jeudi 1 septembre 2022

THE BLUE FLAME #9, de Christopher Cantwell et Adam Gorham


La dernière fois que j'ai écrit sur The Blue Flame remonte à Juin dernier et le n°8 était sorti en Mai. La série a donc pris du retard et ne s'achèvera qu'en Novembre prochain. Néanmoins, je reste sur ma position en affirmant qu'il s'agit d'une des meilleures productions indés que j'ai lue. 


Sam Brausam assiste au mariage de sa soeur Dee et de Mateo, en présence de Reed Gordon. Mais celle-ci a parlé aux époux de l'histoire de procès cosmique que lui avait confiée Sam et il est mécontent.


Sur Exilos, the Blue Flame doit, avant la fin imminente du procès, trouver un argument de poids, après avoir failli trouver une entité divine pour l'aider. Il consulte Yarix, son adversaire, procureur.


Sam se rend chez Reed et lui explique se rappeler du nom du tueur qui a assassiné ses amis de la Night Brigade et 22 autres civils. Mais Reed ne comprend pas ce qu'il cherche en déterrant cela.


Sur Exilos, the Blue Flame appelle Obie Wallace Bowman, le tueur, à témoigner. Ce dernier explique avoir été poussé au crime par Crimson Visage de la Night Brigade...

Après huit épisodes (sur dix) sortis sans retard, The Blue Flame a disparu des bacs depuis Mai dernier. J'avais écrit la critique de ce huitième numéro en Juin et depuis j'attendais le retour de cette mini-série que j'adore. Finalement, la semaine dernière, sans prévenir, le n°9 était dispo.

Vault Comics est un drôle d'éditeur qui ne fait pas d'effort pour promouvoir cette série. Pourtant, avec Christopher Cantwell (actuel scénariste de Iron Man chez Marvel), ils tiennent un auteur renommé, mais zéro pointé question communication.

Moi-même, en ayant écrit sur cette série, je n'ai pas fait un carton : mes articles ont été très peu lus. Je le regrette, mais c'est ainsi. Il ne s'agit pas seulement, pour moi en tout cas, de rédiger des critiques sur ce blog mais, de temps en temps, d'essayer d'attirer l'attention sur un titre qui sort de l'ordinaire, même si je sais que mon audience n'égale pas celle d'autres blogs ou même de vidéos sur YouTube. Toutefois, je reste attaché à cette "mission" de passeur.

J'ignore donc pourquoi The Blue Flame a fini par voir sa publication devenir si irrégulière. Mais, en lisant cet épisode, une chose m'a frappé : son dessin. Adam Gorham est égal à lui-même, excellent, rien à redire là-dessus. Pourtant, son trait a étonnamment changé depuis le précédent épisode, plus fin, presque plus fragile aussi. Il y a une impression curieuse en le lisant.

Du coup, au risque d'extrapoler sans fondement, j'ai l'impression que le retard pris provient de l'artiste. Je ne lui reproche pas, car, encore une fois, il produit des planches superbes, il n'y a aucune baisse de régime. Cantwell a, de son côté, continué à livrer ses scénars chez Marvel sans problème et il a même un nouveau titre bientôt dispo chez Boom ! Studios (Briar, avec le dessinateur German Garcia), donc ça a l'air d'aller de son côté.

Or, il se trouve que cet épisode vient après un n°8 où on avait laissé Blue Flame atteindre la Barrière, une sorte de frontière cosmique au-delà de laquelle il espérait trouver une entité cosmique à même de faire basculer les juges d'Exilos de son côté dans le procès où il défendait la Terre. Et c'est comme si la série elle-même atteignait aussi une sorte de limite, notamment visuelle. En en revenant, avec un trait différent, on ne peut qu'être troublé par la correspondance entre le parcours du héros et de l'artiste.

L'autre point étonnant, c'est ce que raconte ce neuvième chapitre où Sam Brausam est confronté à deux éléments dérangeants. Après avoir assisté au mariage de sa soeur, il apprend que celle-ci a entendu Reed Gordon, la journaliste qui lui a servi de témoin pour les noces, parler de cette histoire de procès cosmique par Sam. Dee Brausam s'inquiète de l'état mental de son frère et elle n'est pas la seule (le patron de Sam le vire parce qu'il a été arrêté après avoir tabassé un militaire et il ne veut pas de cette mauvaise pub). Sam est vexé.

Dans le même temps, sur Exilos, Blue Flame consulte les archives et identifie le jeune homme qui a tué les membres de la Night Brigade et 22 autres innocents. Il veut le faire témoigner (chose possible grâce à la technologie alien). Sur Terre, Sam aussi met un nom sur le tueur et en parle à Reed qui ne comprend pas pourquoi il reste hanté par ce psychopathe, estimant surtout que rien ni personne n'aurait pu l'empêcher de commetre son crime.

Cantwell et Gorham concluent l'épisode par un séquence extraordinaire dans le tribunal d'Exilos avec l'interrogatoire de Obie Wallace Bowman et les questions que soulève son geste pour le procès, le fait de savoir si l'humanité entière est digne d'être sauvé malgré des individus comme lui, ses motivations. Ce qui nous est révélé alors (Crimson Visage de la Night Brigade aurait poussé le garçon à devenir un vilain et in fine à massacrer tout ce monde) est perturbant et aboutit à un grand moment mais aussi à un twist qui va rendre l'attente de la parution du dixième et dernier épisode bien longue.

Revenons un instant sur le dessin. Gorham, quoi qui lui soit arrivé (et j'espère bien entendu que je suis fait des idées, que son trait se soit affiné sans cause dramatique), produit un travail remarquable. Ce changement graphique donne à l'épisode une sorte de finesse poignante au moment même où le récit creuse le fonds de l'intrigue et met les personnages face à leur destin. C'est vraiment très surprenant. 

Le soin apporté encore une fois aux couleurs par Kurt Russell donne à The Blue Flame un esthétisme singulier, très classe. C'est délicat et profond à la fois. Tout me fait dire que si ce titre était sorti chez Image, son audience aurait été tout autre.

Si d'aventure, en tout cas, vous êtes curieux (et patient), attendez le recueil en tpb de cette mini-série (même si, avec les retards, je pense que ce ne sera pas avant 2023) : The Blue Flame mérite votre considération.

X-MEN #14, de Gerry Duggan et C.F. Villa - A.X.E. : JUDGMENT DAY TIE-IN


Deuxième épisode d'affilée à être lié à l'event Judgment Day, X-Men 14 s'en détache pourtant assez nettement puisqu'il faut attendre les ultimes pages pour avoir une scène en rapport avec la saga de Kieron Gillen. Gerry Duggan s'attache surtout à deux mutants qu'il aime visiblement beaucoup, aidé par le dessinateur C.F. Villa, mais le résultat est très contrasté.


Des extraterrerstes pensant toujours que la Terre est mise à prix par Cordyceps Jones tentent de la détruire en provoquant une éruption solaire. Prévenue par Cyclope, Jean Grey organise la riposte.


Iceberg créé en orbite un bouclier de glace pour intercepter les jaillessement solaires en s'alignant sur les trajectoires prévues par Forge. L'impact est amorti mais tout n'est pas réglé.


Firestar doit ensuite faire fondre les blocs de glace qui menacent de s'effondrer sur des zones habitées. Revenu sur la terre ferme, Iceberg en profite pour passer un message grâce à une journaliste.


Cyclope se rend au Pôle Nord pour défier le Progéniteur et lui dire qu'il n'accepte d'être jugé que par une personne : Jean Grey. Troublé, le Céleste déclare Scott Summers digne de vivre.

A lui seul; cet épisode pourrait facilement résumer tout ce qu'on aime chez Gerry Duggan en pointant aussi ses maladresses, notamment dans la manière d'écrire les X-Men. Mais avant d'en arriver là, un mot sur le lien de X-Men #14 avec A.X.E. : Judgment Day.

Pour être tout à fait honnête, en dehors du fait qu'on voit les X-Men défendre Krakoa contre les Hex (et ce bien que l'Ancêtre leur ait ordonné de se retirer de l'île dans Judgment Day #3), et des trois dernières pages, on a le sentiment très net que Gerry Duggan a fait le mnimum syndical pour rappeler que sa série est impactée par la saga actuelle.

En effet, que lit-on ? Une histoire auto-contenue sur des pirates de l'espace qui croit toujours que la destruction de la Terre est l'objet de paris sur Gameworld et qui, pour empocher le jackpot, provoque une éruption solaire supposée détruire notre planète. Sans qu'on sache comment, Cyclope et Magik sont au courant et déboulent dans le vaisseau de ces gredins pour les neutraliser, mais pas assez vite car ils ont déjà largué une bombe dans l'étoile.

Jean Grey est avertie par Cyclope de la situation et organise une parade à cette catastrophe. C'est alors l'occasion pour Duggan de mettre sur le devant de la scène un de ses mutants favoris, nouvellement intégré aux X-Men, Iceberg. Enfin... "Nouvellement", c'est une façon de parler puisque Bobby Drake a été un des cinq membres originaux de la formation. Mais disons que depuis le dernier Hellfire Gala, il fait à nouveau partie de l'équipe vedette.

Malgré son ancienneté et sa puissance (c'est un mutant oméga), Iceberg n'a que rarement été exploité à sa juste mesure. Il a fallu que Brian Michael Bendis en fasse un mutant gay pour qu'à nouveau il soit au centre des discussions. Un choix discutable (et discuté) depuis All-New X-Men puisque, à la même époque, dans Wolverine & the X-Men (de Jason Aaron), Bobby embrassait goûlument Kitty Pryde et était courtisé par la Shi'ar Warbird sans compter qu'il sympathisait sans ambiguïté avec Firestar.

Perso, ça ne me gêne absolument pas que Iceberg soit gay, mais encore faut-il que ça soit logiquement expliqué - ce qui n'est pas le cas chez Bendis qui semble avoir décidé cela dans son coin et pour des raisons d'inclusivité. Toutefois est-il que les auteurs depuis, sans doute sur ordre de l'éditeur, ont confirmé ce choix et cela aboutit parfois à des moments particulièrement lourdingues.

C'est le cas ici. Si Duggan met en scène de manière vraiment formidable Iceberg dans toute sa puissance avec des scènes spectaculaires, quand il s'agit de faire passer un message sur l'homosexualité du personnage et le fait qu'être mutant et gay, c'est une sorte de double peine, à l'arrivée, c'est grotesque. On a droit à une data page reproduisant la déclaration que Bobby Drake fait à une journaliste dans laquelle il dit les difficultés qu'il a eu à assumer sa "mutanité" et son homosexulaité, mais qu'il est maintenant en paix avec ça et veut devenir un exemple aussi bien pour les mutants que pour que les homos.

Avait-on vraiment besoin de ça ? Encore une fois, que Iceberg soit gay m'indiffère (même si je trouverai toujours ça artificiellement imposé au personnage). Mais cette insistance à l'écrire comme le mutant gay qui se pose en défenseur LGBTQ+ et qui dresse un parallèle entre être mutant et être homo, je trouve ça d'une lourdeur, d'une maladresse effarantes. C'est aussi peu subtil que lorsque les acteurs de cinéma ou de télé faisaient la folle pour camper un gay. Tous les homos ne se baladent pas avec un drapeau arc-en-ciel sur les épaules, ils s'en fichent, ils veulent juste ne pas être insultés, réprimés, respectés. Il me semble que c'est là une façon de s'exprimer très américaine en soulignant le genre, l'orientation sexuelle, la race : tu n'es plus noir, tu est afro-américain, tu n'es pas homo, tu es LGBTQ+, tu n'es pas gros, tu as une surcharge pondérable. Comme disait Desproges (ou Coluche ?), tu n'es pas con, tu es non-comprenant.   

C'est dommage parce qu'à la fin de l'épisode, Duggan fait tout le contraire et réussit une scène simple, intense, puissante, et là tout à fait connectée à Judgment Day avec Cyclope et le Progéniteur. Un vrai truc qui claque, qui est parfaitement juste, désarmant, d'une adresse formidable. Une de ces scènes qui rendent Cyke vraiment cool. Sans avoir besoin d'écrire ça en caractères gras.

Visuellement, C.F. Villa achève son intérim sur la série en beauté. Naturellement doué pour l'action, le dessinateur s'éclate avec un épisode qui, comme le précédent, multiplie les scènes décapantes, avec un rythme soutenu.

Villa n'est pas l'artiste du siècle, et on peut comprendre que Marvel préfère miser sur un de leurs "stormbreakers", Joshua Cassara, pour illustrer X-Men. Pourtant, Villa ne démérite pas, il a eu deux épisodes et il a envoyé du bois, on sent qu'il a pris du plaisir et la lecture a été jubilatoire. Il mérite vraiment sa chance sur un titre sur lequel il resterait plus longtemps (mais, qui sait, il reviendra peut-être vite car Cassara ne me paraît pas capable d'enchaîner beaucoup d'épisodes).

Voilà pour ce tie-in bancal, parfois ballot, parfois brillant, dessiné avec panache. Le prochain numéro renouera avec les aventures des X-Men hors Judgement Day et le retour des Enfants de la Voûte...

dimanche 28 août 2022

LA FEMME QUI HABITAIT EN FACE DE LA FILLE A LA FENÊTRE (Netflix) (Critique avec spoilers !)


Vous avez trois heures et quelques devant vous et vous ne savez pas à quoi les occuper tout en voulant rigoler ? Laissez-moi vous conseiller les huit épisodes de La Femme qui habitait en face de la fille à la fenêtre, disponible depuis fin Janvier sur Netflix. Cette parodie des romans de gare est savoureuse et réussit à être captivante malgré son absurdité. En prime : Kristen Bell, actrice de comédie géniale.


Divorcée, Anna noie son chagrin d'avoir perdu sa fille dans des circonstances tragiques dans l'alcool et les médicaments ainsi que dans l'observation de ses voisins. Un matin, elle voit emménager dans la maison en face de la sienne Neil et sa petite fille Emma à qui elle achète le lendemain des gâteaux pour son école. POur faire connaissance avec Neil, elle lui apporte un plat de gratin mais surprise par une averse alors qu'elle traverse la rue, elle s'évanouit à cause de son ombrophobie. Elle se réveille dans son sofa au matin sans se souvenir comment elle est rentrée, mais après avoir fait un rêve érotique avec son voisin.


Hélas ! une mauvaise surprise attend Anna car Neil retrouve sa fiancée, Lisa, hôtesse de l'air. Elle se remet à boire et à absorber des calmants, contre l'avis de son psy, se rappelant qu'elle avait confié leur fille à son mari, agent du FBI. Il l'avait emmenée dans une prison de haute sécurité et l'avait laissée seule dans la salle d'interrogatoire avec un tueur en série cannibale qui l'avait dévorée. Sloane, la meilleure amie d'Anna, lui commande une peinture pour la prochaine exposition qu'elle organise, mais c'est un échec : contrariée par la présence de Lisa, elle saccage la toile. Anna consulte le compte Instagram de Lisa et découvre qu'elle suit celui d'un nommé Rex. Mais c'est alors qu'elle aperçoit la jeune femme égorgée dans le salon de Neil. Elle se précipite mais une averse l'empêche de franchir la rue.


L'inspectrice Lane, appelée par Anna, lui annonce qu'aucun meurtre n'a été commis chez Neil. Peu convaincue, elle se glisse chez lui apr effraction et trouve une boucle d'oreille près de la baie vitrée du salon avant d'être surprise et de rentrer chez elle, Neil lui ayant expliqué que Lisa est partie en voyage à Seattle. Anna cherche sur Internet le nom de la compagnie aérienne de Lisa mais ne trouve rien, puis pour en savoir plus s'adresse au FBI en se faisant passer pour l'assistante de son mari.
 

C'est ainsi qu'Anna découvre que la première femme de Neil est morte noyée. Suspecté, il est relâché rapidement. Mais peu après, c'est une enseignante d'Emma qui trouve la mort après avoir chuté du haut d'un phare lors d'une sortie scolaire. Anna se rend sur place et rencontre une photographe qui accepte de lui montrer un cliché qu'elle avait fait de la classe d'Emma ce jour-là : Neil accompagnait les enfants et l'enseignante. De retour chez elle, Anna voit Neil charger un gros sac dans le coffre de sa voiture. Elle le suit jusqu'à un cabaret où il se produit comme ventriloque, sa marionnette étant dans le sac. Lorsque Anna est de retour à son domicile, Rex l'attend à l'intérieur.


Rex explique à Anna que Lisa s'appelle en vérité Chastity et qu'il l'a connu dans un club où il était strip-teaseur. Ensemble, ils ont monté une arnaque pour plumer de riches veufs jusqu'à ce que Chastity cible Neil. Mais Rex était réticent à s'en prendre à lui à cause de Emma. Depuis quelques jours, il est sans nouvelles de sa complice. Troublée, Anna passe la nuit à faire l'amour à Rex. Dans la forêt voisine, la police, avertie, trouve le corps démembré de Chastity.


Au matin la police vient arrêter Rex chez Anna. Choquée d'avoir passé la nuit avec un tueur, Anna arrête la boissson et les médocs. Elle revoit Sloane et s'engage à peindre à nouveau. Elle soigne Buell, son homme à tout faire, qui s'est blessé à une main en lui installant une nouvelle boîte aux lettres. Lane lui rend visite et lui annonce avoir libéré Rex qui a un alibi. En revanche, on a trouvé un couteau à peindre à côté du corps de Chastity. Anna est embarquée.


Au poste, Anna clâme son innocence même si elle reconnaît qu'avec lles pilules et le vin qu'elle avalait, elle ne se souvient pas de certaines choses qu'elle aurait pu faire. Sa jalousie envers Lisa et son ressentiment envers Neil sont aussi de solides mobiles. Sloane paie la caution pour la sortir de cellule. Anna rappelle son psy, paniquée, lorsqu'elle entend des bruits provenant de son grenier. Elle y monte et découvre une toile lacérée représentant Lisa puis une couchette avec des effets appartenant à Buell. Celui-ci traverse la rue, un marteau dans une main, pour visiter Neil.


Surmontant son ombrophobie, Anna se précipite chez Neil et trouve Buell gravement blessé puis Neil poignanrdé. Emma la surprend en la menaçant avec un couteau de cuisine, avouant avoir tué successivement sa mère (qui voulait un autre enfant), son enseignante (qui avait une liaison avec Neil), Lisa (qui ne l'aimait pas) et son père (dont sa passion pour la ventriloquie l'exaspérait). Anna affronte Emma et la tue en état de légitime défense. Doug, le mari et le psy d'Anna, arrive sur les lieux avec la police. Un an après, Doug et Anna revivent ensemble et ont un nouvel enfant. Anna part à New York pour son expo à la galerie de Sloane mais, dans l'avion, elle constate la disparition suspecte de la passagère assise à côté d'elle et la signale au steward qui lui assure que personne n'était à cette place...

Cette fin laisse la porte ouverte à une saison 2 mais pour l'instant, rien n'a été communiqué par Netflix - et donc on peut douter que La Femme qui habitait en face de la fille à la fenêtre aura une suite. Dommage car c'est une comédie policière parodique épatante, aussi absurdement drôle qu'efficace.

Créée par Rachel Amras, Hugh Davidson et Larry Dorf, on reconnaît dans ce titre à rallonge des références à des romans de gare à succès adaptés ces dernières années pour le grand écran (comme La Fille du train d'après Paula Hawkins) ou le petit (La Femme à la fenêtre, déjà sur Netflix).

Bien que cette littérature ne soit pas sans qualités, elle s'appuie sur des clichés récurrents, avec un personnage féminin dépressif, qui noie son mal de vivre dans l'alcool et les anti-dépresseurs, jusqu'à ce qu'elle voit/croit voir un drame dans son entourage. Cela la sort de sa torpeur, plus ou moins franchement, et la pousse à enquêter, quitte à se mettre en danger et/ou à être confondue avec le véritable coupable.

Toutes ces grosses ficelles, La Femme qui habitait... les reprend à son compte et les détourne pour en rire. Mais les auteurs le font subtilement. On n'est pas ici dans un exercice outrancier façon Z.A.Z. (ou les Nuls), on mise sur l'absurde, le décalage, le pas de côté. Et on n'oublie pas d'entraîner le spectateur dans une intrigue qui sait être accrocheuse.

Car on pourrait presque regarder La Femme qui habitait... au premier degré et s'en contenter. Jusqu'au bout, on se perd dans des fausses pistes, des soupçons, des suspects successifs, c'est tortueux à souhait, et quand l'état mental de l'héroïne est interrogé, on se demande si en effet ce n'est pas elle qui a commis des atrocités dans un état second causé par les médicaments et l'alcool.

La réalisation est à cet égard remarquablement soignée : les lumières établissent des ambiances fortes, le décor de ce quartier pavillonnaire évoque Blue Velvet de David Lynch avec les secrets sordides dissimulées derrière de belles façades. 

Mais, bien entendu, il y a des éléments qui dissipent tout malentendu sur le véritable projet de la série. Par exemple, la consommation ahurissante de vin rouge d'Anna se traduti aussi bien dans les verres remplis à ras-bord qu'elle se sert que par ce saladier débordant de bouchons de liège qui trône sur la table de sa cuisine. Ensuite, il y a les circonstances, rappelées dans un flash-back hilarant, de la mort de sa fille, laissée négligemment dans la salle d'interrogatoire d'un tueur en série cannibale. Et ainsi de suite.

C'est par petites touches vraiment tordantes que la comédie s'installe et mine toute l'entreprise. Parfois ce mélange entre une intrigue qui pourrait être sérieuse au premier degré et cet humour parodique aboutit à des chutes de rythme frappantes, comme si les scénaristes avaient hésité à souligner telle ou telle intention, à emprunter telle ou telle direction. Mais il suffit d'une scène pour que tout bascule, comme la filature de Neil par Anna au terme de laquelle elle découvre que le gros sac suspect dans lequel elle imaginait trouver le cadavre de Lisa renfermait la manrionnette de ventriloque de Neil. Ou encore quand elle soigne la main de Buell qui est transpercé par un énorme clou et que l'homme à tout faire ne souffre pas du tout.

Le cas de Buell est un parfait exemple de la façon dont les auteurs du show nous mène en bâteau pendant toute la série. On le voit installer pendant sept épisodes une banale boîte aux lettres puis Anna se souvient que c'est lui qui l'a ramenée chez elle après qu'elle se soit évanouie sous la pluie. Lorsqu'elle découvre qu'il couche dans son grenier et qu'elle le voit traverser la rue d'un pas menaçant, un marteau dans une main, en direction de chez Neil, elle (comme nous) est persuadée qu'il est le tueur. Mais l'identité du meurtrier en série surprendra spectaculairement.

Le dernier épisode est complètement déjanté et très culotté en faisant d'une gamine de neuf ans la coupable d'assassinats violents aux motivations ahurissantes. C'est très politiquement incorrect mais jubilatoire. Et l'épilogue de la série, avec une guest-star de luxe (Glenn Close), est un clin d'oeil malicieux à Une Femme disparaît de Hitchcock (peut-être le film matriciel de tout ce sous-genre).

Le casting ne réunit pas de vedettes, à dessein, pour égarer le spectateur et faire de tous un suspect. Néanmoins, deux acteurs sortent du lot : Shelley Hennig est extraordinaire en arnaqueuse et Benjamin Levy Aguilar irrésisitible en complice benêt. Toutefois, le show tourne autour de sa comédienne principale avec des yeux énémourés : Kristen Bell est, comme toujours, fabuleuse. Révélée par la série culte Veronica Mars, elle a été la tête d'affiche de The Good Place sur Netflix pendant quatre ans, et cette fois encore sa vis comica est imparable. Son point fort : elle ne joue jamais en cherchant à faire rire, ce qui donne du relief justement à tous les moments complètement barrés de l'histoire. C'est incompréhensible qu'un tel talent n'ait jamais trouvé un cinéaste capable de lui donner un succès au cinéma car c'est un actrice géniale.

Pour les fans de Kristen, des parodies bien faîtes, ceux qui veulent se marrer pendant quelques heures en "binge-watchant" une série... La Femme qui habitait en face de la fille à la fenêtre est fait pour vous.

samedi 27 août 2022

CLICKBAIT (Netflix) (Critique avec spoilers !)


Mise en ligne il y a un an pile sur Netflix, Clickbait est une série complète en huit épisodes, créée par Tony Ayres et Christian White. Le pitch est remarquablement simple, addictif et glaçant, de quoi vous faire réfléchir à deux fois avant de vous inscrire sur site de rencontres et vous méfier des réseaux sociaux en général.


- (La soeur.) Le lendemain d'un repas de famille où elle s'est disputée avec son frère Nick, Pia Brewer découvre une vidéo dans laquelle il apparaît, blessé au visage, tenant des pancartes sur lesquelles il reconnaît avoir maltraité des femmes, en avoir tué une et qu'à cinq millions de vues il sera exécuté pour cela. Sphie, la femme de Nick, et Pia préviennent la police qui croit à un canular de mauvais goût. La vidéo devient virale. Pia découvre un message vocal de Nick qu'il lui a laissée dans la nuit après leur dispute où il s'excuse. Mais elle décide de dissimuler cette info à la police, craignant que cela n'accable Nick.
  

- (Le policier.) La vidéo ayant atteint le cap des cinq millions de vues, la police prend enfin l'affaire au sérieux. L'inspecteur Roshan Amiri mène l'enquête tandis qu'une application, Geonicking, encourage des détectives amateurs à rechercher Nick. Exploitant les infos du téléphone de Nick, Amiri découvre qu'il s'est rendu dans un bar et, sur place, le policier consulte la vidéo-surveillance, qui a filmé une bagarre entre Nick et un homme. Celui-ci figure sur les photos postées par Sophie sur ses réseaux sociaux : il s'appelle Curtis Hamilton et c'est un de ses collègues.


- (L'épouse.) Le cadavre de Nick est trouvé. Sophie annonce la nouvelle à leurs fils, Ethan et Kai. Puis les confiant à Pia, elle en profite pour se rendre en secret chez Curtis Hamilton, mais la police débarque et les embarque tous les deux. Hamilton est relâché car il a un alibi. Sophie avoue à Pia avoir eu une liaison avec Curtis et l'avoir avoué à Nick. Se sentant suivie, Sophie remarque une femme et l'interpèle : elle s'appelle Emma Beesley et prétend être la maîtresse de Nick, qu'elle a rencontré sur un site de rencontres en ligne. Un journaliste, Ben Park, l'aborde pour l'interviewer.


- (La maîtresse.) Emma est interrogée par la police mais elle a aussi un alibi. Elle s'apprête à repartir chez elle mais une voiture la percute. Hospitalisée, elle reçoit la visite de Pia, qui est infirmière dans le service où elle est admise, et devant Pia, elle admet n'avoir jamais rencontré Nick, seulement avoir parlé avec lui au téléphone ou avoir correspondu sur la messagerie du site de rencontres.  Amiri informe la soeur de Nick que celui-ci avait plusieurs profils sur plusieurs sites de rencontres en ligne, donc potentiellement plusieurs liaisons.


- (Le journaliste.) Avant de quitter définitivement Oakland, Emma est interviewée par Ben Park, qui souhaite creuser la piste des autres maîtresses de Nick. Avec son fiancé Cameron, il épluche les profils de Nick et découvre qu'il était en contact avec Jenny Burton, retrouvée suicidée chez elle apr son frère, Simon. Ils partent pour Sacramento le rencontrer mais Ben, en son absence, s'introduit chez lui par effractio, et dérobe le téléphone de Jenny. Ses méthodes déplaisent à Cameron qui reprochent à Ben de ne pas tenir compte des conséquences sur les vies des proches des victimes..


- (Le frère.) Modérateur sur Internet, Simon Burton est visité par Amiri à qui il confie que sa soeur Jenny était dépressive et qu'après sa rupture avec un homme contacté via un site de rencontres, elle a mis fin à ses jours. Amiri veut interroger Simon au poste mais celui-ci tente de s'échapper. Arr^été, il avoue tout : comment il a tout fait pour identifier l'amant virtuel de Jenny, enlevé Nick, l'a filmé et mis en ligne la vidéo qui l'accusait de maltraitance et de meurtre. Mais lorsque Nick lui a révélé que son père s'était suicidé, il a renoncé à le tuer, estimant qu'il n'aurait pas pu pousser Jenny à en finir. Témoin de son audition, Pia le croit mais pas Amiri.


- (Le fils.) Comme sa tante, Ethan doute de la culpabilité de Simon et, avec une amie qu'il s'est faite sur Internet, mène ses propres recherches. Il découvre que les photos postés sur les sites de rencontres par son père étaient trafiquées. Pia, elle, cherche qui pouvait avoir accès aux clichés originaux pour les détourner et Tara, la secrétaire de Nick au lycée où il travaillait comme préparateur physique de l'équipe de volley féminine, l'aide à accéder à l'ordinateur de Matt Aldin, le collègue de Nick. Lorsque Matt apprend que Pia le suspecte, il jure n'avoir rien fait. Ethan se renseigne alors sur Tara, la secrétaire, mais Kai, son petit frère, décide de faire justice lui-même.
 

- (La réponse.) Muni d'une batte de base-ball, Kai se rend chez Tara mais en la voyant, il n'y croit pas. Après qu'elle lui a offert un verre, elle et son mari, Ed, reconduisent Kai chez sa mère. Sophie alerte justement Pia de la disparition de Kai et Ethan découvre où il a dû aller. Ed et Tara emmènent Kai dans un mobil'home à l'extérieur de la ville pour le séquestrer et le tuer. La police s'y rend mais Kai a pris la fuite. Tara est arrêtée tandis que Ted rattrape Kai et le prend en otage. Cerné, il préfère se faire abattre que de risquer la prison. Tara avoue ensuite s'être servi des photos de Nick pour s'amuser, car elle était négligée par Ted, avant que celui-ci ne découvre son jeu. Nick, après avoir été laissé libre par Simon, ayant compris que seule Tara avait pu accéder à ses images privées, s'était rendu chez elle et Ted l'avait tué. Les funérailles de Nick peuvent enfin avoir lieu, son honneur est lavé.

Gros succès lors de sa mise en ligne il y a un an, Clickbait faisait partie des fictions que j'avais prévues de visionner un jour. Il m'aura fallu tout ce temps pour m'y mettre. Mais j'ai compris pourquoi cette série en huit épisodes avait si bien fonctionné.

L'accroche est rapide et très efficace : un homme est accusé de maltraitances et de meurtre sur des femmes et fimé en train d'avouer. La vidéo devient virale et toute la vie de ses proches est bouleversé tandis que la sienne ne tient plus qu'à un sinistre comptage : si cinq millions de curieux consultent cet enregistrement, il sera exécuté apr son ravisseur.

Deux points suffisent à expliquer pourquoi Clickbait est une machine si bien huilée, si addictive et si dérangeante. D'abord, la série dépasse le simple voyeurisme malsain (sans l'éluder) : on sait que Nick va être tué, mais on veut savoir si ce qu'on lui reproche est vrai. Ensuite, la narration est inventive puisque chaque épisode voit l'enquête progresser mais à chaque fois d'un point de vue différent.

Ainsi, la soeur de Nick, le policier chargé de l'affaire, l'épouse de Nick, sa maîtresse, un journaliste qui couvre ce fait divers, le frère d'une victime présumée de Nick, un de ses fils se passent le relais pour couvrir de la manière la plus exhaustive possible les recoins de cette intrigue. Tous les personnages bénéficient d'une caractérisation formidable, avec des attitudes ambiguës, des secrets troublants, des motivations solides. Ce qui n'empêche pas des surprises, des fausses pistes, des mensonges et un révélation finale étonnante (même si je l'ai trouvée un peu décevante, mais j'y reviendrai).

Pia est la soeur, affolée mais résolue à sauver son frère puis à le réhabiliter en confondant son assassin. Sophie est l'épouse infidèle, équivoque par sa réserve, mais en vérité complètement dépassée. Roshan est un flic méprisé par ses collègues qui lui reprochent autant son ambition que ses origines musulmanes. Emma Beesley est une femme esseulée qui a rêvé du prince charmant sans l'avoir jamais rencontrée au final. Simon Burton est un frère dévasté et qui veut se venger avant de comprendre son erreur. Ethan Brewer est un fils doutant de son père mais qui refuse qu'il soit traîné dans la boue et ne se résigne pas. Seul le personnage de Ben Park, le journaliste arriviste, m'a paru trop cliché.

L'affaire ne s'étale que sur quelques jours, chaque épisode est donc très dense, les informations affluent, il faut être attentif. Si on consent à cet effort, alors l'épilogue peut décevoir car Tara n'est peut-être pas une coupable assez satisfisante (même si sa culpabilité est indéniable). Personnellement, je trouve que Matt Aldin, pris dans une affaire de revenge porn parallèle à l'intrigue et sans rapport avec la mort de Nick, aurait mieux convenu. Toutefois, c'est un sentiment, pas un reproche : tout est bien expliqué, logique, terrible. Simplement, les motivations de Tara (rien de plus que du "bovarysme" en fait) semblent bien dérisoires pour aboutir à une telle machination.

La série est également excellemment filmée, très sobrement, mais nerveusement. On ne s'ennuie pas une seconde et quand on découvre qui est le coupable, après l'interrogatoire de Simon qui paraissait tout désigné, on a droit à un crescendo final, un climax haletant.

Le dernier point fort s'appuie sur le casting. Pas de vedette dans Clickbait mais une troupe d'acteurs impeccables, bien choisis, crédibles. Adrian Grenier incarne Nick en lui donnant tour à tour le visage du martyr et du sale type. Betty Gabriel est impériale en épouse trompée et infidèle qui a du mal à extérioriser ses émotions. Phoenix Raei est parfait en flic buté et prudent. Daniel Henshall est poignant en frère meurtri. Enfin, Zoe Kazan dans le rôle de Pia imprime dès le premier chapitre une énergie déesepérée à la série et on la suit, solidaire, dans cette descente aux enfers, où le doute vous ronge à chaque rebondissement.

Clickbait méritait son succès. Et son habileté narrative plus son casting irréprochable expliquent sa réussite. Pas la peine de résister : suivre ces huit épisodes est implacable.

FABLES #154, de Bill Willingham et Mark Buckiingham


Fables #154 est la quatrième partie de l'histoire The Black Forest. Le cap du premier tiers de cette saga est franchi ici. Bill Willingham semble pourtant se moquer de ce décompte et poursuit, à un rythme de sénateur, son intrigue, toujours centrée sur la famille Wolf et la nouvelle Jack in the Green. Mark Buckingham nous gratifie de planches une nouvelle fois superbes. On passe un bon moment, même si on aimerait que la suite s'anime davantage.


Dans la forêt noire, l'écuyer Polly a rassemblé les animaux pour les convaincre de l'aider à chasser Bigby Wolf et sa famille. Mais l'apparition inattendu d'un visiteur sème la panique.


Connor Wolf rencontre un chevalier errant qui souhaite avoir un épéiste à ses côtés. Blossom trouve des coffres scellés qu'une voix veut lui faire ouvrir. Winter plonge dans un royaume inconnu.


De son côté, Ambrose, toujours captif de Mr. Kyrkogrim, reprend ses esprits et repart après avoir dominé sa peur. Il promet qu'il reviendra voir son hôte.


Gwen, accompagné de M. Ours, décide de s'engager dans une quête sans savoir où cela va la mener pour mériter son titre de Jack in the Green.

Les épisodes se suivent et se ressemblent. On a l'impression, ne nous le cachons pas, que la saga de la Forêt Noire fait un peu du surplace depuis que Bill Willingham nous a ramnés dans le monde des Fables et nous a introduits aux protagonistes de sa saga.

Partir pour une intrigue de douze épisodes, c'est faire une long voyage, sur une année (si la série ne prend pas de retard en cours de route), et on attend, légitimement je crois, à ne pas s'ennuyer. Pourtant, est-ce vraiment possible ? Peut-on écrire un récit aussi long sans creux, sans passage à vide, sans baisse de régime ?

Ce qui est certain, c'est que le pari initial - nous faire revenir dans cet univers si spécial après dix ans d'absence - est gagné. J'ai pour part du plaisir à renouer avec les héros de la série, à déambuler dans ces décors, à découvrir de nouvelles situations, à voir se dessiner de nouvelles aventures.

Non, le souci est ailleurs : c'est une question de rythme. C'est un peu trop tranquille, un peu... Mou. On arrive au quatrième sur les douze que comptera cet arc narratif, ce qui signifie qu'on franchit un tiers du projet, et pour l'instant, les connections entre les différents pistes narratives sont loin d'être claires. On navigue à vue, on prend son mal en patience.

Si on fait, comme moi, confiance à Willingham, alors il suffit d'attendre, même si c'est frustrant. Par contre, si on trépigne un peu plus, je peux admettre que cest compliqué. Le scénarist semble semer des bouts d'intrigues un peu aux quatre vents sans donner au lecteur de direction d'ensemble, sans doute parce qu'il veut s'économiser, en garder sous le pied et peut-être aussi pour nous tester. Il est vrai que si rien ne semble avoir beaucoup changé, ce n'est pas non plus la même chose qu'il y a dix ans : à part Bigby, Blanche Neige, leurs enfants, un peu Cendrillon, tout le reste a disparu. De nouveaux protagonistes apparaissent, aux desseins troubles comme Gwen, Peter Pan et les créatures croisées dans cet épisode.

L'essentiel de l'épisode est en effet une succession de saynètes avec les "Cubs" qui parcourent la forêt noire et y font des rencontres ou des découvertes. Connor croise un chevalier errant qui l'embarque dans son voyage parce qu'il a besoin d'un épéiste à ses côtés (pourquoi ?). Blossom découvre des coffres cadenassés et enchaînés et une voix la conjure des les ouvrir, malgré sa réticence (évidemment elle va le faire et évidemment ça n'augure rien de bon). Quant à Winter, elle atterrit dans un royaume inconnu dont on ne revient normalement pas.

Willingham conclut cependant l'aventure d'Ambrose pris au piège dans une maison. La façon dont la situation se retourne en dit long sur la malice d'Ambrose, qui est moins benêt qu'on ne l'imagine, plus puissant aussi. Et tout indique que ce segment n'est pas terminé.

Enfin, Gwen avec M; Ours part pour New York sans le savoir. J'ai d'abord cru qu'elle allait croiser les "Cubs" mais maintenant il me semble bien que sa quête pourrait la mener à Cendrillon ou Peter Pan. Ce ne sont que des hypothèses personnelles, et il est donc très possible qu'elles soient incorrectes, que Willingham me réserve des surprrises. Mais quoi qu'il en soit, pour ce personnage comme les autres, j'attends du mouvement.

Heureusement, cette baisse de règme narrative est en quelque sorte compensé par les dessins de Mark Buckingham. L'artiste affiche une complicité telle avec son scénariste que ce dernier lui donne ce qu'il préfère dessiner. Et ça commence fort avec une double page somptueuse avec les animaux de la forêt réunis par l'écuyer Polly. Buckingham est tujours excellent pour représenter les animaux qu'il anime comme de véritables acteurs et la scène est à la fois tendue et électrique avec une chute (au sens littéral) amusante.

Le reste ne déçoit pas non plus. L'environnement de la forêt offre à l'artiste l'occasion de composer des images détaillées qui accrochent le regard et permettent d'admirer son investissement graphique. Les enfants sont campés avec réalisme, la seule à échapper à une forme de normalité étant Winter (la plus puissante de la meute) avec son costume stylisé.

Les couleurs de Lee Loughridge (qui les assure depuis le tout début de la série !) établisssent des ambiances soignées, correspondant à chacun, en particulier Gwen dont l'habit vert lui sert presque de camouflage dans la nature sauvage de la forêt mais devient folklorique quand elle se téléporte aux abords de la ville.

Un épisode en demi-teinte donc. Je ne suis pas découragé car j'adore Fables et son retour me ravit. Tout ce que j'espère, c'est que l'intrigue se bouge un peu plus et qu'on y voit plus clair dans ce qui lie tous ces personnages.

La variant cover de Mark Buckingham.