dimanche 18 septembre 2022

SHE-HULK #6, de Rainbow Rowell et Luca Maresca


Sorti le 7 Septembre dernier, ce sixième épisode de She-Hulk confirme tout le bien qu'on peut penser de cette série. Rainbow Rowell est vraiment inspirée par son héroïne et l'intrigue qu'elle tisse autour d'elle est accrocheuse. Luca Maresca au dessin fait des merveilles en animant un casting très varié, toujours au service du scénario.


Patsy Walker/Hellcat remet à She-Hulk le dossier que les Avengers ont gardé sur le Valet de Coeur. Pourtant Jen se retient de le consulter tout de suite et remercie son amie pour ce service.
 

De retour au cabinet, She-Hulk reçoit la visite d'un client peu commun : Diablo. Il lui demande de défendre légalement les intérêts de Krakoa et elle accepte.


Contre toute attente, ce dossier enthousiasme Mallory Book, bien qu'elle ait interdit à She-Hulk de représenter des surhumains. Mais il s'agit d'un contrat en or avec de nombreux points à plaider.


She-Hulk retrouve le Valet de Coeur et lui remet le dossier des Avengers. Touché par les efforts déployés par Jen pour l'aider, il s'approche d'elle et elle le laisse l'embrasser...

Ce sixième numéro de la série marque vraiment un tournant dans sa progression : après avoir écrit un premier arc pour établir la nouvelle situation de She-Hulk, qui s'est retirée des Avengers, a repris son travail d'avocate, et a recueilli le Valet de Coeur que tout le monde pensait mort depuis longtemps, Rainbow Rowell doit maintenant passer la deuxième.

C'est en quelque sorte maintenant que commence le plus dur pour la scénariste. Si elle a réussi à intéresser les lecteurs à sa vision du personnage, elle doit à présent les garder et développer sa série. Elle maintient le cap en concentrant son récit sur la relation entre She-Hulk et le Valet de Coeur et le mystère qui entoure le retour de ce dernier, mais elle n'en reste pas là.

Rowell tient visiblement à inscrire sa série dans la continuité et pas en faire une sorte de fantiasie décalée comme cela fut le cas du temps de John Byrne ou Dan Slott. Ainsi, elle fait allusion au couple que forment désormais Patsy Walker/Hellcat et Tony Stark/Iron Man (tel que l'a imaginé Christopher Cantwelle dans son run actuel - reste à savoir si cela sera conservé par Gerry Duggan qui s'apprête à lui succéder sur ce titre).

Grâce à cela en tout cas, She-Hulk peut entrer en possession d dossier personnel du Valet de Coeur que les Avengers ont sonservé dans leurs archives. Rowell rappelle aussi à bon escient l'amitié entre Patsy et Jen et rédige des dialogues savoureux entre elles.

Dans la deuxième partie de l'épisode, c'est la vie professionnelle de She-Hulk qui est creusé. Depuis cinq épisodes, on la voit ramer pour gagner des clients au cabinet de Mallory Book. Ce n'est pas simple puisque cette dernière ne veut pas défendre de super-héros. Mais lorsque Diablo sollicite Jen pour qu'elle représente la nation mutante de Krakoa, qui doit résoudre de nombreux problèmes juridiques, l'occasion est trop belle pour la repousser.

Et, surprise, la nouvelle réjouit Mallory, qui pense surtout, elle, à la manne financière d'un tel dossier. Krakoa est une île certes, mais dont le commerce est juteux et la fortune assurée. Un client pareil, c'est la garantie de retombées en espèces sonnantes et trébuchantes mais aussi médiatiques. Narrativement, c'est aussi un terreau fertile pour de nombreux épisodes à venir et il sera passionnant d'observer comment Rowell va exploiter les relations entre les mutants et leur avocate. J'aimerai assez que cela permette de voir Jen fouler le sol de l'île et qu'on la voit donc à la fois dans sa série mais aussi dans des titres mutants (par exemple dans X-Men ou Immortal X-Men).

Enfin, le dernier tiers de l'épisode réunit She-Hulk et le Valet de Coeur et s'achève sur un twist attendu. Depuis quasiment le début de leurs retrouvailles, ces deux-là flirtent et le baiser qu'ils échangent ouvre clairement la porte à une relation plus intime. Bien entendu, tous les mystères entourant le Valet n'étant pas résolus, loin s'en faut, la suite risque d'être animée. 

Mais Rowell a fait preuve d'une finesse bien plus grande (mais ce n''était pas difficile) que Jason Aaron dans Avengers où il a voulu créer un couple franchement WTF entre She-Hulk et Thor sur le ton de la comédie. La scénariste a pris son temps mais à l'arrivée, même si c'est improbable, cette union est plus jolie et naturelle.

Luca Maresca fait aussi du très bon travail pour mettre cela en images. On peut dire (déplorer ?) qu'il ne fait pas trop d'efforts pour différencier les trois actes de l'épisode, et sans doute qu'un artiste plus inventif, plus expérimenté aussi, aurait eu à coeur de varier son découpage en fonction des scènes.

Mais cette simplicité est séduisante. Maresca n'est pas là pour faire le malin. Il est au service du scénario et son dessin est soigné, élégant, expressif. Il saisit parfaitement les attitudes et les représente avec subtilité. Quand Patsy et Jen rigolent ensemble sur leurs malédictions, Maresca réussit à dessiner ça avec un naturel qui fait souvent défaut aux artistes de comics plus doués pour la baston.

Le même compliment s'applique au dialogue entre Kurt Wagner et Jen : Rowell rend justice au mutant en lui rendant son caractère charmeur et enjoué, à mille lieues de l'elfe curaillon dans lequel on l'a si souvent cantonné (et qui doit faire se retourner Dave Cockrum sans sa tombe). La réaction de mallory Book est elle aussi très spontanée, captée avec adresse par Maresca.

Le plus difficile restait peut-être à découper dans la dernière partie car c'est souvent quand deux personnages saisis par le trouble, attirés l'un par l'autre, qu'on mesure à quel point un dessinateur est bon. Il faut que chaque plan soit cadré à bonne distance, que chaque expression des personnages soit juste, que le timing soit impeccable. Et une fois de plus Maresca y arrive. 

She-Hulk est une série sans prétention mais pas sans ambitions : c'est par son écriture très ciselée et ses dessins savamment dosés qu'elle parvient à un équilibre rare, précieux. C'est très plaisant à lire parce que c'est tout bonnement bien fait, par des auteurs inspirés, qui veulent rendre justice à l'histoire qu'ils raocntent et aux personnages qui la traversent.

samedi 17 septembre 2022

SHE-HUK BY RAINBOW ROWELL, VOLUME 1 : JESS AGAIN, de Rainbow Rowell, Rogé Antonio et Luca Maresca


Tout d'abord, ce recueil des cinq premiers épisodes de la série actuelle consacrée à She-Hulk ne sortira que le 22 Septembre prochain chez Panini Comics (avant le TPB US !), mais comme j'ai pu lire ces numéros en single issues ces derniers mois, je profite de leur réédition en album pour vous en livrer la critique - et ce alors que Disney+ diffuse actuellement une série sur la cousine de Bruce Banner. Toutefois, le travail de Rainbow Rowell et de ses deux dessinateurs mérite qu'on s'y arête.


Jennifer Walters vient de quitter les Avengers et a recouvré tous ses moyens en tant que She-Hulk. Elle se rend à un entretien d'embauche chez Mallory Book quand elle croise Titania. Elles s'affrontent brièvement avant de passer un marché pour s'entraîner ensemble. Après avoir été engagée, Jen s'installe dans l'appartement que lui loue Janet Van Dyne et se délasse dans un bon bain chaud. Jusqu'à ce qu'elle soit surprise par une visite inattendue...


Le Valet de Coeur, considéré comme mort depuis des années, resurgit donc dans la vie de She-Hulk. Il se souvient avoir capturé et soumis à des expériences avant de pouvoir s'évader et de penser à se rendre chez Jen. Toutefois, il refuse qu'elle prévienne les Avengers par peur qu'il ne l'enferme à nouveau.


Au cabinet de Mallory Book, Jen retrouve Andy, ex-créature du Penseur Fou devenu réceptionniste et secrétaire. Elle a interdiction de représenter des super-héros. De retour chez elle, She-Hulk discute avec le Valet de Coeur qui a constaté une diminution considérable de ses pouvoirs. Jen téléphone à Patsy Walker pour consulter le dossier de leur ami sans lui dire qu'il est chez elle.


She-Hulk, comme convenu, s'entraîne avec Titania, en compagnie de Volcana. Ben Grimm requiert ses services d'avocate en échange de quoi il la conseillera auprès d'autres héros cherchant une aide juridique. Reed Richards donne un un radiamètre mais elle l'utilise ensuite sur le Valet de Coeur. Alors qu'ils tentent d'identifier qui l'a enlevé, ils sont importunés par un inconnu agressif.


Une bagarre oppose She-Hulk à Mark, qui veut s'en prendre au Valet de Coeur. Ce colosse donne du fil à retordre à Jen jusqu'à ce que April, sa fiancée, ne s'interpose et le calme tout en reprochant son attitude à She-Hulk. En dînant au restaurant, le Valet de Coeur évoque le projet d'aller se retirer dans le Connecticut. Quelques jours plus tard, Jen observe April et Mark dans un square et apprend qu'ils sont mariés...

Lancée en Mars dernier, cette nouvelle série consacrée à She-Hulk bénéficie aujourd'hui de la publicité faite autour de la production diffusée sur Disney+. Mais ces dernières années, le personnage a surtout été monopolisé par Jason Aaron qui en avait fait un membre des Avengers, et avant cela, lors de Civil War II, Brian Michael Bendis avait notablement altéré ses pouvoirs.

En vérité il faut remonter aux runs de Charles Soule et avant lui de Dan Slott pour que Jennifer Walters ait eu les honneurs d'un titre dédié. Mais Miss Hulk, comme on l'appelle en France, doit l'essentiel de sa popularité à la série écrite et dessinée par John Byrne en 1989 (et dont Marvel et Panini viennent de reproduire les épisodes dans un omnibus récemment).

Rainbow Rowell hérite donc d'une héroïne qui a subi les pires outrages par des auteurs peu inspirés ces derniers temps. Mais Elle la récupère en ordre de marche : ses pouvoirs sont revenus à la normale, son aspect est moins mastoc, et elle pratique à nouveau comme avocate. 

Dans le premier épisode, la scénariste des Runaways s'emploie à resituer Jen/She-Hulk : elle passe un marché avec Titania (au lieu de s'affronter pour rien, elles vont s'entraîner ensemble), elle est embauchée par Mallory Book (une juriste rivale de Jen créée par Dan Slott) qui lui interdit de représenter des super-héros, elle récupère son appartement. Mais ce répit est de courte durée puisqu'un collègue des Vengeurs resurgit.

Rainbow Rowell va alors développer son arc autour du mystère entourant ce retour. Le Valet de Coeur est mort durant le run de Geoff Johns sur la série Avengers en explosant littéralement dans l'espace, incapable de contenir sa puissance, malgré les efforts de Tony Stark. On renoue donc avec ce héros quasiment oublié, toujours vêtu de son costume insensé, mais quasi-amnésique. Il ne se rappelle que d'avoir été détenu et d'avoir subi des expériences, mais sans savoir où et par qui. En tout cas, cela a considérablement réduit ses pouvoirs et donc sa dangerosité, il ne veut pas que les Avengers soient mis au courant de son retour car il craint leur réaction et finit même par envisager de se retirer dans le Connecticut en abandonnant son rôle de super-héros.

Contre toute attente, ce mystère est assez accrocheur, d'autant que Rowell l'enrobe d'une romance possible entre le Valet et She-Hulk. Ce couple potentiel improbable suscite notre curiosité, mais c'est surtout par la grâce d'une écriture précise, parfois drôle, en tout cas bien sentie, qu'on s'y attache. Déjà louée pour la qualité de sa reprise des Runaways, Rowell confirme son talent pour s'approprier des personnages qu'apparemment personne ne parvient à animer correctement (un peu comme Tom King chez DC, la gravité en moins).

Le seconds rôles sont soignés : Faire de Mallory Book la nouvelle patronne de Jen est une idée brillante car elle installe une tension immédiate entre les deux femmes qui furent rivales dans les cours de justice. Par ailleurs, Jen reçoit la consigne de ne pas défendre de surhumains (alors que Book a établi sa réputation sur ses plaidoiries en faveur de cette communauté). Evidemment, c'est un ordre impossible à respecter quand on connaît autant de super-héros et très vite Jen accepte de traiter un dossier mineur impliquant Ben Grimm, qui, pour la remercier, oriente des copains à son adresse.

Pourtant, en dehors de ça et de Handsome Andy (un androïde créé par le Penseur Fou, apparu pour la première fois dans un épisode de Fantastic Four des années 60), la série ne s'éparpille pas dans un défilé de guest-stars et reste focus sur Jen/She-Hulk et le Valet de Coeur. Tout le contraire de la série Disney+ qui a beaucoup (trop) aguiché avec des caméos (au final décevants).

D'abord dessinée par Rogé Antonio (jusqu'au début du n°3), la série prend vraiment son envol grâce à Luca Maresca qui achève donc le troisième épisode et remplace complètement Antonio ensuite. Ce dernier ne déméritait pourtant pas, avec un style très expressif et dynamique : j'ignore pourquoi il a cédé sa place.

Toutefois, il faut avouer que Maresca est meilleur. Jusqu'à présent peu connu, cet artiste italien trouve avec She-Hulk l'occasion de se faire remarquer. Auparavant, il avait signé la mini Phoenix Song : Echo (qui établissait Echo comme la nouvelle hôtesse de la force Phénix). Maresca a un trait très élégant, il soigne ses décors, son découpage est simple et fluide, il est à l'aise dans les scènes dialogués (majoritaires) comme dans l'action.

Surtout il s'acquitte avec brio d'animer She-Hulk à laquelle il donne beaucoup de charme, sans la rendre aussi sexy que Byrne toutefois. Idem avec le Valet de Coeur, qu'il affuble d'un tee-shirt pour masquer le design affreusement compliqué à reproduire et dont il restitue parfaitement le désarroi puis la quiétude retrouvée.

Le sixième épisode vient de sortir et je vous en parlerai très vite car tout àa m'a donné très envie de poursuivre cette série, surtout au moment où j'en abonne certaines. De votre côté, cochez la date de sortie du recueil (Panini le proposera avec le sous-titre Retour à la vie civile, avant le TPB US, dès le 22 Septembre), vous verrez, c'est très bon.

vendredi 16 septembre 2022

DO A POWERBOMB ! #4, de Daniel Warren Johnson


On peut déjà, sauf surprise à venir, tirer quelques conclusions sur la nouvelle production signée Daniel Warren Johnson. Ainsi, si Do a Powerbomb ! reste une lecture originale et explosive, sa narration devient un peu trop routinière pour égaler le chef d'oeuvre de son auteur (Murder Falcon). 


Un an avant le tourno, les chevaliers de Rhyne reçoivent pour mission de s'y inscrire pour obtenir la résurrection du mage Velkus le rouge, défait par Willard Necroton.


Aujourd'hui, impressionné par sa jeune partenaire, Cobrasun propose qu'ils s'entraînent afin de parfaire leur complicité et leur efficacité sur le ring.


Le match qui les oppose aux chevaliers de Rhyne voit Cobrasun et Lona Steelrose en grande difficulté mais ils réussisent à puiser dans leurs ressources pour l'emporter.


Alors qu'ils quittent la scène, deux autres pairs de lutteurs les remplacent. Lona et Cobrasun reconnaissent alors Blood, le frère de Yua Steelrose, et assistent, impuissants, au combat qui suit...

Quelque part, c'était prévisible, mais je voulais quand même y croire car le talent de Daniel Warren Johnson est tel que rien ne semble pouvoir lui résister. Mais pourtant Do a Powerbomb ! accuse un coup de moins bien ce mois-ci et cela risque de le poursuivre.

Pour être plus clair, il faut revenir à Murder Falcon, le précédent creator-owned de l'auteur. L'histoire avait une construction assez semblable à celle de Do a Powerbomb !, avec une succession d'épisodes où, à mesure qu'on rencontrait les membres du groupe, on assistait à des combats épiques. Ici, c'est presque pareil.

Lona et Cobrasun enchaînent les matchs de catch sur le ring de Willard Necroton et chaque partie disputée est évidemment plus difficile que la précédente, et enrichie de révélations sur les personanges. On a appris que Cobrasun était le père de Lona (mais elle l'ignore) et qu'il l'avait accidentellement tuée sur le ring.

Malheureusement, ce qui réussissait si bien dans Murder Falcon, à savoir ce détonant cocktail d'action et d'émotion, a du mal à se réaliser dans Do a Powerbomb ! car, comme je le craignais, Daniel Warren Johnson me semble avoir abattu trop vite des cartes maîtresses dans son jeu. Ainsi, dès le deuxième épisode, on savait qui se cachait derrière le masque de Cobrasun. 

Dans cet épisode, l'auteur répéte un peu cette erreur en révélant que Blood, le frère de la défunte Yua Steelrose, donc l'oncle de Lona et beau-frère de Cobrasun, participe lui aussi au tournoi, avec le même objectif que les héros (obtenir de Willard Necroton qu'il ressucite Yua). 

Mais surtout l'épisode est mal construit. On apprend pour commencer, via un flashback en ouverture de l'épisode, pourquoi les chevaliers de Rhyne, futurs adversaires de Cobrasun et Lona, se sont inscrits au tournoi. Cette précision n'apporte pas grand-chose, sinon qu'il vienne se venger de l'organisateur qui a tué leur plus puissant sorcier, mais surtout comme on imagine mal Johnson éliminer du tournoi Lona et Cobrasun au bout de deux matchs, l'issue du combat contre les chevaliers ne fait guère de pli. Certes, la partie est disputée, violente, mais le dénouement reste prévisible.

Au-delà de ce fait avéré, Johnson consacre beaucoup de pages au combat en question? Si son dessin est toujours formidablement tonique, avec un découpage époustouflant, une science incomparable pour traduire les impacts des coups portés et reçus, reste qu'on trouve le temps un peu long. Toujours pour la même raison : la prévisibilité de la victoire des deux héros.

Et c'est au terme donc de cette trop longue baston que le fait le plus important de l'épisode survient avec la participation de Blood au tournoi. A peine a-t-on intégré cela, que l'affontement entre Blood et son partenaire contre le tandem Fyso se solde par une cuisante et dramatique défaite des premiers. Là encore, prévisible. Mais surtout raté parce que traité trop rapidement. Le match de Cobrasun et Lona a occupé trop de place alors qu'il est aurait été plus puissant de donner plus d'espace à celui de Blood.

On peut aussi arguer que si Blood avait dû combattre Cobrasun et Lona, Johnson aurait eu à écrire et dessiner un match encore plus tragique, mais il a manqué de perversité. Quoiqu'il en soit, Do a Powerbomb ! a le plus grand mal à susciter la même émotion poignante que Murder Falcon, sans doute parce que Johnson a plus de difficulté, à l'évidence, à explorer la notion de deuil qu'à exploiter la maladie comme c'était le cas dans sa précédente oeuvre. Il manque ce sentiment d'urgence, de nécessité, de dernière chance qui faisaient tout le sel de Murder Falcon quand le lecteur saisissait que Jake livrait son dernier tour de piste.

Parce qu'on n'arrive pas à être aussi ému par Lona vis-à-vis de la perte de sa mère, Do a Powerbomb ! déçoit. L'abondance de lutteurs, et le foisonnement graphqiue pour leur donner chair, ne comble pas ce déficit. On a l'impression que ce tournoi est déjà trop long, que chaque match est plus un morceau de bravoure, un exploit visuel que narratif, avant d'atteindre le coeur du sujet. Qu'importe au fond de savoir contre qui Lona et Cobrasun seront confrotnés en final (car s'ils n'y parviennent pas, à quoi bon tout ça ?), on aimerait vibrer davantage, être touchés davantage. Quel rebondissement pourrait insuffler une dimension iconique, sacrificielle à ce récit comme la révélation de la maladie de Jake dans Murder Falcon ?

Si on met cela de côté,ce qui n'a rien d'aisé, Johnson livre quand même quelque chose d'unique, de très spécial, d'improbablement bon. Mais "bon" n'est pas suffisant : avec un auteur pareil, on veut de l'extraordinaire, du hors du commun. En a-t-il encore sous le pied pour les trois épisodes restants ? A suivre...

A.X.E. : JUDGMENT DAY #4, de Kieron Gillen et Valerio Schiti


Ce quatrième numéro de A.X.E. : Judgment Day marque la fin du deuxième acte de l'histoire écrite par Kieron Gillen et dessinée par Valerio Schiti. Dans cette partie du récit, le Progéniteur a jugé digne ou pas plusieurs héros et humains tandis que, pour tenter de renverser la situation, les Eternels ont libéré Eros/Starfox. Cela sera-t-il suffisant ?


Eros/Starfox peut manipuler les émotions, mais le frère de Thanos refuse de mentir au Progéniteur. Il s'emploie donc à convaincre les dirigeant siégeant à l'O.N.U. de faire cause commune.


Ce mouvement n'échappe pas à Druig qui décide d'en finir avec les mutants de Krakoa en invoquant une nouvelle fois le Grand Esprit. Mais Sersi permet aux mutants télépathes de l'infiltrer.


Résultat : le Grand Esprit déstitue Druig de son poste de Prime Eternel. En réponse à cet affront, il relâche Uranos. Mais Magneto et Tornade arrivent pour tuer le massacreur d'Arakko.


Eros/Starfox s'adresse alors au Progéniteur au nom des terrierns et des Eternels pour le convaincre qu'ils vont bâtir un monde meilleur ensemble. Le Céleste rend son jugement dernier...

C'est vraiment cette construction en trois actes qui aura (jusqu'à présent) fait la différence (avec la complémentarité entre l'intrigue principale et ses tie-in) dans l'event écrit par Kieron Gillen. En découpant son récit en trois fois deux épisodes, le scénariste a imprimé un tempo strict mais aussi permis au lecteur d'attendre à chaque fois un climax.

Après donc un premier temps consacré à l'offensive menée par Druig contre les mutants, ce deuxième temps a été celui marqué par les jugements rendus par le Progéniteur réveillé par Ajak, Makkari, Iron Man et Mr. Sinistre. Encore une fois, sur plusieurs pages en "gaufriers" de quatre cases, on assiste au verdict prononcé en faveur ou en défaveur de plusieurs personnages, super-héros ou simples humains. Et à la fin, c'est la Terre, dans sa globalité, qui est sur la sellette. 

Je ne vous dévoilerai pas ce jugement dernier, mais en même temps le suspense sera de courte durée puisque le prochain épisode de A.X.E. : Judgment Day paraîtra dès la semaine prochaine (tandis que le grand final sortira la première quinzaine d'Octobre avant un n° Omega qui conclura l'ensemble - certainement en établissant un nouveau statu quo pour les Eternels).

Parfois on est franchement étonné par les avis rendus par le Céleste. Ainsi Thor est épargné car il est digne de brandir Mjolnir, ce qui revient à dire qu'il doit son salut à son arme qui a été celle de son père. En revanche, concernant Daredevil, Gillen s'aligne sur ce qu'écrit actuellement Chip Zdarsky dans la série consacrée à l'homme sans peur, engagé dans une croisade dépassant les limites morales. Plus convenus, les cas de Miles Morales ou Ms. Marvel assurent à la nouvelle génération un sauf-conduit. Quant aux fameux six individus à travers le monde et désignés par l'éditeur comme les six personnages les plus importants du moment (sans qu'on sache encore pourquoi), ils sont condamnés ou sauvés de manière aléatoire.

Mais Kieron Gillen s'attache surtout au premier plan de Eros/Starfox. La dernière fois que l'ex-Avenger et Eternel avait fait parler de lui remonte au run de Donny Cates sur Guardians of the Galaxy quand Hela tenta de transférer la conscience de Thanos (le frère de Eros) dans le corps de Starfox. L'expérience tourna court grâce à l'intervention de Gamora et ses acolytes. Et on a découvert dans le précédent numéro de Judgment Day que Eros était depuis détenu dans l'Exclusion, la prison des Eternels (sans doute pour s'assurer que rien de la conscience de Thanos ne l'avait infecté maus aussi pour se protéger de ses propres pouvoirs).

Et justement, il est temps de rappeler que Starfox, en plus de voler et d'être super fort, manipule les émotions. C'est un hédoniste qui influence les individus sur les notions de plaisir personnel et de plaisir qu'ils peuvent prodiguer aux autres. Sersi comptait là-dessus pour que les humains deviennent plus aimables et convainquent le Progéniteur de les épargner. Sauf que Eros sait que le Céleste ne tomberait pas dans ce panneau...

On le voit alors rencontrer et parlementer avec d'éminents gouvernants dans le monde entier puis s'adresser aux représentants siègeant à l'ONU. IL réussit, grâce à ses efforts diplomatiques, à réaliser une sorte d'union sacrée pour que tous bâtissent un monde meilleur, susceptible de convaincre le Progéniteur de leur bonne volonté.

Tout n'est pas réglé pour autant car Druig observe ces manoeuvres et riposte. Gillen orchestre alors une série de péripéties visuellement impressionnantes que Valerio Schiti convertit en planches somptueuses. L'artiste italien subjugue en plusieurs occasions et pas seulement pour son relooking très David Bowie période glam-rock de Starfox mais par le dynamisme de son découpage, de ses compositions et son esthétisme appuyé par les couleurs magnifiques de Marte Gracia.

La nouvelle forme adoptée par le Grand Esprit, l'infiltration opérée par Sersi pour que les mutants renversent Druig, donnent à admirer des images fortes, intenses, spectaculaires. Mais Schiti les représente d'une manière toujours très évocatrice et pas pour le simple plaisir d'en mettre plein la vue. Ce n'est pas que l'illustration brillante du script, c'est une réinterprétation qui habille les mots de Gillen et les transforme en scènes mémorables.

Le scénario ne flêchit pas, le rythme est vif, avec une alternance de plans très variés dans leurs dimensions, leur valeur. Lorsque Uranos est lâché, sa puissance effrayante rencontre celle, toute aussi saisissante, du duo Magneto-Tornade. C'est aussi à ce moment précis qu'on comprend pourquoi il faut avoir lu impérativement X-Men : Red #6 avant Judgment Day #4 car Magneto rencontre littéralement son destin. 

Schiti s'est inspiré d'un tableau classique (Ivan le Terrible et son fils, le 16 Novembre 1581, par Ilva Repine) pour l'image iconique de Tornade entourant de ses bras la dépouille de Magneto et c'est assez fort et subtil à la fois de caser une telle référence dans un blockbuster Marvel où les dessinateurs ont souvent trop fort à faire avec un casting fourni et des morceaux de bravoure visuels pour en plus glisser des hommages artistiques.

Le cliffhanger est réellement terrifiant et avec encore deux épisodes à venir, on se demande vraiment, pour la première fois depuis un bail, comment ça va finir. Mais on en saura plus la semaine prochaine dans cet event écrit de main de maître et dessiné avec virtuosité. Ce serait terriblement décevant que le dénouement ne soit pas à la hauteur après que les deux premiers tiers de cette saga aient été si bien conduits....

jeudi 15 septembre 2022

X-MEN : RED #6, de Al Ewing et Stefano Caselli - TIE-IN A.X.E. : JUDGMENT DAY (à lire avant A.X.E. : Judgment Day #4 !)


Comme je le mentionne dans le titre de cette critique, assurez-vous de lire X-Men : Red #6 avant A.X.E. : Judgment Day #4 (dont je vous parlerai demain) car cet épisode justifie l'état d'un  personnage majeur dans l'event. Al Ewing avait promis le mois dernier une sorte de match retour au carnage perpétré par Uranos sur Arakko e,t avec Stefano Caselli, il tient sa promesse. Avec panache.


Absente lors de l'attaque contre Arakko, Tornade est de retour sur le terrain, résolue à se faire pardonner en détruisant ce qui reste de l'arsenal laissé derrière lui par l'Eternel.


Cependant, Magneto résiste toujours de son côté lorsqu'il reçoit le renfort de Sunspot en compagnie du Roi Pêcheur et de Sizia. Ce trio restaure à cette occasion une formation oubliée d'Arakko.


En effet, les Sièges de la Nuit étaient composés comme une sorte de cabinet de l'ombre, conseillant le Grand Cercle avant que Genesis, sous l'influence d'Annihilation, le le dissolve.


Aujourd'hu, cette instance va guider la réplique arakki. Et Tornade rejoint Magneto pour mener cette contre-offensive avec une cible toute désignée : Uranos.

C'est, peut-être (on le verra à la fin de l'event), ce qui fera la différence entre A.X.E. : Judgment Day et d'autres events Marvel : la complémentarité entre l'intrigue centrale et ses tie-in. De ce point de vue, les titres X ont parfaitement joué le jeu, et X-Men : Red le premier.

Pour mieux apprécier l'ampleur du massacre commis par Uranos, le précédent épisode formait une addition parfaite au premier numéro de l'event. Il convient à présent d'absolument lire X-Men : Red #6 avant Judgment Day #4 pour comprendre le sort d'un des acteurs majeurs de la nation X.

Magneto a survécu à l'assaut d'Uranos mais il est mal en point : l'Eternel lui a littéralement arraché le coeur et le maître du magnétisme ne tient debout qu'en utilsant son pouvoir à son maximum. Il lui faut encore lutter contre un monstre fait de plastique avec le renfort de Lodus et Xilo.

Mais cet épisode s'attache aussi au retour de Tornade sur Arakko : quand Uranos a frappé, elle se trouvait sur Krakoa, siégeant avec le Conseil, et elle s'en veut en considérant les dégâts. L'armée d'Uranos est toujours en train de dévaster son royaume et la résistance sur place s'affaire pour la contrer.

Ewing s'emploie à montrer les forces en présence et la difficulté à contenir l'arsenal éternel qui ravage Arakko. Le scénariste supprime quasiment tous les dialogues pendant une bonne partie de l'épisode pour s'appuyer sur une voix-off qui relate les positions des héros. Nova, Sunspot, Wrongslide, Khora,  sont aux avant-postes. Il y a aussi un astronaute humain en mission sur Mars qui sauve deux enfants arakki, ce qui confère au récit une touche plus normale, moins fantastique, et plus émouvante.

Lorsque Tornade rejoint Magneto et lui permet de subsister en lui fournissant une partie de son énergie électro-magnétique, la scène est magnifiquement mise en images par Stefano Caselli qui la transforme en un de ces moments épiques, bigger than life, jubilatoires. C'est aussi l'occasion pour les arakki d'apprécier la solidarité, l'esprit d'équipe, le sacrifice, le don de soi, dans une chorégraphie quasiment amoureuse. Si vous n'aviez jamais envisagé Tornade et Magneto comme un couple en puissance, vous changerez d'avis après cela (même s'il n'est pas sûr que Ewing concrétise cette union ensuite).

Il y a une richesse grisante dans ce chapitre qui embrasse avec panache l'envergure du conflit sans jamais oublier les personnages en route. On ressent parfaitement l'enormité de la tâche de ces arakki, de naissance ou d'adoption, face à une machine de mort effrayante, qui reste active même après le départ de son chef.

La narration capte aussi les nuances des sentiments d'un large casting, sans oublier personne : on assiste à la réusrrection d'Abigail Brand sur Krakoa (et peut-être que là, par contre, cela aura des conséquences par la suite car ce faisant, elle est redevable aux mutants qu'elle trahit par ailleurs en s'étant alliée à Orchis ou en reformatant le SWORD). On voit aussi Wiz-Kid et Cable déambuler en apesanteur dans la station du SWORD et Cable réclame à Wiz-Kid des explications sur les manigances de Brand.

Mais le climax de l'épisode se trouve dans l'effort fourni par Ewing pour apporter des pierres à l'édifice mythologique d'Arakko. Le scénariste a bien l'intention de faire de ce peuple autre chose qu'un supporting cast pour quelques X-Men exilés sur l'ex-planète Mars. On apprend donc les origines et l'évolution des Night Seats, une sorte de shadow cabinet, en marge du Grand Cercle d'Arakko, formés par trois sages. Durant la longue histoire d'Arakko et au gré des humeurs de Genesis, notamment quand elle subit l'influence d'Annihilation, ces trois sages furent congédiés et leur comité dissous.

Le Roi Pêcheur, qui en fit partie, a instruit Sunspot à leur sujet et il convoque Sizia pour le compléter. Ce secret bien gardé resurgit au plus fort de la crise et si cela contrarie d'abord Magneto, qui aurait aimé être dans la confidence (surtout après lui avoir ouvert la porte de son palais), il l'accepte vite car l'heure n'est pas au refus des alliances.

Srefano Caselli fournit un travail remarquable. Son trait expressif permet de savourer les émotions qui traversent les héros au coeur de la tempête tout en nous gratifiant d'images spectacualires. Il faut en profiter puisque l'artiste va prendre congé de la série au moins jusqu'en Décembre (il va illustrer le retour de l'héroîne de la série Hack/Slash écrite par Tim Seeley dans l'anthologie Image ! pour le 30èe anniversaire de l'éditeur indépendant).

X-Men : Red est une sacrée bonne série, qui conserve un niveau exceptionnel même en devant marcher dans les pas d'un event.