mardi 8 mai 2018

ROOM, de Lenny Abrahamson


Suite des "révisions" concernant Brie Larson avec le rôle qui lui valut l'Oscar de la meilleure actrice en 2016 dans l'époustouflant Room, réalisé par Lenny Abrahamson (qui signa ensuite la série Chance, sur Hulu, avec Hugh Laurie).

Jack (Jacob Tremblay)

Jack fête son cinquième anniversaire avec sa mère. Il vit en captivité avec elle depuis sa naissance tandis que la jeune femme est séquestrée depuis sept ans par le "Méchant Nick" dans la "Chambre" - une cabane de jardin à l'entrée gardée par un digicode et dont l'unique fenêtre est au plafond. La relation entre l'enfant est sa mère est parfois tendue - comme lorsqu'il croit qu'il va recevoir un cadeau un petit chien ou que Ma chasse une souris qu'il cherchait à apprivoiser - mais le plus souvent tendre - elle obtient de son geôlier une voiture télécommandée pour son petit, lui fait la lecture, veille à ce qu'il ne souffre pas de sa réclusion.

Jack et Ma (Jacob Tremblay et Brie Larson)

Jack dort dans un placard et alors Nick rejoint Ma pour coucher avec elle. Il la prévient qu'il va perdre son boulot et que, d'ici six mois, il n'aura plus assez d'argent pour trois mais sans songer à la libérer. Jack surprend le couple endormi mais quand Nick s'en aperçoit et veut l'approcher, Ma s'interpose, subissant aussitôt des coups et des menaces de son ravisseur. Peu après, il coupe l'électricité, et donc le chauffage, dans la "Chambre".
Ma évoque avec Jack le monde extérieur en citant Alice au pays des merveilles où l'héroïne vivait aussi avant de tomber dans le terrier et elle essaie de lui expliquer la différence entre le vrai et le faux en regardant la télé. Mais le petit garçon retient surtout que personne ne sait où ils se trouvent.
Ma prépare un premier plan pour faire sortir Jack de la "Chambre" en faisant croire à Nick qu'il est malade et doit être conduit aux Urgences, mais il s'y refuse. Elle convainc ensuite son fils de faire le mort et il obéit, à contrecoeur parce qu'il a peur. Mais cette fois, Nick tombe dans le piège et sort l'enfant, enroulé dans un tapis par sa mère. A l'arrière de la camionnette de son ravisseur, Jack découvre alors le monde extérieur : le ciel, les arbres, les maisons, les gens. Il parvient de justesse à échapper à Nick puis est pris en charge par la police, prévenue par un passant.

Nancy, Robert et Joy (Joan Allen, William H. Macy et Brie Larson)

L'agent Parker qui s'est occupée de Jack fait quadriller le quartier. Ma est retrouvée et libérée puis conduite à son fils et ils sont hospitalisés. Les parents de Ma, qui s'appelle Joy Newsome, arrivent, mais elle apprend qu'ils ont divorcé depuis sa disparition. 

Jack et Ma

Les médias s'emparent de l'affaire, assiégeant le domicile de la mère de Joy, tandis que son père est en contact avec un avocat pour qu'aucun arrangement ne soit accepté avec le défenseur de Nick. Mais Bob Newsome refuse d'admettre l'existence de son petit-fils, fruit d'un viol. Leo, le nouveau mari de Nancy, devient l'ami de Jack, mais Joy souffre de rester encore enfermée chez sa mère et reproche à tous - famille, amies - de l'avoir oubliée après son rapt.
Elle accepte quand même de donner une interview pour la télé chez sa mère mais l'entretien se passe mal : elle avoue n'avoir jamais essayé d'organiser la fuite de Jack avant, voulant le garder auprès d'elle, et nie toute paternité à Nick.
Joy fait une tentative de suicide en avalant des calmants et est hospitalisée. Le Dr. Mittal, qui l'avait soignée lors de sa libération, suit comme psychothérapeute Jack, à qui Leo présente son chien, Seamus (l'enfant l'identifie comme le chiot qu'il espérait avoir à son anniversaire).   

Ma et Jack

Pour aider Ma à se rétablir rapidement, Jack demande à sa Grand-Ma, Nancy, de lui couper ses cheveux, qui lui donnait sa force (comme le mythique Samson). Et, alors qu'il joue au ballon avec son petit voisin, Aran, l'enfant voit revenir sa mère. Elle lui dit qu'il l'a sauvée comme elle l'a sauvé auparavant.

Ma

La vie peut reprendre. Mère et fils vont à la plage, au supermarché, à la patinoire, au fast-food. Puis, à la demande de Jack, une ultime fois à la "Chambre", mais il ne reconnaît plus l'endroit, vidée, et surtout dont la porte demeure désormais ouverte.

Ecrire sur Room de Lenny Abrahamson qui valut la statuette à Brie Larson est une manière de saluer la qualité de la prestation de la gagnante donc mais surtout le brio supérieur du film. C'est tout simplement une oeuvre magistrale et bouleversante qui vous retourne complètement après les deux heures qu'elle dure. 

Avec une histoire pareille, particulièrement inspirée à la scénariste, qui a adapté elle-même son roman, par le calvaire d'Elizabeth Fritzl, séquestrée et violée pendant 24 ans en Autriche et qui donna naissance à son fils durant sa captivité, on comprend ce qui a retenu l'attention des votants de l'Académie, mais encore fallait-il convertir ce matériel en un film digne de ce nom sans sombrer dans un spectacle glauque et racoleur.

Le réalisateur a su éviter éviter exemplairement tous les pièges qui se dressaient devant lui par la grâce d'un regard et la tenue de l'écriture de Emma Donoghue. L'exercice est d'autant plus impressionnant qu'il s'appuie sur le point de vue non pas de l'héroïne mais de son tout jeune enfant, et là encore, le résultat déjoue tout pathos malsain, toute mièvrerie complaisante, toute sensiblerie facile.

Room est pendant 48 minutes un huis-clos se déroulant entièrement dans l'espace exigu d'une cabane de jardin, la fameuse "Chambre" du titre, sans que le spectateur ne puisse la situer. Tout ce qu'on apprend au sujet de cet endroit et des circonstances qui y ont conduit Ma est raconté, de manière succincte, par la jeune femme à son fils : piégée sept ans auparavant par un certain Nick (nommé comme le "Méchant" ou le "Vieux" Nick), elle n'en est plus sortie depuis. Violée (sans que le mot ne soit jamais prononcé), elle a donné naissance deux ans après à Jack, et l'enfant n'a jamais connu d'autre lieu que cette "Chambre". De l'extérieur, il ne sait que ce qu'il voit (c'est-à-dire rien que le ciel) par la fenêtre au plafond et ce que diffuse un poste de télé, imaginant donc que dehors est en réalité une autre planète.

Lenny Abrahamson choisit de peu montrer Nick, au départ il n'est qu'une vague silhouette à travers les interstices des portes du placard où dort Jack, l'homme qui vient ravitailler Ma puis coucher avec elle. Lorsque son visage nous est révélé, il apparaît dans son effrayante banalité, non comme un monstre pervers mais un type ordinaire, fugacement violent, mais ne reconnaissant pas du tout l'horreur qu'il inflige. Plus tard, quand il sortira l'enfant, qu'il croit mort, enroulé dans un tapis, il sera plus embarrassé qu'ému, et quand le garçon lui échappe, s'il le rattrape, il le laisse filer dès qu'un passant avec son chien s'étonne de la situation.

Le cinéaste préfère donc à chaque fois, plutôt que l'emphase, traiter les étapes de cette histoire de la manière la plus délicate possible. Et c'est ce qui surprend mais aussi trouble et convainc le plus : l'extrême douceur appliquée pour un récit aussi sombre. Le film bascule alors dans une poésie inattendue, parfois en une image (Jack observant la fenêtre de la "Chambre" puis découvrant le ciel/les arbres/les maisons/Les gens une fois dehors, considérant la ville depuis sa chambre d'hôpital - paysage vertigineux, immense, effrayant d'une ville entière), parfois en une scène (Ma serrant son fils contre elle pour se frayer un chemin jusqu'à la maison de sa mère encerclée par une nuée de journalistes, Nancy (formidable Joan Allen - lorsqu'elle entend l'enfant lui dire qu'il l'aime, je défie quiconque de ne pas avoir la chair de poule) coupant les cheveux de son petit-fils, Jack jouant au ballon avec Aran). 

Ces nuances permettent aussi d'apprécier la glaçante cruauté de la condition du tandem, hier enfermé dans un réduit, aujourd'hui contraint de rester dans la maison des Newsome ; hier sans aucun interlocuteur, aujourd'hui devant répondre aux questions pernicieuses d'une journaliste trop attentionnée pour être compatir et comprendre ; hier face à un geôlier sans remords ni états d'âme, aujourd'hui face à un grand-père ne supportant pas de regarder cet enfant fruit d'un viol (on pourra d'ailleurs un peu regretter, mais c'est le seul bémol du film, que le scénario ne creuse pas davantage ce malaise du personnage magnifiquement joué par William H. Macy).
   
Le lien extraordinaire qui unit cette mère à son enfant, et l'étude pudique mais complète des conséquences de leur liberté, fait de Room un miracle permanent : jamais ennuyé, à la fois grave et lumineux, on est saisi par la justesse du ton, le soin apporté à chaque détail, la capacité à capter gestes, regards, voix, lumières (la photo de Danny Cohen est fantastique), sons (le design sonore du film est absolument remarquable, accompagné par la musique superbe de Stephen Rennicks). Un travail d'équilibriste bluffant.

La seconde partie est sans doute plus convenue, mais pas moins bien développée, et ne sombre pas là non plus dans le déroulement de figures classiques : l'emballement médiatique est très contenue puisque Abrahamson ne montre pas les caméras faisant le pied de grue devant la maison des Newsome. Même la scène de l'interview est rapide, et repose plus sur les silences, les mots mal lâchées, le malaise diffus, que sur une sorte de démonstration. Le film rebondit sans jamais perdre son minimalisme, c'est à peine si on se rend compte en effet du mouvement de ses rouages, même quand un moment particulièrement périlleux comme la tentative de suicide de Ma survient (la caméra survole le corps de Joy, saisit l'effroi de Jack, l'arrivée épouvantée de Nancy et Leo - ce dernier est impeccablement joué par Tom McManus). 

Et Brie Larson dans tout ça, donc ? Elle est sensationnelle. Tout ce qu'elle laissait deviner, déjà très haut, dans States of Grace (Destin Daniel Cretton, 2013), est ici confirmé : elle n'a vraiment pas volé son sacre. Jamais, elle non plus, elle ne surjoue, ne fait de numéro, de "performance", son interprétation est tout en retenue, bouillonnante mais contrôlée, au bord du gouffre mais sans grands effets. Quelle intensité dans cette sobriété ! 

Et puis il y a ce gamin incroyable, Jacob Tremblay : juger la prestation d'un enfant est toujours difficile car comment distinguer ce qui relève du jeu instinctif de la composition, surtout si jeune ? Quoiqu'il en soit, il est bouleversant sans jamais être caricatural, sa voix off qui commente toute l'histoire est superbement utilisée et il lui donne des intonations d'une finesse sidérante, tout comme il est d'une expressivité millimétrée dès que la caméra le filme. 

Quel film ! Quelle émotion ! Respect. Bravo.

DEATH OR GLORY #1, de Rick Remender et Bengal


Il y a des previews de comics qui vous tapent immédiatement dans l'oeil. Mais, comme une bande-annonce ne garantit pas la réussite d'un film tout entier, il faut savoir être prudent, surtout quand la promesse comporte des ingrédients alléchants - ici, une héroïne, des poursuites autos : d'une certaine manière, on est proche de ce que vendait le surestimé Baby Driver d'Edgar Wright. Alors Rick Remender et Bengal (pour la première fois au volant d'une série US avec un scénariste aussi côté) allaient-ils nous emballer avec leur road trip ? Réponse avec ce numéro 1 de Death or Glory, riche de 40 pages !


Glory Owen veille sur son père, atteint d'un cancer pour lequel elle n'a pas davantage que lui les moyens financiers pour payer les soins médicaux. Aussi décide-t-elle de s'engager dans une opération risquée, dont elle sait que Red Owen la désapprouverait, mais parce qu'elle a la conviction que c'est à son tour de veiller sur lui.


Le plan de Glory passe par une customisation de sa voiture et l'enregistrement sur un dictaphone de ce qu'elle a l'intention de faire, et pourquoi, si cela venait à mal tourner. Elle remet ce dictaphone à son amie Sandy, barmaid au "Rowdy Rooster" où elle trouve aussi Winston à qui elle demande de veiller sur Red en son absence.


Avant de partir, Glory apprend par Sandy que son ex-mari, Toby, cherche à la contacter depuis plusieurs jours - aucun problème, répond-elle : elle a l'intention de lui adresser un message très clair. En vérité, la jeune femme sait que son ancien conjoint est mêlé à un deal de drogue important avec Kobra Joe et, pour obtenir la came, il charge deux policiers ripoux, Virgil et Darren, de livrer une mallette d'argent à son interlocuteur.


Alors qu'ils quittent la propriété de Toby, Virgil se dispute avec Darren qui souhaiterait doubler Toby en gardant l'argent pour eux. Mais leur échange est interrompu quand une voiture leur fait un tête-à-queue puis cherche à provoquer leur sortie de route. Leur agresseur n'est autre que Glory, casquée pour assurer son anonymat.
  

Quand elle a réussi à stopper les deux flics, sous la menace d'un pistolet, elle arrache la mallette des mains de Darren et retourne à sa voiture. Mais Virgil en profite alors pour lui tirer dans le dos. Heureusement, elle porte une protection sous sa combinaison et n'est pas blessée. Mais elle est cependant obligée de fuir à pied en direction d'un hangar proche.


Glory y est surprise par un troisième homme qui s'apprête à la tuer avec un pistolet relié à une bonbonne de nitrogène liquide, responsable quelques jours auparavant de plusieurs meurtres dans un dinner. Elle se débat suffisamment pour retourner l'arme contre lui mais la mallette et les billets à l'intérieur sont alors glacés.
  

Virgil s'approche et tire à nouveau dans la direction de Glory qui, ayant perdu son casque, est identifiée par le policier. Elle parvient à le semer en prenant le volant d'un camion garé pas loin et s'éloigne à vive allure.  

Mais lorsque des coups sourds retentissent depuis l'arrière du véhicule, elle sursaute et s'arrête. Son pistolet en main, elle va ouvrir le chargement du camion et découvre, horrifiée, des migrants à bord, demandant son aide...

La première qualité qui saute aux yeux est le rythme, effréné, de ces quarante pages. La situation est rapidement posée, après un prologue intriguant (un mystérieux tueur commet un massacre dans un snack après avoir passé une extravagante commande juste avant la fermeture), puis les scènes s'enchaînent pour culminer dans une longue et jubilatoire course-poursuite assortie d'un braquage foireux, et un dénouement sidérant.

La volonté de Rick Remender est claire : ne pas nous laisser souffler, juste nous livrer les informations nécessaires à la compréhension de ce qui se passe. Mais, si le divertissement est solidement assuré, Death or Glory n'est pas qu'une production futile destinée à nous donner ce qu'elle nous promet. Encore une fois, on est saisi par le thème qui parcourt cette série et qui semble actuellement travailler plusieurs auteurs, chacun à leur façon, sans concertation : il s'agit de la famille et plus précisément de la paternité ou de la filiation, en tout cas du rapport particulier qui unit un parent à son enfant et vice-versa (voir Doctor Star... de Lemire, Captain America de Waid, et bientôt je vous parlerai aussi de la nouvelle version d'Avengers par Aaron).

Ce qui distingue sans doute Remender de ses collègues par rapport à ce thème est que, chez lui, c'est une véritable obsession, la clé de voûte de la majorité de ses oeuvres aussi bien indépendantes que pour les majors. Dans Uncanny X-Force puis Uncanny Avengers, puis Black Science, Low, et avant tout cela dans Fear Agent, il est toujours question d'enfants et de parents, de leurs relations difficiles, des fautes dont ils héritent, des événements avec lesquels ils doivent composer, avec une nette dominante pour la notion de sacrifice (pour le bien de sa descendance, même si cela n'est pas toujours compris par l'intéressée).

Glory Owen est la dernière version en date de ces histoires de passation. Comme dans Low, c'est une héroïne qui fait des choix discutables et qu'elle paie rapidement cher, mais auxquels elle va devoir faire rapidement face. Le programme de la série est donc prometteur quand on compte tout ce que la jeune femme laisse derrière elle à la fin de ce premier épisode - un mari dangereux, des flics corrompus, un tueur cinglé, un père agonisant... En fait Glory gagne notre sympathie moins pour ce qu'elle décide de faire (elle fait de mauvais choix) que pour les raisons pour lesquels elle fait ce qu'elle fait (tenter de sauver son père en lui fournissant des soins) et parce qu'elle est seule.

Bengal a tenté tant bien que mal de creuser son trou aux Etats-Unis ces dernières années en acceptant du work for hire pour les "Big Two" (Marvel et surtout DC - par exemple en fill-in artist sur Batgirl version "New 52"). Mais curieusement, il n'a pas réussi à percer alors qu'il tenait les délais et que son talent charmait le public et les editors. Une injustice.

Par ailleurs, son envie de travailler avec Remender remontait à plusieurs années et était réciproque, mais tardait à se concrétiser à cause des nombreux titres animés par le scénariste (qui, chez Image Comics depuis son départ de Marvel, produit comme jamais). La faute aussi peut-être à la désillusion de l'auteur connue avec Paul Renaud (leur série Devolution a tourné court et a été finalement réalisée par un autre dessinateur, sans connaître le retentissement espéré)...

Mais tout vient à point à qui sait attendre et Death or Glory devait être ce qui scellerait leur partenariat tant la série apparaît taillée sur mesure pour Bengal. Il coche toutes les cases requises pour accomplir ce que le titre réclamait : savoir représenter des voitures, une héroïne (dont les mensurations sont réalistes), composer des décors (majoritairement extérieurs et naturels), rendre les personnages expressifs, le découpage nerveux mais lisible. L'artiste s'occupe, pour maîtriser tout le processus visuel, du dessin, de l'encrage et de la mise en couleurs : ce qu'on voit est donc à 100% de sa main et le résultat est dynamique, vivant, très abouti. Le plaisir pris par Bengal est communicatif et ajoute une légèreté bienvenue à l'intrigue (on sait que Remender est plutôt un scénariste attiré par les ambiances sombres et violentes, on le redécouvre plus trépidant et ludique).

Comme je le disais en ouverture, il faut se méfier des pages mises à disposition des lecteurs pour les inciter à se jeter sur un comic-book, mais quand on atteint un tel taux de satisfaction à l'arrivée (l'épisode bénéficie déjà d'un deuxième tirage, une semaine après sa sortie), alors il garantit un développement très alléchant, solide, durable (Bengal aurait déjà achevé seize épisodes !). Pas de doute, on reparlera de Glory Owen.

lundi 7 mai 2018

THE TROUBLE WITH BLISS, de Michael Knowles


Si vous n'aviez pas déjà retenu son nom il y a deux ans quand elle a reçu l'Oscar de la meilleure actrice (pour Room, de Lenny Abrahamson), alors il y a fort à parier que l'an prochain, avec la sortie des films Captain Marvel et Avengers 4, Brie Larson ne soit plus une inconnue, une fois qu'elle aura intégré le MCU. En attendant, révisez un peu la filmo de cette jeune femme de 29 ans, déjà fournie et variée comme en témoigne sa prestation dans ce The Trouble with Bliss, tourné il y a six ans.


 Morris Bliss et Stephanie Jouseski (Michael C. Hall et Brie Larson)

Morris Bliss, 35 ans, sans emploi, rencontre Stephanie Jouseski, 18 ans, chez un disquaire où il cherchait un cadeau d'anniversaire pour son père, Seymour, chez lequel il vit. Aussitôt, elle l'attire dans un recoin de la boutique et l'embrasse fougueusement puis ils montent dans sa chambre (à lui) pour y faire l'amour. Une épiphanie pour Morris.

Morris et Stephanie

Mais en apprenant le nom de famille de la jeune femme, il comprend qu'elle est la fille d'un de ses anciens camarades de lycée, Steve, avec qui il fit les quatre cents coups, et mesure l'étendue des ennuis dans lesquels il vient de se fourrer si jamais cela vient à la connaissance du père de Stephanie. Une inconséquence de plus pour lui auquel Seymour reproche de ne pas envisager sérieusement son avenir et qu'il menace de lui couper les vivres.

George et Morris (Chris Messina et Michael C. Hall)

Morris affranchit son ami George, un gentil loser mythomane, de sa situation, avant de croiser par hasard, devant un immeuble qu'il est chargé de réhabiliter, Steve Jouseski ! En lui faisant visiter le chantier, ils tombent sur trois squatteurs devant lesquels ils doivent battre en retraite. Culpabilisant trop pour lui refuser quoi que ce soit, Morris promet à Steve de l'aider à se débarrasser de ces intrus.

Andrea et Morris (Lucy Liu et Michael C. Hall)

En attendant, Morris fait la connaissance d'une de ses voisines, la séduisante Andrea, qui lui propose un job - tester des aliments - et lui confie sa condition d'épouse délaissée, en le draguant ouvertement. Comme si cela ne suffisait pas, Sephanie informe Morris qu'elle veut le présenter à ses parents pour les convaincre de le laisser l'accompagner au bal de promo. Il hésite, prétextant leur différence d'âge, mais elle le rassure en lui expliquant qu'elle ne compte pas s'installer avec lui, ayant d'autres projets.


Steven Jouseski et Morris (Brad William Henke et Michael C. Hall)

Comme convenu, Morris et Steve délogent les squatteurs, parmi lesquels se trouvent Hattie... Qu s'avère être la propriétaire de l'immeuble où habitent Morris et son père, trompant son ennui de bourgeoise dans ce genre de jeu de rôles. Elle croise en rentrant chez elle George, venu voir Morris, et c'est le coup de foudre. 

Andrea, Morris et Steve

Morris attend Stephanie devant un salon de cigares quand en sort Steve et s'en approche Andrea, suivie de son mari. Contre toute attente, encore une fois, ce dernier remercie Morris pour, en ayant failli coucher avec son épouse, il lui a rappelé qu'il devait mieux la considérer. Steve est sidéré mais pas au bout de ses surprises car sa fille arrive ensuite, mécontente d'avoir vu Andrea intime avec Morris. Ce dernier est invité à dîner chez les Jouseski où, lui dit Steve, il pourra rencontrer le cavalier de Stephanie pour son bal de promo.


Stephanie

Le soir venu, Stephanie attend Morris devant chez lui et ils conviennent d'en rester là, constatant l'absurdité de la situation en vue du dîner et de la nature de leur relation, sans réel avenir. Il retrouve George dans un bar où ce dernier lui présente Hattie, qui l'a introduit auprès de son riche père pour lequel ils vont gérer son business dans le Montana (en relation avec les trafics d'un cartel sud-américain, ajoute-t-il). Steve surgit sur ces entrefaites et casse la figure à Morris dont il a appris la liaison avec sa fille par la bouche de celle-ci.  

Morris et son père, Seymour (Michael C. Hall et Peter Fonda)

Le lendemain, George et Hattie quittent la ville et Morris, orienté par son ami, apprend dans le journal la tentative d'un coup d'état d'un pays sud-américain, financée par le cartel de son beau-père ! Il rejoint ensuite son père à qui il remet son cadeau d'anniversaire, qui l'émeut particulièrement - un disque vinyle qu'il écoutait souvent avec sa défunte épouse, d'origine grecque. La Grèce inspire Morris et il décide d'y aller pour revoir sa tante. Un voyage pour marquer un vrai nouveau départ dans sa vie après les péripéties déterminantes de ces derniers jours...

Production indépendante, le film de Michael Knowles ne cherche pas à dissimuler le manque de moyens financiers avec lesquels il a été tournés, mais ne sombre jamais dans la facilité de son registre en voulant d'abord divertir, amuser. Et il le fait plutôt bien, malgré quelques faiblesses et maladresses.

Avec le cinéaste, Douglas Light a adapté son propre roman, East fifth Bliss, qui se concentre sur la relation incongrue entre Morris et Stephanie. Leur romance démarre au quart de tour, à l'initiative de la jeune femme, dont la vivacité et la franchise dynamitent la torpeur existentiel de ce gentil paumé qu'est Morris, trentenaire sans emploi qui est retourné vivre sous le même toit que son père, veuf, dans un modeste appartement (à moins qu'il ne l'ait jamais quitté). Il vit comme un adolescent apathique, demandant de "l'argent de poche" à son paternel "pour faire les courses" - en vérité pour boire quelques coups au bar et se nourrir de pizzas en traînant dehors.

L'action se situe donc souvent à l'extérieur, mais sans être filmé "à l'arrache" : Knowles saisit le temps dans ce cadre urbain avec subtilité, le quotidien d'un glandeur qui rebondit de rencontres en rencontres, ici avec son pote George (un mythomane attachant), là Steve connu au lycée... Et qui s'avère être le père de Stephanie ! Lorsqu'il rentre chez son père, Morris doit composer avec une voisine aguicheuse, mais qui se révélera complètement tordue sentimentalement (se servant de lui pour rendre son mari jaloux et attentionné), et Seymour, son père, qui lui conseille, gentiment d'abord puis plus fermement (mais sans plus de résultat) de se fixer un objectif, de devenir responsable, sinon fini "l'argent de poche".

Michael C. Hall compose ce personnage errant, éberlué, de manière touchante : il n'a aucune prise sur les événements, les laissant le porter, ou les subissant, alternativement, mais on compatit pour lui. Au centre du dispositif narratif, il ne suffit pas à toujours justifier la présence et le concours bien providentiel de certains seconds rôles, en particulier la romance de George et Hattie (fausse squatteuse, vraie fille à papa), uniquement pensée pour caser ces deux personnages (malgré tout aimablement campés par le très drôle Chris Messina, dans une incroyable dégaine, et la bombesque Sarah Shahi).

Lucy Liu ne force pas non plus son talent en héritant encore d'un rôle de croqueuse d'hommes, comme elle en a souvent jouée depuis ses débuts dans la série Ally McBeal. En revanche, Brad William Henke est excellent en père dupé et copain du héros, tout à sa joie de renouer avec la camaraderie du lycée.

Mais la distribution bénéficie surtout de la présence de Brie Larson, principale cause du trouble de Bliss : comme son rôle l'exige, elle est pétaradante et sexy, avec un naturel irrésistible. A chacune de ses scènes, elle pique la vedette à son partenaire avec une aisance insolente et un charme redoutable, dans un registre qui rappelle celui d'une Shirley MacLaine. Knowles a eu le nez creux en la choisissant, et depuis elle n'a fait que confirmer ses brillants débuts (sa vraie révélation aura lieu dans States of Grace, un an plus tard).

Le film ressemble au motif récurrent qu'il utilise et où on voit Morris, à la fin de chacune de ses journées bien animées, se mettre au lit, ahuri, se déshabillant davantage chaque fois. Cet épluchage correspond à sa transformation de vieil ado en homme prêt à prendre un nouveau et vrai départ dans la vie. Et le spectateur en a été finalement le témoin amusé.   

dimanche 6 mai 2018

ASTONISHING X-MEN #11, de Charles Soule et Ron Garney


Tout d'abord, que je corrige une erreur rédigée à la fin de la critique du précédent numéro : j'avais annoncé que les dessins de ce onzième épisode seraient l'oeuvre de Greg Land, mais il ne signe que la couverture et cela a suffi à me tromper. En vérité Charles Soule et Ron Garney ne seront pas restés longtemps éloignés après leur run sur Daredevil puisqu'ils se retrouvent pour ce pénultième chapitre d'Astonishing X-Men, qui, sans corriger toutes les erreurs de l'histoire, convainc davantage par son efficacité nerveuse.


Proteus a fait du village écossais de Fetters Hill le centre de son jardin : de là part toute l'énergie qu'il déploie en plusieurs points de la Terre pour la transformer comme il l'a fait avec cette bourgade, offrant aux humains de réaliser tout ce qu'ils pensent, espèrent, souhaitent et redoutent.


Face à cette crise aux dimensions épiques, les X-Men aux ordres de Psylocke (élue par ses équipiers au détriment de X) doivent attaquer en formation serrée et avec intensité Proteus. Archangel et Old Man Logan se servent du point faible de leur adversaire, son allergie au métal, avec leurs ailes et leurs griffes.


Pendant ce temps, Psylocke unit ses forces à celles de X pour tenter de rouvrir un portail sur le plan astral afin d'y renvoyer et d'y emprisonner Proteus. La manoeuvre est risquée car c'est ainsi que le Roi d'Ombres a voulu s'échapper et que cette dimension mentale est très instable.


Pou gagner du temps, Mystique leurre Kevin McTaggert en prenant l'apparence de sa mère, Moira. D'abord méfiant, il se laisse abuser puis se ressaisit quand Old Man Logan veut à nouveau l'attaquer. Il mutile Mystique et blesse (tue ?) Logan. Affaibli, Proteus doit faire face à Gambit qui veut l'électrocuter puis à Rogue qui tente d'absorber son énergie, aidée par Bishop qui l'aide à la convertir pour l'expulser.


Proteus semble être pulvérisé mais en ouvrant simultanément le plan astral, Psylocke comprend l'erreur de sa tactique : X se décompose et le Roi d'Ombres resurgit !

Est-ce ça, l'air du temps, le zeitgeist ? Mais, comme Mark Waid et Jeff Lemire dans leurs séries respectives ce mois-ci, Charles Soule ne raconte guère autre chose qu'une histoire de fils sacrifié. A la nuance près que Kevin McTaggert n'est pas mourant (quoique, ici, durement éprouvé par la bataille) mais sur le point de transformer notre planète en son jardin, à son image, répondant aux désirs de ses habitants.

Le scénariste prend soin de présenter le "méchant" de son histoire non comme un être uniforme mais comme le produit de mauvais traitements qui l'ont à la fois fait souffrir au point d'altérer son sens moral, ce qui nous le rend (presque) touchant. En tout cas, on comprend sa réaction face à ses ennemis venus encore une fois le priver de liberté, à nouveau l'enfermer, voire le tuer.

Depuis le début de la série, Soule a échoué à animer son équipe de mutants comme une véritable formation : le ver était en vérité dans le fruit dès le premier épisode puisque ses membres ont été réunis par les circonstances et non en fonction de leurs compétences et de leur complémentarité. C'est d'autant plus frappant que le Roi d'Ombres comme Proteus combattent sur un plan prioritairement psychique alors que ces Astonishing X-Men compte seulement deux télépathes (Psylocke et X).

Mais, les événements ont rapidement dégénéré, dans des proportions énormes, et parvenus à l'avant-dernier épisode (même si la série va se poursuivre, avec de nouveaux auteurs), Soule doit mettre en scène ses héros comme une force unie, obéissant à un plan, organisant leurs assauts. Le mois dernier, encore, leurs efforts étaient désordonnés et graphiquement Aco l'illustrait par une débauche de doubles pages dans un décor dément.

Cette fois, Ron Garney calme le délire du découpage pour adapter ses planches à des cases classiques, souvent prenant toute la largeur de la bande, parfois avec des ruptures grâce à des plans verticaux (comme lorsque Rogue fond sur Proteus). La nervosité du trait du dessinateur donne cette impression d'un résultat rushée, avec un crayonné lâche où l'encrage, sommaire, n'est là que pour finir.

Pourtant, même le rendu n'est pas forcément séduisant, il y a quelque chose de redoutablement efficace dans ce procédé, qui participe au tonus de l'épisode : ça va vite, ça fait mal (la mutilation de Mystique, l'éventration de Logan, la désagrégation de X), tout prend une dimension très physique, viscérale. On est au coeur d'une bataille pleine de furie, une sale bagarre, une mise à mort, et pour cela le dessin n'a pas besoin d'être joli.

Cela risque, hélas ! d'être vraiment vilain avec la conclusion de ce run, puisque c'est à Gerardo Sandoval que reviendra le privilège de l'illustrer. Dommage que Marvel n'ait pas offert à Charles Soule un meilleur artiste, au niveau de ses prestigieux collaborateurs jusqu'ici, pour terminer, mais souhaitons que le scénariste soit bien inspiré pour tirer sa révérence.     

DOCTOR STAR & THE KINGDOM OF LOST TOMORROWS #3, de Jeff Lemire et Max Fiumara


Etonnant découverte du troisième épisode de Doctor Star... après la lecture de Captain America #701 comme si les deux séries, et leurs auteurs, dialoguaient, se répondaient, rebondissaient sur les mêmes thèmes : il est là aussi question de paternité, d'enfant malade. Il y a peu de chances que Jeff Lemire et Mark Waid se soient concertés, mais, chacun à leur manière, il touche à une corde sensible avec une égale pudeur et un vrai sens de l'aventure.


Pour sauver son fils qui se meurt d'un cancer, Jim Robinson revient sur la Lune où il avait jadis installé un émetteur pour tenter d'entrer en contact avec des extra-terrestres. Il espère que, grâce à leurs pouvoirs guérisseurs, ils sauveront Charlie.
  

Mais les aliens ont d'autres projets pour le Dr. Star et l'entraînent sur leur planète où sont dressées des effigies à sa gloire. Pour perpétuer son oeuvre et saluer son inspiration héroïque, ils ont même formé le Star Sheriff Squadron, une force armée qui fait régner l'ordre et la justice dans l'univers.


1969. Jim Robinson rentre chez lui et retrouve Joan, sa femme, après une absence de dix-huit ans, consécutive à une erreur de calcul spatio-temporel. Devenue alcoolique, elle refuse de lui pardonner de l'avoir abandonnée. Et lorsqu'il lui demande où est fils Charlie, elle lui répond qu'il est parti à la guerre. Mais quelle guerre, demande-t-il ?


Son séjour loin de la Terre explique que Jim ignore tout du conflit au Vietnam. Charlie est sur le point d'être démobilisé après avoir été blessé au front, mais ses plaies les plus profondes sont psychologiques. Ce n'est pas le retour de son père qui va arranger les choses, ce père qu'il espérait mort après l'avoir longtemps attendu en vain.


Les extra-terrestres expliquent au Dr. Star qu'ils ne peuvent sauver son fils car le traitement qu'ils lui infligeraient serait trop extrême pour un terrien. En revanche, ils mènent leur "père" à la source du pouvoir cosmique, la Para-Zone - là où, peut-être, Jim trouvera d'autres réponses...

Après avoir déçu avec le troisième épisode de The Terrifics, Jeff Lemire prouve que, sur un projet qu'il maîtrise totalement pour l'avoir créé, il est à son meilleur. Pourtant, Doctor Star & the Kingdom of Lost Tomorrows n'est pas si éloigné d'une production digne de DC : comme tous les spin-off de Black Hammer, en effet, la série puise son inspiration dans l'univers de l'éditeur de Burbank.

Le titre fonctionne, on l'a compris maintenant, comme un reflet inversé du Starman de James Robinson (qui est aussi le nom du héros) et Tony Harris : ici, ce n'est pas le fils qui succède au père super-héros, mais le père qui a sacrifié sa vie familiale à sa carrière de justicier et voit aujourd'hui son fils mourir sans l'avoir vu grandir. Cela permet à Lemire d'évoquer la guerre du Vietnam en soulignant le décalage historique dont souffre Robinson, loin quand le conflit a démarré et a dégénéré en bourbier (nous sommes alors dans un flash-back en 1969). Les deux scènes des retrouvailles de Jim avec sa femme et son fils sont d'une intensité terrible, entre le regret du mari et du père et le rejet sans appel de son épouse et de son fils - on les comprend tout en mesurant bien le déchirement du Dr. Star.

Et puis, de nos jours, dans une tentative désespérée pour sauver Charlie en phase terminale, Jim fait appel à ses amis extra-terrestres et leurs pouvoirs de guérisseurs. Il découvre que les aliens pacifistes et primitifs qu'il avait autrefois rencontrés et sauvés sont devenus des êtres supérieurement avancés et rassemblés, au point d'avoir formé un escadron en son hommage, à lui, leur père spirituel.

La référence est explicite, Lemire ne cache jamais d'où il tire ses idées : c'est aux Green Lanterns Corps que le Star Sheriffs Squadron fait penser, et leur représentation est impressionnante. Les dessins de Max Fiumara, aussi à l'aise dans le registre intimiste que dans le grand spectacle, rend justice à cette découverte à la fois merveilleuse et cruelle - puisque les extra-terrestres ne pourront sauver Charlie Robinson (ou du moins, ils le peuvent mais expliquent que le traitement est trop radical pour qu'il y survive).

Lemire fait in fine la relation entre Doctor Star... et Black Hammer en évoquant la Para-Zone où, dans la série-mère, le colonel Weird effectue de fréquents et perturbants séjours. On sait que cette dimension permet à ceux qui s'y rendent permet de voir aussi bien le passé que le futur, on apprend que c'est aussi la source du pouvoir cosmique capté par Jim Robinson et ses émules. Sera-ce la solution au mal qui ronge Charlie ?

Divertissement magnifique, la série se révèle surtout comme une réflexion poignante sur la paternité, ses responsabilités, l'ivresse du pouvoir, l'héritage. C'est une merveille, porté par un auteur au top, bien accompagné par un artiste totalement investi.