lundi 15 mars 2021
LE JEU DE LA DAME (tHE QUEEN'S GAMBIT) (NETFLIX)
samedi 13 mars 2021
RORSCHACH #6, de Tom King et Jorge Fornes
Myerson est sans fard lui aussi : il se décrit comme un vieil homme, attendant la fin comme une délivrance ; amer parce que les fans ont toujours préféré ses BD de pirates alors que "Citizen & the Unthinker" est son oeuvre la plus personnelle ; sa pire faille quand une femme a été tuée en bas de chez lui sans qu'il ait le courage de faire quoi que ce soit (et que son père ait décrété que ce n'était pas leurs affaires).
On le comprend : Myerson et Laura sont deux solitudes qui s'aimantent progressivement. Myerson retrouve de l'espoir et de la force en lisant les courriers de "la Gamine". Laura considère Myerson comme un esprit éclairé, lucide, capable de voir le monde dans toute sa cruelle absurdité comme elle. Lorsque Myerson invite Laura à le rejoindre à New York, il n'y a aucune ambiguïté sexuelle : il veut voir, connaître cette jeune femme avec laquelle, malgré la différence d'âge et de parcours existentiel, il partage tant. D'ailleurs ils se tomberont dans les bras, non pas comme des amants, mais plutôt comme un père et sa fille.
Il est à prévoir que Tom King n'a pas fini de dérouler cette pelote : il lui reste à écrire comment Myerson et Laura en viendront à fomenter un attentat contre Turley, en sachant sans doute qu'ils y laisseront la vie. Mais, en attendant cela, cette plongée dans leur rencontre est poignante et dérangeante à souhait.
Pour l'illustrer, Jorge Fornes privilégie de somptueuses splash-pages. On peut apprécier les compositions incroyablement détaillées du dessinateur qui en alternance montre le décor où se trouvent Myerson (son intérieur triste, qui ressemble à un musée miniature, avec des murs remplis des dessins de ses comics, sur des tapisseries aux couleurs passées - superbe colorisation de Dave Stewart) et Laura (une piscine vide, une église déserte). Le texte accompagne le dessin qui devient illustrarif.
Le découpage ne se contente pas d'aligner des pleines pages. Parfois Fornes se plie à l'exercice du "gaufrier" pour des scènes subtiles (comme celle, ci-dessus, où on voit la main de Myerson dessiner le Citizen). Parfois encore, il aligne des bandes avec des personnages silhouettés pour saisir un moment incroyable, dont on peut se demander s'il n'est pas un cauchemar relaté (comme quand Laura abat un homme en train de frapper sa femme - voir ci-dessus).
Ce que produit Fornes sur Rorschach est admirable d'intelligence. Il dose ses effets à la perfection. Il y a une sorte de sécheresse, de dépouillement dans son dessin qui devient hypnotique : des choses effroyables surviennent, cliniquement mises en image. C'est très fort.
King et Fornes ajoutent une couche supplémentaire à l'épisode car le récit est doublé par un événement au second plan. En effet, on voit le Détective dans un hôtel découvrant ladîte correspondance, mais aussi remonter la piste de quelqu'un en accédant aux vidéos de surveillance de l'hôtel, jusqu'à atteindre une maison à l'intérieur de laquelle... Non, je ne vais pas spoiler, mais l'image est sidérante et renoue avec une théorie avancée par l'haltérophile dans le numéro 4 sur la survivance du symbole de Rorschach.
Et si ça ne suffit pas encore, il y a un troisième niveau de lecture car, durant l'enquête du Détective dans l'hôtel se déroule le débat entre le président Redford et son opposant Turley. leurs échanges forment un écho à ceux de Myerson et Laura : Turley attaque avec virulence Redford en se présentant comme le représentant des américains. Puis, subtilement, King suggère que Turley pète un plomb en évoquant l'invasion des calmars, donc des extra-terrestres (la même conspiration qui agitait le père de Laura), accuse Redford de ne pas avoir su convaincre le Dr. Manhattan de rester sur Terre. Le débat devient délirant, la folie de Turley éclate au grand jour. Mais dans l'univers déréglé de Rorschach, cette folie découragera-t-elle les électeurs de voter pour lui ? Dans notre univers, les américains ont bien succombé en élisant Trump et ses discours insensés...
Encore un épisode très riche, très remuant. Rorschach est vraiment une sacrée BD. Après un premier acte aussi stupéfiant, la suite promet énormément.
vendredi 12 mars 2021
JONNA AND THE UNPOSSIBLE MONSTERS #1, de Laura Samnee et Chris Samnee
jeudi 11 mars 2021
ETERNALS #3, de Kieron Gillen et Esad Ribic
mercredi 10 mars 2021
WONDER WOMAN #770, de Becky Cloonan, Michael Conrad et Travis Moore
Encore tuée, Diana cherche, à son réveil, Siegfried mais celui-ci est introuvable. Sur le champ de bataille nettoyé par les valkyries, Ratatosk passe un marché avec l'amazone : s'il l'aide pour Yggdrasil, il l'aide pour Siegfried et pour quitter le Valhalla...
L'ère des New 52 chez DC n'a pas produit beaucoup de grandes réussites (même si, commercialement, l'éditeur a enregistré de notables performances avec ce reboot radical et mal fichu). Pourtant, c'est probablement la dernière fois que Wonder Woman a connu une série digne de son rang, quand Brian Azzarello l'écrivait et que Cliff Chiang la dessinait.
Depuis le début de DC Rebirth, le titre est passé entre plusieurs mains (dont celles de Greg Rucka, très attachée à l'amazone, même s'il a toujours connu des difficultés éditoriales). Dernièrement, avant la parenthèse Future State, c'est Mariko Tamaki qui avait essayé, sans beaucoup de réussite, de s'en occuper (Mikel Janin, au dessin, est très vite parti, et ses successeurs ont été irréguliers).
La situation était d'autant plus délicate qu'entretemps Wionder Woman est devenue un exemple d'adaptation réussie au cinéma avec les deux films réalisés par Patty Jenkins avec Gal Gadot dans le rôle-titre (même si Wonder Woman 84 s'est avéré calamiteux et ne sortira jamais chez nous en salles). Dans Infinite Frontier #0, le compte de l'amazone semblait réglé puisqu'on découvrait qu'elle était morte à l'issue de la saga Death Metal (de Scott Snyder et Greg Capullo) et refusait de se joindre à la Quintessence.
C'est donc à Becky Cloonan et Michael Conrad de reprendre en main la destinée de Diana. Cloonan en particulier est connue pour ses travaux indépendants qui se déroulent dans un univers fantastico-médiéval. Une raison d'espérer (même si ses fans désespérent de la voir dessiner plus). Et avec son collègue, elle a choisi d'emprunter une direction aussi inattendue que radicale. Oui, Diana est morte. Elle est même au Valhalla, le paradis des guerriers nordiques !
Comment, pourquoi est-elle arrivée là, alors que les amazones sont d'origine grecque (voire lybienne) ? Ce sera à la suite de ce premier épisode de l'expliquer, mais c'est une accroche originale. Et une bizarrerie troublante car du coup, Wonder Woman nous fait penser à une héroïne de chez Marvel...
Car, après avoir refusé la main tendue par la Quintessence dans Infinite Frontier #0, on a vu Diana se confectionner d'un claquement de doigts un nouveau costume, qui n'a plus rien à voir avec ses précédents looks (finie la jupette en lanières de cuir, le bustier au décolleté plongeant, disparu le lasso de vérité, et même sa célèbre couronne a été modifiée). A la place, une tenue dominée par le rouge accompagnée d'une cape. Tout cela lui donne un furieux air de ressemblance avec l'asgardinne Lady Sif (voir ci-dessous).
Et les scénaristes semblent assumer cette inspiration Kirby-esque car on aperçoit aussi Thor (mais avec un look différent de celui de Marvel) dans une scène de l'épisode. C'est assez déroutant... Mais finalement pourquoi pas ? La mythologie nordique n'appartient pas à Marvel et c'est un terrain de jeu prometteur pour Wonder Woman (qui devrait de toute façon à terme revenir parmi les vivants et récupérer son design classique).
L'épisode se lit facilement, sur un rythme enlevé. La situation même vous happe car on n'en sait pas plus que Diana. Cloonan et Conrad ont révisé car même l'écureuil Ratatosk existe bien dans les textes légendaires, avec la même fonction qu'ici (un messager, plus ou moins digne de confiance). Surtout en déplaçant Wonder Woman de la sorte, les auteurs diffère le retour du personnage à ses occupations super-héroïques, ce qui me paraît une bonne idée car en vérité Wonder Woman ne gagne rien (ou pas grand-chose) à être écrite comme une super-héroïne lambda. A l'origine, c'est une amazone venant d'une île qui s'est coupée du reste du monde, et qui ensuite devient l'ambassadrice de son île, une sorte de pacificatrice au-dessus des partis. Ce n'est pas une femme qui enfile un déguisement pour faire règner la justice ou se venger. Ce n'est pas non plus une bonne samaritaine un peu naïve puisqu'elle a été élevée et entraînée comme une guerrière (ce que rappelle une ligne de dialogue).
Donc la jeter au Valhalla tout en lui conseillant de ne pas s'y attarder, c'est une bonne astuce pour à la fois mettre en scène ses talents de guerrière et la motiver à quitter cet endroit. Par ailleurs, cette reprise de la série bénéficie enfin d'un excellent dessinateur, qui devrait s'installer durablement sur le titre.
Travis Moore est un artiste qui gagne à être connu, même s'il n'a pas une bibliographie encore très fournie (il a oeuvré sur un spin-off de Fables, des fill-in sur le Batman de Tom King, et des épisodes récents de Nightwing). Mais avec Wonder Woman, il tient sa chance d'accéder à la notoriété qui lui est due.
Moore évolue dans un registre réaliste et descriptif, ses influences sont classiques, académiques même. Il y a chez lui un goût évident du beau dessin, ses personnages possèdent un charme immédiat - Diana est vraiment magnifique, et Siegfried est un séduisant guerrier. Il s'encre lui-même avec beaucoup de maîtrise, parfois on pense à Steve Epting (qui signe la couverture de l'épisode). Les décors sont soignés, le découpage simple mais fluide. La lecture est vraiment agréable. Là encore, ça faisait longtemps que Wonder Woman n'avait pas été aussi bien traitée.
Les couleurs de Tamra Bonvillain (la coloriste qui monte chez DC, puisqu'elle s'occupera aussi des planches de David Marquez sur Justice League) sont très nuancées, avec des contrastes pertinents entre les scènes sur le champ de bataille neigeux, aux teintes donc froides, et celles en intérieur, plus chaudes.
Si ce 770ème épisode donne le la au reste de ce run, alors le ciel est dégagé pour Wonder Woman. On tient peut-être enfin l'équipe artistique gagnante pour conter et illustrer les exploits de Diana.
*
Wonder Woman a droit à sa back-up story : Young Diana. C'est la coloriste Jordie Bellaire qui écrit et Paulina Ganucheau qui dessine. Curieusement, alors que la série principale s'adresse à un public adulte, ce complèment de programme semble plutôt se destiner à des lecteurs beaucoup plus jeune.
Cela vient sans doute essentiellement du graphisme de Ganucheau aux teintes acidulées et au trait rond. C'est charmant à souhait, mais très réussi, expressif, dynamique. On tourne les pages et une fois arrivé à la fin, on en demande déjà plus. C'est bon signe.
L'histoire de Bellaire (qui n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'elle écrit également, actuellement, le comic-book de Buffy) revient sur l'enfance de Diana, qu'on découvre déjà avide d'aventures et d'évasion. Le récit initiatique est toujours une formule accrocheuse, et le personnage et la jeunesse de Wonder Woman offrent beaucoup de possibilités.
Certains trouveront cela trop mignon, inoffensif, mais pour ma part, j'ai apprécié et j'attends la suite.





























