lundi 13 décembre 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES (Nouvelle formule !)

 Hello à tous ! Hé oui, je sais qu'il y a pile une semaine je vous annonçai la fin de cette rubrique, qui me prenait trop de temps. Mais finalement, avec l'aide d'un ami, je vais la maintenir pour encore un moment. Le texte ci-dessous n'est donc pas entièrement rédigé par moi (même si je continue de superviser) et j'espère que vous adhérerez à cette nouvelle formule, qui respecte au maximum ce qui a déjà été proposé auparavant. N'hésitez pas me laisser des commentaires à ce sujet.

DC COMICS :


Bien qu'il ne soit plus sous contrat exclusif avec DC Comics, Brian Michael Bendis reste actif chez l'éditeur pour lequel il continue d'écrire Justice League. Mais cette semaine, il a surtout annoncé le retour de sa série Naomi.


Bendis avait créé cette jeune super-héroïne il y a trois ans au sein du label Wonder Comics, puis l'avait intégrée au sein de la Ligue de Justice. Tout en assurant qu'il y aurait une seconde "saison" de ses aventures.


Et c'est donc chose faite. David F. Walker, le co-scénariste du titre, rempile aussi pour six nouveaux épisodes qui promettent de revenir sur les événements vécues par Naomi et qui ont impacté son entrée au sein de la Justice League, avec les méchants de sa planète natale, Brutus et Zumbado.


Jamal Campbell est celui qui a retardé le retour de Naomi puisque, entre temps, il a dessiné la mini-série Far Sector. Mais il est à nouveau disponible et DC donne une nouvelle chance à cette super-héroïne souvent comparée Miles Morales (autre créature de Bendis).  A partir de Mars 2022.


Le crossover Trial of The Amazons débutera lui aussi au Printemps prochain. On en a déjà parlé ici et l'histoire se suivra dans les pages de Nubia & the Amazons, Wonder Woman et Wonder Girl.


Auc commandes, pas moins de cinq auteurs dont le duo Becky Cloonan-Michael W. Conrad, actuellement co-scénaristes de Wonder Woman ; mais aussi Vita Ayala et Stephanie Phillips qui écrivent Nubia & the Amazons ; et bien sûr Joelle Jones qui oeuvre sur Wonder Girl.
 

Les auteurs, dans une interview il y a quelques jours, ont annoncé vouloir profiter de cette saga pour faire de Themyscira, l'île des Amazones, une place forte du DCU, au même rang que Metropolis (base de Superman) ou Gotham (résidence de Batman).
 

Ce sera aussi l'occasion de réflechir à la politique des Amazones, à la place des différentes issues de cet endroit (y compris la rebelle Artemis et l'ex-reine Hippolyte). Il y a une volonté affichée de secouer l'ordre établi, avec plusieurs tribus de l'île, Hadés, et même un guerrier de Thanagar.


Jordie Bellaire assurera les couleurs sur toutes les séries impactées, même si on ignore encore qui seront les artistes attachés à chaque titre.

*
MARVEL COMICS :


Le prochain Free Comic Book Day va fournir l'occasion à Marvel d'annoncer quelques publications événementielles. Et celle qui est certaine de créer le buzz concerne un futur event Avengers-X-Men et qui promet de redéfinir profondément et durablement les relations entre les deux équipes.


Alors que Jason Aaron a depuis longtemps exprimé son souhait d'écrire une sorte de match-retour à Avengers vs. X-Men, il n'est pas impliqué dans ce projet qui sera co-écrit par Kieron Gillen et Gerry Duggan.


Le prélude qui sera publié lors du FCBD sera dessiné par Dustin Weaver et donc on peut s'attendre à ce que cette saga soit programmé pour l'été 2022. Espérons juste que ce ne sera pas juste une grosse baston avec Echo au milieu (pour rappel, Maya Lopez est désormais l'hôte du Phénix).


L'autre interrogation concerne l'identité de l'artiste qui dessinera le futur event. Weaver sera-t-il confirmé ? Ou plutôt un autre (Pepe Larraz par exemple) ? A suivre.


C'était prévisible : après What if...? sur Disney+, dans l'épisode 1, Sharon Carter alias Captain Carter va avoir droit à une mini-série. Chez Marvel, la synergie entre médias est totale, rien ne se perd, tout se transforme.


C'est Jamie McKelvie qui écrira cette mini-série en cinq épisodes à partir de Mars prochain. C'est également lui qui a signé le character's design de l'héroïne, sensiblement différent de celui vu dans la série Disney+. L'histoire ne semble pas très originale puisqu'elle reprend les grandes lignes de celles de Captain America avec Sharon Carter qui se réveillera à notre époque et vite dans le viseur d'un méchant.


En revanche, ce n'est pas McKelvie qui dessinera la mini-série mais Mariska Cresta.


La semaine dernière, ici-même, étaient postés des images promotionnelles pour Destiny of X, qui débutera également au Printemps 2022. Entre temps, Marvel a commencé à lever le voile sur ce qui sera une nouvelle ère pour les mutants de Krakoa après que Jonathan Hickman aura passé la main. Leinil Yu a produit ce poster (qui fait penser à la wrapparound cover de House of M #1 par Olivier Coipel) en forme de photo de famille, mais où on remarque quelques absences (Malicia, Havok, Cypher). Et surtout 9 titres de séries.


Sur ces neuf titres, deux ont déjà été présentées. La première s'intitule Immortal X-Men et sera écrite par Kieron Gillen, qui fait donc son entrée dans le club. Le pitch évoque les X-Men version Hickman  puisque ce sont les membres du Conseil de Krakoa qui en seront les vedettes ainsi que quelques dignitaires de Arakko. 


Gillen a comparé Immortal X-Men aux New Avengers de Hickman (c'est-à-dire l'équivalent des illuminati rassemblés par Brian Michael Bendis, une bande de conspirateurs du Bien). C'est alléchant. Lucas Werneck dessinera et Gillen promet que l'artiste sort des planches extraordinaires - il faut l'espérer avec un tel sujet, un tel casting, et surtout après ses prestations peu convaincantes sur Marauders ou The Trial of Magneto.
 

Deuxième titre : Marauders. Ce n'est pas une nouveauté ni même une surprise, mais Steve Orlando succède donc à Gerry Duggan et la série sera relaunchée, avec un nouveau numéro 1. On suivra donc toujours l'équipage de la capitaine Kate Pryde avec un effectif modifié : Bishop reste fidèle au poste, mais sera entouré par Psylocke (Kwannon), Daken, Tempo, Somnus (une création de Orlando), et Aurora. sans oublier Lockheed bien sûr.
  

Toutefois on ignore encore si les Marauders seront toujours liés à Emma Frost (dont le statut risque d'être revu au terme de Inferno) et de la Hellfire trading company. Autrement dit les pirates mutants écouleront-ils toujours la médecine krakoane ? Ou se consacreront-ils au sauvetage de mutants persécutés ? Orlando a seulement consenti à révéler qu'un très vieil ennemi allait se dresser devant les héros...


Au dessin, Marauders (qui a vu défiler beaucoup d'artistes inégaux) est cette fois confié à Eleonora Carlini, dont le style est limite cartoony, avec aussi des influences manga. Bon, on verra ce que ça donne.

*
GEORGE PEREZ :


Pour terminer, un mot à propos de George Pérez. Ce n'est plus un scoop mais le légendaire scénariste et dessianteur a publié sur sa page Facebook un bouleversant message dans lequel il révèle être atteint d'un cancer du pancréas en phase terminale et donc inopérable. Il a choisi de profiter du temps qu'il lui reste (un pronostic de six mois à un an à vivre) sans poursuivre les soins, auprès des siens.
Ce qui émeut particulièrement dans le cas de George Pérez, c'est l'état d'esprit avec lequel il communique : il a souhaité être totalement transparent avec ses fans et affronte cette tragique échéance avec une humeur positive admirable, espérant juste ne pas trop souffrir, et en ayant pris les dispositions nécessaires pour que sa famille soit à l'abri du besoin.
Bien entendu, la nouvelle a suscité une multitude de réactions auprès de ses pairs et de ses fans, qui l'ont totalement dépassé, a-t-il dit ensuite. George Pérez est un géant des comics et, à titre personnel, il a été un de mes héros depuis toujours puisque, lorsque j'ai commencé à lire des BD américaines, c'était avec New Teen Titans, qu'il dessinait et que Marv Wolfman écrivait, en parallèle avec Uncanny X-Men de Chris Claremont et John Byrne. Après, j'ai été plus ou moins attentif à ses autres travaux mais toujours impressionné par son style hyper-détaillé, ce foisonnement à chaque image, cette générosité aussi qu'il avait pour le public dans les conventions ou envers les autres via HERO Initiative dont il fut longtemps le principal donateur en signant des dessins originaux dont le produit de la vente allait dans une caisse pour couvrir les frais médicaux d'artistes dans le besoin.
Depuis 2019, Pérez s'était retiré. Ayant perdu la vue d'un oeil à cause du diabète, il ne pouvait plus poursuivre son activité.
Si vous souhaitez adresser un message à cet immense monsieur, allez sur sa page Facebook : https://www.facebook.com/TheGeorgePerez . 

Et voilà ! Merci pour votre attention. Encore une fois, n'hésitez pas à laisser un commentaire (sur la tenue de cette rubrique, sur l'une ou l'autre des infos). Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. A bientôt !

dimanche 12 décembre 2021

LES ETERNELS, de Chloe Zhao


J'ai enfin vu Les Eternels et, après avoir bien tourné autour du pot, je me lance dans sa critique. Il faut dire que la tâche n'est pas aisée car si le fan du MCU a envie de défendre le film après y avoir beaucoup cru, d'un autre côté l'objet est loin d'être convaincant. Et si le vrai problème de long métrage de Chloe Zhao résidait dans le simple fait qu'il ne s'agit pas vraiment des Eternels ?


5000 av. J.C. Dix Eternels - Ajak, Ikaris, Sersi, Druig, Makkari, Phastos, Thena, Kingo, Sprite et Gilgamseh - débarquent en Mésopotamie pour repousser une attaque des Déviants contre les humains. C'est le point de départ de la mission de ces surhommes pour accompagner l'évolution de l'humanité et éradiquer de la surface de la Terre ces monstres dont le dernier périra en 1521. Le groupe des Eternels se sépare alors, miné par des tensions internes.


De nos jour. Sersi et Sprite vivent en colocation à Londres. Sersi travaille au Musée d'Histoire Naturelle et a une relation amoureuse avec un humain, Dane Whitman. Lorsqu'ils sont attaqués par un Déviant, Ikaris resurgit et repousse le monstre. Sersi révèle sa vraie nature à Dane et décide de partir consulter Ajak au sujet de cette agression. Avec Sprite et Ikaris, elle part dans le Sud-Dakota et ils trouvent Ajak assassinée.


Sersi devient le contact des Eternels auprès du Céleste Arishem, leur créateur, qui lui dévoile le secret de leurs origines et de leur mission : ils sont des êtres artificiels qui en favorisant l'évolution et la croissance de l'espèce humaine devaient permettre l'émergence de Tiamut, un autre Céleste, endormi au coeur de la Terre, activée par l'énergie des hommes.. Cela signifie donc la fin prochaine de la planète qui sera compensée par la création d'un autre, dans un cycle perpétuel.


Sersi informe Sprite et Ikaris et ils vont à la rencontre de Gilgamesh et Thena, en couple, puis de Druig, devenu le chef d'une commuauté humaine dans la jungle. Là, une nouvelle attaque des Déviants, menée par leur chef Kro, cause la perte de Gilgamesh, qui se sacrifie pour Thena. Puis l'équipe va demander l'aide de Phastos, qui vit avec un homme avec lequel il a un enfant. Face à l'urgence de la situation, il accepte de les aider.
 

Ralliant la cachette de leur vaisseau, le Domo, dans lequel s'est installée Makkari, les Eternels élaborent un plan consistant à unir leurs pouvoirs pour former le Grand Esprit, une force suffisante pour affronter un Céleste et peut-être en empêcher l'émergence. Mais Ikaris s'oppose à ses amis et leur révèle avoir tué, en la livrant aux Déviants, Ajak, qui doutait du plan d'Arishem. Il est prêt à éliminer tous ceux qui se dresseront contre la volonté de leur créateur. Kingo préfère repartir et Sprite se range aux côtés d'Ikaris, qu'elle a toujours aimé en secret.


Mais les autres ne renoncent pas et pendant que Druig et Phastos collaborent sur le moyen de former le Grand Esprit. Pour occuper Ikaris, Thena et Makkari l'affrontent au pied d'un volcan d'où doit sortir Tiamut. Kro s'en mêle, espérant profiter du chaos de la bataille pour s'emparer des pouvoirs des Eternels comme il a absorbé ceux de Ajak et Gilgamseh. Druig augmente les pouvoirs de Sersi, grâce au Grand Esprit, qui pétrifie le volcan pendant que Thena tue Kro et que Phastos et Makkari immobilisent Ikaris. Celui-ci, désespéré, s'envole et plonge dans le soleil. Avec l'énergie du Grand Esprit qu'il lui reste, Sersi fait de Sprite une mortelle, comme elle le souhaite puisqu'elle a conservé l'apparence d'une enfant.
 

Thena, Druig et Thena quittent la Terre à bord du Domo. Mais Arishem punit Sersi, Sprite, Kingo en les enlevant et leur ôtant la mémoire.

Deux scènes supplémentaires surviennent durant le générique de fin :

- Eros, le frère de Thanos, s'invite à bord du Domo pour prévenir les Eternels de la dernière action d'Arishem et de la menace qui pèse sur la Terre qu'il va continuer d'observer pour juger si ses habitants sont dignes de continuer à vivre.

- Dane Whitman se met en tête de retrouver Sersi et s'arme de l'Epée d'Ebène, une arme maudite appartenant à sa famille. Mais quelqu'un, dans l'ombre, le met en garde sur sa décision de s'en servir.

Depuis la fin de la Phase 3 du MCU, avec Avengers : Endgame et Spider-Man : Far From Home, Kevin Feige, le grand manitou des films Marvel, a la lourde responsabilité de produire de nouveaux longs métrages susceptibles de remplacer dans le coeur des fans les exploits des Avengers. Comment pérenniser un tel succès sans les champions du box office ? Et en composant avec les séries sur Disney+ ?

Car, en plus, désormais, tout fait partie de la continuité, films et séries. Si une nouvelle menace au long cours semble se dessiner avec Kang et le Multivers, le catalogue Marvel est suffisamment riche pour proposer de nouveaux héros et donc de nouvelles histoires au public. Si Black Widow a déçu, parce qu'au fond son passé n'avait plus guère d'intérêt (en dehors de nous présenter Yelena Belova, sa remplaçante - qui vient de resurgir dans la série Hawkeye), et si Shang-Chi était déconnecté de l'ensemble, il restait Les Eternels, en attendant les retours de Spider-Man (No Way Home), de Doctor Strange (In the Multiverse of Madness), de Thor (Love & Thunder), des Guardians of the Galaxy (Vol.3), de Ant-Man and the Wasp (Quantumania).

Créés par Jack Kirby, ces héros ne sont pas des premiers rôles, même si l'éditeur vient de leur redonner un comic-book (par ailleurs excellent). Depuis 1976, ils restent méconnus comme si les scénaristes ne savaient pas comment els intégrer à la continuité. Neil Gaiman, en 2008, avait, avec le dessinateur John Romita Jr, corrigé ça, si bien que sa mini-série fournissait un récit idéal pour être adapté au cinéma.

Et c'est là que le bât blesse avec le film de Chloe Zhao ! Car, avec ses co-scénaristes (Patrick Burleigh, Ryan et Kaz Firpo), c'est comme si elle n'avait lu ni Kirby ni Gaiman. Les Eternels qu'elle met en scène n'ont plus grand-chose à voir avec les personnages des comics. Elle cite des éléments de leur mythologie, mais en modifie profondément d'autres, ce qui aboutit à des héros abatardis, hybrides. Pour les connaisseurs, c'est une expérience bizarre, déstabilisante. Pour les néophites, ce sera un long métrage à la fois accessible et maladroit. Personne en tout cas ne peut être pleinement satisfait.

Pour rappel, les Eternels ont bien, comme dans le film, été créés par les Célestes, des géants à la puissance incommensurable qui sont aussi des laborantins cosmiques, pratiquant des expériences sur des formes de vie. En découvrant la Terre et les premiers hommes, ils donnent naissance aux Eternels et les Déviants, des anges et des démons. Dans le film, les Eternels sont réduits à l'état de quasi-robots programmés pour éradiquer les Déviants, qui représentent une anomalie pour les Célestes parce qu'ils peuvent évoluer et donc contrarier leurs desseins.

En changeant la conception des Eternels, Zhao et ses scénaristes gâchent l'énorme potentiel de ses personnages et de leur histoire Paradoxalement, à côté de cela, elle respecte le fait que les Eternels finissent par passer inaperçus au milieu des humains, certains d'entre eux doutant des plans des Célestes, de la mission qu'ils leur ont assignés. Mais le récit se dispense d'expliquer clairement comment des Déviants, censés avoir tous été éliminés depuis 1521, resurgissent et que leur chef, Kro, soit capable désormais d'absorber les pouvoirs des Eternels qu'ils tuent pour gagner en puissance et en savoir.

Le script va et vient ainsi entre respect du matériau d'origine et réécriture à la truelle. Zhao a expliqué avoir écarté de la version finale du scénario deux personnages, mais sans dire lesquels. On peut présumer qu'il s'agit de Zuras, un Eternel Prime, père de Thena, dont elle a donné le rôle de guide à Ajak (ce n'est pas idiot puisque comme dans les comics Ajak communique avec les Célestes). Par contre, d'autres Eternels comme Kingo sont totalement remaniés, d'une manière peu inspirée (entre ses pouvoirs ridicules et son statut au sein des humains, rien de commun avec le héros des BD), et surtout Ikaris (le guerrier qui cache ici un méchant dévot des Célestes et prêt à éliminer quiconque se dressera contre le plan du patron). 

En permanence, le film gâche une bonne idée (Druig qui gagne en ambiguïté, Sprite frustrée par son apparence) par des mauvaises (le trauma de Thena qui tombe comme un cheveu dans la soupe et resurgit ensuite à intervalles réguliers pour susciter la crainte, la sous exploitation des rôles de Gilgamesh et surtout de Makkari). Les Déviants, qui, dans les comics, sont représentés sous la forme de monstres humanoïdes et barbares, font place ici à des chimères plus proches de bêtes sauvages et légendaires (à l'exception de Kro, allez savoir pourquoi), et entièrement en CGI (d'une laideur incroyable, ce qui est stupéfiant quand on sait le soin que nécessite ce genre de films et la compétence de Marvel dans ce domaine).

Depuis toujours, la question qui divise les cinéphiles à propos du MCU est sa compatibilité avec les cinéastes auteurs. Les précédents créés par Julie Taymor (débarquée de Thor 2) ou Edgar Wright (qui a abandonné, découragé, Ant-Man après 8 années de développement) ont beau avoir été compensés par les contributions de Taïka Waïtiti ou James Gunn ou les frères Russo, le malaise persiste parce que, chez DC/Warner, des réalisateurs aux styles marqués comme Christopher Nolan, Zack Snyder ou Patty Jenkins ont imposé des films plus stylés visuellement (même si cette impression doit être nuancée par la qualité effective des films).

Oscarisée pour son Nomadland, Chloe Zhao portait d'énormes espoirs sur ce plan-là. Mais la cinéaste convainc par intemittences. Nul doute qu'elle s'est investie dans ce projet (pour lequel elle a pris part à son écriture et a obtenu de tourner dans des décors naturels), mais elle échoue totalement à donner un souffle épique à son récit et surtout à persuader le public du charisme de ses interprètes.

Car, et c'est la cerise amère sur ce gâteau, le casting est majoritairement foireux. Richard Madden, Gemma Chan, Angelina Jolie et Salma Hayek sont cruellement inexpressifs et leur jeu est éteint. Kumail Nanjani est ridicule du début à la fin. Barry Keogan et Don Lee s'en tirent mieux mais leurs personnages sont trop en retrait ou écartés trop vite. Lia McHugh boude un peu trop et Lauren Ridloff est honteusement reléguée au second plan. Quant à Kit Harrington, s'il est acquis qu'on le reverra en Black Knight, il ne le devra pas à son talent de comédien. Enfin, je n'en reviens toujours pas que Harry Styles, ce chanteur pour midinettes, ait été choisi pour incarner Eros !

Les Eternels reviendront, nous assure-t-on à la toute fin du générique. Mais franchement, qui est pressé de les revoir ? Quant au MCU, outre les séries sur Disney+, il devrait retrouver des couleurs très vite avec Spider-Man : No Way Home. La preuve que c'est dans les classiques que se trouve le meilleur de cet univers ?

samedi 11 décembre 2021

ONE-STAR SQUADRON #1, de Mark Russell et Steve Lieber


Et je finis ma semaine de lecture/critique avec le premier numéro de One-Star Squadron, une série limitée en six épisodes, écrite par Mark Russell et dessinée par Steve Lieber. Le titre ne laisse aucun doute sur les intentions du projet : on va rigoler. Mais pas que en fait, car avec ses super-héros de seconde zone, dans une situation assez pathétique, ce comic-book réfléchit sur le capitalisme et l'existence de personnages oubliés par les scénaristes et les editors.


HEROZ4U est une application grâce à laquelle n'importe qui peut louer les services d'un groupe de super-héros. Tous ensemble ou seulement l'un d'eux peuvent aussi bien faire face à une menace d'envergure qu'animer une fête de famille. Red Tornado s'occupe d'une des agences de cette société.


Il doit composer avec la mauvaise humeur d'un de ses employés, Minute Man, qui se plaint de n'avoir jamais une mission intéressante. En consultant les notes laissées par ses clients, Red Tornado comprend son impopularité. Minute Man l'interroge : à quand remonte la dernière fois où il s'est senti un héros ?


Red Tornado se remémore ses heures de gloire au sein de la Justice League. Puis il sort de sa rêverie quand Power Girl l'appelle car un homme amnésique rôde près de chez lui. Pendant que son épouse s'occupe du vagabond, Red Tornado l'identifie comme l'ex-justicier urbain Gangbuster.


A l'agence, Power Girl remplace Red Tornado et motive ses troupes en leur recommandant le lecture d'un ouvrage écrit par Maxwell Lord. Red Tornado conduit Gangbuster à sa dernière adresse connue et tombe sur une femme qui jure ne pas le connaître...

Mark Russell est un scénariste qui, sans faire de bruit, commence à se faire un nom. Il a débuté en 2015 avec le reboot de Prez, sur le destin d'une adolescente qui devient présidente des Etats-Unis. Puis il anime le revamp des Flintstones et de Exit, Stage Left ! The Snagglepuss Chronicles d'après les personnages des dessins animés de Hanna-Barbera, en 2018. L'année suivante, au sein du label Wonder Comics de Brian Michael Bendis, il rédige les aventures des Wonder Twins. Mais c'est surtout Second Coming qui va attirer l'attention sur son travail : DC refusera, par peur des réactions des ligues catholiques, de publier cette histoire sur la cohabitation entre un super-héros et Jésus-Christ pour apprendre à ce dernier comment bien utiliser ses pouvoirs - le titre paraîtra chez Ahoy Comics.

A chaque fois, donc, Russell a le chic pour trouver un angle original, voire provocant, à ses histoires. Le résultat est d'autant plus frappant que son écriture est simple et efficace, jamais racoleuse. Alors quand DC le rappelle pour lancer une mini-série au titre parodique - One-Star Squadron renvoie au All-Star Squadron, émanation de la Justice Society of America, de Roy Thomas - , on se demande ce qu'il va en faire.

Imaginez donc une application qui permet à n'importe qui de louer un ou plusieurs super-héros de seconde zone pour n'importe quelle tâche, qu'il s'agisse d'une menace d'envergure ou d'une simple animation pour une fête de famille. Red Tornado, jadis membre éminent de la Justice League, dirige une des agences utilisant cette appli et Power Girl est sa partenaire. Mais celle-ci aimerait bien être la boss de la boîte et ne va pas hésiter à profiter à dire du mal de Red Tornado dans son dos au conseil d'administration pour arriver à ses fins. Pendant ce temps, Red Tornado doit s'occuper d'un ancien justicier amnésique...

Ne montez pas sur vos grands chevaux si vous êtes fan de Red Tornado et/ou Power Girl en déplorant le traitement qui leur est réservés. Peu de chances que One-Star Squadron intègre la continuité DC, même si, en vérité, plus personne ne semble inspiré par ces deux personnages depuis belle lurette (ce qui est bien dommage). En vérité, Mark Russell s'en sert comme d'un véhicule pour réfléchir à deux situations.

La première, c'est le statut même de ces personnages. DC comme Marvel a un catalogue très fourni de héros et finalement seule une petite partie est activement exploitée. Les vedettes incontournables sont ceux dont les mensuels se vendent en grosse quantité et qui cumulent aventures en solo et au sein d'une équipe attractive. Ensuite, il y a des personnages plus récents, parfois déclinés de stars anciennes mais qui séduisent de nouveaux lecteurs justement parce qu'ils ne sont pas lestés d'un passé trop important. Et enfin, il y a tous les autres, les seconds couteaux, les has-been, les héros-cultes mais plus dans le vent, des créatures oubliées dont plus personne ne sait quoi faire ou dont le potentiel a été épuisé ou dont les équipes n'ont plus de titres réguliers. C'est le cas de Red Tornado, dont la dernière période faste remonte à la Justice League of America de la période Brad Meltzer en... 2006 ! Et Power Girl aux épisodes de Justice Society of America par Geoff Johns en... 2007 !

Mais les editors et les auteurs ne sont pas seuls responsables du sort piteux de ces personnages : Brian Azzarello, dans Dr. Thirteen, pointait aussi le doigt sur les fans eux-mêmes qui, en n'achetant pas les comics, condamnaient leurs héros. Que se passeraient-ils alors si, comme dans la vraie vie, des anciens super-héros se retrouvaient sans boulot, sans domicile fixe ? Certainement qu'ils finiraient comme Red Tornado et Power Girl par accepter un job un peu pathétique comme celui qu'ils occupent dans One-Star Squadron tout en se demandant à quand remonte la dernière fois où ils se sont sentis utiles et héroïques et comment ils pourraient éventuellement le redevenir ?

La seconde situation explorée ici, c'est le rapport au capitalisme. Mark Russell ne va pas, rassurez-vous, vous assommer avec une analyse sur les ravages de l'überisation de la société. Mais il appuie juste là où il faut pour dénoncer, subtilement, les lois du marché appliquées au super-héroïsme avec des personnages contraints pour exister de bosser pour une entreprise qui leur fournit des tâches humiliantes, indignes des services qu'ils ont rendus à la communauté. Un peu comme si un pompier qui avait sauvé plusieurs civils d'un incendie était rétrogradé sans autre raison que des coupes budgétaires, un flic intègre et efficace relégué à faire la circulation ou un médecin obligé de changer de service parce que le sien ferme.

Sur le plan de l'intrigue, on suit d'un côté le cas de Gangbuster que sa femme jure ne pas connaître et, d'un autre côté, les manigances de Power Girl pour prendre le poste de Red Tornado. C'est plus ou moins passionnant pour le moment mais assez accrocheur, surtout quand, au détour d'un dialogue, le nom de cette canaille de Maxwell Lord est cité...

Steve Lieber dessine tout cela avec une forme de bonhomie parfaite pour le propos. Son style est réaliste mais simple, sans effort apparent. Et c'est justement cela qui est malin parce qu'en illustrant l'histoire ainsi, lui aussi nous endort un peu, nous fait baisser la garde. Au début, on ricane un peu, puis progressivement, on est déconcerté par les comportements des uns et des autres, on est aussi saisi par la mélancolie qui sourd sous la comédie.

Lieber découpe l'épisode très sagement, et soigne l'expressivité des personnages, par lesquels l'essentiel passe. Ici, pas de grand spectacle, de grandes batailles, d'explosions, d'effusions. L'artiste nous prend par la main et nous entraîne, doucement, sur la pente, suscitant la sympathie du lecteur pour ces héros losers et leur drôle de métier. On est touché et on ne se moque plus d'eux.

One-Star Squadron mérite donc bien plus qu'une étoile. 

(Et pour la peine, Steve Pugh a signé une superbe variant cover : )

DARK KNIGHTS OF STEEL #2, de Tom Taylor et Yasmine Putri


J'avais beaucoup aimé le premier épisode de Dark Knights of Steel, le nouveau "Elseworlds" de Tom Taylor, qui déplaçait les super-héros au Moyen-Âge (ce que certains critiques ont résumé en une version de Game of Thrones super-héroïque). Ce deuxième chapitre ne déçoit pas et réserve encore de belles surprises, introduit de nouveaux personnages. Yasmine Putri illustre cela avec talent, truffant ses cases d'easter eggs savoureux.


Bruce a capturé, en le mutilant, l'assassin de Jor-El, l'archer Oliver à la solde de l'Homme Vert. Kal-El, ignorant que Bruce est son demi-frère, l'écarte pour aller interroger l'archer tandis que Harley tente de réconforter Bruce qu'elle voit tourmenté sans savoir pourquoi.


John Constantine, averti par l'Homme Vert de la situation, informe le roi Jefferson de la mort de Jor-El et de l'emprisonnement d'Oliver, puis s'interroge sur la pertinence de la prophétie dont il a été la voix et craint que la guerre qui s'annonce avec les El ne soit perdue par Jefferson.


Lois Lane arrive sur l'île des Amazones, accueillie par la reine Hippolyte qu'elle met au courant du décès de Jor-El. Puis elle va parler à la fille de dernier, Zala, qui s'entraîne avec Diana, son amante. Bouleversée, Zala s'envole pour retrouver sa famille.


Au château de El, la chef des armées, Waller, pousse pour mener une riposte punitive contre la maison du roi Jefferson. Mais la reine hésite à s'engager dans une guerre. Elle ignore pourtant que Zala a déjà ouvert les hostilités de manière très brutale...

Il y a un vrai savoir-faire chez DC Comics à la fois pour ces récits alternatifs, hors-continuité, et pour le format de la mini-série. Sans doute parce que l'éditeur a compris qu'il fallait, une fois le projet d'un auteur validé, lui faire vraiment confiance. Et, dans ce domaine, deux noms se distinguent : celui de Tom King (Mister Miracle, Strange Adventures) et celui de Tom Taylor (DCeased, Injustice).

Taylor, avec Dark Knights of Steel, fort de ses succès précédents, a les coudées franches pour à la fois s'amuser avec les jouets de son éditeur (qui, pas bête, vient de lui faire signer un contrat d'exclusivité) et creuser les motifs de son oeuvre.

La comparaison que certains critiques ont faite entre Dark Knights of Steel et Game of Thrones n'est pas idiote, mais disons qu'elle est superficielle. Effectivement, on retrouve plusieurs maisons médiévales, une bonne dose de magie, une guerre qui couve, et des familles puissantes qui cherchent à évincer leurs voisines. Mais (en tout cas jusqu'à présent), Tom Taylor n'explore pas la dimension sexuelle (parfois brutale) de la série télé, lui subsituant le folklore super-héroïque.

Et le scénariste fait preuve à la fois d'inventivité et de logique. Il racontait récemment que lorsque l'idée de cette saga lui est venue, il passait la soirée avec Donny Cates et, en échangeant avec lui, de nouvelles pistes s'ouvraient à lui jusqu'à ce qu'il trouve un twist redéfinissant complétement les liens entre Kal-El et Bruce Wayne (comme on l'a appris à la fin du précédent épisode, ils sont donc demi-frères). Une trouvaille qui a rendu Cates ahuri, presque envieux de ne jamais y avoir pensé avant.

Ce chapitre joue donc sur ce secret et le quiproquo qu'il engendre puisque Jor-El vient d'être assassiné et que ni Kal ni Bruce ne savent qu'ils avaient le même père. Pire : lorsqu'il est question pour Kal d'interroger l'archer Oliver qui a tué son père ou d'assister sa mère dans la décision de riposter contre le roi Jefferson (commanditaire de l'assassinat), Bruce est écarté sans ménagement des débats car il ne fait pas partie de la famille. 

Si Taylor taît cette partie de l'intrigue à ses protagonistes, il se fait plus direct sur d'autres points comme le fait que Constantine, qui, le premier, a parlé d'une prophétie concernant la menace que représentaient les El, doute à présent de son bien-fondé et craint qu'une guerre entre le roi Jefferson et ses rivaux n'aboutisse à une tragédie. Idem quand il introduit dans le récit Diana et Zala (la soeur de Kal) et qu'ils en fait des amantes assumées : de ce point de vue, ce que certains interpréteront comme de l'audace ou de la provocation est, à mon sens, une lecture plus pertinente qu'il n'y paraît puisque les amazones étaient souvent lesbiennes ou bisexuelles - autrement dit, si dans la continuité, des scénaristes, au lieu de lier sans cesse Wonder Woman à Steve Trevor ou Superman, ils faisaient d'elle une femme qui aime une autre femme (super-héroïne ou pas), ça n'aurait rien d'incongru (au contraire).

Visuellement, aussi, la série joue avec le lecteur et Yasmine Putri se montre très habile pour cela. Par exemple, quand Bruce, suivi de Harley Quinn, passe devant plusieurs cellules voisines de celles où a été incarcéré l'archer Oliver, on peut reconnaître des personnages comme Blue Devil ou le détective Chimp (anciens de Shadowpact), mais aussi des membres de la Suicide Squad (comme Kiing Shark), ce qui est savoureux vis-à-vis de Harley.

La dessinatrice continue aussi de mettre en scène avec subtilité l'Homme Vert sans trop en montrer. On a tous deviné qu'il s'agissait de la version médiévale et magique de Green Lantern, mais quel Green Lantern ? Hal Jordan (en mode Parallax) ? John Stewart . Guy Gardner ? Le msytère demeure tout comme son mobile pour servir les noirs desseins du Black Lightning de cette époque.

Enfin, choisir Amanda Waller en chef des armées de la maison El est une autre brillante idée, d'autant que la caractérisation suit (elle veut aller à la guerre exactement comme la chef de la Suicide Squad dans la continuité).

Les planches de Putri sont de toute beauté, elle réalise de superbes compositions, un talent hérité de son travail de cover-artist où l'image doit raconter harmonieusement. Elle ne surcharge pas ses arrière-plans, pour laisser de la place au coloriste Arif Prianto dont la palette est très nuancée. Les personnages sont tous bien campés (même si, petit bémol, j'aurai aimé qu'il y ait un détail qui permette de mieux distinguer Kal et Bruce en dehors de leurs habits).

Avec son cliffhanger dramatique à souhait, et certainement encore pas mal de surprises à l'horizon (de nouveaux rôles, une escalade dans la tension entre les deux maisons, l'identité de l'Homme Vert), Dark Knights of Steel a de quoi divertir le lecteur pour un moment. En s'engageant pour douze épisodes, Tom Taylor garde des munitions au frais et Yasmine Putri aura de quoi nous émerveiller.

vendredi 10 décembre 2021

DEVIL'S REIGN #1, de Chip Zdarsky et Marco Checchetto


Devil's Reign est le nouvel event Marvel : il comptera six épisodes qui seront publiés en trois mois. Il s'agit aussi du climax du run de Chip Zdarsky sur Daredevil. Pour l'occasion, le scénariste renoue avec Marco Checchetto, avec lequel il avait relancé la série sur le diable de Hell's Kitchen. Bien que je n'ai pas été convaincu par leur prestation jusqu'à présent, j'ai quand même voulu tenter l'aventure. Et, ma foi, ça démarre très bien.


Wilson Fisk tient une conférence de presse sur le parvis de la mairie de New York. Evoquant les différentes batailles dont la ville a été le théâtre, il décréte, avec effet immédiat, que tous les justiciers masqués, qu'ils jugent responsables du chaos, hors-la-loi.


Les arrestations débutent, menées par les Thunderbolts. Mais lorsque ceux-ci s'en prennent à Miles Morales, Captain America s'interpose et Daredevil avec Elektra et Spider-Man aident à les évacuer. Après quoi, DD explique la raison véritable pour laquelle Fisk agit ainsi.


Le maire ne se contente pas d'appréhender des vigilantes. Il use de recours légaux pour déloger les 4 Fantastiques du Baxter Building. Sue Richards avertit in extremis Ben Grimm et Johnny Storm de ce qui se passe et ils fuient avec Valeria et Franklin.


Après une visite à son fils, Butch, à qui il assure faire tout cela pour le protéger, Fisk prépare son prochain mouvement en s'en prenant à l'Homme-Pourpre. De leur côté, Luke Cage et Jessica Jones, avec leur fille, sur le départ, sont abordés apr Tony Stark qui a une solution pour contrer Fisk...

Je ne veux pas vous ennuyer en répétant les griefs que j'ai contre la manière dont Chip Zdarsky s'est occupé de Daredevil depuis deux ans et presque trente épisodes. Pour le dire vite, je trouve qu'il a démarré très fort (en rendant le diable de Hell's Kitchen responsable du meurtre d'un cambrioleur) puis s'est ensuite enlisé pour boucler le héros en prison et lui substituer Elektra sous le pseudo du justicier. Ajoutez à cela l'incapacité pour le titre à avoir un dessinateur stable et vous obtenez une lecture laborieuse. Bien que mon avis soit, je le sais, minoritaire, j'avais préféré le run de Charles Soule.

Mais à vrai dire, il me semble que depuis la fin de l'ère Mark Waid/Chris Samnee, qui s'était achevé d'une manière presque définitive, Marvel semble perdu, ne sachant dans quelle direction entraîner tête à cornes. Zdarsly comme Soule ont fait un choix pas si différent l'un de l'autre en renouant avec une veine noire, qui n'a rien d'original puisqu'elle porte le sceau de Frank Miller.

Quand Devil's Reign a été annoncé, j'ai donc été surpris. A ma connaissance, c'est la première fois qu'un event tourne autour de Daredevil. J'étais aussi méfiant puisque Zdarsky prévenait qu'il s'agissait du point culminant de son run. Marvel promettait aussi que cette saga en six chapitres serait auto-contenue, sans tie-in - finalement, elle en compte une vingtaine, impactant les titres les plus inattendus (X-Men en particulier).

Pourtant, après avoir lu le premier épisode de Devil's Reign, je dois reconnaître que je suis positivement surpris. C'est très bien raconté, l'argument de départ est accrocheur et ne nécessite pas vraiment d'avoir lu les épisodes de Daredevil (un résumé de la situation est quand même fourni au début) et le rythme est haletant.

Il y a un air, assumé me semble-t-il, de Civil War dans Devil's Reign puisque Fisk décréte tous les super-héros de New York, dont il est le maire, hors-la-loi. Le pire, c'est qu'il s'appuie sur des raisons valables : en effet, la ville est le théatre régulier d'affrontements destructeurs entre super-héros et super-vilains, menaçant d'innocents civils et engendrant de considérables dégâts matériels. C'est effectivement intolérable et grave. Et, d'un point de vue  narratif, c'est un problème rarement traité dans les comics.

Mais évidemment, l'ex-Caïd n'agit pas ainsi pour de nobles raisons. Daredevil est sa cible principale : il possédait des documents relatifs à son identité secrète et le justicier vient de sortir de prison. Dans le run de Charles Soule, on apprenait comment DD grâce aux enfants de l'Homme Pourpre avait effacé de la mémoire collective le secret de son alias. Zdarsky avait ensuite suggéré que cet enchantement avait visiblement des faiblesses puisque Elektra se souvenait que Matt Murdock était le diable de Hell's Kitchen. Fisk aussi sent que quelque chose cloche et la disparition des documents compromettants qu'il détenait sur son ennemi le conforte dans son malaise. Il emploie donc les grands moyens pour déguiser sa vengeance en une affaire de sécurité publique.

Zdarsky fonce pied au plancher et c'est très bien, d'autant que deux épisodes paraîtront chaque mois. Il enchaîne les scènes-choc avec notamment la réquisition du Baxter Building par le Dr. Octopus, l'intervention musclée des Thunderbolts (qui sont à la fois une équipe de super-vilains aux ordres du maire et un ensemble d'agents de la paix lourdement armés) contre Moon Knight, Miles Morales, Captain America. Ce dernier renoue avec son rôle de défenseur des libertés civiques en prenant le maquis, comme dans... Civil War. D'autres anciens résistants comme Luke Cage, Jessica Jones se rebellent et défient même Fisk. Cerise sur le gâteau : Tony Stark trouve une forme de réhabilitation après avoir été partisan de l'enregistrement des super-héros jadis lorsqu'il avance une solution astucieuse et légale.

Ce sentiment de sans-faute jubilatoire est souligné par la prestation survoltée de Marco Checchetto au dessin. L'italien, qui a rarement été capable d'aligner plus de cinq numéros d'affilée depuis qu'il officie sur Daredevil (et donc, par conséquent, souvent suppléé, parfois par de bons remplaçants - Jorge Fornes - , parfois par de piètres intérimaires - Mike Hawthorne), affiche ici une forme épatante.

Avec son style réaliste et nerveux, il traduit à merveille le climat très tendu et ne se ménage pas pour nous gratifier de beaux morceaux de bravoure. Le sauvetage de Miles Morales et Captain America, la prise du Baxter Building, la cavale de la Chose et de la Torche Humaine avec Valeria et Franklin Richards, le coup de gueule de Luke Cage : tout ça ponctue de manière très énergique et vibrante le récit.

Mais Checchetto se montre aussi à l'aise quand il faut calmer le jeu, notamment dans une scène de dialogue entre Wilson et Butch Fisk. C'est l'occasion de donner une perspective passionnante au projet puisque le fils du Fisk, qui le remplace comme Caïd, n'aime pas son père, qu'il estime responsable de la mort de sa mère, tout en admettant qu'il faut l'aider dans sa croisade sinon Wilson perdra son poste de maire et voudra récupérer sa place de patron de la pègre.

Il faut maintenant croiser les doigts pour que Zdarsky confirme ce beau départ, maintienne à la fois le cap et le tempo, et pour que Checchetto garde ce niveau graphique sur les trois mois de parution. Si c'est le cas, alors Devil's Reign sera une grande réussite - même si je souhaite que le scénariste abandonne Daredevil ensuite.