vendredi 15 novembre 2019

BLACK HAMMER / JUSTICE LEAGUE : HAMMER OF JUSTICE ! #5, de Jeff Lemire et Michael Walsh


Hammer of Justice ! s'achève avec ce cinquième épisode. Quoiqu'il soit permis d'en douter car Jeff Lemire laisse la porte ouverte à une suite, très accrocheuse. Espérons donc que DC et Dark Horse s'entendront pour laisser le scénariste réaliser cela. Avec Michael Walsh toujours au dessin, ce qui ne gâcherait rien...


Mr. Mxyzptlk a promis à Green Lantern, Flash et au colonel Weird de renvoyer tout le monde dans sa dimension d'origine à une condition : que les membres du Black Hammer gang soient tous d'accord pour rentrer à la ferme de Rockwood !


Tout repose donc sur la décision de Gail car, depuis que, grâce à Zatanna, elle est redevenue adulte, elle ne souhaite évidemment plus revenir en arrière. Pourtant, en observant la situation critique de Batman, Superman, Cyborg et Wonder Woman, elle cède.


Abe, Barbalien, Gail, Mme Dragonfly retournent donc à Rockwood où ils prêtent main forte avec Flash à la Justice League contre les monstres échappées de la cabane de Dragonfly. Mr. Mxyzptlk glisse à Dragonfly la solution pour renvoyer à Metropolis les héros de la Terre, une fois le combat fini.
  

La Justice League et le Black Hammer gang partagent un bon repas pour fêter l'heureuse issue de cette aventure. Batman promet de tout faire pour permettre aux membres de Black Hammer de quitter la Ferme. Le colonel Weird disparaît pendant ces échanges.


Il reparaît dans la Para-Zone où se trouve Mr. Mxyzptlk, qui avoue avoir provoqué toute cette intrigue dans l'unique but d'accéder à cet endroit. Il s'éclipse, laissant Weird inquiet à la perspective de ce que pourrait faire le lutin dans cette dimension à l'avenir...

Lorsqu'on compare le dénouement de Hammer of Justice ! à celui de Event Leviathan, il faut bien admettre que Jeff Lemire donne une leçon de narration à Bendis. Son crossover est mieux bâti, développé, plus drôle et inventif que le thriller publié par DC. La différence majeure : la liberté certes, mais surtout l'imagination au pouvoir, l'imagination affranchie des contraintes des events habituels.

Bien entendu, comparaison n'est pas raison et je mesure bien la futilité de confronter Event Leviathan à Hammer of Justice !. Mais, en termes de plaisir de lecture, il n'y a pas photo. En cinq épisodes, Lemire arrive à faire vivre, co-exister plus d'une douzaine de personnages, dans une histoire à la fois délirante et captivante, sans jamais se prendre les pieds dans le tapis, en parvenant à établir un vrai suspense.

La rencontre entre Justice League et Black Hammer ne laissera aucune trace dans leurs continuités respectives, c'est un récit type "Elseworlds", détaché de tout, qui n'existe (et n'a été possible) que grâce à cela. A la fin, les jouets ont été rangés et personne ne se plaint, ni les fans de la série de Dark Horse ou de celle de DC. Mais néanmoins, Lemire a été assez fort et malin pour jouer sur des ressorts dramatiques, des éléments de caractérisations, qui ont animé son récit et pourraient inspiré les futurs auteurs de la Ligue de Justice (car Scott Snyder va bientôt quitter le titre - en espérant que son successeur produira des épisodes plus digestes).

Ces qualités s'expriment entre autres via les dialogues, brillants et ironiques, comme lorsque Gail fiche une raclée à Aquaman, qui est ensuite convoité par Barbalien lors d'un repas de fête ; ou quand Dragonfly se moque du goût du secret de Batman (qui venait de reprocher à la sorcière ses cachotteries). Et la fin, entre Weird (dont le nom inspire également un mot d'esprit savoureux) et Mr. Mxyzptlk, est épatante car elle donne un relief particulier au chaos provoqué par le farfadet (tous ces héros n'ont pas changé de place pour son seul divertissement, il voulait surtout découvrir comment entrer dans la Para-Zone).

Michael Walsh se déchaîne dans cet ultime épisode, très rythmé et dense. Les rebondissements se succèdent et grâce à son découpage simple, on ne perd jamais le fil. C'est l'oeuvre d'un narrateur efficace qui a compris que pour ne pas égarer le lecteur, il fallait raconter sobrement et directement ce que le scénariste avait écrit.

Pour autant, le talent de Walsh ne se limite pas à de la sagesse illustrative : quand il a l'occasion de se fendre d'une double-page pour représenter la bataille de Rockwood assaillie par les monstres de la cabane des horreurs de Mme Dragonfly, il le fait avec brio, toujours avec ce souci de lisibilité dans les enchaînements de plans. Et, là encore, les dernières pages, dans la Para-Zone, sont impeccables, traduisant parfaitement le malaise du colonel Weird...

On se dit que si, chez Marvel comme chez DC, on avait laissé Jeff Lemire aux commandes d'un event, les mains libres, cela aurait été grand. Mais Hammer of Justice ! est un très beau lot de consolation. 

jeudi 14 novembre 2019

X-MEN #2, de Jonathan Hickman et Leinil Yu


Dans les comics, si le premier épisode est délicat à produire car il lui faut accrocher le lecteur, le deuxième l'est sans doute encore plus car son auteur doit confirmer ses bonnes dispositions. Jonathan Hickman aime se compliquer les choses puisqu'il s'est fixé l'objectif de nous passionner avec une histoire animée par Cyclope, Rachel Summers et Kid Cable. Et Leinil Yu, serait-on tenté d'ajouter. Mais le résultat est épatant !


Après les événements tragiques des derniers jours sur Krakoa (cf. X-Force #1), Cyclope sollicite l'aide de sa fille Rachel et son fils Nathan pour une mission peu ordinaire. Une île est apparue au large et Krakoa se déplace vers elle, alors qu'elle est peuplée de monstres.


Précédés par Vega et Aurora qui ont reconnu, par les airs, la zone, le trio atterrit sur ce territoire inconnu. Il progresse dans une jungle touffu jusqu'à ce qu'il rencontre sa faune, d'abord inoffensive puis plus terrifiante.
  

Dans le cratère du volcan actif de cette île, un enfant albinos est prévenu de la présence des visiteurs et part à leur rencontre. Mais ils ne réussissent pas à communiquer. Kid Cable (Nathan Summers) prend une initiative sournoise et hostile en offrant une grenade à l'enfant qui la dégoupille.


Survivant à l'explosion, il riposte en invoquant trois démons. La bataille s'engage jusqu'à ce que Rachel réussisse à parler télépathiquement avec l'enfant. Les représailles cessent en même temps que les deux îles fusionnent.


A la nuit tombée, l'enfant, dans une clairière, est rejoint par Apocalypse à qui il explique être le fils de Guerre, un de ses anciens cavaliers. En Sabbah Nur promet de les protéger, lui et l'île, qui n'est autre que Arakko, la moitié originelle de Krakoa.


Comme le premier épisode, cette histoire est un done-in-one, un récit complet. Mais déjà on devine que Jonathan Hickman pose les bases d'une intrigue secondaire qu'il développera certainement dans l'avenir proche - on sait que la série aura un rythme de parution soutenu (douze épisodes dans les huit premiers mois). Tout comme il l'avait fait avec un retour sur la station Orchis dans le #1.

Pour ceux qui sont un peu familiers des productions du scénariste, aussi bien chez Marvel que chez Image, des motifs se distinguent, se détachent : l'enfant albinos renvoie à des personnages comme on en a vus dans ses New Avengers aussi bien que dans East of West ou Black Monday Murders. Il s'exprime dans une langue incompréhensible aux autres (même si, là, Hickman se contente de le signaler en entourant de crochets les paroles, alors que, ailleurs, il invente des glyphes vraiment cryptiques). C'est aussi une créature surpuissante sous son allure frêle (en l'occurrence un Invocateur, capable de recevoir l'aide de trois démons).

Cela fait écho avec les X-Men puisque, depuis HoX-PoX, Hickman a souligné le caractère particulier de la société mise en place par les mutants sur Krakoa. Ces derniers se comportent désormais comme une nation souveraine, peuplée d'êtres supérieurs, et n'acceptant le dialogue avec autrui qu'à leurs conditions. En présence de ce jeune garçon étrange, dont l'identité et les origines sont intimement liées à son île et à Krakoa mais surtout à Apocalypse, les X-Men sont face à un autre, à la fois semblable à eux et très différent (au point qu'ils ne soupçonnent pas dans quelle mesure).

Hickman aime les défis et avec les X-Men, il semble volontiers s'amuser à se fixer des contraintes que ses pairs évitent et qui laissent le lecteur perplexe. Ainsi, la perspective de lire une aventure conduite par Cyclope, Rachel Summers et Kid Cable n'a a priori rien d'excitant. De ces trois-là, ma favorite est Rachel (dont Hickman a conservé le dernier pseudo, Prestige, donné par Marc Gugghenheim durant son run sur X-Men : Gold). Cyclope a été totalement corrigé. Et Kid Cable est l'invention improbable de Ed Brisson durant la mini-série Extermination (où les cinq X-Men originaux ont été renvoyés, de manière musclée, à leur époque).

Pourtant, le scénariste réussit à créer une dynamique plaisante avec ces trois personnages, surtout parce qu'il ne s'appesantit jamais sur leur parenté artificielle (en effet Rachel comme Nathan Summers proviennent de réalités alternatives et ne sont pas réellement les enfants de Cyclope). Mais voir Cyclope donner du "your old man" à ses deux pseudo-rejetons et assister aux chamailleries entre Kid Cable (dépeint comme une sorte d'ado vicieux et arrogant) et Prestige (complice de son père et peu impressionnée par son frangin) a quelque chose de spécialement savoureux - et plus abouti, parce que moins superficiel, que le repas de famille des Summers du précédent numéro.

Côté dessin aussi, l'épisode est périlleux car Leinil Yu n'affiche pas la grande forme. L'artiste apparaît absent, en pilotage automatique, sa prestation est paresseuse, sans énergie. Il faut un script impeccablement écrit pour soutenir des images aussi désincarnées. Comme d'habitude désormais, Yu est à son avantage quand rien ne bouge, mais dès que ça s'anime, les compositions de ses plans, son découpage sont d'une mollesse terrible, figés par l'encrage de Gerry Alanguilan (qui suit au plus près le trait de Yu, sans lui donner la moindre nuance, la moindre texture).

La plus belle scène qu'ils arrivent à pondre est la dernière, entre l'enfant et Apocalypse, au clair de lune, dans une clairière. Soudain on retrouve un Leinil Yu inspiré, avec un encreur investi, bien soutenus par les couleurs de Sunny Gho.

Quant aux événements relatifs à X-Force #1, très rapidement évoqués, il confirme que le Pr. X n'est sans doute pas vraiment mort (de toute manière, la mort est devenue accessoire pour les mutants, comme on a pu le voir dans HoX... Et comme le confirment les images des couvertures des futurs numéros).

Outre cela, en tout cas, c'est un épisode épatant. Comme on dit, c'est une belle période pour être (à nouveau) fan des X-Men. 

EVENT LEVIATHAN #6, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


Ainsi s'achève Event Leviathan. C'est une énorme déception, que je sentais un peu venir depuis deux épisodes, mais qui se confirme, hélas ! Rarement une saga aura donné une telle impression de vacuité, de "tout ça pour ça". Brian Michael Bendis a complètement raté son coup, échouant à surprendre, à construire un récit bien dosé, original. Alex Maleev ne peut rien sauver dans ce naufrage. Le pire, c'est que ce n'est pas vraiment fini...


Superman retrouve Lois Lane. Elle lui demande des explications sur les Manhunters. Trois heures auparavant, Talia Al Ghul et Silencer ont stoppé Batman et sa bande pour qu'ils lui remettent Kate Spencer alias Manhunter.


Le scan révèle des interférences dues à son costume et son équipement. Coincée, elle tente de fuir mais est vite neutralisée. Batman comprend qu'elle a été un agent double de Leviathan depuis le début et que son bâton permet sans doute à l'adversaire de continuer à les écouter.


En communiquant par signes, Batman et ses partenaires évaluent la situation avant d'être rejoint par le groupe de détectives de Zatanna et Lois. La magicienne les téléporte ailleurs. Pendant ce temps, Superman voit Leviathan se démasquer et se présenter : il s'agit de Mark Shaw, un ex de la Suicide Squad, le premier Manhunter.


Comme les Manhunters galactiques originaux, il a voulu avec ses alliés imposer un nouvel ordre mondial et espère rallier Superman à sa cause en soutenant que les super-héros échouent à maintenir la paix. C'est alors que les détectives surgissent et engagent le combat.


Leviathan fuit. Lois Lane décide de court-circuiter son plan de révéler au monde les secrets des puissants en divulguant l'identité de Shaw. Mais le problème est loin d'être résolu : d'ailleurs Shaw et ses alliés réfléchissent déjà à la suite, plus offensive, à donner à leur action.

Depuis le début de sa parution, la saga de Brian Michael Bendis a motivé les lecteurs pour découvrir l'identité de Leviathan - se motivations étant révélées très tôt dans l'intrigue, et avec la manière (puisqu'il s'agissait de pointer, avec à propos, l'incapacité des super-héros à maintenir l'ordre et la paix dans le monde).

Le scénariste s'est amusé des théories des fans pour désigner le coupable, sans doute parce qu'il était à la fois ravi que son projet suscite un tel intérêt et aussi parce qu'il était sûr de surprendre tout le monde le moment venu.

Ce sixième et ultime épisode d'Event Leviathan lève donc le voile et s'avère une terrible déception. D'autant plus terrible qu'elle navre et indiffère, car celui qui se cachait le masque indéchiffrable de Leviathan, finalement... A vrai dire, on s'en fout complètement. Il s'agit d'un certain Mark Shaw, son nom ne parlera à pas grand-monde et donc plongera la majorité dans la perplexité, sur l'air de "six épisodes pour apprendre que l'adversaire qui a séché Batman, Lois Lane et les plus fins limiers du DCU est un inconnu, ou un personnage oublié".

Qui est Mark Shaw ? Le héros d'une série des années 80, un avocat insatisfait du système pour lequel il travaille et qui est introduit dans une secte par son oncle, où il assume le rôle de Manhunter, inspiré des Manhunters galactiques, prédécesseurs des Gardiens d'Oa (les patrons du Green Lantern Corps), obsédés par la traque des criminels. Il faut préciser que cette secte est composée d'androïdes, dénués de sentiments donc. Mais leur radicalisme finit par pousser Shaw à se retourner contre eux. Il intègre ensuite la Suicide Squad. 

La logique du personnage est donc respectée et Bendis ne commet pas d'impair à sortant Shaw de son placard. Non, le hic dans cette affaire, c'est qu'on attendait tous un personnage plus connu et surprenant derrière le masque de Leviathan - certains présumèrent même qu'il pourrait s'agir de Superman (ce qui aurait été une bombe). Je suis donc déçu car, en procédant ainsi, Bendis joue contre son sujet en vérité : qui peut bien se soucier du retour d'un ancien héros, certes ambigu, a fortiori maintenant que Lois Lane a divulgué son nom dans les médias ? Il aura baladé Batman et quelques autres détectives, et planifie la suite de ses opérations (à suivre dans Action Comics en 2020). Et après ? Et alors ?

La tension est totalement absente de cet épisode et la conclusion de la saga donne le sentiment que ses six épisodes n'ont servi que de gros teaser pour installer sur la durée un vilain que, peut-être, sans doute, seul Bendis exploitera. On peut nettement préférer le scénariste qui produit Batman Universe et s'amuse à bringuebaler Batman aux trousses d'un Oeuf de Fabergé plutôt que celui qui conduit laborieusement ce thriller qui échoue à nous faire frissonner.

Alex Maleev pour qui Bendis a écrit cette histoire, avec la promesse que Batman en serait la vedette, a perdu son temps et, sans bâcler, termine sans éclat. Quel gâchis.

Le pire, c'est que je m'étais lancé dans Event Leviathan en oubliant presque qu'il s'agissait d'un event. Mais j'aurais dû être plus vigilant : cela fait bien longtemps que ce genre de récit ne me captive plus, et cette tentative n'a rien arrangé.


mercredi 13 novembre 2019

SPACE BANDITS #5, de Mark Millar et Matteo Scalera


Space Bandits s'achève plutôt pas mal alors que l'ensemble a été très décevant. C'est un pur divertissement, bourré d'action et d'outrance, et qui annonce le futur premier crossover au sein du "Millarworld". Ce qui est sûr, c'est qu'en attendant cela, Mark Millar serait bien inspiré de concevoir sa prochaine production avec un peu plus d'originalité. Et, par conséquent, de moins se reposer sur la talent de son artiste, en l'occurrence, ici, Matteo Scalera.



Tandis que Cody Blue a renoué avec son ex, Viggo Lust, Thena Cole planifie déjà un coup fumant pour qu'ils soient tous à l'abri. Elle compte vider les coffres de la Princesse de Most, à laquelle est promis Viggo - dont elle ignore qu'il est en affaires avec Kaiser Crowe.


Tandis que Viggo endort la Princesse, Thena et Cody s'introduisent dans la salle du trésor de la Princesse en mode caméléon. Pourtant elles sont repérées et doivent prendre la fuite précipitamment avec leur butin. Elles sauvent Viggo in extremis des griffes de la Princesse réveillée.


Pris en chasse, le trio parvient à semer la garde de la Princesse en passant en hyper-vitesse pour gagner la planète où Thena a prévue de se replier. Hélas ! Kaiser Crowe les y attend, amené là par Viggo. Thena et Cody comprennent qu'elles ont été doublées par ce dernier.
  

Le sort des deux femmes semble scellée. Pourtant Thena est résolue à ne pas livrer son trésor et a conservé un atout dans sa manche. Des lézards blancs géants, de la même espèce que son animal de compagnie, Cosmo, surgissent et déciment Kaiser et sa bande.


Viggo laissé sur place sera récupéré par la Princesse. Thena et Cody profitent ensemble de leur butin tout en récompensant ceux qui les ont aidées en chemin. Mais, loin de là, les fugitives ont toujours leurs têtes mises à prix et un chasseur de primes est lancé à leurs trousses.

Bon, on va vite passer sur la résolution de ce qui a tenu lieu d'intrigue à Space Bandits. Dans une veine purement "Millarienne", les deux héroïnes s'en sortent de la manière la plus providentielle et violente qui soit grâce à une astuce qu'on voit arriver à des km (les lézards blancs télépathes de la même espèce que Cosmo), les méchants sont dûment et durement châtiés (à la mesure de leurs félonie et de leur brutalité envers les femmes). Et l'épisode se clôt sur l'annonce d'une suite qui sera aussi le premier crossover du "Millarworld".

Ce qui incite à l'indulgence, malgré la médiocrité globale de cette mini-série, c'est tout de même que Mark Millar est plus à son avantage pour écrire un épisode gorgé d'action jusqu'à l'absurdité que pour bâtir une intrigue solide. De ce point de vue, Space Bandits aura été plus agréable à lire que Prodigy, plus dépaysant, plus délirant. Le traitement des personnages, les péripéties auront été mauvais, parmi ce que Millar a fait de pire, c'est entendu. Mais la fin (provisoire) de leur aventure est emballé avec du rythme et une adversité consistants.

Ce qui a manqué à cette mini-série, c'est finalement une radicalité narrative à la mesure de celle de son graphisme car Matteo Scalera a apporté à Millar une sorte de fantaisie visuelle, criarde et cartoony, rafraîchissante. Le dessinateur de Black Science ne s'inscrit pas dans un courant réaliste comme de précédents artistes avec lesquels a travaillé Millar (Immonen, Coipel, Gibbons, Fegredo). Son expressionnisme, les couleurs pétantes de Marcelo Maiolo, le découpage privilégiant les grandes cases, tout concourt à faire de ce Space Bandits un projet farfelu, avec ses vêtements aux coupes issues des années 80, ses vaisseaux spatiaux improbables, ses décors luxuriants. On est clairement dans un univers parodique, qui imite les "buddy movies" et le "space opera" avec une lumière au néon flashy et une galerie de trognes.

Millar, malheureusement, n'avait pas un récit à la hauteur de son dessinateur, il s'est, une fois de plus, contenté d'un hommage à sa manière à une histoire qui l'a marqué dans sa jeunesse (Butch Cassidy et le Kid), dont il a détourné quelques éléments. Ce qui fonctionnait encore sur Starlight a fait "pschiit !" ici, faute d'une vision, d'un souffle. Et Scalera s'est retrouvé seul à tenter de porter l'intrigue vers les hauteurs attendues.

Mais, finalement, ce qu'on retiendra surtout, c'est l'épilogue de ce cinquième épisode, une fois la victoire des héroïnes actée. En effet, un chasseur de primes est lancé à leurs trousses (après tout, elles sont encore des fugitives recherchées pour de multiples délits), et cet individu n'est autre que Sharkey. Dont Millar vient de narrer la propre balade dans Sharkey the bounty hunter, illustré par Simone Bianchi, paru parallèlement à Space Bandits. Je n'ai pas lu cette série car le dessin de Bianchi ne me plaît pas et que j'étais prudent après Prodigy. Mais la rencontre annoncée de Sharkey, Thena et Cody va aboutir au premier titre où des personnages de Millar partageront une même histoire. Qui la dessinera (Scalera ? Bianchi ? Un autre ?) ? Et quand cela sera-t-il publié ? Mystères.

Mais cela sera sans moi. J'ai déjà zappé la suite de Chrononauts, dont les quatre nouveaux épisodes sont tous sortis le même jour, fin Octobre. Et je vais attendre de voir quel est cette mystérieuse BD promise pour la fin 2019 par Millar et Netflix (qui semble être une suite d'une mini-série déjà publiée). En vérité, je guette plutôt 2020, qui devrait voir la parution de Requiem, troisième et dernier acte de Jupiter's Legacy, dessiné par Frank Quitely, et peut-être du Livre II de The Magic Order (en priant pour que Coipel soit encore de la partie). Sans oublier Empress Book Two (maintenant que Immonen sort de sa retraite, bien qu'il se soit engagé sur un projet avec Joe Hill pour revenir)...  

vendredi 8 novembre 2019

X-FORCE #1, de Benjamin Percy et Joshua Cassara (+ Premier bilan des séries "Dawn of X")


X-Force est donc le dernier titre de la relance "Dawn of X" (en tout cas, le dernier que j'essaie). Présentée comme la "CIA" de la Nation X, la série affiche de belles ambitions et son scénariste, Benjamin Percy, transfuge de chez DC, promet un "dirty book", confirmé par le contenu de cet épisode. Au dessin, je découvre Joshua Cassara, qui colle bien au programme.


Domino a infiltré les rangs d'une société secrète anti-mutant. La méfiance règne au point que les membres doivent subir un rapide test sanguin pour prouver qu'ils sont bien humains. C'est ce qui trahit l'espionne, alors dans de sales draps - d'autant qu'elle semble n'avoir prévenu personne de sa mission...


Pendant ce temps sur Krakoa, le Fauve examine la faune locale. La sécurité de l'île est assurée par Sage et Black Tom Cassidy, qui déplore auprès du Pr. X l'arrivée massive et continue de réfugiés. Les Maraudeurs accostent, avec à leur bord Colossus mal en point, qui a évacué de Russie des mutants emprisonnés.
  

Tandis que Xavier est reçu en Sokovie qui a reconnu la souveraineté de Krakoa, un commando d'assassins détournent un avion de ligne et sautent en parachute sur l'île. Une fois sur place, ils commettent un massacre parmi les habitants.


Xavier est de retour et Cassidy, qui a deviné qu'il était sûrement la cible prioritaire, le fait fuir. Wolverine, le Fauve et Jean Grey assurent la riposte mais les pertes sont déjà considérables. Trop sûrs d'eux, les mutants ont mésestimés une telle intrusion.
  

Les assassins sont éliminés les uns après les autres mais l'un d'eux réussit à coincer le Pr. X. Il tire. Wolverine l'attaque, le Fauve essaie de le calmer en expliquant qu'ils auront besoin d'un prisonnier à interroger. Mais il semble bien que Charles Xavier ait été abattu !

Au début des années 90, Rob Liefeld, qui avec Jim Lee était le nouveau dessinateur vedette de Marvel, transforme les Nouveaux Mutants en X-Force : la formation devient plus violente et son nom restera associé à des missions clandestines mutantes. Désormais, il existe une sorte de milice au sein des X-Men, chargée des basses besognes, plus ou moins tolérée par la communauté des mutants.

De toutes ses incarnations, la plus fameuse, la plus aboutie demeure sans doute celle écrite par Rick Remender dans Uncanny X-Force en 2010, durant 35 épisodes. Le scénariste pousse l'argument jusque dans ses retranchements et examine surtout les conséquences des actes des tueurs qui compose l'équipe. Remender poursuivra l'aventure et ses intrigues dans Uncanny Avengers, de manière plus spectaculaire mais moins psychologique.

Il était évident qu'avec la relance de la franchise "X", ce titre allait renaître de ses cendres. Et la bonne idée est d'en avoir confié les clés à Benjamin Percy, qui apprécie les ambiances noires et s'est fait remarquer par son brillant run sur Green Arrow chez DC. Il annonce la couleur en affirmant que sa X-Force sera l'équivalent de la CIA des mutants.

Ce premier épisode est excellent : il se déroule à cent à l'heure, mentionne pour la première fois d'autres séries (Marauders, dont les membres font une apparition remarquée), et affiche un casting détonant (même si on ne le voit pas encore entièrement). L'objet est de montrer comment la sécurité de Krakoa est organisée et quelles sont les réponses que la Nation X entend donner à ceux qui voudraient l'agresser.

Mais l'intrigue joue surtout sur le manque de préparation de cette sécurité et confirme l'arrogance dangereuse dont a fait preuve Charles Xavier en pensant son île à l'abri. Il n'écoute pas les mises en garde de Black Tom Cassidy, et finalement l'identité des terroristes qui frappent Krakoa est logique : c'est un "simple" commando d'assassins humains, probablement venus d'Europe de l'Est (de Russie ? Sans doute puisque Colossus en revient avec des réfugiés, et que les Marauders de Kitty Pryde y font des leurs), avec des motivations xénophobes. Leur attaque éclair est impressionnante et l'épisode traduit parfaitement ce massacre au paradis des mutants. 

Seule la scène d'ouverture, avec Domino dans la société secrète, ne semble pas attachée au reste, mais c'est sûrement un subplot amené à être développé.

Graphiquement, je ne connaissais pas le travail de Joshua Cassara. Son style n'est guère séduisant de prime abord, mais il présente l'avantage de coller au propos. C'est brut, direct, austère, sombre. Le découpage est sans fioriture. Ce qui convainc, c'est donc moins l'esthétisme que la correspondance visuelle avec le récit de Percy.

Surtout on notera que la colorisation est l'oeuvre de Dean White, qui était déjà là du temps de Uncanny X-Force de Remender. White n'est pas du genre léger, il mange volontiers l'encrage des artistes et son traitement des couleurs peut facilement dénaturer l'ensemble. Pourtant, comme avec Jerome Opena autrefois, il convient bien à Cassara, et les scènes nocturnes en particulier ont de la gueule.

Si on tire un premier bilan, il y a des déceptions dans ce "Dawn of X", avec Excalibur et dans une moindre mesure New Mutants. X-Force fait par contre partie des réussites, comme Marauders et X-Men.   
La variant cover de Russell Dauterman