dimanche 13 novembre 2022

AMSTERDAM, de David O. Russell


Sept ans après Joy, David O. Russell revient enfin avec un nouveau long métrage : Amsterdam. Un film foisonnant, débridé, et pourtant inspiré de faits réels. Mais qui aura été un bide cuisant, malgré son scénario palpitant, drôle, épique, et son casting d'enfer. Une injustice.


1918. Pour prouver à ses riches beaux-parents sa valeur, Burt Berendsen part en France combattre durant la première guerre mondiale. Il est affecté au commandement d'un régiment de soldats noirs américains par le général Meekins et devient l'ami de Harold Woodsman, un des meneurs de ces troufions. Rapidement blessés, les deux hommes sont soignés par Valerie Voze, une infirmière excentrique qui collecte les éclats d'obus dans le corps de ses patients pour en faire des sculptures.


A la fin du conflit, les trois amis partent pour Amsterdam pour se remettre des atrocités qu'ils ont traversées. Harold et Valerie tombent amoureux, mais Burt veut rentrer en Amérique pour retrouver sa femme. Il est loin d'être accueilli en héros car il veut soigner les gueules cassées, ce qui déplaît à ses beaux-parents qui le fichent à la porte. Le sachant dans le besoin, Harold veut le rejoindre et ouvrir son cabinet d'avocat, mais Valerie se volatilise avant son départ.


15 ans plus tard, Harold et Burt n'ont plus jamais revu Valerie. Mais ils sont contactés par Elizabeth, la fille du général Meekins, qui veut qu'on pratique une autopsie sur son père revenu d'Europe et mort de façon suspecte durant le trajet. Burt examine le corps avec Irma St. Clair, une collègue, et découvre que Meekins a été empoisonné. Harold et Burt font part de ces conclusions à Elizabeth juste avant qu'un homme la pousse sous les roues d'une voiture et n'accuse les deux amis de l'avoir tuée. Ils prennent la fuite.


Traqués par la police, Harold et Burt cherchent à se disculper en trouvant qui les a recommandés à Elizabeth. Ils rappellent que, juste avant sa mort, Elizabeth a mentionné Tom Voze, un riche industriel du textile qui avait voulu rencontré son père en Allemagne. Ils réussissent à le voir, malgré la réticence de sa femme Libby, et découvrent que Valerie est sa soeur, résidant avec eux et soignée pour des troubles nerveux. Voze recommande à Burt et Harold de parler au général Dillenbeck, ami proche de Meekins, qui représente les vétérans.


Pendant que Burt tente de joindre Dillenbeck, Harold retourne voir Valerie. Ils repèrent l'homme qui a tué Elizabeth sortant de chez Tom et le suivent en ville jusqu'à une clinique privée qui pratique des stérilisations forcées sur des hommes et des femmes et appartient à une mystérieuse organisation, le Comité des Cinq. Ils s'enfuient pour rejoindre Burt à qui ils font part de leur découverte. Valerie insiste pour aller au Waldorf-Astoria parler à deux vieilles connaissances du temps passé à Amsterdam : Paul Canterbury et Henry Norcross, qui soupçonnent justement un coup d'Etat contre Franklin Delano Roosevelt par ce Comité des Cinq.


Quand enfin Dillenbeck accepte de recevoir chez lui Harold, Burt et Valerie, il leur explique qu'un homme vient régulièrement lui proposer une grosse somme d'argent pour convaincre les vétérans de participer à un opération militaire contre le gouvernement américain. Si les commanditaires de cette conspiration tiennent à rester anonymes, il ne fait pas de doute qu'il s'agit du Comité des Cinq. Pour les forcer à sortir de l'ombre, Dillenbeck accepte de prononcer le discours préécrit par l'émissaire au galas des anciens combattants que Burt organise. Norcross et Canterbury surperviseront la soirée pour procéder aux arrestations des comploteurs.


Le soir du gala, Voze et sa femme présentent Dillenbeck au Comité des Cinq dont ils font partie et qui veulent s'inspirer de la prise du pouvoir par Hitler en Allemagne et Mussolini en Italie pour  déloger Roosevelt. Le général feint d'abonder dans leur sens tandis que Valerie filme toute la scène. Mais une fois que Dillenbeck monte sur scène, il dénonce les conspirateurs, donnant le signal à Canterbury, Norcross et leurs agents pour les arrêter.
 

Ce coup de filet oblige cependant Valerie et Harold à quitter le pays. Mais Burt choisit de rester pour refaire sa vie avec Irma St. Clair. Dillenbeck déposera devant une commission du congrès mais les membres du Comité des Cinq disparaîtront dans la nature avant leur procès.

David O. Russell est un drôle de bonhomme : en 1999, il tourne Les Rois du Désert, film de guerre inspiré de faits réels, avec George Clooney. Mais la star fera la promotition du film à reculons, avouant des relations de travail très conflictuels avec le réalisateur. Depuis, une sale réputation colle aux basques de Russell et il lui faudra attendre le triomphe de Happiness Therapy en 2012 (qui vaudra l'Oscar de la meilleure actrice à Jennifer Lawrence) pour être réhabilité à Hollywood.

A partir de là, les acteurs se battent pour tourner sous sa direction, même en sachant qu'il est exigeant avec eux. Christian Bale et Jennifer Lawrence louent les qualités de cet auteur complet qui écrit des rôles bigger than life à ses stars. Pourtant, Russell ne renouera plus avec les cîmes au box office de Happiness Therapy, malgré les mérites de American Bluff et Joy.

Il aura donc fallu attendre sept ans pour qu'il revienne derrière la caméra pour un nouvel opus encore plus ambitieux et échevelé. Amsterdam s'inspire de faits réels encore une fois (comme Les Rois du Désert, American Bluff, Joy), le complot dît du Comité du Dollar Solide (Business Plot) fomenté en 1933 par des nationalistes américains pour évincer Franklin Delano Roosevelt et instaurer une dictature inspirée de celles de Hitler et Mussolini.

Cette histoire méconnue fournit à Russell la matière pour une vraie fresque de 2h 15 menée sur un train d'enfer. En regardant le film, on a souvent l'impression que le cinéaste cherche à noyer le poisson en multpliant les péripéties périphériques et en alignant un acteur connu pour chaque rôle, y compris le plus petit.

Avec quelques-uns, comme Wes Anderson, Quentin Tarantino, David O. Russell est un des rares cinéastes actuels à attirer autant de grands noms pour parfois de simples caméos. Cela se retourne parfois un peu contre ses films car le spectateur attend forcément un figurant prestigieux en soutien des rôles principaux et finit par moins voir les personnages que les vedettes qui les incarnent. Mais il serait ingrat de reprocher à Russell sa distribution étincelante, d'autant qu'il dirige chacun avec le même souci, jamais pour laisser à quiconque le plaisir égoïste et égotiste de faire son numéro.

Et puis, donc, derrière ces apparats, il y a un récit qui file vite et qui est finalement facile à assimiler. Burt, Harold et Valerie sont trois amis à la vie, à la mort, qui se sont rencontrés dans les conditions les plus abominables. Comme dans un film d'Hitchcock, ils sont précipités dans une intrigue d'espionnage où ils font figures de coupables idéaux mais le spectateur sait qu'ils sont innocents. On n'a donc aucun mal à sympathiser avec eux et à espérer qu'ils s'en sortent, même si les élements jouent contre eux, qu'il s'agit de David contre Goliath.

L'intrigue s'égare parfois mais retombe toujours sur ses pieds. Il y a une folie quasi-fellinienne dans ce film, qui se permet tout, avec des mouvements de caméra virtuoses, des dialogues virevoltants, des embardées narratives complètement délirantes. Qui prend son temps puis accélère subitement. Qui conjugue hédonisme et improvisation européens (toute la séquence, magique, à Amsterdam) et grand spectacle hollywoodien (le final au gala, véritable tour de force, parfaitement minuté). Visuellement, ke film est horriblement beau, avec son défilé de gueules cassées dont Russell prend le parti, osé, d'en rire plus que de chercher à tirer des larmes, de personnages lunaires embarqués dans une aventure qui les dépasse mais qui se dépassent pour en sortir. C'est euphorisant, tout sauf sobre.

Et c'est peut-être ce qui explique que Amsterdam se soit ramassé. Car il faut accepter cette exubérance, ce flot d'informations, cette histoire tentaculaire et improbable (même si elle est vraie), ce casting de malade. Si on ne tolère pas cet côté ovni, alors Amsterdam peut vite être fatigant, lassant. Mais pour ma part, c'est un régal, une sorte d'anomalie joyeuse, bordélique, au milieu de productions formatées. Avec un vrai souffle.

Il en faut pour mener un tel nombre de stars : Rami Malek, Anya Taylor-Joy, Matthias Schoenearts, Alessandro Nivola, Mike Myers, Michael Shannon, Zoe Saldana, et ça, ce ne sont que les seconds rôles ! Russell offre même un petit rôle à la chanteuse Taylor Swift, qui est épatante.

Mais le trio majeur de Amsterdam est formé par trois acteurs au top. Moi qui ne suis pas un fan de Christian Bale, il n'y a que chez Russell que je le trouve bon. Le cinéaste arrive comme nul autre à le rendre drôle et à exploiter son jeu basé sur la performance physique (ici, il joue un médecin borgne et toxico) pour que cela ne cannibalise pas le film. John David Washington est excellent aussi, beaucoup plus sobre, et c'est justement par ce contraste que son duo avec Bale fonctionne si bien. Enfin Margot Robbie (brune ici) est elle aussi meilleure qu'ailleurs : son personnage est foldingue, ce qui fait craindre à une redîte de sa Harley Quinn, sauf qu'elle n'est pas en roue libre et surtout soutenue par deux partenaires de haut niveau (on peut d'ailleurs imaginer que si Jennifer Lawrence avait été dispo, Russell l'aurait choisi une nouvelle fois et cela aurait sans doute abouti à une autre interprétation, mais c'est une autre histoire). Ces trois-là sont en tout cas extrêment attachants, marrants, mémorables.

Russell rebondira-t-il après cet échec commecial ? Tant qu'il aura le soutien d'acteurs bankables, sans doute. La question est plutôt de savoir quand il trouvera un projet qui le motivera suffisamment et comblera les stars prêtes à s'investir pour lui. Il serait très dommage que ce réalisateur en reste là.

samedi 12 novembre 2022

THE NEW GOLDEN AGE #1, de Geoff Johns et Diego Olortegui, Jerry Ordway, Steve Lieber, Todd Nauck, Scott Kolins, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Gary Frank


The New Golden Age est une one-shot qui fait la liaison entre la fin de Flashpoint Beyond et le début de la relance de Justice Society of America (le 29 Novembre prochain). L'architecte de tout ça est Geoff Johns et DC Comics semble lui avoir réservé un coin du DCU pour développer ce qu'il a en tête. Du coup, ce New Golden Age fait office de gros teaser, plein de questions en suspens et d'indices à décrypter.
N.B. : J'ai décidé de rédiger un résumé qui remet toutes les scènes dans l'ordre chronologique afin de mieux saisir la progression du récit.


12 Avril 1848. Corky Baxter annonce à John Wilkes Booth, le futur assassin d'Abraham Lincoln (soit trois jours avant les faits), qu'il deviendra célèbre. Les Maîtres du Temps surgisssent et grondent Corky puis l'embarquent pour reprendre leur traque des 13 héros réintégrés dans les années 1940.


22 Novembre 1940. La Justice Society of America se réunit pour la première fois. Doctor Fate (Kent Nelson) a une vision dramatique du futur où un étranger tue des enfants qui ont repris le flambeau des membres de la JSA. A la "une" des journaux, il est question du héros russe Vladimir Sokov alias Red Lantern qui a coulé un navire de l'armée américaine.


31 Octobre 1951. La JSA comparaît devant la commision parlementaire aux activités anti-américaines mais ses membres refusent de se démasquer pour prouver leur loyauté aux Etats-Unis.


22 Novembre 1976. Doctor Fate (Kent Nelson) est examiné par Doctor Mid-Nite (Charles McNider) au sujet de ses visions du futur. Ils sont interrompus par Power Girl et Star-Spangled Kid qui reprochent à la JSA de ne pas donner leur chance aux femmes et aux jeunes. Fate leur rappelle que Wonder Woman a été dans l'équipe pendant des décennies et que, le moment venu, les jeunes prendront la relève des vétérans.


Il y a 13 ans. Catwoman dérobe dans un musée l'Anneau maudit de Hauet malgré la mise en garde de Doctor fate (Kent Nelson). Un rayon d'energie surgit de l'Anneau et tue Fate. Il succombe en prévenant Catwoman que sa fille (qui n'est pas encore née) intégrera la JSA mais sera tuée par l'étranger.


Maintenant. Doctor Fate (Khalid Nassour) retrouve le détective Chimp et Deadman pour qu'ils l'aident à exociser son casque infecté par l'energie de l'Anneau de Hauet. C'est alors que Fate a une vision tragique de son successeur en 3022.


Dix ans dans le futur, 22 Novembre. Helena Wayne, âgée de dix ans, poignarde Batman en le prenant pour un cambrioleur. Il se démasque et l'entraîne dans sa Batcave où se trouve, entre autres reliques, la boule contenant l'univers Flashpoint. Selina Kyle surgit et reproche à Bruce de vouloir faire de leur fille une justicière, quitte à ce qu'elle connaisse le même sort, funeste, que ses Robins.


18 ans dans le futur. La JSA annonce à Selina que Batman a été assassiné, alors qu'il lui a vait promis de se retirer. Helena jure de venger son père et devient Huntress.


22 Novembre 3022. Une nouvelle incarnation de la JSA, composée de nouveaux Green Lantern, Atom et Doctor Fate (une nommée Sophie), pénètrent dans le Q.G. de l'équipe, dévasté, laissé à l'abandon. L'étranger surgit et tue Fate puis efface le reste du groupe avec le casque de Fate.

Il y a aussi une scène avec Nostalgia, cette fan d'Ozymandias à la recherche du Watchmen, en compagnie de Mime et Marionnette, mais elle n'est pas située dans le temps.

Et tout ça tient en un cinquantaine de pages ! C'est donc très dense, et pour ne pas faciliter la tâche au lecteur, Geoff Johns raconte àa dans le désordre. J'ai lu The New Golden Age deux fois pour réussir à rédiger ce résumé chronologique et tenter de déchiffrer ce que le scénariste voulait raconter. Même comme ça, ce n'est pas clair.

Alors sans doute le meilleur moyen d'apprécier The New Golden Age est de le lire comme un énorme teaser pour ce que Johns entreprend d'écrire dans les prochains moins (années). Dans deux semaines, le scénariste va relancer la série Justice Society of America et il signera aussi une mini-série Stargirl : The Lost Children (à partir du 15 Novembre) dans lesquels il a promis que tout serait exploité et explicité.

Bien que dans l'event, actuellement en cours de publication, Dark Crisis (on Infinite Earths), Joshua Williamson a utilisé la Justice Society of America, Johns va certainement raconter quelque chose de différent, sans tenir compte de ce qu'a fait son collègue. The New Golden Age plonge dans le passé mais se projette aussi dans le futur pour redéfinir la JSA et DC a visiblement accordé au scénariste un coin de son univers pour qu'il ait les mains libres.

Ce one-shot se divise en trois parties : la plus importante se déroule dans le passé (cinq segments), une dans le présent, trois dans le futur. Deux personnages attirent notre attention : un individu mystérieux, l'Etranger, hante ces trois périodes, tandis que Helena Wayne, fille de Batman et Catwoman, sert de guide en quelque sorte. Toute la problématique du projet de Johns ici est de savoir de qui et de quand on parle.

De qui : actuellement, dans la continuité, Batman et Catwoman ne sont plus en couple (depuis la fin du run de Tom King sur la série Batman. La mini-série Batman/Catwoman qu'il a écrite ensuite paraît être hors continuité, comme la majorité des projets édités sous le Black Label). Il existe une Huntress, qu'on a croisé dans Nightwing puis Detective Comics, mais ce n'est visiblement pas la même que celle qu'introduit (ou plus exactement réintroduit) Johns ici. La Huntress de Johns, qui est donc la fille de Bruce Wayne et Selina Kyle, le devient 18 ans dans le futur, après l'assassinat de Batman (encore une différence avec la mort de Batman imaginée par King, qui établissait qu'il s'était éteint d'une longue maladie dûe à un combat contre le Dr. Phosphorus), pour venger son père.

Quand : le temps dans les comics, et particulièrement le présent, est un concept fluctuant. Le temps ne s'écoule pas comme dans la réalité sinon des personnages seraient en vérité centenaires au bas mot. Dans les comics, on vit, comme l'écrivait Patrick Modiano, dans une sorte de "présent éternel". Aussi quand un carton indique "Now" ("Maintenant"), c'est très relatif. Cela semble indiquer que ce "Now" se situe au moment où nous lisons l'histoire, mais en vérité, c'était déjà valable l'année dernière ou ça le sera encore l'année prochaine. Plutôt que "maintenant", il serait plus pratique de dire "de nos jours".

Et donc cela situe, par exemple, le vol de l'Anneau de Hauet par Catwoman 13 ans avant "de nos jours". Le costume qu'elle porte à cette occasion est celui qu'elle a dans Batman : Year One, donc elle est au tout début de sa carrière de voleuse costumée. Doctor Fate lui annonce qu'elle aura une fille, qui deviendra une justicière mais mourra des mains de l'Etranger. Cela fait rire Catwoman qui répond à Fate qu'elle n'a pas prévu d'avoir d'enfant.

Mais 10 après "de nos jours", Selina Kyle et Bruce Wayne sont parents d'Helena, qui découvrent la double identité de son père. Et 18 ans après "de nos jours", Helena devient Huntress après l'assassinat de Batman. Comme la future série Justice Society of America a pour premier rôle Huntress, faut-il en déduire qu'elle se déroule 18 ans après "de nos jours" ? Ou bien Helena Wayne aura-t-elle trouvé un moyen de remonter le temps pour empêcher l'assassinat de Batman (mais ausi en existant à la même époque que l'autre Huntress vue dans Detective Comics) ?

Résumons : nous avons une cosntante - l'Etranger, qui s'en prend à la JSA à travers les âges, en l'ayant observé puis en l'attaquant - , nous avons Huntress et sa quête de vengeance dans le futur. Mais qui est vraiment le personnage intermédiaire entre l'Etranger et Huntress ?

Il s'agit de Doctor Fate, que Geoff Johns semble envisager comme un mix du magicien classique, héritier des pouvoirs de Nabu, gardien de l'Ordre, mais aussi une sorte de version de Dr. Who, avec plusieurs personnages qui héritent du titre. Celui qui a été Fate le plus longtemps est Kent Nelson : il est là dès la première réunion de la JSA en 1940 au cours de laquelle il a la première de ses visions dramatiques sur le futur macabre de l'équipe et ses héritiers. Il est encore là en 1976 quand Dr. Mid-Nite l'examine avant que Power Girl et Star-Spangled Kid n'interrompent leur échange. Et il est toujours là 13 ans avant "de nos jours" lorsqu'il surprend Catwoman en train de voler l'Anneau de Hauet et le tue accidentellement. De nos jours, Fate est incarné apr Khalid Nassour. Et en 3022, c'est une fille, Sophie, qui a hérité du casque du Doctor.

Fate est donc partout, tout le temps. Mais c'est le contrepoint tragique de l'Etranger. Car on sait très vite que Kent Nelson va mourir et sa mort déclenche une progression dans la narration. Kent Nelson mort, c'est Khalid Nassour qui hérite du rôle. Khalid Nassour disparu, c'est Sophie qui est la (dernière ?) Dr. Fate. Tout cela desssine quelque chose de familier, d'obsessionnel chez Johns : la notion d'héritage, de transmission. La JSA n'est pas seulement la première super-équipe de DC, c'est aussi celle qui va inspirer et former les générations suivantes de super-héros. La JSA, c'est l'Histoire de DC, l'incarnation du temps dans le DCU. Et Johns a choisi cette fois de faire de Dr. Fate l'emblême vivant de cette incarnation. Ce qui tombe en fait sous le sens puisque Fate signifie destin.

Johns, avec l'ambition qui ne l'a jamais quitté de configurer le DCU en un grand tout cohérent, malgré les relaunchs, les reboots, les Crisis, place la JSA au-dessus de tout. Sans elle, rien n'existe, rien ne se construit. C'est la colonne vertébrale de son grand plan. Il intègre des épisodes comme celui dans les années 50 la JSA refuse de se démasquer devant la commission parlementaire aux activités anti-américaines pour prouver leur loyauté envers les Etats-Unis (épisode repris dans le Elseworlds JSA : The Golden Age de James Robinson et Paul Smith mais aussi dans DC : The New Frontier de Darwyn Cooke). Et bien qu'il ait été un des architectes des New 52, Johns n'en fait pas mention ici puisque durant cette période éditoriale la JSA n'avait plus de série et son existence avait d'ailleurs été effacée.

Johns incorpore par contre deux éléments plus récents qu'il a écrits. La première, c'est le retour en force des Maîtres du Temps (Time Masters) de Rip Hunter, intervenus lors de Flashpoint Beyond, mais auparavant dans Infinite Crisis : 52. Dans la première scène chronologiquement, Corky Baxter motive presque John Wilkes Booth à tuer Abraham Lincoln avant d'être réprimandé et de repartir avec les Maîtres du Temps. Leur mission : vérifier que les 13 héros cités à la fin de Flashpoint Beyond (tout en ayant en tête qu'ils s'agissaient de 13 personnages n'ayant jamais existé auparavant, entièrement créés par Johns) ont bien réintégrés les années 40. A la fin de The New Golden Age, on a droit aux 13 fiches signalétiques de ces personnages, avec un luxe de détails biographiques complètement fou pour justifier leur création rétroactive. Et durant la scène du 31 Octobre 1951, en "une" des journaux, il est fait mention du Red Lantern, le plus puissant héros russe de l'époque qui a coulé un navire de l'armée américaine (ce Red Lantern tient-il son pouvoir du corps des Red Lanterns ? Ou d'une version alternative du du Starheart comme le Green Lantern Alan Scott ?). En tout cas, Johns semble bel et bien avoir des plans pour ces 13 héros, certainement pour la série Justice Society of America.

L'autre incorporation d'un récit de Johns concerne Doomsday Clock visant à intégrer Watchmen dans la continuité du DCU. A la fin de Flashpoint Beyond, on découvrait une jeune femme, Nostalgia, dans l'ancienne forteresse de Ozymandias au Pôle Nord, et qui cherchait le Watchman (et non les Watchmen). On la retrouve ici avec Mime et Marionnette (deux personnages introduits dans Doomsday Clock). Par contre impossible de savoir à quand se déroule cette scène, très brève, c'est la seule qui n'est pas datée. Là aussi, tout indique que Johns n'en a pas fini avec l'oeuvre de Moore (et je cache pas que ça me soûle).

Vous l'aurez compris : je ne fais pas à proprement parler une critique de The New Godlen Age. Pour moi, il s'agit plus d'une feuille de route présentée par Johns, et encore c'est une feuille de route pleine de trous, d'interrogations. C'est à la fois confus, frustrant et excitant, prometteur. Johns revient en tout cas très en forme, plein de projets. En cas de succès de Justice Society of America, il pourrait signer un run aussi consistant que le premeir qu'il a écrit sur JSA (à la suite de James Robinson et David Goyer). Il paraît surtout évident qu'il développe ce projet ambitieux en marge des autres séries, dans une sorte de pré carré, sans doute avec la possibilité pour d'autres auteurs d'y faire référence, mais en conservant la main sur ces références. Personnellement, je ne pense pas que beaucoup de scénaristes vont embêter, parasiter Johns, chaque auteur vedette de DC a déjà fort à faire avec leur propre série et Joshua Williamson (que je persiste à voir comme le futur scénariste de Justice League) ne me semble pas menacé dans son rôle d'architecte principal du DCU.

Johns a tenté par le passé (notamment avant et pendant les New 52) d'être ce grand architecte du DCU. Mais les polémiques autour du film Justice League et ses projets chez Image Comics (avec Geiger et son univers) ont diminué son influence chez l'éditeur. J'ai le sentiment qu'il a encore de l'ambition pour le DCU, mais en ayant obtenu qu'on lui donne un secteur, sans avoir l'obligation d'interagir avec les autres auteurs, les autres séries. C'est presque comme s'il avait son propre label (chose qu'a eu Bendis en arrivant chez DC, ou comme le Black Label, mais de manière plus circonscrite).

Cela confère à Johns une position à part, un statut singulier. Plus vraiment central, essentiel, mais encore star, enfant prodige. Dès lors, The New Golden Age, c'est d'abord et surtout Johns. Les huit dessinateurs qui illustrent ce one-shot sont ses hommes de main, de différentes renommées : si Gary Frank, Scott Kolins, Todd Nauck, Jerry Ordway sont des habitués, Diego Olortegui, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Steve Lieber ne déméritent pas mais ont été visiblement conviés pour soulager leurs collègues. L'ensemble est esthétiquement très déparaillé et inégal, mais globalement de belle facture.

Pour résumer, ça m'a plutôt donné l'eau à la bouche (exception faite de la scène découlant de Doomsday Clock). J'attends donc avec gourmandise le retour de Justice Society of America, qui plus est parce que Mikel Janin en sera l'artiste. Et je croise les doigts pour que Johns soit bien inspiré.

vendredi 11 novembre 2022

DO A POWERBOMB ! #6, de Daniel Warren Johnson


Do A Powerbomb ! s'achèvera le mois prochain et avant même sa conclusion, il est certain que cette nouvelle mini-série de Daniel Warren Johnson laissera un goût mitigé à ses fans. L'auteur a écrit et dessiné une histoire très inégale, alternant sommets et chutes, et ce pénultième épisode ne déroge pas à la règle, avec son cliffhanger franchement WTF.


Cobrasun se rémemore sa première rencontre avec Yoa Steelrose alors qu'il combattait dans des matchs en dehors des tournois, où son audace et son puch le firent remarquer.


Aujourd'hui, il veille sur sa fille Lona, blessée lors de leur affrontement contre les FYSO, et qui le remercie d'être à ses côtés. Willard Necroton rappelle le duo sur le ring.


Les FYSO s'étant entretués, Lona et son père sont déclarés vainqueurs du tournoi. Necroton va donc pouvoir ressuciter Yoa. Sauf qu'il n'est plus assez puissant pour cela. Cobrasun s'énerve.


Il se rappelle la naissance de Lona alors qu'il revenait d'un match. Necroton les conduit, lui et sa fille, auprès de celui qui pourra exaucer leur voeu, au prix d'un dernier effort...

La fin du précédent épisode paraissait sceller le destin de Lona Steelrose et Cobrasun après que la première ait découvert que sous le masque du second se cachait son père. Mais le tournoi organisé par Willard Necroton sacrait les FYSo comme vainqueurs... Sauf que les deux partenaires se mettaient à s'entretuer pour recevoir la récompense !

Comment rebondir après ça ? Comment remettre Lona et Cobrasun dans la course ? C'est à ce défi que Daniel Warren Johnson était confronté pour le pénultième numéro de Do a Powerbomb !. Reconnaissons à ce diable d'artiste qu'il sait nous étonner et relancer ses intrigues de la manière la plus inattendue.

Mais voilà, sa mini-série applique ce procédé de manière trop mécanique pour convaincre. On a l'impression que, depuis quasiment le début, Do a Powerbomb ! fonctionne sur une espèce de surenchère permanente. Et ce qui est au début amusant et audacieux devient sur la fin un peu trop systématique et laborieux pour emporter l'adhésion.

Alors Johnson se fait un peu plus introspectif et revient à la base de son histoire. La grande absente et pour cause puisqu'elle est morte est Yoa Steelrose. Trop absente pour avoir vraiment hanté ce récit. Donc consacrons-lui quelques planches en flashback pour raconter qui elle était, comment elle a rencontré Cobrasun, comment ils ont engendré Lona.

Ces moments, calmes, reposants surtout dans cette lessiveuse qu'est une BD par Daniel Warren Johnson, sont les plus beaux de ce récit. Ils dépeignent une femme qui a repéré un champion avant d'en faire son amant et un père. Sous le déguisement de la catcheuse se cachait une femme tendre, aimante, maternelle. Mais hélas ! tout cela arrive bien, bien trop tard dans le scénario. 

On touche ainsi au vrai souci de Do a Powerbomb ! : le manque d'incarnation de ses personnages. Dans Murder Falcon, tout était bien mieux installé, plus vivant, plus poignant. Ici, curieusement, on a l'impression que le scénariste Johnson a un peu oublié ses personnages pour davantage faire plaisir au dessinateur Johnson. Ce dernier a beau être prodigieux, ça ne suffit pas à faire de sa mini-série une aussi bonne BD que Murder Falcon, son chef d'oeuvre, où sa loufoquerie et son sens de l'émotion se mariaient si bien.

Preuve, s'il en fallait encore, du déséquilibre de Do a Powerbomb ! et sa tendance fâcheuse à préférer le délire au sentiment : le cliffhanger de l'épisode, qui embarque les deux héros dans un ultime combat contre le seul être en mesure de leur rendre Yoa Steelrose. Une idée tellement portnawak qu'on ne sait pas trop comment l'apprécier : énorme blague potache de plus ? Ou audace suprême ? Je suis très perplexe devant cet énième rebondissement qui plombe plus l'histoire qu'elle ne la redresse.

Visuellement, Johnson est un artiste exceptionnel, une sorte de phénomène comme peut l'être Sean Gordon Murphy avec lequel il partage une puissance graphique incomparable ou James Harren. Sa narration est époustouflante et les scènes de combat sont toujours aussi ébouriffantes. Il s'amuse beaucoup à chorégraphier les prises les plus acrobatiques, à nous faire ressentir les impacts les plus retentissants, avec des effets copieux. 

La colorisation de Mike Spicer souligne juste ce qu'il faut tout ça, sachant qu'en réalité ce type de dessin n'a guère besoin d'être renforcé. Mais disons que ça aide souvent à la lisibilité quand on compare ce que Johnson dessine en art séquentiel et ses commissions qu'il faut quelquefois déchiffrer.

Pour ceux qui aiment les comics qui en emttent plein la vue, Johnson est un dessinateur imparable. J'admire la tonicité de son art, il est irréprochable là-dessus. Mais pour Do a Powerbomb !, il s'amuse plus que nous, il a écrit une histoire pour s'éclater en oubliant un peu l'histoire et ses personnages en chemin. Dommage.

Reste que c'est toujours quelque chose d'unique, mais trop inégal. On verra comment il boucle tout ça, mais je ne crois pas à un sursaut miraculeux.

MINOR THREATS #3, de Patton Oswalt, Jordan Blum et Scott Hepburn


Sous ses airs de blague potache, Minor Threats est quand même vachement bien fichu et si on peut regretter que cette série ne compte que quatre épisodes, on doit aussi reconnaître que ses créateurs - Pattton Oswalt, Jordan Blum, Scott Hepburn - ont préféré la qualité à la quantité. Ce qui se vérifie dans ce n° 3 brillant et déjanté.


Blessée par une balle perdue alors qu'elle  tentait, comme le justicier The Insominiac, de rattraper les sbires du méchant Stickman, Playtime est sauvée par ses gadgets et les soins de Scalpel.


Dans sa chute, Playtime a aussi réussi à arracher une étiquette aux costumes des sbires du Stickman. Ce qui conduit sa bande au couturier, Thread King, sommé de donner l'adresse de la planque du méchant.


Mais Lady Nuke, de l'équipe du Continuum, entend bien connaître cette info avant. La bande de Playtime fuit avec Thread King en passant via une faille temporelle, vestige d'une ancienne bataille.
 

Torturé par Scalpel, Thread King dénonce le Stickman. La bande pénètre dans sa planque mais le maître des lieux les entend car il a un espion qui l'a averti de leur arrivée...

Le mois prochain s'achèvera donc Minor Threats, et sauf fin complètement ratée, cette mini-série aura été une des meilleures surprises de ces derniers mois. D'ailleurs, cette production affiche à chaque numéro en couverture les éloges de geeks passionnés et célèbres (Taïka Waïtiti, Edgar Wright...), ce qui peut faire penser qu'on aura peut-être un jour une adaptation pour le cinéma ou une plateforme de streaming.

Mais, en attendant cela, il faut savourer le comic-book, qui existe fort bien sans la perspective de devenir un long métrage. Car, même si Minor Threats a tout d'une blague potache imaginée par un groupe de comiques, c'est une sacrée bonne BD, avec une histoire efficace et des dessins toniques à souhaits.

Ce troisième épisode met en avant Scalpel, l'équivalent de l'Infirmière de Nuit de Marvel dans cet univers de poche. Plusieurs fois, le récit fait place à des flashbacks sur son passé, depuis que, fillette, elle a assisté au meurtre de son père, médecin qui a refusé de s'associer à un super-vilain. Plutôt que d'embrasser une carrière de justicière pour le venger, elle est devenue la soignante du milieu, allant jusqu'à aider l'assassin de son paternel.

A travers elle, Patton Oswalt et Jordan Blum se font plus graves : ils dressent un portrait cynique de la communauté des criminels de Twilight City et plus précisément de la bande formée par Playtime. Il s'agit de gredins sympathiques mais sans scrupules, qui traquent le redoutable Stickman non pour se débarrasser d'un criminel mais bien pour empocher la prime promis pour sa capture et calmer le Continuum, les Avengers de la cité, qui veulent lui mettre la main dessus avant the Insomniac dont le sidekick, Kid Dusk, a été abattu.

Lorsque l'épisode démarre, on voit Playtime survivre miraculeusement à une chute de plusieurs étages après avoir reçu une balle perdue. Ses gadgets la sauvent avant que Scalpel lui prodiguent des soins. A cet instant, déjà, on voit ses acolytes se demander s'ils ne feraient pas mieux de la laisser pour morte, histoire d'aller plus vite et d'avoir plus d'argent à se partager. Seulement voilà Playtime sait comment retrouver le Stickman...

Un peu plus loin, alors qu'ils font une pause chez la mère de Playtime, Scalpel découvre que Snake Stalker a travaillé pour le Stickman et même s'il jure n'être plus à son service, le doute s'installe jusqu'au cliffhanger final car on découvre qu'il y a un traître dans l'équipe. Tout devient donc beaucoup plus ambigü dans cet épisode dont le morceau de bravoure voit les "héros" traverser une faille temporelle. Lors de cette scène, ils sont soumis à des visions délirantes mais aussi révélatrices. En examinant ces images, on peut lire à quel point chacun n'est pas net. Ce sont tous des tocards hantés par leurs échecs mais aussi rongés par des fantasmes, parfois morbides.

A cet approfondissement psychologique répond le dessin survolté de Scott Hepburn. Comme beaucoup d'artistes qui n'ont pas réussi à s'imposer chez les "Big Two" (souvent parce qu'ils sont barrés par des stars, pas forcément plus ponctuels mais plus vendeuses), Hepburn donne tout ce qu'il a avec Minor Threats.

Il s'est occupé des characters designs jusqu'à la conception de la ville de Twilight. On voit qu'il a soigné son ouvrage car tout est cohérent : l'esthétique est délirante mais solide, chaque décor est mémorable, chaque individu identifiable. Le découpage, très nerveux et spectaculaire, regorge d'invention, comme avec cette spalsh page où Scalpel analyse l'anatomie de Playtime comme on examine un écorché. Le plan est peu ragoutant mais quand on se penche dessus, il fourmille de détails insensés.

La fameuse scène de la faille temporelle, quasiment muette, est au tour de force où Hepburn compose des plans entremêlés, cauchemardesques et expressionnistes. Derrière ce trait vif et exubérant, il y a un dessinateur méticuleux, qui a beaucoup bossé et a voulu rendre justice à un script dingue. Le lecteur est comblé par l'exigence des auteurs.

Conclusion dans un mois pour ces Minor Threats qui n'ont rien d'un comic-book mineur.

FANTASTIC FOUR #1, de Ryan North et Iban Coello


Fichtre ! Elle pique less yeux, cette couverture d'Alex Ross ! Aussi, ne jugez pas cette relance à sa cover, vous passeriez à côté de quelque chose de vraiment bon. Après Dan Slott, c'est au tour de Ryan North de prendre en charge Fantastic Four, avec la promesse de revenir aux fondamentaux, et accompagné du prometteur Iban Coello au dessin.


Ben Grimm et sa femme Alicia s'arrêtent à Cedar, patelin de Pennsylvaie où l'accueil est bizarre. Le concierge ne se souvient plus d'eux le lendemain et la Chose effraie un gamin qui alerte son père.


Le village a par ailleurs un aspect vieillot. Alicia consulte wikipedia sur son téléphone et apprend que l'endroit serait une ville fantôme depuis le 12 Juillet 1947 !
 

Ben et Alicia mènent l'enquête et découvrent que Cedar est pris dans un boucle temporelle, revivant chaque jour le 12 Juillet 1947 sans s'en rendre compte. Quelle est la cause de cette anomalie ?


Profitant de ce jour sans fin, Ben et Alicia finissent par identifier Sanford, l'amoureux éconduit de la serveuse Minnie comme responsable. Ils le convainquent de refaire sa vie pour leur bonheur respectif.


Le lendemain, tout est rentré dans l'ordre. Ben et Alicia quittent Cedar pour regagner New York. Mais Ben sait ce retour sera difficile car Reed Richards a commis quelque chose de terrible là-bas...

Commençons par... La fin de cet épisode avec la postface qu'adresse le scénariste Ryan North au lecteur :
 

Fan de longue date de Fantastic Four, North est auteur canadien multi-primé pour ses séries Adventure Time et The Unbeatable Squirrel Girl. Il travaille en vérité depuis un an à succéder à Dan Slott dont le run est loin d'avoir convaincu les fans. Et North a décidé de revenir aux fondamentaux, avec une sorte de note d'intention comme celle qu'avait rédigée Mark Waid au début de son run avec Mike Wieringo.

Pour cela, il a établi quatre règles : les Quatre Fantastiques sont fun, sont des aventuriers, peuvent tout faire et doivent être accessibles. North envisage la série avec le respect qui est dû à la création de Stan Lee eet Jack Kirby mais aussi avec le souci que de nouveaux lecteurs doivent pouvoir la découvrir sans avoir besoin de se taper 60 ans de comics. Les personnages doivent renouer avec une légèreté propre à leur vocation d'aventuriers car les 4F ne sont pas des super-héros mais des explorateurs. Et leurs pouvoirs leur permettent de tout faire.

Ensuite, il y a la forme : North a annoncé la couleur en expliquant que chque épisode serait auto-contenu mais qu'un fil rouge les relierait. On découvre de fil rouge dans les deux dernières pages de ce n°1 avec une catastrophe spectaculaire qu'aurait provoquée Reed Richards et qui aurait gravement entâché la réputation et la popularité des FF. Cela rappelle ce que Zeb Wells a fait avec sa relance récente de The Amazing Spider-Man où le tisseur était lâché par tous (super-héros, famille, amis) sans qu'on sache pourquoi si ce n'est qu'il avait lui aussi semé un chaos terrible.

Il y a tout pour me plaire dans le projet de North. Je n'ai lu que les premeirs épisodes de Slott et décroché aussi vite. Mais ce que j'ai toujours préféré avec Fantastic Four, ce sont les runs où ça allait vite, fort, avec l'esprit de famille mis en avant, la dimension aventurière, un mix d'action et de fun. Ce que firent John Byrne et Mark Waid et Mike Wieringo. J'ignore si cette fois sera la bonne, si ce sera aussi bon que Byrne et Waid-Wieringo, mais  au moins sur le papier c'est engageant.

Ce qui pourra dérouter dans ce premeir épisode, c'est qu'on ne lit pas un épisode des FF à proprement parler, les deux protagonistes sotn Ben Grimm/la Chose et sa femme Alicia Masters-Grimm (reliquat de la période Slott où ils se sont mariés), partis en congés (sans les gamins skrull et kree adoptés après l'event Empyre. Ouf !). Ils échouent dans un bled perdu de Pennsylvanie dont ils découvent qu'il est pris dans une boucle temporelle. Pourquoi ?

L'idée renvoie évidemment au film Un Jour sans Fin (Harold Ramis, 1993), chef d'oeuvre de la comédie fantastique. Mais North s'approprie cette astuce narrative avec inventivité et comme l'épisode est plus long qu'à l'ordinaire (une trentaine de pages), il peut développer l'argument et ses possibilités de telle manière que le lecteur considère la situation dans son toute son ampleur, depuis l'accueil hostile des habitants jusqu'au mystère entourant cette anomalie physique.

North ne fait pas que soigner son récit, il le fait vivre et, en premier lieu, avec le couple Ben-Alicia, qu'on a rarement vu aussi vivant, attachant. Alicia, en particulier, n'est pas dépeinte comme une infirme fragile couvée par Ben, mais comme une jeune femme séduisante, entreprenante, intelligente, qui a un rôle actif dans l'histoire et sa résolution. Ben, lui, est caractérisé comme on l'aime, l'archétype du brave type bourru, mais qui ne se réduit pas à sa force et qui est lui aussi capable de réfléchir et d'agir en conséquence.

Le problème est résolu avec finesse, de manière romantique, très touchante, et fait écho à la propre relation entre Ben et Alicia. On se moque du fait que Sanford ait développé un pouvoir provoquant la boucle temporelle, l'épisode fonctionne comme une sorte de fable, de métaphore sur le deuil d'un amour et la capacité de résilience, l'acceptation de trouver un autre amour pour dépasser un chagrin sentimental. C'est brillant - jusqu'au bout quand Ben considère tout cela par rapport à ce sui s'est passé avec le reste des Fantastiques (dernière page vraiment renversante, je vous le garantis !).

Au dessin, Iban Coello est un artiste encore méconnu mais qui ne devrait pas le rester longtemps. Mis en avant par Marvel qui en a fait un de ses "stormbreakers" (au même titre que Carmen Carnero, Elena Casagrande, Nic Klein, etc.), il s'est fait remarquer il y a quelques mois avec le récit hors continuité Dark Ages (écrit par Tom Taylor). Mais il change vraiment de dimension avec Fantastic Four car c'est une titre qui a vu passer de grands dessinateurs et c'est la série fondatrice de tout l'univers Marvel Comics.

J'ai coûtume de penser que pour savoir si un dessinateur est fiable pour Fantastic Four, il faut le juger sur sa manière de représenter la Chose. C'est le personnage le plus dur à saisir, avec son aspect si étonnant. Et Coello coche toutes les cases : il le fait grand, imposant (ce qui ne correspond aux critères de Kirby et Byrne mais que, moi, je préfère), bien rocailleux. J'ai déjà dit qu'Alicia gagnait énormément en féminité et n'était plus cette frêle créature aveugle parfois agaçante, et c'est donc un autre bon point.

Coello ne rechigne pas non plus sur les décors. Cedar est un patelin coincé en 1947 et l'artiste sait être subtil pour donner un air vieillot aux bâtiments sans en rajouter. Surtout, il découpe l'épisode de façon très dense et dynamique à la fois, n'hésitant pas à composer ses planches avec des "gaufriers" de douze cases pour montrer les effets de la boucle temporelle et les efforts déployés par les deux héros pour réveiller la population locale à ce sujet.

Ces effets de mise en scène sont à la fois comiques et déconcertants, on se croirait dans un épisode de La Quatrième Dimension, ce qui est une référence évidente pour North. Cela colle à son prinicpe de faire fun et aventurier tout en restant accessible, et in fine de prouver qu'effectivement un membre des FF peut renverser le cours d'une situation mal engagée. 

Ajoutez à cela que c'est l'excellent Jesus Arbutov qui colorise le tout et vous avez vraiment quelque chose de très sympa à lire, avec des ambiances nuancées, respectant le dessin tout en le valorisant.

J'ai envie de dire que c'est un sans faute. En tout cas, c'est très encourageant pour la suite. Et si en plus on tient compte du fait que, avec la numérotation Legacy, ce Fantastic Four #1 correspond au #694, ça signifie qu'en Mai 2023, Marvel va certainement préparer avec North et Coello (et sans doute quelques invités) un 700è numéo historique. Raison de plus pour investir dans ce nouveau volume de la First Family de Marvel !