jonglant avec un casting qu'il peine à animer équitablement (Phyla-Vell est aussi inexistante qu'au temps de Cates, la romance Marvel Boy-Hercule est artificielle, Nova n'a pas l'étoffe d'un leader, Moondragon a changé sans que cela soit vraiment creusé). 

En ce qui concerne l'histoire entamée le mois dernier et bouclée dans ce numéro, elle ne m'inspire rien. Pour captiver le lecteur avec un whodunnit, il faut un enquêteur original, pas d'une blague comme celle qui consiste à employer Rocketdans le rôle, et il faut que le coupable injustement accusé soit réellement en danger, or on sait très bien que Marvel Boy ne risquait rien dans cette affaire. Et pire : l'identité du vrai coupable laisse indifférent, noyée dans une succession de coups de théâtre qui déplace totalement le coeur de l'intrigue (la mascarade de la Profiteuse - personnage qui semble apprécié de Ewing alors que je ne lui trouve aucun attrait - , la révélation concernant Knull, le rôle grotesque joué par le chitauri).

Visuellement aussi, la série souffre. Son artiste attitré est aux abonnés absents trop souvent (même s'il revient le mois prochain). Marcio Takara le remplace avec beaucoup de professionnalisme et de régularité, mais c'est un dessinateur qui a le charme et les limites d'un fill-in, c'est-à-dire ne dispose pas d'un talent en mesure d'égaler celui qu'il suppléé. 

De manière générale, le problème de fill-in artists chez Marvel est qu'ils sont souvent, voire toujours, beaucoup plus faibles que les titulaires. L'éditeur en possède dix à la douzaine des Paco Medina, Mike Hawthorne, Lalit Kumar Sharma, Sean Izaakse. Takara est de niveau-là. Il tient les délais, mais ne marque pas les mémoires au point de se voir confier une série régulière. Et ce n'est pas vraiment mieux chez DC (même si quelquefois on peut avoir deux artistes ou plus sur une même série avec un excellent niveau). Marvel privilégie la mise en avant de dessinateurs talentueux mais incapables d'assurer mensuellement. Du coup, on entame la lecture de séries avec des étoiles dans les yeux pour se retrouver au bout de quelque temps avec des seconds couteaux aimables mais insuffisants.

Je ne sais pas ce que je vais faire avec ces Guardians of the Galaxy, surtout quand le mois prochain Ewing va faire équipe avec Valerio Schiti (un vrai top talent, et régulier lui) sur S.W.O.R.D., qui investit aussi l'espace pour ses histoires).

samedi 7 novembre 2020

THOR #9, de Donny Cates et Nic Klein


Je me suis sérieusement demandé si j'allais entamer ce nouvel arc de Thor. En effet, si le premier ne manquait pas d'intérêt, il souffrait d'une construction déséquilibrée. Puis Donny Cates a sombré dans un diptyque (#7-8). La perspective du retour de Nic Klein m'a rassuré. Et finalement, même si je ne veux pas m'emballer trop vite, le début de cette nouvelle histoire est troublant. Comme un autoportrait possible de son scénariste ?


Au début de ses exploits, Thor a été puni pour son arrogance par son père Odin, qui, pour lui enseigner l'humilité, a infligé à son fils un alter ego mortel, le Dr. Donald Blake. Mais, même après que les deux entités aient eu conscience l'une de l'autre, une question est restée : où passait Blake quand Thor reprenait sa place ?


Le bon docteur vivait dans une réalité parallèle créée par Odin, une sorte de paradis, immuable. Où Donald Blake a fini par s'interroger sur son retour dans notre dimension. Le temps a passé, il est resté là-bas. Tandis que Thor a fini par succéder à Odin...


Tourmenté par ce qu'il a vécu et testé récemment (l'avenir sombre que lui a montré l'Hiver Noir, le fait que n'importe qui peut désormais brandir Mjolnir), Thor a besoin de prendre du recul. Il demande l'aide de Loki pour veiller sur Asgard en son absence. Et sur Donald Blake qu'il veut rappeler.


Loki accepte, à contrecoeur, car Thor refuse de lui confier ses secrets et que chaperonner Blake ne l'enchante pas. Thor frappe Mjolnir à terre pour rejoindre le royaume des anciens rois morts d'Asgard et laisser la place à Blake.


Mais le dieu du tonnerre et son demi-frère se rendent immédiatement compte, le premier dans la réalité parallèle, l'autre à Asgard, que Blake a bien changé depuis tout ce temps...

Commençons par parler dessin. Nic Klein, après deux mois d'absence, revient et il est en forme. L'épisode lui permet de mettre en valeur d'autres aspects de son talent puisque, contrairement au premier arc qu'il a illustré, il y a peu d'action cette fois. Quelque cases spectaculaires, une bagarre à la fin, mais rien de tonitruant comme pouvaient le réclamer les présences de Galactus et l'Hiver Noir.

On est davantage séduit par la subtilité du découpage puisque le script oblige l'artiste à répéter une même séquence deux fois, avec des différences notables dans l'ambiance et les éléments composant les images. Klein parvient brillamment à diffuser un climat anxiogène à souhait en étant très sobre. Le lecteur sent tout de suite que quelque chose cloche, et en fin de compte le dialogue entre Thor et Loki à Asgard semble moins abouti visuellement, à cause d'un décor beaucoup trop sommaire (l'austérité de l'intérieur de la salle du trône de Thor est en vérité assez misérable si on considère que c'est là que siège le nouveau Père-de-tout).

J'émettrai aussi un bémol sur la représentation de Loki par Klein. Je trouve qu'il le dessine sans attrait alors que la particularité du personnage réside dans sa séduction (si on excepte son apparence initiale). Depuis, qu'il ait été dans un corps de femme (durant le run de J. Michael Straczynski, dessiné par Olivier Coipel), d'un gamin (durant l'ère Matt Fraction-Kieron Gillen, avec les dessins de Pasqual Ferry ou Doug Braithwaite entre autres) ou d'un jeune homme (au sein des Young Avengers de Gillen et Jamie McKelvie ou dans la série Loki agent of Asgard, par Al Ewing et Lee Garbett), on s'est habitué à un Loki plus beau, plus troublant que celui de Klein. 

Toutefois, le dessinateur se rattrape au moment de signer le retour de Donald Blake (voir la planche di-dessus), visiblement inspiré par le look de Tom Hanks dans Seul au monde (de Robert Zemeckis). C'est très probant et raccord avec ce qu'il est devenu, telle que cet épisode le suggère.

Car Donny Cates a eu une idée sinon géniale en tout cas prometteuse pour ce nouvel arc. Cela faisait très longtemps que Donald Blake avait disparu du tableau de la série. Jason Aaron considérait qu'il était devenu inutile. Je pense le contraire : Donald Blake n'est pas seulement une création d'Odin pour apprendre à son fils l'humilité, c'est son talon d'Achille, sa part d'humanité. S'en priver, c'est cantonner Thor à sa seule dimension mythique, divine. Et rares sont les auteurs chez Marvel à être à l'aise avec les héros surpuissants (l'exemple de Sentry reste dans toutes les mémoires : un concept intéressant, rarement bien exploité, et qui aujourd'hui ressemble à une blague qu'on redoute de voir revenir).

L'idée de Cates, c'est que Blake n'a jamais complètement disparu, il était ailleurs, attendant que Thor le fasse revenir. Il séjournait dans une réalité parallèle conçue par Odin, un petit paradis. Qui est devenu insupportable à force d'y vivre, sans nouvelles de son alter ego. On devine alors que faire revenir Blake dans notre dimension va être une terrible idée. Et cela se confirme avec la dernière page, qui semble condamner Thor à vivre le même calvaire que celui enduré par le docteur.

Mais j'ai vu autre chose dans cette idée, peut-être une extrapolation exagérée, mais tout de même plausible. Par un hasard du calendrier,Donny Cates est doublement dans l'actualité cette semaine, avec la sortie de cet épisode de Thor et le lancement de son nouveau titre en creator-owned chez Image, intitulé Crossover.

J'ai pu lire le premier épisode de cette nouvelle production (je ne vais pas m'y attarder car je n'ai pas été convaincu). Grosso modo, l'argument repose sur l'arrivée dans notre monde (enfin presque notre monde, disons une uchronie où les principes de Frederic Wertham auraient triomphé, c'est-à-dire où les comics seraient considérés largement comme une littérature néfaste, corruptrice, pour les jeunes, et condamnée à être brûlée) d'un personnage issu d'un comic-book où les surhommes ont fini par déclencher une guerre sans fin destructrice. Ce personnage de fiction n'est pas un surhomme, simplement une jeune fille témoin des actions ravageuses des surhommes, mais néanmoins aussitôt désignée comme une aberration dangereuse.

Là où je veux en venir, relativement à l'argument développé dans Thor, c'est qu'il y a deux Donny Cates, comme il y a Thor et Donald Blake, à la manière du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde. D'un côté, il y a ce scénariste mainstream qui travaille pour la major Marvel sur des séries à succès (Thor et Venom), et qui compose avec les codes en vigueur chez son éditeur (l'univers partagé, le fait de ne pas être propriétaire des personnages qu'il écrit, etc). De l'autre, il y a un auteur indépendant, qui se défoule chez Image Comics, mais en utilisant dans sa dernière création l'univers des super-héros comme d'un postulat.

Et là où ça devient, disons, étonnant, c'est quand on lit les déclarations de Cates pour présenter Crossover. Il dit que les super-héros (et donc les comics de super-héros par extension) sont comme des virus, qui rendent fous les fans, prêts à encenser les scénaristes quand les histoires leur conviennent mais à les vilipender quand ce n'est pas le cas (il a raison). Il ajoute aussi qu'il a eu l'idée originale, nouvelle, d'écrire une histoire du point de vue de "l'homme de la rue" pour examiner ce qu'il ressentirait dans un monde effectivement peuplé de super-héros, en étant témoin, peut-être victime de leurs batailles...

Le souci, c'est que, non, Donny, ton idée n'est ni originale, ni nouvelle. Demande à Kurt Busiek ce qu'il en pense. Tu sais, l'auteur de Marvels et Astro City, deux comics où "l'homme de la rue" vit dans un monde peuplé de super-héros, où il est le témoin de leurs exploits et de leurs dégâts. Ou alors relis 1985 de Mark Millar, où un jeune garçon se trouve propulsé dans l'univers Marvel. 

Et donc ? Donc Donny Cates a peut-être déraillé, pas aussi radicalement que Donald Blake, mais suffisamment pour prétendre avoir inventé quelque chose qui a existé bien avant lui, de manière suffisamment mémorable. Peut-être se croit-il arrivé, ou trop malin. C'est d'ailleurs un peu le mal de beaucoup de ses confrères (tels Al Ewing, Scott Snyder, James Tynion IV, Chip Zdarsky...) qui semblent en ce moment voulor faire croire qu'ils ont inventé la poudre, alors qu'ils ne font que la recycler. Il faudrait redescendre un peu, les gars,et vous rendre compte que non, vous n'êtes pas les nouveaux Alan Moore ou Frank Miller, mais seulement les héritiers de Stan Lee. Vos concepts ne sont ni inédits, ni novateurs. Vos discours méta sur les comics sont déjà explorés depuis les années 80, soit la décennie où vous êtes nés ou avez commencé à lire des comics.

On assiste donc avec Thor #9 à une sorte de collision, de singularité (comme les affectionne Hickman, qui tape plus haut et réussit plus sûrement), entre les intentions et la réalité. Cet épisode (et probablement tout l'arc à venir, puisqu'il va de déployer sur cette fondation) apparaît comme un dommage collatéral des déclarations d'intentions de son scénariste, trop sûr de lui, qui se plante en jouant au plus malin. Comme Thor, Donny Cates va devoir apprendre l'humilité. Mais qui jouera le rôle d'Odin chez Marvel pour la lui enseigner ?