samedi 9 septembre 2023

La tuante dernière saison de KILLING EVE


Killing Eve s'est achevée l'an dernier, en 2022 après quatre saisons. Et ce qu'on pouvait craindre se confirme, hélas ! : c'était la saison de trop. Huit épisodes laborieux, pénibles, avec une fin indigne, mais quelques coups d'éclat quand même. Même si insuffisants pour ambitionner d'égaler les 24 premiers épisodes. Dommage.


Villanelle et Eve Polastri ont finalement pris deux directions différentes. Villanelle est entrée dans les ordres avec l'espoir de se laver de ses nombreux péchés, elle vit chez le vicaire Phil et sa fille May, qui est éprise d'elle. Eve, elle, travaille pour une société de protection privée mais continue d'investiguer sur les Douze, avec l'aide de son partenaire Yusuf. Elle remonte la piste de Konstantin Vasiliev, remercié par l'organisation qui l'a placé à la mairie d'une bourgade en Russie et elle lui arrache l'adresse de Hélène. Carolyn Martens a quitté le MI 6 mais se tient informée au sujet des Douze elle aussi et découvre que ses cadres sont éliminés dans des conditions barbares les uns après les autres. Mais sur ordre de qui ?


Sujette à des hallucinations mystiques, Villanelle accompagne le vicaire et sa fille pour une retraite dans un camping. Mau lui confie que son père a tué sa mère dans un accident de la route alors qu'il conduisait en état d'ivresse. Villanelle le révèle aux fidèles mais personne ne la croit. Elle tue alors le vicaire et sa fille la nuit venue en espérant ne plus avoir d'hallucinations. Eve trouve Hélène à Paris comme le lui a indiquée Konstantin et la confronte. Hélène prétend que Carolyn est la chef des Douze et qu'elle commande leurs assassinats pour purger l'organisation.
 

Villanelle regagne Londres où elle cherche Eve, sans succès. Elle s'adresse alors au psychiatre qui aidait le MI6 pour traquer les tueuses comme elle et lui demande de la recevoir pour une séance thérapeutique. Hélène s'absente pour rejoindre Konstantin en Russie pour qu'il forme une nouvelle tueuse, Pam. Eve découvre que Carolyn ciblerait un certain Lars Meier dont elle trouve une vieille photo  quand il dirigeait un petit groupe anarchiste à la fin des années 60. Puis prévenue de la position de Villanelle, elle la fait arrêter et jeter en prison.
  

Hélène, de retour de Russie, fait libérer Villanelle après que celle-ci l'a appelée. Elle l'envoie à Cuba où se trouverait un proche de Lars Meier, susceptible de lui dire où ce dernier se cache. Sur place, elle découvre que Carolyn cherche le même homme et les deux femmes décident de s'allier, mues par l'objectif commun de démanteler les Douze. A Paris, Eve revoit Hélène et évoque Meier, comprenant qu'elles le cherchent toutes les deux mais que seule la première qui le trouvera aura le privilège de l'interroger - ou de l'éliminer.


1979 : Carolyn et Konstantin infiltrent le groupe anarchiste des Douze dirigé par Lars Meier et ont une liaison. Lorsque Meier découvrent qui ils sont réellement et qu'ils collaborent, il tente de s'en débarrasser mais c'est lui qui finit sous les coups des amants en se noyant. Aujourd'hui : Villanelle et Carolyn débusquent Meier à Cuba mais il leur échappe. Eve revient vers Konstantin pour en savoir plus au sujet de Meier et apprend tout sur ce qui s'est passé en 1979 en révélant que Meier a survécu. Hélène ordonne à Gunn, une tueuse, d'éliminer Villanelle alors qu'elle rejoint Konstantin.
 

Villanelle survit grâce à l'intervention de Pam, qui travaillait auparavant dans une morgue. Konstantin lui donne le nom de la tueuse qui a certainement obéi à l'ordre de Hélène. Celle-ci gagne Berlin où Yusuf a localisé Hélène qui s'attend à parler avec Meier mais fait face à Carolyn qui a, entre temps, trouvé Meier et négocie en son nom. Villanelle tue Hélène avant de partir en Ecosse rencontrer sa consoeur qui a failli l'abattre. Eve retrouve Carolyn grâce au taxi qui l'a reconduite chez Meier et elle abat ce dernier. Carolyn, d'abord accablée, trouve sur le cadavre un carnet rempli d'infos sur les Douze.


Villanelle fait la connaissance de Gunn qui l'invite à rester avec elle sur l'île que lui a achetée Hélène. Celle-ci avant d'être tuée a transmis un ordre de mission à Pam qui exécute Konstantin. Celui-ci lui apprend que Hélène est morte et lui confie un message à remettre à Carolyn.. Eve rejoint l'île de Gunn qui la poursuit. Mais Eve se défend férocement et la mutile en lui crevant les yeux. Epatée, Villanelle la rejoint et ensemble elles quittent l'île en convenant de tuer ce qui reste des Douze une fois pour toutes.


Eve et Villanelle redescendent à Londres en se fiant à un message reçu sur le téléphone de Hélène pour une réunion au sommet des Douze. Carolyn, suivant les infos du carnet de Meier, et Pam arrivent également à la capitale et se rencontrent : la première offre à la seconde de travailler pour elle désormais. Eve et Villanelle montent à bord d'un paquebot où doit se dérouler la réunion des Douze et les éliminent. Carolyn ordonne alors qu'on les abatte mais Eve survit.

Et ainsi s'achève Killing Eve. Un dénouement vraiment pas à la hauteur de cette série formidable durant 24 épisodes. J'avais écrit dans ma précédente critique sur la saison 3 qu'il me semblait difficile de faire mieux et que la dernière scène me paraissait boucler la boucle idéalement, en laissant au téléspectateur une liberté pour interpréter la dernier regard échangé entre Eve et Villanelle. Mais plutôt que cette fin ouverte et ambiguë, les auteurs ont préféré (presque) tout gâcher avec huit nouveaux chapitres brouillons.

La saison 3 n'était déjà pas aussi aboutie mais elle tenait quand même grâce à un fil rouge narratif (qui avait ordonné l'assassinat de Kenny Martens ?). Là-dessus se greffait une crise existentielle de Villanelle, consciente que son activité ne la satisfaisait plus et lui avait coûtée trop cher (ayant tué sa mère et perdu Eve).

Mais cette saison 4 est tellement décousue et laborieuse qu'on a du mal à saisir ce que les auteurs ont voulu raconter. La ligne de mire désigne la fin des Douze et on joue beaucoup sur l'hypothèse que Carolyn Martens en ferait partie, voire qu'elle en serait le leader - même si cela est capillotractée et fortement improbable vu que c'est suggéré par Hélène, elle-même membre des Douze (dont on a du mal à croire qu'elle dénoncerait son propre chef).

Surtout Killing Eve s'égare. Le personnage d'apprentie tueuse de Pam est introduit très péniblement et s'avère surtout un moyen pour se débarrasser, maladroitement, d'un personnage dont la mort est inutile. Entre l'envie de développer jusqu'au bout la ligne narrative de chacun des protagonistes et le désir de leur donner une fin, la série s'étire et nous lasse.

La première partie de la saison est à cet égard d'une rare lourdeur. Le délire religieux de Villanelle ressemble à une tentative pathétique d'attribuer au personnage un énième déguisement et quand elle se met à halluciner en voyant un Jésus travesti qui la manipule comme le diable, on est franchement gêné pour Jodie Comer qui se donne du mal pour interpréter dignement une partition composée par des auteurs qui abîment son rôle dans une farce indigeste.

Killing Eve, comme je le disais déjà pour la saison 3, n'a jamais été meilleure que lorsqu'elle se concentrait sur Eve et Villanelle. En accordant plus de place à Carolyn, Konstantin, Hélène et maintenant Pam, c'est autant de grosses ficelles qu'emploient les scénaristes pour tenter de nous convaincre que l'histoire reste intéressante même quand les deux héroïnes sont séparées et fâchées. Sauf que leurs interprètes semblent davantage empêchées et ma à l'aise avec ce qu'on leur donne à jouer que véritablement brouillées comme celles qu'elles incarnent.

Et puis la vraie grosse mauvaise idée est de jeter le trouble sur Carolyn en voulant la faire passer pour la chef des Douze. A ce stade, c'est même absurde car dans l'épisode 5, on a droit à un flashback conséquent sur les origines de cette organisation et qui prouve surtout que Carolyn n'aurait jamais pu devenir cette chef. Jusqu'au bout, pourtant, jusqu'à la dernière scène, ce doute sera alimenté et le geste final de Carolyn tend à prouver que, pour les auteurs, c'est entendu : elle a roulé tout le monde dans la farine. Sauf que pour la grande méchante qu'on nous affirme qu'elle est, elle ne fait pas correctement son job puisqu'elle ne s'assure même pas que Eve a été tuée en même temps que Villanelle.

Non, honnêtement, il n'y a pas grand-chose à sauver dans cette ultime saison. Tout est asséné, souligné, et cette insistance devient pénible et même malsaine. Par exemple, quand Villanelle trouve un temps refuge auprès de Gunn. Bon déjà, il faut accepter le fait que Villanelle trouve refuge chez celle qui a failli la tuer (ce n'est franchement pas dans sa nature). Ensuite, évidemment, pour faire bonne mesure, elles couchent ensemble (alors que si l'homosexualité de Villanelle ne faisait certes aucun doute, il n'était que rarement aussi franchement montrée, mais sans doute fallait-il mettre les points sur les "i" pour ceux qui n'auraient pas encore compris). Et enfin on voit Gunn tuer gratuitement un pauvre pêcheur mais encore le ramener jusque chez elle et le dépecer ! (Avant cela, cette saison sera complaisamment commis dans la facilité en montrant Villanelle torturer et assassiner de manière toujours plus invraisemblable : il ne suffit plus qu'elle soit excentrique, il faut en faire une vraie folle furieuse pour justifier sa mort à la fin.)

Eve n'est guère mieux lotie. Peut-être parce qu'ils ont pensé qu'elle était trop sur la réserve jusque-là, dans cette saison 4, la voici devenue froide, dure, et oubliant Niko dans les bras de son collègue Yusuf, sur lequel elle saute à la moindre occasion. Puis elle embrassera à pleine bouche Hélène dans un élan bravache avant de se retenir de hurler quand Villanelle la tuera... Bon sang, ceux qui ont écrit ces épisodes ont-ils seulement vu les précédents tant ils ne semblent avoir rien compris à la psychologie des personnages, à leurs relations, à leur évolution ? C'est tout bonnement insensé. Où est passé la malice, l'humour, le trouble, l'imprévisibilité de la série dans ce ramassis de scènes grotesques, excessives ?

Ce qui faisait le brio des deux premières saisons tenait pour beaucoup au fait que les showrunners imprimaient une direction claire et cohérente ? Mais Phoebe Waller-Bridge et Emmerald Fennell parties, tout s'est délité. Et là, on assiste à un festival WTF complet. Quel gâchis !

Jodie Comer et Sandra Oh font tout ce qu'elles peuvent mais elles sont entrainées par le fond par un scénario désolant. Fiona Shaw surnage un peu plus mais son personnage devient inique. Kim Bodnia semble souvent se demander ce qu'il fait là et force son rire pour ne pas pleurer certainement. Camille Cottin sombre elle aussi totalement car face à Fiona Shaw, elle est dépassée en classe et en autorité (impossible de croire que Hélène puisse impressionner l'ex-agent du MI6). 

C'est rageant et triste d'assister à une telle déconvenue. Si vous découvrez Killing Eve, par pitié, arrêtez-vous à la fin de la saison 3 - ou si vous persistez, n'oubliez pas que ce show fut remarquable pendant ses 24 premiers épisodes.

SCARLET WITCH #8, de Steve Orlando, Lorenzo Tammetta et Sara Pichelli


La (sublime) couverture (de Russell Dauterman) promettait beaucoup de choses pour ce huitième épisode de Scarlet Witch. Autant le dire tout de suite : Steve Orlando n'est pas à la hauteur. Et d'ailleurs la série affiche clairement ses limites ici (et aussi rétrospectivement). Lorenzo Tammetta dessine encore la majorité des planches, Sara Pichelli ne signant que sur les deux dernières.


Un nouveau "client" emprunte la porte magique de Wanda : il s'agit de Arkin le faible, en provenance du royaume de Jotunheim, dont le peuple en refusant de se soumettre à Malekith lors de la Guerre des Royaumes a été décimé. Aujourd'hui Loki règne sur Jotunheim et Arkin s'estime floué. Scarlet Witch accepte d'aller parler au dieu de la malice...


Le danger pour une série, quelle qu'elle soit, c'est d'être vendue sur la promesse d'une couverture flatteuse. Car s'il faut se garder de juger un livre à sa couverture, il n'en reste pas moins que c'est la couverture qui, la première, capte notre attention sur le livre.


En ayant Russell Dauterman come cover-artist, Scarlet Witch bénéficie d'un des spécialistes les plus élégants et les plus féconds dans cet exercice à tel point qu'il a quasiment abandonné le dessin de pages intérieures). Et quand on voit la couverture de cet épisode, on est saisi par sa beauté et ce qu'elle suggère.


Autant dire que, derrière, Steve Orlando a intérêt à proposer un scénario en béton pour que le lecteur ne soit pas déçu. Jusqu'à présent, l'auteur a réussi avec Scarlet Witch un de ses meilleurs efforts, ne déviant quasiment jamais du format done-in-one et réhabilitant un personnage qui a été depuis ses débuts bien malmené.

Mais en faisant le compte de ces huit épisodes déjà parus, on se rend compte (comme le relaunch de Fantastic Four par Ryan North) que le titre commence à afficher ses limites. Et même que ce nouveau chapitre les éclaire de façon frappante. Il ne s'agit pas de dire que c'est mauvais ou désagréable à lire (ça l'est moins que ne le fut Fantastic Four), mais à l'évidence la série stagne.

Comme d'habitude l'épisode s'ouvre par l'arrivée d'un nouveau "client" dans l'emporium de Scarlet Witch. Cette fois il s'agit d'un géant de Jotunheim dont le peuple, ayant refusé de se soumettre à Malekith lors de la Guerre des Royaumes (écrite par Jason Aaron dans son run sur Thor), a payé le prix cher. A l'issue du conflit, Loki a hérité du trône mais Arkin le faible se sent floué de ne pas pouvoir représenter ses semblables. Scarlet Witch accepte donc de négocier avec Loki.

Déjà on observe que la mécanique de la série ne varie pas d'un iota. C'est toujours la même amorce narrative, avec un personnage venant demander de l'aide à Wanda Maximoff - un personnage inventé pour l'occasion, qu'on ne reverra plus ensuite, qui n'a aucune caractérisation : autant dire que c'est davantage un prétexte qu'un personnage.

Steve Orlando a fait de Scarlet Witch une héroïne surpuissante, peut-être son incarnation la plus puissante. Dans ce cas de figure, la préoccupation de l'auteur est de trouver à l'héroïne des adversaires à sa hauteur, et évidemment là, pas question de jouer la demi-mesure. Orlando a là encore privilégié des créations originales mais avec Loki au programme, lui et Wanda s'attaquent à du lourd. On s'attend donc à un duel serré et trouble comme l'indique la couverture.

Mais toute puissante qu'elle est, voir Scarlet Witch jeter d'emblée un sort à Loki qui l'oblige à dire la vérité est tout de même étonnant. Difficile de croire que le dieu de la malice puisse ainsi être soumis par une terrienne alors que lui a une pratique de la magie vieille de plusieurs millénaires. Par ailleurs, l'intérêt d'un personnage comme Loki, c'est qu'on ignore tout le temps s'il est du bon ou du mauvais côté : c'est le dieu de la malice, c'est un joueur, un affabulateur, un manipulateur. Ce qui aurait été amusant, c'est de le voir donc ruser avec Scarlet Witch, et même, pourquoi pas, d'initier une romance entre eux (puisque, aux dernières nouvelles, Wanda avait une liaison avec Doctor Voodoo mais que celui-ci semble aux abonnés absents).

L'essentiel de l'épisode est une longue scène de danse où Lorenzo Tammetta, profitant que les quartiers où réside Loki n'ont pas une décoration fournie (c'est même ascétique à ce point et là aussi, c'est bizarre parce qu'on imaginerait plutôt le personnage dans un intérieur un peu plus ornementé, en rapport avec son caractère facétieux, pas dans une espèce de cave glacée), zappe tout arrière-plan, laissant à Matt Wilson le soin (c'est le cas de le dire) de meubler.

Tammetta est plus inspiré pour faire bouger ses deux personnages de manière suffisamment gracieuse pour que leur danse ait l'air vraisemblable et aboutisse à ce possible baiser montré sur la couverture (je ne vous spoilerai pas sur la réalité de ce bécot). Mais bon, ça reste quand même léger et c'est tout de même agaçant tous ces comics où les artistes ne s'embarrassent plus de dessiner de décor.

Sara Pichelli, elle, joue toujours les figurantes : comme le mois dernier, elle ne s'acquitte que des deux dernières pages, et là aussi, ça commence à devenir gênant de lire un comic-book où son nom est crédité comme artiste alors qu'elle produit si peu de matériel.

Pour en revenir au contenu, Orlando introduit à la fin un énième personnage original et révèle la duplicité d'un autre. Tout ça est en vérité cousu de fil blanc. Mais surtout, avec une Scarlet Witch imbattable, invaincue, le suspense est mort-né : on devine que, même si la partie s'annonce difficile, elle va quand même l'emporter.

Bien des critiques et des lecteurs estiment que Marvel a un problème avec les personnages surpuissants, que l'éditeur et ses auteurs résolvent souvent en finissant par réduire les capacités de ces héros ou carrément en les tuant (ou en en faisant des vilains coriaces). Orlando semble être tombé dans ce piège et si son portrait de Wanda échappe aux clichés qui l'ont longtemps définie (mi-folle, mi-victime), en revanche la Sorcière Rouge et le format de ses épisodes sont en train de la précipiter dans une autre impasse. Ajoutez à cela que la série va bientôt (comme d'autres) augmenter et je pense que je vais bientôt l'arrêter - non sans regrets mais pour toutes les raisons ici développées.

vendredi 8 septembre 2023

BIRDS OF PREY #1, de Kelly Thompson et lLeonardo Romero


Birds of Prey #1 marque le grand retour d'un titre emblématique de DC, longtemps écrit par Gail Simone (notamment dans un run datant de 2010). Aujourd'hui, c'est en quelque sorte avec sa bénédiction que Kelly Thompson, la scénariste qui lui ressemble le plus, ranime ce groupe en compagnie de Leonardo Romero, l'artiste qui illustra son run sur Hawkeye. Mais c'est surtout un rêve qu'exauce l'auteur et dont l'a privée Marvel.


Black Canary recrute une nouvelle formation de Birds of Prey : Big Barda, Zealot, Batgirl et Harley Quinn acceptent de l'aider à libérer sa "soeur' Sin de l'île de Themyscira, refuge des amazones. 


Avant de parler de cette relance de Birds of Prey (qui a, depuis Gail Simone, surtout connu des runs abrégées - le dernier sous l'ère Rebirth avec le titre Batgirl and the Birds of Prey), permettez que je fasse deux crochets.


D'abord, cette semaine, avant de lire ce premier épisode, je tombe sur Twitter sur des croquis de Mike Perkins pour un projet intitulé Liberators écrit par Marjorie Liu, proposée par cette dernière à Marvel en 2012 et qui devait réunir un casting 100% féminin (Black Widow, Mystique, Elektra, X-23 et Cecilia Reyes). Le projet fut rejeté car l'éditeur estimait que ça ne vendrait rien. Or, c'était déjà après le succès de Birds of Prey chez DC.


Ensuite, toujours chez Marvel, la scénariste Kelly Thompson, aux commandes de ce relaunch, s'est faite connaître en participant à l'écriture d'épisodes de A-Force, créée par G. Willow Wilson et Marguerite Bennett en 2015 au cours de l'event Secret Wars (de J. Hickman). Pratiquement toutes les séries qu'écrira ensuite Thompson pour Marvel ont été des tentatives pour elle de composer un titre féminin mais sans que Marvel ne lui confie un team-book avec juste des super-héroïnes.

Désormais freelance, Kelly Thompson peut se consacrer à des projets en creator-owned (The Cull, initié sur Substack, maintenant dispo chez Image) et travailler pour la "Distinguée Concurrence". Et celle-ci lui confie Birds of Prey. Autrement dit tout ce qu'elle a toujours voulu faire chez Marvel sans y avoir accès. Et en prime avec la bénédiction de Gail Simone, son idole.

Morale(s) de l'histoire : que Marvel cesse d'avoir peur de séries entièrement féminines et que leurs editors accordent à leurs scénaristes le droit de s'y essayer... Sous peine de les voir partir en face.

Fin des crochets. Si les Oiseaux de Proie ont souvent été formés par Oracle (Barbara Gordon) et Black Canary, avec Huntress en troisième position, la série a accueilli plusieurs héroïnes au fil des histoires, comme Big Barda (qu'on retrouve ici), Lady Blackhawk, Dove, Manhunter, the Question, etc. Pourtant, sans encore dévoiler pourquoi, Thompson écarte d'emblée deux des membres les plus populaires et récurrentes  : pas de Oracle ni de Huntress.

Tout l'épisode est donc consacré à la composition du groupe et Thompson a voulu surprendre, quitte à déplaire ou dérouter. Elle réintègre Big Barda certes, mais incorpore surtout Batgirl (Cassandra Cain, ancienne Orphan, formée par la Ligue des Assassins), Zealot (transfuge des WildC.A.T.S.) et Harley Quinn. C'est probablement l'arrivée de cette dernière qui a le plus ému les lecteurs, certains estimant qu'elle n'avait pas sa place ici (pourquoi ?) et d'autres supposant que c'était un élément purement marketing (Et alors ? Si ça aide effectivement à faire vendre la série...).

Dans tous les cas, Thompson, qui a toujours été une excellente dialoguiste à défaut de livrer des intrigues parfaites, justifie la présence de chacune : Barda incarne la puissance, Zealot l'expérience, Batgirl la loyauté. Et Harley est la "wildcard", l'élément qui créé justement la surprise.Un beau pied-de-nez. Evidemment, c'est un chapitre introductif : on n'entre pas dans le feu de l'action, on sait juste qu'il s'agit de sauver Sin sur l'île de Themyscira mais on ignore comment elle y a échouée, ce qu'on lui reproche et pourquoi est-ce Meridian (Mia Mizoguchi, ancienne élève de la Gotham Academy de Batman, communiquant depuis le futur) qui a alerté Black Canary.

Sin était un personnage dont j'ignorai tout, peut-être comme vous, et donc je me suis informé et j'ai appris que, pendant un temps, Black Canary et Lady Shiva avaient échangé leurs vies, la première pour parfaire son entraînement, confiant donc sa place au sein des Birds of Prey à la seconde (sans que ses camarades le sachent). C'est ainsi qu'elle fit la connaissance d'une jeune fille maltraitée, Sin, qu'elle prit sous son aile jusqu'à la considérer comme sa soeur. On comprend mieux le mobile sentimental de la série actuelle.

Je crois, sans trop me mouiller, que cette nouvelle version de BoP a des chances de séduire le public parce que c'est rondement mené et aussi parce que c'est superbement mis en images. Pour l'occasion Thompson renoue avec l'excellent Leonardo Romero qui était son partenaire sur son meilleur run chez Marvel, Hawkeye (starring Kate Bishop), et la coloriste de ce titre, Jordie Bellaire.

Trop rare alors qu'exceptionnellement doué, Romero retrouve un titre sur lequel il pourra briller et il s'y emploie sans tarder. Il donne à chacune des héroïnes une présence étonnante en peu de pages, les distinguant bien par leurs looks mais aussi par leur façon de bouger, leur gabarit (particulièrement avec le binôme Batgirl-Barda, cette dernière étant vraiment représentée comme une force de la nature, très grande et baraquée). Quand Harley arrive, il réussit parfaitement à visualiser sa folie sans que les autres ne soient écrasées par cette créature exubérante. Zealot a une classe fabuleuse. Et Black Canary a cette autorité naturelle sans forcer sur sa séduction (d'ailleurs Romero a conservé le design du costume de Dinah Lance qu'avait retouché subtilement David Marquez dans Justice League).

Les décors sont fournis, au-delà de la moyenne, et les effets de composition sont maîtrisés à la perfection, notamment la signature de Thompson, l'effet De Luca qui consiste à décomposer à l'intérieur d'un même plan les mouvements d'une action (voir image 1) - qu'on a déjà vu dans ses épisodes de Black Widow (avec Elena Casagrande au dessin), Captain Marvel (avec Carmen Crnero), etc.

Les couleurs de Bellaire évoquent celles de vieux comics, un peu passées, délavées, un parti-pris audacieux, mais qui colle à l'ambiance, évoquant une sorte de mélancolie, voire de crépuscule. C'est que, en ambitionnant d'aller délivrer une captive des amazones, on sait déjà que les Birds of Prey vont immanquablement croiser la route (et le fer) avec Wonder Woman (voire plus). Entre elle et Black Canary, qui ont été co-équipières souvent au sein de la Justice League, cela risque d'aboutir à un duel déchirant.

En bref, même si sur le fond, c'est classique, la série promet beaucoup. Pour Kelly Thompson, cela ressemble à un dream project, longtemps différé. Pour Leonardo Romero, c'est l'occasion d'imposer son immense talent. Pour DC de refaire briller une série culte. Et pour Marvel d'avoir des regrets...

jeudi 7 septembre 2023

X-MEN #26, de Gerry Duggan Jim Towe et Javier Pina


Ce 26ème épisode de X-Men annonce par sa couverture un mariage imminent. Mais qui va épouser Emma Frost ? Pour le savoir, il faut attendre la dernière page de ce numéro et connaître la suite, il faudra patienter jusqu'au 27 Septembre prochain, avec la parution de Invincible Iron Man #10. Gerry Duggan est aux commandes, avec les dessinateurs Jim Towe et Javier Pina, de ce mini-crossover qui s'inscrit dans la période Fall of X.


La disparition de sa femme, Typhoid Mary, lors du Hellfire Gala, motive Wilson Fisk a aider financièrement la résistance mutante. Cependant, Shadowkat s'infiltre dans la station spatiale de Orchis au-dessus de la Terre avec un objectif : tuer Firestar qui travaille désormais pour l'ennemi...


Les plannings de sorties de Marvel Comics ont des voies impénétrables. Pourquoi ne pas avoir sorti la même semaine, ou à seulement une semaine d'intervalle deux épisodes de deux séries aussi complémentaires ? Mystère.


En effet, X-Men #26 est la première partie d'une histoire en deux actes dont la fin sera dévoilée dans Invincible Iron #10, qui ne sera disponible qu'à la fin du mois. C'est totalement incompréhensible et stupide de ne pas avoir aligner la parution de ces deux épisodes.


La couverture annonce la couleur et c'est le blanc d'une robe de mariée portée par Emma Frost. Je ne vais pas spoiler grand-monde en révélant que les noces à venir uniront les destins de la Reine Blanche du Club des Damnés avec Tony Stark : tout ça a été communiqué abondamment par Marvel qui n'en a visiblement plus rien à faire de jouer la carte du suspense.

Mais en vérité, cet élément n'occupe qu'une partie dérisoire de X-Men #26, tout se joue à la dernière page, dans une scène aux allures de vaudeville plutôt maladroite. On verra bien où cela mène - si ça se trouve à rien : Marvel est bien fichu d'avoir monter tout ça pour ne finalement par organiser de mariage du tout. D'ailleurs, beaucoup de fans s'interrogent sur la nature d'une telle union entre Stark, coureur de jupons, et Emma Frost, dominatrice très indépendante, si ce n'est un mariage de raison, d'intérêt puisque Gerry Duggan qui écrit et X-Men et Invincible Iron Man (mais aussi Uncanny Avengers) a fait de l'Avenger en armure un soutien de la cause mutante (et une victime de Feilong, membre d'Orchis).

Avant cela, il se passe des choses plus intéressantes en tout cas. Lors du Hellfire Gala, dans la confusion, Typhoid Mary a disparu avec Magik et quelques autres - Dani Moonstar, Marrow et Dust - (la mini-série Realm of X raconte comment elles ont atterri dans le royaume de Vanaheim). Son mari, qui n'est autre que Wilson Fisk/le Caïd, réclame vengeance, pensant qu'elle est morte, et accepte de financer la résistance mutante et devient le nouveau Roi Blanc du Club des Damnés. La situation est particulièrement délicate pour Emma Frost qui dépend à nouveau de Fisk et travaille sous ses ordres.

On aperçoit aussi Kamala Kahn dans sa nouvelle situation (telle que développée dans la mini-série Ms. Marvel : The New Mutant) face à la persécution des mutants - ou de ce que les fans de Orchis prennent pour eux.

Cependant, dans la droite ligne de ce qu'il avait annoncé dans le précédent épisode de X-Men, Gerry Duggan concentre son attention sur la mission de Shadowkat : retrouver et tuer Firestar. Tout ici est un quiproquo dramatique puisque, avant d'être tuée par Moira X, Jean Grey a glissé dans l'esprit des cadres de Orchis l'idée que Firestar travaillait pour eux depuis son entrée chez les X-Men afin de les trahir le moment venu. Mais Jean n'a pas eu le temps d'avertir les autres mutants de sa manoeuvre.

Jim Towe dessine les 3/4 de l'épisode (de la page 1 à 22 exactement). Son style est assez lisse et on peut le regretter car l'intensité de l'épisode aurait réclamé un artiste moins transparent. Toutefois, même si ses pages sont assez quelconques, elles ont le mérite d'être lisibles et dynamiques dans l'ensemble. Malgré ça, tous ses personnages ont l'air sorti du même moule, avoir le même âge, ce qui est quand même embarrassant quand il s'agit de représenter des femmes aussi distinctes que Emma Frost, Kitty Pryde et Angelica Jones.

C'est d'autant plus dommage que les trois dernières pages, on ne sait pourquoi, sont elles dessinées par l'excellent Javier Pina (dont j'aurai tant aimé qu'il soit désigné comme successeur de Pepe Larraz sur le titre tant il arrive à l'imiter à la perfection). Et là, ce n'est plus du tout la même chanson car Pina, en très peu de temps et de place, produit des planches à l'atmosphère chargée, aux noirs profonds, qui auraient fait merveille sur la totalité d'un épisode comme celui-ci.

Gerry Duggan ne règle pas vraiment le sort de Firestar et on peut deviner que Shadowkat ne lui fait pas entièrement confiance, la livrant à de futures agressions par d'autres mutants en colère. C'est vicieux et ingrat pour Firestar (qui n'a jamais été un personnage épargné par les scénaristes - elle a eu un cancer, des amours compliquées, une carrière en dents de scie, et même son élection au sein des X-Men l'a prise au dépourvu).

Quoiqu'il en soit, Fall of X continue, au moins dans X-Men, à se savourer. Si ce statu quo n'invente rien (Mutant Massacre est dans toutes les mémoires des fans des mutants dans les années 80), il secoue franchement l'âge de Krakoa et présente le mérite de fragiliser réellement les héros.

mercredi 6 septembre 2023

SHAZAM ! #3, de Mark Waid et Dan Mora


Après deux mois d'absence liés à la parution de l'event Knights Terror, Shazam ! revient et renoue avec l'intrigue laissée en suspens. Mark Waid continue d'exploiter la hantise de Billy Batson qui lorsqu'il devient le Captain perd le contrôle de ses nerfs et met la vie des autres en danger. Dan Mora hisse ce script sur des sommets.


Freddy Freeman a surpris le Conclave des Shazam mais est capturé. Atlas le piège en lui faisant boire une potion concoctée par Mercure pour espionner Billy Batson. Mais celui-ci ne veut plus se transformer en Captain. Jusqu'à ce qu'il n'ait pas d'autre choix que de porter secours à des habitants de Gorilla City...


Durant la parution de Knights Terror, Mark Waid a consenti à écrire deux épisodes tie-in avec Mary Marvel en vedette. Mais le scénariste a pris soin de rappeler brièvement que cette dernière pouvait à nouveau accéder aux pouvoirs de Shazam (voir page ci-dessus). En revanche, les autres membres de la "Shazamily" en restent exclus.


Ce troisième épisode de la série régulière, qui reprend donc ses droits ce mois-ci, renoue avec les problèmes rencontrés par Billy Batson qui, depuis peu, sous la forme du Captain, a plusieurs fois perdu le contrôle de ses nerfs et mis la vie d'autrui en danger, en proie à des accès de colère subits.


Cependant, Freddy Freeman, désireux de redevenir un super héros, a pénétré dans le Rocher de l'Eternité et a surpris les divinités - Salomon, Achille, Zeus, Atlas, Mercure - en train de conspirer contre Billy, estimant qu'il ne les honore pas assez.

Waid dévoile donc les machinations à l'origine des ennuis du Captain mais fait aussi de Freddy l'espion du Conclave. Toutefois, comme Billy refuse d'utiliser à nouveau ses pouvoirs, Atlas prend la décision de lui forcer la main et de lui tendre un piège sans la permission des autres.

Le scénario se déploie, lentement, pour tester le Captain et son alter ego. On sent bien la volonté de Waid d'aller doucement car il anime un personnage convalescent et qui a toujours eu du mal à exister dans le DCU. Ce n'est plus version de Geoff Johns et on peut légitimement douter que Waid redonnera à termes les pouvoirs de Shazam à toute la famille d'enfants adoptés. Par contre, en remettant en selle Mary Marvel et en donnant un rôle important à Freddy Freeman, on peut penser qu'on n'est plus très loin du retour de Captain Marvel Jr. (ou Captain Jr. ?), donc la configuration la plus connue créée par C.C. Beck et Bill Parker.

Je peux évidemment me tromper, mais en même temps si je me fie à la variant cover de Chris Samnee pour le #5 (où on voit justement le trio), ça me paraît la bonne piste. C'est à la fois positif (je n'ai jamais aimé l'idée de Johns de créer une "Shazamily" étendue) et donc un peu trop prévisible. Mais à tout prendre, je préfère ça.

En effet, il me semble que Waid, en reformant le trio, donnera une nouvelle impulsion bienvenue à la série qui a un peu de mal à passionner avec les seuls Billy Batson/le Captain en son centre. C'est un binôme sympathique mais qui peut aussi un peu taper sur les nerfs avec le fait que le Captain conserve un côté enfantin, commentant l'action en voix off de manière candide et naïve (pour un héros censé posséder la sagesse de Salomon, il manque quand même jusqu'à présent singulièrement de jugeotte).

Avec Mary et Freddy à ses côtés (régulièrement ou occasionnellement), le Captain comme Billy pourra au moins échanger. Et comme l'avaient si bien montré Grant Morrison et Cameron Stewart dans The Multiversity : Thunderworld, les trois interagissent de manière dynamique quand ils sont bien mis en scène. Je crois aussi qu'ainsi Waid a plus de chance de renouer avec ce qu'il fait si bien sur Batman - Superman : World's Finest avec le trio Batman, Superman et Robin (série qui reste quand même plus aboutie).

Dan Mora a certainement dû mettre à profit les deux mois de battement de Knights Terror pour s'avancer dans le dessin des épisodes de la série tandis qu'en Août et Septembre, World's Finest est illustré par Travis Moore. En tout cas, il nous régale.

Je continue de penser que si un artiste comme Chris Samnee (mais ça n'arrivera pas puisqu'il préfère gâcher son talent sur Fire Power) ou Cameron Stewart (qui mériterait quand même, malgré ses écarts de conduite, de retrouver du boulot chez DC) s'occupait de Shazam !, cela conviendrait mieux car, à mes yeux, le Captain de Mora manque de rondeur, qui est associée à la représentation du personnage.

Mora est un dessinateur exceptionnel et, entendons-nous bien, ce qu'il produit sur Shazam ! est difficilement critiquable sans passer pour un ingrat. Mais j'ai quand même ce souci persistant avec la manière dont il croque le héros, très musclé, très sculpté, et trop anguleux. Ce qui fonctionne avec Batman et Superman ne me semble pas aussi approprié pour le Captain.

En revanche, quand il dessine Billy et les autres personnages, aucun souci. Il réussit à saisir la jeunesse et conserve une belle expressivité dans des compositions très énergiques. Le grotesque des vilains est également parfait. Et Mora parvient à rester dans une exigence impeccable pour les décors.

Malgré donc quelques bémols esthétiques, et une écriture sans doute perfectible, c'est un réel plaisir de renouer avec le titre après ce break estival.