vendredi 9 septembre 2022

PRODIGY : THE ICARUS SOCIETY #3, de Mark Millar et Matteo Buffagni


Dernière nouveauté de la semaine avec le troisième chapitre de Prodigy : The Icarus Society. Et Mark Millar est décidément en verve puisque, une semaine après son excellent The Magic Order 3 #2, le voilà qui nous livre un autre formidable épisode. Edison Crane semble plongé dans une affaire qui le dépasse. Et Matteo Buffagni se charge de la mettre en image avec une classe sensationnelle.


Reçu par Felix Koffka, Edison Crane découvre que Lucius Tong est pris à son propre jeu : Prisha Patel est en vérité la complice de Koffka et elle abat froidement Tong.


Crane tente alors de s'évader du repaire de Koffka mais celui-ci gère la situation avec un flegme sidérant et stoppe le fugitif promptement.


Crane reprend connaissance à bord du jet de Koffka en présence de Prisha et après avoir eu une vision de la submersion de l'Atlantide. Il sait parfaitement pourquoi on l'a gardé en vie.


Le jet de Koffka se crashe subitement mais le milliardaire et sa complice surivent. Crane aussi, qui sauve au passage une des hôtesses de l'appareil, avant de découvrir la suite du voyage...

Ce nouveau volume de Prodigy est tellement meilleur en seulement trois épisodes que le premier qu'on a presque du mal à croire que c'est le même Mark Millar qui les a écrits. A ce stade, la première mini-série s'embourbait déjà dans une intrigue qui fonçait dans une impasse avec beaucoup d'arrogance, quand cette fois les rebondissements captivent et mettent vraiment Edison Crane en difficulté.

Oh bien sûr, il y a un loup, un de ces twists dont raffole le scénariste et qui va sûrement survenir à la fin du prochain numéro (qui sera déjà l'avant-dernier de ce second volume), mais pour l'heure on se régale et je pense que Millar évitera cette fois un dénouement foireux.

Pourquoi ai-je confiance ? Tout simplement parce que cette fois l'histoire est mieux articulée. Millar a précipité Edison Crane dans les griffes d'ennemis coriaces, des génies fortunés comme lui mais évidemment plus pervers, retors et maléfiques. On croyait que Lucius Tong serait le vrai grand méchant, il n'en est rien puisqu'il est liquidé sans cérémonie au début de cet épisode.

La caractérisation de Felix Koffka est sommaire, Millar ne force pas son talent pour imaginer des vilains originaux, ça n'a d'ailleurs jamais été son point fort. Il préfère souligner l'excentricité morbide du personnage, collectionneur de reliques de personnalités mortes tragiquement comme le tête de Jayne Mansfield ou la voiture à bord de laquelle JFK a été assassinée. Il lui ajoute une autre bizarrerie, gratuite, en le faisant dessiner les yeux bandés - et quand Koffka daigne expliquer pourquoi il s'inflige cette cécité, il avoue que c'est juste pour le show. Du pur Millar !

Mais revenons au récit : il est question depuis le début d'artefacts en relation avec l'Atlantide. Mais ce n'est qu'une déviation narrative. Les fameuses tablettes équatoriennes acquises par Tong n'indiquent pas une fois traduites la position de cette civilsation mythique, elles permettent de localiser Shangri-La dans l'Himalaya, autre endroit fantasmatique que veut atteindre Koffka ave l'espoir d'y acquérir l'immortalité comme l'aurait gagnée une femme pirate.

Le rôle d'Edison Crane dans tout ça : traduire les tablettes, guider cette expédition. On peut se douter, comme je l'écrivais plus haut, que le docteur ne va pas rester passif dans cette quête, d'ailleurs on le voit réagir avec force quand Koffka estime qu'il lui appartient désormais - une chosification que n'apprécie pas le héros. Mais surtout on peut se poser la question, au-delà de la bonté d'âme, de pourquoi a-t-il risqué sa vie pour sauver une hôtesse du jet de Koffka après son crash en mer ? Je me demande si la demoiselle ne serait pas Candice, l'assistante de Crane déguisée...

Prodigy : The Icarus Society n'est pas seulement meilleure narrativement que Prodigy, elle est aussi tout simplement plus classe. Et cela, elle le doit à Matteo Buffagni. Dans sa dernière newsletter, à l'occasion de la sortie de cet épisode, Millar loue son partenaire en notant qu'il travaille actuellement avec deux italiens (Buffagni et Gigi Cavenago). Il est ébloui par leur talent et prédit que les Big Two vont aller recruter massivement en Italie (et c'est déjà le cas quand on considère les carrières de Valerio Schitk, Stefano Caselli, etc.).

Mais effectivement, Buffagni sort des épisodes affolants et Millar dit aussi qu'il prépare déjà un nouveau projet pour lui. Le dessinateur fait un usage très intelligent et raffiné de l'infographie mais son trait n'est jamais aseptisé par la technique numérique. C'est d'abord un excellent storyteller.

Buffagni sait planter un décor et l'exploiter, puis oser des ruptures de tons avec des cadrages verticaux par exemple très dynamiques (toute la séquence dans le repaire de Koffka avec la tentative d'évasion de Crane). Lorsqu'il doit composer des images pour le crash du jet, il a recours, plus classiquement à des cases occupant la largeur de la bande, mais avec des angles de vue et des valeurs de plans qui donnent un rythme très efficace à l'ensemble.

Curieusement, Laura Martin ne colorise pas cet épisode (a-t-elle quitté le navire ? Ou n'est-ce que ponctuel). Remplacé apr l'excellent David Curiel, on ne perd pas au change et l'esthétisme de l'épisode n'est pas bouleversé, avec toujours une dominante de couleurs chaudes, qui participe elles aussi à cette ambiance élégante.

Je me régale, et si je me répéte, tant pis : Prodigy : The Icarus Society mérite qu'on en dise du bien, c'est un très bon divertissement.

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #4, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero


Ai-je été trop confiant ? Enthousiaste ? En tout cas, je me suis ennuyé en lisant ce 4ème épisode de Captain America : Sentinel of Liberty. Trop mou, trop convenu. Ou pas assez accrocheur, pas assez... Tout en fait. Ce n'est même pas mal écrit encore moins mal dessiné : juste que je suis resté à l'extérieur.


Ce qu'a découvert Steve Rogers au sujet de l'histoire de son bouclier et du Cercle Extérieur l'interroge de manière perturbante. Et s'il avait été manipulé depuis ses origines, faisant le jeu de l'ennemi ?


Steve se rend chez Bucky avec lequel il partage sur ce qu'il a appris de son côté. Bucky explique que chaque branche du Cercle a un tueur, et que le Soldat de l'Hiver en a fait partie.


A son cours de dessin, Steve questionne ses amis sur le sens qu'il donne ay symbole qu'il incarne. Même chose auprès du petit Amari ou avec les clients du bar qu'il fréquente.


A nouveau attaqué par la créature qu'il a affronté à la forge, Steve réussit à lui faire comprendre qu'ils ont tous le choix d'être des soldats aux ordres ou des hommes libres.

Quand on a l'impression de rester à l'extérieur d'une série au bout de quatre épisodes, on se sent comme Steve Rogers dans cet épisode, à se demander si "tout est à sa place" - et soi-même en premier lieu. Car c'est bien cette question qui parcourt ce quatrième numéro de Captain America : Sentinel of Llberty. Et c'est là où le bât blesse.

En effet, se poser la question, c''est déjà y répondre en somme. Car Captain America a souvent été qualifié de "Man out of Time" (ce fut d'ailleurs le titre d'une mini-série de Mark Waid et Jorge Molina), soit un homme hors du temps, hors de son temps. D'une certaine manière, Cap est intemporel et daté en même temps à cause de ça : daté parce qu'il est en activité depuis la seconde guerre mondiale (incarné par Steve Rogers ou d'autres qui ont pris la relève y compris quand il était prisonnier d'un bloc de glace), et intemporel parce qu'il est devenu le corps vivant de l'idéal américain à travers les âges.

Sonder la mythologie de Captain America équivaut à sonder la mythologie de Marvel (un peu comme avec Superman chez DC). Les versions les plus pertinentes et les plus efficaces du personnage sont celles qui ont su faire la synthèse entre le super-soldat et l'idéal américain, au cours d'aventures épiques et de considérations politiques dépassant les Etats-Unis.

Forcément, avec une telle longévité et une telle charge symbolique, on peut se demander aussi s'il est encore possible de réinventer le héros, ou du moins de le raconter de manière divertissante et intelligente. A mon sens, deux scénaristes, ces 25 dernières années, ont su se démarquer : Mark Waid et Ed Brubaker, le premier avec une lecture très héroïque et entraînate, le second avec un regad plus trouble et mélancolique.

J'avais une grande confiance en Collin Kelly et Jackson Lanzing pour raconter des histoires profondes et divertissantes à la fois, et leur idée de baser leur intrigue autour des origines du bouclier, d'un secret à son sujet, était accrocheuse. Par ailleurs, ils voulaient s'appuyer sur des seconds rôles de l'entourage de Cap pour soutenir leur projet. Mais cette confiance était nourrie aussi par les déceptions successives des runs de Remender, Spencer, Coates. Or, il faut lire une série pour ce qu'elle est, pas par rapport à ce qu'elle a été et qui ne vous a pas plu. Ce fut sans doute mon erreur : j'ai davantage voulu croire en Kelly & Lanzing par rapport à ceux qui les avaient précédé que pour eux-mêmes.

Je suis pourtant resté spectateur de cet épisode, et en vérité c'est le cas depuis quatre mois. J'apprécie la façon dont les deux auteurs emballent leur affaire,, mais c'est un peu trop lisse, trop convenu, avec des éléments pas originaux. Le Cercle Extérieur par exemple résume bien le problème : c'est une énième organsation secrète qui dirige le monde dans l'ombre, comme les Illuminati, l'Hydra, l'Empire Secret, etc. Autant de noms, d'entités comme on en a beaucoup vus dans Captain America.

La construction des épisodes se révèle aussi répétitive et trahit une narrattion qui se retient de trop en dire trop vite de façon visible. On a droit à une scène d'action bien spectaculaire par épisode, comme un quota, tout en sentant bien que les deux scénaristes préférent visiblement les moments avec Steve Rogers, ses amis, leurs cconversations, les doutes qui minent le héros. Et pour les seconds rôles promis, on en reste au strict minimum avec Bucky qui a droit à peu de scènes. Mais pas trace de Sharon Carter par exemple (même si on a eu droit à Peggy Carter).

D'un côté, on évite des mentions aux Avengers, à Nick Fury, au SHIELD, mais de l'autre on a l'impression que Steve/Cap se prive de ressources qui lui permettraient sûrement d'aller plus vite dans ses investigations. Et à travers cela, on peut deviner l'intention de Kelly et Lanzing de freiner des quatre fers pour que leur intirgue ne soit pas trop vite résolue. Un tour de passe-passe grossier.

Enfin, les auteurs se montrent franchement maladroits, voire grotesques ici, quand Bucky se met à chialer comme une madeleine en avouant à Steve avoir été un pantin du Cercle. Merde, quoi ! Bucky qui chiale, c'est juste pas possible : ce mec est le Soldat de l'Hiver, il a été le sidekick de Cap, il a été Cap lui-même, c'est pas le genre à fondre en larmes parce qu'il découvre qu'il a été manipulé. Cette scène est ridicule et m'a complètement sorti de l'histoire.

Le vrai et seul point positif au fond, c'est Carmen Carnero, qui assure comme une championne depuis le début. Elle maîtrise vraiment le personnage, le casting entier, elle chrorégaphie l'action formidablement avec des doubles pages et des effets de décomposition du mouvements jubilatoires, et Nolan Woodard la complète parfaitement avec ses couleurs. Mais franchement Carnero n'a pas de bol : elle s'est déjà tapée Kelly Thompson sur Captain Marvel pour des arcs franchement pas jojo, et là avec Kelly & Lanzing, elle défonce tout sur des scripts moyens.

Je vais tâcher de savoir combien d'épisodes compte cet arc pour savoir où je vais. Mais si c'est trop long, ça sera vite réglé. Peut-être que je sature un peu, mais je n'ai plus envie de perdre du temps et du fric avec des séries qui ne m'emballent pas totalement. Tant pis pour Cap.

jeudi 8 septembre 2022

IMMORTAL X-MEN #6, de Kieron Gillen et Lucas Werneck - A.X.E. : JUDGMENT DAY TIE-IN

 

Après deux précédents épisodes plutôt réussis (consacrés à Exodus et Emma Frost), Immortal X-Men pique à nouveau un peu du nez. Toujours en liaison avec l'event Judgment Day (l'action se situe après le 3ème numéro), ce chapitre se penche sur le cas de Sebastian Shaw. Kieron Gillen perd beaucoup de temps avant d'en arriver au coeur du sujet. Et Lucas Werneck, de retour, livre une copie moyenne.


Le Conseil de Krakoa est réuni. Plusieurs de ses membres ont été jugés par le Progéniteur, mais tous ne sont pas disposés à révéler s'ils ont passé le test avec succès ou pas. Sebastian Shaw prend la parole.


Shaw part pour New York avec l'objectif de protéger son business et de sauver sa peau à tout prix. C'est alors qu'il est jugé par le Progéniteur se manifestant sous la forme d'Emma Frost. Il échoue au test.
 


Reconnu pour ses talents de négociateur, le Roi Noir du Club des Damnés part pour New York afin de négocier avec un représentant des Eternels, Eros/Starfox, récemment sorti de sa prison.


En attendant de savoir ce que leurs communautés pensent de leurs palabres, Shaw se rend dans la cave du Club des Damnés de New York et y invoque une puissante alliée...

Pour Kieron Gillen, Immortal X-Men à l'heure de Judgment Day représente une occasion d'ausculter le Conseil de Krakoa en temps de crise. C'était déjà le cas avant cet event, me direz-vous et vous n'aurez pas tort, mais désormais le gouvernement mutant est sur les charbons ardents et cela permet de révéler le caractère profonde de chacun. Pour un peu, on souhaiterait que cette situation perdure afin que l'intensité de la série soit conservée.

C'est pourquoi je me demande si, une fois tous les membres du Conseil examinés par la série, Immortal X-Men aura encore une raison d'exister. Il restera bien encore des intrigues de palais à inventer pour le scénariste, c'est certain, mais la formule qui veut qu'à chaque épisode il se penche sur un personnage différent risque quand même d'être difficile à tenir sur le long terme. Et c'est pour cela que je pense m'arrêter au n°12 quand l'intégralité de la table aura été examinée.

Pour l'heure, ce n°6 est consacré à Sebastian Shaw. Dans son run sur Marauders, Gerry Duggan en avait fait un personnage plus tordu et détestable que jamais, mais qui essuya des revers cinglants après avoir tenté de tuer Kitty Pryde et de doubler Emma Frost.

Gillen suit en cela Duggan : Shaw est donc le personnage qu'on adore détester par excellence. Mais Gillen veut tout de même essayer de nuancer cela en sondant le passé de Shaw au moment où les mutants sont jugés par le Céleste. Et disons que ça fonctionne moyennement.

Souvent, cela revient à chercher sinon des excuses du moins une justification au comportement d'un salaud. Ici, en deux flashbacks lourdingues, on apprend que Sebastian était méprisé déjà enfant par son père, un affairiste en difficulté, et que, devenu adulte et richissime, Sebastian s'était recueilli sur la tombe paternelle en montrant avec orgueil qu'il avait réussi contre toute attente et ne s'arrêterait pas là.

Bon, était-ce bien nécessaire ? A mon avis, non. C'est grossier, manichéen au possible, on s'en fiche complètement. Quand Gillen est le plus juste, c'est précisèment quand il ne cherche pas à expliquer Shaw autrement que ce qu'il a toujours profondément été : un businessman et un négociateur. Pour le pouvoir et l'argent, il est prêt à tout car il sait que cela assurera sa survie, même si la Terre est détruite par un Céleste. Shaw veut récupérer son trône, être le Roi Noir du Club des Damnés, quelqu'un qui compte au sein du Conseil de Krakoa, ou sinon il est prêt à s'allier avec quiconque lui permettra de s'en tirer (Orchis ou la mystérieuse entité qu'il convoque à la fin de l'épisode).

Plutôt que nous infliger un trop long début d'épisode avec Destinée ou les débats du Conseil de Krakoa et les cachotteries de ceux qui ont déjà passé le test du Céleste, Gillen aurait gagné à aller droit au but et à développer le dialogue, ici à peine effleuré, entre Shaw et Eros par exemple.

Lucas Wernneck revient donc dessiner la série. Entretemps, le jeune artiste brésilien vient d'être inclus par Marvel dans la promotion 2023 des "stormbreakers", ces talents sur lesquels l'éditeur mise pour l'avenir (il est entouré ce Martin Coccolo, Elena Casagrande, Nic Klein, Jan Bazaldua, C.F. Villa, Chris Allen et Federico Vicentini).

Malgré tout, je continue de trouver Werneck très moyen. Il ne sait pas composer une image correctement, ses enchaînements sont maladroits, il ne varie quasiment ses angles de vue, son découpage est mou. 

Qu'il s'agisse d'animer une scène d'action (le jugement d'Exodus) ou un dialogue avec une tablée de personnages, on a l'impression dérangeante qu'il pose d'abord les personnages puis qu'il cadre ensuite au petit bonheur la chance en espérant que cela formera une page correcte. Sauf que c'est tout le contraire : on a plutôt le sentiment de voir des acteurs surjouer dans un théâtre, impression renforcée par la voix-off qui commente l'action et en souligne le peu d'impact dramatique.

Werneck préfère ostensiblement dessiner de jolies femmes, mais narrativement c'est d'une pauvreté accablante. Et si c'est sur des dessinateurs comme lui (ou Bazaldua) que mise Marvel, ça ne sent pas bon (même si Klein  Coccolo, Casagrande sont bien supérieurs).

Le mois prochain, j'espère que l'épisode consacré à Diablo ( Nightcrawler) fera honneur à l'elfe (même si je ne me fais pas trop d'illusions, étant donné que personne - excepté Rainbow Rowell dans She-Hulk - ne semble se souvenir du personnage tel que l'avait créé Dave Cockrum).

mercredi 7 septembre 2022

SENSE8 (Saison 1) (Netflix)


J'ai essayé plusieurs fois de regarder Sense8, sans réussir à aller au-delà du premier épisode. Sept ans après sa mise en ligne sur Netflix, et quelques mois après la sortie de Matrix Resurrections (une grosse déception), je m'y suis enfin mis ces derniers jours. Et je n'ai vraiment pas été déçu du voyage proposé par J. Michael Straczynski et les Wachowskis - dont il s'agit sans doute de l'oeuvre la plus aboutie.
 

Sur le point d'être capturée par d'étranges individus, Angelica met fin à ses jours après avoir établi une connection entre huit individus qui ne se connaissent pas autour du monde. A Londres, Riley, DJ islandaise, survit à un deal qui dégénère entre son fiancée et son dealer dont elle dérobe l'argent et la drogue. A Séoul, Sun fait face au sexisme dans l'entreprise de son père qui lui préfère son frère. Capheus, chauffeur de busà Nairobi, a du mal à subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère, malade du Sida. A San Francisco, Nomi, une transexuelle, vit une idylle avec Amanita. A Bombay, Kala s'apprête à épouser Rajan bien qu'elle ne l'aime pas. A Chicago, Will, policier, tire sur un gangster et le transporte à l'hôpital. A Berlin, Wolfgang et son ami Felix volent des diamants à Steiner, un caïd. A Madrid, Lito repousse les avances de la comédienne avec laquelle il tourne.


Nomi s'évanouit lors de la Gay Pride. Lorsqu'elle reprend connaissance, elle est enfermée dans une chambre d'hôpital avec sa mère transphobe qui a payé le Dr. Metzger pour la lobotomiser. Will enquête sur la mort de Angelica et apprend qu'une équipe a enlevé son corps et que Jonas, l'amant de celle-ci, est recherché pour terrorisme. L'homosexulaité de Lito est découverte par Daniela qui jure de garder de le secret s'il l'héberge avec son compagnon Hernando car elle fuit Joaquin, son compagnon violent. Riley trouve refuge chez un ami.


Sun découvre que son frère Joong-ki détourne de l'argent de la compagnie de leur père, qui refuse de la croire. Frustrée, elle se défoule en participant à des combats clandestins où elle vainc ses adversaires. Amanita tente de retrouver Nomi dont l'opération approche et qui croit être victime d'hallucinations quand Jonas entre en contact avec elle. Capheus est agressé par des bandits mais il réussit à les corriger grâce à l'aide de Sun. Will localise Jonas qui tente de lui expliquer ce qu'a fait Angelica.


L'exploit de Capheus lui vaut d'être contacté par Kabaka, un homme d'affaires, qui veut en faire le garde du corps de sa fille leucémique, en échange de quoi il lui fournit un traitement pour sa mère. Kala rencontre au temple où elle prie Ganesh des fidèles qui lui expliquent que son futur beau-père veut raser l'endroit. Pour éviter que son frère n'aille en prison, Sun se dénonce aux autorités. Wolfgang et Felix vendent une partie des diamants qu'ils ont volé. Will livre Jonas aux fédéraux après qu'il lui ait expliqué le danger qui pèse sur Nomi et les autres individus avec lesquels ils sont liés.


Grâce à l'aide de Will et d'Amanita, Nomi réussit à s'évader in extremis avant de passer sur le billard. Lito profite de l'expérience de Will lors du tournage d'une scène d'action. Trahie par son ami qui l'a dénoncée au dealer, Riley, avec l'aide de Sun réussit à filer. Sun lui conseille de rentrer en Islande même si Riley redoute de devoir y faire face à de douloureux souvenirs. Nomi doit elle aussi filer, avec l'aide Capheus, quand "Whispers", l'ennemi de Jonas, avec des agents fédéraux frappent à la porte de Amanita. 


Will "rencontre" Riley et ils tombent immédiatement amoureux l'un de l'autre. Idem pour Kala et Wolfgang qui font connaissance alors qu'ils sont sortis en boîte chacun dans leur ville. Joaquin vient menacer Lito et Daniela, une bagarre éclate avec Hernando et Joaquin se retire en dérobant le téléphone de Daniela. Sun est incarcérée. 


Nomi retrouve Amanita et un ami hacker leur fournit du matériel informatique de pointe grâce auquel elles obtiennent des renseignements sur Metzger et ses patients. Joaquin fait chanter Lito grâce à des photos de lui et Hernando au lit prises par Daniela. Nomi et Will remontent la piste de Nyles Bolger, lobotomisé par Metzger, mais celui-ci ne peut les renseigner dans on état. Lito rend Daniela à Joaquin mais Hernando, choqué par la lâcheté de son mant, préfère rompre avec lui. Steiner a découvert qui avait volé ses diamants et tente d'abattre Felix. Nomi et Amanita pénètrent par effraction chez Metzger en son absence pour pirater son ordinateur. Metzger les surprend avant que Bolger ne tue le médecin puis se suicide.


Kala rend visite à Wolfgang au chevet de Felix et tente de le dissuader de le venger en lui jurant de ne pas épouser Rajan. Menacé par des rivaux de Kabaka qui veulent sa fille pour le piéger, Capheus la cache sans avertir son père. Will enquête sur le meurtre de Metzger et le suicide de Bolger avec Nomi qui découvre dans les dossiers du médecin son affiliation à la Biologic Preservation Organization (B.P.O.), qui détient Jonas, aux mains de Whispers, et dont la cible est Riley. Le père de Rajan rencontre Kala au temple pour annuler le mariage avant que des fidèles ne le poignardent sauvagement.


En Islande, la veille d'un concert que doit donner son père, Riley apprend que les 8 sont nés le même jour de la même année mais aussi que Whispers en croisant le regard de l'un d'eux peut accéder à tout ce que savent, voient et entendent les autres. Wolfgang déplace Felix dans une clinique privée et l'enegistre sous un faux nom et part affronter Steiner. Capheus affronte les rivaux de Kabaka qui ont enlevé ce dernier et, avec l'aide de Sun, les extermine. Grâce à Wolfgang, Lito retire Daniela de l'emprise de Joaquin et la ramène chez Hernando avec lequel il se réconcilie. Riley assiste au concert donné par son père mais fait un violent malaise en pleine représentation.


La situation de Riley est critique : enlevée par le BPO, elle est conduite dans une de leurs cliniques pour y être examinée par Whispers. Une course contre la montre débute pour la tirer de là : Nomi la localise et Will part pour l'Islande. Wolfgang élimine avec l'aide de Kala le gang de Steiner mais la sauvagerie dont il fait preuve effraie la jeune femme qui comprend que rien ne sera possible désormais entre eux. Sun apprend par Joong-ki que leur père a été retrouvé mort, suicidé, mais elle comprend que son frère l'a tué et jure de le lui fiare payer.


 Will arrive en Islande, une voiture de sport loué par Nomi l'attend. Parce qu'elle est inconsciente, Riley ne peut être opérée par Whispers qui ne peut accéder aux autres individus avec lesquels elle est connectée. Jonas refuse, même sous la torture, d'aider Whispers à réveiller Riley ni à attirer les autres dans un piège. Will réussit, grâce à un subterfuge, à pénétrer dans la base du BPO et les autres se tiennent prêts à l'aider à sauver Riley.


Grâce aux compétences de Wolfgang, Sun, Kala, Nomi, Lito, et Capheus, Will parvient à déjouer les contrôles de sécurité, à neutraliser les gardes et délivrer Riley Malheureusement, il croise par accident le regard de Whispers dans leur fuite et doit confier à Riley le soin de les conduire jusqu'à la côte. Mais Riley se souvient que sur ce trajet elle a eu un accident autrefois au cours duquel son mari a péri tandis qu'elle donna naissance à leur fille, Luna. Elle surmonte tout ça et rejoint Sven, un ami, qui les prend, elle et Will, à son bord. La péniche de Svenn s'éloigne avec, pour la première fois, les 8 réunis.

Même si on peut ne pas aimer certaines séries qui suscitent la curiosité du plus grand nombre, il se peut parfois qu'il faille plusieurs essais avant de rencontrer une oeuvre. On tourne autour, il y a des faux départs, et un jour, c'est la bonne. On est prêt à embarquer. Le voyage peut débuter.

Car Sense8 a tout d'un voyage. C'est une série chorale qui entraîne le téléspectateur aux quatre coins du globe et d'ailleurs elle a été tournée sur les lieux même où l'action se situe, comme un gage d'authenticité, pour embrasser la diversité de ses protagonistes et rendre compte des ambiances contrastées des lieux.

C'est aussi un voyage avec une arrivée pour les Wachowskis. C'est la dernière fois (à ce jour) que Lily et Lana ont collaboré ensemble sur un projet après avoir construit une filmographie qui a marqué les esprits, notamment grâce au succès de la trilogie Matrix (enrichie d'un quatrième volet en 2021, mais écrit et réalisé par la seule Lana). 

Pour le co-créateur et co-scénariste de Sense8, J. Michael Straczynski, c'est aussi une forme d'apothéose. Connu des fans de comics pour son long run sur Amazing Spider-Man et son passage éclair sur Thor, JMS a été aussi l'auteur de Babylon 5. Son association avec les Wachowskis est improbable mais a produit un chef d'oeuvre.

Vous le savez si vous êtes abonné à Netflix mais l'algorithme de la plateforme de streaming vous conseille régulièrement des séries et films en rapport avec ce que vous visionnez. Comme j'étais fan de The OA notamment, c'est ainsi qu'on m'a recommandé Sense8. Il y a effectivement une parenté entre les deux shows, mais chacun possède ses qualités propres, en vérité ils se complètent. Et il est pertinent de penser que ceux qui aiment the OA aimeront Sense8, qui emprunte au même fantastique romantique.

Si vous avez aimé le premier Matrix (ce qui n'est pas difficile car c'est le meilleur et qu'il a considérablement influencé la pop culture depuis sa sortie), alors vous vous souvenez de cette scène où Neo suit Morpheus dans un espace blanc au début de son entraînement. Soudain des rangées d'armes surgissent de nulle part et, comme pour les techniques de combat qu'il a apprises en un temps record, Neo maîtrise vite tout cet arsenal.

Sense8 est une extension stupéfiante de cette idée qu'on peut intégrer des talents, mais ici l'univers virtuel de la Matrice est remplacé par un cercle d'individus qui se découvrent leur connection après la mort d'Angelica, une "sensate' (une sensitive). Tout au long des douze épisodes qui composent cette première saison, à tour de rôle, chacun des huit membres du cercle ainsi formé va avoir à un moment ou un autre besoin des capacités d'un des autres ou de plusieurs d'entre eux. Parfois il s'agit d'une manière de se battre, de conduire, de hacker des systèmes informatiques, de concocter des explosifs avec les moyens du bord, de séduire une personne pour la duper, de soigner, etc. 

Cette espèce de Matrice collective et globale est un concept jubilatoire et produit des scènes irrésistibles. C'est aussi l'illustration de la solidarité entre des individus qui ne se connaissent pas, une image du village mondial, qui peut faire ricaner par son esthétique "united colors", mais qui invite aussi à aimer ce réseau d'humains élus par-delà les frontières, les distances. Regardez Sense8 avec un oeil cynique et vous passerez à côté de sa magie. Acceptez son ton et vous écouterez un choeur quasiment religieux, les dogmes et le fanatisme en moins.

Straczynski et les Wachowskis partagent une approche semblable vis-à-vis de la spiritualité, à savoir que croire est un choix et que si on choisit de croire, alors on accède à une sorte de transcendance. Les cinéastes ont nuancé leur propos depuis Matrix : Reloaded avec son imagerie messianique un peu grotesque. Désormais, la solution est dans l'union, l'union fait la force, il n'y a pas un sauveur. Sans doute faut-il lire là la contribution, essentielle, de JMS : dans la série, un personnage comme Will est clairement atteint du syndrome du sauveur, c'est chez lui quelque chose de viscéral d'aider autrui mais derrière ce côté protecteur se cache une blessure narcissique. Autrement dit, il s'agit autant d'aider l'autre que de savoir et faire savoir qu'on l'a aidé.

Cette attitude se retrouve chez Sun, dont le sacrifice pour son frère et son père, se mue en conversion : elle se fera reconnaître comme le sauveur de co-détenues dans la prison puis au sein du cercle en venant en aide notamment à Capheus lors d'actions spectaculaires. Wolfgang se rêve lui aussi en héros, sorte d'ange exterminateur, dévoré par sa propre sauvagerie, qui l'enferme dans un cercle vicieux, répétant les atrocités de son père et effrayant la douce Kala, déjà bien ébranlée par la tentative d'assassinat de son beau-père par des fidèles fantatiques convaincus qu'elle a attiré leur cible dans leur piège.

Toutes les relations des personnages de Sense8 ont une dimension toxique, ou à tout le moins moins angélique qu'on pourrait le croire de prime abord. Ainsi, Nomi compte sur Amanita pour la tirer des griffes d'une mère transphobe et d'un médecin fou et on peut déceler une forme de dépendance dans leur couple. Lito cache son homosexualité et cela aboutit à une action écoeurante de lâcheté de sa aprt quand il abandonne Daniela : pour se racheter, il devra compter sur la rage de Wolfgang. Capheus est un brave garçon débordant d'amour pour sa mère mais il sert un caïd sanguinaire et ne survit que grâce au renfort de Sun. Kala doit épouser un homme qu'elle n'aime pas sans se résoudre à le lui dire tout en visitant Wolfgang.

L'intrigue qui relie tous ces personnages, sur fond de captures de sensitifs par le sinistre Whispers, est presque accessoire car la série fournit déjà suffisamment de moments mémorables avec son cercle de héros reliés. Mais en son coeur bat le personnage le plus fascinant : Riley. A elle seule elle résume la série, ses développements, ses couleurs. DJ islandaise exilée à Londres, en cavale après un deal qui a dégénèré, amoureuse du flic Will, elle se pense maudite et pourtant c'est elle qui accepte le plus paisiblement la découverte du réseau formé par Angelica.

Pourtant, c'est en étant ciblée par Whispers à son retour sur ses terres natales qu'elle devient le centre de la série, celle qui va faire converger les efforts de tout le cercle. Et elle devra dépasser ses hantises pour sauver comme elle a été sauvée. Son passé est le plus richement fouillé avec un mix d'éros et thanatos, ayant perdu son mari et donné la vie à leur fille dans un tragique accident de voiture. Elle renaît dans le final de la saison après une scène de concert cathartique pour tous les sensitifs qui revivent leur mise au monde, dans une mise en scène virtuose et très crue.

Tout n'est pas parfait dans Sense8 : huit protagonistes, c'est beaucoup et tous n'ont visiblement pas inspiré également les auteurs. Lito, le comédien méxicain, homo honteux a du mal à s'imposer, d'autant plus que son interprète, Miguel Angel Silvestre, paraît souvent emprunté. Kala est aussi un peu transparente, et Tina Desai ressemble plus à une top model qu'à une laborantine (sans prétendre qu'une  laborantine est forcément un laideron). 

Parfois aussi, sur douze épisodes, certains manquent un peu de substance et les subplots se diluent un peu trop d'un personnage à l'autre. Les atermoiements pré-maritaux de la pauvre Kala ont du mal à passionner et le ménage à trois de Lito, Hernando et Daniela est trop artificiel. Le passé lugubre de Wolfgang est un poil trop chargé et les clins d'oeil à Conan un peu kitsch, tout comme les mentions répétitives à Jean-Claude Van Damme pour Capheus. 

Je suis partagé par le casting de Naveen Andrews dans le rôle de Jonas tant le comédien reste associé dans les mémoires comme un des rescapés de Lost, ce qui parasite notre empathie pour son personnage. Idem pour Darryl Hannah, même si sa présence à l'écran est très réduite.

Mais ces réserves ne suffisent pas à plomber suffisamment l'ensemble pour qu'on décroche. Au contraire, d'autres rôles sont tellement formidables qu'ils compensent. Will, joué par Brian J. Smith, est un type attachant avec une belle relation père-fils. Capheus est un être lumineux malgré le sang répandu durant son arc narratif et Amil Ameen est fabuleux (hélas ! il a quitté la série à l'issue de cette saison - on verra ce que vaut celui qui l'a remplacé). Max Riemelt est ombrageux et charmeur à souhait en Wolfgang.

Mais mes trois favoris sont des favorites, trois actrices extraordinaires. D'abord Tuppence Middleton qui interprète Riley avec une délicatesse poignante. Puis Doona Bee est absolument géniale dans la peau de Sun, un concentré de "badasserie" et de dignité. Enfin Jamie Clayton, comédienne transexuelle comme Nomi, est d'une beauté et d'une intensité magnétique.

La réalisation, si je ne l'ai pas déjà dit, est magnifique, avec des décors naturels souvent grandioses, servis par une photo renversante. Le travail sur le montage est prodigieux quand on songe justement à la quantité de scènes qui se répondent dans deux endroits différents et par la fluidité des transitions. L'aspect sériel voit ses curseurs poussés à fond pour un résultat bluffant.  

Sense8 connaîtra une seconde saison au terme de laquelle Netflix choisira d'arrêter les frais avant de se raviser, sous la pression des fans de la série, pour financer un épilogue king-size. Je suis très curieux de voir ce que ça donne et je vous en parlerai dès que j'aurai visionné tout ça.

FLASHPOINT BEYOND #5, de Geoff Johns, Jeremy Adams, Tim Sheridan, Xermanico et Mikel Janin


Après un quatrième épisode calamiteux, Flashpoint Beyond se reprend un peu pour son pénultième chapitre. Mais tout n'est pas réparé et le script de Geoff Johns, Jeremy Adams et Tim Sheridan doit expliquer dans l'urgence de nombreux points, tout en en laissant d'autres de côtés. Mikel Janin a plus de pages à dessiner et Xermanico complète les siennes avec beaucoup de talent.
 

Interviewé à la télé sur le retour de la Justice League et le concept d'Omnivers, Mr. Terrific est interrompu par Bonnie Baxter qui préfère insister sur la notion d'Hypertemps pour la dernière Crise.


Cependant, Flashpoint Batman débarque à Arkham alors que sa femme, Martha, menace Dexter Dent. Tandis que le couple s'affronte, Gilda se dérobe avec son fils.


La sécurité de l'asile intervient mais Thomas s'enferme dans la cellule de Gilda avec Martha. Elle l'entraîne dans les entrailles de l'établissement en justifiant ses crimes signés du Tueur de l'Horloge.


Thomas découvre la machine construite par Martha à partir des infos qu'elle a soutirées à ses victimes et avec laquelle elle compte réécrire leur passé, quitte à sacrifier leur univers...

Depuis la sortie du précédent épisode, des annonces de DC Comics donnent à l'intrigue de Flashpoint Beyond une autre envergure. D'abord, on sait que Geoff Johns va se servir de cette histoire comme rampe de lancement pour son relaunch, attendu de longue date, de la série Justice Society of America (que dessinera Mikel Janin), à partir de Novembre. L'avenir nous dira à quel point le dénouement de Flashpoint Beyond influence ce prochain projet.

La JSA a refait parler d'elle dans le troisième épisode de l'event Dark Crisis (de Joshua Williamson et Daniel Sampere, actuellement en cours de publication). Et c'est un drôle de manège entre les deux titres car Flashpoint Beyond spoile carrément la fin de Dark Crisis dès le début de ce n°5 ! Enfin... Spoiler est un bien grand mot, car qui a cru Williamson quand il jurait ses grands dieux que, si, si, sérieusement, à la fin de Justice League #75, les héros étaient vraiment morts (ou du moins qu'ils ne reviendraient pas avant longtemps) ?

Maintenant,, de manière très prévisible et confirmée ici, on sait que Superman, Batman, Wonder Woman, John Stewart, Hawkgirl, Aquaman, sont encore vivants, en forme et bientôt de retour (en revanche, les situations de Zatanna, Black Canary, Green Arrow et Flash sont plus nébuleuses).

Reste que c'est assez surprenant de voir DC laisser Flashpoint Beyond révèler ainsi le comeback de la JL. Pour un peu, mais peut-être vais-je trop loi, on jurerait que Geoff Johns est à nouveau en train de vouloir organiser le DCU en sous-marin (comme il avait voulu le faire durant les New 52), alors que l'éditeur semblait vouloir faire de Williamson son nouvel grand architecte...

Revenons à Flashpoint Beyond #5. L'épisode du mois dernier était passablement ruiné par une grotesque séquence avec Dexter Dent mais également par des points importants de l'histoire condamnés à rester irrésolus ou inexploités (en particulier l'invasion des kryptoniens). Sur ce dernier point, il paraît clair que ça restera une grande idée sans suite. Concernant Dexter Dent, il est exfiltré avec sa mère pendant le combat qui oppose Thomas à Martha Wayne - celle-ci n'était donc pas morte et a survécu miraculeusement avant de tuer plusieurs personnages capables de manipuler le temps.

Avec leurs connaissances (qu'elle a acquises vraisemblablement en les torturant avant de les assassiner), elle a réussi à construire dans les sous-sols de l'asile d'Arkham une machine lui donnant accès à l'Hypertemps, et donc lui permettant de modifier le passé et/ou le futur. Son projet est de réécrire le passé afin que que leur fils survive et qu'elle et Thomas meurent dans Crime Alley, conformément aux origines du Batman que l'on connaît. Et ce, même si l'opération risque de détruire tout leur univers...

Passons, au risque d'en ricaner, sur la crédibilité d'une femme complètement folle, psychopathe et délirante qui parvient à construire une telle machine sans avoir aucune notion préalable d'ingénierie et sans aucune considération sur les risques des voyages temporels. Et voyons plutôt comment Johns, Tim Sheridan et Jeremy Adams raccrochent acrobatiquement les éléments avec ce qui ouvre et ferme l'épisode. Deux scènes diversement compréhensibles.

Dans la première, Mr. Terrific se fait publiquement moucher par Bonnie Baxter, une partenaire des Time Hunters, quand elle explique que les différentes Crisis ne sont pas seulement d'origine cosmique mais temporelle. On en revient au Divine Continuum composé de l'Omnivers et de l'Hypertemps, le premier étant conceptuel, l'autre émotionnel. Or, il semble bien qu'on ait sous-estimé les conséquences des crises hypertemporelles qui provoquent l'effet Mandela, c'est-à-dire une fausse croyance ou des faux souvenirs collectifs - seuls certains individus auraient conscience des véritables altérations de la réalité (comme le Pyscho-Pirate).

Question (laissée - pour l'instant ? - sans réponse) : les Time Hunters aggraveraient-ils ou amoindriraient-ils cet effet Mandela ? Bonnie Baxter disparaît subitement avant de le dire. On devine où elle est partie à la fin de l'épisode, même si avant cela, on assiste à la résurrection de Ra's Al Ghul (dans son look originel), surpris par Batman (Bruce Wayne) à son manoir et connaissant quelqu'un au sein de l'équipe de la Justice Incarnée (les gardiens de l'Omnivers, créés par Grant Morrison dans The Multiversity).

A la fin de l'épisode donc, Batman et Corky Baxter voient débarquer dans la Batcave Rip Hunter, le chef des Time Hunters, résolu à empêcher Bruce d'utiliser sa propre machine hypertemporelle avec laquelle il compte sauver son père, Thomas.... Pfiou ! Tout ça fait beaucoup à assimiler entre l'intrigue principale (dans l'univers Flashpoint) et ce que trament les Time Hunters et Bruce Wayne. Malgré tout, les deux lignes narratives sont parallèles et ont un objectif semblable : sauver Bruce dans l'univers Flashpoint, sauver Thomas dans l'univers Flashpoint. Sauf que sauver Thomas ne permettra pas de sauver Bruce et vice-versa. (Voyez pourquoi il était inutile d'ajouter ce subplot avec l'invasion kryptonienne, ou alors il aurait fallu une mini-série de douze épisodes).

Flashpoint Beyond a deux dessinateurs de grand talent et dans cet épisode, chacun a de la place pour s'exprimer. Mikel Janin dessine toujours les deux pages finales mais s'acquitte aussi des cinq premières. Il a du mérite car il se tape les planches les plus explicatives, mais son trait fin et précis rend tout ça très digeste. En attendant, je suis surtout content à la perspective de lire plus de Janin prochainement avec le retour de Justice Society of America.

Xermanico reste, lui, sur sa bonne lancée. Il livre une copie impeccable depuis le début et donne beaucoup de puissance à ses pages, alternant facilement entre moments dialogués et d'autres plus mouvementés (le combat Thomas-martha est intense). Son découpage est fluide, ses deux doubles pages sont bluffantes. Lui aussi, je le souhaite, aura un titre à sa hauteur dans la futur.

Plus qu'un épisode pour conclure. La tension sera au rendez-vous, même si elle ne comblera certainement pas une certaine frustration vis-à-vis d'idées prometteuses mais inexploitées.