samedi 5 juin 2021

THE NICE HOUSE ON THE LAKE : BOOK ONE, de James Tynion IV et Alvaro Martinez


J'ai, en vous parlant aujourd'hui du "Premier Livre" de The Nice House on the Lake, gardé en quelque sorte le meilleur pour la fin. Car je dois dire que c'est la lecture la plus impressionnante que j'ai faite cette semaine, peut-être même du mois de Mai, et sans doute suis-je en face d'une des plus fortes impressions de 2021. On doit cette merveille à James Tynion IV qui renoue ici avec son dessinateur de Detective Comics, Alvaro Martinez, et les deux compères sont au sommet de leur art pour ce récit inattendu à plus d'un titre.


Ryan Cane a rencontré Walter pour la première fois il y a cinq ans dans un bar en ville. Il l'a abordée en lui demandant comment elle voyait la fin du monde et sa réponse qui se voulait sarcastique trahit son sentimentalisme. Mais Ryan et Walter sont devenus amis.


Aujourd'hui, Walter a invité Ryan à passer un congé dans une maison près d'un lac, appartenant à sa tante. Il a aussi convié neuf autres amis, connus au fil des années, que fréquente aussi à l'occasion Ryan. Tous sont ébahis par la beauté du cadre et la générosité de leur hôte de leur en faire profiter.


Après avoir pris possession de leurs chambres, ils se délassent autour de la piscine à la nuit tombée. Ryan s'isole du groupe pour consulter les news sur son téléphone portable. Elle apprend alors, horrifiée, que le pays est victime d'une attaque d'origine inconnue dévastatrice, et alerte les autres sur la situation.


Ils sont tous sidérés en en ayant la confirmation lorsqu'ils regardent le JT. Walter les assure que repartir en ville, auprès de leurs familles, est inutile. Ryan comprend qu'il est mêlé à tout cela, et il ne s'en cache pas. Désormais, ils sont obligés de rester ici et il fera tout pour rendre leur existence agréable.

La première surprise avec The Nice House on the Lake, c'est de voir cette mini-série publiée chez DC. Depuis la disparition du label Vertigo, l'éditeur n'a plus habitué ses lecteurs à ce genre de projets, non super-héroïques. En outre, James Tynion IV, le scénariste, place ses projets personnels chez des indépendants comme Boom ! Studios (Something is killing the Children, son hit, notamment). Mais DC, qui mise désormais beaucoup sur ce dernier, n'a sans doute pas voulu risquer de le laisser définitivement filer, avec un nouveau succès potentiel, même s'il écrit Batman, et donc c'est le "Black Label" qui accueille ce comic-book (là où paraissent aussi les mini-séries de Tom King - Mister Miracle, Rorschach, Strange Adventures, Batman/Catwoman....).

Ensuite, The Nice House... marque le retour aux affaires de Alvaro Martinez, très discret depuis son départ de Justice League Dark l'an dernier, où il faisait déjà équipe avec Tynion. L'artiste n'était annoncé sur aucune série (même s'il a participé à quelques planches d'un n° de Batman l'Hiver dernier). Je n'étais sans doute pas le seul à imaginer qu'il pourrait être débauché par Marvel.

Pour compléter cette dream team, la série est colorisée par Jordie Bellaire, qui a trouvé du temps dans son agenda bien rempli. Il faut absolument la citer car ce qu'elle produit là est exceptionnel. Elle nous a toujours comblé avec sa palette si variée et juste, mais elle s'est investie dans ce nouveau projet d'une manière magistrale pour un résultat qui ne l'est pas moins.

James Tynion IV apprécie le genre horrifique, on s'en était aperçu dans son run de Justice League Dark (même si cela restait soft). Cet auteur a grandi dans l'ombre de Scott Snyder, à qui il a souvent servi de suppléant sur plusieurs titres, mais il a aussi mené sa propre carrière chez des indépendants, sur des séries plébiscités par des lecteurs moins attirés par le DC mainstream, avec The Woods (36 épisodes), déjà chez Boom ! ou en ce moment avec The Department of Truth chez Image Comics. Sans doute son goût pour l'épouvante lui a-t-il servi d'exutoire, lui qui a longtemps craint que son homosexualité ne compromette sa progression dans les comics.

The Nice House on the Lake s'appuie, pour ce premier n°, sur une présentation des protagonistes. On fait connaissance avec pas moins de onze personnages, Walter et ses dix invités. Chacun est introduit de manière très rapide et en même temps très évocatrice au moyen de cartons résumant leur situation professionnelle, de couple, et depuis combien de temps Walter les connaît et les a choisis pour ce séjour. Ce dernier point met la puce à l'oreille sans pourtant nous permettre de deviner le twist final, réellement sidérant.

Ce qui frappe chez Ryan Cane ("l'artiste"), Norah Jacobs ("l'écrivain", David Dane ("le comédien"), Molly Reynolds ("le comptable"), Veronica Wright ("la scientifique"), Sam NGuyen ("le reporter"), Arturo Pérez ("l'acupuncteur"), Sarah Radnitz ("la consultante"), Naya Radia ("la docteur") et Rick MacEwan ("le pianiste"), c'est qu'il sont tous des trentenaires, donc des adultes, avec une professsion, et un physique séduisant. Ils appartiennent tous à une sorte de catégorie commune, et leurs caractères sont complémentaires même si contrastés. On devine des lignes de tension entre eux, mais rien qui paraisse très grave. On notera aussi qu'un invité de Walter n'a pas répondu à son appel : c'est d'ailleurs celui dont Ryan semble avoir pris la place puisqu'il était lui aussi désigné comme "l'artiste" de la bande.

Ces titres intriguent aussi : on a le sentiment que Walter a voulu rassembler des personnalités représentatives de plusieurs disciplines, issus de la culture, des affaires, des sciences, des médias. Une sorte de panel, résumant l'humanité. 

Mais surtout ce qu'il faut bien retenir, même si on en ignore encore la raison, c'est que Walter a choisi ses invités. Et il les a sélectionnés méticuleusement, patiemment, depuis des années. Rien n'est le fruit du hasard, même si, comme semble l'indiquer la première scène entre Walter et Ryan, il a dû aborder chacun de la même manière, dans un lieu de sociabilité (pour Ryan, un bar). Qu'est-ce que cela signifie ? On a un début de réponse à la fin de l'épisode, quand on apprend avec eux que la Terre entière vient d'être victime d'une attaque terrible, d'une ampleur incroyable, vraisemblablement par des extra-terrestres : il s'agirait d'un groupe d'individus triés dans un but précis (mais lequel exactement ?).

Tout cela en tout cas accroche immédiatement le lecteur. D'autant que les deux premières pages se situent dans le futur, un avenir sombre, apocalyptique, qui révèle que les invités ne sont pas restés dans la maison, malgré les préventions de Walter. Et même que Ryan (entre autres ?) combat (a combattu ?) Walter. Walter qui, donc, n'est certainement pas humain, comme l'indique l'agression qu'il subit et à laquelle il survit après que les invités aient compris son implication dans la catastrophe mondiale et le piège qu'il a tendu au groupe. 

Tout ça en une vingtaine de pages, qui file à toute allure mais laisse une impression de densité incroyable, par le nombre de personnages, la puissance du coup de théâtre final, l'intensité de l'ambiance. Une ambiance qui doit beaucoup aux dessins.

Alvaro Martinez produit son meilleur travail. Point. Il passe vraiment dans une autre dimension sur cette série,  et si vous connaissez bien ce qu'il a fait auapravant, vous serez complètement retournés. Déjà, il se passe d'encreur, alors qu'il avait noué un partenariat très concluant avec Raul Fernandez, un finisseur très talentueux, qui respectait le trait fin et élégant du dessinateur. C'est comme si Martinez se réinventait sous nos yeux, sans avoir prévenu, sans qu'on s'y soit attendu. Un geste d'une audace inouïe.

Mais absolument maîtrisé. Car les images réalisées là sont juste à couper le souffle. C'est simple, j'ai été aussi soufflé par ces planches que lorsque j'ai découvert le Stuart Immonen de Superman : Identité Secrète, que artinez semble avoir pris comme modèle, mais sans le copier. On évolue dans un registre réaliste et descriptif, mais avec un traitement du trait profondément renouvelé, à la fois moins académique et pourtant très figuratif, trés évocateur. Le plus bluffant réside sans doute dans les effets de lumière, que Martinez laissait son encreur modeler avec des traits fins, précis, à la limite de la gravure, tandis qu'ici, il compose en pensant à l'apport de la coloriste Jordie Bellaire.

Avant de parler plus de cette dernière, il faut aussi citer le travail de Martinez sur le décor. Car la belle maison près du lac du titre est un personnage à part entière, le douzième membre du casting de Tynion. Et l'artiste n'a pas fait les choses à moitié. La périodicité mensuelle des comics force souvent les dessinateurs à sacrifier les décors par manque de temps. Priorité est donnée aux personnages, à l'action, à la suggestion du mouvement, et comme les comics de super-héros reposent sur l'action, le spectacle, et la destruction causée par les affrontements de forces surhumaines, les décors sont vite endommagés, causant au passage beaucoup de fumée, de poussière, autorisant l'artiste à se contenter de les esquisser.

Mais quand on illustre un huis-clos, avec une maison qui, dès le départ, doit en mettre plein les yeux non seulement aux personnages mais au lecteur, alors pas le choix, il faut soigner le décor, le rendre crédible, impressionnant. C'est le cas de cette maison, luxueuse, immense, dont les intérieurs sont représentés par Martinez dans des doubles pages superbement composées et fournies.

Et sur ce point comme le reste, Jordie Bellaire pose des couleurs magiques. Mais alors vraiment, vraiment magiques. Elle n'hésite pas à privilégier une seule teinte, comme le bleu, pour souligner un climat, une ambiance. C'est le fruit d'une complicité évidente avec Martinez parce que les couleurs de Bellaire complètent magnifiquement le dessin, ne mange jamais son trait. Pour le coup, The Nice House... est une BD qu'il serait insensée de publier en noir et blanc (alors que c'est une mode actuelle pour proposer, à des tarifs exorbitants, des éditions pour des lecteurs "puristes"). Lui ôter les couleurs de Bellaire serait un sacrilège quand on voit ce qu'elle apporte à l'ensemble. (Ceci dit, les planches en N&B de Martinez sont certainement sublimes quand même, mais j'en ai marre de ce néo-snobisme où le N&B serait le summum, le vrai dessin. Je pense qu'un bon dessin doit fonctionner sans couleurs, pas que la vérité du dessin soit dans le N&B.)

Que vous craquiez dès à présent en vo, que vous attendiez le TPB, ou la traduction (chez Urban, sans doute n 2022), ne passez pas à côté de The Nice House on the Lake. C'est une BD qui ressemble à un instant-classic, un futur chef d'oeuvre. Et ce frisson qui vous parcourt en la lisant est incomparable.   

vendredi 4 juin 2021

FIRE POWER #12, de Robert Kirkman et Chris Samnee


C'est en quelque sorte la fin de la "saison" 1 de Fire Power que vient établir ce douzième épisode. Pour la peine, Robert Kirkman et Chris Samnee ont mis les petits plants dans les grands avec un numéro de près de 40 pages. Mais voilà, le résultat n'est clairement pas à la hauteur, les auteurs déçoivent. Un vria gâchis.


Chou Feng a iimploré Maître Shaw au pied de sa statue puis, invoqué le dragon du Temple du Poing Enflammé sans que les deux ne se montrent. Partis à sa poursuite, Owen Johnson et Wei Lun convainquent leur adversaire de se rendre. 


Une fois dehors, Chou Feng est remis aux hommes de Chen Zul tandis que les élèves du Temple acclament Wei Lun de retour à leur tête. Le Clan de la Terre Ecorchée a gagné la bataille contre son rival et Owen obtient que les hostilités cessent définitivement entre les deux parties.


Puis Owen s'éloigne en direction de l'arbre où lui et Ling Zan se retrouvaient autrefois. La jeune femme explique pourquoi elle a fait croire à sa mort et s'excuse auprès de Owen pour lui avoir menti. Elle ne veut pas le retenir, comprenant qu'il a refait sa vie, avec femme et enfants.


De retour à la base du Clan de la Terre Ecorchée, Kellie explique qu'elle a été attaquée avec ses enfants par le Présage du Serpent, qui s'en était pris à Owen dans l'avion qui les a menés ici. Incréduble, Chen Zul ignore tout de cette menace mais Wei Lun se tient prêt à l'affronter quand elle resurgira.


Les Johnson rentrent en Amérique. Reggie, le collègue de Kellie, a veillé comme promis sur les parents de Owen et couvert l'absence du couple et de ses enfants. Owen et Kellie s'isolent, encore bouleversés par les récents événements. Owen garantit à sa femme que les ennuis sont derrière eux.

Ce sera une critique en forme de bilan et certainement d'adieu à la série, car je ne suis pas du tout certain de poursuivre l'aventure. En effet, j'attendais beaucoup du dénouement de cet arc, qui est aussi celui de la première "saison" de Fire Power, mais hélas ! le miracle n'a pas eu lieu, ça a été une déception, dans la continuité des précédents numéros.

Lorsque j'ai appris le retour aux affaires de Chris Samnee en compagnie de Robert Kirkman, j'ai choisi de donner sa chance au produit. En effet, je n'ai jamais été très attiré par les comics de Kirkman (à l'exception d'Oblivion Song, sur lequel je vais peut-être me pencher maintenant) : The Walking Dead, Invincible (la BD pas plus que la série animée récemment produite et diffusée par Amazone Prime), ne m'ont jamais motivé et plus d'une fois je me suis interrogé sur leur énorme succès vu le peu d'originalité de leurs postulats.

Mais, bon, je n'avais rien contre Kirkman malgré tout. J'ai été étonné que Samnee fasse équipe avec lui car, comme beaucoup, je pensais (espérais ?) qu'il signe chez DC pour y dessiner du Batman (après qu'il l'ait choisi comme sujet de ses Inktober pendant trois années successsives) ou autre chose, ou alors qu'il se lance seul, scénario et dessin, dans un creator-owned (ce qui a fini par se concrétiser avec Jonna and The Unpossible Monsters). J'étais malgré tout et surtout content qu'il réalise une série mensuelle après la frustration de son run sur Captain America avec Mark Waid.

Tout a bien commencé avec le Prologue de Fire Power, dans un format inattendu, mais où Samnee trouva ses marques avec son aisance habituelle. Le récit imaginé par Kirkman ne brillait pas son originalité, empruntant sans vergogne à Kung Fu et Iron Fist, mais c'était très plaisant, très efficace, et magnifiquement mis en images. J'étais en confiance.

Le premier arc de Fire Power (#1-6) m'a convaincu : Kirkman avait visiblement conscience d'avoir avec Samnee un partenaire hors normes, sur lequel il pouvait se reposer volontiers, qui transcenderait son script. Il y avait des épisodes extraordinaires, comme le deuxième avec l'affrontement d'Owen contre les ninjas dans sa maison, dans une séquence muette grisante. Un morceau de bravoure. Par ailleurs, le scénario jouait une partition atypique puisque Owen avait tourné le dos à sa vie dans le Temple, et donc à une vie de héros classique, de combattant, au pouvoir dont il avait hérité. Ce n'était pas banal.

Le deuxième arc (#7-12) m'a fait déchanter, car il s'est avéré beaucoup plus (trop) prévisible. Entre le retour de Wei Lun, son changement de camp, la conversion à sa cause trop rapide de Owen, la présence des enfants Johnson plus agaçante qu'utile, la relégation progressive de Kellie au second plan, et enfin la trop longue bataille entre le Clan de la Terre Ecorchée et le Temple du Poing Enflammé (trois épisodes manquant cruellement d'intensité, où Owen n'a pas servi à grand-chose, un refus obstiné et incompréhensible de la part de Kirkman de nous donner ce qu'il teasait depuis le début - Maître Shaw, le dragon), Ling Zan bien vivante, Chou Feng complètement fanatisé et chargé comme une mule par le scénario... Non, ça ne pouvait pas fonctionner.

C'est sans doute la leçon à retenir de Fire Power : entre ce qu'on pouvait en attendre parce que Kirkman nous donnait l'eau à la bouche et des coups de théâtre "hérnaurmes" qui ruinaient les éléments les plus tragiques de l'histoire de Owen Johnson, ça ne pouvait pas marcher. Je crois que le moment où j'ai vraiment décroché sans véritable espoir de rétablissement s'est situé lors du n°10 quand tour à tour Ling Zan est revenue d'entre les morts et que Wei Lun a révélé à Owen que Chou Feng avait non seulement tué la jeune femme (mais pas vraiment en fait donc) mais aussi les parents biologiques du jeune homme. J'ai souhaité que ce dernier point soit un mensonge de plus du vieux maître pour motiver son ancien élève avant la grande bataille, mais rien n'est venu dans cette direction. Quant au fait que Ling Zan n'a jamais été morte, j'ai également trouvé cela déplorable, non pas parce que j'avais quelque chose contre elle, mais parce qu'il me semblait que sa disparition était la tragédie fondamentale pour Owen, celle qui l'avait conduit à quitter le Temple, à tourner le dos à cette partie de sa vie. Ling Zan était la Gwen Stacy d'Owen Johnson : en choisissant de tromper le héros et le lecteur sur ce point, Kirkman m'a perdu.

Pour ce qui est de ce douzième épisode, avec une pagination plus importante, on était aussi en droit, me semble-t-il, d'attendre davantage sur le plan narratif. Or, le résultat est misérable : pas de grand moment, d'instant de vérité. Chou Feng se rend en comprenant que toute sa foi est bâtie sur des mensonges (Maître Shaw, le dragon - même si la bestiole n'est peut-être pas une chimère complète comme un plan le suggère). L'explication entre quatre yeux de Owen et Ling Zan se distingue surtout pas un manque flagrant d'émotion alors qu'il y avait matière à une scène mélodramatique intense. Quant au retour de la menace du Présage du Serpent (the Serpent's Omen), j'ai trouvé que ça tombait comme un cheveu dans la soupe et uniquement pour annoncer la future menace qui sollicitera Owen (qui affirme, sans y croire, à Kellie que les ennuis sont derrière eux).

Bien entendu, il est facile de refaire le film mais imaginez le même épisode avec ne serait-ce que l'apparition du dragon. Bon sang, ça aurait eu de la gueule ! Mais trois épisodes qu'on nous garantissait épiques juste pour assister à la défaite piteuse de Chou Feng, affligé comme nous que non, la statue de Maître Shaw resterait inanimée et qu'aucun dragon ne surgirait du Temple... Non, vraiment, même avec toute l'indulgence du monde, je n'arrive pas à l'accepter. Ce n'est même pas frustrer le lecteur, c'est vraiment se foutre de lui. 

Et Chris Samnee dans tout ça ? Je vais être totalement franc : pour moi, il gâche son talent dans cette affaire. Et ça va durer encore un moment puisque, comme il le répéte une fois encore dans la postface dialoguée, lui et Kirkman ont un paquet d'épisodes déjà finis. Fire Power est loin d'être fini.

Je suis écoeuré parce que la perspective de ne plus lire du Samnee pendant longtemps me renvoie en 2019, quand j'attendais de savoir ce que serait son prochain projet. C'est un dessinateur que j'adore, ceux qui lisent mes critiques le savent, mais pas au point de suivre une série aussi décevante que Fire Power. C'est la vie des comics et de leurs fans : parfois on voit un artiste qu'on aime sans modération s'engager sur une série dont soit le scénariste soit le sujet ne vous plaisent pas. On vient souvent à une BD pour ses dessins mais on y reste pour son histoire. Quand l'histoire ne vous plait pas, même le meilleur des dessinateur ne peut la sauver ni suffire à vous garder parmi ses lecteurs. C'est une des expériences les plus désagréables que je connaisse comme lecteur, et il a fallu qu'elle concerne Samnee. Il me reste Jonna and the Unpossible Monsters, qui est sympa mais un peu tendre à mon goût et dont le prochain épisode (le n°4) conclura le premier arc, le moment pour décider là aussi s'il faut persévérer ou lâcher.

J'aurai aimé aimer Fire Power, surtout après son très bon Prologue. Mais un an après sa parution, le verdict est sans appel. C'était ma dernière critique pour ce titre. 

jeudi 3 juin 2021

BATMAN #109, de James Tynion IV et Jorge Jimenez


Comme souvent, en début de mois, les éditeurs lâchent leurs comics les plus attractifs pour attraper les lecteurs par le col. Marvel lance le nouvel event X, DC répond en sortant le nouveau n° de Batman. James Tynion IV y poursuit l'intrigue qu'il a mis en place depuis le mois de Mars et qui se présente comme le préambule à Future State - ou du moins au crossover Fear State pour cet Automne. Jorge Jimenez suit le cadence de cette histoire dense et haletante avec maestria.


Encore troublé par la conversation qu'il a eu avec Molly Miracle, Batman renoue le contact avec Oracle. Barbara Gordon lui fait son rapport sur l'Epouvantail qui continue d'entretenir un climat de terreur en ville. Elle est chargée de trouver le lien qui unit le criminel à Simon Saint et d'appeler Ghost-Maker.
 

Mais ce dernier fait la sourde oreille. Il veille sur Harley Quinn, suivant les ordres de Batman, en l'emmenant à son luxueux repaire. Le justicier est intrigué par l'ex-complice du Joker et ses motivations pour se racheter car lui-même fait le même chemin après avoir été un vigilant aux méthodes extrêmes.


Leur discussion est interrompue par Bella, la Jardinière, partenaire de Poison Ivy. Elle a déjoué le système de sécurité du repaire de Ghost-Maker pour prévenir Harley que Ivy se cache dans les souterrains de Gotham, prête à faire s'effondrer la ville. Harley est requise pour l'aider.


Cependant, Batman s'est introduit dans le building de Simon Saint qu'il interroge sur l'Epouvantail. Mais le Gardien de la Paix 01 surgit et malmène le dark knight qui doit battre en retraite. Avant de comprendre que, pour sortir de cet endroit, il devra l'affronter...

J'enchaîne les critiques car il y a beaucoup de comics sortis cette semaine que j'ai achetés, trop en fait pour pouvoir en faire le commentaire à raison d'un numéro par jour. Ce calendrier chargé ne doit rien au hasard : les "Big Two" sont plus que jamais sur le pied de guerre pour gagner des parts de marché, entre annonces tonitruantes, teasers accrocheurs, et relances de titres avec des équipes créatives attractives. Je tâcherai de faire un point là-dessus dans quelques jours.

Pas de hasard donc. Et c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner que la même semaine où Marvel lance le nouvel event mutant (Hellfire Gala), DC réplique avec le 109ème épisode de Batman. On le sait désormais, ce que développe actuellement James Tynion IV va aboutir à un crossover cet Automne, Fear State, impliquant les séries Batman, Detective Comics, Catwoman, et Harley Quinn (a priori Nightwing sera épargné, croisons les doigts). 

Le scénariste, devenu une valeur sûre de l'éditeur, a hérité de son mentor, Scott Snyder, le goût de préparer les choses très en amont et aussi celui de vouloir tout connecter. Fear State se présente comme une sorte de prequel à Future State, l'event de Janvier-Fèvrier dernier qui montrait un futur possible du DCU, notamment celui de Gotham placé sous le régime du Magistrat, une force de police privée avec ses Gardiens de la Paix et sa chasse aux masques. Bruce Wayne y figurait, ruiné, traqué, et mourait en combattant le Gardien de la Paix 01.

Peu de risque que Fear State aille aussi loin, sauf incroyable twist. Mais il faut reconnaître à Tynion le talent de nous faire douter parce que, depuis le début de son run sur Batman le scénariste s'est employé à malmener durement Batman, amputant substantiellement la fortune de Bruce Wayne (même s'il est encore plein de ressources, pas encore aussi diminué que dans Future State), devenu ennemi public, et même suspect n°1 dans une affaire de meurtre (dans Detective Comics). Par ailleurs, Simon Saint, un nouveau personnage, est entré en scène et, de manière très méticuleuse, prépare ce qu'on a lu dans Future State : Dark Detective, puisqu'il est l'instigateur du programme Magistrat.

Le mois dernier, la série a presque fait une pause en confrontant Bruce Wayne à Molly Miracle, membre du Collectif Insensé, un groupuscule anarchiste qui veut renverser la table. Mais à cette occasion, Bruce a appris que Simon Saint finançait cette organisation, et il est également convaincu que ce milliardaire est en affaires avec l'Epouvantail pour entretenir un climat de terreur en ville, propice à l'instauration de ses projets policiers.

L'épisode est découpé en deux : d'un côté, Batman va vouloir tirer les vers du nez de Saint ; et de l'autre, une longue séquence centrale est consacrée à deux seconds rôles de la série, Harley Quinn et Ghost-Maker. Tynion dresse un parallèle habile entre ces deux-là, des psychopathes en quête de rédemption aux côtés de Batman. Il en profite aussi pour introduire un nouveau personnage (encore un), la Jardinière, une ancienne partenaire de Poison Ivy qui voudrait que Harley l'aide car (comme on l'a vu récemment dans Catwoman) elle vient de subir un traumatisme important, qui pourrait la pousser à détruire Gotham.

Ce formidable réseau de plots est superbement illustré par Jorge Jimenez qui livre une prestation très énergique. Difficile de résister à ses dessins très fouillés, avec des compositions fournies et spectaculaires. La visite du repaire de Ghost-Maker impressionne autant Harley Quinn que le lecteur tout en informant sur le personnage, arrogant, envieux, et curieux (dommage qu'il soit vêtu d'un costume aussi ridicule - le point faible de Jimenez dont les characters designs sont parfois limites).

Avec Jimenez, les personnages occupent l'espace avec beaucoup de présence, il leur donne corps, matière, de façon bluffante. Son Batman est très athlétique, mais l'apparition du Gardien de la Paix 01 est également puissante, assez pour qu'on admette que c'est un adversaire dangereux (alors que là aussi, c'est une création récente). D'un autre côté, Jimenez est un dessinateur capable de camper une femme charismatique immédiatement comme Bella, la Jardinière, avec son costume rose vif, très élégant. Et pour ne rien gâcher, les couleurs de Tomeu Morey sont divines.

C'est très bien fait, très intense, très efficace. James Tynion IV m'a souvent paru très inégal, mais son Batman est grisant, porté par le dessin virtuose de Jorge Jimenez. 

HELLFIRE GALA, CHAPITRES I - II - III : MARAUDERS #21 (Gerry Duggan/Matteo Lolli) - X-FORCE #20 (Benjamin Percy) - HELLIONS #12 (Zeb Wells/Stephen Segovia)

 AVANT-PROPOS 

Ici commence le nouvel event mutant : Hellfire Gala. Celui-ci va concerner douze séries dont la publication va s'étaler sur quatre semaines, durant tout le mois de Juin. Comme pour X of Swords l'an dernier, j'ai choisi d'en rédiger le résumé et la critique par lots, en regroupant les épisodes qui sortiront chaque semaine (avec peut-être une exception pour Planet-Size X-Men, dans 15 jours), et en suivant l'ordre de lecture évidemment. J'espère que cela vous donnera envie de découvrir cet event qui s'annonce une fois encore très atypique.

*


On démarre donc avec Marauders #21, écrit par Gerry Duggan (le chef d'orchestre de l'event, sous la supervision de Jonathan Hickman) et dessiné par Matteo Lolli.


Sur l'île qu'elle a achetée à Namor, via Magneto, Emma Frost reçoit les invités du Gala du Club des Damnés, en compagnie de Kitty Pryde et Sebastian Shaw. Successivement, les Avengers, les Fantastic Four, le Dr. Strange et même des ambassadeurs de pays hostiles à Krakoa arrivent.


Après un petit concert télépathique de bienvenue, les invités conversent. La présence du Dr. Fatalis électrise l'ambiance. Un ambassadeur Shi'ar vient annoncer à Emma Frost que sa livraison est arrivée, mais elle n'a aucune idée de quoi il s'agit et délégue son frère Christian pour s'en occuper.


Tout semble bien se passer, même si Mr. Fantastic semble n'être venu que pour faire plaisir à son fils Franklin, couvé par Kitty Pryde. Et que Captain America dit à Cyclope qu'il espère qu'il sait ce qu'il fait après leur conversation quelques jours plus tôt...


On poursuit avec X-Force #20, écrit par Benjamin Percy et dessiné par Joshua Cassara.


La X-Force s'occupe de la sécurité du Gala. Kid Omega s'accroche brièvement avec Iron Man qui atterrit sur l'île au lieu d'arriver via un portail de Krakoa avec une fleur. Domino et Wolverine surveillent la livraison de diamants logiques par les Shi'ar dont Christian Frost accuse la réception.


Le Fauve observe les invités et vérifie qu'ils sont parasités à leur insu par des implants végétaux importés de Terra Verde, ce qui lui permettra ensuite de surveiller tout le monde. Mais Emma Frost surprend ce manège et rejoint Sage au PC de sécurité.


Tandis que Wolverine et Domino doivent règler une intrusion à l'extérieur, Emma ordonne à Sage de neutraliser les implants végétaux. Mais elle n'y arrive pas car ceux-ci ont été piratés...
 

On finit (pour cette semaine) avec Hellions #12, écrit par Zeb Wells et dessiné par Stephen Segovia.


Les Hellions n'ont pas été invités à la fête à cause de leur passé criminel. Seuls Psylocke, Havok et Mr. Sinistre se rendent au gala. Psylocke confie la surveillance du groupe à Greycrow, ébloui par la robe de sa partenaire, mais amer d'être ostracisé.


Finalement, après avoir descendu une bouteille d'alcool, Greycrow décide de désobeir à Psylocke et entraîne Nanny, Orphan-Maker, Empath, et Wild Child au gala. Leur arrivée ne passe pas inaperçu et le Pr. X confie à Havok le soin de veiller à ce que son équipe ne fasse pas de bêtise.
 

Mais évidemment tout va rapidement dégénérer et Magneto avec l'aide de Magik doit congédier les agitateurs. Seul Havok, au bras de Polaris, échappe à l'exclusion. De retour dans leurs quartiers, les Hellions voient surgir de l'ombre un clone à l'air menaçant de Mr. Sinistre...

Après X of Swords, dont le format et le développement étaient déjà spéciaux (quitte à déconcerter et décevoir les lecteurs - même si, pour ma part, j'ai apprécié), le Hellfire Gala s'annonce déjà comme un nouvel event mutant atypique. En effet, pas de grandes batailles à l'horizon mais une grande fête organisée par Emma Frost sur l'île qu'elle a acquise auprès de Namor, par l'entremise de Magneto (dans Giant-Size X-Men : Magneto), où sont conviés les plus grands héros mais aussi des représentants de plusieurs pays (pas tous amis avec la Nation X) et de l'univers (Shi'ars en tête). L'objectif de ce gala : nouer de nouvelles relations mais aussi présenter la nouvelle équipe des X-Men, élue par la communauté de Krakoa, et qui incarnera les champions de la "mutanité".

C'est Gerry Duggan (le scénariste de Marauders, mais aussi Cable et le futur auteur de la nouvelle série X-Men) qui est aux commandes de l'event, même si Jonathan Hickman le supervise. Marvel a abondamment communiqué et plusieurs séries ont fait mention de cette sauterie depuis plusieurs mois maintenant - on peut même dire que tout a commencé dans Giant-Size X-Men : Magneto et X-Men #16.

Plusieurs dessinateurs ont, pour l'occasion designé les costumes de gala des mutants, déployant une imagination débridée pour créer des looks qui évoquent ouvertement le MET gala, mélange de défilé de mode et d'oeuvre de charité où les stars du cinéma, de la chanson, des médias se présentent dans des tenues extravagantes, avec l'ambition affichée d'en mettre plein la vue mais aussi d'abolir les distinctions de races et de genres.

Tout cela n'a évidemment pas manqué de faire grincer quelques dents et de provoquer des ricanements ou de la consternation de la part de lecteurs (quand il ne s'agissait pas tout simplement de gens qui ne suivent pas/plus les séries X depuis que Hickman les a relancées), au prétexte que c'était grotesque, out of character, et j'en passe. A ces gardiens du temple qui prétendent savoir comment doivent être écrits les X-Men, je répondrai simplement  qu'il leur suffit de passer leur chemin au lieu de se complaire dans les râleries. Il s'agit de toute façon des mêmes qui se plaignent que rien ne bouge dans les comics mainstream mais qui, dès que ça frémit, se plaignent encore plus bruyamment que ça change trop.

Le principe de Hellfire Gala repose sur le fait que l'action se déroule lors d'une unique soirée dont tous les aspects sont montrées dans douze épisodes sur onze séries et un numéro spécial. C'est une construction qui impose aux scénaristes une coordination parfaite car il ne s'agit pas de raconter autre chose que ce qui est prévu dans ce laps de temps. A en croire les trois premiers chapitres publiés cette semaine, le contrat est rempli, il n'y a pas d'écart, les épisodes se répondent, se complètent harmonieusement, ce qui n'exclut pas quelques moments savoureux ou surprenants et quelques intrigues secondaires.

Dans Marauders, Gerry Duggan se concentre sur l'accueil des invités. Emma Frost, Kitty Pryde et Sebastian Shaw reçoivent en première ligne. Tempo (future membre de l'équipe des Marauders) épingle une fleur de Krakoa pour permettre aux convives de passer les portails donnant accès à l'île de la Reine Blanche du Club des Damnés, comme c'est le cas des Avengers. D'autres arrivent par leurs propres moyens sur plance, comme les 4 Fantastiques, le Dr. Strange, le Dr. Fatalis (qui a accepté de faire le déplacement bon gré mal gré).

Le scénariste insiste sur les détails qui vont faire phosphorer les fans : que dit Reed Richards au Pr. X ? Que fait exactement là Fatalis ? Pourquoi avoir accepter que des ambassadeurs de pays hostiles aux mutants viennent ? Certaines réponses sont données ensuite, dans X-Force notamment, mais d'autres demeurent inconnues.  C'est malin et accrocheur.

Malheureusement, Matteo Lolli dessine tout ça sans grand talent. Comme à son habitude, il rend une copie trop sage, avec des personnages manquant de consistance, de distinction. Dommage vraiment que Stefano Caselli n'ait pas pu signer cet épisode d'ouverture, auquel il aurait donné sans mal beaucoup plus de cachet.

Dans X-Force, très logiquement, Benjamin Percy détaille le dispositif de sécurité mise au point pour l'événement. Wolverine et compagnie sont réquisitionnés pour garantir que la soirée ne souffrira d'aucun accroc. On apprécie déjà de voir que le scénariste éclaire un point laissé en suspens par Duggan dans Marauders avec l'ambassadeur Shi'ar venu remettre un colis à Emma Frost (il s'agit de diamants logiques, qui permettent de stocker des informations en quantité quasi-infinie mais aussi d'alimenter des éléments technologiques mutants, comme l'enregistrement des copies mentales de chaque mutant afin que, lors de leur résurrection, grâce à Cérébro, Charles Xavier puisse doter à nouveau les revenants de leurs esprits).

Mais le véritable intérêt de l'épisode réside encore une fois dans les manigances du Fauve qui a imaginé une utilisation très discutable de la végétation spéciale de Terra Verde. Il s'en sert ici comme d'implants qui parasitent les invités à leur insu pour qu'ensuite il puisse les surveiller, une fois qu'ils seront rentrés chez eux. Tout le monde est ciblé, y compris les super-héros sur place, donc les Avengers, les FF. Une gigantesque opération d'espionnage qui vient alourdir le casier déjà bien rempli de Hank McCoy dont Percy a fait un des mutants les plus objectivement abjects.

Sauf que Emma Frost veille et remarque la manoeuvre puis ordonne à Sage de neutraliser ces implants. Pas si simple... Et c'est sans compter sur un autre souci : Deadpool veut taper l'incruste et Wolverine et Domino doivent l'en empêcher (si on a déjà droit à une belle petite bagarre, Wolverine #13 dans trois semaines devrait développer cette partie).

Joshua Cassara est fidèle au poste et illustre l'épisode brillamment. Il ne s'économise pas sur les décors (la salle de réception remplie d'invités) ni sur la figuration. Cela a un coût : l'artiste est moins inspiré pour les tenues de circonstance de la X-Force, qui ressemblent à des tuxedos moulants pas très beaux. Mais bon, Cassara fait vraiment bien sa part du boulot, surtout après Lolli, donc on lui pardonne.

Enfin, Hellions offre une rupture de ton bienvenue. Comme c'était déjà le cas lors de X of Swords, les vilains petits canards de la Nation X occupent une place à part dans le déroulement de l'histoire. Il était évident qu'ils n'allaient pas être invités, en dehors de Mr. Sinistre (qui siège au conseil de Krakoa et qui n'adore rien tant que de parader dans les soirées mondaines), Havok (qui est le frère de Cyclope) et Psylocke (à qui on doit bien quelques égards après que Betsy Braddock ait investi son corps pendant des années).

Zeb Wells s'amuse (et nous amuse) beaucoup avec cet épisode très drôle et cruel où, bien sûr, rien ne va se passer comme prévu. Le scénariste connait bien ses personnages, leur passé, et il exploite tout cela dans une collection de scènes qui renvoient aux relations des Hellions avec le reste des mutants : Wild Child jaloux de Daken au cou duquel se jette Aurora, Nanny qui pour se venger d'avoir été écartée de la fête suit Sinistre toute la soirée pour lui faire honte, Greycrow qui tente d'exprimer ses sentiments auprès de Psylocke (on le comprend, elle est vraiment sublime dans sa robe échancrée), Orphan-Maker qui veut à tout prix goûter aux cocktails et qui a la mauvaise idée de se fier aux conseils de Empath...

Mine de rien, on se prend d'affection pour ces personnages pourtant infréquentables, mise au ban d'une société qui prétend pourtant intégrer tous ses sujets mieux que lorsqu'ils essayaient de s'assimiler au reste de l'humanité. 

En prime, Stephen Segovia, qui n'a pourtant rien d'un artiste de génie, se lâche avec succès, animant cette équipe d'électrons libres en soulignant à quel point leur présence dérange les hôtes du gala et qui se font renvoyer chez eux sans ménagement quand tout dérape franchement.

Ces trois premiers chapitres sont un régal, diversement illustrés, mais tous bien écrits. Une bonne entrée en matière, à la structure habile et fertile en péripéties. A suivre la semaine prochaine avec Excalibur #21 et X-Men #21...

mercredi 2 juin 2021

JUSTICE LEAGUE #62, de Brian Michael Bendis et David Marquez / JUSTICE LEAGUE DARK, de Ram V et Xermanico

 

La Justice League de Brian Michael Bendis et David Marquez est-elle une occasion manquée ? En tout cas, ce nouvel épisode déçoit tout en mettant plein la vue. La Justice League Dark de Ram V et Xermanico en met aussi plein la vue, mais avec deux fois moins de pages réussit à rassasier davantage le lecteur grâce à une intrigue riche et des dessins tout sauf économes.



Hippolyta se présente au Hall de Justice pour présenter ses excuses au héros. Flash la reçoit et lui explique que ses partenaires sont en mission sur une Terre parallèle. Soudain, il se rend compte qu'il a fait une erreur de calcul, possiblement fatale, pour les y expédier.


En effet, les membres de la Ligue sont en difficulté face à Brutus qui domine outrageusement Black Adam et Superman. Batman tente de diriger l'équipe mais Green Arrow et Black Canary ignorent ses ordres et ripostent.


Brutus est repoussé mais pas vaincu, loin de là. Alors que Hawkgirl l'attaque à son tour, sans plus de succès, Nomi rattrape Black Adam et contemple avec lui son monde dévasté par la guerre menée par Zumbado et Brutus.


Naomi et Black Adam sont interrompus par l'arrivée de Hippolyta qui a raison de Brutus. La Ligue se rassemble et Flash sonne le rappel en expliquant qu'ils doivent tous partir. Mais Batman est introuvable et Zumbado choisit son moment pour surgir...

Je dois avouer que plus je progresse dans la lecture de ce premier arc de Justice League écrit par Brian Bendis, plus je suis désappointé. L'intention du scénariste est désormais claire : il a choisi de produire une sorte de "popcorn comic", ce qui en soit n'a rien de problématique, mais le résultat laisse perplexe tant il déçoit de la part d'un auteur qui m'a habitué à bien mieux avec des team-books.

Le même sentiment s'applique à la prestation de David Marquez au dessin. L'artiste livre des planches toniques, mais sans âme, et aussi sans décors (ou en tout cas pas beaucoup de décors). Sa narration graphique est d'une pauvreté indigne de son talent, avec une accumulation de double pages (pas moins de six, soit douze pages sur les vingt que compte l'épisode !) qui ne font que la souligner.

Comme je l'ai expliqué précédemment, ce qui m'a toujours plu dans les séries d'équipe de Bendis, c'est leur esprit de famille, mais aussi cette façon bien à lui de raconter en tout décontraction des histoires de super-héros pour qui le folklore qui est attaché relève de la caricature. En somme, ce qui intéressait visiblement Bendis, c'était moins les batailles, les super-pouvoirs, les costumes, les masques, que ce qu'ils permettaient de révèler chez ses personnages. De ce point de vue, ses récits étaient character's driven et Bendis n'était jamais meilleur que quand il développait des histoires au long cours où ses personnages s'affirmaient dans un environnement hostile.

Mais ici, rien de tout ça : ça bastonne à tout-va, la caractérisation est réduite à peau de chagrin, l'esprit de camaraderie est absent, la définition des protagonistes en fonction de l'action est misérable. Le méchant est monolithique : ce Brutus qui veut conquérir la Terre pour y déplacer la population de sa planète ravagée par la guerre qu'y a menée son chef, Zumbado (mon Dieu, quel nom stupide !), n'est qu'un énième avatar de tous les malabars bas du plafond qu'on croise régulièrement dans les pires séries Z de la BD, et la réponse que lui adresse la Ligue de Justice revient à rendre coup pour coup alors même qu'il est évident pour tous que cette "stratégie" est sans effet (seul Batman s'en rend compte, comme toujours, mais personne ne l'écoute).

Marquez illustre donc ça avec énergie mais il semble être en mode pilote automatique, ne forçant jamais son talent, et négligeant même des éléments esthétiques comme à la pire époque. Représenter un monde désolé comme la planète de Naomi et Brutus est une gageure, mais Marquez ne fait aucun effort pour créer un environnement original, les personnages se bagarrent dans un champ de ruines, mais à peine visible. Un seul plan permet de mesurer à quoi ressemble vraiment cette planète, une vue aérienne, par ailleurs l'image la plus frappante et réussie de l'épisode, et cela paraît suffire à Marquez, comme s'il estimait que cela fait le boulot. Ses personnages, eux, sont interchangeables, comme s'il ne lui inspirait rien (à l'exception de Hippolyta et, dans une moinde mesure, Black Canary). C'est triste à lire.

Sachant qu'après cet arc, Marquez va passer le relais, pour un épisode, à Steve Pugh, puis être remplacé par Phil Hester, et que Bendis n'annonce rien de bien excitant, j'ai bien peur de ne pas suivre bien longtemps cette publication (alors que la suite de Event Leviathan, Checkmate, où Bendis retrouve Alex Maleev, pour une mini-série plus sombre et terre-à-terre, me fait davantage envie).

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La Ligue des Ténèbres se fraie un chemin vers le coeur de la Bibliothèque de Babel en éliminant les démons libérés par Merlin. Constantine met en garde Jason Blood contre toute tentative de doubler l'équipe mais l'alter ego d'Etrigan le prévient que Zatanna est corrompue.
 

Le désordre engendré par la Ligue provoque la colère du Bibliothécaire mais Constantine lui assure que l'équipe veut juste savoir quel document a consulté Merlin. Il s'agit d'une carte indiquant l'emplacement originel d'Atlantis, bastion initial de la magie...

Il est intéressant, à plus d'un titre, de lire ce nouveau petit chapitre de Justice League Dark après celui de Justice League. Mais la comparaison n'est pas flatteuse pour la série écrite par Bendis et dessinée par Marquez, car les dix pages de Ram V et Xermanico (qui est donc encore là, et le sera toujours le mois prochain, contrairement à ce que j'écrivais dans le n° 61) possèdent tout ce qui manque au titre précédent.

Dc serait vraiment bien inspiré (surtout maintenant que l'éditeur se remet à publier davantage de séries) de redonner sa revue à Justice League Dark, ce qui permettrait à Ram V de raconter son histoire sans avoir besoin de la saucissonner ainsi. Mais le scénariste fait des merveilles en parvenant à rendre chaque demi-épisode en un récit dense, drôle, captivant.

Car Ram V a des choses à dire et il ne fait pas dans la demi-mesure. Par exemple, au détour d'un dialogue entre John Constantine et Jason Blood, il montre bien que les deux hommes ne s'apprécient guère, Constantine se méfiant d'un possible agenda secret de l'alter ego d'Etrigan, et Blood suggérant que Zatanna n'utilise pas sa magie à fond parce qu'elle se sait corrompue par l'Homme Inversé (qu'elle a vaincu au prix de gros efforts) - une référence qui prouve que Ram V poursuit ce qu'il avait établi dans la série avant Future State.

Un peu après, il glisse même une scène irrésisitible où Rory Regan/Ragman aide Bobo et Zatanna à trouver le livre qu'a consulté Merlin dans la Bibliothèque de Babel et retire d'un rayon un tome de... Justice League Dark, écrit par Ram V.

Xermanico dessine ce moment en soulignant l'expressivité du personnage de façon géniale. Mais l'artiste livre une copie irréprochable tout du long : il ne s'économise pas sur les décors et il a de quoi faire avec cette bibliothèque bien fournie, aux livres fous, aux murs couverts de rayonnages. Xermanico découpe tout cela de manière inventive, avec des doubles pages très riches (tout le contraire de Marquez sur JL), et même des bordures de pages très ouvragées.

C'est cruel mais la back-up de Justice League est vraiment plus réussi et impressionnante que la série-mère.