dimanche 4 septembre 2022

THE VARIANTS #3, de Gail Simone et Phil Noto


Ce troisième épisode de The Variants montre bien à quel point cette min-série devient difficle à résumer : comme toutes les histoires avec des doubles, des sosies, des jumeaux, il n'est pas évident de communiquer au lecteur les subtilités de l'action. Gail Simone, qui plus est, n'avance pas vite et multiplie les mystères. Heureusement que les dessins, très clairs eux, de Phil Noto sont là.


L'arrivée de Jewel, une troisième version d'elle-même, plonge Jessica Jones dans une crise existentielle. A chaque fois, elle s'effraie un peu plus et sa mémoire se trouble.
 

Avec She-Hulk à ses côtés, Jessica joint Daredevil puis Iron Fist pour qu'ils retrouvent ses deux  premières variantes et leur donnent rendez-vous pour une réunion.


Autour d'un café, les quatre Jessica Jones comprennent ce qu'elles partagent de traumatisant et se promettent de se neutraliser au cas où elles déraperaient.
 

Cependant, Misty Knight et Colleen Wing gardant sa fille Dani, Luke Cage sort prendre l'air lorsqu'il est agressé. Jessica, elle, reçoit un message lui conseillant de se méfier de ses doubles...

Bon, récapitulons, ça ne fera pas de mal : Jessica Jones a depuis quelque temps des malaises qu'elle finit par relier à Zebediah Kilgrave:l'Homme Pourpre. Elle le comprend quand elle fait la connaissance d'une cliente de Matt Murdock qui a été sous l'emprise de Kilgrave et qui lui a affirmé qu'il la contrôlerait toujours. Peu après, cette femme se suicide. La crise de confiance de Jessica s'aggrave quand elle découvre une autre version d'elle-même, portant le bouclier de Captain America, dans son appartement. Puis une autre qui lui ressemble comme sa jumelle.

Terrorisée à l'idée que Kilgrave puisse à nouveau la contraindre à commettre le pire, elle éloigne Luke Cage, son mari, et Dani, leur fille. C'est alors que surgit une troisième version d'elle-même, vêtue comme à l'époque où elle était la super-héroïne Jewel.

Donc : quatre Jessica. Jessica Jones (celle qu'on connaît). "Captain Jessica" (qui a le bouclier de Captain America). Oméga Jessica (qui a le même look que Jessica Jones). Jewel (qui est habillée comme Jessica lorsqu'elle était super-héroïne).

Ce qu'on sait : ces Jessica viennetn de Terres parallèles, du Multivers. Elles ignorent comme Jessica Jones pourquoi et comment elles sont sur notre Terre. Elles ont toutes vécu des traumatismes en rapport avec l'homme qu'elles aimaient. Et quelqu'un a prévenu discrètement Jessica qu'elle devait se méfier de ses "variantes". Qui ? Pourquoi ?

Ce qu'on ignore : est-ce que l'Homme Pourpre a encore le contrôle sur Jessica (et d'autres femmes) comme l'a affirmé Sarah Snyder, ce qui feraient de ses victimes des bombes à retardement, capables de commettre le pire, y compris contre ceux qu'eles aiment ?

Il faut bien avoir tout ça en tête pour suivre l'intrigue mise en place par Gail Simone. Et on sait, en se fiant à la couverture du premier épisode, qu'il reste une dernière version de Jessica à découvrir (vêtue d'un masque et d'un costume rouge).

La scénariste avance à pas comptés. Elle ne fournit au lecteur que des informations au compte-gouttes, ce qui le déstabilise autant que Jessica. De ce point de vue, c'est très bien fichu, on ignore où on va, quelle machination secrète est derrière l'apparition de ces "variants", etc.

Mais c'est également très frustrant et ça peut donner une impression de surplace un peu désagréable car à force de retenir des infos et avec seulement deux épisodes avant la conclusion de cette mini-série, est-ce que ça ne fait pas trop de mystères ? D'un côté, on savoure l'écriture de Gail Simone qui réussit parfaitement à caractériser Jesscia, ses doubles, et les seconds rôles. De l'autre, on ne sait plus trop ce qui relève de la maîtrise d'une intrigue retorse ou d'un pitch peut-être trop ambitieux pour tenir dans cinq épisodes (et ce n'est pas avec cet inconnu qui inflige une raclée à Luke Cage avant de, littéralement, de se consumer, qu'on est plus avancé).

Face à des interrogations, il faut pouvoir s'appuyer sur un dessinateur particulièrement solide et qui n'éprouve pas le besoin d'en rajouter. De ce point de vue, c'est une bénédiction que ce soit à Phil Noto que Marvel ait confié la partie graphique.

Certes, dès qu'il y a de la baston, Noto n'est pas un champion : ses compositions manquent d'espace et de punch pour convaincre de l'âpreté d'un combat. Mais en revanche, pour tout le reste, qui constitue l'essentiel du récit, il est irréprochable.

Noto, avec un découpage très simple, illustre les dialogues, nombreux, du script sans jamais lasser le lecteur. Ses personnages sont expressifs juste ce qu'il faut, la valeur des plans est toujours impeccable, on est toujours à la bonne distance. La complicité entre l'artiste et la scénariste est indiscutable. Comme Noto assume aussi la colorisation, il a la maîtrise totale de ses images et ne sombre jamais dans des effets visuels inutiles.

Le boulot de Noto est superbe car c'est vraiment lui qui permet à The Variants de ne pas perdre le lecteur par sa narration sobre. Il faut croiser les doigts pour que Simone ait aussi bien en main ce qu'elle a entrepris de raconter. Je n'ai guère de crainte car elle a de l'expérience. Même s'il faut s'accrocher un peu.

samedi 3 septembre 2022

ANT-MAN #2, de Al Ewing et Tom Reilly


Si vous n'avez pas lu de comics Marvel entre 2006 et 2012, la couverture de ce n°2 de Ant-Man va vous sembler curieuse. Ce mois-ci, la mini-série de Al Ewing et Tom Reilly revient sur le cas Eric O'Grady, qui fut notamment le héros de The Irredeemable Ant-Man de Robert Kirkman et Phil Hester. Et ce gredin va encore en faire de belles !
 

Agent du S.H.I.E.L.D., Eric O'Grady est en cavala après avoir dérobé une armure reproduisant les pouvoirs de Ant-Man. Il ignore comment elle fonctionne et que Hank Pym a été remplacé par un skrull.


Le faux Pym obtient de mener les recherches pour arrêter O'Grady et il a un plan pour le piéger tout en continuant à préparer l'invasion secrète des skrulls.


O'Grady veut déterrer Scott Lang, le second Ant-Man, en espérant trouver sur sa dépouille le produit qui permet de réduire sa taille. Mais le faux Pym arrive à temps pour l'en empêcher.


Les deux hommes se battent. Mais O'Grady disparaît dans une trappe temporelle et réapparaît en l'An 2549. Là, le vrai Hank Pym l'attend...

Il fut un temps, pas si lointain, où Robert Kirkman écrivait pour Marvel et il réalisa avec Phil Hester douze numéros d'une série intitulée The Irredeemable Ant-Man. Elle mettait en scène Eric O'Grady, agent du SHIELD, qui allait voler une armure reproduisant les pouvoirs de Ant-Man, dont il se servirait pour ses propres intérêts.

Cette production a marqué les esprits pour son esprit irrévérencieux et son humour acide, au point qu'on revit O'Grady dans d'autres séries quand la sienne fut annulée. Ed Brubaker l'intégra même à son équipe de Secret Avengers. Et il fit partie des Thunderbolts durant le run de Jeff Parker.

Impossible donc de le zapper dans une mini-série ayant pour ambition de revisiter toutes les incarnations de l'Homme-Fourmi. Al Ewing situe précisèment son épisode durant les années d'activité de ce anti-héros, alors que Hank Pym était remplacé par un skrull et que l'event Secret Invasion (de Brian Michael Bendis et Leinil Yu) se préparait.

Ce qui fait le sel de cet épisode, c'est que le lecteur en sait plus que le personnage principal et que ce dernier est un parfait gredin, prêt à toutes les extrêmités pour arriver à ses fins - en l'occurrence comprendre le fonctionnement de son armure pour démarrer sa nouvelle "carrière". Et il est prêt pour cela à déterrer le cadavre de Scott Lang, qui l'a précédé comme Ant-Man deuxième du nom.

C'est donc sur un fil ténu que le scénariste se déplace, entre humour noir et insertion de son histoire dans celle d'un event. Ewing réussit parfaitement à restituer la personnalité de Eric O'Grady, le moins moral de tous les héros Marvel et le plus pathétique des Ant-Man. Il ne faut pas beaucoup de place non plus au scénariste pour glisser des références précises à l'invasion secrète des skrulls et le fait que Hank Pym a été remplacé par l'un d'eux.

Toutefois, c'est aussi la limite de l'épisode car si on n'apprécie pas O'Grady (comme c'est mon cas, considérant que ce personnage aurait mieux fait de rester hors continuité, comme un What if...?), c'est un peu pénible. Ewing a beau essayer d'être drôle,on constate que ça ne fait pas partie de son (grand) talent. Personnellement, je n'ai jamais trouvé O'Grady drôle, ni même franchement intéressant (passé l'exercice de style d'écrire un Ant-Man radicalement différent d'un héros standard - et bon, connaissant Kirkman, il ne faut pas s'attendre à quelque chose de bien fin).

En vérité, il faut attendre les deux dernières pages pour comprendre pourquoi Ewing ne s'est pas résolu à le zapper. Il y a un cliffhanger suffisamment efficace et mystérieux (concernant l'état du Ant-Man de 2549) pour que l'intérêt pour la suite de la mini-série ne retombe pas.

L'autre intérêt, c'est l'effort graphique fourni par Tom Reilly et Jordie Bellaire. Après avoir brillamment singé l'esthétisme vintage de 1962 dans le premier épisode, cette fois ils imitent de manière très réussie le style de Phil Hester, avec notamment un trait anguleux et des ombres marquées.

Reilly parvient à ce résultat sans que cela semble lui coûter et j'aime ce côté caméléon. Par ailleurs, on sent bien qu'il a disposé d'un script très détaillé pour devoir se plier à des découpages stricts comme un "gaufrier" de 16 cases (voir ci-dessus) où l'expressivité de la tête de O'Grady doit suffire à traduire les émotions qui le traversent.

Ant-Man reste accrocheur car imprévisible. Et c'est appréciable quand on sait qu'ensuite Marvel, avec le même scénariste, enchaînera avec une autre min (toujours en 4 n°) sur la Guêpe. Espérons que, le moment venu, l'éditeur (et Panini comics en France) aura l'intelligence de réunir les deux histoires dans un seul recueil (mais je rêve tout haut...).

THE MAGIC ORDER 3 #2, de Mark Millar et Gigi Cavenago


Eblouissant : c'est le qualificatif qui colle le mieux à ce deuxième épisode du Volume 3 de The Magic Order. Mark Millar revient sur le passé de Leonard Moonstone, de sa femme, de leur premier enfant, et confronte Sammy Liu à Cordelia. Ajoutez à cela des planches époustouflantes de Gigi Cavenago et vous verrez que je ne mens pas en étant si élogieux.


1982. Leonard Moonstone est invité à une orgie organisée par l'Ordre Magique. Il est abordé par Salomé, une puissante médium qui le choisit comme amant et père de ses enfants.


1984. L'Ordre Magique défait l'armée de Kolthur dont le bras-droit exige un sacrifice des magiciens en échange de la détention de leur roi sorcier. Salomé voit une de ses prédictions s'accomplir.


Aujourd'hui. Après être intervenu à Singapour contre des démons, Cordelia rappelle Sammy Liu à ses devoirs et l'interroge sur sa fortune, peut-être acquise grâce à ses dons magiques.


Toujours aujourd'hui. Salome se prépare pour tuer l'assassin de son père. Leonard l'interroge sur le prix qu'ils ont payé pour Kolthur en s'assurant que ce dernier ne comprendrait jamais ce qui lui est arrivé...

Vous voyez, c'est pour ce genre d'épisodes que j'aime toujours Mark Millar. OK, c'est une grande gueule, qui se vante d'attirer dans ses filets les meilleurs artistes avec l'argent de Netflix. Vous n'aimez peut-être pas Millar. Mais il reste quand même un scénariste capable de sortir des putains d'épisodes, en plus d'être un vrai amoureux des comics et un auteur à l'imagination toujours aussi fertile.

Parce qu'il faut quand même avoir un culot certain pour au deuxième épisode d'un nouveau Volume d'une série casser la narration et consacrer les trois quarts d'un numéro au passé d'un personnage qu'on n'avait plus vu depuis la fin du tome 1 de The Magic Order. Et arriver à surprendre avec ça.

J'avais déploré l'absence de Leonard Moonstone dans le Volume 2, alors que l'Ordre Magique était confronté à une menace terrible. Et je crois que Millar a compris qu'il avait oublié le patriarche Moonstone pour aller vers une résolution du conflit plus convenue, reproduisant le schéma du dénouement du Volume 1.

Alors, bien entendu, ça signifie que ce mois-ci, on voit moins Cordelia et les autres membres de l'Ordre, mais quand même, on est bien servi avec une séquence à Singapour de haute volée. Ayant remarqué la réapparition de créatures nécrophages censées être surveillées et repoussées le cas échéanrt par Sammy Liu, Cordelia mène un raid et confronte le magicien milliardaire introduit le mois dernier.

Millar, parce qu'il sait camper rapidement des personnages mémorables, n'a pas besoin de beaucoup de pages pour nous faire comprendre que Sammy Liu est mal vu par ses pairs et qu'en fait l'opération conduite à Singapour est l'occasion de soulever un lièvre. En l'occurrence : a-t-il bâti sa fortune en utilisant sa magie ? Il jure que non. Cordelia et Sacha savent qu'il ment. Et donc facile de deviner que ça va chier des bulles bientôt.

Mais, donc, l'essentiel de l'épisode est consacré au couple Leonard-Salomé. Fidèle à cette outrance qu'il apprécie, Millar situe leur rencontre en 1982 dans une orgie de l'Ordre. Salomé est décrite comme une femme très entreprenante et qui a un donc de voyance phénoménale. Elle a vu que Leonard serait son mari et le père de ses enfants. Mais aussi, surtout, que leur vie de famille serait émaillé de drames, de malédictions.

Effectivement, deux ans après, on assiste sur une double page (et ça suffit pour qu'on saisisse la tragédie en marche) à la réalisation d'une prédiction sinistre de Salomé. Les Moonstone sont une fratrie de quatre et non pas trois enfants, le premier enfant de Leonard et Slaomé s'appelait Perditus et a été échangé avec un roi sorcier, Kolthur, qui avait déclaré la guerre à la Terre et a perdu.

Que sont devenus Perditus et Kolthur ? On n'a droit qu'à une réponse et elle aboutit à un twist à la fin de l'épisode qui est proprement renversant pour ceux qui lisent la série depuis le début. Là aussi, ça promet un rebondissement à venir spectaculaire (peut-être pas forcément pour ce Volume d'ailleurs). Mais Millar a le don pour nous surprendre avec une révélation impossible à voir venir.

Cette intense jubilation à la lecture est appuyée par des dessins somptueux, et je pése mes mots, de Gigi Cavenago. Déjà avoir eu le plaisir de contempler les illustrations de Stuart Immonen après celles de Olivier Coipel était un cadeau. Mais l'italien impressionne et égale, voire surpasse parfois, ses prédécesseurs.

Qu'il représente une orgie sans sombrer dans la vulgarité, ou montre l'issue d'une guerre sur une double page prouve le talent hors norme de Cavenago. Mais que dire alors quand il met en scène le raide à Singapour, avec les couleurs flamboyantes de Valentina Napolitano ? Là, c'est la grande classe, et la manière dont sont représentées les manifestations magiques subjugue.

Cavenago enchaîne avec une discussions à bâtons rompus entre Cordelia et Sammy qui s'achève sur un gros plan expressif et électrique. Il y a une telle variété d'images, une telle palette, qu'on ne peut qu'être comblé. C'est un comic-book qui vous rappelle pourquoi on aime les comics.

En vérité, oubliez un moment vos préjugés ou vos reproches à l'encontre de Millar et savourez : il en a encore sous le capot et avec Cavenago, résister est inutile.

vendredi 2 septembre 2022

MOON KNIGHT : BLACK, WHITE & BLOOD #4, de Christopher Cantwell et Alex Lins, Nadia Shammas et Dante Bastianoni, Paul Azaceta


C'est pas très gentil de dire ça mais il était temps que ça se finisse (même avec une couverture fabuleuse de Rod Reis). En effet ce quatrième et dernier numéro de Moon Knight : Black, White & Blood n'est pas fameux. Et en définitive, cette collection de récits sur le Chevalier de la Lune aura déçu, après celle, un peu meilleure, sur Elektra (je n'ai pas lu celles sur Wolverine et Deadpool). Peut-être bien que Marvel (et DC) devraient arrêter avec ces expériences.


- Good Morning. (Ecrit par Christopher Cantwell, dessiné par Alex Lins.) - Je ne vais tenter de vous résumer ce segment, bien qu'il soit le meilleur des trois compilés dans ce numéro. Je ne saurai pas mettre les mots justes pour raconter ce qu'a voulu dire Christopher Cantwell.

Ce qui ne signifie pas que ce soit mauvais. C'est un récit onirique et violent, avec une ambiance intense. Cantwell est un scénariste intéressant, actuellement à l'oeuvre sur Iron Man (mais qui va bientôt achever son run), qui apporte une sensibilité indé à ses comics mainstream (The Blue Flame pouvant être considéré comme la synthèse). Et s'il fallait retenir quelque chose de ces anthologies Black, White & Blood, c'est qu'on y trouve des auteurs qu'il serait passionnant de voir animer tel personnage. C'est le cas de Cantwell avec Moon Knight.

Au dessin, c'est Alex Lins. Je me souviens l'avoir vu comme fill-in artist sur New Mutants lors du premier Hellfire Gala. Ici, il livre des planches tout à fait exceptionnelles, avec un découpage incroyable (jusqu'à vingt-cinq plans par page, en "gaufrier"). J'aime sa manière de croquer MK et son usage minimaliste du rouge mais aussi de trames grises.
 

- The Scent of Blood. (Ecrit par Nadia Shammas, dessiné par Dante Bastianoni.) - Là encore, je ne vais pas rédiger de résumé. Mais cette fois, je m'en dispense parce que c'est vraiment le pire truc que j'ai lu dans cette collection. Une énième histoire de culte, de possession, avec Marc Spector dans le rôle de la marionnette qui se rebiffe et fait couler le sang.

Que c'est mauvais ! Parfois, vraiment, on se demande qui valide les scénarios chez Marvel et qu'est-ce qui peut convaincre une editor qu'un tel script vaut la peine. Par-dessus le marché, Nadia Shammas n'est pas aidée par un dessinateur abominable, Dante Bastianoni, qui représente un Marc Spector/Moon Knight bodybuildé dans des décors aseptisés, et des compositions maladroites au possible.


- Born to Be. (Ecrit et dessiné par Paul Azaceta.) - Pour la troisième et dernière fois, pas de résumé. Paul Azaceta n'est guère inspiré et se contente surtout de se faire plaisir graphiquement. Il lui sera beaucoup pardonné pour les planches sublimes dont il nous gratifie. Moins pour son récit sans originalité aucune, avec un énième culte maléfique, d'énièmes références égyptiennes : le lot de clichés associés au personnage, mais qui ne sont plus acceptables que s'ils sont transcendés.

Azaceta est un très grand dessinateur, qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite, et qui actuellement officie sur des moitiés d'épisodes du Punisher de Jason Aaron (avec Jesus Saiz comme co-artiste). Adepte du "less is more" de Alex Toth, évoluant dans le registre du regretté John Paul Leon, avec des à-plats noirs fascinants et des contrastes saisissants, ses planches sont magnifiques et il est certain que si Marvel avait un Black Label, le rêve serait de le voir produire un récit complet ou une mini-série, qu'il écrirait et dessinerait.

Moon Knight lui va comme un gant, mais sans doute sa prestation aurait-elle été encore plus appréciable avec une histoire plus fournie, moins rabachée.

Panini va sûrement traduire ça prochainement et le vendre à un prix exorbitant. Je ne le conseillerai qu'aux mordus de MK et si vous avez évidemment de l'argent en trop.

KNIGHTS OF X #5, de Tini Howard et Bob Quinn


Et voilà, c'est la fin de Knights of X ! La série s'achève donc au bout de seulement cinq numéros, ce qui signifie donc qu'elle a été un échec commercial cinglant. Tini Howard a raté son coup et doit conclure à la hâte, comme elle peut. Bob Quinn emballe ça avec énergie, livrant quelques planches vraiment bluffantes.


Tandis que Merlin et son armée poursuivent Saturnyne, Roma et Shogo, Mr. M explique aux Chevaliers de X que Gambit n'est peut-être pas mort car dans l'Outremonde rien n'est si simple.


L'équipe pénètre dans un château dont l'intérieur évoque le passé de Gambit. Rachel utilise ses pouvoirs pour remonter sa piste tandis que, dehors, Mr. M ruvre un passage entre Mercator et Krakoa.


Les X-Men s'y glissent pour affronter et terrasser l'armée de Merlin. Malicia rejoint les Chevaliers pour apaiser Gambit qui s'est manifesté sous la forme de Mort, telle qu'Apocalypse l'avait jadis façonnée.


Il reste à Betsy à règler ses comptes avec Saturnyne, Roma et Merlin en les informant que désormais le Corps des Captain Britain n'obéira plus à aucun d'eux.

Après X-Corp, qu'elle avait déjà écrit (et qui voulait explorer les monde des affaires commerciales de Krakoa), Knights of X s'arrête lui aussi au bout de cinq épisodes et signe un nouvel échec pour la scénariste Tini Howard. Le revers est cinglant pour celle qui avait co-signé l'intrigue du crossover X of Swords (avec Jonathan Hickman) et sortait d'un run très réussi sur Excalibur (récemment salué par Chris Claremont, pourtant plutôt réservé sur "l'âge de Krakoa).

Howard doit donc conclure une intrigue qu'elle avait sans doute imaginée bien plus ambitieuse et longue. La tâche est compliquée mais elle s'en sort honorablement. On sent bien que l'épisode va trop vite, survole son sujet et établit un statu quo pour les mutants dans l'Outremonde. La dernière page promet même le retour de Captain Britain (Betsy Braddock), mais à cette heure, Marvel n'a rien communiqué à ce sujet (alors qu'en revanche on sait qu'un prochain event mutant, Sins Of Sinister, est prévu début 2023).

Il a fallu trancher : soit résoudre la quête du Siège Périlleux, soit résoudre le cas de Gambit. Howard tente de ne sacrifier aucune des deux questions et en un sens elle a bien fait de s'avancer dans le précédent numéro en expliquant que Mr. M/Absolon Mercator avait, sur ordre d'Apocalypse jadis, transformer le Siège Périlleux de manière radicale : cela permet à la scénariste d'évacuer rapidement ce point.

Reste donc Gambit. Difficile de le laisser mort : c'est un mutant populaire, marié à Malicia (elle-même très populaire, même si elle ne fait plus partie de la série X-Men). Mais en même temps, impossible de faire totalement l'impasse sur le problème de la mort dans 'l'Outremonde dont on sait qu'elle change profondément les mutants quand ils ressucitent ensuite sur Krakoa.

Howard fait preuve d'ingéniosité mais sans totalement convaincre. C'est là qu'on voit le plus nettement qu'elle avait sans doute prévu autre chose. Les règles dictées par Hickman au sujet de la résurrection des mutants obligent parfois à des contorsions, surtout quand une série est annulée et doit remédier à la situation de personnages décédés récemment. 

Gambit revient donc, avec une chance rare, intact, et sans doute est-ce trop facile, mais comme lui aussi n'apparaîtra pas dans une série régulière dans les prochains mois, éditorialement, c'est du temps gagné. Quand on le reverra, tout sera presque oublié de ce qui lui est arrivé dans Knights of X tout simplement parce que cette série n'aura pas laissé de souvenirs impérissables.

Bob Quinn dessine, lui, sans s'économiser. C'est très louable car il aurait très bien pu lever le pied sachant que cet épisode était le dernier. Mais il y a dans ses planches une belle énergie, et à la fin, il sort même le grand jeu avec une double page épique, avec un niveau de détail assez bluffant (voir ci-dessus). Je n'étais pas convaincu par ce dessinateur avant cette série, mais il a réussi à me faire changer d'avis par son professionnalisme et son dynamisme.

Ceci étant dit, comment analyser l'échec de Knights of X ? Et aura-t-il un impact sur la suite ? On nous promet donc à la fin de cet épisode que Captain Britain reviendra et si Marvel tient cette promesse, Tini Howard pourrait enchaîner avec un troisième titre sur des bases bien claires : Betsy Braddock ne sert plus ni Saturnyne, ni Roma, ni Merlin, le Captain Britain Corps est désormais indépendant et incarne une force de l'ordre autonome, à même de faire règner sa loi dans tout l'Outremonde sans distinction. 

Betsy est aussi désormais en couple avec Rachel Summers. Je ne reviendrai pas sur ce point, que j'ai abordé le mois dernier. Mais en tout cas, en unissant les deux mutantes, la scénarsite en a fait un tandem qui continue de travailler ensemble. Il serait donc naturel de les retrouver le moment venu dans une nouvelle série, et d'autres Chevaliers devraient rester à leurs côtés (Kylun, Rictor, Shatterstar - pour Meggan, c'est moins certain, idem pour Gambit et Bei Lune Rouge. Quant à Mordred, ce n'est plus son problème.). J'aimerai beaucoup que cette éventuelle future série envoie ses héros rechercher Apocalypse (puisque je ne crois plus au retour de ce derneir à la faveur de A.X.E. : Judgment Day).

Mais avant cela, il faut bien sûr savoir si l'échec de Knights of X laisse encore une chance à ses protagonistes et sa scénariste. Tini Howard écrit désormais Catwoman pour DC - et donc Marvel la conservera-t-elle dans son écurie ? Il me semble que la scénariste a fait une erreur en rebaptisant ce qui était une suite organique de son run sur Excalibur

Excalibur est un titre qui parle aux lecteurs, alors que Knights of X ne renvoie à rien (sinon aux nombres de membres de l'équipe de la série et au thème de la quête arthurienne). Surtout et enfin, le staff éditorial veut-il encore donner sa chance à un titre explorant la magie et les mutants, l'Outremonde et Krakoa (même si, désormais, il existe un Fort Krakoa dans l'Outremonde) ? Rien dans les prochains mois ne semble annoncer une ouverture dans cette direction.

Suivant la fin de Judgment Day, il se pourrait bien que l'univers mutant soit moins développé, même si les titres emblématiques de la marque ne risquent rien (que ce soit X-Men, X-Force, Marauders, New Mutants, Wolverine). Par contre, des nouvelles ongoing, j'en doute. Et la fin prématurée de Knights of X devrait marquer un coup d'arrêt à certaines expériences.