samedi 3 septembre 2022

THE MAGIC ORDER 3 #2, de Mark Millar et Gigi Cavenago


Eblouissant : c'est le qualificatif qui colle le mieux à ce deuxième épisode du Volume 3 de The Magic Order. Mark Millar revient sur le passé de Leonard Moonstone, de sa femme, de leur premier enfant, et confronte Sammy Liu à Cordelia. Ajoutez à cela des planches époustouflantes de Gigi Cavenago et vous verrez que je ne mens pas en étant si élogieux.


1982. Leonard Moonstone est invité à une orgie organisée par l'Ordre Magique. Il est abordé par Salomé, une puissante médium qui le choisit comme amant et père de ses enfants.


1984. L'Ordre Magique défait l'armée de Kolthur dont le bras-droit exige un sacrifice des magiciens en échange de la détention de leur roi sorcier. Salomé voit une de ses prédictions s'accomplir.


Aujourd'hui. Après être intervenu à Singapour contre des démons, Cordelia rappelle Sammy Liu à ses devoirs et l'interroge sur sa fortune, peut-être acquise grâce à ses dons magiques.


Toujours aujourd'hui. Salome se prépare pour tuer l'assassin de son père. Leonard l'interroge sur le prix qu'ils ont payé pour Kolthur en s'assurant que ce dernier ne comprendrait jamais ce qui lui est arrivé...

Vous voyez, c'est pour ce genre d'épisodes que j'aime toujours Mark Millar. OK, c'est une grande gueule, qui se vante d'attirer dans ses filets les meilleurs artistes avec l'argent de Netflix. Vous n'aimez peut-être pas Millar. Mais il reste quand même un scénariste capable de sortir des putains d'épisodes, en plus d'être un vrai amoureux des comics et un auteur à l'imagination toujours aussi fertile.

Parce qu'il faut quand même avoir un culot certain pour au deuxième épisode d'un nouveau Volume d'une série casser la narration et consacrer les trois quarts d'un numéro au passé d'un personnage qu'on n'avait plus vu depuis la fin du tome 1 de The Magic Order. Et arriver à surprendre avec ça.

J'avais déploré l'absence de Leonard Moonstone dans le Volume 2, alors que l'Ordre Magique était confronté à une menace terrible. Et je crois que Millar a compris qu'il avait oublié le patriarche Moonstone pour aller vers une résolution du conflit plus convenue, reproduisant le schéma du dénouement du Volume 1.

Alors, bien entendu, ça signifie que ce mois-ci, on voit moins Cordelia et les autres membres de l'Ordre, mais quand même, on est bien servi avec une séquence à Singapour de haute volée. Ayant remarqué la réapparition de créatures nécrophages censées être surveillées et repoussées le cas échéanrt par Sammy Liu, Cordelia mène un raid et confronte le magicien milliardaire introduit le mois dernier.

Millar, parce qu'il sait camper rapidement des personnages mémorables, n'a pas besoin de beaucoup de pages pour nous faire comprendre que Sammy Liu est mal vu par ses pairs et qu'en fait l'opération conduite à Singapour est l'occasion de soulever un lièvre. En l'occurrence : a-t-il bâti sa fortune en utilisant sa magie ? Il jure que non. Cordelia et Sacha savent qu'il ment. Et donc facile de deviner que ça va chier des bulles bientôt.

Mais, donc, l'essentiel de l'épisode est consacré au couple Leonard-Salomé. Fidèle à cette outrance qu'il apprécie, Millar situe leur rencontre en 1982 dans une orgie de l'Ordre. Salomé est décrite comme une femme très entreprenante et qui a un donc de voyance phénoménale. Elle a vu que Leonard serait son mari et le père de ses enfants. Mais aussi, surtout, que leur vie de famille serait émaillé de drames, de malédictions.

Effectivement, deux ans après, on assiste sur une double page (et ça suffit pour qu'on saisisse la tragédie en marche) à la réalisation d'une prédiction sinistre de Salomé. Les Moonstone sont une fratrie de quatre et non pas trois enfants, le premier enfant de Leonard et Slaomé s'appelait Perditus et a été échangé avec un roi sorcier, Kolthur, qui avait déclaré la guerre à la Terre et a perdu.

Que sont devenus Perditus et Kolthur ? On n'a droit qu'à une réponse et elle aboutit à un twist à la fin de l'épisode qui est proprement renversant pour ceux qui lisent la série depuis le début. Là aussi, ça promet un rebondissement à venir spectaculaire (peut-être pas forcément pour ce Volume d'ailleurs). Mais Millar a le don pour nous surprendre avec une révélation impossible à voir venir.

Cette intense jubilation à la lecture est appuyée par des dessins somptueux, et je pése mes mots, de Gigi Cavenago. Déjà avoir eu le plaisir de contempler les illustrations de Stuart Immonen après celles de Olivier Coipel était un cadeau. Mais l'italien impressionne et égale, voire surpasse parfois, ses prédécesseurs.

Qu'il représente une orgie sans sombrer dans la vulgarité, ou montre l'issue d'une guerre sur une double page prouve le talent hors norme de Cavenago. Mais que dire alors quand il met en scène le raide à Singapour, avec les couleurs flamboyantes de Valentina Napolitano ? Là, c'est la grande classe, et la manière dont sont représentées les manifestations magiques subjugue.

Cavenago enchaîne avec une discussions à bâtons rompus entre Cordelia et Sammy qui s'achève sur un gros plan expressif et électrique. Il y a une telle variété d'images, une telle palette, qu'on ne peut qu'être comblé. C'est un comic-book qui vous rappelle pourquoi on aime les comics.

En vérité, oubliez un moment vos préjugés ou vos reproches à l'encontre de Millar et savourez : il en a encore sous le capot et avec Cavenago, résister est inutile.

vendredi 2 septembre 2022

MOON KNIGHT : BLACK, WHITE & BLOOD #4, de Christopher Cantwell et Alex Lins, Nadia Shammas et Dante Bastianoni, Paul Azaceta


C'est pas très gentil de dire ça mais il était temps que ça se finisse (même avec une couverture fabuleuse de Rod Reis). En effet ce quatrième et dernier numéro de Moon Knight : Black, White & Blood n'est pas fameux. Et en définitive, cette collection de récits sur le Chevalier de la Lune aura déçu, après celle, un peu meilleure, sur Elektra (je n'ai pas lu celles sur Wolverine et Deadpool). Peut-être bien que Marvel (et DC) devraient arrêter avec ces expériences.


- Good Morning. (Ecrit par Christopher Cantwell, dessiné par Alex Lins.) - Je ne vais tenter de vous résumer ce segment, bien qu'il soit le meilleur des trois compilés dans ce numéro. Je ne saurai pas mettre les mots justes pour raconter ce qu'a voulu dire Christopher Cantwell.

Ce qui ne signifie pas que ce soit mauvais. C'est un récit onirique et violent, avec une ambiance intense. Cantwell est un scénariste intéressant, actuellement à l'oeuvre sur Iron Man (mais qui va bientôt achever son run), qui apporte une sensibilité indé à ses comics mainstream (The Blue Flame pouvant être considéré comme la synthèse). Et s'il fallait retenir quelque chose de ces anthologies Black, White & Blood, c'est qu'on y trouve des auteurs qu'il serait passionnant de voir animer tel personnage. C'est le cas de Cantwell avec Moon Knight.

Au dessin, c'est Alex Lins. Je me souviens l'avoir vu comme fill-in artist sur New Mutants lors du premier Hellfire Gala. Ici, il livre des planches tout à fait exceptionnelles, avec un découpage incroyable (jusqu'à vingt-cinq plans par page, en "gaufrier"). J'aime sa manière de croquer MK et son usage minimaliste du rouge mais aussi de trames grises.
 

- The Scent of Blood. (Ecrit par Nadia Shammas, dessiné par Dante Bastianoni.) - Là encore, je ne vais pas rédiger de résumé. Mais cette fois, je m'en dispense parce que c'est vraiment le pire truc que j'ai lu dans cette collection. Une énième histoire de culte, de possession, avec Marc Spector dans le rôle de la marionnette qui se rebiffe et fait couler le sang.

Que c'est mauvais ! Parfois, vraiment, on se demande qui valide les scénarios chez Marvel et qu'est-ce qui peut convaincre une editor qu'un tel script vaut la peine. Par-dessus le marché, Nadia Shammas n'est pas aidée par un dessinateur abominable, Dante Bastianoni, qui représente un Marc Spector/Moon Knight bodybuildé dans des décors aseptisés, et des compositions maladroites au possible.


- Born to Be. (Ecrit et dessiné par Paul Azaceta.) - Pour la troisième et dernière fois, pas de résumé. Paul Azaceta n'est guère inspiré et se contente surtout de se faire plaisir graphiquement. Il lui sera beaucoup pardonné pour les planches sublimes dont il nous gratifie. Moins pour son récit sans originalité aucune, avec un énième culte maléfique, d'énièmes références égyptiennes : le lot de clichés associés au personnage, mais qui ne sont plus acceptables que s'ils sont transcendés.

Azaceta est un très grand dessinateur, qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite, et qui actuellement officie sur des moitiés d'épisodes du Punisher de Jason Aaron (avec Jesus Saiz comme co-artiste). Adepte du "less is more" de Alex Toth, évoluant dans le registre du regretté John Paul Leon, avec des à-plats noirs fascinants et des contrastes saisissants, ses planches sont magnifiques et il est certain que si Marvel avait un Black Label, le rêve serait de le voir produire un récit complet ou une mini-série, qu'il écrirait et dessinerait.

Moon Knight lui va comme un gant, mais sans doute sa prestation aurait-elle été encore plus appréciable avec une histoire plus fournie, moins rabachée.

Panini va sûrement traduire ça prochainement et le vendre à un prix exorbitant. Je ne le conseillerai qu'aux mordus de MK et si vous avez évidemment de l'argent en trop.

KNIGHTS OF X #5, de Tini Howard et Bob Quinn


Et voilà, c'est la fin de Knights of X ! La série s'achève donc au bout de seulement cinq numéros, ce qui signifie donc qu'elle a été un échec commercial cinglant. Tini Howard a raté son coup et doit conclure à la hâte, comme elle peut. Bob Quinn emballe ça avec énergie, livrant quelques planches vraiment bluffantes.


Tandis que Merlin et son armée poursuivent Saturnyne, Roma et Shogo, Mr. M explique aux Chevaliers de X que Gambit n'est peut-être pas mort car dans l'Outremonde rien n'est si simple.


L'équipe pénètre dans un château dont l'intérieur évoque le passé de Gambit. Rachel utilise ses pouvoirs pour remonter sa piste tandis que, dehors, Mr. M ruvre un passage entre Mercator et Krakoa.


Les X-Men s'y glissent pour affronter et terrasser l'armée de Merlin. Malicia rejoint les Chevaliers pour apaiser Gambit qui s'est manifesté sous la forme de Mort, telle qu'Apocalypse l'avait jadis façonnée.


Il reste à Betsy à règler ses comptes avec Saturnyne, Roma et Merlin en les informant que désormais le Corps des Captain Britain n'obéira plus à aucun d'eux.

Après X-Corp, qu'elle avait déjà écrit (et qui voulait explorer les monde des affaires commerciales de Krakoa), Knights of X s'arrête lui aussi au bout de cinq épisodes et signe un nouvel échec pour la scénariste Tini Howard. Le revers est cinglant pour celle qui avait co-signé l'intrigue du crossover X of Swords (avec Jonathan Hickman) et sortait d'un run très réussi sur Excalibur (récemment salué par Chris Claremont, pourtant plutôt réservé sur "l'âge de Krakoa).

Howard doit donc conclure une intrigue qu'elle avait sans doute imaginée bien plus ambitieuse et longue. La tâche est compliquée mais elle s'en sort honorablement. On sent bien que l'épisode va trop vite, survole son sujet et établit un statu quo pour les mutants dans l'Outremonde. La dernière page promet même le retour de Captain Britain (Betsy Braddock), mais à cette heure, Marvel n'a rien communiqué à ce sujet (alors qu'en revanche on sait qu'un prochain event mutant, Sins Of Sinister, est prévu début 2023).

Il a fallu trancher : soit résoudre la quête du Siège Périlleux, soit résoudre le cas de Gambit. Howard tente de ne sacrifier aucune des deux questions et en un sens elle a bien fait de s'avancer dans le précédent numéro en expliquant que Mr. M/Absolon Mercator avait, sur ordre d'Apocalypse jadis, transformer le Siège Périlleux de manière radicale : cela permet à la scénariste d'évacuer rapidement ce point.

Reste donc Gambit. Difficile de le laisser mort : c'est un mutant populaire, marié à Malicia (elle-même très populaire, même si elle ne fait plus partie de la série X-Men). Mais en même temps, impossible de faire totalement l'impasse sur le problème de la mort dans 'l'Outremonde dont on sait qu'elle change profondément les mutants quand ils ressucitent ensuite sur Krakoa.

Howard fait preuve d'ingéniosité mais sans totalement convaincre. C'est là qu'on voit le plus nettement qu'elle avait sans doute prévu autre chose. Les règles dictées par Hickman au sujet de la résurrection des mutants obligent parfois à des contorsions, surtout quand une série est annulée et doit remédier à la situation de personnages décédés récemment. 

Gambit revient donc, avec une chance rare, intact, et sans doute est-ce trop facile, mais comme lui aussi n'apparaîtra pas dans une série régulière dans les prochains mois, éditorialement, c'est du temps gagné. Quand on le reverra, tout sera presque oublié de ce qui lui est arrivé dans Knights of X tout simplement parce que cette série n'aura pas laissé de souvenirs impérissables.

Bob Quinn dessine, lui, sans s'économiser. C'est très louable car il aurait très bien pu lever le pied sachant que cet épisode était le dernier. Mais il y a dans ses planches une belle énergie, et à la fin, il sort même le grand jeu avec une double page épique, avec un niveau de détail assez bluffant (voir ci-dessus). Je n'étais pas convaincu par ce dessinateur avant cette série, mais il a réussi à me faire changer d'avis par son professionnalisme et son dynamisme.

Ceci étant dit, comment analyser l'échec de Knights of X ? Et aura-t-il un impact sur la suite ? On nous promet donc à la fin de cet épisode que Captain Britain reviendra et si Marvel tient cette promesse, Tini Howard pourrait enchaîner avec un troisième titre sur des bases bien claires : Betsy Braddock ne sert plus ni Saturnyne, ni Roma, ni Merlin, le Captain Britain Corps est désormais indépendant et incarne une force de l'ordre autonome, à même de faire règner sa loi dans tout l'Outremonde sans distinction. 

Betsy est aussi désormais en couple avec Rachel Summers. Je ne reviendrai pas sur ce point, que j'ai abordé le mois dernier. Mais en tout cas, en unissant les deux mutantes, la scénarsite en a fait un tandem qui continue de travailler ensemble. Il serait donc naturel de les retrouver le moment venu dans une nouvelle série, et d'autres Chevaliers devraient rester à leurs côtés (Kylun, Rictor, Shatterstar - pour Meggan, c'est moins certain, idem pour Gambit et Bei Lune Rouge. Quant à Mordred, ce n'est plus son problème.). J'aimerai beaucoup que cette éventuelle future série envoie ses héros rechercher Apocalypse (puisque je ne crois plus au retour de ce derneir à la faveur de A.X.E. : Judgment Day).

Mais avant cela, il faut bien sûr savoir si l'échec de Knights of X laisse encore une chance à ses protagonistes et sa scénariste. Tini Howard écrit désormais Catwoman pour DC - et donc Marvel la conservera-t-elle dans son écurie ? Il me semble que la scénariste a fait une erreur en rebaptisant ce qui était une suite organique de son run sur Excalibur

Excalibur est un titre qui parle aux lecteurs, alors que Knights of X ne renvoie à rien (sinon aux nombres de membres de l'équipe de la série et au thème de la quête arthurienne). Surtout et enfin, le staff éditorial veut-il encore donner sa chance à un titre explorant la magie et les mutants, l'Outremonde et Krakoa (même si, désormais, il existe un Fort Krakoa dans l'Outremonde) ? Rien dans les prochains mois ne semble annoncer une ouverture dans cette direction.

Suivant la fin de Judgment Day, il se pourrait bien que l'univers mutant soit moins développé, même si les titres emblématiques de la marque ne risquent rien (que ce soit X-Men, X-Force, Marauders, New Mutants, Wolverine). Par contre, des nouvelles ongoing, j'en doute. Et la fin prématurée de Knights of X devrait marquer un coup d'arrêt à certaines expériences.

jeudi 1 septembre 2022

THE BLUE FLAME #9, de Christopher Cantwell et Adam Gorham


La dernière fois que j'ai écrit sur The Blue Flame remonte à Juin dernier et le n°8 était sorti en Mai. La série a donc pris du retard et ne s'achèvera qu'en Novembre prochain. Néanmoins, je reste sur ma position en affirmant qu'il s'agit d'une des meilleures productions indés que j'ai lue. 


Sam Brausam assiste au mariage de sa soeur Dee et de Mateo, en présence de Reed Gordon. Mais celle-ci a parlé aux époux de l'histoire de procès cosmique que lui avait confiée Sam et il est mécontent.


Sur Exilos, the Blue Flame doit, avant la fin imminente du procès, trouver un argument de poids, après avoir failli trouver une entité divine pour l'aider. Il consulte Yarix, son adversaire, procureur.


Sam se rend chez Reed et lui explique se rappeler du nom du tueur qui a assassiné ses amis de la Night Brigade et 22 autres civils. Mais Reed ne comprend pas ce qu'il cherche en déterrant cela.


Sur Exilos, the Blue Flame appelle Obie Wallace Bowman, le tueur, à témoigner. Ce dernier explique avoir été poussé au crime par Crimson Visage de la Night Brigade...

Après huit épisodes (sur dix) sortis sans retard, The Blue Flame a disparu des bacs depuis Mai dernier. J'avais écrit la critique de ce huitième numéro en Juin et depuis j'attendais le retour de cette mini-série que j'adore. Finalement, la semaine dernière, sans prévenir, le n°9 était dispo.

Vault Comics est un drôle d'éditeur qui ne fait pas d'effort pour promouvoir cette série. Pourtant, avec Christopher Cantwell (actuel scénariste de Iron Man chez Marvel), ils tiennent un auteur renommé, mais zéro pointé question communication.

Moi-même, en ayant écrit sur cette série, je n'ai pas fait un carton : mes articles ont été très peu lus. Je le regrette, mais c'est ainsi. Il ne s'agit pas seulement, pour moi en tout cas, de rédiger des critiques sur ce blog mais, de temps en temps, d'essayer d'attirer l'attention sur un titre qui sort de l'ordinaire, même si je sais que mon audience n'égale pas celle d'autres blogs ou même de vidéos sur YouTube. Toutefois, je reste attaché à cette "mission" de passeur.

J'ignore donc pourquoi The Blue Flame a fini par voir sa publication devenir si irrégulière. Mais, en lisant cet épisode, une chose m'a frappé : son dessin. Adam Gorham est égal à lui-même, excellent, rien à redire là-dessus. Pourtant, son trait a étonnamment changé depuis le précédent épisode, plus fin, presque plus fragile aussi. Il y a une impression curieuse en le lisant.

Du coup, au risque d'extrapoler sans fondement, j'ai l'impression que le retard pris provient de l'artiste. Je ne lui reproche pas, car, encore une fois, il produit des planches superbes, il n'y a aucune baisse de régime. Cantwell a, de son côté, continué à livrer ses scénars chez Marvel sans problème et il a même un nouveau titre bientôt dispo chez Boom ! Studios (Briar, avec le dessinateur German Garcia), donc ça a l'air d'aller de son côté.

Or, il se trouve que cet épisode vient après un n°8 où on avait laissé Blue Flame atteindre la Barrière, une sorte de frontière cosmique au-delà de laquelle il espérait trouver une entité cosmique à même de faire basculer les juges d'Exilos de son côté dans le procès où il défendait la Terre. Et c'est comme si la série elle-même atteignait aussi une sorte de limite, notamment visuelle. En en revenant, avec un trait différent, on ne peut qu'être troublé par la correspondance entre le parcours du héros et de l'artiste.

L'autre point étonnant, c'est ce que raconte ce neuvième chapitre où Sam Brausam est confronté à deux éléments dérangeants. Après avoir assisté au mariage de sa soeur, il apprend que celle-ci a entendu Reed Gordon, la journaliste qui lui a servi de témoin pour les noces, parler de cette histoire de procès cosmique par Sam. Dee Brausam s'inquiète de l'état mental de son frère et elle n'est pas la seule (le patron de Sam le vire parce qu'il a été arrêté après avoir tabassé un militaire et il ne veut pas de cette mauvaise pub). Sam est vexé.

Dans le même temps, sur Exilos, Blue Flame consulte les archives et identifie le jeune homme qui a tué les membres de la Night Brigade et 22 autres innocents. Il veut le faire témoigner (chose possible grâce à la technologie alien). Sur Terre, Sam aussi met un nom sur le tueur et en parle à Reed qui ne comprend pas pourquoi il reste hanté par ce psychopathe, estimant surtout que rien ni personne n'aurait pu l'empêcher de commetre son crime.

Cantwell et Gorham concluent l'épisode par un séquence extraordinaire dans le tribunal d'Exilos avec l'interrogatoire de Obie Wallace Bowman et les questions que soulève son geste pour le procès, le fait de savoir si l'humanité entière est digne d'être sauvé malgré des individus comme lui, ses motivations. Ce qui nous est révélé alors (Crimson Visage de la Night Brigade aurait poussé le garçon à devenir un vilain et in fine à massacrer tout ce monde) est perturbant et aboutit à un grand moment mais aussi à un twist qui va rendre l'attente de la parution du dixième et dernier épisode bien longue.

Revenons un instant sur le dessin. Gorham, quoi qui lui soit arrivé (et j'espère bien entendu que je suis fait des idées, que son trait se soit affiné sans cause dramatique), produit un travail remarquable. Ce changement graphique donne à l'épisode une sorte de finesse poignante au moment même où le récit creuse le fonds de l'intrigue et met les personnages face à leur destin. C'est vraiment très surprenant. 

Le soin apporté encore une fois aux couleurs par Kurt Russell donne à The Blue Flame un esthétisme singulier, très classe. C'est délicat et profond à la fois. Tout me fait dire que si ce titre était sorti chez Image, son audience aurait été tout autre.

Si d'aventure, en tout cas, vous êtes curieux (et patient), attendez le recueil en tpb de cette mini-série (même si, avec les retards, je pense que ce ne sera pas avant 2023) : The Blue Flame mérite votre considération.

X-MEN #14, de Gerry Duggan et C.F. Villa - A.X.E. : JUDGMENT DAY TIE-IN


Deuxième épisode d'affilée à être lié à l'event Judgment Day, X-Men 14 s'en détache pourtant assez nettement puisqu'il faut attendre les ultimes pages pour avoir une scène en rapport avec la saga de Kieron Gillen. Gerry Duggan s'attache surtout à deux mutants qu'il aime visiblement beaucoup, aidé par le dessinateur C.F. Villa, mais le résultat est très contrasté.


Des extraterrerstes pensant toujours que la Terre est mise à prix par Cordyceps Jones tentent de la détruire en provoquant une éruption solaire. Prévenue par Cyclope, Jean Grey organise la riposte.


Iceberg créé en orbite un bouclier de glace pour intercepter les jaillessement solaires en s'alignant sur les trajectoires prévues par Forge. L'impact est amorti mais tout n'est pas réglé.


Firestar doit ensuite faire fondre les blocs de glace qui menacent de s'effondrer sur des zones habitées. Revenu sur la terre ferme, Iceberg en profite pour passer un message grâce à une journaliste.


Cyclope se rend au Pôle Nord pour défier le Progéniteur et lui dire qu'il n'accepte d'être jugé que par une personne : Jean Grey. Troublé, le Céleste déclare Scott Summers digne de vivre.

A lui seul; cet épisode pourrait facilement résumer tout ce qu'on aime chez Gerry Duggan en pointant aussi ses maladresses, notamment dans la manière d'écrire les X-Men. Mais avant d'en arriver là, un mot sur le lien de X-Men #14 avec A.X.E. : Judgment Day.

Pour être tout à fait honnête, en dehors du fait qu'on voit les X-Men défendre Krakoa contre les Hex (et ce bien que l'Ancêtre leur ait ordonné de se retirer de l'île dans Judgment Day #3), et des trois dernières pages, on a le sentiment très net que Gerry Duggan a fait le mnimum syndical pour rappeler que sa série est impactée par la saga actuelle.

En effet, que lit-on ? Une histoire auto-contenue sur des pirates de l'espace qui croit toujours que la destruction de la Terre est l'objet de paris sur Gameworld et qui, pour empocher le jackpot, provoque une éruption solaire supposée détruire notre planète. Sans qu'on sache comment, Cyclope et Magik sont au courant et déboulent dans le vaisseau de ces gredins pour les neutraliser, mais pas assez vite car ils ont déjà largué une bombe dans l'étoile.

Jean Grey est avertie par Cyclope de la situation et organise une parade à cette catastrophe. C'est alors l'occasion pour Duggan de mettre sur le devant de la scène un de ses mutants favoris, nouvellement intégré aux X-Men, Iceberg. Enfin... "Nouvellement", c'est une façon de parler puisque Bobby Drake a été un des cinq membres originaux de la formation. Mais disons que depuis le dernier Hellfire Gala, il fait à nouveau partie de l'équipe vedette.

Malgré son ancienneté et sa puissance (c'est un mutant oméga), Iceberg n'a que rarement été exploité à sa juste mesure. Il a fallu que Brian Michael Bendis en fasse un mutant gay pour qu'à nouveau il soit au centre des discussions. Un choix discutable (et discuté) depuis All-New X-Men puisque, à la même époque, dans Wolverine & the X-Men (de Jason Aaron), Bobby embrassait goûlument Kitty Pryde et était courtisé par la Shi'ar Warbird sans compter qu'il sympathisait sans ambiguïté avec Firestar.

Perso, ça ne me gêne absolument pas que Iceberg soit gay, mais encore faut-il que ça soit logiquement expliqué - ce qui n'est pas le cas chez Bendis qui semble avoir décidé cela dans son coin et pour des raisons d'inclusivité. Toutefois est-il que les auteurs depuis, sans doute sur ordre de l'éditeur, ont confirmé ce choix et cela aboutit parfois à des moments particulièrement lourdingues.

C'est le cas ici. Si Duggan met en scène de manière vraiment formidable Iceberg dans toute sa puissance avec des scènes spectaculaires, quand il s'agit de faire passer un message sur l'homosexualité du personnage et le fait qu'être mutant et gay, c'est une sorte de double peine, à l'arrivée, c'est grotesque. On a droit à une data page reproduisant la déclaration que Bobby Drake fait à une journaliste dans laquelle il dit les difficultés qu'il a eu à assumer sa "mutanité" et son homosexulaité, mais qu'il est maintenant en paix avec ça et veut devenir un exemple aussi bien pour les mutants que pour que les homos.

Avait-on vraiment besoin de ça ? Encore une fois, que Iceberg soit gay m'indiffère (même si je trouverai toujours ça artificiellement imposé au personnage). Mais cette insistance à l'écrire comme le mutant gay qui se pose en défenseur LGBTQ+ et qui dresse un parallèle entre être mutant et être homo, je trouve ça d'une lourdeur, d'une maladresse effarantes. C'est aussi peu subtil que lorsque les acteurs de cinéma ou de télé faisaient la folle pour camper un gay. Tous les homos ne se baladent pas avec un drapeau arc-en-ciel sur les épaules, ils s'en fichent, ils veulent juste ne pas être insultés, réprimés, respectés. Il me semble que c'est là une façon de s'exprimer très américaine en soulignant le genre, l'orientation sexuelle, la race : tu n'es plus noir, tu est afro-américain, tu n'es pas homo, tu es LGBTQ+, tu n'es pas gros, tu as une surcharge pondérable. Comme disait Desproges (ou Coluche ?), tu n'es pas con, tu es non-comprenant.   

C'est dommage parce qu'à la fin de l'épisode, Duggan fait tout le contraire et réussit une scène simple, intense, puissante, et là tout à fait connectée à Judgment Day avec Cyclope et le Progéniteur. Un vrai truc qui claque, qui est parfaitement juste, désarmant, d'une adresse formidable. Une de ces scènes qui rendent Cyke vraiment cool. Sans avoir besoin d'écrire ça en caractères gras.

Visuellement, C.F. Villa achève son intérim sur la série en beauté. Naturellement doué pour l'action, le dessinateur s'éclate avec un épisode qui, comme le précédent, multiplie les scènes décapantes, avec un rythme soutenu.

Villa n'est pas l'artiste du siècle, et on peut comprendre que Marvel préfère miser sur un de leurs "stormbreakers", Joshua Cassara, pour illustrer X-Men. Pourtant, Villa ne démérite pas, il a eu deux épisodes et il a envoyé du bois, on sent qu'il a pris du plaisir et la lecture a été jubilatoire. Il mérite vraiment sa chance sur un titre sur lequel il resterait plus longtemps (mais, qui sait, il reviendra peut-être vite car Cassara ne me paraît pas capable d'enchaîner beaucoup d'épisodes).

Voilà pour ce tie-in bancal, parfois ballot, parfois brillant, dessiné avec panache. Le prochain numéro renouera avec les aventures des X-Men hors Judgement Day et le retour des Enfants de la Voûte...