dimanche 14 août 2022

POUPEE RUSSE (Saison 2) (Netflix) (Critique avec spoilers !)


Trois ans après ses tonitruantes premières aventures, Poupéé Russe (Russian Doll en vo) revient pour une deuxième (et sans doute dernière) ssaison. Le show créé par Natasha Lyonne (également premier rôle), Amy Poehler et Leslye Headland est encore plus fou, plus troublant, et retombe toujours aussi miraculeusement sur ses pattes.


Quelques jours avant son quarantième anniversaire, Nadia Vulvokov découvre que le métro de la ligne 6 de New York lui permet de remonter le temps jusqu'en 1982. Son esprit occupe alors le corps de sa mère, enceinte d'elle. Elle est séduite par un malfrat, Chezare Carrera, avec lequel elle cambriole le domicile de sa propre grand-mère, Vera, la délestant d'un sac rempli de pièces d'or. De retour dans le présent, Nadia interroge sa tante Ruth sur Carrera et apprend qu'il était effectivement devenu l'amant de Nora après ce vol. Nadia met ensuite en garde son ami Alan contre le métro de la ligne 6 puis repart en 1982 récupérer les pièces d'or. Mais Carrera, intrigué par le comportement de Nora, s'enfuit avec le butin.
 

Toujours en 1982, Nora (toujours possédée par l'esprit de Nadia) reçoit la visite de sa mère, Vera, qui l'accuse de l'avoir dépouillée. Nadia revient de nos jours et consulte Internet pour remonter la trace de Carrera. Elle le retrouve, âgé, mais il lui explique avoir en 1982 vendu les pièces d'or et remis l'argent à Nora.. Nadia repart en 1982 et avec l'aide de la jeune Vera rachète les pièces d'or chez le joaillier. Puss elle laisse un message sur le répondeur de Vera, la suppliant de se ranger. Mais, alors qu'elle repart à notre époque en métro, elle est distraite en apercevant Alan dans une autre rame et perd de vue son sac rempli des pièces d'or.


Nadia, désespérée, questionne sa grand-mère, Vera, et sa tante, Ruth, pour découvrir la provenance des pièces d'or. Il s'agissait de la fortune familiale, spoliée par les nazis durant la guerre à bord d'un train parti de Budapest. Mais à la fin du conflit, ni ke train ni ses trésors ne furent retrouvés. Nadia demande à sa meilleure amie Maxine de l'accompagner pour un voyage en Hongrie sur les traces de ce train fantôme.


Pendant ce temps, de son côté, Alan n'a pas résisté à l'envie d'emprunter le métro de la ligne 6. Il a atterri à Berlin-Est en 1962 dans le corps de sa grand-mère qui y faisait ses études universitaires. Elle fréquentait un certain Lenny et ses amis qui voulaient passer à l'Ouest en se fiant au plan hasardeux d'un tunnel entre les deux zones de Berlin. Nadia, elle, arrive à Budapest avec Maxine, qui souffre du jet-lag et part se reposer à l'hôtel. Alan découvre que Lenny et ses amis ne l'ont pas attendu pour passer à l'Ouest, malgré ses mises en garde sur le danger d'une telle expédition.


Pendant que Maxine se repose, Nadia emprunte le métro de Budapest et remonte le temps jusqu'en 1944. Elle occupe à cette époque le corps de Vera, sa grand-mère, et s'introduit dans un entrepôt de Budapest où les nazis stockent les biens volés aux juifs. Elle récupère quelques pièces d'argenterie puis les cache dans les égoûts. Elle remet ensuite le plan de la cachette au Père Laszlo avec l'assurance que, une fois la guerre finie, il le lui enverra par courrier. Comme prévu, un an plus tard, Vera récupère ses biens dans les égoûts et va les vendre contre les pièces d'or - celles-là même que lui voleront Nora et Carrera en 1962. Réalisant que rien n'empêchera cela, Nadia enrage en passant de compartiment en compartiment dans le métro jusqu'en 1962. Elle sort sur le quai où l'attendent Ruth et Vera et perd les eaux.
 

Nora accouche de sa fille mais Nadia, qui occupe son esprit, lui fait kidnapper le bébé (elle-même donc), craignant que Vera ne lui en retire la garde. De retour à notre époque avec le nourrisson, Nadia reçoit un appel de Maxine la prévenant que Ruth est hospitalisée. Sur place, Nadia se rend compte que la présence de son double tout juste né provoque une importante distortion temporelle et s'enfuit. Alan la retrouve à la fête d'anniversaire de ses 36 ans chez Maxine.


Alan tente de convaincre Nadia de ramener le bébé en 1962 car le temps va s'effondrer sur lui-même. Elle refuse d'abord, ne voulant pas que le nouveau-né vive dans les mêmes conditions déplorables qu'elle, puis, comprenant qu'elle peut sauver Ruth, elle se résigne. Ne voyant pas le métro de la ligne 6 arriver, Alan et Nadia s'enfoncent dans les tunnels avant que deux rames ne les percutent de chaque côté. Séparés par le choc, ils tombent dans le Vide temporel : Alan retrouve sa grand-mère qui lui dit de faire son deuil d'elle tandis que Nadia retrouve Nora à qui elle remet l'enfant. Alan et Nadia se retrouvent à la fête donnée par Maxine pour le quarantième anniversaire de Nadia.

Disponible depuis Avril dernier sur Netflix, j'avais complètement zappé cette seconde saison de Poupée Russe, quand bien même j'avais adoré la première il y a trois ans. Après avoir regardé Sandman, j'avais besoin d'une série capable de me changer les idées tout en n'étant de qualité similaire, donc j'ai rattrapé mon retard ces derniers jours.

Cette saison compte sept épisodes (contre huit pour la précédente), mais on n'y perd pas au change. Surtout les créatrices du show - Natasha Lyonne, Amy Poehler et Leslye Headland - ont su motiver leurs scénaristes pour imaginer une histoire cnore plus folle et pourtant aussi habile sur une trame de leur invention.

Dans sa première saison, l'influence de Un Jour sans Fin était très présente, même si, in fine, la série parvenait à s'en distinguer, explorant comment deux individus pris au piège d'une boucle temporelle s'en libéraient en comprenant que leurs destins étaient liés. Cette fois, on peut dire que Poupée Russe s'émancipe complètement en osant repartir dans des voyages temporels mais aussi en sondant des motifs plus troubles, plus troublants.

Evidemment, la comédie reste présente, et l'abattage énorme de Natasha Lyonne, qui campe Nadia, y est pour beaucoup. C'est une vraie tornade et elle le sait, elle joue en sachant très bien qu'elle est filmée, en comptant sur la complicité du spectateur, mais aussi en souhaitant visiblement le surprendre, non par sa manière de réagir aux événements mais par la nature des péripéties qu'elle traverse.

Lyonne en fait des caisses mais le personnage qu'elle compose est irrésisitible, avec une démarche unique, des mimiques savoureuses, ce côté à la fois buté et incrédule, irresponsable et justicier. En découvrant qu'une ligne de métro lui permet de remonter jusqu'à l'époque où sa mère était enceinte d'elle, elle se trouve embarquée dans une aventure épique digne d'une chasse au trésor, en l'occurrence une centaine pièces d'or qui constitueront son héritage. Ce magot passe de main en main, et son origine l'entraîne jusqu'au coeur de la Hongrie durant la seconde guerre mondiale.

Mais en vérité, on va l'apprendre en même temps que Nadia, ce butin n'est qu'un prétexte à un récit initiatique. Qu'importe si elle peut récupérer cette fortune en la récupérant, en la rachetant, en la cachant, l'important est que cela la conduise à découvrir l'histoire de sa famille et la sienne propre. Spoliée par les nazis, la grand-mère Vera ruse pour obtenir ces pièces d'or au nez et à la barbe des barbares et des filous. La mère de Nadia, Nora (incarnée par Chloë Sevigny), atteinte de shizophrénie, est le grain de sable qui, invariablement, fait tout dérailler; Et Nadia, désirant s'offrir bébé une nouvelle vie, va encore faire empirer les choses en créant une distortion temporelle.

On retrouve aussi Alan (excellemment joué par Charles Barnett), le garçon largué par sa fiancée et suicidaire que rencontrait Nadia dans la première saison et qu'elle fréquente toujours. On relève alors que Nadia est une personne toxique dans la mesure où, en voulant préserver son ami, elle le contamine en lui parlant de la ligne de métro "magique". Ce qui, évidemment, va l'inciter à l'emprunter à son tour et le précipiter dans un périple tout aussi déjanté. On déplorera juste que, dans cette saison 2, contrairement à la précédente, la série ne développe pas autant le fil narratif d'Alan alors qu'avec quelques épisodes de plus on aurait eu droit à une intrigue parallèle aussi fournie, dans le cadre de Berlin-Est en 1962.

Ce qui impressionne surtout, c'est la déconcertante facilité apparente avec laquelle la série retombe toujours sur ses pattes, justifie ses excentricités. Par exemple, lorsque Nadia occupe le corps de sa grand-mère Vera en 1944, cela coïncide évidemment avec son bref séjour à Budapest où Vera se trouvait à l'époque. Sa relation avec sa tante Ruth (tante par alliance) donne aussi cours à des échanges émouvants et pétillants, au cours desquels Lyonne et Annie Murphy (qui interprète Ruth jeune), comédienne géniale (comparée par Nadia à Melanie Griffith, ce qui est parfaitement vrai), affichent une complicité merveilleuse. Enfin, quand arrivent les deux derniers épisodes où règne un chaos incroyable à cause des initiatives irresponsables de Nadia, la série parvient à résoudre son intrigue avec une adresse remarquable sans que cela paraisse expédiée ni capillotractée (enfin, dans le contexte de la série).

Mine de rien, le propos est souvent complexe et poignant : les notions de maternité, d'héritage, de transmissions, de sacrifice, d'amour familial sont travaillées avec une subtilité et une verve rares, sur un rythme soutenu mais toujours clair. Un exercice d'écriture et de mise en scène virtuose.

Poupée Russe n'a pas la reconnaissance qu'elle mérite. Avec un titre pareil par les temps qui courent, pas certain que de nouveaux fans penseront à jeter un oeil à cette seconde saison (il semble que Netflix ne renouvelera pas le show pour une troisième fois). Pourtant, c'est une des productions originales de la plateforme parmi les plus originales et les plus abouties. Alors, donnez-lui sa chance !

samedi 13 août 2022

JANE FOSTER & THE MIGHTY THOR #3, de Torunn Gronbekk et Michael Dowling


Ce qui distingue cette mini-série Jane Foster & the Mighty Thor des autres dans le même format (cinq-six épisodes), c'est que Torunn Gronbekk met le paquet et ne se limite à une petite histoire sympa pour passer le temps. Encore une fois, cet épisode est spectaculaire et palpitant et Michael Dowling réalise de superbes planches, à la hauteur du script.


Les elfes noirs de Kurse et les troupes d'Ulik le troll fondent sur Asgard. Dans les airs, les valkyries, dont Ruña et Hildegarde, tentent de repousser les assauts ennemis.


Dans les Limbes, Jane Foster affronte le démon S'ym. D'abord en difficulté, elle se sert du Promethium pour soumettre son adversaire. Puis elle reprend sa quête pour trouver Thor.


La situation devient vraiment critique à Asgard lorsque Tyr Odinson, aux côtés de Kurse, décident de larguer des bombes trous noirs sur la cité céleste.


Jane suit une piste dans les Limbes qui la mène à Thor. Celui-ci lui demande de lui envoyer son marteau Mjonir avant d'être touché par des flèches et de s'écrouler...

Je disais donc en préambule que les mini-séries de cinq ou six épisodes manquent souvent d'ambition. Les editors les commandent fréquemment pour surfer sur une actulaité parallèle (la sortie d'un film mettant en scène les personnages de la mini-série) et de fait les scénaristes acceptent de boulot de commande sans trop se fouler. 

Dans le cas de Jane Foster & the Mighty Thor, il s'agissait de redonner à Jane Foster l'espace de quelques épisodes son rôle de Puissante Thor comme dans le film (Thor : Love and Thunder) récemment sorti de Taika Waititi. Personne n'était dupe de la manoeuvre de Marvel, et encore une fois, cette mini-série a été confiée à un auteur et un artiste qui ne figurent pas parmi les plus renommés de l'éditeur.

Mais Torunn Gronbekk, la scénariste, n'a, semble-t-il, pas voulu qu'on croit qu'elle prenait ça à la légère et s'est mise en tête de livrer un récit qui en donne pour son argent au lecteur. Evidemment, elle avait un cahier des charges à respecter, mais pourquoi pas l'épicer un peu, lui donner du relief ?

C'est ainsi qu'elle narre un assaut d'envergure sur Asgard au moment où son roi, Thor Odinson, est absent et introuvable, même pour Lady Sif, devenue la remplaçante de Heimdall. Jane Foster, devenue membre des Avengers en qualité de Valkyrie, est appelée en renfort par Mjolnir lui-même, dans lequel se trouve maintenant l'esprit d'Odin. Tandis que la guerre fait rage à Asgard, Jane enquête sur la disparition de Thor.

Le mois dernier, elle gagnait les Limbes où le démon S'ym, d'habitude aux ordres de Belasco (familier des New Mutants puisque c'est lui qui retint dans son royaume Ilyana Rasputin/Magik), la défie. On va donc assister en parallèle à la débâcle des asgardiens contre les elfes noirs et à la poursuite de la quête de Jane Foster.

Le spectacle est au rendez-vous comme en témoignent les scènes de bataille dantesques à Asgard. Gronbekk n'y va pas par quatre chemins : Lady Sif, Beta Ray Bill, Volstagg, les valkyries Ruña et Hildegarde son vraiment dépassés par leurs ennemis, qui bombardent carrèment la cité des dieux avec des bombes générant des trous noirs. Comme je l'ai déjà souligné, on n'est guère habitué à cette débauche de moyens pour une mini-série traitée ici à la manière d'un blockbuster.

Du côté de Jane Foster, ce n'est pas beaucoup plus calme puisqu'on a droit à une empoignande musclée contre S'ym, qu'on voit écarter sans difficulté Mjolnir puis envoyer au tapis la Puissante Thor. Il faut qu'elle dégaine le Promethium, l'arme de toutes les armes (dont elle se sert normalement quand elle agit en qualité de Valkyrie) pour soumettre son adversaire.

Michael Dowling et le coloriste Jesus Arbutov font une paire parfaite. D'un côté, le trait élégant, de l'autre, des nuances superbes, pour, dans chaque partie du récit, mettre en valeur l'intensité des batailles livrées. 

Le découpage de Dowling est sobre, il taille des vignettes de dimensions généreuses quand il doit représenter des dégâts colossaux ou des démonstrations de force impressionnantes. Pas d'excentricités donc, mais des plans lisibles et efficaces. On devine bien que ce qui intéresse davantage le dessinateur, c'est de s'arrêter fréquemment sur les personnages et leurs visages en particulier pour saisir une expression, traduisant son état d'âme face au conflit.

Ainsi, Ruña, la valkyrie noire, est un peu notre personnage témoin, c'est par elle qu'on assiste, sidéré, à la chute d'Asgard sous les assauts de Kurse, Tyr et Ulik. C'est par elle qu'on comprend trop tard que le bombardement sur Asgard va déchirer la cité et emporter plusieurs de ses meilleurs guerriers.

En revanche, Dowling, de façon habile, procède différemment avec Jane Foster qu'il cadre en majesté lorsqu'elle lutte en qualité de Puissante Thor. Ce choix ne doit rien au hasard, il s'agit de montrer qu'elle reste en mesure de vaincre S'ym malgré leur différence de gabarit, de puissance, de conviction. De plus, l'action est plus aérée car elle compte moins de participants et il faut composer avec le fait qu'elle se développe dans un endroit clos (la bibliothèque des Limbes). Dowling s'en sert pour montrer les trajectoires sinueuses de Mjolnir, qui se déplace différemment que lorsqu'il est lancé par Thor Odinson (une règle établie par Russell Dauterman lors du run de Jason Aaron).

Surtout et enfin, Gronbekk et Dowling n'oublient jamais le titre de la mini-série : il s'agit bien autant de Thor que de Jane Foster, il n'est pas question de faire croire à un retour de Jane dans ce rôle (ce qui est dommage, mais bon...). Et donc, une fois le duel contre S'ym terminé, Jane redevient elle-même, philosophant un instant sur sa vision de l'univers, de sa place en son sein et du pouvoir dont elle dispose. Là encore un signe que cette production est sacrèment plus subtile qu'à l'accoutumée.

Je regrette vraiment que Torunn Gronbekk n'écrive pas la série Thor à la place de (l'exaspérant) Donny Cates. Ou alors que Marvel pense à la promouvoir en lui confiant Avengers (maintenant que l'on sait que Jason Aaron va achever son run). Quant à Michael Dowling, il serait aussi bon de ne pas le cantonner à des projets de ce type car il mérite plus.

vendredi 12 août 2022

PRODIGY : THE ICARUS SOCIETY #2, de Mark Millar et Matteo Buffagni


Alors que Mark Millar vient de chiper deux grosses vedettes aux "Big Two" (Jorge Jimenez et Pepe Larraz, rien que ça !) pour des projets en 2023, Prodigy : The Icarus Society continue sa publication et force est de constater que ce deuxième volume des aventures d'Edison Crane est bien meilleur que le premier. Matteo Buffagni n'est pas étranger à cette réussite et son scénariste a raison de le souligner.


Pour forcer Edison Crane à libérer le Pr. Tong, Prisha Patel a fait avaler au génial millairdaire une bombe miniature à son insu. Les gardiens gazés, les alarmes désactivées, Tong est délivré.
 

Crane est esuite emmené à la base de Tong, une véritable forteresse sur l'eau. Il y collectionne des reliques en relation avec les plus grands tyrans et quelques autres babioles précieuses.


Parmi celles-ci, neuf des dix-huit tablettes en or qui indiqueraient, au complet, la localisation et les secrets de l'Atlantide. Les pièces manquant à Tong sont en possession de son rival.


Celui-ci se nomme Felix Koffka et il est également membre de la Société Icare. Edison Crane va devoir lui voler les tablettes qu'il détient...

Tiens, je vais commencer cette critique par une anecdote récente. Un soir que je "scrollais" sur Facebook, je m'arrête sur un article à propos de Mark Millar écrit par un rédacteur de ComicsBlog. Il était question d'une des dernières idées du scénariste (vendre à 1,99 $ chaque n° de son prochain comic-book, Night Club). Le rédacteur (qu'il me pardonne s'il me lit, j'ai oublié son nom) n'était visiblement pas un grand fan de Millar (il a le droit) et raillait cette initiative en expliquant que Millar pouvait se la permettre puisqu'en vérité c'était Netflix qui le payait et que c'était une dépense dérisoire pour la plateforme.

Quelques jours auparavant, mais je ne me souviens pas s'il s'agissait du même auteur, le même site ironisait sur le fait que Millar se vantait d'avoir chipé à Marvel Pepe Larraz et à DC Jorge Jimenez pour deux de ses projets en 2023, arguant qu'en vérité les deux artistes profitaient surtout du fait que les Big Two leur laissaient la liberté de dessiner ailleurs mais en restaient les employeurs. Bref, dans un cas (un comic vendu 1,99 $) comme dans l'autre (des artistes faussement arrachés aux Big Two), Millar faisait le malin en mentant.

Pourquoi je vous parle de ça ? Tout d'abord pour rappeler qu'il existe un Millar-bashing (même si les rédacteurs de ComicsBlog, que j'ai titillés à ce sujet, nient vigoureusement) fondé sur le principe que Millar ment, se vante d'exploits qu'il ne réalise pas, et se permet de communiquer dessus en profitant de la manne financière que lui fournit son contrat avec Netflix. Ensuite, que, selon ComicsBlog, toujours, ce marketing serait fait sans humour (d'ailleurs ils m'ont affirmé que marketing et humour sont incompatibles !).

Je ne suis pas là pour règler mes comptes avec ComicsBlog dont j'apprécie par ailleurs le travail pour traduire des infos (car ils ne révèlent rien eux-mêmes, puisant allègrement dans les posts de Bleeding Cool). Mais disons que je les trouve un peu rigolo à juger si durement Millar, sa communication, comme s'ils découvraient le bonhomme en prenant tout tellement au sérieux.

Quel rapport avec Prodigy : The Icarus Society ? Les bonnes comédies ne sont pas celles qui sont joués par des acteurs qui cherchent à vous tirer des rires, mais au contraire par ceux qui jouent les situations drôles le plus sérieusement du monde. Et c'est ce que nous enseignent à la fois Mark Millar et Prodigy : The Icarus Society.

Comme d'habitude avec Millar, tout est too much : le héros génial et richisssime, aux prises avec un méchant complètement grotesque et face à un problème redoutablement "hénaurme" - en l'occurrence une société secrète de maîtres du monde tous géniaux et richissimes. Mais Millar raconte ça avec sérieux et laisse au lecteur le soin d'apprécier le décalage entre la gravité avec laquelle Edison Crane apprécie ce qui lui arrive et le côté absurde du récit.

En somme, donc, c'est une bonne métaphore. C'est un jeu et nous en sommes conscients. Si nous ne l'apprécions pas, et nous le savons avant même d'avoir ouvert le fascicule puisque Millar fait cela depuis des années maintenant, libre à chacun de passer son tour. Mais impossible de prétendre ne pas avoir été prévenu ni de croire que tout ça est écrit en se prenant au sérieux. Pas plus dans son écriture fictionnel que promotionnel, Millar ne prend les lecteurs pour des imbéciles : il les invite juste à venir s'amuser avec lui, à faire comme si, à croire qu'effectivement le Milalrworld peut se permettre de voler Pepe Larraz et Jorge Jimenez, à vendre des comics à un prix imbattable, tout comme Edison Crane peut se sortir d'un imbroglio impossible, où, tout-à-trac, sont convoqués l'Atlantide, une société secrète, un méchant fou et sa belle complice.

Pour qu'une bonne comédié fonctionne, en plus d'acteurs qui refusent de cèder au cabotinage, il faut une mise en scène rigoureuse. Et c'est là qu'intervient Matteo Buffagni. Lui aussi prend très au sérieux le travail qu'il a reçu. Plus que Rafael Albuqerque qui l'a précédé sur ce titre (et dont il reste le co-créateur, car si on peut railer Millar sur bien des points, il est difficile de lui reprocher sa relation avec les artistes avec qui il partage à 50-50 tous ses bénéfices, des conditions inégalables dans le milieu des comics US).

Loin de moi l'idée de dire du mal du travail de Albuquerque, si ce n'est qu'il me paraît dessiner parfois trop vite, s'investissant très inégalement d'un projet à l'autre, sans plus trop se fixer (exception faite de sa collaboration avec Scott Snyder). Tout le contraire de Matteo Buffagni qui, bien qu'excellent, n'a jamais reçu l'attention qu'il méritait de la part de scénaristes ou d'éditors avant... Millar.

Car si Millar n'a sans doute par écrit Prodigy : The Icarus Society pour Buffagni (comptant sans doute sur Albuquerque pour un nouveau tour de manège), Buffagni, lui, dessine cette mini-série comme le comic-book qui pourrait prouver à tous ceux qui l'ont négligé qu'ils avaient tort. Il s'est approprié le héros, son univers, s'est adapté à cette écriture too much, pour les tirer à lui, vers plus d'élégance, de sobriété, de rigueur.

Cet épisode le prouve : Buffagni donne une tenue au titre qui lui manquait. Tout y est plus raffiné, plus strict aussi. S'appuyant sur l'infographie, son trait n'a jamais la froideur trop apprêté du dessin numérique, mais la technologie le soutient. Les couleurs de Laura Martin l'enluminent avec un sens exceptionnel des nuances.

Buffagni a été formé à l'école exigeante des fumetti avant de débarquer en Amérique. Comme nombre de ses pairs italiens, son dessin a cette classe innée mais aussi ce classicisme indémodable qui ancre une histoire dans quelque chose d'intemporel, de beau, de soigné. C'est une efficacité toute en retenue, qui ne fait pas de chichi mais qui apporte une lecture incroyablement agréable, fluide, égale. Pas une planche ne dépareille, l'effort est constant. Et c'est ainsi que les histoires de Millar, avec leur exubérance, fonctionne le mieux, quand elles sont contrebalancées par un graphisme qui les entraînent ailleurs, sur un terrain plus ferme, plus cadré.

Millar ment. La belle affaire ! Au moins le fait-il avec enthousiasme, pour son média favori, et avec des partenaires de haute volée - qui doivent apprécier l'illusion pour adhérer à ses projets.

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #3, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero


Captain America : Sentinel of Liberty se lit toujours aussi bien. Le scénario de Collin Kelly et Jackson Lanzing brille par son aspect ludique, c'est un vrai jeu de pistes, avec des éléments vus et revus mais efficacement déployés. Quant à Carmen Carnero, le plaisir qu'elle oprend à dessiner le titre est visible quand on examine ses compositions.


Captain America affronte la Purge, l'androïde envoyé par le Cercle Extérieur pour l'éliminer dans l'usine qu'il prévoyait de saisir. Cap réussit à neutraliser le robot.


Il découvre alors que ce qui intéresse le Cercle se trouve dans les profondeurs de l'usine : une forge alimentée par un volcan où a été moulé son bouclier et ou Boka Agboje lui a laissé un message.


C'est ensuite qu'apparaît un hologramme de la mère de Agboje qui déclenche l'auto-destruction du site. Captain America se sort de justesse de cette fournaise.


Cependant, à Madripoor, l'échange entre Bucky et Peggy Carter s'envenime lorsqu'il l'accuse d'être complice du Cercle Extérieur...

Le parti-pris d'un scénario peut faire se force comme sa limite. Et dans le cas d'histoires impliquant un personnage comme Captain America, il faut maîtriser son sujet car le risque, c'est de sombrer dans une caricature, qui, de ce côté-ci de l'Atlantique, parasite la lecture.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'il a toujours été de bon ton de railler Captain America pour ce qu'il ne représente pas. Après tout, cela inspira au génial Gotlib Super-Dupont, caricature du super-héros patriote. Je pense aussi au malentendu qui a longtemps poursuivi et accablé Bruce Springsteen après son tube Born in the U.S.A., sorti en pleine ère Reaganienne et interprété comme une ode au Parti Républcain (alors qu'il s'agissait du contraire).

Tout ça pour dire qu'il est difficle d'luder la dimension politique de Captain America, a fortiori dans une série sous-titrée Sentinel of Liberty. Une des options pour les auteurs est alors de subvertir les attentes (ou les craintes, c'est selon) du lecteur en n'exploitant pas frontalement cet aspect politique.

C'est cette option que privilégient aujourd'hui Collin Kelly et Jackson Lanzing. Le fond de leur histoire est politique, mais la forme est celle d'un jeu, un jeu de piste tournant autour du symbole de Captain America, l'étoile à cinq branches qui orne le centre de son bouclier. On pourrait presque affirmer que c'est le boucleir le vrai héros de ce run puisqu'il s'agit d'en percer le secret. 

Et si donc le symbole n'était pas celui que croyait Captain America et par conséquent le public ? A moins que, de manière plus nuancée, on veuille nous faire douter. Ce n'est pas la première fois que Captain America ne combat pas un vilain mais plutôt une organisation (l'Hydra est là pour nous le rappeler). Il a lui-même fait partie des Illuminati de Marvel, des sortes de conspirateurs du Bien dont on le dégagea quand son idéalisme risqua de freiner les plans de Iron Man, Black Panther, Mr. Fantastic et compagnie.

Ce troisième épisode de Captain America : Sentinel of Liberty développe donc ce qui était présenté le mois dernier et creuse, littéralement, plus en profondeur l'origine du bouclier, son sens véritable. On découvre une forge, un message d'outre-tombe (et même deux pour être exact). La manoeuvre du duo de scénaristes est habile car il ne dévoile toujours rien de définitif mais place le héros comme le lecteur dans une position active où il faut encore enquêter et prendre parti comme le font les auteurs. En l'occurrence savoir si les méchants de l'histoire vont réussir à détourner le symbole du bouclier ou si Captain America réussira à honorer la mémoire et le message de celui qui le forgea.

Cette façon d'écrire exige du rythme et de la rigueur et cet épisode prouve que Kelly et Lanzing tiennent bon la barre sur ces deux plans. Il y a une bonne part d'action et encore plus de grand spectacle, et surtout ce frisson délicieux de l'aventure, de la découverte, de l'investigation. Nous n'en savons pas plus que Captain America et donc nous vibrons à ses exploits. 

En parallèle, au début et à la fin de l'épisode, nous suivons toujours Bucky à Madripoor et assistons à son échange musclé avec Peggy Carter, dans un rôle trouble. Même si on peut trouver qu'elle étale un peu facilement le Soldat de l'Hiver, les scénaristes glissent une discrète allusion au run de Ta-Nehisi Coates (avec la reformation des Filles de la Liberté) et brouillent les cartes en évitant des liaisons trop évidentes. Nul doute qu'au bout du bout, Bucky et Cap verront leurs intrigues converger, mais quelque chose me dit que les auteurs tissent quelque chose d'ambitieux, sur le long terme, qui ne sera pas résolu au bout d'un arc.

Le plaisir qu'on prend à cette lecture provient aussi de sa partie graphique. Car quand on sent, comme c'est le cas ici, que l'artiste s'amuse également beaucoup, et que le résultat suit, c'est-à-dire que ce plaisir se convertit en belles planches, alors c'est une merveilleuse alchimie.

Carmen Carnero est très en forme et ce mois-ci elle se lâche grâce à des scènes qui le lui permettent encore davantage qu'au cours des deux premiers épisodes. Par exemple, comme au début du run de Kelly Thompson sur Captain Marvel, elle renoue avec des images où elle décompose l'action et les mouvements d'une manière formidable dynamique. Ce procédé lui permet de résumer une bagarre tout en lui conférant une plasticité épatante. Elle travaille la profondeur de champ, les valeurs du plan, la composition générale de la page et c'est brillant.

Mais Carnero prouve qu'elle peut aussi découper en un "gaufrier" de neuf cases rigoureux une scène muette dans laquelle Cap explore l'intérieur de l'usine et cela génère une tension palpable de façon simple. Elle élargit ensuite les dimensions de son cadre pour représenter la forge, le volcan en fusion, les coulées de lave, magnifiés par les couleurs solaires de Nolan Woodard.

Puis, sans prévenir, elle lâche une somptueuse double page qui se lit dans le sens des aiguilles d'une montre, articulée autour des cinq branches du bouclier. Magnifique. A la fin de l'épisode, rebelote dans une scène de bagarre très animée entre Bucky et Peggy. Quand une dessiantrice ose cela, c'est qu'elle est en confiance, elle est en pleine possession de ses moyens, le script l'inspire (et/ou est bien détaillé pour la guider). En tout cas, sa technique narrative est solide et donne du punch à l'épisode.

Contrairement à sa série-soeur, Symbol of Truth, la qualité de Sentinel of Liberty est plus manifeste, plus assurée. C'est patent dans l'écriture, c'est flagrant dans le dessin. C'est un retour vraiment gagnant pour Steve Rogers.

jeudi 11 août 2022

A.X.E. : JUDGMENT DAY #2, de Kieron Gillen et Valerio Schiti


A.X.E. : Judgment Day se poursuit cette semaine avec un deuxième épisode qui marque, selon les dires de son scénariste, Kieron Gillen, la fin du premier Acte de cet event. C'est dire si l'auteur ne perd pas de temps et effectivement, le rythme est très soutenu, les situations s'enchaînent sans temps mort et sur plusieurs niveaux. Valerio Schiti suit le mouvement avec une aisance confondante au dessin.


Tout autour du monde, six individus suivent les événements consécutifs à l'attaque menée par les Eternels contre les mutants. L'un d'eux va en mourir.


Krakoa. La bataille fait rage contre les six Hex, ces géants Eternels convoqués par Druig. Les Avengers viennent soutenir les mutants puis partent s'occuper de civils mis en danger par les conséquences.


Cependant, Iron Man, Mr. Sinistre, Makkari et Ajak s'emploient à leur plan pour faire cesser le conflit en révéllant le Progéniteur, ce Céleste mort qui sert de Q.G. aux Avengers.


Leur plan réussit car le Progéniteur se réveille, reprogrammé. Il ordonne aux Hex de se replier. Mais il annonce aussi aux humains et aux mutants qu'il va les soumettre à son jugement...

Et donc, le mot est lancé : le Jour du Jugement est celui où le Progéniteur va estimer si l'humanité (mutants compris) est digne de continuer à exister. Toyt le monde va être jugé, sans exception.

Si ça vous rappelle un précédent event Marvel, c'est normal : dans Original Sin, en 2014, Jason Aaron, avec Mike Deodato Jr. au dessin, sondait aussi l'humanité, et particulièrement la communauté des super-héros, à la suite du meurtre du Gardien Uatu, témoin de tous les secrets de 'Univers et de la Terre en particulier. L'occasion à l'époque pour Marvel de, entre autres, donner un tout autre rôle à Nick Fury, de rendre Thor indigne, de révèler un pan du passé du père de Daredevil, etc.

Ce jugement dernier a évidemment ici des accents bibliques avec un Céleste ressucité dans le rôle de Dieu s'apprêtant à condamner ou éparner l'humanité. C'est aussi une manière pour Kieron Gillen à la fois de prolonger des considérations propres sur la foi (explorées dans plusieurs de ses séries en creator-owned comme The Wicked + The Divine, Once & Future, Die, mais également chez Marvel avec Journey into Mystery) et de donner encore plus d'envergure à son event (si c'était possible).

Le scénariste avait expliqué, en interview, que Judgment Day se divisait en trois Actes et donc ce deuxième numéro marque la fin du premier. On n'a vraiment eu le temps de voir le temps passer, tout est allé très vite, avec une escalade spectaculaire, mais sans que le récit ne soit expédié ou bâclé. C'est un exploit, mais pas un hasard car Gillen a su faire l'économie de tics horripilants dans sa narration, comme la voix-off de la Machine (trop envahissante dans Eternals) ou une sorte d'ironie qui parasitait l'émotion.

Au cours de l'épisode, Gillen dispose trois fils narratifs : le premier, le plus intrigant, met en scène six humains à travers le monde, observant différemment ce qui se joue à Krakoa entre les Hex, ces gigantesques Eternels, et les mutants. Si le scénariste s'arrête sur eux, c'est évidemment qu'on va les retrouver dans les prochains épisodes (un teaser a même indiqué qu'ils étaient les six personnes les plus importantes de la Terre). Pourtant, l'un d'eux périt déjà, frappé subitement pour permettre à un des Hex de ressuciter (la condition établie par Gillen pour le retour à la vie des Eternels étant qu'un mortel soit sacrifié).

Le deuxième fil met en scène la bataille entre les Hex et les X-Men, bientôt aidés par les Avengers (moins Iron Man). Ces scènes permettent de vérifier que Valerio Schiti est un artiste exceptionnel, surpassant aisément tous ses collègues chez Marvel actuellement par sa capacité non seulement à livrer ses pages sans retard mais aussi parce qu'il sait composer des images fortes, grandioses, et où pourtant chaque personnage a droit à son moment de gloire, appréciant la situation avec assurance et bravoure. Grâce à la fluidité du découpage, on peut suivre un échange précieux entre Captain America et Cyclope dans le feu de l'action sans que cela n'encombre la narration.

Enfin, un troisième fil suit les efforts de Iron Man, Mr. Sinistre, Makkari et Ajak pour réveiller le Progéniteur, la montagne des Avengers, ce Céleste mort dans lequel l'équipe de héros a installé son quartier général depuis le début du run de Jason Aaron. Là encore Schiti, au milieu de l'effervescence qui anime ce quatuor, parvient à glisser quelques cases judicieuses pour montrer que Sinistre est toujours aussi barré et inquiétant et pathétique. Gillen, lui, a lu le run de Christopher Cantwell sur Iron Man en faisant une référence discrète au fait que Tony Stark a récemment fait l'expérience d'avoir les pouvoirs d'un dieu (en absorbant les pouvoirs de Korvac), et que maintenant il travaille justement à (re)créer une divinité.

Tout ça en 25 pages ! Il y a de quoi lire dans ce Judgment Day qui ne se résume pas à une cascade de scènes d'action spectaculaires à coups d'enjeux monumentaux. Cette dimension n'est pas occultée, mais elle laisse de la place pour un peu d'interaction entre les personnages et un zeste de mystère (avec les six humains).

Parce que Gillen réussit à nous embarquer et Schiti à nous éblouir, on est franchement curieux de voir ce que la suite nous réserve, sachant là encore que le scénariste a averti que chaque Acte posséderait une tonalité différente. Comment vont réagir les X-Men, les Eternels et les Avengers désormais que la résolution de cette histoire dépasse un affrontement basique ? Si le fait que le plan improbable d'Ajak et Iron Man n'a pas abouti au résultat escompté initialement (reconfigurer un Dieu ne signifie pas en faire un dieu docile ou indulgent) et est plutôt convenu (c'est même une sorte de gag dans la mesure où jamais les plans impliquant Iron Man ne fonctionne - voir Civil War, Avengers vs X-Men), le reste est vraiment accrocheur et imprévisible.

Souhaitons que ça le reste. A cette condition, A.X.E. : Judgment Day peut devenir un event qui se distingue, qui sort du lot.