mercredi 14 septembre 2022

BATMAN VS. ROBIN #1, de Mark Waid et Mahmud Asrar


Pendant que Goeff Johns et Joshua Williamson sont occupés à reconfigurer une énième fois le DCU (avec Flashpoint Beyond pour le premier et Dark Crisis pour le second), Mark Waid lance son propre event avec cette mini-série Batman vs. Robin, en quatre épisodes king-size (45 pages). Pour l'occasion, il collabore avec Mahmud Asrar, en congés chez Marvel. Et ça démarre pied au plancher !
 

Héritier de la dynastie maudite des Al Ghul, fils de Batman, Damian Wayne ne va pas bien depuis la mort d'Alfred Pennyworth. Rejeté des autres héros pour son attitude violente, il cherche sa voie.


Un soir qu'il est au manoir Wayne, Bruce voit débarquer Alfred. Il le mitraille de questions pour s'assurer que c'est bien lui puis ils descendent à la Batcave où ils sont attendus.


Damian, avec l'aide Tim Hunter et Jakeem Thunder, attaque Batman qui doit battre en retraite dans une galerie de la grotte. Mais Damian les rattrape et abat froidement son père avec un pistolet.


Batman réussit à s'en tirer avec Alfred et gagne Gotham. Il se sert d'une clé que lui a remis Zatanna pour aller la consulter et découvre qu'elle et la Justice League Dark sont hors jeu.


Zatanna indique à Batman un endroit où trouver des réponses et des solutions, à ses risques et périls. Au même moment, Damian rejoint un complice à la Tour du Dr. Fate...

Annoncé à la fin de Batman-Superman : World's Finest #5, Batman vs. Robin est une mini-série de prestige plus qu'un event, comme l'indique le format de ses quatre épisodes de 45 épisodes. Par ailleurs il n'y est fait aucune mention de Flashpoint Beyond ou de Dark Crisis, les deux sagas actuellement publiées par DC et qui vont reconfigurer l'univers de l'éditeur pour la énième fois. Même si Mark Waid ne manque pas non plus d'ambitions ici...

Le scénariste a en effet situé son récit au croisement de sa propre série (World's Finest), de celle consacrée à Robin (Damian Wayne) et du crossover Shadow War (paru il y a quelques mois). Pourtant, rassurez-vous, pas la peine d'avoir lu tout ça pour comprendre ce qui se joue ici (la preuve, je n'ai pas suivi ni Robin ni Shadow War et je n'ai pas été perdu).

Avec la classe qui le caractérise, Mark Waid a fait les choses proprement et rapidement : en une double page au début de cet épisode, l'essentiel nous est rappelé : Damian Wayne est l'enfant de deux mondes opposés, avec d'un côté les Al Ghul, dynastie criminelle, et de l'autre les Wayne, dont son père, Batman, est le champion de Gotham. Déjà tiraillé entre ces deux héritages, Damian a complètement perdu le Nord en assistant, impuissant à la mort d'Alfred Pennyworth, le majordome des Wayne, le seul homme à lui avoir témoigné de l'affection sans tenir compte de son pédigrée.

Waid fait référence à l'arc City of Bane du run de Tom King sur Batman quand Bane tua Alfred devant les yeux de Damian. A l'époque, cette scène avait été un électrochoc et King l'avait justifié en expliquant qu'il était temps pour Batman d'exister sans la béquille qu'incarnait son majordome. Un parti-pris mal accepté par les fans, naturellement attaché au personnage, même si ensuite on a bien vu que Batman faisait son deuil (alors que, concernant l'autre idée majeure de King, à savoir la romance entre Batman et Catwoman, tout le monde s'est empressé de l'enterrer, car Batman comme Spider-Man ne peut apparemment pas vivre heureux et encore moins durablement en couple).

Dans la série Robin lancée en 2021 par Joshua Williamson, on suivait Damian Wayne, alors rejeté de la communauté super-héroïque à cause de son comportement de plus en plus incontrôlable et violent, dans un tournoi à l'autre bout du monde pour succéder à sa mère à la tête de l'empire Al Ghul face aux représentants d'autres tribus criminelles. Quand Damian recroisa la route de son père lors du crossover Shadow War (toujours écrit par Williamson), les relations étaient toujours aussi tendues.

Aussi n'est-on qu'à moitié surpris de le retrouver résolu à tuer, littéralement le père dans ce premier épisode. Robin semble avoir basculé du côté obscur, mais il est soutenu par deux puissants alliés, Tim Hunter (le futur plus grand magicien du DCU) et Jakeem Thunder (ami du génie Thunderbolt, membre de la Justice Society). Deux gamins certes mais que rien ne prédisposait à tuer Batman. Ce qui signifie, bien entendu, que Robin a un autre complice qui a le pouvoir de tourner la tête à Hunter et Thunder. Et surtout que Robin a payé pour cela.

Je ne spoilerai pas l'identité de ce complice puissant et redoutable mais si vous lisez World's Finest, vous le devinerez facilement. Vous serez également choqué par ce que Robin a consenti à donner pour avoir la peau de son daron. Mais peut-être encore plus par les dégats qu'ils ont déjà causés ensemble avec la Justice League Dark sur le carreau (rien que ça) - et c'est là qu'on mesure l'ambition de cette mini-série, qui ne va pas se cantonner à une longue traque/baston entre Batman et Robin.

Depuis son retour chez DC, Waid pète le feu et l'éditeur le lui rend bien en lui donnant des dessinateurs de première classe. Après Dan Mora, c'est au tour de Mahmud Asrar d'entamer une collaboration inédite avec le scénariste - Asrar qui n'a pas tourné le dos à Marvel mais qui n'est pas sous contrat exclusif et peut donc aller s'amuser chez la Distinguée Concurrence.

Asrar sur du Batman, il faut bien le dire, ça donne envie et on n'est pad déçu. Il s'approprie le dark knight avec une facilité déconcertante, tout comme Robin. Il lui revient aussi d'animer Alfred et même si j'avais accepté le choix de King, je suis content de retrouver le majordome bien vivant. Reste à savoir comment il est revenu d'entre les morts (car non, ce n'est pas une initiative de Robin).

L'épisode, riche en action et en grand spectacle, permet à Asrar de déployer son formidable talent dans ce registre et il nous gratifie de scènes intenses et explosives. Quand Jakeem anime le T-rex dans la Batcave, ou que Tim Hunter fait sauter la grotte, que le Bat-boat sort à toute allure, quand on découvre Zatanna pendue (mais pas morte, calmez-vous), ce sont autant de moments mémorables immédiatement et qui confirme la complicité entre l'artiste et l'auteur. Ces deux-là parlent la même langue, car Waid a toujours su donner du biscuit à des dessinateurs comme Samnee, Wieringo, Kubert, Garney et aujourd'hui Asrar, des artistes qui savent tirer le meilleur d'un script et s'investissent complètement dans la narration graphique.

Si j'ai pu être un peu démotivé ces derniers temps avec certains titres et en faire des critiques moins enthousiastes, ce Batman vs. Robin est de ces comics qui vous filent un coup de boost.

SENSE8 (Finale) (Netflix)


Trois ans après ses débuts, Sense8 connaît son dénouement avec cet épisode final d'une durée exceptionnelle de 2h 40. Netflix n'avait pas renouvelé la série pour une troisième saison mais les fans s'étaient mobilisés et avaient convaincu la plateforme de streaming de produire un ultime chapitre pour conclure la saga imaginée par les Wachowskis et J. Michael Straczynski. Le résultat est assez bluffant compte tenu du défi à relever.


Tous les membres du cercle se retrouvent à Paris, laissant en plan leurs différentes activités : Capheus, en pleine campagne électorale : Lito sur le point de commencer le tournage de son film à Hollywood ; Sun recherchée par la police de Séoul... L'heure est grave : Wolfgang est aux mains du BPO et torturé pour révéler où se cachent ses amis. Mais le cercle tient Whispers et compte l'échanger contre Wolfgang. Riley est contactée par Hoy qui lui présente, à distance, River Al-Saadawi, la fille de Ruth Al-Saadawi, fondatrice du BPO qui lutte pour refaire de l'organisation une force de paix. Mais pour cela, elle demande au cercle d'éliminer Whispers. Impossible car cela reviendrait à sacrifier Wolfgang.


L'heure et le lieu de l'échange sont convenus par les deux parties. Tout va se dérouler dans une boîte de nuit parisienne, mais le cercle dispose d'un avantage car la propriétaire de l'endroit est une amie de Riley qui y a officié comme DJ. Le cercle compte faire d'une pied, deux coups en récupérant Wolfgang sans livrer Whispers Chacun se positionne mais Lila est également présente sur place avec sa garde rapprochée de sensitifs et l'échange dégénère. Si Wolfgang s'échappe comme prévu, c'est Lila qui enlève Whispers en éliminant les agents du BPO venus l'exfiltrer.


Frustré par la tournure des événements, le cercle est alors convoqué par la Mère de la Lacune, qui dirige le cercle le plus ancien encore en activité et vit dans un espace sécurisé, indétectable par les autres sensitifs et le BPO. Elle est aussi la mère de Whispers et révèle le plan de son fils qui en tuant les sensitifs et en voulant percer le secret de leur pouvoir compte accèder à l'immortalité. Elle permet au cercle de localiser Whispers aux mains de Lila Facchini qui veut négocier avec le BPO. Direction : Naples. Le Cercle élabore dans l'urgence une attaque contre le palais où Lila détient Whispers. Elle parvient encore une fois à filer avec son prisonnier mais Will, avec l'aide des autres, part à sa poursuite et finit par tuer le président du BPO, Whispers et Lila.



De retour à Paris, au sommet de la Tour Effeil, est célébré le mariage de Nomi et Amanita. L'occasion pour tout le cercle d'enfin profiter de la joie d'être ensemble, sans pression : Sun a été innocentée des charges qui pesaient contre elle, Kala observe avec plaisir la complicité entre Rajan et Wolfgang, Capheus reçoit Nakia, sa mère et son meilleur ami Jela, Lito embrasse Hernando et Daniela, Riley présente Will à son père. La nuit se prolonge dans une comunion sexuelle transcendentale entre les membres du cercle et leurs partenaires non sensifitfs.

Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu un épisode de série aussi long : 2h 40, c'est un sacré morceau et on peut dire que si Netflix n'a pas renouvelé Sense8 pour une troisième saison, la plateforme de streaming a donné les moyens à J. Michael Straczynski et Lana Wachowski de conclure en beauté la série avec l'équivalent de trois épisodes réunis en un seul.

Le défi pour les auteurs était de clore une saga devenue très dense et dont on devinait bien qu'elle était partie pour durer. On peut supposer par exemple que si l'affrontement entre Whispers et le cercle n'allait pas s'éterniser, en revanche une guerre entre plusieurs cercles aurait pu avoir lieu, notamment autour du projet de Lila Facchini de transformer Naples en un refuge pour les sensitifs après une négociation avec le BPO. Lila avait tout pour remplacer Whispers dans le rôle de l'adversaire des héros.

Mais plutôt que cela, la série avait mis en place un enjeu plus concentré : Wolfgang était capturé par le BPO et le cercle avait capturé Whispers. Tout allait se régler autour d'un échange classique, en surface, de prisonniers, mais avec l'envoie des deux côtés d'en découdre.

L'action se déplace donc à Paris. Si Lana Wachowski et J. Michael Straczynski ne résistent pas à quelques images d'épinal (la Tour Effeil) et quelques gros clichés (le béret, la baguette, éléments d'un déguisement de Lito), ils restent focus sur leur histoire. Il y a de la tension et elle ne retombera pas jusqu'au dénouement, explosif, de ce méga-épisode.

Mais les auteurs savent aussi que, pour clore leur saga, il leur faut faciliter la tâche de leurs héros, moins expérimentés que leurs adversaires. C'est donc ainsi qu'ils convoquent à deux reprises des personnages à peine évoqués jusqu'alors ou même carrément inédits. Dans le premier cas, on assiste à une sorte de réunion de crise entre Riley, Hoy et River Al-Saadawi, la fille de la fondatrice du BPO, qui refuse de soutenir les projets homicides de Whispers et de l'actuel président de l'organisation. Elle est prêt à les sacrifier, mais évidemment Riley refuse car cela signifierait la mort pour Wolfgang.

On constate à cet instant que toute cette partie, au sujet d'une faction plus humaniste, pacifiste, du BPO, a été le parent pauvre de la série. Parfois mentionnée, elle n'a jamais été développée, et c'est dommage parce que, par exemple, on aurait pu imaginer que Jona l'ait rejointe et présentée plus tôt au cercle. A l place, le scénaristes ont préféré jouer sur l'ambiguïté morale de Jonas et des rebondissements le concernant assez grotesques (capturé, torturé, sauvé in extremis d'une lobotomie, s'alliant avec Whispers sans tout à fait devenir son complice).

La longue séquence qui va aboutir à l'échange entre Whispers et Wolfgang renoue avec les meilleurs moments de la série. La mise en scène est extraordinaire et tire parti d'un décor et d'une figuration spectaculaire qui rend l'action palpitante. C'est particulièrement efficace tout en étant narrativement limpide. On n'est jamais perdu, on voit où les personnages vont, le montage est nerveux mais limpide. Et surtout, à la fin, les cartes sont à nouveau rebattues (c'est aussi à partir de là qu'on devine où aurait pu aller la série si elle avait continué, avec donc le rôle central occupé par Lila Facchini).

Sense8 a toujours aimé nous faire voyager, et d'ailleurs tout a été tourné sur place, en décors naturels. On ne déroge pas à la règle ici, puisque, après Paris, on se déplace à Naples, cadre du climax de cet épisode. A nouveau, Wachowski et Straczynski introduisent une force inédite avec la Lacune. On n'en avait jamais entendu parler avant et évidemment, son apparition paraît un peu forcée par les événements. Il s'agit d'un groupe de sensitifs capables d'être indétectables et qui est basé dans un endroit dont on ignore la situation, et même s'il est dans le même plan que celui des héros (j'ai envie de croire qu'il s'agit d'une sorte de plan astral, un équivalent de la Matrice pour les sensitifs tant la scène est éthérée).

L'élément le plus important reste que la Mère de la Lacune est aussi la mère de Whispers. Les motivations de ce dernier pour en vouloir autant aux sensitifs ont finalement été toujours assez nébuleuses. La série a joué sur un parallèle, un peu délicat, entre les juifs (les sensitifs) et les nazis (le BPO), donc Whispers serait une sorte de SS ou de Gestapiste. En vérité, il est aussi lui-même un sensitif mais avec une ambition qui se révèle assez convenue : percer le secret de l'immortalité en tuant le maximum de ses semblables.

J'avoue ne pas bien voir le rapport entre percer le secret des cercles et l'immortalité, et à tout prendre j'aurai préféré que Whispers soit resté un simple homo sapiens jalousant les sensitifs ou un sensitif moins puissant enviant les avantages que procure un cercle pour justifier sa croisade. Là, on a surtout le sentiment d'un fils à maman capricieux et mégalomane, et au bout du compte le personnage semble vraiment avoir été épuisé par les auteurs qui ont trouvé avec Lila Facchini une méchante plus charismatique, vicieuse, et avec un potentiel plus élevé (justement parce que son projet est plus politique et ses méthodes plus redoutables, plus directes).

Il y a une ressemblance impossible à dissimuler entre Sense8 et les X-Men : tous deux sont persécutés, forment une communauté, et possèdent en leur sein l'équivalent d'individus (Al-Saadawi, la Mère de la Lacune/Charles Xavier) cherchant la cohabitation paisible avec les homo sapiens et d'autres (Whispers, Lila Facchini, le BPO/Magneto) à imposer leur domination sur ces mêmes sapiens. Mais JMS et Lana Wachowski n'ont pas su imposer avec autant de clarté ces deux clans, sans doute parce qu'ils ont mené de front les arcs narratifs de chacun des membres du cercle et du cercle en tant que groupe. On en revient toujours à Lost qui, également, ne voulait pas choisir entre ses personnages et son intrigue générale.

Inspiré par le Cheval de Troie, l'attaque du cercle à Naples nous gratifie d'une séquence d'action jubilatoire, avec une fusillade spectaculaire et quelques intermèdes où on retient son souffle. Bon, on notera aussi que durant cette séquence, Lito ne sert strictement à rien - comme souvent (toujours ?) alors que c'était vraiment le moment culminant pour prouver à quel point le partage des compétences entre les membres du cercle se transmettent (Riley se sert d'un flingue avec adresse parce qu'elle est connectée à Will et Wolfgang). Une autre erreur aura sans doute d'avoir impliqué dans cette fusillade les non sensitifs amis du cercle : Rajan est un vrai boulet, comme Daniela et Hernando, alors que Mun a évidemment plus sa place étant donné son expérience des armes en tant que flic. On retient aussi son souffle quand Kala prend une balle.

Mais, au fond, il est clair que personne ne devait mourir au sein du cercle : les fans auraient été en colère et les auteurs eux-mêmes ne voulaient pas finir sur une note triste, ce qui justifie qu'ils passent tous à travers un feu nourri du gang de Lila sans être touchés - un vrai miracle. Seule donc Kala manque d'y passer. Tuer Kala aurait été injuste parce que le personnage a gagné en intérêt dans cette seconde saison et que ni ce nigaud de Rajan ni Wolfgang ne méritaient de la perdre.

La manière dont le sort de Whispers, Lila et le président du BPO est réglé sent le plus la contrainte de conclure en un épisode. Il fallait faire en sorte que plus rien ni personne ne vienne menacer le sensitifs et quoi de mieux qu'une bonne roquette lancée sur un hélico emportant les méchants loin de Naples ?

Enfin, la série se referme sur le mariage de Nomi et Amanita : les violons sont de sortie, tout le monde verse sa larme... Avant de s'offrir une orgie transcendentale ! Hé oui, ça se passe comme ça chez les sensitifs, qui ne sont pas égoïstes puisque même les non-sensitifs en profitent - Daniela, Hernandi se partagent Lito, Wolfgang initie Rajan au triolisme... C'est filmé avec fièvre mais sans vulgarité.

Tout est bien qui finit bien. On quitte Sense8 avec le sentiment du devoir accompli, même si tout n'est pas parfait (mais la perfection est chiante). On aurait aimé que ça continue, mais en l'état ça reste très convaincant. Comme pour The OA, Netflix a abandonné une série très originale, très prometteuse, et qui n'a pas eu d'héritière à ce jour. On dit adieu à cette chouette bande de héros, jouée par une troupe d'acteurs formidables (dominée par les femmes - Jamie Clayton, Tuppence Middleton, et la divine Doona Bee), avec un pincement au coeur. Mais il c'est parce qu'on regrette de les voir partir qu'on sait qu'on les a aimés.

mardi 13 septembre 2022

SENSE8 (Saison 2) (Netflix)

 

Cette seconde saison de Sense8 est donc la dernière de la série. Elle se découpe en deux parties puisque Netflix, sous la pression des fans, consentit en 2018 à financer un ultime épisode de 2h 40 qui donnerait une conclusion digne de ce nom à l'histoire imaginée par les Wachowskis et J. Michael Straczynski. J'ai donc choisi de consacrer une critique aux épisodes 1 à 11 puis une autre à l'épisode final, le 12.


Pour empêcher d'être localisé par Whispers, Will s'inejecte de l'héroïne sous le contrôle de Riley et Kala. Kala a épousé Rajan maisn pense toujours à Wolfgang. Wolfgang veille sur Felix convalescent tandis que le parrain Volker Bohm lui propose d'être son associé. Kabaka offre un nouvel autobus à Capheuns pour le remercier de l'avoir sauvé.. Les photos intimes de Lito sont diffusées par Joaquin mais Lito refuse désormais de cacher son homosexualité, au grand dam de son agent. Nomi et Amanita sont hébergées sur la péniche de Bug pour échapper à l'agent féddéral Bendix. Les membres du Cercle fête leur anniversaire.

Riley réussit à duper Whispers qui les croit, elle et Will, toujours cachés en Islande alors qu'ils se sont réfugiés à Amsterdam. Nomi, Amanita et Bug tentent de localiser Whispers. Lito d'un côté, Capheus de l'autre s'interrogent sur leur avenir alors que l'un voit sa carrière s'effondrer et l'autre sa popularité s'envoler. Wolfgang et Felix reçoivent une offre de Sebastian Fuchs, autre parrain de Berlin, pour devenir ses associés et Wolfgang fait la connaissance de Lila Facchini, la partenaire de Fuchs, qui est une sensitive. Après avoir assisté à une conférence du Pr. Kolovi, l'ex mentor de Whispers, Nomi et Amanita informent Will qu'il se trouve à Londres en négociations avec un cadre du BPO, Richard Croome.


Lito déménage avec Hernando et Daniela. Sun échappe à une tentative de meurtre en prison commanditée par son frère Joong-ki. Lila Facchini tente de séduire Wolfgang qui repousse ses avances alors qu'il partage un moment intime à distance avec Kala. Will organise un rendez-vous avec Croome qui lui révèle que depuis le 11 Septembre 2001, au sein du BPO, la méfiance contre les sensitifs a conduit à leur traque, mais qu'une faction des cadres de l'organistation souhaiterait revenir à ses fondamentaux humanistes. Croome est assassiné par une kamikaze contrôlé par Whispers.


Kala est témoin de vives tensions au sein du temple dont certains fidèles sont prêts à déclarer la guerre aux affairistes, comme son beau-père, qui veulent les empêcher de pratiquer leur culte. Sun s'évade de prison avec une autre détenue et va se cacher chez une amie de celle-ci. Capheus est interviewé par Nakia, une journaliste, au sujet de ses intentions pour son quartier alors que des élections approchent. Nomi découvre que Angelica a dupé Whispers en voulant saboter un programme de capture et de lobotimisation de sensitifs destinés à en faire des assassins kamikazes (comme celle qui a tué Croome). L'inspecteur Mun débusque Sun et l'affronte, reconnaissant la jeune fille avec laquelle il pratiquait adolescent les arts martiaux, mais elle réussit à le semer.


Capheus est approché par un parti politique qui voudrait en faire son candidat contre le sortant. Sun se réfugie chez son professeur d'arts martiaux à qui Mun rend visite pour expliquer qu'il souhaite aider la fugitive contre son frère, visé par une enquête du fisc. Toujours traqué par Bendix, Nomi entre en relation via Bug avec un membre du collectif Anonymous qui efface toute trace numérique à son sujet en échange d'un futur service à leur rendre. Lito reçoit une invitation pour être animer la Gay Pride de Sao Paulo. Kala découvre que la compagnie de Rajan exporte des médicaments frelatés en Afrique, notamment au Kenya chez Capheuns. Wolfgang dîne avec Lila mais refuse de s'allier à elle pour transformer Berlin en une ville réservée aux sensitifs. Une fusillade éclate et Wolfgang doit fuir. Riley donne un concert pour rallier de nouveaux sensitifs et défier le BPO.


Après le concert, Riley est contactée par Hoy, un des membres fondateurs du BPO et sensitif lui-même. Il lui communique l'adresse d'un rendez-vous avec une proche de Whispers mais disposée à le trahir, à Chicago, qu'elle devra rencontrer seule. Lito participe à la Gay Pride de Sao Paulo avec Hernando et Daniela et fait son coming-out.. Wolfgang en cavale se cache chez Felix qui pense que Lila va provoquer une guerre des gangs entre Bohm et Fuchs.


De retour du Brésil, Lito apprend que son agent ne désire plus le représenter. Capheus accepte d'être candidat aux élections pour défendre les plus démunis et combattre la corruption des élus en place. Kabaka lui fournit des gardes du corps. Sun est surprise en train de se recueillir sur la tombe de ses parents par Mun qui lui offre son aide contre son frère. Mais elle n'a pas confiance et s'échappe après avoir infligé une raclée au policier. Riley, à Chicago, est escortée par Diego, l'ancien aprtenaire de Will, jusqu'à l'informatrice recommandée par Hoy qui lui communique l'adresse personelle de Whispers. Mais une fois sur place, Riley et Diego le voient exfiltrer par des agents du BPO.


Avec l'aide de Will et Wolfgang, Riley force le coffre de Whispers et dérobe ses notes. Elles apprennent au Cercle que Whispers est soutenu dans sa chasse aux sensitifs par l'actuel directeur du BPO dont la rivale, River Al-Saadawi, plus humaniste, est la fille de la fondatrice de l'organisation. Nomi et Amanita aident Sun à approcher Joong-ki lors d'un gala qu'il va organiser afin de le confondre. Mais avant cela, Nomi doit se préparer pour un autre événement.


Nomi est en effet le demoiselle d'honneur au mariage de sa soeur Teagan. La cérémonie est troublée par l'agent Bendix venu arrêter Nomi. Mais quand il doit produire un mandat d'arrêt, celui-ci a disparu, effacé à son insu par le collectif Anonymous. Bendix doit se retirer et Nomi reste libre. Riley et Diego trouvent l'adresse de l'informatrice mais ils la découvrent, suididée, chez elle. Daniela remonte le moral de Lito en lui trouvant un script parfait et convainc un producteur hollywoodien de l'auditonner. Diego apprend que le père de Will est hospitalisé dans un état critique et il meurt auprès de Riley, à travers laquelle Will, effondré, assiste à la scène.


Capheuns prononce son premier discours de candidat devant une foule en délire. Mais il échappe de peu à une tentative d'assassinat commanditée par son rival. Kala met au point de bloqueurs pour empêcher Whispers de localiser les membres du Cercle et les expédie à chacun. Lito passe son audition avec succès et rencontre l'acteur oscarisé à qui il donnera la réplique lors d'une fête. Sun infiltre le personnel qui servira les invités du gala donné par Joong-ki.


Mun se présente au gala pour arrêter Joong-ki pour fraude fiscale, mais ce dernier ouvre le feu et créé un mouvement de panique parmi les invités pour prendre la fuite, Sun, avec l'aide des membres du Cercle, poursuit son frère dans la ville et réussit à le stopper, mais elle renonce in extremis à le tuer. La police arrive pour l'arrêter tandis qu'un ami ministre de Joong-ki l'exfiltre. Le Cercle aide alors Sun à s'évader puis transmet des infos compromettantes sur le minsitre et Joong-ki aux médias locaux. Traqué par Lila, Fuchs et Bohm, Wolfgang décide de quitter Berlin pour rejoindre Kala en Inde mais Whispers et le BPO le capturent. Kala avertit le cercle. Will déclare la guerre.

Comme on pouvait s'y attendre depuis la fin de la saison 1, Sense8 va développer dans ces nouveaux épisodes une intrigue sur deux niveaux : d'un côté, on continue de suivre les parcours des huit sensitifs du cercle engendré par Angelica ; de l'autre, on observe la progression du conflit entre le cercle et le BPO car Whispers est désormais lié à Will et le traque pour débusquer ses amis.

Cependant, on observe en premier que le show est désormais piloté par la seule Lana Wachowski (sa soeur lily ayant décidé d'arrêter l'écriture et la réalisation) et J. Michael Straczynski. Ponctuellement, la cinéaste céde sa place derrière la caméra à des amis, comme James McTeigue (le metteur en scène de V pour Vendetta, produit par les Wachowskis) pour les épisodes 4, 5 et 7, Dan Glass pour l'épisode 8 et Tom Tykwer (auteur de Cours, Lola, cours) pour l'épisode 11. Néanmoins, chacun respecte la charte graphique de la série, il n'y a pas de rupture de style.

Comme beaucoup de séries chorales, Sense8 ne va pas échapper à quelques défauts propres à ce genre de propositions narratives. L'intrigue principale (BPO vs le Cercle) souffre de longueurs, de baisses de rythme, de rebondissements et de révélations mécaniques. De nouveaux personnages viennent enrichir le propos mais sont souvent traités sommairement, de trop nombreux flashbacks polluent le récit sans qu'ils soient d'un intérêt réel, et le pire survient quand les auteurs veulent expliquer sérieusement, scientifiquement des éléments fantastiques à coups de termes ronflants (homo sensorium contre homo sapiens, psycecillium, assassins zombies, etc). C'est le syndrome Lost : à un moment, les showrunners souhaitent davantage contenter des fans hardcore qui théorisent à tout-va sur la mythologie de la série et ne font que se prendre les pieds dans un charabia  pseudo-scientifique mais surtout ridicule.

La seule addition notable et vraiment estimable est le personnage de Lila Facchini, jouée par Valerio Bilello, sexy et fatale à souhait, cette sensitive qui veut faire de Berlin puis de Naples un refuge pour son espèce, en n'hésitant ni à provoquer une guerre de gangs ni à pactiser avec le diable. On saisit à travers elle une ambition qui aurait certainement pu alimenter la série si elle avait été renouvelée avec plusieurs clans de sensitifs aux objectifs et aux méthodes diverses et qui auraient fait passer nos héros pour de sympathiques amateurs obligés de s'endurcir pour survivre.

Mais, en l'état, même si dans le finale de la série, cela produit des séquences spectaculaires, on demeure frustré car Sense8 n'aura jamais de saison 3 (et plus). Cela, c'est donc pour la partie story-driven du show, souvent maladroite, alambiquée, tortueuse, soit too much, soit pas assez.

Toutefois, il y a l'autre partie, character's driven, de Sense8 et c'est celle-ci qui, depuis le début, convainc le plus. Tout n'y est pas parfait non plus, mais c'est nettement plus intéressant et abouti. Lana Wachowski, lors de la promo de Matrix Resurrections, a expliqué que c'est en tournant cette saison 2, seule donc, sans sa soeur, qu'elle avait totalement changé sa manière de filmer, faisant confiance aux accidents, préférant désormais les prises de vue en décors réels, avec un minimum d'effets spéciaux rajoutés en post-production, au plus près des acteurs. Une révélation qu'on voit à l'écran avec de nombreuses scènes de foule, de fête, avec de la lumière naturelle, une exploitation des décors authentiques, des trucages ingénieux et simples, des mouvements d'appareils fluides mais moins sophistiqués.

J. Michael Straczynski a dû aussi peser davantage sur cet aspect plus proche des personnages, leurs relations, leurs interactions, comme il le fait souvent dans ses comics. Généralement, la caractérisation est formidable, avec des moments drôles, émouvants, poignants même, introspectifs, de vrais développements, une progression significative. Le scénario ménage pour chacun des huit héros de vrais arcs narratifs, conséquents, avec une dimension plus ambitieuse. Tout ne va jusqu'au bout, certains protagonistes sont mieux traités que d'autres, JMS et Wachowski sont diversement inspirés, c'est une évidence, et là encore une saison 3 aurait permis de conclure certainement quelques trajectoires. Mais l'ensemble est très honorable et constitue le meilleur de cette saison 2.

Des motifs se distinguent : l'enfermement et la fuite (Will et Riley, Sun), l'émancipation (Lito, Kala, Capheus), la confrontation (Nomi, Wolfgang). Will et Riley sont cloîtrés pendant un bon moment dans une église abandonnée à Amsterdam et à cet isolement se greffe delui, plus personnel, de Will qui, pour empêcher Whsipers de le localiser, doit s'injecter de l'héroïne, inhibant ses neuro-transmetteurs - du coup non seulement il évite Whispers mais il ne communique plus avec les autres sensitifs de son cercle que lorsqu'il est sobre. Dans le cas de Sun, elle est incarcérée et doit se protéger de tentatives d'assassinats commanditées par son frère.

Le thème de la confrontation concerne Nomi qui reste traquée par le FBI mais qui s'active pour sortir de cette situation, avec l'aide d'Amanita et de Bug (un second rôle haut en couleurs, qui apporte de l'humour à la série). Lors du mariage de sa soeur, elle affronte l'agent Bendix mais aussi les regards désapprobateurs de ses parents : si on peut trouver légère la manière dont la relation entre Nomi et sa mère est alors traitée (n'oublions pas que la seconde a voulu faire lobotomiser la première dans la précédente saison), on remarque la bascule que représente cette séquence à partir de laquelle Nomi reçoit le soutien de son père. Wolfgang a un parcours bien plus relevé, sans doute le plus intense du show dans cette saison 2, avec le rétablissement de Felix, les approches de Bohm et de Fuchs, les manigances de Lila, la guerre des gangs à laquelle il échappe, puis le piège tendu par Lila et Whispers. Wolfgang reste ce personnage qui avance avec détermination sur un chemin violent, au bord du précipice en permanence, y compris dans sa liaison à distance avec Kala.

Enfin, la notion d'émancipation est illustrée par Lito, qui assume désormais son homosexualité mais doit en payer le prix fort. L'évolution du personnage est intéressante mais malheureusement, comme dans la saison 1, Lito ne sert objectivemetn pas à grand-chose, voire même à rien, dès qu'il s'agit du partage de compétences entre membres du cercle, comme si les auteurs ne savaient pas comment l'intégrer. Les talents de Lito ne servent à rien et l'histoire qui se déploie ne l'impacte guère. Kala gagne par contre nettement en épaisseur : elle doit composer avec l'amour sincère qu'elle porte à Rajan et l'attirance qu'elle a pour Wolfgang, ses connaissances médicales sont utiles pour le groupe (avec les bloqueurs qu'elle confectionne), il n'y a guère que le volet de son histoire avec le temple, la religion, qui sont superflues. Enfin, Capheus s'avère un protagoniste étonnant : propulsé sur la scène politique, ce qui fait écho à son passé familial (et à la figure de son père), les scénaristes lui ont écrit un destin spectaculaire qu'il embrasse, un peu gauche, mais sans hésiter.

Tout converge dans l'épisode 11 avec la capture de Wolfgang, un choix judicieux car il est dur au mal et donc donnera du fil à retordre à Whispers, en même temps cela fait écho à l'arc de Riley dans la saison 1. La connection établie durant cette saison 2 avec Lila a du potentiel pour le final de la série. J'ai volontairement occulté dans mon résumé des pans entiers du récit, impliquant Jonas et Angelica, car je les ai trouvés encombrants, avec des péripéties lourdingues. Je pense que les auteurs auraient été inspirées de soulager la série de ce côté-ci, même s'ils pensaient certainement s'en servir dans l'optique du saison 3. Le cas de Jonas est particulièrement ennuyeux car dans le dernier tiers de la saison on joue sur son éventuelle duplicité (ayant été sauvé in extremis d'une lobotomie), donc engendrant la méfiance de Will. Une manoeuvre peu habile pour créer un suspense bien artificiel et surtout justifier des apparitions d'un personnage qui n'avait plus vraiment sa place dans un show déjà bien peuplé.

La distribution reste irréprochable, d'autant qu'on s'est désormais attaché aux héros et qu'on frémit pour eux, tout comme on déteste l'affreux Whispers qui les traque et fait preuve en plusieurs occasions d'un sadisme écoeurant (en particulier vis-à-vis de Will et de son père, culminant avec la mort de ce dernier - une scène bouleversante, pudiquement mise en scène).

Grosso modo, mon jugement sur les acteurs n'a pas trop varié du saison à l'autre, même si Miguel Angel Silvestre compose un Lito plus intéressant. Le personnage ne sert donc pas à grand-chose et sans lui ou avec un autre protagoniste aux talentss plus utiles, la série s'en serait mieux protée, mais on ne peut s'empêcher de le trouver sympathique, voire courageux - hélas ! breaucoup moins digne et ses jérémiades à chaque revers agacent fortement, même le plus patient des fans.

Les sept autres sensitifs du cercle sont formidablement campés. La surprise majeure vient du remplacement d'Amil Ameen par Toby Onwumere dans le rôle de Capheus : j'ignore les raisons de ce changement d'acteur d'autant que Ameen était excellent, mais Onwumere ne démérite pas, conservant à "Van Damn" une fraîcheur irrésistible, une sorte de candeur épatante. Brian J. Smith hérite d'une partition très riche pour jouer Will, aux côtés de Tuppence Middleton, formidable. Jamie Clayton est un peu plus en retrait dans ces nouveaux épisodes, cantonnée au rôle de super hackeuse.

Tina Desai incarne Kala avec plus de présence, même si son jeu paraît toujours aussi emprunté dans les moments de tension sexuelle que traverse son personnage, ce qui est regrettable. A l'inverse, Max Riemelt a un charisme insensé et fait de Wolfgang un des membres les plus emblématiques du cercle. Enfin, comme pour la saison 1, c'est Doona Bee qui domine le casting, d'ailleurs c'est Sun qui a certainement l'arc le plus riche sur les deux saisons de la série et la comédienne l'interprète avec une palette de nuances exceptionnelle.

Tout est en place pour ce final hors du commun, celui d'une série qui doit s'achever en ayant pensé durer plus longtemps, mais pour laquelle Netflix a consenti à offrir aux fans un épilogue digne de ce nom. On en reparle très vite, avant de dire adieu à cette bande si attachante.

vendredi 9 septembre 2022

PRODIGY : THE ICARUS SOCIETY #3, de Mark Millar et Matteo Buffagni


Dernière nouveauté de la semaine avec le troisième chapitre de Prodigy : The Icarus Society. Et Mark Millar est décidément en verve puisque, une semaine après son excellent The Magic Order 3 #2, le voilà qui nous livre un autre formidable épisode. Edison Crane semble plongé dans une affaire qui le dépasse. Et Matteo Buffagni se charge de la mettre en image avec une classe sensationnelle.


Reçu par Felix Koffka, Edison Crane découvre que Lucius Tong est pris à son propre jeu : Prisha Patel est en vérité la complice de Koffka et elle abat froidement Tong.


Crane tente alors de s'évader du repaire de Koffka mais celui-ci gère la situation avec un flegme sidérant et stoppe le fugitif promptement.


Crane reprend connaissance à bord du jet de Koffka en présence de Prisha et après avoir eu une vision de la submersion de l'Atlantide. Il sait parfaitement pourquoi on l'a gardé en vie.


Le jet de Koffka se crashe subitement mais le milliardaire et sa complice surivent. Crane aussi, qui sauve au passage une des hôtesses de l'appareil, avant de découvrir la suite du voyage...

Ce nouveau volume de Prodigy est tellement meilleur en seulement trois épisodes que le premier qu'on a presque du mal à croire que c'est le même Mark Millar qui les a écrits. A ce stade, la première mini-série s'embourbait déjà dans une intrigue qui fonçait dans une impasse avec beaucoup d'arrogance, quand cette fois les rebondissements captivent et mettent vraiment Edison Crane en difficulté.

Oh bien sûr, il y a un loup, un de ces twists dont raffole le scénariste et qui va sûrement survenir à la fin du prochain numéro (qui sera déjà l'avant-dernier de ce second volume), mais pour l'heure on se régale et je pense que Millar évitera cette fois un dénouement foireux.

Pourquoi ai-je confiance ? Tout simplement parce que cette fois l'histoire est mieux articulée. Millar a précipité Edison Crane dans les griffes d'ennemis coriaces, des génies fortunés comme lui mais évidemment plus pervers, retors et maléfiques. On croyait que Lucius Tong serait le vrai grand méchant, il n'en est rien puisqu'il est liquidé sans cérémonie au début de cet épisode.

La caractérisation de Felix Koffka est sommaire, Millar ne force pas son talent pour imaginer des vilains originaux, ça n'a d'ailleurs jamais été son point fort. Il préfère souligner l'excentricité morbide du personnage, collectionneur de reliques de personnalités mortes tragiquement comme le tête de Jayne Mansfield ou la voiture à bord de laquelle JFK a été assassinée. Il lui ajoute une autre bizarrerie, gratuite, en le faisant dessiner les yeux bandés - et quand Koffka daigne expliquer pourquoi il s'inflige cette cécité, il avoue que c'est juste pour le show. Du pur Millar !

Mais revenons au récit : il est question depuis le début d'artefacts en relation avec l'Atlantide. Mais ce n'est qu'une déviation narrative. Les fameuses tablettes équatoriennes acquises par Tong n'indiquent pas une fois traduites la position de cette civilsation mythique, elles permettent de localiser Shangri-La dans l'Himalaya, autre endroit fantasmatique que veut atteindre Koffka ave l'espoir d'y acquérir l'immortalité comme l'aurait gagnée une femme pirate.

Le rôle d'Edison Crane dans tout ça : traduire les tablettes, guider cette expédition. On peut se douter, comme je l'écrivais plus haut, que le docteur ne va pas rester passif dans cette quête, d'ailleurs on le voit réagir avec force quand Koffka estime qu'il lui appartient désormais - une chosification que n'apprécie pas le héros. Mais surtout on peut se poser la question, au-delà de la bonté d'âme, de pourquoi a-t-il risqué sa vie pour sauver une hôtesse du jet de Koffka après son crash en mer ? Je me demande si la demoiselle ne serait pas Candice, l'assistante de Crane déguisée...

Prodigy : The Icarus Society n'est pas seulement meilleure narrativement que Prodigy, elle est aussi tout simplement plus classe. Et cela, elle le doit à Matteo Buffagni. Dans sa dernière newsletter, à l'occasion de la sortie de cet épisode, Millar loue son partenaire en notant qu'il travaille actuellement avec deux italiens (Buffagni et Gigi Cavenago). Il est ébloui par leur talent et prédit que les Big Two vont aller recruter massivement en Italie (et c'est déjà le cas quand on considère les carrières de Valerio Schitk, Stefano Caselli, etc.).

Mais effectivement, Buffagni sort des épisodes affolants et Millar dit aussi qu'il prépare déjà un nouveau projet pour lui. Le dessinateur fait un usage très intelligent et raffiné de l'infographie mais son trait n'est jamais aseptisé par la technique numérique. C'est d'abord un excellent storyteller.

Buffagni sait planter un décor et l'exploiter, puis oser des ruptures de tons avec des cadrages verticaux par exemple très dynamiques (toute la séquence dans le repaire de Koffka avec la tentative d'évasion de Crane). Lorsqu'il doit composer des images pour le crash du jet, il a recours, plus classiquement à des cases occupant la largeur de la bande, mais avec des angles de vue et des valeurs de plans qui donnent un rythme très efficace à l'ensemble.

Curieusement, Laura Martin ne colorise pas cet épisode (a-t-elle quitté le navire ? Ou n'est-ce que ponctuel). Remplacé apr l'excellent David Curiel, on ne perd pas au change et l'esthétisme de l'épisode n'est pas bouleversé, avec toujours une dominante de couleurs chaudes, qui participe elles aussi à cette ambiance élégante.

Je me régale, et si je me répéte, tant pis : Prodigy : The Icarus Society mérite qu'on en dise du bien, c'est un très bon divertissement.

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #4, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero


Ai-je été trop confiant ? Enthousiaste ? En tout cas, je me suis ennuyé en lisant ce 4ème épisode de Captain America : Sentinel of Liberty. Trop mou, trop convenu. Ou pas assez accrocheur, pas assez... Tout en fait. Ce n'est même pas mal écrit encore moins mal dessiné : juste que je suis resté à l'extérieur.


Ce qu'a découvert Steve Rogers au sujet de l'histoire de son bouclier et du Cercle Extérieur l'interroge de manière perturbante. Et s'il avait été manipulé depuis ses origines, faisant le jeu de l'ennemi ?


Steve se rend chez Bucky avec lequel il partage sur ce qu'il a appris de son côté. Bucky explique que chaque branche du Cercle a un tueur, et que le Soldat de l'Hiver en a fait partie.


A son cours de dessin, Steve questionne ses amis sur le sens qu'il donne ay symbole qu'il incarne. Même chose auprès du petit Amari ou avec les clients du bar qu'il fréquente.


A nouveau attaqué par la créature qu'il a affronté à la forge, Steve réussit à lui faire comprendre qu'ils ont tous le choix d'être des soldats aux ordres ou des hommes libres.

Quand on a l'impression de rester à l'extérieur d'une série au bout de quatre épisodes, on se sent comme Steve Rogers dans cet épisode, à se demander si "tout est à sa place" - et soi-même en premier lieu. Car c'est bien cette question qui parcourt ce quatrième numéro de Captain America : Sentinel of Llberty. Et c'est là où le bât blesse.

En effet, se poser la question, c''est déjà y répondre en somme. Car Captain America a souvent été qualifié de "Man out of Time" (ce fut d'ailleurs le titre d'une mini-série de Mark Waid et Jorge Molina), soit un homme hors du temps, hors de son temps. D'une certaine manière, Cap est intemporel et daté en même temps à cause de ça : daté parce qu'il est en activité depuis la seconde guerre mondiale (incarné par Steve Rogers ou d'autres qui ont pris la relève y compris quand il était prisonnier d'un bloc de glace), et intemporel parce qu'il est devenu le corps vivant de l'idéal américain à travers les âges.

Sonder la mythologie de Captain America équivaut à sonder la mythologie de Marvel (un peu comme avec Superman chez DC). Les versions les plus pertinentes et les plus efficaces du personnage sont celles qui ont su faire la synthèse entre le super-soldat et l'idéal américain, au cours d'aventures épiques et de considérations politiques dépassant les Etats-Unis.

Forcément, avec une telle longévité et une telle charge symbolique, on peut se demander aussi s'il est encore possible de réinventer le héros, ou du moins de le raconter de manière divertissante et intelligente. A mon sens, deux scénaristes, ces 25 dernières années, ont su se démarquer : Mark Waid et Ed Brubaker, le premier avec une lecture très héroïque et entraînate, le second avec un regad plus trouble et mélancolique.

J'avais une grande confiance en Collin Kelly et Jackson Lanzing pour raconter des histoires profondes et divertissantes à la fois, et leur idée de baser leur intrigue autour des origines du bouclier, d'un secret à son sujet, était accrocheuse. Par ailleurs, ils voulaient s'appuyer sur des seconds rôles de l'entourage de Cap pour soutenir leur projet. Mais cette confiance était nourrie aussi par les déceptions successives des runs de Remender, Spencer, Coates. Or, il faut lire une série pour ce qu'elle est, pas par rapport à ce qu'elle a été et qui ne vous a pas plu. Ce fut sans doute mon erreur : j'ai davantage voulu croire en Kelly & Lanzing par rapport à ceux qui les avaient précédé que pour eux-mêmes.

Je suis pourtant resté spectateur de cet épisode, et en vérité c'est le cas depuis quatre mois. J'apprécie la façon dont les deux auteurs emballent leur affaire,, mais c'est un peu trop lisse, trop convenu, avec des éléments pas originaux. Le Cercle Extérieur par exemple résume bien le problème : c'est une énième organsation secrète qui dirige le monde dans l'ombre, comme les Illuminati, l'Hydra, l'Empire Secret, etc. Autant de noms, d'entités comme on en a beaucoup vus dans Captain America.

La construction des épisodes se révèle aussi répétitive et trahit une narrattion qui se retient de trop en dire trop vite de façon visible. On a droit à une scène d'action bien spectaculaire par épisode, comme un quota, tout en sentant bien que les deux scénaristes préférent visiblement les moments avec Steve Rogers, ses amis, leurs cconversations, les doutes qui minent le héros. Et pour les seconds rôles promis, on en reste au strict minimum avec Bucky qui a droit à peu de scènes. Mais pas trace de Sharon Carter par exemple (même si on a eu droit à Peggy Carter).

D'un côté, on évite des mentions aux Avengers, à Nick Fury, au SHIELD, mais de l'autre on a l'impression que Steve/Cap se prive de ressources qui lui permettraient sûrement d'aller plus vite dans ses investigations. Et à travers cela, on peut deviner l'intention de Kelly et Lanzing de freiner des quatre fers pour que leur intirgue ne soit pas trop vite résolue. Un tour de passe-passe grossier.

Enfin, les auteurs se montrent franchement maladroits, voire grotesques ici, quand Bucky se met à chialer comme une madeleine en avouant à Steve avoir été un pantin du Cercle. Merde, quoi ! Bucky qui chiale, c'est juste pas possible : ce mec est le Soldat de l'Hiver, il a été le sidekick de Cap, il a été Cap lui-même, c'est pas le genre à fondre en larmes parce qu'il découvre qu'il a été manipulé. Cette scène est ridicule et m'a complètement sorti de l'histoire.

Le vrai et seul point positif au fond, c'est Carmen Carnero, qui assure comme une championne depuis le début. Elle maîtrise vraiment le personnage, le casting entier, elle chrorégaphie l'action formidablement avec des doubles pages et des effets de décomposition du mouvements jubilatoires, et Nolan Woodard la complète parfaitement avec ses couleurs. Mais franchement Carnero n'a pas de bol : elle s'est déjà tapée Kelly Thompson sur Captain Marvel pour des arcs franchement pas jojo, et là avec Kelly & Lanzing, elle défonce tout sur des scripts moyens.

Je vais tâcher de savoir combien d'épisodes compte cet arc pour savoir où je vais. Mais si c'est trop long, ça sera vite réglé. Peut-être que je sature un peu, mais je n'ai plus envie de perdre du temps et du fric avec des séries qui ne m'emballent pas totalement. Tant pis pour Cap.