vendredi 26 août 2022

MINOR THREATS #1, de Patton Oswalt, Jordan Blum et Scott Hepburn


Voilà une mini-série qui m'a été conseillé. Je n'en attendais rien, et j'ai été conquis. Minor Threats est publiée par Dark Horse Comics et comptera quatre numéros. On la doit au comédien Patton Oswalt et à l'auteur Jordan Blum, avec le dessinateur Scott Hepburn. Ces "menaces mineures" sont des super-vilains de troisième zone engagés dans une mission à haut risque - mais ce n'est pas un remake de Suicide Squad.


Frankie alias Playtime a débuté sa carrière de super-vilaine aux côtés de sa mère, Toy Queen. Après plusieurs séjours derrière les barreaux et le départ de sa fiancée, elle décide de se ranger.


Elle décroche une place de barmaid dans un tripot fréquenté par des super-vilains lorsque, une nuit, l'un d'eux déboule avec son complice, gravement blessé par le super-héros the Insomniac.


Twilight City est en ébullition et la super-équipe de héros, le Continuuum, traque l'assassin du Kid Dusk, le sidekick d'Insomniac, tué par the Stickman.


Frankie a alors une idée et la partage avec quelques gredins : à eux les premiers de débusquer the Stickman et de le tuer avant que le Continuum ne mette leur quartier sans dessus-dessous.

Pour tout vous dire, je n'avais pas coché sur ma liste d'achats Minor Threats. J'avais déjà assez de lectures pour cette semaine (et en général), mais un ami, fan de comics indés, m'a prêté ce premier épisode en me le recommandant avec enthousiasme.

Et je me suis régalé avec ce premeir épisode de presque quarante pages, le premier d'une série de quatre. L'idée vient du comédien Patton Oswalt, connu entre autres pour avoir prêté sa voix à Rémy, le héros de Ratatouille (en vo) ou plus récemment à Pip le Troll (dans la scène post-générique de fin des Eternels). Fan de comics, Oswalt a beaucoup d'amis dans le milieu et il est devenu celui du scénariste Jordan Blum, qui a écrit la série animée Marvel's M.O.D.O.K., dans laquelle Oswalt donnait de la voix.

Ensemble, ils ont pitché cette histoire à Dark Horse Comics et se sont adjoints les services du dessinateur Scott Hepburn (qui a officié sur la série Drax chez Marvel en autres). Ou comment une bande de super-vilains de troisième zone vont s'unir pour sauver leur peau et leur quartier après qu'un justicier ait perdu son sidekick, assassiné par un criminel de haut niveau.

Le drame secoue Twilight City et ses bas-fonds où l'équipe à laquelle appartient the Insomniac se met à traquer d'éventuels coupables pour éviter que leur collègue ne tue the Stickman, le meurtrier. Les références sont donc sibyllines : le Continuum renvoie à une formation comparable aux Avengers ou la Justice League, the Insomniac et son partenaire Kid Dusk à Batman et Robin, the Stickman au Joker. Et le groupe que rassemble Frankie/Playtime serait l'équivalent de vilains de fond de placard chez un grand éditeur.

Mine de rien, Minor Threats, sous ses airs de comédie supér-héroïque, vise juste : on comprend que le Continuum veut trouver the Stickman avant the Insomniac moins pour éviter qu'il s'en débarrasse que pour protéger leur image de marque (c'est bien connu, les héros ne tuent pas). De son côté, le groupe agrégé par Playtime ne peut supporter que the Stickman ruine tous leurs projets, quels qu'ils soient (cela va de la volonté de Frankie de reprendre une vie normale après plusieurs séjours en prison à l'envie de certains de ne plus vivre dans l'ombre du Stickman ou de cesser d'être souffre-douleurs de super-héros).

D'une certaine manière, la mission que s'assignent Frankie et ses acolytes a une forme de noblesse puisqu'elle consiste à faire le bien en éliminant un authentique criminel, qui a franchi la ligne jaune. Et un parallèle passionnant se révèle avec the Insomniac qui a commencé à se venger en brutalisant à mort un pauvre bandit costumé n'ayant rien à voir avec la mort de Kid Dusk. C'est comme si Batman dépassait les bornes pour se venger du Joker. Est-ce que la Justice League couvrirait Batman ? Ou tenterait de l'arrêter comme le Joker ?

Le scénario de Patton Oswalt et Jordan Blum a quelque chose de rocambolesque, parodique et en même temps singulièrement profond, trouble. Les éloges sur la couverture de Taika Waititi incite à penser qu'il s'agit d'un divertissement coloré, délirant et léger. Mais quand on s'y plonge, c'est beaucoup plus équivoque et captivant. A voir comment cette intrigue va être développée.

Avoir fait appel à Scott Hepburn, qui a quelquefois joué les remplaçants-assistants de Chris Bachalo (notamment sur une série Spider-Man/Deadpool), est une excellente inspiration. Hepburn n'a pas un style photo-réaliste ni réaliste, ses personnages ont une anatomie exagérée et une expressivité outrancière, telles qu'on peut aussi en trouver chez des artistes comme James Harren, Sanford Greene ou Humberto Ramos.

Avec les couleurs vives de Ian Herring, l'univers de Minor Threats est solidement campé. Les décors traduisent la déchéance des bas quartiers bâtis sur le corps d'un kaiju tué par le Continuum et laissé sur place, au mépris des habitants les plus pauvres. Les costumes des super-vilains sont criards et grotesques, non pour les ridiculiser mais pour souligner leur peu de moyens financiers (pas de quoi se payer de super costards quand on est régulièrement envoyé en taule ou qu'on ne récolte que de maigres butins).

Mais ces losers ont quelque chose de sympathiques crapules, plus cools que les super-héros règnant sur Twilihgt City tels des dieux jugeant d'un regard sombre la plèbe de la cité. Ils se réunissent dans un troquet minable mais où on les accueille sans leur faire d'ennuis et ils se charrient volontiers sur leur carrière (Frankie est ainsi raillée parce qu'elle a été arrêtée par la police et non par un super-héros).

Scott Hepburn leur croque des trognes savoureuses, qui les rend attachants. Ainsi quand Frankie va voir sa mère, désormais âgée, celle-ci n'est pas une ancienne vilaine fatiguée mais une femme mûre qui rêve encore d'un gros coup et de récupérer son pistolet, conseillant à sa fille fauchée de braquer une banque. Le moblier de l'appartement de l'ex-Toy Queen est un réduit encombré très minutieusement composé par l'artiste.

Frankie est touchante dans ce mélange de lassitude et de détermination : elle veut tourner la page, se rabibocher avec sa fiancée Maggie, revoir sa fille (qu'élève son premier mari), mais finit par admettre que pour atteindre tout cela, elle doit faire le ménage elle-même et s'investir dans une mission suicidaire (trouver et éliminer the Stickman avant que the Insomniac ne mette le quartier à feu et à sang). Les rues qui mènent au bar où travaille Frankie et tout le quartier environnant est un payasage surréaliste, grouillant d'une faune bigarrée dans des immeubles décatis.

Grâce à son écriture fouillée et son imagerie fournie, Minor Threats cache bien son jeu : derrière la série B il y a un comic-book plus social qu'il n'y paraît et sous la parodie une critique acide des codes des comics super-héroïques, le tout au service d'une intrigue très prometteuse.

jeudi 25 août 2022

DO A POWERBOMB ! #3, de Daniel Warren Johnson


Sorti la semaine dernière, le troisième épisode de Do a Powerbomb ! prouve à nouveau que l'imagination de Daniel Warren Johnson ne connaît aucune limite. Avec cet auteur complet, tout est permis, y compris les idées les plus farfelues, les mélanges les plus inattendus. A partir de là, on aime ou on déteste, il n'y a pas d'entre-deux : ce n'est pas de la BD pour les tièdes.


Cobrasun et Lona traversent le passage qui les mèent au royaume de Willard Necroton. Ils s'inscrivent pour le tournoi de catch où il les a invités, parmi d'autres combattants venus de tout l'univers.


Après une halte au bar où ils ont été pris à parti par deux concurrents ivres et où ils ont rencontrés deux autres adversaires, Cobrasun et Lona assistent à la présentation du tournoi et des prétendants au titre.


Confrontés à un duo d'ourang-outangs, Cobrasun décide de débuter le match. Mais il reçoit une raclée. Pourtant, il refuse de laisser entrer Lona en jeu alors qu'une défaite les exclurait de facto.


Lona prend l'initiative de monter sur le ring et renverse le cours de la partie avec quelques coups acrobatiques spectaculaires. Cet exploit ne passe pas inaperçu auprès de leurs futurs opposants...

Attention, spoilers ! le deuxième épisode s'achevait par la révélation de la véritable identité de Cobrasun : il s'agit en fait du père de Lona et donc mari de Yua Steelrose. Cela complexifie drôlement la situation puisqu'il a tué accidentellement sa partenaire sans que leur fille le sache et qu'aujourd'hui il a accepté de lutter à ses côtés dans le royaume de Willard Necroton dans le fol espoir de ramener Yua à la vie.

Si on est un lecteur attentif aux détails, cette révélation était, disons-le, assez convenu (en effet, le mari de Yua s'éclipsait juste avant son dernier combat) et il fournissait à Daniel Warren Johnson un moyen facile d'élever émotionnellement l'enjeu de son histoire. D'un côté, un homme qui porte la culpabilité d'avoir tué sa femme et d'avoir privé une fille de sa mère, de l'autre la fille qui a perdu sa mère et ignore que le responsable est son propre père avec lequel elle est déjà brouillée depuis des années.

Ceci étant posé, on peut se questionner sur ce qui a motivé Johnson à dévoiler si vite une part importante de son histoire. Pour comparer avec Murder Falcon, on apprenait tardivement que le héros était malade du cancer et en phase terminale, et lorsqu'on le savait, cela ajoutait à son dernier duel contre le vilain une dimension sacrificielle poignante. Ici, le lecteur est dans la confidence tandis que Lona ignore ce fait, donc quel impact cela aura pour la suite ?

En attendant de le savoir, on est tout de même bluffé par l'imagination débridée de l'auteur qui déplace le récit dans la dimension de Willard Necroton. Visuellement, c'est une claque avec des décors imposants, une figuration impressionnante, un univers très solide et délirant. Johnson ne s'économise pas pour nous épater.

Les scènes s'enchaînent sur un rythme soutenu, ce qui ne surprend pas les fans de l'auteur. Toutefois, on attend surtout que le tournoi commence et quand on voit la gueule des participants, ça promet ! Les adversaires viennent de toute la galaxie et on a affaire à des spécimens croquignolets. On aura donc droit à des combats avec une sacrée allure, où Johnson va se défouler et nous, nous régaler.

Le fait que le premier match de Lona et Cobrasun les oppose à des ourang-outangs dotés de parole renseigne sur le degré de loufoquerie de la série. Si vous n'êtes pas prêts à accepter cela, passez votre chemin, mais je n'en attendais pas moins de Johnson après Murder Falcon.

Pourtant une part indéniable du travail de Johnson repose aussi sur l'emotion, qu'il ose faire éclore dans des situations improbables. Et quand on découvre pour quoi luttaient les deux singes et la réaction de Lona, on ne peut s'empêcher d'être saisi. C'est la magie de ce genre de comics qui s'autorise tout et réussit à nous cueillir sans qu'on s'y attende, au moment le moins évident. J'adore, mais je comprends que ça puisse dérouter, voire laisser des lecteurs sur le bas-côté.

J'insiste beaucoup sur tout cela, à dessein. Mais je crois que c'est crucial : les comics indés, pour ce que j'en sais, à l'heure actuelle sont énormément influencés par le genre horrifique, et cela déborde sur des publications mainstream. C'est sans doute dans l'air du temps, mais pour ma part, ça le laisse complètement froid et surtout j'ai envie d'autre chose, dans une époque plombée par les guerres, les épidémies, le populisme, cette gravité écrasante.

Alors que, au milieu de tout ça, une BD comme Do a Powerbomb ! et un auteur comme Daniel Warren Johnson existe, c'est une sorte de miracle, de machin invraisemblable mais qui fait du bien, parce que ça met la patate et ça vous prend aux tripes sans vous éprouver davantage. Merci à lui pour ça. Et bravo pour la manière, car c'est bigrement costaud et osé.

A.X.E. : JUDGMENT DAY #3, de Kieron Gillen et Valerio Schiti


Du fait de sa structure en trois actes, A.X.E. : Judgment Day impose au lecteur une grille de lecture différente. Ce troisième épisode ne se situe donc pas à la moitié de l'histoire écrite par Kieron Gillen mais en ouvre la deuxième partie. Même si c'est toujours aussi spectaculaire, avec les dessins magnifiques de Valerio Schiti, l'intrigue se déploie dans une nouvelle direction.
  

Tandis que Captain America, pourtant considéré comme un échec par le Progéniteur, tente de calmer la population, Iron Man réfléchit à un moyen de détruire le Céleste, ce qui contrarie les Eternels.
 

Mr. Sinistre avertit Destinée qui convoque un vote du conseil de Krakoa. Une frappe est décidée et Emma Frost, pour occuper les Eternels, a noué une alliance avec les Déviants.


L'affrontement est inévitable dès que la Machine alerte les Eternels de l'arrivée des X-Men près du Progéniteur. Jean Grey se glisse dans le corps du Céleste pour le détruire.


Le cataclysme visible par tous qui s'ensuit n'est qu'un avertissement, une illusion. Mais cela inspire une idée à Captain America pour raisonner le Progéniteur grâce à un Eternel qui fut un Avenger...

C''est finement joué de la part de Kieron Gillen : au lieu d'opter pour une narration linéaire classique avec un climax dans les deux derniers épisodes, comme c'est l'usage pour les events, le scénariste a brouillé les pistes pour obliger le lecteur à reconsidérer la progression dramatique de son intrigue avec trois actes successifs.

Normalement, donc, arrivé à ce stade du récit, on serait à mi-parcours. sauf qu'en vérité nous entrons dans la deuxième partie de l'event. Mine de rien, ça change beaucoup de choses. Les deux premiers numéros ont servi à établir la menace : d'abord avec Druig et ses assauts contre Krakoa et Arakko, puis avec le réveil du Progéniteur qui annonce à l'humanité qu'il va la juger digne ou non d'exister plus longtemps.

Le troisième épisode démarre donc avec ce statu quo : le monde tel que nous le connaissons dépend du jugement d'une créature gigantesque capable de le détruire selon qu'elle estimera l'humanité digne ou non. Tout le monde est dans le même bâteau : X-Men, Eternels, Déviants, Avengers, humains. Mais chacun considère la situation différemment. C'est cela qui va animer la progression de l'histoire dans ce deuxième acte.

Pour les X-Men, seule compte la survie de leur espèce : ils ont été la cible, les agressés (depuis longtemps mais aussi dans cette intrigue), peu leur importe désormais que humains comme Eternels survivent à ce jugement dernier. 

Pour les Eternels, c'est plus délicat car ils sont divisés entre ceux qui suivent Druig et ceux qui ont fait sécession (et donc, a priori, son prêts à défendre les X-Men), sauf qu'ils ne veulent pas de morts dans leurs rangs (on sait pourquoi : pour qu'un Eternel ressucite, un humain mourra). 

Pour les Avengers, il faut éviter que les humains paniquent et jouer les tampons entre mutants et Eternels. 

Pour les humains, c'est la confusion : certains pensent que les mutants sont responsables, d'autres qu'il s'agit des Eternels, d'autres encore se résignent à la fin du monde, et d'autres enfin trouvent que sans tous ces surhommes rien de tout ça n'arriverait.

Ceci étant posé, bien entendu, tout va dégénérer. Il suffit d'un grain de sable et dans cette affaire, l'électron libre est Mr. Sinistre, qui glisse à l'oreille de Destinée le plan initial de Iron Man de détruire le Céleste que les Eternels ont pour mission de protéger. On pourra reprocher à l'escalade qui suit d'être prévisible car effectivement, on a droit à une grosse bataille entre Eternels et X-Men.

Mais Gillen déjoue nos attentes (et douchera les espoirs de certains) en abrégeant cet affrontement. Jean Grey pense détruire le Progéniteur mais celui-ci se joue d'elle et des X-Men en montrant les conséquences d'un tel geste sur des innocents. Un numéro d'illusionniste glaçant et efficace. Mais qui va inspirer à Captain America une idée... Et montrer le retour d'un personnage dont je tairai l'identité, mais qui est à la fois un Eternel et un Avenger.

Comment Gillen va-t-il exploiter ce joker ? Mystère mais le scénariste n'abat cette carte au hasard. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un personnage tout puissant, ce n'est pas Sentry ou Hulk, ou le Gardien, ou que sais-je encore qui incarnerait une forme d'autorité encore plus grande qu'un Céleste. Non, c'est plus subtil, plus inattendu.

Et d'ailleurs, comme pour marquer le coup, ce personnage a eu droit à un relooking par Valerio Schiti qui est assez, disons, original. Le dessinateur italien a tenté un truc osé, pop même, limite glam-rock, qui est assez séduisant. En tout cas, ça change le regard qu'on a sur cet individu.

Avant cela, Schiti impressionne une fois de plus. L'épisode est dense, il est riche de plusieurs ambiances, c'est le feu sous la glace, le calme avant la tempête. Les transitions sont cruciales pour apprécier l'écriture. Et Schiti fait des miracles pour passer d'une scène où des super-héros discutent entre eux sur l'opportunité de tuer un dieu à une réunion d'urgence sur le plan psychique puis à une grosse baston qui dépote.

Avec le coloriste Marte Gracia, Schiti peut s'appuyer sur un collègue qui respecte son trait et valorise ses idées graphiques. Le meilleur exemple est sans doute le vote du conseil de Krakoa convoqué par Destinée que le dessinateur transforme en un moment éthéré et électrique à la fois. C'est le coeur de l'épisode, là où tout bascule.

Une autre scène est remarquable car on ne la voit pas venir et elle nous tétanise, c'est quand Jean Grey détruit le Céleste. S'ensuit une énorme explosion et on voit ses répercussions sur une ville, avec des humains figés et calcinés en un éclair. Puis on comprend que c'est une illusion mais plutôt que d'être soulagé, on est encore ému et inquiet. On saisit alors que tuer le Céleste n'est pas la solution, et que donc la suite sera forcément compliquée. Cette imprévisibilité est un exploit car, pour une fois, on a le sentiment que l'event n'emprunte pas un sentier balisé.

J'ai vu qu'un critique a dit à propos de cet épisode et des deux précédents que Judgment Day agissait comme le remède à l'event fatigue. Peut-être est-ce prématuré, mais il est déjà certain que Kieron Gillen et Valerio Schiti surprennent davantage. Je ne sous-estime pas l'interventionnisme des editors de Marvel, qui peut encore faire des ravages, mais j'espère aussi que le projet puisse aboutir à quelque chose de vraiment différent, avec, pourquoi pas, un vrai changement de paradigme à la fin. Rendez -vous dans quinze jours pour la fin du deuxième acte et pour en savoir plus sur tout cela...

FIRE POWER #23, de Robert Kirkman et Chris Samnee (Critique réécrite !)


Pourquoi réécrire une critique ? Parce qu'on est vraiment pas satisfait de ce qu'on a rédigé la première fois. La semaine dernière, je suis parti en vrille car j'étais déçu et en colère après avoir lu Fire Power #23. Depuis, ça m'a travaillé, et pour avoir la paix, j'ai donc décidé de réécrire ma critique. Sans changer d'avis, mais en souhaitant être plus nuancé.


Les soldats de Chen Zul menés par Owen Johnson se jettent dans la gueule du dragon.


Les maîtres atterrissent et encerclent Shaw qui engage le combat.


Owen s'accroche à a queue du dragon. Shaw corrige ses anciens pairs.


Owen tente le tout pour le tout piur terrasser le dragon.

Quatre lignes pour résumer un épisode, ça peut paraître succinct. Mais quand l'épisode offre si peu de matière à résumer, alors il n'y a que ça à écrire. C'est bien là tout le problème de ce n°23 de Fire Power, qui sera, je le précise d'emblée, l'avant-dernier épisode que je critiquerai, ayant décidé d'arrêter les frais le mois prochain avec la fin de cet arc narratif.

Comme je le disais en préambule, la semaine dernière, j'avais rédigé la critique de cet épisode, déçu et surtout furieux. Résultat : je me suis emporté, je suis même parti en vrille en pointant le fait que Fire Power glissait inexorablement dans les pires travers des premiers comics d'Image au début des 90's.

Mais ce que j'ai écrit (et depuis effacé) ne m'a pas plu. On ne doit jamais écrire sous le coup de la colère. On n'a pas à faire partager son aigreur à ceux qui viennent chercher un avis sur un blog. Il faut rester mesuré, factuel, analytique, autant que faire se peut. Je n'étais surtout pas content donc de ma copie. Et j'ai décidé de réécrire la critique de cet épisode, à tête reposée.

Cela ne signifie pas que j'ai changé d'avis sur la qualité de l'épisode : je pense toujours qu'il est décevant, que Robert Kirkman se moque du monde, que Chris Samnee fait le plus gros du boulot avec un script minimaliste, que la narration est inutilement décompressée, et qu'en vérité on n'en est pas là par hasard.

Pour ainsi dire, c'est devenu un problème récurrent : à chaque fin d'arc, Fire Power déçoit. Et si on examine la série de près, on se rend compte que le souci vient de la conception de son héros. owen Johnson ne veut justement pas être un héros et Kirkman s'est lancé un défi fou de cosntruire une série sur un protagoniste qui marche à reculons, qui tente à tout prix d'esquiver les coups, qui a tourné le dos non seulement à son passé mais aussi, surtout, à son destin.

Est-ce que ça peut marcher ? Oui, si, au bout d'un certain moment, et après une vingtaine d'épisodes, je crois que tout le monde s'accordera à dire que ce moment est venu, Owen Johnson accepte son destin, sa mission et embrasse son rôle de héros. Mais Kirkman, lui, pense autrement et continue à l'écrire comme un personnage réticent, n'agissant qu'en dernier recours. Du coup, souvent, à la fin des arcs, il intervient rarement de manière décisive, son pouvoir fait rarement la différence.

Cette fois, cependant, reconnaissons-le, Kirkman place Owen devant un obstacle tel qu'il ne peut l'esquiver. Et cet 23ème épisode gratifie le lecteur de scènes spectaculaires où Owen doit vraiment se sortit les doigts et ne plus retenir ses coups. Le cliffhanger de l'épisode confirme que la bataille n'est pas fini et que le n°24 mettra en scène un duel peut-être encore plus crucial

Mais ce qui déçoit, ce qui agace, ce qui met en colère dominent. Pour en revenir à la brièveté du résumé de cet épisode, c'est bien qu'il suggère une écriture trop décompressée et s'appuyant trop sur le génie graphique de Samnee. Vingt pages pour raconter qu'un dragon bouffre des dizaines de soldats, que Shaw met une raclée aux vieux maîtres, et que Owen envoie une méga boule de feu dans la gueule du dragon pour le terrasser, je vous trouve ça un peu court. Ou trop long. En tout cas, ça ne me convient pas.

Depuis l'apparition du dragon et de Maître Shaw, la série patine. On a eu droit à des épisodes spectaculaires, mais si on est honnête, il ne s'est pas passé grand-chise, l'histoire n'avance plus. Il ya eu le recrutement des maîtres masi ça a été fastidieux et finalement peu convaincant quand on voit comment Shaw les surpasse. On a l'impression que Kirkman a abattu sa carte maîtresse et depuis il ne sait plus comment avancer, alors il décompresse pour arriver à produire un nouvel arc en six épisodes. Mais c'est long, c'est lent.

Que reste-t-il ? Samnee ! Kirkman a de la chance : comme Mark Millar, il sait s'entourer de dessinateurs capables de transcender ses scripts, de leur donner une plus-value graphique, d'en mettre plein les yeux au lecteur. Samnee ne ménage pas ses efforts (encore moins quand on sait qu'il est toujours à l'oeuvre sur son creator-owned, Jonna and the Unpossible Monsters, chez OniPress, mais plus pour longtemps car le titre va se conclure au #12). Il fait ce qu'il sait faire mieux que tout le monde : s'emparer d'un scénario et le mettre en images avec une énergie affolante.

Mais (encore un "mais") on a un peu mal pour Samnee (si on a aimé ses travaux chez Marvel avec Mark Waid, qui lui donnait des scripts un peu plus fournis). Parce qu'il se tape un boulot énorme avec des splash, des doubles pages, avec un dragon, des décors dévastés, des figurants à foison, des engins énormes. Tout ça à animer de manière dynamique et soignée. Franchement, je ne sais pas comment il fait, où il trouve la force, car en plus n'oublions pas qu'il dessine à l'ancienne, pas sur tablette graphique. Samnee doit avoir le poignet droit en compote et le bras douloureux en dessinant autant (sans parler de problèmes dorsaux). Le dessin, à ce rythme, avec ce volume de travail, c'est vraiment physique, sportif. Et là, c'est un peu comme si Kirkman disait à Samnee : "tu me fais l'ascension du Tourmalet sans t'échauffer et sans ravitaillement.".

Bon, Samnee est un grand garçon et il est crédité comme co-créateur de Fire Power, il savait dans quoi il s'embarquait (même s'il a peut-être sous estimé la charge de travail que représente de dessiner deux séries, dont l'une comme Fire Power avec des scènes aussi énergivores). Mais j'ai mal pour lui. Tout ça donne l'image d'un artiste livré à lui-même, collaborant avec un scénariste qui en fait beaucoup moins que lui (c'est souvent le cas, mais ici, c'est flagrant : je serai curieux de voir le script de cet épisode qui doit se résumer à des indications du genre "double page : le dragon détruit le dirigeeable en bouffant tout l'équipage". Débrouille-toi avec ça !).

J'ai vraiment été, je crois, très patient avec Fire Power depuis plus de deux ans. Mais la vérité, c'est que je n'ai jamais retrouvé le plaisir que m'avait procuré son Prologue. Il y a eu des épisodes fabuleux, mais le plus souvent grâce à Samnee. L'écriture de Kirkman n'est pas mauvaise, disons qu'elle ne me convient pas. Je n'attends plus rien de Fire Power, il m'arrive même plutôt de m'ennuyer en le lisant ou de redouter le prochain épisode. S'entêter à continuer, juste pour profiter du dessin de Samnee, n'est donc plus raisonnable. L'aventure s'arrêtera pour moi au #24 le mois prochain.

mercredi 24 août 2022

TALES OF THE HUMAN TARGET #1, de Tom King et Rafael Albuquerque, Kevin Maguire, Mikel Janin, Greg Smallwood


Tales of The Human Target est une parution curieuse, produite en vérité pour faire patienter les fans de la mini-série The Human Target de Tom King et Greg Smallwood - dont le n°7 paraît à la fin du mois prochain après six mois d'interruption. Mais le scénariste a fait preuve d'ingéniosité pour ce one-shot, où il est sacrément bien accompagné sur le plan graphique.


Gene Pearlman, fils de producteurs à Hollywood, est enlevé par la secte de Brother Blood. Il réapparaît, endoctriné, en train de commettre une braquage. Mais Guy Gardner s'interpose...


Don Salinger est un écrivain à succès mais dont la tête est mise à prix à cause de ses révélations sur Ra's Al Ghul. Booster Gold se met en tête de devenir son garde du corps...


Sander est un photographe de mode qui est abattu durant un shooting avec Beatriz da Costa/Fire. Elle refuse de le laisser seul jusqu'à son enterrment... Quel est le point commun entre ces trois personnes qui ne se connaissent pas ?

Revenons un instant sur la curiosité d'une telle parution. Voix cinq mois que la mini-série The Human Target écrite par Tom King et dessinée par Greg Smallwood a suspendu sa publication pour laisser à l'artiste le temps de compléter les six derniers chapitres de l'histoire. Le n°7 sortira fin Septembre.

Pour faire patienter les fans, DC annonce qu'un one-shot, dont l'action se situe avant l'intrigue de la mini-série, sortira entretemps. Résultat : ce gros épisode est disponible depuis hier, un mois avant la sortie du prochain numéro de The Human Target. Pour patienter, c'est un peu tard.

Dans ces conditions, il fallait vraiment que le contenu de ce hors-série, ce numéro spécial soit de qualité, et pas seulement un bouche-trou tardif. Mais comme Tom King semble particulièrement inspiré par The Human Target, il ne déçoit pas et même il enthousiasme.

Effectivement, le résultat est très efficace, divertissant, et ludique. Contrairement à ce que mon résumé peut faire croire, il ne s'agit pas de trois nouvelles qui se succèdent : la narration passe de l'une à l'autre et pour les distinguer, le style des trois dessinateurs suffit.

Nous avons donc affaire à un antépisode, un prequel à The Human Target, et même si on peut certainement s'en passer, il me paraît judicieux de lire Tales of the Human Target car l'ensemble éclaire sur les relations qu'entretient Christopher Chance avec trois des membres de la Justice League International, suspectés ensuite de l'avoir empoisonné en ayant visé Lex Luthor.

Il faut également prévenir d'emblée que Greg Smallwood se "contente" de réaliser la couverture (sublime) et trois pages intérieures (pour illustrer les crédits) plus la toute dernière planche avec Ice. Si vous comptiez vous procurer ce floppy pour les dessins de Smallwood, vous risquez d'être frustré. Mais il reste du très beau monde.

Le principe de ce chapitre est ludique : Tom King soumet trois énigmes au lecteur (les hasards du calendrier des sorties veut que Tales of the Human Target sorte quelques jours après Batman : One Bad Day - The Riddler, un one-shot de King et Mitch Gerads sur le roi des énigmes, Edward Nygma), qu'il faut tenter de résoudre avant la fin. Elles ne sont pas toutes évidentes, mais leurs réponses sont imparables et amusantes.

Guy Gardner s'occupe de retrouver et de ramener à la raison un fils de riches producteurs enlevé par la secte de Brother Blood. Fidèle à lui-même, le Green Lantern ne fait pas dans la dentelle, l'affaire se régle à grand coup de taloches. Mais au final, sans vous révéler quoi que ce soit, ce qu'il découvre justifie son comportement odieux dans The Human Target (même si Gardner est naturellement un âne bâté). King joue particulièrement bien sa partition sur cette partie-là.

C'est Rafael Albuquerque qui dessine les pages de cette histoire, dans son style nerveux et dynamique. C'est totalement raccord avec le personnage de Gardner qui cogne d'abord et réfléchit ensuite, et qui est idéalement représeenté ici, avec sa tronche de butor, ses manières rustres, son plaisir à être violent, et son arrogance absolue (qu'il reproche, bien sûr, à sa cible). Le découpage est très énergique, avec des cases de dimensions généreuses, des enchaînements rapides, mais aussi des compositions un peu expédiées et des décors très irréguliers. Bref, tout ce que on aime et tout ce qu'on peut reprocher à ce dessinateur pressé et très doué.

Booster Gold apprend par la télé qu'un écrivain a sa tête mise à prix à cause de révélations faites sur Ra's Al Ghul. La prime est d'un montant affolant, au point que Skeets, le robot qui assiste Booster pense d'abord que ce dernier va vouloir tuer l'écrivain pour toucher l'argent; Mais si Michael Carter n'est pas une lumière, ce n'est pas un criminel. Il se met donc en tête de protéger Don Salinger, quand bien même celui-ci se montre très réticent devant cette initiative.

Qui d'autre que Kevin Maguire pouvait dessiner ce segment ? Personne. Et Tom King lui a livré une partition impeccable. le génie expressif de Maguire n'est plus à prouver et il transforme le script en une hilarante comédie où ce brave couillon de Booster Gold, pot-de-colle comme pas un, ne quitte jamais des yeux son protégé. On ne peut lui reprocher ni son zèle ni son courage ni sa vista quand on compte le nombre d'agressions, de tentarives de meurtre, d'attentats dont il sauve Salinger. Même si celui-ci a vraiment l'art de s'exposer au danger...

Maguire est génial, c'est un fait, et sa complicité, qui n'allait pas de soi avec le "sérieux" King, donne envie de les voir recollaborer dans le futur.

Enfin, la troisième intrigue met en scène Beatriz da Costa avant qu'elle ne devienne Fire. A cette époque, elle est mannequin en Espagne, après avoir fui la misère du Brésil. Malheureusement, la déveine la poursuit car elle assiste, impuissante, au meurtre du photographe avec lequel elle faisait un shooting. Comme il n'a aucune famille, aucun ami ici, elle l'accompagne partout, tout le temps, depuis l'ambulance jusqu'à l'hôpital puis la morgue et le cimetière. Où l'attend une énorme surprise...

Bien que dans The Human Target, Christopher Chance ne rencontrera Beatriz da Costa que dans le n°7 le mois prochain, cette histoire nous enseigne que els deux personnages se sont déjà croisés auapravant. Il sera donc intéressant d'analyser comment se passeront leurs retrouvailles, compte tenu de ce qu'on apprend dans ce morceau de Tales of the Human Target. Tom King tease le lecteur avec adresse dans des pages où son style volontiers bavard domine.

On retiendra aussi que King renoue avec Mikel Janin, qui dessina la majorité de son run sur Batman. Je me demandais si et quand les deux hommes retravalleraient ensemble et c'est un plaisir de lire leurs pages communes (rappelons qu'avant Batman, King et Janin étaient déjà associés sur Grayson, avec Tim Seeley comme co-scénariste). J'aime beaucoup le trait élégant de Janin et je suis heureux à la perspective de le revoir bientôt (en Novembre prochain) pour la relance tant attendue de Justice Society of America (que Geoff Johns a enfin eu la permission de réécrire).

En filigrane de ces trois récits, il me semble aussi (surtout ?) que King rend un hommage à son prédécesseur sur The Human Target, l'excellent Peter Milligan, auteur d'un extraordinaire run (avec le regretté Edvin Biukovic, puis Javier Pulido et Cliff Chiang - dispo en deux tomes chez Urban Comics). Une manière de boucler la boucle avant de renouer avec l'actuelle mini-série de King et Smallwood.