jeudi 23 novembre 2017

JUPITER'S LEGACY : BOOK ONE, de Mark Millar et Frank Quitely


Interrogé par le défunt magazine "Comic Box" au sujet de cette série, Mark Millar, avec son bagout habituel, répondait pour encourager les lecteurs français à s'y plonger : "je n'aurai pas peur d'y aller franco et de dire que c'est le meilleur comic de super-héros jamais produit !(rires) J'y ai mis tout ce que j'aime et que je voulais depuis longtemps. Toutes mes idées les plus radicales ! Et Frank [Quiteley] a encore dessiné des merveilles.(...) J'aime tellement ce comic-book que je pense qu'il devrait être vendu à côté de la Bible dans les rayons ! (rires)". Alors, partons à la découverte de Jupiter's Legacy.


1932. Ruiné par le crash boursier de 1929, Sheldon Sampson embarque avec sa fiancée Grace, son frère Walter et trois autres amis à bord d'un bateau pour une île mystérieuse qui lui est apparue en rêve. Il a la conviction que cet endroit lui apportera non seulement de quoi se refaire mais aussi de quoi refonder le monde en lui évitant de nouvelles crises. De nos jours, Sheldon est devenu The Utopian, le plus grand super-héros de la planète, à la tête d'une dynastie de surhommes dont il exige qu'ils utilisent leurs pouvoirs pour le bien de la communauté. En revanche, son frère Walter, également doté de capacités extraordinaires, veut se mêler de politique activement et s'oppose à Sheldon à cause de cela. Pour ce dernier, les gouvernements élus librement par les citoyens sont seuls responsables et il faut le respecter. Marié à Grace, Sheldon doit en outre composer avec leurs deux enfants, Brandon et Chloe, qui mènent une vie de débauche.


Chloe survit miraculeusement à une overdose mais, à l'hôpital où elle a été admise, l'infirmière lui apprend qu'elle est enceinte. Parallèlement, Brandon utilise ses pouvoirs pour remorquer un porte-container mais l'opération manque de tourner à la catastrophe car il est alcoolisé et drogué. Sheldon sauve la situation en réprouvant une fois de plus le comportement inconséquent de son fils. Chloe réussit à sortir de l'hôpital en évitant les paparazzi pour rejoindre Hutch, un dealer, qui est son amant occasionnel et aussi le père de son futur enfant, mais encore le fils du plus grand super-vilain connu (autrefois vaincu par The Utopian). Walter, excédé par la rigidité de son frère, aborde Brandon, humilié et revanchard, pour qu'il l'aide à neutraliser Sheldon.
  

Sheldon, ayant appris que Chloe s'était réfugié chez Hutch, convoque celui-ci et exige qu'il quitte sa fille, refusant que leur enfant soit élevé par deux toxicomanes. Hutch promet de renoncer à ses vices sans convaincre son beau-père. Ce dernier intercepte une alerte et s'absente promptement mais tombe dans un piège où tous les surhommes sous ses ordres se tournent contre lui. Brandon l'achève et Walter arrive, après avoir assassiné Grace, pour lui dicter la suite de ses plans. Seuls Chloe et Hutch ont réussi à échapper à cette trahison meurtrière mais sont désormais condamnés à une existence de fugitive.


Retour en 1932 : Sheldon et sa bande accostent sur l'île mystérieuse qu'ils explorent toutes affaires cessantes. Il y découvre les traces d'une civilisation très avancée puis un portail inter-dimensionnel qui les mène devant des extra-terrestres. Ceux-ci les dotent de leurs super-pouvoirs... 90 ans plus tard, Chloe et Hutch élèvent Jason, leur fils, âgé de huit ans, en Australie. Le garçon a interdiction d'utiliser ses pouvoirs pour qu'ils continuent à vivre paisiblement car entre temps Walter a mis en place une police mondiale traquant tous les surhumains ayant refusé de se faire enregistrer. Malgré cela, Jason désobéit et finit par être repéré comme le signale Walter à Brandon en lui expliquant qu'il a chargé un "professionnel" de trouver les parents du gamin qu'ils soupçonnent être Chloe et Hutch.


Son secret découvert par ses camarades de classe et ses parents, Jason est réprimandé par sa mère avant d'être attiré dans un piège par le chasseur de surhommes clandestins, Barnabas Wolfe. Hutch et Chloe n'ont d'autre choix que de sortir de l'anonymat pour porter secours à leur fils. Puis la famille va se réfugier au Pôle Nord où Chloe est résolue à contre-attaquer : elle invite Hutch à contacter toutes ses anciennes connaissances pour organiser un réseau de résistance contre les super-héros qui vont les traquer.

La production des cinq épisodes de ce premier volume s'est étalé de 2013 à 2015 à cause des retards pris par Frank Quitely qui, comme tous les collaborateurs prestigieux qu'a réussi à attirer Mark Millar pour ses projets en creator-owned, a lâché tous ses engagements avec les grands éditeurs pour cette aventure indépendante, publiée par Image Comics. Cette péripétie a conduit le scénariste à ensuite ne plus sortir de mini-séries qu'une fois celles-là totalement achevées afin que le lecteur puisse l'acheter mensuellement.

Mais, comme on dit parfois dans ces cas-là, ça valait le coup d'attendre car le résultat, s'il n'égale peut-être pas la Bible ou ne dépasse pas d'autres sagas mémorables en comics, est remarquable et surtout donne une irrépressible envie de lire le tome 2 (un troisième serait même envisagé, même s'il n'est pas acquis que Quitely soit encore de la partie).

On peut apprécier ce récit sur deux niveaux : le premier est un concentré de super-héroïsme (et de super-vilenie), qui explore des questions comme l'altruisme, la paternité, l'héritage, le rapport au(x) pouvoir(s) ; le second est une réflexion synthétique mais pas manichéenne sur la conquête, l'action préventive, la famille, la domination. Millar est particulièrement inspiré dans ces deux registres qui, effectivement, manient des thèmes qu'il a toujours affectionné et déjà exploité dans ses projets mainstream (Civil War, Ultimates).

On retrouve ainsi des motifs familiers pour ses fans : deux frères dont la conception de l'héroïsme aboutit à un schisme radical, l'enregistrement pour encadrer leur action des super-héros, le poids écrasant pour de jeunes surhumains d'avoir des parents exemplaires, la confrontation entre une morale ancienne et une autre plus moderne, dénuée de scrupules. L'auteur étend cela sur un plan plus large, plus ambitieux avec le personnage de Walter qui se pique de politique en voulant conseiller Barack Obama (cité mais jamais montré, ce qui est tout aussi efficace) à la veille de son second mandat avant, huit ans plus tard, d'être devenu calife à la place du calife (Millar a révélé que, dans son adolescence, Iznogoud, de Goscinny et Tabary, avait été une de ses lectures franco-belges favorites) et d'appliquer ses idées de manière autoritaire.

Malgré tout, Millar a tenu à rester dans un cadre fictionnel et divertissant. Pour cela, il n'insiste pas trop sur certains points afin de conserver un sens du merveilleux volontiers naïf, comme lorsqu'il met en scène les flash-backs avec Sheldon, Walter, Grace et leurs amis à la recherche d'une île mystérieuse où ils rencontrent d'étranges extra-terrestres mutiques les dotant de super-pouvoirs. Tout cela est influencé, et assumé comme tel, par l'âge d'or des premiers surhommes de la BD et des romans d'aventures - un passé exotique, désuet qui peut être interprété comme une époque dont Sheldon veut continuer à honorer la mémoire alors que Walter s'en moque.

La filiation est également développée via les personnages de Chloe et Brandon, puis Jason, le fils de Chloe et Hutch. Si leurs parcours respectifs sont exposés de manière simple, presque sommaire ou convenu, c'est selon, le souffle et le rythme de l'intrigue nous emportent sans mal, culminant avec la mort violente et décisive de Sheldon et Grace qui confirme la frustration haineuse (manipulée par Walter) de Brandon et le sursaut de Chloe. Et Millar réussit, malgré ce climax, à rebondir pour, dans les deux derniers épisodes, donner une direction encore plus palpitante à l'ensemble.

L'auteur a raison de louer la qualité du travail de son dessinateur car si on sait déjà que Frank Quitely est un prodigieux storyteller, maniant en virtuose tous les aspects techniques de son art - science du découpage, composition des plans, diversité des personnages et des décors, suggestion impressionnante du mouvement (on ne compte plus les scènes admirablement mises en scène dans ce sens).

Mais son dessin s'épanouit formidablement dans l'histoire de Millar qui écrit du sur-mesure pour tous ses artistes en jouant sur leurs forces tout en leur laissant une grande liberté, en ne détaillant visiblement pas excessivement à quoi doit ressembler la page. Quitely peut s'éclater dans des plans larges puis d'autres plus serrés, sans jamais sacrifier à son goût pour le détail, à son génie de la suggestion. La représentation des pouvoirs a rarement été aussi habile tout en étant aussi épuré. L'artiste semble, chaque fois, vouloir trouver la solution la plus astucieuse pour optimiser le script, donner le maximum d'impact à chaque séquence, traduire l'intensité de chaque action. C'est aussi impressionnant que jubilatoire.

Pour tout cela, effectivement, Jupiter's Legacy ressemble à un concentré de Mark Millar, hommage d'un passionné de bandes dessinées qui sert sa passion avec toute l'énergie d'un bateleur dont le dynamisme parfois cabotin ne doit pas faire oublier son talent de conteur et sa capacité à tirer le meilleur de ses partenaires.  

mercredi 22 novembre 2017

GLOW (Saison 1) (Netflix)


Mis en ligne sur la plateforme Netflix en Juin dernier, la première saison de GLOW a fait partie des séries remarquées du producteur-diffuseur, récoltant des critiques élogieuses et un renouvellement pour une deuxième année (certainement en 2018). Et c'est tout à fait mérité car le show créé par Carly Mensch et Liz Flahive est une réussite sensationnelle.

Ruth Wilder (Alison Brie)

1985, Los Angeles. Ruth Wilder, la trentaine, court les auditions sans jamais parvenir à décrocher un rôle intéressant malgré l'implication qu'elle y met et un talent évident. Après un énième échec, une directrice de casting la rappelle pourtant pour lui proposer un rendez-vous à condition d'être prête pour une "expérience spéciale" (mais en promettant qu'il ne s'agit pas d'un porno). Le même soir, Ruth voit arriver chez elle Mark Eagan, son amant, avec lequel elle accepte de coucher une nouvelle fois, toute à sa joie d'avoir un job. 

Sam Sylvia (Marc Maron)

Le lendemain, elle se rend à l'adresse qu'on lui a communiquée : c'est un hangar avec en son centre un ring face auquel, sur des gradins, patientent déjà une bande de femmes de toutes origines et de tous âges. Sam Sylvia, un réalisateur de séries Z, leur détaille alors le projet qui les réunit : il s'agit de monter un spectacle de catch féminin pour une chaîne de télé. Cette proposition saugrenue en fait fuir quelques-unes, mais pour la douzaine qui reste c'est une opportunité unique pour avoir un boulot. Parmi elles, Ruth tente sa chance.

Les futures Georgeous Ladies of Wrestling

Sam a soigné son affaire : il distribue à chacune un rôle et un scénario afin que le divertissement soit assuré. Toutefois, ses initiatives rendent perplexes Sebastian "Bash" Howard, le jeune producteur, un fils à maman de bonne famille mais réellement passionné par la lutte : il préférerait jouer sur des stéréotypes (permettant aux téléspectateurs de s'identifier facilement) et plus de légèreté. Entre temps, Debbie Eagan, la femme de Mark et meilleure amie de Ruth, a appris la liaison de ces deux-là et annonce à la dernière qu'elle ne veut plus la fréquenter. Cette scène inspire à Sam une idée : faire combattre les deux rivales.

Justine Biagi (Brit Baron)

L'entraînement commence . Les filles font preuve de bonne volonté même si certaines ne s'entendent pas toujours cordialement (Cherry, la coach, et Melanie). D'autres sont rattrapées par leur passé (Sheila vit cette expérience comme une sorte de test après avoir avoir été longtemps seule), par leur famille (Carmen est issue d'une famille où son père et ses deux frères sont des catcheurs professionnels), ou doivent composer avec les préjugés de leurs personnages (Arthie, une indienne jouant une libanaise terroriste). Mais surtout, après d'âpres négociations et parce qu'elle ne veut plus occuper le domicile conjugal  (malgré la menace d'un divorce et la perte de la garde de son bébé), Debbie rejoint la troupe dont Sam lui a garantie qu'elle serait la vedette. 

A l'entraînement

Alors que Ruth galvanise ses camarades en prenant elle-même très à coeur la composition de son personnage, Sam doit se démener avec Rhonda, une de ses lutteuses qui couche avec lui, et Justine, qui se comporte comme une groupie étrange avec lui. Debbie lui impose aussi ses caprices quand elle estime ne pas trouver parmi les filles une adversaire digne de la mettre en valeur... Jusqu'à ce que le réalisateur lui fasse admettre que Ruth est parfaite pour cela. Mais Ruth découvre qu'elle est enceinte de Mark et s'en ouvre à Sam qui l'accompagne jusqu'à une clinique pour qu'elle avorte selon son souhait.

Sebastian "Bash" Howard (Chris Lowell)

Tandis qu'une salle doit être louée pour tourner le "pilote" du show, "Bash" est mortifié lorsque, après une réunion avec les cadres de la chaîne télé, il avoue à Sam que sa mère lui a coupé les vivres. Tout le projet est compromis... A moins de profiter des circonstances. Les filles s'emploient alors à collecter de l'argent tout en s'attelant à la confection de leur costumes et accessoires. Et "Bash" les entraîne chez sa mère qui organise une collecte de fonds pour de jeunes toxicomanes au cours de laquelle il présente les lutteuses comme d'anciennes junkies qui se sont réhabilitées par le sport. Sa mère lui confisque les dons de ses invités mais consent à lui prêter une salle de danse pour le tournage.

"Zoya la destructrice" et "Fortune Cookie" (Alison Brie et Ellen Wong)

Sam, qui s'est soûlé lors de la soirée et a fait des avances à Justine, apprend, sidéré et dévasté, que celle-ci est sa fille, conçue avec une aventure sans lendemain. Il n'assiste pas aux répétitions du show que régit Ruth après la défection de Debbie, qui a décidé de donner une seconde chance à Mark. Quelques filles, pour remplir la salle, vont offrir des places à des spectateurs patientant devant un cinéma qui projette "Retour vers le futur". Le spectacle peut commencer.

Debbie "Liberty Belle" Eagan (Betty Gilpin)

Les Georgeous Ladies Of Wrestling enchaînent les combats avec un abattage irrésistible devant un public de plus en plus déchaîné, parmi lequel se trouvent Debbie et Mark, qui ne cesse de se moquer d'elles. Quand arrive le final, agacée, Debbie défie Ruth dans son rôle de "Zoya la destructrice soviétique" et monte sur le ring l'affronter en tant que "Liberty Belle". C'est la folie dans les gradins et sous les yeux de Sam et Justine tandis que deux caméramen enregistrent tout... Quelques jours après, les filles sont toutes réunies devant un poste de télé pour regarder la diffusion de la première émission, même Debbie qui n'a pas encore complètement pardonné Ruth.

Il y a quasiment dans GLOW tous les ingrédients pour provoquer les ricanements du téléspectateur et l'inciter à douter de la qualité d'une série pareille, mais c'est aussi comme si les deux créatrices du show, Liz Flahive et Carly Mensch, avaient volontairement choisi de cumuler toutes ces difficultés pour nous prouver, selon la formule bien connue, qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture.

Nous voilà transportés en 1985 avec ses looks improbables, ses coupes de cheveux impossibles, sa musique ringarde, dans le monde du catch, féminin de surcroît : plus kitsch tu meurs ! En comparaison avec d'autres séries qui explorent notre passé récent (comme par exemple l'excellent The Americans et son couple d'espions russes infiltrés aux Etats-Unis), rien ici ne paraît voler bien haut mais invite plutôt à la rigolade régressive.

Erreur ! Car ce qui distingue GLOW, c'est que derrière son titre acronyme (pour Georgeous Ladies of Wrestling, soit les Superbes dames du Catch), se cache un tout autre défi, beaucoup plus fin, nuancé et touchant. Loin de ridiculiser ses héroïnes, la série les sublime en nous offrant une prodigieuse galerie de caractères, interprétée par des actrices qui s'emparent de leurs personnages avec la même communicative énergie que les lutteuses montent sur le ring.

Il est donc question de féminisme dans cette affaire mais sans discours pontifiant : le seul point commun que partage cette troupe de filles, c'est d'en être arrivés là comme au terminus. Ce job de lutteuses, c'est leur dernière chance de briller, d'exister, de s'assumer, s'assouvir une passion. Certaines se saisissent de leur partition avec crânerie, sans beaucoup de sérieux au début, et créent puis doivent assumer les tensions qu'elles provoquent. D'autres veulent s'inscrire dans une tradition familiale, ou bien re-goûter à une vie sociale pour fuir la solitude, la marginalité. Toutes leurs motivations sont formidablement détaillées et bien cernées, ce qui permet au téléspectateur de les identifier facilement alors que le casting est fourni.

En parallèle l'histoire, riche en rebondissements, tour à tour dérisoires ou graves (il est question autant d'apprendre les gestes du catch que d'assumer un avortement), montre habilement la progression du spectacle en train de se construire, depuis la réunion inaugurale dans un hangar douteux jusqu'au tournage dans une salle de danse en passant par la vie dans un motel privatisé, les rencontres avec le sponsor, les réunions avec les décideurs de la chaîne, la participation (épique) à une collecte de fonds de la dernière chance. Savoir mêler l'intime (la vie des filles entre elles et de chacune, avec en point d'orgue la relation abîmée de Ruth et Debbie) et le spectacle (avec les entraînements, les répétitions, la composition des personnages de lutteuses, jusqu'au final flamboyant) est la grande réussite du show.

J'ai évoqué plus haut la contribution des actrices et la distribution est effectivement extraordinaire : Britney Young ("Machu Picchu"), Jackie Thon ("Melrose"), Sydelle Noel ("Junk Chain"), Kia Stevens ("Tax Queen"), Kate Nash ("Britannica"), Brit Baron ("Scub"), Gayle Rankin ("She-Wolf"), Ellen Wong ("Fortune Cookie"), Sunita Mani ("Beyrouth"), elles sont toutes fabuleuses. Mais la série doit énormément aussi à l'épatant Marc Maron (loser attachant), Chris Lowell (petit bourge sympa), et surtout au duo formé par Betty Gilpin ("Tu es Grace Kelly. Grace Kelly sous stéroïdes." dixit Sam Sylvia à sa "Liberty Belle") et Alison Brie (inouïe de pep's et d'émotion - si elle ne finit pas par décrocher un Emmy award avec ce rôle, je n'y comprends rien).

Même s'il y flotte une mélancolie troublante, GLOW est un concentré de bonne humeur, une série en état de grâce, un exercice d'équilibre virtuose. Vous savez ce qu'il vous reste à faire si vous ne l'avez pas encore vu !  

mardi 21 novembre 2017

AMAZING SPIDER-MAN #25, de Dan Slott et Stuart Immonen


Voilà six mois que Stuart Immonen a rejoint Dan Slott pour assurer les dessins d'Amazing Spider-Man et, finalement, j'ai craqué pour le plaisir de lire un de mes artistes favoris, alors j'apprécie moyennement le scénariste de la série (série que, par ailleurs, je n'avais plus lu depuis un bail). C'est donc parti pour un premier arc, qui sera court (4 numéros) mais prometteur (le retour d'un des pires ennemis du Tisseur).


Contre l'assurance qu'il le laissera mener ses affaires tranquillement à San Francisco, Wilson Fisk alias le Caïd procure à Spider-Man une clé USB qui lui permettra de retrouver sa némésis : Norman Osborn. Direction : le Delvadia où l'ex-Bouffon Vert serait à la tête d'un trafic d'armes, le visage refait. Avec une équipe d'agents spéciaux locaux - Devil-Spider et Tarantula - et Mockingbird - représentant le SHIELD, supervisant l'opération - , le Tisseur attaque le repaire d'El Facoquero, supposé être Osborn. Mais une fois celui-ci arrêté et des examens d'identification effectués, ce n'est pas le cas.
   

Reste alors à Peter Parker à déterminer où pourrait le frapper son ennemi : il pense à une réception programmée à Honk-Kong en l'honneur de la Fondation Oncle Ben qu'administre sa tante May. Il confie cette dernière à son ami et associé Harry Osborn et prend un avion de ligne avec Bobbi Morse (Mockingbird). Durant le trajet, constatant la similarité de leurs situations, Peter drague sa partenaire mais c'est alors que May et Harry les surprennent, ayant embarqué à l'insu du couple dans le même avion pour participer à la réception.
   

Une fois à Honk-Kong, Spider-Man et Mockingbird visitent les bas-fonds de la ville à la recherche d'informateurs sur une vente d'armes. Après avoir tabassé plusieurs crapules locales, ils découvrent un dépôt dont le chef des gardiens passe aux aveux et apprennent qu'Osborn compte se rendre à la réception de la Fondation Oncle Ben.


Les deux héros rejoignent le plus vite possible les lieux mais en s'en approchant, Spider-Man, repère un sniper camouflé sur le toit d'un immeuble voisin. Il le neutralise et découvre qu'il s'agit d'une vieille connaissance, présumée morte, qui s'apprêtait en fait à exécuter Norman Osborn...

Evacuons d'entrée de jeu mon sentiment au sujet de Dan Slott : je l'ai toujours trouvé imbuvable en interview, le genre de bonhomme à se moquer de son interlocuteur, à à faire le malin, tout en justifiant ses choix d'écriture par des pirouettes et l'orientation de ses intrigues échevelées par des promesses dont n'importe quel fan sait très bien qu'elles sont intenables puisqu'il n'a pas la propriété du personnage qu'il anime depuis sept ans.

Cela n'en fait pas un scénariste dénué de talent, au contraire, même s'il faut bien avouer que certaines de ses obsessions sont lassantes (son favoritisme affiché pour Dr. Octopus, certaines sagas foireuses - cf. Spider-Verse). Il n'empêche, la critique lui accorde régulièrement de bonnes notes et le public suit (même si, en ces temps de crise, même les ventes d'Amazing Spider-Man ne sont pas faramineuses - surtout si on les compare à celles du concurrent direct, Batman).

Depuis 2015, Slott a établi Peter Parker dans une situation nouvelle (même si on sait déjà qu'elle est condamnée à n'être que temporaire) : après avoir été pendant des années un sympathique loser courant après l'argent pour payer ses factures, photographe-pigiste pour le "Daily Bugle" ou enseignant, il a breveté un système de communication électronique révolutionnaire qui lui a apporté la richesse et le statut de chef d'entreprise. Après la saga globale Secret Wars, en l'absence de Reed et Sue Richards, il installe le siège de son affaire dans le Baxter building avec l'accord de Johnny Storm/la Torche humaine et Ben Grimm/la Chose, ses amis. Son empire s'étend à travers le monde, lui attirant de nouveaux types d'ennuis (dont une rivalité avec Tony Stark, qui a désormais pour assistante Mary-Jane Watson, son ex).

Récemment, pourtant, pour déjouer le plan d'un ennemi, Peter a dû pirater son système informatique, ce qui lui a valu le courroux de ses clients. C'est dans ce contexte tendu que débarre l'histoire The Osborn identity où le Caïd offre au Tisseur l'opportunité de mettre la main sur Norman Osborn. Slott a fait de ce dernier un criminel de haut vol, versé dans le trafic d'armes, et qui se cache derrière des masques greffés sur son visage grâce à une technologie dérobée au Caméléon : l'idée est amusante bien que complètement irréaliste.

Ce premier chapitre se distingue par sa pagination, rien moins que quarante pages : même si ensuite on revient à un format traditionnel, sachant que la série sort toutes les trois semaines, il faut un artiste capable de tenir une cadence soutenu et avoir récupéré Stuart Immonen (après son escapade chez Mark Millar pour le premier volume d'Empress) est un coup gagnant.

Le dosage entre action et moments plus posés est parfait, même si on sent chez Slott une soif d'animer Spider-Man davantage que Peter Parker - quand bien même Parker reste le moteur de l'intrigue (selon la formule qui veut, chez Marvel, qu'une bonne histoire doit d'abord partir du personnage civil). Immonen est de toute façon à l'aise dans tous les registres et sait composer idéalement une scène dans un appartement ou une cabine d'avion en variant le découpage de manière alerte comme orchestrer des bastons spectaculaires à l'image du raid dans le Q.G. d'El Facoquero ou de la descente dans le quartiers mal-famés de Honk-Kong.

Entre temps, profitant du nombre de pages plus important, Slott glisse un début de flirt entre Parker et Bobbi Morse en exploitant le fait que tous deux vivent une double existence agitée qui les empêche d'être en couple. Mockingbird fait désormais partie de l'entourage de Spidey depuis une vingtaine d'épisodes car Parker fait affaire avec le SHIELD et qu'elle est la seule à savoir qu'il est Spider-Man (même s'il a engagé une doublure pour les occasions où il doit se montrer en public sans qu'on puisse le soupçonner d'être sous le masque du justicier). Les intentions du scénariste sont évidentes : Mary-Watson étant occupée ailleurs (dans la série Invincible Iron Man de Bendis), l'ex-épouse de Clint Barton sera bientôt la nouvelle compagne du Tisseur (en espérant qu'elle aura plus de chances que la moyenne de ses conquêtes, régulièrement menacées de mort ou sacrifiées au gré d'intrigues... Mais Mockingbird dispose de ressources pour se défendre que n'avaient pas les autres).

L'épisode se clôt sur une surprise comme les aime Slott avec le retour d'un personnage, historiquement lié à Spider-Man, mais qu'on croyait mort et dont la présence va générer d'immanquables tensions (son objectif croisant celui du héros tout en devant être accompli de manière plus radicale). C'est accrocheur. Et Immonen ayant signé pour un bail a priori assez long, je vais certainement rester accroché au Tisseur un moment.   

lundi 20 novembre 2017

HAWKEYE #12, de Kelly Thompson et Michael Walsh


Dans le précédent numéro, les aventures de Kate Bishop comme détective privée à Los Angeles ont pris un tour nettement plus personnel, avec la culmination de révélations sur Madame Masque, son père et sa mère. Ce 12ème épisode marque donc le début d'une sorte de troisième acte pour la série Hawkeye qui fête donc sa première année d'existence dans cette version.


Lorsqu'elle s'est échappée du repaire de Mme Masque, Kate Bishop a dérobé une liste des clients de son ennemie et elle va l'exploiter pour retrouver la criminelle qui, espère-t-elle, la mènera à sa mère - même si son père, Derek, a avoué l'avoir tuée. 

Kate se rend donc pour commencer dans un bar dont l'adresse figure sur la liste et où elle trouve Laura Kinney/Wolverine et sa jeune partenaire Gabby en découdre avec une bande de malfrats. Elle les aide à les neutraliser puis les conduit à son agence avant l'arrivée de la police.


Laura et Gabby sont à Los Angeles pour y arrêter un certain Jacob Damon qui conçoit des clones à partir de leur ADN. Kate les convainc de faire équipe avec elle, étant donné que leurs objectifs sont similaires et qu'elle dispose d'informations pouvant les aider.


Elles se rendent toutes les trois chez Jacob Damon qui les piège grâce à gaz soporifique. Lorsque les trois filles reviennent à elles, elles sont enchaînées et pendues par les pieds mais Kate réussit à les libérer au moment où un régiment de clones de Damon surgit pour les éliminer. Elles les neutralisent facilement et Kate laisse une lettre à l'intention de la police révélant les activités du savant.


Laura et Gabby quittent Kate qui rentre à son agence, consciente qu'elle a besoin de renforts pour progresser plus vite. Comme elle s'apprête à appeler Clint Barton, celui-ci se présente car il a également besoin d'elle...

Comme pour les #5-6, la scénariste Kelly Thompson orchestre une team-up - l'alliance de deux héros - savoureuse et retrouve, pour l'occasion, le dessinateur Michael Walsh avec qui elle avait déjà raconté le partenariat de Kate Bishop et Jessica Jones.

L'épisode se lit très rapidement, mais ce n'est pas un défaut : cela prouve que l'auteur conduit son récit avec un rythme soutenu, une narration très fluide, où le prétexte de la réunion de Laura Kinney (ex-X-23, maintenant détentrice du pseudonyme et du costume de Wolverine... Reste à savoir pour combien de temps maintenant que Logan est revenu d'entre les morts depuis Marvel Legacy #1) et Hawkeye passe comme une lettre à la Poste.

Bien sûr, la ficelle est un peu grosse (encore une histoire autour des clones et de leur trafic mené par Mme Masque et, cette fois, un savant qui reproduit des Armes X), mais la scénariste en a visiblement conscience et préfère s'en amuser, comptant sur la complicité (l'indulgence ?) des lecteurs. Comme depuis le début de cette version de la série, une certaine légèreté est de mise, on accepte que deux héroïnes, n'évoluant pas dans la même sphère, se retrouvent aussi opportunément sur le même dossier. Et puis ça fait plaisir, pour une fois, d'observer une mutante qui évolue en dehors de ses semblables (alors que tous les X-Men semblent ne côtoyer que les leurs et ne combattre que des menaces pour leur communauté).

Walsh supplée Leonardo Romero (avant son retour le mois prochain) sans que le résultat en pâtisse. Certes, le dessinateur américain a un trait moins élégant et travaillé que son collègue italien, mais il respecte la charte graphique de la série, notamment en ce qui concerne les gimmicks visuels propres à Kate, ou l'emploi de belles doubles pages très bien découpées (pour une scène d'explication amusante ou une baston contre un régiment de clones bien chorégraphiée). La coloriste Jordie Bellaire, toujours au top, fait le reste, sa palette contribuant aussi beaucoup à la cohérence esthétique de la série, même quand son artiste régulier est absent.

La fin de l'épisode fait particulièrement plaisir à ceux qui (comme moi) se lamentaient de revoir ce bon vieux Clint Barton et la réunion des Hawkeye : la suite s'annonce très prometteuse et permet au titre de conserver sa place de choix dans les lectures attendues produites par Marvel (dans une période où l'éditeur fait face à une transition - départ de Bendis, démission de l'editor-in-chief, baisse des ventes...).

dimanche 19 novembre 2017

DEFENDERS #7, de Brian Michael Bendis et David Marquez


Progressivement, on en sait plus sur la fin des activités de Brian Michael Bendis chez Marvel : ainsi l'auteur lui-même a annoncé que son run sur Defenders s'achèverait au #10 (donc en Février 2018) - s'agira-t-il de la fin de la série ou sera-t-elle reprise par une autre équipe artistique ? Pour l'heure, donc, apprécions ce n° 7.


Depuis quelque temps, Elektra rode dans les parages protégés par les Defenders. Iron Fist finit par la surprendre après qu'elle ait visité ses bureaux et lui demande de s'expliquer sur ce qu'elle y cherchait. Mais elle prend la fuite et lui, la poursuit. Une bagarre, violente et très disputée, s'engage entre eux deux jusqu'à ce que Danny Rand parvienne finalement à la neutraliser. Resté en retrait, Daredevil sort de l'ombre.


Cependant, Diamondback (dont nul ne sait qu'il est en affaires avec le Caïd) se présente au club tenu par Hammerhead et lui annonce qu'il en devient le nouveau propriétaire. Un de ses sbires infiltré dans le gang de son ennemi l'abat froidement puis le nouveau patron de l'endroit promet au personnel et aux hommes de main de futures et rapides gros bénéfices.


Daredevil interroge en tête-à-tête Elektra au sujet de ses liens avec Diamondback mais, bien qu'elle ne se livre pas facilement, il la laisse filer. Cette décision stupéfait Jessica Jones, Iron Fist et Luke Cage à qui il assure qu'elle n'a rien à voir avec les affaires qui les unissent. Mais cela ne suffit pas à Cage qui, comme les autres, se méfient de l'homme sans peur dont il ignore la véritable identité. DD fait lors mine de se démasquer...


Sur le toit d'un immeuble voisin, le Punisher tient Daredevil dans sa ligne de mire lorsqu'il est distrait par Deadpool qui le désarme avant que les Defenders au complet viennent les séparer... Plus tard, dans le bureau de Jessica Jones, le mercenaire annonce que la suite de ces événements est mouvementée, au point que lui-même en fasse les frais !

Des quatre séries dont il s'occupait, Defenders est celle qui (me) manquera le plus dans la production actuelle de Brian Michael Bendis chez Marvel car non seulement l'auteur avait annoncé avoir des plans sur le long terme pour ce titre mais aussi parce qu'il a prouvé depuis Mai dernier qu'il l'animait avec brio.

Ce septième chapitre est encore plus jubilatoire et spectaculaire que les précédents. Bendis avait introduit Deadpool dans l'intrigue dans le numéro 6, mais de manière juste assez frustrante pour laisser le lecteur imaginer s'il s'agissait d'une plaisanterie ou d'un élément amené à être développé. On a la réponse ici avec non pas une mais trois pages récapitulatives où la logorrhée du mercenaire est servie par la verve inspirée du scénariste, qui joue sur le "quatrième mur" brisé par le personnage pour s'adresser directement au lecteur et s'amuser avec ses nerfs. C'est très drôle (même pour quelqu'un qui, comme moi, n'est a priori, pas fan de Deadpool).

Cette entrée en matière achevée, le ton change radicalement pour nous embarquer dans un extraordinaire combat entre Iron Fist et Elektra que David Marquez découpe et dessine de manière virtuose, avec la contribution magistrale du coloriste Justin Ponsor : durant six pages particulièrement intenses, l'issue de cet affrontement est incertain et est orchestrée comme un crescendo. On passe d'un "gaufrier" de seize cases, puis huit, puis six, puis quatre, puis deux à une pleine page qui clôt le combat, avec selon la domination exercée par l'un des duellistes sur l'autre une couleur appropriée à chacun (vert pour Iron Fist, rouge pour Elektra). La chorégraphie des coups, la puissance des coups, la rage, la douleur, la fatigue, tout cela est somptueusement exprimé, sans dialogues cette fois.

On notera aussi au passage, avec un vrai bonheur (pour ma part) le retour du costume rouge de Daredevil (il ne reste plus maintenant à espérer que Marvel retire sa série au duo Charles Soule-Ron Garney pour me redonner envie de lire ses aventures).

Ce fulgurant début pénalise un peu, il faut l'avouer la suite, qui ne réussit pas à garder le même flow, malgré la mort de Hammerhead (mise en scène de manière très frontale), ou la sortie d'Elektra puis la scène irrésistible entre Deadpool (dans un registre de bouffon) et le Punisher (horripilé par ce zigoto).

Bendis conclue l'épisode sur un note ambiguë en redonnant la parole au mercenaire qui tease la suite de l'histoire de manière à la fois cryptique et éloquente (ça va chauffer, mais jusqu'à quel point ?). Ce qui est certain, c'est que ce récit sur une équipe assemblée par la force des choses (mais dans laquelle DD suscite une - légitime - méfiance) et prise dans une lutte de pouvoirs (où le lecteur dispose de plus d'infos que les héros) n'a sûrement pas fini de surprendre. Mais avec un scénariste en pleine bourre et son dessinateur en état de grâce, la confiance est de mise !